Hello les filles
Avec retard, je vous livre (enfin) la réaction d'Edward !
Bonne lecture, on se retrouve en bas.
Mille mercis à Chrys pour ses conseils pour ce difficile chapitre
Disclaimer : les personnages de Twilight appartiennent à S. Meyer.
Chapitre 24 Explosion
Jeudi matin…
7h28. Elle allait sortir de l'ascenseur. Je guettai de la loge.
Ding. La porte s'ouvre. La voilà ! Ponctuelle. Comme tous les matins depuis qu'elle a repris le travail. L'air triste, et ce, depuis dimanche. Ça empire même. Je me demande ce qu'il se passe entre eux deux. Je sais que cela ne me regarde pas mais ça me met en rage de les voir aussi mal tous les deux. Quand je dis « les voir » je me comprends, il n'a pas mis les pieds en dehors de son appart depuis qu'ils ont accompagné Bree à l'aéroport. Mais je sais que l'enlèvement de sa fille par ce connard, lui en a fichu un coup. Quand je suis monté à l'appart avec les flics le samedi soir, il était assis sur le canapé, Bree collée contre lui, tous les deux, comme en transe. Il était blême et muet comme une tombe. Il écoutait tout ce qui se disait, mais n'a pas décroché un mot. Sauf quand son frère a confirmé qu'ils allaient porter plainte. Il a juste dit bizarrement « attends Lundi. On en reparlera. » Puis il s'est enfermé dans la chambre de la petite. Ce type est dingue. Bella se tordait les mains de douleurs à quelques mètres de lui, pâle et tremblante, alors qu'elle avait été si forte contre James. Une vraie tigresse défendant sa progéniture, James n'avait aucune chance de réussir contre elle, même si je n'étais pas intervenu. Il n'avait pas la motivation.
Mais même après avoir entendu l'enregistrement de l'appel qu'elle m'avait fait, Cullen n'avait pas bronché. À peine quelques tapotements nerveux des doigts sur ses genoux, il l'avait ignorée.
Finalement ce type ne la méritait pas.
- Bonjour Jake.
- Salut Bella. Euh... ça va le travail ?
- Oui, ça va, laissa-t-elle tomber laconique.
- Tu rentres toujours tôt cet après-midi ?
- Comme d'habitude, je finis à 15h. Pourquoi ?
- J'suis en congé, je pourrais t'accompagner quelque part. Si tu as besoin de… t'aérer.
Elle eut un vague sourire crispé de pure politesse.
- Merci Jake mais, je préfère rentrer à l'appartement.
À veiller sur lui… Pff ! Je la regardai s'éloigner, cherchant comment je pourrais l'aider.
Dimanche soir
Elles étaient sorties depuis seulement une heure et curieusement je ne me sentais pas bien. J'avais bien compris qu'il y avait anguille sous roche et qu'elles me cachaient un truc mais je ne pouvais m'empêcher d'être inquiet depuis la seconde où elles avaient quittés l'appartement. Et cette inquiétude se transformait insensiblement en angoisse au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient.
Je vérifiai ma montre : une heure et dix minutes depuis leur départ. Je secouai la tête et me levai de mon siège pour tourner en rond dans mon bureau. Rien à faire, je n'arrivai pas à travailler.
Je descendis prendre un verre d'eau fraîche. Luna se frottait contre mes mollets miaulant plaintivement.
Lorsque j'entendis la porte s'ouvrir et reconnus les pas de Bella et Bree, je sus que j'avais eu raison d'avoir peur. Elles avançaient doucement, calmement, et je ne retrouvais pas l'enthousiasme et la vivacité de ma fille.
- Vous allez bien ? demandai-je en me précipitant vers l'entrée.
Bree se jeta dans mes bras. À genoux devant elle, je parcourus rapidement son corps puis son visage, inondé de larmes silencieuses. Pas de blessures apparentes, ni de plâtre ou autres pansements.
- Nous allons bien, Edward. Mais…
La voix de Bella était tendue, comme brisée. Je n'osai la toucher.
- Allons dans le salon.
Je pris Bree dans mes bras et l'installai contre moi, sur mes genoux.
- Tu vas bien ma princesse ? redemandai-je à mi voix contre ses cheveux en caressant sa joue.
- Ça va Papa, ça va, grâce à Bella.
- Que s'est-il passé ? fis-je, d'une voix plus dure que je ne le voulais, sentant mon cœur cogner très fort dans ma poitrine.
Il me semblait que Bella était restée debout loin devant nous.
- James. James… a tenté d'enlever Bree pour me convaincre de le suivre.
Un silence très long suivit ses mots qui me brulèrent, ravivant des souvenirs et des craintes.
La fureur me dévastait. Je n'arrivais pas à parler. Bella reprit.
- Nous étions dans un magasin, ou plutôt Bree était dans un magasin et moi juste devant mais un petit garçon s'était perdu et j'ai relâché mon attention une minute maximum. Il a profité de ce moment pour la faire sortir par derrière mais j'ai pu le retrouver très vite, car il m'a appelé. Il n'a pas « touché » Bree. Il ne lui a pas fait de mal, je te jure Edward. Ils ne sont restés seuls tous les deux que 3 ou 4 minutes pas plus.
Elle semblait si angoissée de me raconter ceci, si anxieuse de me rassurer. Mais je n'étais sensible à rien. J'étais devenu une sorte de bloc de marbre sensible uniquement à la rage. À l'envie dévorante de tuer cet homme qui avait osé poser ses mains sur elles. Je serrai Bree encore plus fort contre moi, à tel point qu'elle me caressa la joue et me dit doucement :
- Je vais bien Papa. Ne t'inquiète pas, Bella a pris soin de moi et Jake est venu aussi.
Je me retournai vers Bella voulant comprendre ce que venait de dire Bree.
- J'ai appelé Jacob Black discrètement avant de rejoindre James et j'ai laissé mon téléphone allumé. Il a compris et nous a rejoint. Il a je crois, salement amoché James et a appelé la police. Je suis revenue tout de suite avec Bree ici pour te parler, te prévenir avant même que la police arrive. Je suis tellement désolée Edward.
Je secouai lentement la tête et on sonna à la porte. Je ne bougeai pas. J'en étais incapable sous peine d'exploser. J'entendis Bella se déplacer, des voix d'hommes, celle de Jacob, puis des policiers qui se présentèrent et commencèrent leur procédure à laquelle je me sentais totalement étranger.
James avait enlevé ma fille.
James avait voulu « reprendre » Bella.
Elles avaient été en danger.
Je ne pouvais plus respirer, soudain mes poumons enflaient ma poitrine et j'avais l'impression d'avoir parcouru un marathon. J'écoutai vaguement les autres parler, ayant du mal à me concentrer sur la conversation.
Elles avaient été en danger. Je n'étais pas avec elle. James. Bella. Bree. Je secouai la tête cherchant à reprendre pied dans la réalité.
Je saisis que Jacob avait boxé le type, et qu'en reprenant connaissance dans la voiture de police, il avait hurlé qu'il porterait plainte. Il était parti en garde à vue pour 48 heures. Temps nécessaire à l'instruction de l'enquête.
J'écoutai. J'écoutai l'enregistrement de la conversation téléphonique de Bella avec Jacob, les petites indications discrètes, le courage de celle-ci contre ce fou.
Mes pensées me harcelèrent, rouges, menaçantes, perturbantes et désordonnées. Agir. Je devais agir. Faire quelque chose.
Emmett entra dans la pièce, je ne saurais dire quand. Je compris seulement que nous allions porter plainte. C'était ce qu'il disait. Rien n'était net par contre dans mes pensées. Il me fallait du temps. Je pris la parole avec difficulté et réussis à articuler quelques mots.
- Non, nous ne portons pas plainte immédiatement. Nous verrons cela Lundi matin. Nous passerons au commissariat.
Incapable de supporter la tension qui montait en moi, la réprobation silencieuse de Jacob, la fureur de mon frère, l'angoisse de Bella, je m'enfermai avec Bree dans sa chambre. L'allongeant contre moi sur son lit, je lui fredonnai une berceuse qui je l'espérais, la calmerait plus qu'elle n'avait d'effet sur moi.
Dimanche après-midi
Nous avancions silencieusement dans l'aéroport. Je tenais la main de ma fille qui, je le savais, était accrochée à Bella de l'autre côté. Elle était calme, je la sentais triste mais sereine, nous avions longuement discuté tous les deux le matin, juste avant qu'elle ne rejoigne Alice chez elle pour une « expertise » indispensable afin d'obtenir sa garde.
J'avais expliqué à Bree que j'allais me battre pour qu'elle revienne vivre avec moi, qu'elle devait repartir cet après-midi à Los Angeles, mais que j'espérais venir la chercher très bientôt. Je lui avais demandé si elle acceptait de discuter avec Alice de sa vie avec Tanya afin qu'elle puisse donner son avis d'expert au juge chargé du droit parental. Contrairement à ce que je craignais, Bree était prête.
- J'aime bien Alice, je répondrai aux questions qu'elle me posera, comme ça je reviendrai ici très vite.
Juste après, Emmett était venu nous chercher pour nous amener à l'aéroport. Déjà. L'atmosphère était tendue et je savais que j'en étais la cause.
- Dis la chipie, tu nous oublieras pas une fois dans la ville des stars ? lança mon frère.
- Sais pas… Ton vélo me manquera c'est sûr mais personne ne me piquera mes crêpes.
Bree lâcha ma main et partit en sautillant dans le hall, poursuivie par son oncle qui faisait mine de lui en vouloir de sa réponse. J'écoutai leurs plaisanteries, remerciant mentalement Emmett de mettre un peu de gaité dans cette journée difficile.
J'entendis l'annonce du vol de Bree et une femme s'arrêta devant nous, ses talons claquant sur le sol du hall.
- Bonjour Monsieur. Vous devez être Monsieur Cullen et la jolie demoiselle que voilà, Bree, votre fille ? dit la femme lorsque Bree accourut vers nous.
- Oui, Mademoiselle ?
- Je me présente, Lauren. Je suis chargée de m'occuper de Bree pendant le voyage comme vous l'avez demandé. Elle est magnifique cette petite fille. Elle vous ressemble vous savez.
Je serrai les dents.
- Je vous demande de rester près d'elle et de ne la confier qu'à sa mère. Comme vous semblez être physionomiste, vous verrez elles se ressemblent aussi toutes les deux physiquement. Mais vérifiez quand même les papiers d'identité de mon ex-femme.
- Je connais mon métier, fit-elle vaguement refroidie par mon ton sec et ironique.
- Bien. Laissez-moi une minute avec elle mademoiselle.
Je détestais les adieux, les halls d'aéroports, et encore plus laisser ma fille repartir. Je haïssais cette situation et ma fatigue. Je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. J'entendis la demoiselle s'éloigner, avec Emmett et Bella je supposai.
Je m'assis sur le banc juste derrière moi et maintins ma fille debout entre mes cuisses, lissant ses cheveux qui avaient légèrement poussés en 15 jours.
- C'est dur de te laisser ma puce.
- Je sais Papa, c'est plus facile pour moi tu sais.
Je haussai un sourcil interrogateur.
- Oui. Bella va veiller sur toi. Et toi sur elle. Alice me l'avait dit il y a longtemps, mais je sais maintenant qu'elle avait raison.
- Oui, sûrement. Alice sait beaucoup de choses.
- James ne reviendra pas ?
- Non ! Il ne reviendra pas. J'ai trouvé la solution pour lui. On s'en occupe dès demain avec ton oncle. Pars tranquille ma puce. Et très bientôt, je viens de rendre visite.
- Me chercher. Ça va marcher Papa.
Elle m'embrassa et me serra très fort.
Quelques minutes plus tard, après avoir longuement embrassé Emmett et Bella, elle disparut à l'autre bout du continent et je restai avec ma tristesse.
- Bon sang Edward, arrête de faire la tête, elle ne part pas pour longtemps vu ce que je concocte à la sorcière, je te le promets. Fais-nous un sourire ! Tu sais encore faire ?
Je grimaçai sans dire un mot. Pas envie de sourire. Emmett était lourd parfois.
Jeudi matin.
La porte d'entrée venait de se refermer. Bella était partie travailler. Je levai alors le nez de mon bureau où j'avais passé la nuit à écrire. J'effectuai quelques mouvements de la nuque afin de détendre mes muscles.
J'allais exploser ! Cela bouillonnait en moi depuis plusieurs jours sans interruption.
Je saisis un objet devant moi qui dut rebondir sur le mur avant de se briser sur le sol.
C'était idiot.
J'étais idiot.
Je ne lui avais pas parlé quand elle était passée à coté de moi.
Je l'avais grossièrement ignorée une fois de plus.
Esmée aurait été furieuse de mon comportement. Ne pas contrôler ses émotions, manifester sa fureur en brisant des objets ou blessant nos proches, étaient un comportement qu'elle n'avait pas appris à ses enfants.
Depuis dimanche, les journées s'écoulèrent affreusement lentement et détestablement. Elle partait tôt le matin. Elle revenait à l'appartement et restait en bas pour ranger ou préparer des plats cuisinés. Elle montait de temps en temps me voir à l'étage, mais comme un imbécile, je l'ignorais ou répondais par mono syllabes à ses invitations à me reposer. Elle devait m'entendre parler dans mon dictaphone toute la nuit. C'était une drôle de crise d'écriture qui me prenait. Écrire était plus facile que parler.
Nous partagions le dîner, assis face à face, mais je n'arrivais pas à communiquer.
Pour lui dire quoi ?
Que j'entendais ses pleurs la nuit ? Que je n'étais pas capable de mettre au clair mes propres sentiments ?
Je savais que je n'aurais pas affronté son regard si j'avais pu ou même la toucher depuis ce jour. Je me faisais horreur de ne pouvoir apaiser sa douleur mais je ne comprenais pas vraiment pourquoi elle restait avec moi. Peut-être qu'elle n'avait pas d'autre endroit où aller ? Je savais que je me cachais de la réalité. Bella était au-dessus de cela. Elle restait... pour moi. Par amitié ? Pitié ? Compassion ? Je n'avais pas la réponse et cela me rongeait.
Tapant sur mon bureau, je me levai et descendis me préparer un café. Je ne pouvais pas continuer ainsi.
Nous ne pouvions pas continuer ainsi. Je n'arrivais pas à mettre des mots sur mes sentiments depuis l'enlèvement dont elles avaient été l'objet. Fureur ? Terreur ? Impuissance ? Culpabilité ? Honte ? L'ensemble tourbillonnait en moi sans relâche, m'empêchant de dormir. Alors j'écrivais. Nuit et jour !
Bree semblait très bien s'en remettre. Je l'appelais matin et soir, parce que j'en avais besoin, mais aussi bien sûr parce que je sentais que cela la rassurait aussi. Nous parlions longuement. Surtout le soir. Elle avait repris l'école et me parlait de ses camarades, de la rédaction sur ses vacances qu'elle était fière d'avoir réussie. Elle me demandait des nouvelles de Bella qui semblait lui manquer beaucoup. Hier, elle avait voulu savoir si James pouvait faire du mal à Bella et ma réponse avait provoqué un énorme soupir de soulagement.
J'avais pris la décision de ne pas porter plainte contre James en échange d'un accord : Il ne devait jamais reprendre contact avec Bella. D'abord furieux de ma décision, Emmett avait fini par admettre que c'était un compromis judicieux qui garantissait la tranquillité pour Bella et Bree. Il avait accepté de négocier cet arrangement juridique complexe avec l'avocat commis d'office de James. Évidemment cet avocat avait clairement fait comprendre à son client qu'il ne devait pas s'entêtait non plus à porter plainte contre Black pour coups et blessures.
Nous avions appris hier que l'ex-mari de Bella était sorti de sa garde-à-vue et avait immédiatement pris l'avion pour l'Alaska où un de ses amis, avocat, s'était engagé à lui trouver un travail et un logement et à signaler immédiatement tout départ de James de la ville de Juno. Tout était paré de ce côté-là, j'espérais avoir réussi à la débarrasser de ce sale type, même si je n'oublierai jamais la peur qu'il nous avait causée. Jamais.
Mais je devais d'abord résoudre mon problème avec Bella. Nos discussions et notre complicité me manquaient aussi terriblement. Même si je savais que je pourrais peut-être en quelques mots rétablir notre situation, il fallait lui dire ce dont j'avais envie, ce que je craignais et bien entendu, je devais lui demander ce qu'elle souhaitait.
Bon Cullen tu en es capable. Fais-le !
J'allais le faire. Je le ferai.
Ma décision prise, je me sentis plus léger. Qu'allais-je faire pour m'occuper ?
Je fis un tour dans la chambre désertée de Bree et en sortis rapidement. Son parfum de petite fille flottait encore ici et cela me rendait à nouveau maussade.
La cuisine était propre. Nickel comme toujours. Bella pensait à moi et jamais je n'avais eu à chercher un condiment ou une boisson mal rangés. C'était une perle et je ne faisais rien pour elle.
Une idée me vint. Je me retroussai les manches et allumai mon iphone à la recherche de d'une application précise. Je récupérai dans le tiroir le tablier offert par Emmett et me mis au travail.
Lorsque la sonnette de l'appartement retentit 30 minutes plus tard, cela m'agaça. Je n'avais pas envie de recevoir qui que ce soit. D'ailleurs Black ne m'avait pas prévenu de la loge que quelqu'un montait.
En râlant j'allais vers la porte, m'essuyant les mains sur le tablier avant de l'ôter, pour le poser sur le comptoir.
- Qui est là ?
- Black.
Je fronçai les sourcils en ouvrant.
- Salut ! Il y a un problème ? fis-je pas particulièrement avenant.
- Je peux entrer, dit-il d'un ton aussi aimable que le mien.
À regret, je reculai un peu et le laissai passer. Je sentis sa large silhouette me bousculer. Intentionnellement. Je retins la remarque désagréable qui me chatouillait la langue. J'étais redevable à Black.
- Installe-toi, dis-je en le suivant vers le salon.
Un fauteuil couina sous son poids.
Je réalisai que je lui en voulais toujours. Et je sentais que je n'allais pas aimer sa visite.
- Tu avais quelque chose à me dire ?
- Oui. Aboya-t-il.
Ok Black m'en voulait aussi. Je commençai à discerner la raison de sa venue. Je soupirai.
- Dois-je deviner ?
- Oh non ! Ça me priverait du plaisir de t'engueuler Cullen.
- Alors vas-y, ne te prive pas !
Je m'assis en face de lui, tapotant mon jean de mes doigts. Prêt à assumer ses reproches, je lui devais tant à ce type. Il avait sauvé ma fille et ma Bella d'une catastrophe.
- Tu joues à quoi avec Bella ? Et avec Bree ? Tu vas les laisser partir ? Toutes les deux ?
Soudain je paniquai.
- Bella t'a dit qu'elle voulait partir ?
Il rit peu discrètement, vaguement amer.
- La frousse qu'elle te quitte Cullen ? Tu le mériterais vu la tête qu'elle fait en ce moment, mais même pas. Elle préfère, Dieu sait pourquoi, rester ici avec toi.
Soulagé, je desserrai mes poings sur mes genoux, me laissant aller en arrière sur le dossier. Il reprit.
- Tu peux être soulagé mais franchement, si tu n'étais pas… aveugle, je me ferais un plaisir de te mettre dans le même état que j'ai mis James. Il lui a fait du mal. À elle et à ta fille mais moins que celui que toi, tu lui fais maintenant.
Je reçus ses mots en plein visage, durs, mérités.
- Ça ne te regarde pas. Je fais ce que je peux.
- Et bien tu fais MAL ! aboya-t-il.
- Tu es chez moi et quelle que soit ma dette envers toi pour avoir sauvé ma fille, je te prie de baisser d'un ton ! Cela ne te regarde pas, fis-je aussitôt en me levant et me plantant devant lui.
En me cognant contre lui je compris que de son coté, il avait fait de même et sa colère heurta la mienne. Aussi grand que moi ou presque, nous nous trouvâmes épaule contre épaule. J'avais tellement de fureur à évacuer qu'il tombait à pic ce Jake avec ses reproches mal placés et indiscrets. De quoi se mêlait-il ? S'il se permettait une autre remarque déplacée sur Bella, je ne résisterai plus et libérerai les préjugés que j'avais contre lui depuis si longtemps.
- Ça me regarde ! Bella est mon amie !
Je secouai la tête.
- Ton amie ? Tu la connais depuis quand ? Que sais-tu d'elle et de ce qu'elle pense ? lui soufflai-je au visage.
- Plus que tu ne penses. Je VOIS ce qu'elle ressent. Je VOIS sa tristesse et sa douleur. J'ai vu ses larmes quand tu l'as ignoré, gronda-t-il sous mon nez.
Chaque phrase était un coup de poignard adroitement planté dans ma poitrine. Il visait bien ce chien. Je secouai la tête. Je refusai de rentrer dans son jeu. Ses provocations blessantes n'avaient d'autre but que de m'agacer.
- Mais elle a choisi de rester avec moi ! Tu viens de le dire.
- Oui bien sûr… cracha-t-il amer. Ce matin encore je lui ai proposé de…
Il se tut et je serrai les poings le long de mon corps, ne voulant pas imaginer ce qu'il avait proposait à ma Bella.
Qui étais-je pour m'approprier Bella ? Ma colère retomba comme un soufflé trop vite refroidi.
Je me rassis sur le champ sans rien ajouter, découragé. Jacob sembla hésiter sur l'attitude à adopter, puis il se mit à tourner en rond devant moi avant de reprendre la parole.
- La voir si triste tous les matins en quittant ton domicile me fait mal. Si tu veux qu'elle parte, si tu lui en veux, dis-lui les choses franchement mon vieux ! Tu la tortures égoïstement. J'ai toujours su que t'étais qu'un putain d'égoïste !
- J'ai décidé de lui parler. Dès qu'elle rentre, avouai-je avec difficulté.
Jacob ne nous voulait pas de mal. Il était collant, il s'exprimait maladroitement et agressivement mais il se souciait de ma fille et de Bella.
- Tu vas lui parler ? Et de quoi ?
Je déglutis. Comme un chien attaché à son os, il ne lâchait pas le morceau.
- De ce que je peux lui apporter. Je vais être franc et lui demander ce qu'elle attend de moi. Je ne comprends pas trop ce qu'elle fiche encore ici. Je n'ai pas pu la protéger comme j'aurais dû le faire.
- Tu es un idiot, me coupa Jake. Quand une femme décide de rester, ne cherche pas ce qu'elle veut, ne réfléchit pas davantage. Elle t'a choisi, tu lui conviens malgré tes défauts, alors débrouille-toi pour la rendre heureuse.
Cela paraissait si facile dit ainsi mais, je ne raisonnais pas comme Black, malheureusement pour moi et mon entourage. Je lui souris un peu.
- Si seulement… Je voulais aussi te remercier pour ce que tu as fait samedi à James. J'aurais voulu pouvoir le faire.
Les mots franchirent difficilement mes lèvres après l'affrontement qui venait d'être évité, mais je lui devais au moins cela.
- Je sais. C'est pour cela que les trois derniers coups de poings, je les ai donnés de ta part.
Étonné, je levai un sourcil.
- Je lui ai dit à ce connard: « De la part du père de la gamine, tu sais c'est aussi celui qui t'as piqué ton ex… » Et je lui ai donné trois coups judicieusement placés.
- Où ? demandai-je soudain curieux.
- Dans l'ordre ? Le nez d'abord, un bon droit, il est cassé, le ventre ensuite, ça l'a plié en deux, et… un coup de genou un peu plus bas. Très fort.
J'entendis le sourire dans les derniers mots de Jacob, et je me sentis curieusement mieux à ses paroles.
- J'aurais adoré lui donné ce dernier ! Merci d'avoir pensé à moi.
Maudite fierté masculine. J'avais enfin l'impression d'avoir participer au massacre de James.
Jacob était décidément impayable !
- De rien, ça fait un bien fou de se soulager, même contre un lâche qui s'attaque aux femmes. Je peux compter sur toi pour voir un sourire sur les lèvres de Bella demain ?
- Je vais essayer. Si c'est en mon pouvoir, je ferai tout pour.
- Ça marche. Sinon, je reviens t'appliquer ce que j'étais prêt à faire en venant ce matin. Et Bree ? Des nouvelles ?
- Elle est avec sa mère et elle semble aller bien. Emmett a mis le paquet, il est aussi hargneux professionnellement que toi avec tes poings et ses efforts ont portés rapidement leurs fruits. Au vu du dossier monté en quelques jours, le juge a accepté d'avancer la date de l'audience à lundi prochain. Si tout va, comme nous l'espérons, Bree nous reviendra la semaine prochaine.
- Bonne nouvelle. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux m'appeler. Mais uniquement si Bella sourit demain !
J'aimerais tant voir son sourire.
- Bon, je me sauve. On m'attend à la loge. Toi et moi, on pourrait finir par devenir amis si je restais là un peu plus.
- On va attendre un peu pour cela, ça en traumatiserait certains, plaisantai-je.
Je me levai et il me tapa « amicalement » sur l'épaule avant de sortir. Me massant l'épaule, je me dis que je devais reprendre rapidement les entraînements avec Emmett.
Je retournai dans ma cuisine avant que les légumes qui rissolaient doucement ne brûlent. J'avais décidé de cuisiner italien pour Bella. Même si nous n'avions jamais évoqué ses origines. Ce prénom « Isabella » me suggérait la douceur de la Toscane. Cuisiner pour elle, que je réussisse ou non mes pâtes, serait ma façon de tendre la main vers elle. De commencer à me faire pardonner.
Lorsque sa clé tourna dans la serrure, tout était prêt : la table mise, mon plat tiédissant doucement sur le feu. Nerveusement, je remis en place une mèche et me tournai vers la porte d'entrée.
Elle s'était arrêtée. Silencieuse.
- Bonjour Bella, commençai-je.
- Edward ?
Sa voix était hésitante, visiblement elle ne savait que penser. Je fis quelques pas vers elle.
- Bon, je recommence. Bonjour Bella, je m'appelle Edward et je suis un idiot… J'espère que tu accepteras de partager mon repas pour que nous discutions ensuite.
Je souriais nerveusement et tendis la main vers elle.
Lorsque ses doigts me touchèrent, je compris qu'elle acceptait mon offre.
- J'aime les idiots comme toi Edward. Et j'ai très faim.
Nous nous assîmes autour de mon comptoir et je lui servis mon premier essai de cuisine italienne.
En silence, nous dégustâmes cette tentative pas trop mauvaise. C'était délicieux de passer à nouveau un moment avec elle. Le silence ne nous pesait nullement. Il nous fallait cet instant pour que les derniers jours si froids, à cause de moi, s'effacent peu à peu. Enfin je l'espérai.
- Je vais ranger, fit-elle dès la dernière bouchée avalée.
- Non, imagine, c'est un peu comme au restaurant. Tu es mon invitée, et tu ne mets pas les mains dans l'eau de vaisselle.
Elle rit. Cela aussi ça m'avait manqué !
- Bien. Je monte me changer et te laisse en cuisine Edward mais, ne compte pas échapper à une grande explication.
- Oh non, je n'ai que trop tarder. Prends ton temps, je t'attendrais ici.
Elle saisit ma main en passant à coté de moi et je la serrai légèrement, comme nous le faisions avant.
Je suivis son pas léger dans l'escalier, puis j'entendis un cri de surprise. Je fronçai les sourcils.
- Edward ? Qu'est-il arrivé à ton presse-papier en cristal ? s'écria Bella depuis la mezzanine.
Zut, quel imbécile, j'avais oublié de ramasser le gâchis.
- Disons qu'il a subi les humeurs d'un idiot. Ça te suffit comme explication ? répondis-je un peu penaud.
- Pour l'instant oui. Je ne te savais pas coléreux.
Je me souvins que James l'était lui, et soupirai.
- Je devrais me faire pardonner ceci aussi Bella. Laisse le bazar, je ramasserai en montant.
- Sûrement pas ! Fais la vaisselle du restaurant et prépare tes arguments. Je m'occupe de l'étage.
Quinze minutes plus tard elle me rejoignit au salon. Je la laissai s'asseoir et après une légère hésitation, je choisis de me mettre sur le fauteuil en face du sien, même s'il était légèrement éloigné. Envahir son espace personnel après l'avoir ignorée, ne serait pas forcement apprécié.
- Tu ne crois pas que nous avons suffisamment tenu nos distances depuis 4 jours Edward ? Si tu m'en veux vraiment, je peux comprendre ce besoin de rester loin de moi mais…
Elle n'eut pas besoin d'en dire plus, je me déplaçai pour m'installer sur l'accoudoir de son fauteuil. Elle posa sa joue sur mon côté. Je me retins de la toucher.
- Avant de t'écouter, je voudrais te dire que je suis désolée... si désolée de n'avoir pas su protéger ta fille. C'est de ma faute ! J'aurais dû t'écouter et ne pas sortir avec elle ou au moins, ne pas la quitter des yeux. Je connais James j'aurais dû me douter que…
Elle commença si vite, et ce qu'elle disait me paraissait si aberrant, que je n'eus pas le réflexe de la faire taire immédiatement. Je posai enfin un doigt sur ses lèvres pour rompre le flot de paroles qui sortait de sa bouche.
- Bella, tu dis n'importe quoi ! Tu n'as pas à être désolée. Tu n'es coupable de rien, au contraire, tu as réussi à éviter le pire grâce à tes reflexes et ta vivacité.
- Tu ne m'en veux donc pas ? dit-elle d'une petite voix qui me fit réaliser à quel point mon attitude froide et lointaine l'avait blessée parce que mal interprétée.
- Absolument pas ! À aucun moment je ne t'en ai voulu ! Il faut que je t'explique… quand vous êtes rentrées toutes les deux, Bree et toi, tremblantes et que tu m'as expliqué ce qui s'était passé, j'ai imaginé ce qui aurait pu arriver, ce que tu nous as évité, ce qu'il aurait pu faire à ma fille et à toi. J'étais tellement en fureur contre lui que je ne pouvais parler. Puis j'ai réalisé mon incapacité à vous protéger de lui. Et ma rage contre lui a décuplé ma colère contre ma propre impuissance. Vous êtes ce que j'ai de plus précieux, il aurait pu détruire tout cela sans que je m'en aperçoive, sans que je ne puisse rien y faire. Je devais tout d'abord trouver une solution pour l'éloigner à vie de vous deux. C'est ma façon à moi d'être utile, de vous protéger.
- Et cela nécessitait ce silence ? Cette attitude si froide ?
- Probablement pas mais, j'ai l'habitude de résoudre mes problèmes seul depuis longtemps, je n'aime pas demander de l'aide. Je déteste l'idée d'être responsable de votre quasi enlèvement.
- Responsable ?
Elle cria presque ce mot d'un ton surpris. Je la sentis s'écarter de moi.
- Oui ! J'aurais pu vous dire non, ou vous accompagner, ou lui faire peur d'une façon ou d'une autre avant qu'il ne s'en prenne à toi. J'aurai dû…
- Edward arrête !
À son tour elle avait posé ses doigts sur mes lèvres et à son frémissement contre moi, je compris qu'elle était furieuse.
- Tu me reproches de m'être sentie coupable et tu fais de même. James était mon mari. Bree était avec moi. Tu n'y es pour rien ! C'est… idiot ! Oui, « idiot » est le mot. Tu as raison de te traiter de ce mot, et j'ai vraiment du mal à accepter d'avoir eu à souffrir de ton attitude juste parce que tu te rends responsable de SES agissements.
Dis comme cela, il est vrai qu'elle n'avait pas entièrement tort. Que lui répondre ? Que la vérité était plus complexe. Elle n'avait pas tous les éléments et je n'étais pas prêt à parler.
- Je m'excuse de t'avoir fait du mal. Je ne suis pas doué pour les véritables relations apparemment. Le papier, ou du moins le virtuel, est plus simple.
Je me sentis soudain vidé, épuisé, mais aussi déçu de moi-même. Cela devait se voir car je sentis Bella se rapprocher de moi.
- Nous formons une sacrée paire tous les deux. Je ne t'en veux pas, à condition que tu fasses un effort pour m'expliquer à chaque fois qu'il y a un problème. Je ne peux pas toujours deviner ce qui se passe dans ta tête et la mienne est assez… tordue aussi parfois. Son doux sourire devait étirer ses lèvres, je ne pus me retenir de les frôler du revers de me doigts, comme pour retenir à jamais cet instant.
Nous étions proches. Physiquement et mentalement. J'avais l'impression de la comprendre et cela me fit peur.
Je me levai.
- Je vais nous faire un café.
Je partis vers la cuisine en me frottant la nuque, sentant son regard étonné sur moi. Machinalement, je démarrai la cafetière quand je sentis mon portable vibrer dans la poche de mon jean.
Je reconnus la sonnerie et grimaçai. Je n'avais vraiment pas besoin de cela maintenant. Je décrochai néanmoins, esquissant un sourire d'excuse en direction de Bella.
- Bonjour mon chéri.
- Bonjour Tanya.
Je fermai les yeux. Elle voulait quelque chose et je savais ce que c'était. J'entendis le pas de Bella dans l'escalier, alors que Tanya susurrait à mon oreille.
- J'espère que tu vas bien. La petite m'a dit qu'il y avait eu un « problème » la veille de son départ avec la fille que tu as recueillie.
Je grimaçai une première fois au mot « problème » et le mépris qu'elle réussit à mettre dans la fin de sa phrase faillit me faire raccrocher.
- Un problème parfaitement résolu. Bree le sait. Elle va bien depuis ce matin ? Elle est à côté de toi ?
- Elle est dans sa chambre. Je voulais te parler. Tu me manques tu sais. Je… J'envisage de faire un voyage à New York bientôt. Je passerai à la maison.
Je n'en croyais pas mes oreilles. Elle n'avait pas changé ! Moi, si. Si elle ne le savait pas encore, cela n'allait pas tarder…
Fin pour aujourd'hui. Désolée de vous avoir fait attendre, je vous livre un chapitre... dont je ne suis pas entièrement satisfaite. Difficile d'admettre que l'on est pas parfait (je ne parle pas de moi lol !)
Je vais répondre aux reviews des derniers jours...
Une question revient : combien de chapitres en tout ... je suis partie sur l'idée et la trame de 30 environ. A voir. Je ne sais pas exactement Ce que je sais c'est ce que va répondre Edward à Tanya !
Bravo à Debby pour avoir deviné/craint le retour de Jacob après le départ de notre princesse.
Bisous à Lisa
Merci à toutes celles qui me lisent et me laissent leur avis ... ca me fait toujours du bien :)
Kiss
Nic
