Hello les filles

Il est tard (ou tôt )

et je vous livre tout frais revenu de chez ma Chrys le fruit de mes élucubrations des deux dernières semaines.

Bonne Lecture. On se retrouve en bas.

Disclaimers : les personnages de Twilight appartiennent encore et toujours à S. Meyer ! Je ne fais que "jouer" avec leur histoire.


Chapitre 27 Libération

POV Jacob

Les sandwichs étaient très bons. J'avais dévoré ceux que Bella m'avait commandés et même le sien, elle s'était contentée de s'asseoir sur le banc à côté de moi, semblant réfléchir. Elle n'avait pas voulu « s'enfermer » dans un restaurant et ça me convenait. Nous n'étions pas très loin de l'immeuble et les passants circulaient devant nous mais on s'en fichait.

- Bon, tu m'avais dit que tu m'expliquerais ce qui se passe entre Edward et toi, dis-je en engloutissant la dernière bouchée.

- Entre Edward et moi ? Pas exactement. Je t'ai dit que je t'expliquerai pourquoi je suis plus triste pour lui que pour moi.

- Ouais, si tu veux. Commence par cela mais je suis très très loin de comprendre et d'avoir envie de pardonner quoi que ce soit à ce type.

- Bien. Attends une minute.

Elle sembla réfléchir puis se pencha en arrière sur le dossier du banc en me regardant bizarrement.

- Je vais te poser une ou deux questions très personnelles.

- Je suis prêt.

- Facile pour commencer : Dis-moi ce que tu possèdes de plus précieux ?

- Ma moto.

J'avais même pas pris le temps de réfléchir.

- Bien. Maintenant avoue-moi ce qui, à ton avis, séduit les femmes en toi. Pourquoi elles craquent sur toi ?

Je rougis. Mince, je n'allais pas lui avouer ça ! Je me frottai le cou très gêné.

- Ne sois pas embarrassé ! Je veux juste savoir quelle est la qualité que tu « soignes » pour séduire les demoiselles, pas la taille de… tes attributs.

Je déglutis. Une Bella décidée avait un langage que je n'aurais pas soupçonné et il était hors de questions de lui parler de ma... Enfin de mes… attributs !

- Ma… mes muscles. Je crois qu'elles aiment ma musculature.

Je rêvais où je voyais le coin des lèvres de Bella se soulever en un rictus proche du rire.

- Ben quoi ! Je suis costaud et confortable. C'est beau non, un mec musclé ?

- Si tu le dis. Dernière question Jake : Pourquoi n'as-tu pas de petite amie ?

Elle était chiante. J'aurais du m'occuper de mes affaires.

- Parce que j'ai pas trouvé chaussure à mon pied. Voilà pourquoi, dis-je de plus en plus agacé.

- Merci Jacob. Maintenant je t'explique. Imagine qu'un jour tu trouves… chaussure à ton pied. Une belle chaussure. Chic et brillante. Très élégante.

Ça me plaisait. Mais je ne voyais pas le rapport avec notre conversation.

- Hum ! continue.

Bien. Elle te séduit, semble séduite elle aussi. Vous passez un merveilleux et bref moment ensemble.

- Et ensuite ? demandai-je intrigué.

- Et elle te plaque en te piquant ta moto !

Je sursautai ! Personne ne me ferait cela ! C'était ma moto, mon bébé ! Mon bien le plus précieux. Je pourrais tuer pour elle !

Elle secoua la tête, comme si elle avait compris mes pensées.

- Ça va pas non ! Je ne la laisserai pas faire ! Jamais !

J'en oubliai presque que nous parlions « pour de faux ».

- Si si ! Ce que tu as de plus précieux disparaît avec elle.

Pour ne pas passer pour un idiot obsédé, je me calmai.

- Bon, OK. Je ne comprends pas ou tu veux en venir mais continue.

- Plus tard, tu trouves une autre… « chaussure ». Plus sobre. Plus simple. Mais elle te plaît. Est-ce que tu te lances ?

- Non ! J'en ai marre de tes chaussures... Enfin, je sais pas, j'hésite…

Je sentais venir le piège.

- Tu hésites. Tu as peut-être envie mais en même temps l'autre t'as dérobé un truc trop précieux pour que tu aies vraiment le courage de te lancer. J'ai oublié de te préciser qu'avant la rencontre avec ta deuxième « chaussure », tu as été malade et tu as perdu ta belle musculature.

- Merci Bella ! Tu me fais tout subir. On me dérobe mon bien le plus précieux, je tombe malade, j'ai vraiment pas la tête à aller séduire ta chaussure.

Elle sourit tristement.

- Oui, tu as tout compris. Bon, il est tard. Je dois aller voir Alice. Réfléchis à tout cela Jacob.

Elle se leva et m'embrassa gentiment sur la joue avant de s'éloigner seule en direction de notre immeuble, visible à 400 mètres environ.

Pensif, je la suivis du regard jusqu'à ce qu'elle passe la porte et soit en sécurité.

POV Bella

Ôtant mes chaussures dans l'entrée pour ne pas réveiller Edward, je montai l'escalier conduisant à nos chambres.

J'avais vu Alice, et ses paroles avaient confirmé ma décision. Le secret professionnel l'empêchait de me dire exactement ce qu'était le problème d'Edward, mais lorsque je lui avais expliqué comment j'avais compris le rejet d'Edward et ce que je comptais faire, elle avait doucement acquiescé et m'avait serrée dans ses bras en me souhaitant « bonne nuit » avec un petit sourire entendu. J'avais interprété cela comme un encouragement et j'en avais bien besoin maintenant, debout sur le pas de sa porte.

J'étais dans le noir, car contrairement à d'habitude, il n'avait pas laissé la petite veilleuse du couloir allumée. Cette veilleuse était un geste d'accueil de sa part, et cela me serra le cœur de me rendre compte qu'il n'avait pas pensé quelle serait utile pour moi cette nuit. Où pensait-il que j'allais dormir ? Chez Alice ? Chez Jasper ? Je secouai la tête. Edward avait trop à faire avec SES problèmes et j'étais là pour l'aider, non pour m'appesantir sur mes petits chagrins. Je commençai à déboutonner ma veste quand j'entendis le premier cri. Déchirant. Il appelait Bree. Edward semblait terrorisé et les larmes se mirent à couler sur mes joues alors que j'avais déjà la main sur la poignée de la porte.

Devais-je entrer ? Serait-il gêné que je le vois dans cet état de vulnérabilité ? Il tenait tellement à sauvegarder les apparences, à rester fort, à montrer l'homme courageux qui surmontait seul, et apparemment sans difficultés, les obstacles. Ce qu'il était, certes. Mais il existait aussi un Edward perdu et blessé qui souffrait seul et que je voulais aider.

Je rentrai dans la chambre au moment où le second cri retentit, empli de désespoir cette fois-ci. Il était persuadé d'avoir perdu sa fille.

Je n'avais plus le choix. Rapidement, mettant mon plan à exécution, j'ôtai mes vêtements et m'approchai de lui. Je murmurai en caressant son front, remettant en place les mèches trempées de sueur.

- Elle va bien. Tout va bien Edward.

Il blottit sa joue contre la paume de ma main en murmurant mon prénom.

Était-il réveillé ? Avant qu'il n'ouvre les yeux et m'ôte le peu de courage que j'avais, je me glissai dans son lit, contre lui et mon cœur s'affola de découvrir sa peau nue contre la mienne. Malgré la tristesse de la situation, je brûlai de désir déjà à ce contact et lorsque les mains d'Edward glissèrent contre ma peau, dessinant des arabesques possessives sur mon dos, mes fesses. Je fondis de plaisir.

Je perçus parfaitement le moment où il devint conscient de la réalité de ma présence. Il se raidit un peu et son sexe devint encore plus ferme et palpitant contre mon ventre.

- Bella ?

Il voulait parler. Argumenter. Poser des questions. C'était hors de contexte.

Je ne lui laisserais pas le loisir de réfléchir. Je ne le voulais pas et ne le pouvais pas. Mon ventre en feu réclamait ses caresses, alors je bougeai mon bassin de façon à sentir le bois sensible de son membre brûlant contre mon intimité. C'était une délicieuse torture. J'embrassais chaque centimètre de peau qui passait à proximité des mes lèvres. Il sentait si bon. Il était si beau.

- Bella, nous devons parler.

- Non, tu… parles... trop. Voilà la seule chose que je veux entendre cette nuit de ta part Cullen. Tes gémissements, tes soupirs, rends-moi heureuse, je t'en prie.

Je chuchotai ces derniers mots sur un ton convaincu, intérieurement apeurée qu'il ne me rejette encore, même si j'avais la preuve tangible entre mes cuisses qu'il me désirait. Autant que je le désirais.

Il sembla alors décidé et me retourna sur le dos me coinçant merveilleusement entre le matelas et son corps. Son poids, sa peau, son parfum et lui tout entier sur moi autour de moi. Enfin. Je crus que mon cœur allait s'arrêter.

Il me parla, m'embrassa mais je n'étais déjà plus que fièvre. Peu à peu toutes mes terminaisons nerveuses semblèrent être au paroxysme de l'excitation, soumises à cette délicieuse tension qu'Edward m'imposait.

Je découvrais l'amour. Entre James et moi cela n'avait jamais été ainsi.

Je le suppliai lorsque ses lèvres sucèrent la pointe de mes seins, je le suppliai lorsque ses longs doigts doux et fermes frôlèrent mon intimité, me faisant trembler de plaisir anticipé. J'avais si peur que tout s'arrête brusquement, qu'il s'éloigne et ne disparaisse, me laissant seule et glacée. Je ne le supporterais pas et mon corps se briserait à jamais.

Je laissai alors mes mains caresser son sexe si chaud et si dur, pressé contre mon corps, responsable en partie de mes tourments. Ce fut alors le tour d'Edward de gémir et ce son si rude qui lui échappait, me combla de plaisir. Il céda à mes supplications et entra en moi. Le monde s'effaça et je me perdis quelque part au paradis. Emportant mon amant avec moi.

Je repris conscience quelques minutes ou heures plus tard. Délicieusement broyée de partout. Edward caressant mon corps avec sensualité alors que j'étais alanguie contre lui, sur lui plutôt.

- Bella ? Pourrais-tu m'expliquer où tu étais toutes les années passées ? chuchotait-il en me mordillant l'oreille.

Cela ne méritait pas de réponse et j'étais trop bien, la tête sur son épaule, le nez enfoui dans son cou. La fatigue et le plaisir s'écoulaient dans mes veines me faisant sourire idiotement.

- Je le pourrais, je le pourrais sûrement mon amour mais pas maintenant. Je veux juste dormir. Tu m'as achevée.

- Achevée ? Achevée et heureuse, j'espère ?

Je voulais juste dormir mais la pointe d'inquiétude que j'entendis dans sa voix contrastait tellement avec le bonheur que j'avais connu que je ne pus m'empêcher de rire.

- Aurais-tu besoin d'être rassuré ?

- Oui. Je n'ai pas… « pratiqué » depuis un certain temps et je craignais d'être rouillé.

Sa réponse franche et vaguement gênée me fit sourire. Il était fou. Il était celui qui m'avait transportée dans un autre monde, mais il n'était pas sûr d'avoir « assuré ».

- Rouillé ? Toi ? Alors que ton ego grandisse. Je viens de connaître un moment magique et mon corps est en mille morceaux. Je serais volontaire pour ton prochain entraînement mon ange, mais demain.

Il sourit, m'embrassa et je fermai les yeux aussitôt que je fus assurée qu'il ne quitterait pas le lit.

Regarder un homme dormir, s'abandonner confiant dans le sommeil, était un merveilleux spectacle. Regarder Edward Cullen dormir était le paradis. Il semblait si calme et apaisé, enfin. Libéré de ce masque de réussite et de self-control qu'il s'imposait toujours.

Et puis il était si… beau. J'avais beau me dire que fondre de plaisir devant la ligne de sa mâchoire, ou le modelé de son épaule était digne d'une midinette, je surpris mon regard descendre sur son torse ferme glissant peu à peu le long de son abdomen plat suivant la fine ligne de poils dorés qui se cachait ensuite sous le drap de soie grise.

Bon Bella, tu vas te ressaisir. Tu as mis ton plan à exécution. Tu t'es insérée sous les draps (et sous Edward) et en plus de l'aider à franchir ses barrières. Tu y a pris un plaisir intense et inédit.

Je soupirai à ce souvenir puis le soupir bienheureux se transforma en grimace lorsque, bougeant un peu, je redécouvris des muscles que j'avais oublié depuis longtemps.

Une folle nuit de plaisir avec l'amant merveilleux qu'était Edward se payait en courbatures diverses. Mais peu importe, j'étais prête à recommencer.

Ma main posée sur son torse caressa la peau soyeuse doucement, je ne voulais pas le réveiller, mais j'avais besoin de le toucher. Un besoin viscéral, comme pour m'assurer que je n'avais pas rêvé ces heures et ce plaisir. L'arrondi d'une épaule, le creux d'une nuque détendue, quelques doux cheveux roux et désordonnés. Je me remplissais l'esprit de ces petits plaisirs, ne sachant pas vraiment dans quel état d'esprit il allait se réveiller.

Lorsque ma main fureta le long de la colonne vertébrale et glissa encore, un peu plus bas, sous les draps au niveau du creux des reins d'Edward, il frissonna et en même temps ses doigts fins sagement posés sur la même partie de mon anatomie, prirent vie et caressèrent les rondeurs de mon postérieur avant d'y faire une petite tape.

- Donc je n'ai pas rêvé Bella ?

- Euh non ! murmurai-je en souriant.

- Sinon j'aurais été très fâché au réveil que cette… chose arrivée cette nuit ne soit qu'un rêve encore une fois !

Encore une fois ? Edward aurait-il rêvé de moi ? de Nous ? Cette pensée me fit rougir et frissonner de plaisir.

- Tu te faufiles souvent en tenue d'Ève dans le lit des hommes ?

- Seulement lorsqu'ils me disent de sortir de leur vie, et que j'en ai envie. Je veux dire... envie d'être dans leur lit. Nue avec toi.

Edward me serra contre lui, et je compris que mes paroles avaient eu de l'effet sur lui, autant que sur moi.

- Tu peux me dire quelle heure il est Bella ? J'ai pas pris ma montre a côté de moi hier soir.

Je regardai autour de moi et je vis un petit réveil en forme de lapin bleu dont les aiguilles indiquaient 10 h 25. Cadeau de Bree sûrement.

- Si ton lapin bleu est à l'heure, il est 10h 25.

- Tu ne vas pas travailler alors ce matin ?

- Non, j'ai appelé hier soir pour poser un jour de congé.

Il réfléchit un peu et m'embrassa le front de façon machinale. Comme s'il faisait cela tous les jours, comme si c'était naturellement comme ça entre lui et moi.

- Tu as faim ?

Peut-être un peu mais je n'avais surtout aucune envie de me lever. Je me blottis un peu plus contre son épaule savourant avec délice, sa chaleur, son odeur. Il me rassura. Il me rendait entière.

- Non. J'ai pas envie de bouger.

- Tu es sûre ?

Je soupirai et embrassai son épaule.

- Je veux rester dans tes bras. Voilà c'est dit.

- Ça me convient.

Il resserra son étreinte autour de ma taille et nous restâmes un long moment ainsi, savourant cet intermède sans prise de tête. Malgré le calme de cet instant, je sentais son cerveau en ébullition et ne savais comment l'aider.

- Edward, on est pas obligés de parler, d'analyser ce qui se passe. On est heureux ainsi. Cela me suffit.

- Pour l'instant. Mais j'ai besoin de te parler. Tu m'as envoyé Alice hier ?

J'hésitai à répondre. Je m'étais immiscée dans sa vie privée.

- Oui. J'espérais qu'elle pourrait t'aider, même si j'ai compris que les psy n'étaient pas ta tasse de thé.

Il grimaça.

- On peut dire ça comme ça, en effet.

Le silence s'installa de nouveau entre nous. Léger mais frémissant comme une ligne haute tension qui voulait se libérer d'un surplus d'énergie.

- Merci.

Je levai la tête pour regarder Edward, sans comprendre ce qu'il voulait dire.

- Merci pour Alice. C'est une chic fille. Chiante comme tous les psys mais... intéressante. Je la reverrai.

Il hésita à poursuivre.

- Je la reverrai en consultation je veux dire. Il semble que j'en ai fichtrement besoin. Comme j'ai besoin de toi Bella.

Les derniers mots semblaient lui avoir échappés. Il avait murmuré à mon oreille. Peut-être plus pour lui que pour moi mais, ses mots firent bondir mon cœur de plaisir.

- Tu veux en parler ?

- Pas spécialement. J'aime pas parler, mais je n'ai pas le choix. J'ai failli te perdre hier.

- Que veux tu dire ?

- N'importe quelle femme rejetée aussi méchamment que je lai fait hier, serait partie. Je t'aurai perdue si... si... Je ne sais pas d'ailleurs pourquoi tu es revenue ? J'ai cru rêver cette nuit.

- Je ne pouvais pas partir Edward. Tu as besoin de moi dis-tu mais, tu sais aussi que j'ai besoin de toi. Toi seul a pu m'accueillir et me sortir de la dépression dans laquelle je m'enfonçais. Toi et Bree. J'ai besoin de vous, de vous savoir ensemble, heureux.

J'avais énoncé ces vérités calmement. Il avait encore besoin d'être rassurer. Edward était loin d'être débarrassé de moi.

- Il y a un an j'ai eu un accident.

Il soupira très fort et je sentis son cœur battre plus vite à l'évocation de cet instant. Je sus instantanément qu'il revivait cet accident la nuit dernière lorsque je l'avais entendu crier.

Je me soulevai sur un coude pour observer son visage.

- Non Bella, s'il te plaît, ne me regarde pas, je dois, je veux te parler mais je voudrais que tu m'écoutes, je ne suis pas sûr de pouvoir affronter ton regard sur moi.

J'allais pleurer. Je le sentis. Il était si fragile et si fort à la fois. Je caressai sa joue et sans mot dire, replaçai la mienne sur son torse, en connexion avec son cœur à défaut de lire ses expressions. Je fermai les yeux et écoutai l'homme qui se confiait enfin.

- Un accident de voiture, ou plutôt, j'étais piéton, avec Bree et une voiture me heurta ou nous heurta. Je ne sais pas trop. Elle m'a heurté très fort juste après avoir envoyé ma fille aussi loin que possible puis, elle a poursuivi son chemin vers l'endroit où j'avais projeté Bree. Je ne voyais plus rien. Ne sentais plus rien à part une affreuse douleur dans l'épaule et le crâne... et la voix de Bree hurlait. Qui hurle encore dans ma tête toutes les nuits.

Edward se tut. Je ne voulais pas parler, je me contenter de caresser doucement son torse qui se soulevait de façon anarchique au rythme de sa respiration hachée.

- Je suis resté dans le coma plusieurs mois. On ne sait pas trop pourquoi. Ma clavicule s'est remise pendant ce temps-là. Ma fracture du crâne aussi. J'ai perdu la vue. On ne sait pas vraiment pourquoi non plus.

Il soupira.

- Mais le pire c'est que pendant presque toute cette période, j'ai entendu sans pouvoir parler et répondre, les médecins discuter à mon chevet. Mon frère aussi était là. Mes parents. Ma famille a été là longtemps. Souvent. Angela mon assistante m'a servi de béquille ensuite. Mais personne, personne ne m'a parlé de Bree. Pendant ces longs mois dans le noir le plus total, j'ai crié dans ma tête pour qu'on me dise où était ma fille. Pendant tout ce temps j'ai cru qu'elle avait été blessée, qu'elle était morte peut-être, à cause de moi, de mon manque de surveillance. La voiture allait vite, mais j'aurais dû la voir avant. J'aurais dû mettre Bree en sécurité.

Je fermai les yeux pour retenir mes larmes devant sa douleur. Il s'était tu quelques instants sous le poids de ses émotions. Je comprenais enfin les difficultés qu'il avait dû affronter pendant ces mois de coma. J'avais déjà été de garde auprès de patients comateux, et cet état nous perturbait tous, soignants et familles. Qu'entendaient-ils ? De quoi avaient-ils besoin ? Edward demandait juste des nouvelles de ce qui lui était le plus précieux au monde et personne ne l'avait compris. J'en voulais affreusement à Emmett, à leurs parents. Tout en étant consciente que ce n'était pas de leur faute.

- J'ai failli à ma tâche de père, et lorsque je suis revenu à moi et que ma mère m'a appris que Bree n'avait rien eu à part quelques contusions et une grande frayeur, mais que sa mère l'avait reprise, j'ai considéré cela, normal. Même si elle me manquait, même si elle semblait triste au téléphone. Elle devait m'en vouloir. Et puis, je ne voyais plus. L'obscurité partout. Définitivement. Tout le temps. Réapprendre à manger, à marcher, à vivre seul. Envisager une possibilité d'avenir. Chaque médecin ou psy que je rencontrais me disait que j'avais eu de la chance. Que j'étais fort, que je m'en sortirais. Je devais donc m'en sortir. Et me taire. Tant pis si ce noir me paralysait au fond de moi. J'espérais revoir un jour Bree. Mais même cet espoir m'était refusé.

Edward parla longtemps. De Bree. De sa peur, de sa culpabilité. De l'hôpital. De la convalescence. De la douleur musculaire continue lors de la rééducation. De son humiliation de devoir demander son chemin pour aller aux toilettes, au supermarché, chez son éditeur. Les mots coulaient de sa bouche et me faisaient souffrir, le faisaient souffrir, mais en même temps, cela faisait partie du processus de guérison. Bree. Bree était son trésor, il revenait toujours à elle. À sa peur de ne pas être à la hauteur.

Pendant un an, il avait gardé pour lui cette culpabilité inutile. Je comprenais mieux l''état d'angoisse qui l'avait envahi lorsque je lui avait dit ce que faisait Tanya avec leur fille. Une fois de plus, il avait eu l'impression d'avoir failli !

- Tu es le père que Bree veut. Celui qu'elle aime. Celui qui lui est indispensable. Nul ne te demande d'être parfait. Tu l'aimes, c'est la seule chose dont elle a besoin. Le passé est le passé, tu dois en guérir. Comprendre ce qu'il s'est passé. As-tu demandé à ton frère de te lire les rapports de police sur l'accident ? Cela te permettrait de comprendre, d'admettre que tu n'y pouvais rien.

- Euh... non !

Il sembla surpris de ne pas y avoir pensé lui même. Je n'ajoutai rien, lui laissant le temps d'ingérer mes paroles.

- Tu as toujours réponse à tout Bella.

- J'aimerais en effet. J'aimerais comprendre comment, pourquoi l'homme que j'ai rencontré il y a quelques semaines a pu me rendre l'envie de vivre m'apporter la force qui me manquait et en même temps faire face à ses propres démons en silence. Nous sommes deux.

- Nous sommes deux, répéta-t-il à voix basse, comme si ces mots trouvaient leur chemin en lui. Je n'ai pas l'habitude de cela tu sais. Juste avant de te rencontrer, je déjeunais avec ma mère et lui signifiais que je refusais d'engager une aide, de partager mon appartement. Accepter de l'aide. Encore, toujours, devenait inconcevable après toute cette assistance forcée et subie. Mais le destin était en route et t'a mis sur mon chemin.

- Merci au destin.

Il rit et son ventre gargouilla. Je regardai sa pendule, midi. J'étais certaine qu'il n'avait rien manger après mon départ. Bon, moi non plus, car mon sandwich en compagnie de Jacob avait fini dans l'estomac de Jake. Je jugeai inutile de lui dire avec qui j'avais passé la fin de la journée

- Une petite faim ?

- Une grosse plutôt, avoua-t-il en souriant. Parler donne faim.

- Donc, il va falloir se lever, grognai-je en plaisantant à demi.

- Non, reste allongée. Je vais nous préparer quelque chose.

Il joignit le geste à la parole et souplement, se détacha de mes bras. Il embrassa mon front et sortit de la chambre en fredonnant une ritournelle que je ne reconnus pas sur le champ. Je frissonnai et remontai le drap sur moi aussi bien par un réflexe pudique inutile que pour tenter de recouvrer un peu de sa chaleur.

Edward avait laissé la porte ouverte et je l'entendais s'activer dans la cuisine. Puis son téléphone sonna et sa voix de ténor répondit, calme et posée. Je ne comprenais pas ses paroles mais mue par une sorte d'instinct, je me levai et m'entourant du drap, je sortis sur la mezzanine.

- Bien sûr, je comprends.

Un silence pendant lequel je tentais de deviner ce qu'il se passait au ton d'Edward.

- Non Emmett, je te promets, j'y serai, j'ai compris. Cela tombe finalement assez bien.

Nouveau silence et Edward regarda furtivement dans ma direction alors que je n'avais fait aucun bruit. Emmett parlait-il de moi ?

- Cela ne te regarde pas. Je me débrouillerai. À tout de suite.

Il raccrocha en soupirant.

- Bella, tu es là n'est-ce pas ?

- Oui.

Une fois de plus, il avait deviné ma présence. Le visage indéchiffrable, Edward reprit la parole.

- Je vais partir. Mon billet est réservé. J'ai rendez vous avec mon frère dans 15 minutes en bas de l'immeuble.


Et voila pour ce soir. Il donne parfois le tournis ce cher Edward.

J'espère que quelques questions auront trouvé réponses. Et qu'il n'y en a pas (trop) de nouvelles

Dans l'attente de vos réactions je vais dormir en espérant trouver le cadeau de vos com. en me levant.

Kiss

PS : Déborah, chut je sais : trop de Jacob ! mais tu avais peur de pire non ?

Nic