« Comme ça, ça va ?

Il resserra la cordelette qui liait les poignets de Ginny dans son dos.

- Ce n'est pas trop serré ? Tu sens toujours tes doigts ?

- Non. Enfin, oui, ça va. C'est très bien, répondit-elle en tournant vers Harry un sourire encourageant.

C'était tout un spectacle de la voir ainsi, toute vêtue de dentelle noire et de satin bleu, agenouillée sur le lit devant lui. Ses cheveux flamboyants offraient un contraste magnifique avec la lingerie qu'elle portait. Merlin, qu'elle était belle. Il lui sourit. Elle lui sourit aussi.

- OK… Bon. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-elle, et son sourire commença à avoir l'air un peu forcé.

- Um, qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

Ginny soupira et s'humecta les lèvres.

- Eh bien, je suis attachée sur le lit, à ta merci…

Elle haussa une épaule et battit des cils.

- Ah oui ? répondit Harry, songeant que si Ginny se retrouvait sur le dos quand ils allaient faire l'amour, ça allait lui faire très mal aux bras.

- Tu peux faire ce que tu veux de moi, poursuivit-elle en se penchant vers lui et ronronnant : tout ce que tu veux.

- Tout ce que je veux ? dit Harry, soudain intéressé.

- Ah, fit-elle en se redressant. Enfin, pas ça. Tout ce que tu veux, sauf ça.

- Ah. Oui, bien sûr. D'accord.

Il l'embrassa pour se laisser le temps de réfléchir. Elle avait toujours eu aussi bon goût quand il l'embrassait – un goût de pomme et de menthe. Qu'était-il censé demander ? Ça avait l'air d'un examen bizarre sur le sexe et il était quasi certain d'être sur le point de se ramasser un D. Son érection commençait déjà à faiblir. Zut.

- Très bien. Tu pourrais me sucer ?

- Si c'est ce que vous voulez, monsieur, dit-elle en gloussant.

- Ouais. Faisons ça.

Sa queue se remit à se tendre avec intérêt entre ses jambes. Ginny lui lança un regard qui le fit frissonner et se mordre la lèvre, puis elle se pencha en avant, avançant lentement la tête vers son entrejambe. A mi-chemin, elle ajusta sa position pour rester stable sur ses genoux.

- C'est un peu…, commença-t-elle avant de se pencher un peu plus loin et de s'écrouler tête la première sur ses genoux. Putain de bordel de merde ! pesta-t-elle contre sa cuisse.

Harry s'empressa de l'aider à se redresser et la laissa se remettre à genoux. Elle souffla sur quelques mèches qui lui tombaient dans les yeux et soupira.

- Euh…, dit Harry.

- Peut-être que tu devrais te mettre debout à côté du lit. Comme ça je n'aurai pas besoin de mes bras pour me soutenir.

- OK.

Harry descendit du lit et attendit que Ginny se positionne face à lui. Elle se pencha en avant et prit son sexe dans la bouche.

- Mmh, fit Harry. Oh, oui, c'est très bien comme ça.

Il enfouit les mains dans ses cheveux et fit glisser ses doigts contre son crâne. Elle s'étrangla et se recula en toussant. Une fois qu'elle eût repris son souffle, elle se rassit sur ses talons en laissant échapper un lourd soupir.

- Je crois que ça ne fait que rendre les choses trop maladroites d'avoir mes mains attachées dans le dos.

- Peut-être qu'on devrait juste le faire normalement ?

Le sentiment de panique qu'il semblait éprouver à chaque fois qu'ils étaient au lit ensemble ces derniers temps lui mordit la poitrine.

- Et si tu me fessais ?

Ç'aurait été plus sexy si elle n'avait pas l'air désespérée.

- J'ai été une vilaine fille, Harry. Je n'arrive même pas à te sucer correctement. Je mérite vraiment une bonne fessée.

Oh, ça, c'était original. Ça pouvait être marrant.

- Oui. Oui. Tu as raison. Viens là. Je m'assois et toi tu t'allonges sur mes genoux.

Avec le minimum de maladresse et de coudes dans la figure possibles, ils parvinrent à se mettre en position, Ginny allongée en travers des genoux de Harry, les fesses en l'air, le visage contre la couette.

Ginny avait un cul magnifique. Peut-être un peu trop musclé par tout ce Quidditch, mais lisse et rond et rose. Il abattit la main sur la chair de sa fesse gauche.

Elle poussa un cri :

- Putain, Harry ! Pas si fort !

Il avait complètement débandé à présent. Il était assis sur son lit, avec sa sublime femme ligotée en travers de ses genoux, et il n'avait qu'une hâte, se débarrasser de cette corvée pour pouvoir retourner à n'importe quelle autre occupation, mais pas ça. Ses épaules s'affaissèrent.

Il attrapa sa baguette sur la table de chevet et fit disparaître les cordes qui enserraient les poignets de Ginny. Elle se dégagea de lui et descendit du lit. Au trente-sixième dessous, Harry la regarda ramasser divers vêtements et les renfiler.

- Je suis désolé, geignit-il. Je ne sais plus ce que tu veux que je fasse.

- Et moi je n'ai pas envie d'avoir à te le dire.

Elle parvint à enfiler son chemisier, mais jeta son pantalon au sol avant de lui faire face.

- J'aimerais que tu saches ce que tu veux. Je voudrais que tu aies envie de moi, Harry. Que ce soit spontané, incontrôlable. Comme avant.

Ses yeux s'étaient embués de larmes. La tension dans son ventre se transforma en un poids terrible et il s'affaissa lourdement contre la tête de lit, les bras croisés.

- Les choses ont changé. J'ai un boulot monstre. Ce n'est pas comme c'était juste après la guerre.

- Non, dit Ginny, récupérant son pantalon et enfilant une jambe après l'autre avant de refermer les boutons. Ce n'est pas pareil.

Elle refusait de le regarder, mais elle attrapa une brosse et se mit à se démêler furieusement les cheveux. Harry savait qu'il pouvait dire quelque chose, une succession de mots qui arrangerait les choses. Il n'avait simplement aucune idée des mots à dire.

- Rhabille-toi, dit Ginny.

Elle reposa la brosse sur la commode et se dirigea vers la porte. Elle se retourna et le regarda enfin dans les yeux.

- On se retrouve au salon et on va parler. Il faut vraiment qu'on parle, Harry. »

Harry prit son temps pour se rhabiller ; la conversation promettait d'être horrible. Il inspira profondément, se préparant au choc, et descendit au salon.

Ginny était assise, très droite, sur le canapé, les mains jointes sur les genoux. Elle leva la tête vers lui, le visage dur, les yeux secs à présent. Harry eut la nausée. Il se passa une main dans les cheveux et piétina.

« Ecoute Harry, commença Ginny.

De grands coups retentirent à la fenêtre de la cuisine. Harry s'y précipita.

- Harry !

- C'est peut-être le boulot », cria Harry par-dessus son épaule, ouvrant la fenêtre d'un geste brusque pour prendre le hibou sur son bras. Il retira le rouleau de parchemin qui était attaché à sa patte et laissa l'oiseau repartir par la fenêtre.

« C'est bien le boulot, dit-il en retournant dans le salon, déroulant la lettre pour la lire.

Ginny avait la bouche pincée en une ligne très fine. Elle serra les poings, l'air d'être prête à bondir du canapé pour le frapper. Avalant difficilement sa salive, Harry montra le morceau de parchemin.

- Il faut que j'y aille. On doit faire un point sur l'enquête avec Malfoy.

En réalité, Malfoy lui demandait de fixer un rendez-vous. Même s'il n'avait pas spécifié maintenant tout de suite, c'était pour le boulot, et les obligations professionnelles passaient toujours avant les crises maritales, non ?

- Comme c'est pratique, siffla-t-elle entre ses dents.

- Gin, s'il te plaît, on parlera plus tard, d'accord ? Si c'était les Harpies qui t'appelaient, je comprendrais.

- Je sais que tu comprendrais. Tu ferais même mon sac à ma place avant de me mettre à la porte.

Merde, ses yeux recommençaient à s'emplir de larmes. Ginny ne pleurait jamais et maintenant il avait réussi à la faire pleurer deux fois en une journée. Harry fit un pas dans sa direction, mais Ginny se raidit et lui lança un regard noir. Il se figea.

- C'est pas ça, c'est juste que… il faut que j'y aille.

- Alors vas-y.

Elle se secoua les cheveux puis se leva. Elle prit une profonde inspiration et s'il n'y avait pas de sourire dans son regard, il y en avait au moins un sur ses lèvres :

- Ron et Hermione viennent manger ce soir, essaie de ne pas rentrer trop tard.

- Ne t'inquiète pas, je serai à l'heure.

Il lui sourit et se tourna vers le couloir. Alors qu'il décrochait sa cape du portemanteau près de la porte et la jetait sur ses épaules, la boule qu'il avait au ventre durcit et se glaça. Il marqua un temps d'arrêt, une main contre le montant de la porte, la tête basse. Les liens auxquels tenait leur mariage s'étaient réduits à la taille de fils d'araignée, il le sentait comme s'il s'était agi d'un objet tangible. S'il partait maintenant, ces fils pouvaient se déchirer de manière irréparable. Il releva la tête et la tourna en direction du salon ; Ginny l'observait, les bras croisés comme si elle avait froid, l'air grave mais résolu.

Harry pouvait retourner vers elle ; il pouvait l'attraper, la jeter sur le canapé et la prendre comme il voulait. Il pouvait la couvrir de baisers et la faire crier et griffer son dos comme elle le faisait avant… Merlin. La dernière fois qu'elle l'avait fait remontait déjà à plusieurs années.

- Je t'aime, murmura-t-il.

- Je t'aime aussi », répondit-elle, enfonçant les doigts dans ses bras.

Lorsqu'il sortit de chez eux et sortit sa baguette, prêt à transplaner, Harry se dit qu'ils arrangeraient tout à son retour. Ça allait bien se passer. Elle était sa Ginny, sa récompense pour tout ce qu'il avait traversé enfant et adolescent. La bile dans son estomac se dissiperait et ils retrouveraient leur bonheur.

Il secoua la tête pour s'éclaircir les idées. Si Malfoy dépassait les bornes, ne serait-ce que d'un orteil, Harry aurait sa peau, tant pis pour le professionnalisme.

C'était un samedi. Pas un jour de travail officiel.

Pour cette raison, voir son partenaire sortir de la roulotte de Malfoy et jouer la fille de l'air laissa Harry extrêmement perplexe. Tandis que Dennis regardait autour de lui pour s'assurer que la voie était libre, Harry se précipita derrière un coin de tente, puis glissa un œil dans sa direction juste à temps pour voir un sourire radieux s'étirer sur son visage avant qu'il ne tourbillonne sur place et transplane.

Harry avait fait des progrès pour ce qui était de maîtriser sa colère. Il avait suffisamment d'expérience maintenant pour reconnaître les signes lorsqu'il était sur le point de péter un câble, et en général, une fois qu'il prenait conscience du sang qui lui battait aux tempes, de son pouls qui s'emballait et de la chaleur si forte dans son visage qu'elle semblait s'infiltrer à reculons jusqu'à son cerveau, étouffant toute pensée rationnelle comme une couverture de fureur… eh bien, en général, il arrivait à enrayer la poussée, prendre plusieurs profondes inspirations et se forcer à se calmer, se demander si la situation justifiait vraiment une telle colère.

Cette fois-ci, cependant, il se dit rien à foutre.

Baguette à la main, il fonça droit sur la roulotte de Malfoy. Dennis était dans les forces de l'ordre. Ils étaient en pleine enquête criminelle. Malfoy aurait dû réfléchir – comment pouvait-il s'attendre à ce que Dennis fasse son travail correctement si Malfoy… Si Malfoy…

Une brève vision lui traversa l'esprit – de la main de Malfoy agrippant une épaule, des longs doigts pâles de Malfoy et leurs ongles parfaitement manucurés qui se plantaient dans la courbure d'un uniforme d'Auror de laine rouge, son pouce qui en parcourait le col insidieusement, à la recherche de peau – guère plus, mais cela suffit à le couper aussitôt dans son élan. En l'espace de quelques secondes, la chaleur qu'il avait aux joues s'était répandue dans tout son corps avant d'aller se loger dans son aine. Clignant des yeux, Harry ralentit le pas, avortant son assaut disciplinaire. Cette sensation dans le ventre – c'était de la peur. Mais qu'est-ce qui était en train de lui arriver ?

« Harriiiiiiiii ! »

Oh non.

« Te revoilà ! »

Merde. Lavande. Harry se détourna de la voix et au prix d'un grand effort psychologique se libéra de son trouble. Une fois qu'il eût renvoyé Malfoy et sa main indécente aux tréfonds de son esprit, il se retourna pour affronter Lavande.

« Mon Dieu. Tout va bien ? Tu es tout rouge.

Elle était vêtue de bleu ce jour-là ; sa robe de sorcière était décorée de minuscules globes de verre sur les manches et au col dont Harry supposa qu'il devait s'agir de boules de cristal miniatures. L'état de son visage était moins perturbant maintenant qu'il le voyait pour la seconde fois. Harry songea qu'une fois qu'il se serait habitué aux cicatrices, il pourrait même dire qu'elle était toujours très jolie.

Il porta une main à sa bouche et eut un toussotement forcé.

- Tout va bien, répondit-il. J'ai juste transplané un peu brusquement.

- Petit bétassou, dit-elle en s'approchant et le prenant par le bras. Destination, Détermination, Décision. Tu te souviens ?

Elle entraîna Harry vers une petite roulotte au bord du cercle, le faisant trébucher.

- Quelle force, Lavande, dit-il. Mais malheureusement il faut que je voie Malfoy de manière assez urgente.

- Ça attendra.

Elle lui tapota l'épaule gentiment, mais continuait de l'entraîner à sa suite.

- D'abord, je vais te lire l'avenir. Tu as l'air d'en avoir besoin.

- Me lire l'avenir ? Ah. Ah oui. Euh, je te remercie mais il faut vraiment que…

- Tututut. Fais-moi confiance, tu es entre de bonnes mains, je sais ce que je fais.

Se faisant la réflexion qu'au moins, cela lui donnerait un peu de temps pour se ressaisir, Harry se laissa entraîner jusqu'à la roulotte de Lavande. L'intérieur était petit et tendu de foulards légers rouges et violets. Un petit meuble de bibliothèque plein à craquer de titres tels que La Chiromancie pour les mordus, L'Oniromancie pour les invétérés ou Présage de cristal était blotti contre un des murs. Des bougies multicolores à moitié fondues fusionnaient avec divers meubles et des bouteilles contenant une potion d'un rose invraisemblable s'alignaient derrière les battants de verre d'un petit placard. Il flottait dans l'air un parfum d'encens et de thé.

- Assieds-toi, Harry, dit-elle en indiquant d'un geste un minuscule tabouret tapissé de brocart.

Harry s'assit et s'efforça de contrôler le tremblement de ses genoux. Lavande, quant à elle, s'installa sur le canapé et arrangea sa robe esthétiquement sur le siège. Entre les deux sorciers se trouvait une table de bois couverte de satin noir, et sur la table trônait une boule de cristal.

Harry soupira :

- J'espère que tu ne vas pas me prédire quinze différentes morts épouvantables.

Lavande pouffa de rire :

- Tu te moques du Professeur Trelawney, là, non ? Ce n'est pas très gentil. C'est une très grande femme. Elle a su remettre Fenrir Greyback à sa place.

Pour la première fois, Harry vit une ombre passer sur le visage de Lavande. Cela ne dura qu'une demi-seconde, cependant.

- Qu'est-ce que tu vas faire alors ?

Elle haussa les épaules :

- En général, les gens veulent savoir qui sera la prochaine personne avec qui ils vont coucher. Ou alors ils cherchent un peu d'espoir, quelque chose à quoi se raccrocher, qui leur permette d'aller de l'avant après une peine de cœur. De temps à autre, il y a quelqu'un qui veut savoir où Tatie Tania a caché sa réserve secrète de Gallions, mais la plupart des gens me posent des questions sur l'amour.

- Moi, ça ne m'intéresse pas, grogna Harry.

- On jette juste un petit coup d'œil à l'avenir alors, pépia Lavande. Rien de méchant. Tiens.

Elle lui donna de petits ballots d'herbes parfumées :

- Tiens-les dans tes mains et quand je commence à psalmodier, tu les agites.

Elle se mit à l'œuvre, égrenant un chapelet mélodieux de mots latins. Harry agita les bouquets garnis sans grand entrain, souhaitant que ça se finisse vite. Lavande regarda la boule de cristal et gigota les doigts dans tous les sens comme si elle jouait un morceau de piano.

Harry se tortilla sur son siège et lança un regard désespéré en direction de la porte.

- Je vois… un conflit. Des sources de conflit. Et du feu, de la chaleur. Une langue jaune-vert, des paroles acerbes. Oh… une gorge qui s'écroule. Un sentiment de perte. Je suis désolée, Harry. Et ensuite…

Lavande cligna des yeux, puis ceux-ci s'écarquillèrent :

- Non, dit-elle. Pas possible.

Plissant les yeux, elle rapprocha le nez de la boule et se remit à psalmodier.

- Ce n'est pas une belette, marmonna-t-elle, c'est… Oh la la !

Elle se redressa brusquement et éclata de rire avant d'aussitôt se plaquer la main sur la bouche.

- Quoi ?! claqua Harry, irrité comme pas possible.

- Rien, répondit-elle, les épaules agitées d'un fou rire intérieur. Je n'ai pas bien distingué ce que c'était. Trop flou.

- Très bien, dit Harry en jetant les herbes sur la table. Apparemment, je n'ai aucun avenir. Je vais y aller, alors.

- Je suis désolée, Harry. Vas-y. Va voir Malfoy. Dis-lui bonjour de ma part. »

Puis elle ne put plus retenir son hilarité et se mit à glousser, et Harry n'y tint plus.

Sans un autre mot, il se leva et quitta la roulotte. Grommelant dans sa barbe, se frottant les mains pour se débarrasser de la sensation granuleuse des plantes, il se dirigea vers la roulotte de Malfoy. Au moins, il avait eu le temps de se calmer un peu.

Il entra sans cérémonies et trouva Malfoy en train de sortir des habits d'une petite valise et de les poser sur le lit. De l'intérieur, la roulotte ressemblait plus à un bengalow luxueux qu'à un logement mobile. Elle était plus grande que toutes les autres roulottes que Harry avait vues jusqu'à présent et décorée de riches tapisseries et d'antiquités qui avaient l'air de coûter une fortune. Il y avait sur l'un des côtés un grand coin cheminée avec une peau d'Hippogriffe étendue devant l'âtre en guise de tapis.

Harry émit un petit rire de dégoût :

« Qu'est-ce que c'est que ça ? dit-il en pointant le tapis. Une revanche de gamin ?

- Bonjour, Potter, répondit Malfoy avec un rictus, ignorant sa question. Est-ce que par hasard tu saurais pourquoi ma roulotte sent l'eau de mer ?

Obnubilé par la fureur, Harry ne fit pas attention au petit déclic qui résonna à l'arrière de sa tête :

- Qu'est-ce que ça peut faire ? Tu peux m'expliquer ce que tu fous avec mon partenaire ?

Malfoy se figea et le dévisagea. Puis, lentement et délibérément, il déposa sur le lit les chemises qu'il avait dans les mains et se redressa pour se tourner vers Harry et le regarder bien en face :

- Je te demande pardon ? finit-il par dire.

Son visage était vernissé d'une légère curiosité, mais il y avait quelque chose qui scintillait dans ses yeux, et une légère coloration apparut sur ses joues.

- Il est censé se concentrer sur son boulot pour retrouver le connard qui agresse tes employés, pas sur… sur…

Harry se mit à bégayer et fit un geste brusque en direction du torse de Malfoy pour terminer sa phrase. Celui-ci baissa tranquillement les yeux vers la zone qu'il indiquait avant de les relever pour les plonger dans ceux de Harry, un sourcil haussé.

- Je suis désolé mais je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler. Tu pourrais être plus précis ?

De l'eau de mer…

- J'ai vu Dennis… l'Auror Crivey… sortir comme un voleur de ta roulotte.

- Ah bon ?

Une faible lueur d'intérêt pouvait se lire sur son visage, mais son regard exprimait plutôt une jubilation prédatrice.

Malfoy était en train de défaire sa valise. Comme s'il venait juste d'arriver.

- Ce ne…, dit Harry d'une voix faible, qui avait perdu toute vindicte légitime – et pourtant il n'arrivait pas à se taire. Ce n'est pas parce qu'ils te trouvent sexy que ça te donne le droit de sauter sur les Aurors. Il s'occupe d'une enquête. Il y a conflit d'intérêts.

Malfoy fit un pas dans sa direction et Harry recula d'un pas.

- Ah, tu penses que j'ai eu un rapport sexuel avec le jeune Monsieur Crivey.

- C'est le cas ?

Harry trébucha en reculant encore tandis que Malfoy avançait d'un pas de plus. Son dos rencontra le mur de la roulotte.

Malfoy eut un sourire qui révéla ses dents et s'avança vers Harry jusqu'à ce qu'ils se retrouvent presque littéralement nez à nez. Il n'y avait aucune raison pour que le cœur de Harry batte la chamade. D'ailleurs, ce serait le moment idéal pour partir en claquant la porte. Et pourtant, il était hors de question qu'il batte en retraite maintenant sans aller jusqu'au bout du sujet.

- Tu as l'air un peu agité, Potter.

- Je t'emmerde.

Très professionnel.

- Alors, est-ce que tu as… une liaison avec l'Auror Crivey ?

- C'est-à-dire ?

- Tu sais très bien ce que je veux dire, cracha Harry, soulagé de sentir la colère refaire surface.

- Pourquoi est-ce que tu me poses toutes ces questions, Potter ? Tu m'as l'air bien curieux. La vie sexuelle de ton petit protégé a l'air de beaucoup t'intéresser, à moins que…

Malfoy se pencha vers lui, le regard pétillant de malveillance sous ses cils. Harry se rétracta d'horreur, se pressant le plus possible contre le mur.

- À moins que ce ne soit ma vie sexuelle qui t'intéresse ?

- N-non… C'est… Ecoute, Malfoy, recule-toi.

Malfoy sentait le propre, avec une petite touche d'eau de Cologne aux agrumes corsée. D'aussi près, Harry remarqua de fines petites rides aux coins de sa bouche, l'ombre d'une barbe blonde qui commençait à repousser et, comme Malfoy souriait, il put remarquer à quel point ses canines étaient pointues.

Malfoy était beaucoup, beaucoup trop près de lui et il y avait de grandes chances pour qu'il voie la chaleur monter au visage et au cou de Harry.

- Arrête ça, dit Harry dans un souffle.

- Arrêter quoi ? murmura Malfoy en réponse, avant de franchir les derniers centimètres qui les séparaient et d'effleurer les lèvres de Harry.

Ce n'était qu'un effleurement, tout ce qu'il y avait de plus léger, mais une bouffée d'excitation dévastatrice mêlée de panique remonta le long de l'échine de Harry. Il prit une brève, brusque inspiration puis se figea et tenta de se concentrer sur le visage de Malfoy pour déchiffrer ses intentions. Leurs regards se croisèrent brièvement, puis le rictus de Malfoy se volatilisa et il s'avança de nouveau pour presser plus franchement sa bouche contre la sienne ; un souffle chaud et une langue humide et tiède s'immisça entre les lèvres de Harry. Il en eut le souffle coupé ; ses poings se serraient et se desserraient spasmodiquement et il sentait son sexe se tendre, douloureusement.

- Je… que…, couina-t-il.

- Chhh.

Malfoy prit son visage dans ses mains.

Une petite voix dans sa tête lui hurlait d'arrêter, de repousser Malfoy, d'au moins arrêter de répondre au baiser. Mais il n'y arrivait pas. C'était trop agréable pour s'arrêter.

- Mmgh », fit Malfoy, et sa voix à lui aussi sonnait bizarrement. Il se rapprocha encore, de manière à ce que leurs corps se pressent l'un contre l'autre. Harry avait la tête qui tournait, son ventre et ses cuisses brûlaient de désir et son cœur battait la chamade. Malfoy déplaça une main, la fit serpenter le long du cou de Harry, parcourir ses côtes et son ventre, lui arrachant des gémissements. Après une légère hésitation au niveau de la ceinture, la main de Malfoy se faufila un cran plus bas et s'installa fermement sur son entrejambe.

Harry haleta violemment, une fois, deux fois, trois fois.

« Putain…

Sa voix était encore plusieurs octaves trop haut, mais il n'en avait rien à faire. Il plaça les mains sur les épaules de Malfoy et le repoussa avec force. Malfoy tituba en arrière, perdant sa prise, le visage cramoisi et encore incliné sur le côté. Harry se rapprocha de lui et le poussa de nouveau et – Merlin, il venait de rugir ? Il allait crever de honte plus tard, mais là, pas le temps.

Malfoy écarquilla les yeux en basculant en arrière. Il poussa un cri et s'étala dans la pile d'habits qu'il avait sortis de la valise ; il leva les yeux vers Harry, le souffle court. Harry bondit sur lui et, oh, c'était plus fort que lui, il fallait qu'il se frotte contre lui, juste là, comme ça, alors c'est ce qu'il fit, furieusement, contre l'entrejambe de Malfoy.

Malfoy s'empara de ses poignets et s'y agrippa. Il regardait Harry avec des yeux embrumés, les lèvres entrouvertes. Son souffle devenait de plus en plus haché à chaque mouvement que faisait Harry, puis il ferma les yeux et fit une grimace qui dévoila ses dents.

A chaque mouvement de bassin, Harry sentait la bite de Malfoy, dure comme de la pierre, contre la sienne, à travers leurs vêtements.

- Merlin, haleta-t-il. Putain de. Oh. Oh, pu-tain.

L'orgasme fut presque douloureux. Il fut secoué d'un violent frisson qui lui ôta toute énergie des bras, et s'affala de tout son long sur Malfoy.

- Putain, souffla-t-il, enfouissant le visage dans le cou de Malfoy jusqu'à ce que le contrecoup passe.

Il roula sur le côté et se mit à regarder fixement la fresque du plafond, refusant de donner un nom à la terreur qui grignotait du terrain au bord de sa conscience. Qu'est-ce qu'il venait de faire ?

- Je suis désolé.

Il ne savait pas s'il se disait ça à lui-même, à Malfoy, ou bien à…

- Pas besoin de t'excuser, mais j'espère bien que tu vas me rendre la pareille.

Harry tourna la tête vers le visage cramoisi de Malfoy. Tétanisé, Harry se contenta de le dévisager.

- Pour l'amour de Merlin », s'exclama Malfoy.

Il ouvrit sa braguette d'un coup sec et baissa pantalon et slip au-dessous de ses hanches. Harry resta bouche bée devant l'érection de Malfoy – son sexe long et rose. Ses cuisses le picotaient. Lorsque Malfoy s'empara de sa main et la tira vers lui sans douceur, Harry se redressa sans résister. Il laissa Malfoy enfoncer son sexe dans sa main : il était doux et brûlant, palpitait contre la paume de Harry et sans réfléchir, il serra la main, arrachant un cri à Malfoy.

Il pouvait le faire. C'était quelque chose qu'il savait faire même si l'angle et l'approche étaient nouveaux. Il masturba Malfoy, contemplant avec fascination le gland qui disparaissait et reparaissait dans son poing. Au bout de quelques secondes seulement, Malfoy se cambra et poussa un cri. Harry sentit le chaud lui monter aux joues tandis que le sperme giclait sur le buste de Malfoy ; il en sentit un peu qui lui dégoulinait sur les doigts.

Harry s'essuya la main sur le drap ; la sueur commencer à lui laisser une sensation de froid sur la peau. Le souffle de Malfoy ralentit.

« Eh ben, dit Malfoy en riant. Tu es vraiment une quiche au lit.

Harry lui mit une droite.

- Putain de con de merde !

Malfoy se roula en boule sur le côté, les deux mains portées au visage. Du sang s'en échappa et lui coula le long du menton.

Il l'avait sans doute vraiment amoché, mais Harry était bien trop secoué pour se demander à quel point c'était grave. Au lieu de cela, il bondit sur ses pieds et s'écria : « Ha ! ». Tremblant sur ses pointes de pieds, il pointait du doigt le nez de Malfoy :

- Je t'ai eu, hein ? Tu vois ce que ça fait ?

- Espèce de petit con puéril. C'était il y a des années !

Malfoy se mit à tâter le lit à la recherche de sa baguette, son autre main toujours refermée sur son visage.

- Mais quand même, dit Harry, comme si c'était une explication suffisante.

Il savait qu'il délirait complètement. Mais son cœur tambourinait dans sa poitrine comme si Graup traversait la Forêt Interdite au pas de course, et il avait du mal à y voir clair avec tout ce vacarme. Il avait encore le tournis après le meilleur orgasme qu'il ait eu depuis des années, et il le devait à Malfoy, et… Putain, avec sa peau qui picotait et sa poitrine sur le point d'exploser, il n'arrivait plus du tout à réfléchir.

Ginny allait le tuer.

Ginny allait…

Harry se mordit la lèvre et se prit la tête dans les mains.

- Dégage d'ici, dit Malfoy.

Il n'arrivait pas à remettre la main sur sa baguette. Harry en aperçut le bout qui dépassait de sous le lit.

- Ta b…

- J'ai dit dégage !

- Je peux t'arranger le nez. Je suis désolé. J'étais juste…

- Tire-toi de chez moi tout de suite sinon je te jure que je te découperai en quinze morceaux bien distincts et que Shacklebolt en recevra un par jour sur son bureau pendant deux semaines ! »

Déglutissant péniblement, tremblant de tous ses membres, Harry battit en retraite. Il remarqua la sensation humide et poisseuse de ses sous-vêtements quand il bougeait et cela lui arracha une grimace.

Il déguerpit de la roulotte de Malfoy et transplana jusque chez lui dans le plus grand brouillard et ne put que se féliciter de survivre à l'opération sans y avoir laissé d'organe vital. Il se matérialisa au milieu des plants d'hellébore de Ginny, dans le jardin qui se trouvait devant leur maison. Il ne prit pas le temps d'essuyer ses bottes couvertes de boue et de pétales, mais gravit les marches du perron en deux bonds, ouvrit la porte avec fracas et se précipita à l'intérieur.

Ginny, qui l'attendait, s'essuya nerveusement les mains sur son tablier :

« Harry, je suis contente que tu sois rentré.

Elle s'approcha pour l'embrasser et Harry se rappela qu'il avait le caleçon souillé et qu'il devait probablement puer le sperme.

- Pas maintenant », dit-il d'un ton sec, avant de la bousculer pour monter dans leur chambre. Il claqua la porte derrière lui et la verrouilla. Après avoir arraché ses vêtements, il incinéra le boxer souillé d'un Incendio, puis se dirigea à l'aveuglette jusqu'à la douche. Il mit l'eau le plus chaud possible sans que ça lui arrache complètement la peau.

Qu'avait-il fait, qu'avait-il fait, qu'avait-il fait ?

Le souvenir de ce qu'il avait fait lui revint en mémoire, un peu plus précisément qu'il n'en avait eu l'intention, ce qui l'obligea à se branler furieusement et rapidement. Bizarrement, ça n'arrangeait pas la situation. Il avait trompé sa femme. Il était ce genre de personne et Harry n'avait que du mépris pour ce genre de personnes.

Il n'y avait qu'une chose à faire.

Sans rincer le shampoing qu'il avait dans les cheveux ni même couper l'eau, Harry sortit de la douche et se mit une serviette autour des hanches. Il laissa des empreintes mouillées à travers la chambre et retourna dans le couloir pour faire face à son destin.

Ginny n'avait pas l'air ravie :

- On a des invités qui arrivent dans dix minutes et ce serait mieux qu'ils ne nous trouvent pas en train de nous étriper. Tu crois que tu pourrais…

Harry se retourna vers le mur et s'y frappa la tête. Ginny se tut. Fermant les yeux de toutes ses forces, Harry s'obligea à prononcer les mots :

« Je t'ai trompée.

Ginny demeura silencieuse pendant de longues secondes. Harry se força à se retourner vers elle. Sa peau trempée se couvrait de chair de poule là où l'air qui entrait pas la porte d'entrée encore ouverte l'atteignait.

Avec une expression indéchiffrable, Ginny demanda :

- Qui, enfin, avec qui, putain de – qui tu t'es fait ?

- Malfoy, répondit-il dans un souffle.

Un nouveau silence. Puis :

- Tu te tapes Narcissa Malfoy ? Elle est pas un peu trop vieille pour toi ?

Harry partit d'un éclat de rire qui ressemblait à un aboiement et s'enfouit le visage dans les mains.

- Non, dit-il. Malfoy.

Après une nouvelle, brève pause, il entendit Ginny pousser un petit cri étouffé :

- Nom de…

- Bonsoir ! chantonna Hermione en entrant.

- Tu as laissé la porte ouverte, mec. Salut Gin. Qu'est-ce qu'on mange ? dit Ron, puis : Bordel, Harry, les habits, ça existe !

Comme un cerf repérant l'odeur d'un prédateur, Hermione se figea. Elle regarda Harry, qui était en serviette, puis l'expression de Ginny. Un sillon se forma entre ses sourcils.

- Est-ce qu'on tombe mal ?

- Non, non, pas du tout. Vous tombez très bien.

Harry vit qu'Hermione remarquait le ton suraigu de Ginny et les gestes de démente qu'elle faisait avec les bras.

- Vous ne pouviez pas mieux tomber, en fait ! Allons dans la salle à manger. Il y a des mini-hotdogs, du vin de fleurs de sureau, et j'ai un rôti au four. Tu vas t'habiller, Harry ?

Harry détala dans la chambre. Il se jeta sous le jet d'eau, froid à présent, et se rinça les cheveux. Tandis qu'il se séchait et s'habillait, son esprit poussait des cris, lui donnait toutes sortes d'instructions contradictoires et l'engueulait d'avoir foutu toute sa vie en l'air.

Il entra dans la salle à manger en traînant la patte. Hermione se leva aussitôt de sa chaise et vint lui reboutonner la chemise correctement.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle à voix basse.

Harry se contenta de faire non de la tête, la suppliant silencieusement de faire comme si de rien n'était. Elle pinça les lèvres et acquiesça.

Harry s'assit et Ginny posa les bols, un à un, en face de chaque personne. Une éclaboussure de soupe de tomate bouillante le fit sursauter de douleur. Hermione resta muette, son regard passant de Harry à Ginny comme si elle regardait un match de tennis. Ron s'empara d'un morceau de pain et le flanqua dans sa soupe.

Il y avait du vin. Harry s'en servit un verre et le descendit d'un trait avant de reposer le verre vide sur la table avec force. Il évita de croiser le regard de quiconque mais regarda fixement son bol de soupe, donnant des petits coups de cuillère à ce qui y flottait et écoutant les bruits que faisait Ron en mangeant.

- On est bien silencieux ce soir, plaisanta Ron, mais il s'attira trois regards tous aussi noirs. Quoi… qu'est-ce que j'ai dit ?

Il y eut un silence glacial. Harry sentait que les ressorts d'Hermione étaient en train de se tendre en vue d'un interrogatoire. Ron regarda autour de lui, cuillère en l'air ; de la soupe rouge gouttait sur la nappe.

Soudain, Ginny jeta sa propre cuillère sur la table :

- J'ai une liaison avec Neville Londubat, annonça-t-elle, faisant grésiller le silence jusqu'à ce qu'il tombe en cendres.

- Oh ! fit Hermione, portant les doigts devant la bouche.

- Quoi ?! aboya Ron.

Harry ferma les yeux et s'affala contre le dossier de sa chaise.

- C'était plus fort que moi ! poursuivit Ginny. J'ai besoin de me sentir désirée. Je n'en pouvais plus… Harry. Je suis désolé. Je t'aime. Je t'aime vraiment, mais ça ne pouvait pas continuer comme ça.

Ron se leva, faisant racler sa chaise bruyamment sur le sol. Il pointa sa sœur du doigt :

- C'est inadmissible, Gin !

- Oh, pour l'amour de Merlin ! Ta gueule. Ça ne te regarde pas.

- Tu fais ça dans le dos de mon meilleur ami, comme une petite t…

- Alors là, ferme-la toute de suite ! l'interrompit Ginny en se levant si brusquement que sa chaise bascula en arrière. Il y a des choses qu'on ne peut pas retirer. Tu n'as pas intérêt à me dire ça.

Harry leva le nez et rencontra le regard épouvanté d'Hermione ; celle-ci le regardait, tout en tentant, d'une main, de retenir Ron par la chemise.

- C'est bon, Ron, marmonna Harry. C'est entre Ginny et moi.

- En tout cas », poursuivit Ron, son visage rouge de colère se tournant tantôt vers Harry, tantôt vers Ginny, « que Neville s'attende à avoir mon poing dans la gueule, la prochaine fois que je le vois.

- Si tu touches ne serait-ce qu'à un cheveu de Neville, j'envoie tes couilles en Alaska », répliqua Ginny.

Harry se leva. Le sang lui battait aux tempes. Chacun cessa ce qu'il faisait et le regarda. Il ouvrit la bouche pour parler mais se rendit compte qu'il n'avait absolument rien à dire. Engourdi de la tête aux pieds, il fit volte-face, quitta la salle à manger et se dirigea vers sa chambre où il n'aurait plus à écouter Ron et Ginny se hurler dessus, ni à se demander pourquoi il n'avait aucune envie de participer à l'engueulade.

Il se laissa s'assit lourdement au pied du lit, s'enfouit le visage dans les mains et prit une profonde inspiration, un peu tremblante. Le matelas s'enfonça à côté de lui lorsque la chaleur réconfortante d'un autre corps vint s'y installer. Il glissa un œil entre ses doigts. Hermione.

« Je suis censé être contrarié, c'est ça ?

- Ce serait la réaction habituelle, oui, répondit-elle.

- Je le suis un peu. Enfin, Neville, c'est un de mes meilleurs potes. Ça me surprend de sa part. Il était super tendu ces derniers temps, maintenant que j'y pense. Maintenant on sait pourquoi.

- Et Ginny ? Tu ne lui en veux pas ?

Harry baissa les yeux ; son alliance n'avait qu'un éclat terne sur sa main gauche. Il avait passé sa jeunesse à combattre des démons, intérieurs comme extérieurs, et s'en était sorti en vainqueur. Il avait sauvé le monde sorcier de l'emprise de Voldemort et avait survécu. Pour ce qui était d'une chose aussi commune et triviale que le mariage, en revanche, c'était l'échec sur toute la ligne.

- Elle mérite d'être heureuse, dit Harry. Et je ne peux plus la rendre heureuse. »

Il valait mieux ne pas mentionner Malfoy tout de suite. L'idée de devoir justifier ce qu'il avait fait à Hermione lui pompa tout ce qui lui restait d'énergie. Il se laissa aller à l'étreinte de son amie, et hocha la tête lorsqu'elle lui dit de lui envoyer un hibou quand il aurait envie de parler. Quand Ron entra en trombe dans la chambre et annonça qu'Hermione et lui partaient, Harry se contenta d'acquiescer et les raccompagna jusqu'à la porte.

Il resta assis en silence sur le lit à regarder Ginny faire ses valises en pleurant à chaudes larmes. Puis il l'accompagna elle aussi jusqu'à la porte.

Elle posa son sac au sol et se retourna vers lui :

« J'allais te le dire. J'ai essayé.

- Je sais, dit Harry.

- Harry, dit Ginny dans un souffle, les épaules secouées de sanglots tandis qu'elle tendait la main vers son visage. C'est pas… Je t'aimerai toujours…

- C'est pas grave, Gin.

Son joli visage plein de taches de rousseur. Ses grands yeux bruns qui avaient toujours été son refuge. La chaleur de ses doigts contre sa joue et sa mâchoire. Elle avait été son avenir et son cœur – ils étaient censés avoir des enfants ensemble, fonder une famille – mais il l'avait laissée lui filer entre les doigts. Il inspira profondément et lui serra l'épaule.

Laissant échapper un gémissement d'animal blessé, elle se blottit contre lui et il la serra dans ses bras, enfouissant son visage dans ses cheveux. Sachant bien que c'était la dernière fois, il profita autant qu'il put de son parfum et de sa douceur. Elle tremblait dans ses bras.

Il fallait qu'elle s'en aille ou il allait exploser.

- Bon, dit-il en s'écartant doucement. Tu vas retrouver Neville ? »

Elle hocha la tête. Ses cheveux étaient collés à sa joue. Pendant un long moment, ils se contentèrent de se regarder l'un l'autre.

Puis elle dit : « Au revoir, Harry. » – ramassa son sac et partit.

L'air froid hivernal lui léchait la peau des bras, et le claquement qu'elle fit en transplanant le transperça de part en part.

Un petit tourbillon de givre entra par la porte ouverte, soulevé par un souffle d'air, et Harry se rendit compte qu'il s'était mis à neiger.