« J'avais envie de te prendre comme ça, sur scène, t'arracher ta robe à paillettes ridicule et te baiser à t'en faire hurler.

Harry glissa les doigts sous le col de la chemise de soie blanche de Malfoy et la déchira.

- Tu aurais dû, répondit Malfoy en tendant le cou en arrière, le souffle court. On aurait pu en faire un numéro : Potter le Binoclard et Malfoy le Magnifique. »

Il agita sa baguette en un geste désordonné en direction du pantalon de Harry, le réduisant en lambeaux. Harry émit un grondement et lui grimpa dessus, lui écartant les cuisses avec son genou. En réponse, Malfoy lâcha sa baguette pour aller le griffer le long du dos. Ils se tortillèrent l'un contre l'autre, se mordant, s'embrassant.

C'était bon. Divin. Harry ne s'était jamais douté que le sexe pût être ainsi : qu'on pût s'y consumer et en devenir accro. Et la fission sous-jacente, le frisson de panique léger mais néanmoins continuel qui lui nouait les tripes ne faisait, en fait, que rendre l'expérience plus délicieuse encore.

Lorsqu'ils eurent terminé, il se laissa aller à s'assoupir, rassasié et envahi d'une douce chaleur, dans les bras de Malfoy. C'était dimanche, et il avait le reste de l'après-midi de libre, alors pourquoi s'en priver ?

Un reniflement de Malfoy le tira du sommeil et il se réveilla pour trouver leurs membres enchevêtrés : il avait un bras sous le cou de Malfoy, une cuisse entre ses jambes ; l'entrejambe du blond, au repos, chaud contre sa jambe, lui chatouillait la peau, et il eut soudain envie de le serrer fort contre lui. Quoique cette pulsion n'eût rien de sexuel, elle lui dévorait le corps avec la force enfiévrée du désir.

Il savait ce que ce sentiment voulait dire, mais il ne savait pas quoi en faire.

Il allait falloir qu'ils en parlent, tôt ou tard. Toutes ces choses enfouies, ces souvenirs, ces choix passés – c'était là à couver sous la surface. Il les sentait dans la tension de ses muscles et dans l'ombre sous les yeux de Malfoy.

Mais ce n'était pas la peine de remettre les sujets sensibles sur la table alors qu'ils semblaient à cent lieues de là. Il allait falloir qu'ils en parlent un jour, bien sûr, mais pas maintenant, alors que tout se passait si bien, sans prise de tête.

Finalement, Harry mit les pieds dans le plat en une seule question innocente.

Ils étaient nus, emmêlés l'un à l'autre avec la couette ; leur sueur avait séché mais Harry se sentait encore indolent et bien dépensé. Malfoy faisait léviter une chaussette – la sienne ou bien une de celles de Harry – au-dessus d'eux ; il lui faisait faire des cercles et des piquées. Il y avait un trou à l'orteil. Une de celles de Harry alors.

« Depuis quand tu as cette baguette ?

Il bâilla, se faisant craquer le cou et étirant son bras libre au-dessus de sa tête.

- Un peu après la fin de la guerre, répondit Malfoy.

Harry se figea, voyant toute la conversation se déployer devant lui.

- Je m'étais dit, poursuivit Malfoy en changeant de position contre lui, que tu allais peut-être me rendre ma baguette d'aubépine. Mais bon. Je pouvais toujours rêver.

Il avait encore l'occasion de ne pas rebondir. Il aurait pu fermer les yeux et se rendormir. Mais ils avaient abordé le sujet et il eût été lâche de faire comme si de rien était.

- Je ne pouvais pas. C'était avec cette baguette que…

- Je sais, le coupa Malfoy d'une voix sèche et froide.

- Tu n'en étais plus le maître. Elle ne t'aurait plus obéi.

Harry sentit la mâchoire de Malfoy se contracter contre son épaule.

- Qu'est-ce que tu en as fait, du coup ? Elle croupit au fond d'un tiroir ?

- … Je l'ai brûlée. Quelques jours plus tard. Je ne savais pas quoi en faire d'autre.

Il y eut un silence, silence durant lequel Harry sentit les membres de Malfoy se raidir contre lui. Puis, se dégageant d'un mouvement brusque à s'en démettre les articulations, Malfoy s'assit :

- Tu l'as brûlée ?

- Si je te l'avais rendue, avec la Baguette de Sureau…

- C'était ma baguette, Potter. Celle que j'ai eu pour mes onze ans. Avec laquelle j'ai jeté mes premiers sorts.

Harry sentit sa nuque et ses épaules de glacer. Malfoy se leva, alla se jeter dans son fauteuil et croisa les jambes. Harry ne put s'empêcher d'apprécier la vue de son corps nu et de le reluquer, mais Malfoy avait le regard perdu dans le vide au-dessus de Harry et ne le regardait pas.

Harry finit par briser le silence :

- C'était il y a longtemps.

- Penses-tu, répliqua sèchement Malfoy.

- Est-ce qu'on te… Huit ans après, quand même…

- Est-ce que les gens ont oublié ce que tu as fait pendant la guerre, Potter ?

Il regardait enfin Harry dans les yeux, le regard perçant.

- Non.

Malfoy se leva et se mit à arpenter de long en large la roulotte. Il ramassa son slip et le renfila, puis se dirigea vers le miroir et se mit à se repeigner avec les doigts.

- Je suis ce que je suis et si ça ne convient pas aux gens, ils peuvent aller se faire voir.

Harry se dit que s'il devait choisir un bon moment pour se taire, c'était maintenant.

- Alors, oui, j'ai fait des erreurs. J'ai laissé d'autres penser à ma place. J'ai… Bon, appelons un chat un chat : j'ai choisi le mauvais camp. C'est vrai. Je m'en suis rendu compte bien avant la fin de la guerre. Mais qui n'a jamais pris de mauvaise décision dans sa vie ?

Harry s'efforça de garder les yeux sur le visage de Malfoy mais ils semblaient irrésistiblement attirés par son avant-bras gauche, qui s'exposait à sa vue tandis que le blond se recoiffait.

- Est-ce qu'il va falloir que je paie toute ma vie pour ce que j…

Il repéra le regard de Harry :

- Tu vois quelque chose qui t'intéresse, Potter ?

- Tu aurais pu te la faire enlever. Il y en a qui l'ont fait.

Malfoy écarquilla les yeux. Il ouvrit la bouche, puis la referma :

- J'y ai pensé. Père voulait que je le fasse. Mais ç'aurait été un mensonge. Je ne peux pas effacer le passé et je refuse de passer ma vie à avoir honte.

- Malfoy ?

- Quoi ?

- Ferme ta gueule.

Harry inspira profondément, se leva et rejoignit Malfoy ; il posa la main à plat au milieu de son torse. Malfoy la lui repoussa aussitôt et s'écarta, lui tournant le dos.

- Tu étais un sale petit snobinard fanatisé quand on était à l'école, persista Harry. Tu n'avais pas de temps à accorder à ceux qui ne faisaient pas partie des tiens, sauf si c'était pour leur jeter un sort ou les insulter. La façon dont tu traitais Hermione… Je te méprisais, vraiment.

La courbure de la nuque de Malfoy était si tendue qu'elle semblait pouvoir casser au moindre choc. Harry tendit une main hésitante vers lui pour le toucher. Il posa doucement les doigts sur les vertèbres saillantes en haut de dos de Malfoy. Les muscles de celui-ci se remirent en mouvement. Il s'écarta, d'un centimètre seulement, suffisamment pour éviter le contact. Harry se rapprocha et l'attrapa par l'épaule.

- Mais je vois comment tu es maintenant avec les gens du théâtre. Des Sang-Mêlés, des Nés-Moldus, des gens qui sont à moitié des créatures magiques il y a même un loup-garou dans ta troupe. Et tu les traites tous comme s'ils faisaient partie de ta famille.

Il passa les bras autour de Malfoy et se colla contre son dos, enfouissant le visage dans sa nuque.

- Tu n'es plus le petit merdeux que tu étais à l'école. Tu n'es plus un Mangemort.

Malfoy demeura silencieux mais ses muscles se détendirent et il ne le repoussa pas.

- Quand je suis revenu, finit-il par dire à voix basse, j'avais décidé de changer. Mon père… disons que j'ai déchanté à son sujet. Je voulais voir de quoi j'étais capable seul. Changer la donne. Me racheter, peut-être.

Harry tourna la tête et se mit à embrasser la nuque de Malfoy. Celui-ci lui attrapa fermement le poignet pour le faire cesser.

- Mais… personne ne voulait de moi. Ni le Ministère, ni la Gazette, ni même aucune des œuvres caritatives sorcières que j'ai voulu contacter. Partout, je n'ai été reçu qu'avec des regards incrédules, des portes au nez et même des sorts à plusieurs occasions. Personne ne voulait me donner une seconde chance.

Malfoy redressa le menton.

- J'étais un paria.

Il se retourna et enlaça Harry.

- Ce fut instructif, comme expérience. »

Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre, oscillant imperceptiblement sur leurs jambes tandis que la lumière vive du matin, qui entrait par les fenêtres, s'adoucissait.

Harry effleura l'oreille de Malfoy du bout des lèvres, s'arrêtant pour en mordiller le lobe.

« Tu crois que ça peut marcher, Malfoy ?

- C'est ridicule, répondit Malfoy en plongeant une main dans les cheveux de Harry avant de lui mordiller la bouche. Complètement invraisemblable. Mais, oui. Oui, je pense que ça peut marcher.

Il avança la tête et Harry vint à sa rencontre, reposant son front contre le sien.

- Juste une chose… ajouta-t-il, son souffle s'écrasant doucement contre le visage de Harry. Je veux t'appeler « Harry », comme tes amis.

- Vas-y. Je veux t'entendre le dire.

- Harry, dit Malfoy avant de l'embrasser.

- Draco », répondit Harry avant de répondre à son baiser et de s'y perdre.

Harry avait un peu l'impression d'être redevenu ado lorsqu'il remonta l'allée qui menait à sa maison, d'un pas sautillant. Il déverrouilla la porte ; impossible de s'arrêter de sourire. Il devait vraiment avoir l'air d'un con.

Il referma derrière lui, jeta sa cape sur la patère à côté de la porte, ne prit pas la peine de la ramasser quand elle manqua sa cible, puis ferma les yeux et sourit, savourant le sentiment de bonheur et de satisfaction dans lequel il baignait. Enfin.

Il se dirigea vers sa chambre d'un pas léger avec l'intention de prendre une douche avant de faire une sieste, et fut accueillit par la silhouette de Ginny, qui était assise sur le lit dans le noir, les mains refermées sur ses genoux, la tête penchée en avant, le visage masqué derrière les cheveux.

Il se figea net et toute sa bonne humeur partit en fumée.

Il se dirigea vers le lit et s'assit à côté d'elle, se préparant mentalement à affronter le cataclysme.

« Je suis enceinte, dit-elle avant de relever la tête pour le regarder.

Le soleil couchant se déversait dans la pièce par la fenêtre de la chambre, si bien que Ginny, à contre-jour, n'était guère plus qu'une silhouette aux tons rouges. Harry distinguait la courbure ombragée de sa joue, le nœud que formaient ses petits doigts blancs sur ses genoux, et la famille qu'il avait toujours souhaité avoir, du plus profond de son âme, depuis l'enfance, prit forme et miroita sous ses yeux avant de s'effacer de nouveau.

- C'est… C'est merveilleux, s'étrangla-t-il. Je suis très heureux pour toi.

Son mensonge arracha une grimace à Ginny, comme s'il venait de la frapper :

- Tu n'as pas bien compris. J'ai toujours pris la potion quand j'étais avec Neville. Toujours.

Lorsqu'il comprit ce qu'elle voulait dire, Harry se persuada que ce devait être la joie qui lui nouait l'estomac, parce qu'éprouver une telle détresse en apprenant qu'on allait être père, c'était monstrueux. S'il sentait les larmes monter, c'était de joie. C'était son bonheur qu'il voulait hurler sur tous les toits, rien d'autre.

- Très bien. On n'a pas encore finalisé la procédure de divorce. Tu peux revenir vivre ici. Je suis sûr que ta mère sera ravie.

Ginny s'entortilla une mèche de cheveux autour d'un doigt tout en regardant fixement le mur.

- Harry, tout ce qui importe à Maman, c'est qu'on soit tous les deux heureux.

- On le sera, dit Harry en hochant la tête.

- Je suis heureuse avec Neville, dit-elle, et sa voix se brisa.

Alors tu n'aurais pas dû me le dire, s'emporta Harry intérieurement, même s'il savait bien qu'elle n'avait pas d'autre choix que de lui dire ; même si l'idée que son propre enfant pût venir au monde sans qu'il le sache le rendait malade.

- C'est ma faute, poursuivit Ginny. J'aurais dû faire plus attention. C'est juste qu'on faisait l'amour tellement peu souvent, et…

Les mots éclatèrent avant même d'avoir fini de se former complètement dans sa tête :

- Si tu t'imagines que je vais abandonner mon propre enfant, tu es folle !

Ginny le regarda, bouche bée. Harry tenta de maîtriser le tremblement de ses mains mais s'en trouva incapable.

- Je suis le père, il faut que je sois là.

Il lui prit maladroitement les mains, dans l'espoir de compenser le fait d'avoir crier.

- Allez, Gin. C'est pas comme si on n'avait pas toujours projeté de fonder une famille ensemble. Ça ne sera pas si pire.

Elle le laissa lui tenir les mains mais ne resserra pas les doigts en retour :

- Pas si pire ? Merlin…

- Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse d'autre, alors ?

- Je ne sais pas.

- Et Neville, qu'est-ce qu'il en pense ?

- Je ne lui ai pas encore dit.

- C'est pas vrai…

Il retira ses mains et s'agrippa les cheveux.

- Pourquoi est-ce que tu dis que tu veux élever cet enfant si ça te rend malheureux rien que d'y penser ?

Harry s'efforça de retrouver son calme. Il pensa à un bébé, puis il imagina que ce bébé était le sien, qu'il faisait partie de sa famille. Puis il s'imagina être très loin tout en sachant que d'autres personnes élevaient son enfant. Son cœur se serra dans sa poitrine. Il se sentit défaillir.

- Ce n'est pas ce qu'on voulait, mais c'est comme ça que ça se passe, alors il faut qu'on l'accepte et qu'on prenne nos responsabilités. Je ne vais pas me contenter de tourner le dos.

Ginny prit une longue et profonde inspiration :

- Je vais aller le dire à Neville.

Elle se tut un long moment, puis ajouta :

- Il comprendra.

- Je n'ai jamais eu la chance de connaître mes parents.

- Je sais. C'est mieux pour le bébé qu'on soit ensemble. »

Ginny partit annoncer la nouvelle à Neville, l'air d'une condamnée se dirigeant vers son lieu d'exécution.

Ça allait changer. Ils avaient été heureux ensemble un jour, et s'ils y mettaient du leur, ils allaient arriver à retrouver leur bonheur.

Il tenta de dormir mais son corps était tétanisé d'adrénaline et il n'y parvint pas.

Il sentait encore l'odeur de Draco sur ses vêtements. Il pouvait presque encore sentir son goût sur ses lèvres.

Il se leva et renfila sa robe de sorcier.

Il valait mieux régler ça le plus rapidement possible.