« Déjà de retour, P… Harry ? Je te manquais ?

Draco était installé en travers de son fauteuil, ses longues jambes pendant par dessus l'accoudoir. Il tendit le cou en arrière et ses cheveux glissèrent de son visage lorsqu'il adressa un grand sourire à Harry. Il laissa son bras couler vers le sol pour y déposer le livre qu'il avait à la main.

Je me suis dit que tu allais dépérir sans moi. C'est juste pour t'apprendre à rester sur le qui vive. Je me suis soudain rappelé qu'il y avait une zone sous ta fesse gauche que je n'avais pas encore léchée…

Harry resta muet.

En voyant son expression et sa posture, Draco perdit son sourire. Il se redressa :

- Salazar. Déjà ? Je pensais qu'on allait pouvoir passer au moins une semaine ou deux ensemble avant que tu reprennes tes esprits.

Se maudissant d'être aussi mauvais à ce genre de choses, Harry se passa une main dans les cheveux :

- Ginny est enceinte.

Draco n'eut pas l'air de bouger mais il eut tout de même l'air de se décomposer :

- De toi, j'imagine. Et tu vas agir en bon petit Gryffondor et retourner jouer au papa et à la maman avec elle, même si elle en aime un autre et que toi tu viens de te découvrir un sérieux penchant pour la bite.

- Je n'ai… Baisse ce sourcil tout de suite, Draco, tu ne peux pas m'attaquer avec.

- C'est vrai, mais avec mon ironie cinglante, oui.

Harry laissa échapper un rire puis se passa les mains sur le visage.

- C'est mon gosse. Il faut que je pense à lui en priorité. Ce que je veux, moi… c'est pas important.

- Ben voyons.

- Tu sais ce que j'ai vécu quand j'étais petit, dit-il en essayant de croiser le regard de Draco, mais celui-ci détourna le visage. Je veux mieux que ça pour mon enfant.

Draco déglutit :

- Donc… C'est fini. Entre nous.

Harry ne voulait pas le dire. Il ne voulait pas que ce soit dit et que cela ferme les portes entre eux. Cela sonnerait faux, comme un mensonge auquel ni l'un ni l'autre ne croyait.

Sauf qu'il fallait qu'il le dise :

- Oui, dit-il en serrant les poings. C'est fini.

Malfoy ferma les yeux et laissa sa tête retomber contre le dossier.

- Voilà. C'est dit. J'aurais dû m'y attendre.

- Je suis désolé.

- Tu peux partir, maintenant, s'il te plaît ?

- J'aurais aimé que ça se passe autrement.

- J'aimerais que tu t'en ailles, maintenant.

Mais Harry n'y arrivait pas. L'idée de franchir le seuil de sa roulotte, en laissant derrière lui un Draco blessé, qui le détestait, sans plus aucune possibilité de revenir, lui donnait envie de vomir. Il ne pouvait pas bouger.

- Draco…

- Fous-moi la paix ! s'exclama Draco en secouant la tête comme pour en déloger le son de son propre nom. J'allais bien ! J'étais heureux ! Salazar, Potter, barre-toi.

Toujours figé, Harry le regarda, impuissant. Le visage de Draco était blême avec des taches de rouge au creux de ses joues. Il plongea dans les yeux de Harry un regard fou, luisant ; Harry eut du mal à respirer.

Pourquoi faire ce qu'il fallait rendait-il malheureuses toutes les personnes impliquées ?

- Bordel ! »

Malfoy bondit sur ses pieds et sortit de la roulotte en claquant la porte derrière lui.

Harry se couvrit le visage de ses mains. Il inspira profondément. Voilà. C'était fait. Il allait se remettre avec Ginny. Elle allait avoir cet enfant, il allait être père. C'était tout ce qu'il avait toujours voulu avant que Draco ne vienne mettre son univers sens dessus dessous, d'une aussi fabuleuse manière… D'une aussi…

Un cri de surprise et de détresse retentit de l'autre côté des vitres, et Harry reconnut la voix de Draco. Il dégaina immédiatement sa baguette et se précipita à l'extérieur en sautant toutes les marches de la caravane. Avec la hauteur et la vitesse, en atterrissant sur le sol gelé, il glissa et tomba à quatre pattes, mais il se releva aussitôt et s'élança à la recherche de Draco, terrifié à l'idée de ce qu'il allait découvrir.

Malfoy gisait à terre, inconscient, les bras autour de la tête comme s'il avait voulu se protéger. Au-dessus de lui se tenait Borislav, baguette brandie, l'œil vitreux.

Dès que Borislav vit Harry, son visage s'anima, sa baguette libéra un éclat et il hurla quelque chose que Harry ne comprit pas. Plongeant de côté pour esquiver la salve de lumière jaune vive, Harry riposta avec un Stupéfix. Le sort atteignit Borislav à l'épaule, le faisant chanceler, sans toutefois le neutraliser. Harry en profita néanmoins pour se précipiter vers Malfoy à la recherche d'un signe de vie.

Le sort répulsif l'atteignit en pleine poitrine et le projeta en arrière. Le choc de l'atterrissage lui coupa le souffle et sa baguette lui échappa des doigts. Il roula sur le ventre aussitôt, essayant de reprendre son souffle. Il rassembla ses esprits pour bondir sur Borislav, qui avançait vers lui à grandes enjambées, brandissant à nouveau sa baguette. Sur le visage du sorcier-chat s'étirait un air malveillant ; son regard était sombre et vide.

Harry étendit les doigts et sa baguette lui revint dans la main en un éclair.

Soudain, dans un bruissement de tulle chatoyant, Dennis descendit en piquée du ciel et atterrit un mètre derrière Borislav, les ailes battant à travers deux fentes découpées dans le dos de sa robe de sorcier. Borislav fit volte-face et lui décocha un sort, mais Dennis l'esquiva et riposta, faisant preuve d'une agilité et d'une dextérité qui rappela à Harry pourquoi il l'avait choisi comme co-équipier.

Dennis repoussa Borislav à l'aide d'un sort répulsif. Harry le neutralisa à l'aide d'un Incarcerem.

Les deux Aurors accoururent vers l'agresseur qui se contorsionnait au sol en proférant des malédictions dans ce qui semblait être du russe. Ils l'observèrent, le souffle court, baguettes pointées sur lui.

« Bien joué, dit Harry.

- Il t'aurait démoli si je n'étais pas intervenu.

- Tu crois ?

- Ouaip. »

Harry pouffa de rire. Puis il se retourna vers Draco.

Celui-ci était recroquevillé dans la neige, encore inconscient, les cheveux dans le visage. Harry chercha son pouls, le sentit palpiter sous ses doigts, et frémit de soulagement.

« Enervatum ! »

Draco secoua la tête et se redressa tant bien que mal ; il ramena ses genoux contre son torse et lança à Harry un regard menaçant.

- Harry ! Eh, Harry ! Viens voir ça !

Harry se détourna à contrecoeur de Draco et alla voir ce que Dennis avait repéré.

Borislav continuait de se démener contre les liens : il postillonnait à foison, le visage luisant de fureur, mais son regard demeurait parfaitement vide.

- Tu penses à ce que je pense ? demanda Dennis.

- Je crois bien.

Harry pointa sa baguette sur Borislav et dit : « Finite !»

Borislav s'écroula. Il cligna des yeux rapidement, les leva vers Dennis puis tourna la tête vers Harry :

- Isabella, dit-il, avant de fondre en larmes.

- Non, s'exclama Dennis. Cette adorable petite… putain de merde !

Dennis se mit à faire des bonds en poussant des cris aigus avant de se jeter au sol pour se rouler dans la neige et éteindre l'ourlet de sa robe, qui avait mystérieusement pris feu.

- Incendio !

La formule magique détonna dans l'air, proférée par une voix minuscule mais immédiatement identifiable. Une boule de feu fusa vers le torse de Harry. Il la fit dévier d'un coup de baguette, l'envoyant gicler dans la neige en un petit jet de vapeur, puis il fondit sur Isabella.

Celle-ci se jeta sur lui, s'accrocha à sa robe de sorcier et l'escalada à toute vitesse en se balançant d'un côté et d'autre comme Harry tentait de se débarrasser d'elle d'un revers de main.

C'était comme se faire attaquer par une abeille, le risque de piqûre en moins.

Rectification : lorsqu'il referma enfin les mains autour de sa taille et l'écarta de lui, elle lui lança un maléfice Cuisant en plein visage. Harry jura et lui bloqua les bras tant bien que mal.

- C'est pas vrai, Izzy, pas toi…

Harry se retourna : Draco se tenait non loin de lui et regardait Isabella d'un air horrifié.

- Toi ! glapit la toute petite femme. J'aurais aimé que tu voies le sort que je te réservais, Draco Malfoy. Dommage que Potter soit intervenu avant que Boris puisse te le jeter. Il était censé te faire pousser des cornes de démon et une jolie queue.

Harry se mordit la lèvre pour s'empêcher de rire.

- Pourquoi ?

Draco n'avait pas pris la peine d'arranger ses cheveux trempés, en bataille, ou de redresser sa robe de sorcier.

- Qu'est-ce qui te prend de vouloir faire ça ?

Borislav sanglotait toujours :

- Tu t'es servi de moi, Isabella.

- Tu te rends compte de tout l'argent qu'il se fait sur notre dos ? En se servant des catastrophes qui nous sont arrivées ? Et après il se comporte avec nous comme si nous étions ses enfants. Espèce de connard condescendant.

- Mais pourquoi tu t'en prends aux autres ? insista Draco en se passant une main dans les cheveux. Pourquoi Carlo ? Et Nancy ?

- Carlo, gronda Isabella. Toujours à se pavaner et draguer toutes les filles. Il se croyait magique, celui-là, tout ça parce qu'il était un peu mieux foutu que la moyenne. Mais je lui ai donné une bonne leçon. Il ne vaut plus grand chose pour quiconque maintenant.

Draco laissa retomber sa main et observa Isabella en fronçant les sourcils, le front plissé.

- Et Nancy. Tout le temps à se regarder dans la glace et peigner sa belle chevelure. Ça me débecte, les femmes comme ça, obnubilées par leur apparence. Cette petite pouffe anorexique n'a que ce qu'elle mérite.

- Merlin, s'exclama Dennis. Vous êtes bien enragée pour quelqu'un d'aussi minuscule.

- Et toi ! rugit-elle en le pointant du doigt. Maintenant tu vois ce que ça fait de se faire traiter de fée en permanence.

Dennis écarquilla les yeux et éclata de rire :

- On me traite de fée(1) depuis que j'ai six ans. Ça ne m'a jamais dérangé avant et ça risque pas de me déranger maintenant.

Il battit des ailes et adressa un sourire satisfait à Isabella. La petite sorcière poussa un cri aigu et battit des pieds :

- Je vous hais, vous, les Insipides. Vous n'avez aucune idée de la chance que vous avez, avec vos corps normaux et vos vies normales. Il n'y en a pas un de vous qui le mérite - pas un seul !

Elle se mit à essayer de mordre les doigts de Harry, alors il lui attacha les poignets et se prépara à transplaner jusqu'aux cellules de détention provisoire du DJM. Une fois que Borislav se fut relevé et qu'ils étaient prêts à partir, Harry jeta un regard défait à Malfoy. Celui-ci se contenta de soutenir son regard, la bouche pincée en une ligne fine, le regard froid.

- Laisse-moi m'en occuper, Harry, dit Dennis en faisant un signe de tête dans la direction de Malfoy. Vas-y.

- OK. D'accord.

Draco se dirigea mollement vers le flanc de sa roulotte mais n'entra pas. Il resta planté devant à attendre, les bras croisés. Une fois que Dennis, Isabella et Borislav furent partis, Harry se dirigea vers lui.

- Au moins, j'ai enfin fait quelque chose comme il fallait, dit Harry en tentant un sourire auquel Draco répondit par un regard noir. Ouais, bon. D'accord.

Harry regarda ses pieds.

- J'ai eu une journée épuisante alors si ça ne t'embête pas, je vais rentrer et me coucher un moment. Merci d'avoir enfin attrapé le coupable. Vous faites du bon travail, Auror Potter, même si c'est un peu lent.

- J'ai fait ce que j'ai pu. J'étais distrait.

Draco eut l'air prêt à lui mettre son poing dans la figure :

- Tu flirtes, là ? Tu veux bien te décider ?

- Je…

- Allez, Potter, dit Draco, un bref éclat de désespoir se trahissant dans son expression. Va faire ton devoir. C'est ce qui t'a rendu célèbre, non ?

- Mais j'ai raison de le faire !

Les pupilles réduites à deux tout petits points, Draco redressa l'échine :

- Il y a un pub à Luton. Ça s'appelle Le Petit Coin. Tenu par des sorciers. Tu peux tirer ton coup là-bas sans trop de problèmes. Et ils ont des cabinets de toilettes assez spacieux. Et il y a Chez Pepe à York, bien sûr. C'est un peu glauque, mais une fois qu'on s'occupera de ta queue, tu n'auras plus de scrupules. Le Bouvreuil à Londres aussi. Autour du pot, si tu veux quelque chose de plus exotique. A ta place, je…

- Pourquoi est-ce que tu me dis ça ?!

- Parce que quand tu vas revenir vers moi la queue entre les jambes après trois ou quatre ans de mariage de plus avec la Weaselette, je te foutrai dehors aussi sec. Alors je te donne des alternatives. »

La fureur qui animait l'expression de Draco fit reculer Harry d'un pas, la peau prise de picotements désagréables. Avec un dernier regard plein de mépris, Draco le bouscula pour passer. Un instant plus tard, il avait disparu dans sa roulotte, et Harry se retrouvait complètement seul.

(1) « fairy » en anglais = tapette