Quand le masque tombe
Spécial Hors Série
« Aaah Shizuru, toi alors ~ ! »
En sueur, le cœur battant comme jamais, une brunette respirait de façon irrégulière. Encore sous le choc de son rêve si chaud, la belle Shizuru n'avait pas réussis à l'apprécier dans sa totalité. Au moment le plus crucial et intéressant, elle s'était réveillée en sursaut en poussant le plus sulfureux soupire d'extase. La main posée sur son cœur, la jeune femme scruta la pièce rapidement avant de soupirer doucement. Il n'y avait personne à l'horizon, heureusement se disait-elle. Personne pour la voir encore si éprise d'un tel rêve, le kimono qu'elle portait pour dormir glissant sur sa peau, laissant entrevoir ses formes généreuses et sa peau de satin. Personne pour l'entendre gémir de frustration, les cheveux collés le long de son cou pour finir leur course entre ses seins. Mais alors qu'elle reprenait son calme en repensant à sa nuit torride, un bruit sous sa couette la tira subitement de sa rêverie. Un faible gémissement se fit entendre alors que celle-ci se soulevait.
« Hmm, un problème 'zuru ? »
Yuki s'étira de tout son long, avant de bailler en se frottant l'arrière du crâne. Celle-ci avait encore l'air endormie, les yeux mi-clos. Prise par surprise, la belle Shizuru ouvrit grand les yeux.
« Yu-Yukinee ?! »
Rougissant discrètement, la brune se rhabilla convenablement en passant une main dans ses cheveux pour les remettre en place. Que faisait son aînée ici de toute façon ?!
Vraisemblablement attiré par le bruit, quelqu'un toqua doucement contre le bois de la porte.
« Shizuru, est-ce que tout vas bien ? »
La voix appartenait à Sayuri, Shizuru se retrouva prise de court, l'esprit encore embrumé par son rêve. Voyant le manque de réaction de sa cadette, Yuki se recoucha.
« Hai, hai, tout vas bien. »
« Yukinee ?! »
Sans prendre la peine de demander si oui ou non elle pouvait entrer, Sayuri coulissa le montant en bois qui servait de porte sans ménagement. Shizuru était en sueur, l'air légèrement perdue tandis ce que Yuki semblait affreusement éreintée, couchée sous la couette. Dans l'esprit de la jeune femme, l'évidence était sous ses yeux. Sa sœur aînée avait encore fait des choses louches dans la nuit !
Sans comprendre pourquoi, la pauvre Yuki se retrouva éjecter du lit par une Sayuri en pétard. Celle-ci, dépassé par son imagination débordante, n'avait pas pris la peine de relativiser les choses et avait envoyée paître sa sœur aînée, une main dans la figure.
« Faire des choses louches de si bon matin dans le propre lit de sa petite sœur, baka Yukinee ! »
Étalée sur le sol, au pied du lit et la joue en feu, la jeune femme n'avait pas bien compris ce qui venait de se produire. Shizuru non plus d'ailleurs, Sayuri se méprenait sur toute la ligne. Enfin .. elle l'espérait. Ne sachant plus où se mettre, la belle présidente en congé dans la demeure familial se contenta de soupirer doucement. Voilà un réveil bien agité.
Se frottant la joue, l'aînée se retourna vers sa cadette.
« Non mais qu'est-ce qui te prends, 'yuri ?! »
Rougissante comme jamais, la cadette en pétard était encore prête à en découdre avec son aînée.
« Qu'est-ce que tu fais dans le lit de Shizuru, sœur perverse ?! »
« Heh ?! »
« Ara .. »
Un silence pesa dans la pièce pendant quelques minutes, Yuki sembla enfin comprendre. Elle se leva, s'approchant dangereusement de sa cadette. Celle-ci se recula d'un pas, bientôt prise au piège entre sa sœur et le mur.
« C'est toi la perverse ! Comme si j'étais aussi dérangée pour faire « ça » à notre petite sœur ?! »
Sayuri rougis, sachant bien ce que « ça » voulait désigner. Shizuru, encore dans son lit, se leva et se rapprocha de ses deux sœurs. Elle s'interposa gentiment entre les deux femmes au cas où la plus jeune décide de remettre sa sentence à exécution.
« Onee-chan, Yukinee n'a rien fait cette nuit, j'ai simplement fait un cauchemar. »
« Parfaitement ! Je l'ai entendu cette nuit alors en sœur exemplaire que je suis, j'ai simplement été voir ce qu'elle avait. Sauf que je ne m'attendais pas à ce qu'elle me saute au cou subitement. Est-ce que tu sais à quelle point c'est éprouvant de dormir avec Shizuru ?! J'ai cru que j'allais mourir, elle ne voulait plus me lâcher ! »
Comme pour appuyer ses dires, Yuki rejoua la scène qui s'était produit dans la nuit. Elle s'était effectivement rendu dans la chambre de sa cadette, après avoir entendu certain bruit suspect. Shizuru semblait avoir un sommeil agité, l'aînée avait donc jugé bon de vérifier. Et le meilleur moyen pour le faire, était encore de s'approcher. La jeune femme s'était donc glissée à pas de loup dans la pièce pour voir l'état de sa cadette mais sans crier gare, celle-ci enroula ses bras autour de son cou et la tira dans son lit. Prise de court, Yuki n'avait pas osé bouger, même quand sa cadette marmonnait des choses à lui en faire perdre tout son sang par le nez. Elle se demandait d'ailleurs où et quand sa précieuse Shizuru avait appris toute ses choses. Et toute la nuit, celle-ci ne l'avait par lâcher, la prenant probablement pour son fantasme. L'accro au thé vert qui lui servait de petite sœur soupirait dans le creux de son cou ou de son oreille, la serrant très fort contre son corps, mettant à rude épreuve les nerfs de n'importe qui. Mais ça, Yuki n'allait pas le lui dire. Bien trop gênant pour elle et bien trop dangereux avec Sayuri dans les parages.
« Pour une fois, tu pourrais au moins me laisser expliquer les choses au lieu de faire des conclusions hâtive. Quel genre de sœur ferait ça de toute façon ?! »
Sayuri ne savait plus où se mettre, honteuse d'avoir mis KO son aînée dans la panique. Consciente qu'elle avait fait une énorme confusion de jugement, elle se contenta simplement de déposer un léger baiser sur la joue rouge de la jeune femme avant de se retirer.
« Zone enfin sécurisée ... »
Se laissant tomber sur le lit de Shizuru, Yuki soupira. Sayuri n'avait pas son égal pour la punir du châtiment divin et même si elle aimait jouer avec l'ambiguïté d'une relation entre sœur, jamais elle ne ferais une chose pareil. Pour une fois, elle n'y était pour rien.
« Kannin na Yukinee. »
« Ne t'inquiète pas, j'ai l'habitude. Ses coups ne me font presque plus rien à la longue. »
Le rire de la jeune femme laissa perplexe la belle Shizuru. Bien qu'elle dise le contraire, elle avait bien remarquer qu'elle était sur le point de hurler de douleur, les larmes aux yeux.
« Si Yukinee n'était pas aussi ambiguë dans son comportement, Sayuri onee-chan ne la châtierait pas. »
La brune pris place aux cotés de l'aînée, qui s'empressa de l'attraper par la taille, la renversant sur le lit à son tour.
« Mais ce ne serait plus amusant du tout ! D'ailleurs … »
Le sourire carnassier aux lèvres, l'imprévisible Yuki se coucha sur sa cadette qui ne s'y attendait certainement pas. Une lueur de malice dans les yeux, Shizuru se mit à frémir, incertaine.
« Je serais curieuse de savoir qui est cette mystérieuse Na-tsu-ki-chan ~ »
Le masque imperturbable de la belle Shizuru se brisa en deux, comment Yuki connaissait ce nom ?! Impossible, serait-ce pendant son rêve ?!
Yuki se contenta de sourire largement, répondant silencieusement aux interrogations qu'elle se posait.
« Bas les masques ma chère petite sœur ! Tu peux mentir aux autres mais certainement pas à moi. »
Serrant la jeune fille dans ses bras, Yuki savait qu'elle venait de heurter un point visiblement sensible. La lueur dans les yeux de sa sœur ne mentait pas, elle connaissait cette étincelle, elle la connaissait tellement bien. Le comportement de sa cadette ne la trompait pas, cette air si imperturbable, cette assurance en toute circonstance, le regard absent, elle connaissait tout ça. Elle aussi avait connue la même chose. Sa sœur est tellement prévisible, tellement transparente pour elle.
« Tu me ressemble tellement Shizuru, c'est tellement perturbant de me voir à travers toi. »
Ne sachant que dire, prise de court par sa sœur, la brune était nichée contre son corps.
« Ne t'inquiète pas, je ne dirais rien. Ce sera notre petit secret, quoi de plus normal entre sœur ? Pour te montrer ma bonne foie, je veux bien te raconter le mien. »
Yuki posa une main contre la joue de sa sœur, se rapprochant ainsi de son oreille. Intriguée, la plus jeune écouta attentivement les chuchotements dans son oreille. Ses yeux s'élargirent alors que Yuki lui souris affectueusement. Jamais dans sa vie, Shizuru n'aurait pu croire une chose pareil et pourtant, cela lui semblait tellement évident maintenant.
