L'été passa : l'automne arriva plus vite qu'Hermione ne le voulait. Elle s'était faite à la présence de Ron dans l'écurie, mais il faut dire qu'elle ne lui parlait pas beaucoup et lui non plus. Il lui lançait juste un "Bonjour" poli quand il la voyait, même pas "Mademoiselle", et retournait à son travail. Hagrid semblait en être content, non seulement s'occupait-il de la ferrure des chevaux, avec grande agilité, approuvait-il, mais encore avait-il des dons pour la bourrellerie, car son ancien maitre avait jugé avec raison de le former à tous les arts du cheval.

Un matin, alors qu'Hermione se baladait avec Milady, une jument baie arabe reçue en cadeau pour ses quinze ans, elle sentit le trop de sa jument devenir soudain asymétrique. Mettant pied à terre aussitôt, elle constata qu'elle avait perdu un fer. Fort heureusement pas trop loin du château, elle la ramena à pied jusqu'aux écuries, où elle appela Hagrid. Ce fut Ron qui sortit :

- Hagrid est parti chercher du grain avec la charrette car celui qu'on a commandé n'est pas arrivé et on n'en a plus, que voulez-vous ?

- C'est … c'est Milady, elle a perdu un fer …

- Ah ! On va voir ça ! Venez, amenez-la ici ! dit-il désignant le mur. Alors ma belle, murmura-t-il affectueusement en caressant le cou de la jument, on a perdu une chaussure ? Vous pouvez la tenir pendant que je regarde.

C'était plus un ordre qu'une question, songea Hermione tandis qu'il levait son antérieur.

- Ouaih, c'est pas grand-chose, pas de seime, on va vite te refaire ça !

Il reposa le pied doucement, la dessella, lui passa un licol et lui défit sa bride, puis l'attacha au mur.

- Vous avez du temps pour rester avec elle le temps que je la ferre ? J'aime mieux voir comment elle réagit quand je vais ferrer à chaud, vaut mieux être deux la première fois…

- Oui, pas de problème.

Elle le vit se diriger vers la forge, et vit à la longue fumée qui sortit de la cheminée qu'il activait le feu : puis il revint avec du matériel dans une caisse en bois et un seau rempli d'eau. Prestement, il retira avec une tenaille les clous qui restaient dans le sabot, puis retourna à la forge.

Elle entendit des coups de marteaux qui firent pointer les oreilles de la jument qui regarda, l'air interrogatif.

- T'inquiète pas ma belle, ça va aller, chuchota-t-elle pour rassurer la jument.

Elle le vit soudain arriver, il tenait au bout d'une longue pince un fer à cheval rouge.

- Vous êtes bien sûr qu'elle ne va pas avoir mal ?

Le garçon la regarda avec un sourire moqueur :

- Bien sûr que non, vous n'avez jamais vu un cheval se faire ferrer ?

- Si bien sûr ! répondit-elle vexée.

- Ne vous inquiétez pas, c'est de la corne, elle sentira rien, par contre, elle peut être effrayée par la fumée, alors restez près de sa tête et calmez la si besoin. Saisissant de nouveau le sabot, qu'il coinça entre ses deux genoux, il posa le fer. Une fumée noire et malodorante s'éleva. La jument essaya de reculer, les oreilles en arrière et Hermione la retint en lui parlant pour la calmer.

Mais déjà, il avait ôté le fer, et le plongeait dans l'eau froide, puis il examina la marque laissée sur le sabot.

- Impeccable, on peut le poser, murmura-t-il.

Il reprit le fer, mit quelques clous dans sa bouche, commença à clouer le fer sur le sabot. Elle l'observait de dos pendant qu'il manœuvrait : il était plutôt joli garçon et semblait si sûr de lui … Quelques coups pour replier les tiges des clous, et c'était déjà terminé.

- Voilà, vous pouvez repartir en balade si vous voulez !

- Non, je vais la rentrer, on s'est déjà pas mal promenées.

- Comme vous voulez…

- Euh … merci ! ajouta Hermione maladroitement.

- Mais de rien, après tout, je suis engagé pour ça ! Et il tourna les talons, retournant à ses occupations.

Elle ne trouva rien à lui répondre, mais fronça les sourcils de mécontentement, il n'avait pas été insolent, mais quelque chose dans sa réponse lui déplaisait.

Les jours suivants, Hagrid était de nouveau là et elle n'eut plus l'occasion de lui adresser la parole.

L'hiver arriva, et le froid et le mauvais temps avec : elle se promenait plus beaucoup, laissant à Hagrid et Ron le soin de sortir les chevaux pour qu'ils puissent se défouler. De grands enclos à proximité des boxes permettaient aux chevaux de se dégourdir les jambes. Heureusement, les préparatifs du mariage de sa sœur firent passer l'hiver plus vite : elle eut l'occasion d'aller à Paris, d'aller à des bals, de voir du monde, mais regrettait sa campagne et ses chevaux…