L'été arriva et avec lui la chaleur et les longues balades. Le mariage de sa sœur allant avoir lieu, Hermione était de nouveau plus libre, ses parents étant occupés par les deniers préparatifs. Elle décida d'en profiter pour partir un long après-midi explorer la forêt de son père sur Prince. Il faisait bon, les oiseaux chantaient, au bout de deux heures de marche, elle trouva un petit torrent où Prince put s'abreuver. Puis, elle continua son chemin, insouciante, sans se rendre compte que le ciel commençait à s'assombrir …

Lorsque le premier coup de tonnerre retentit, elle fut surprise et leva les yeux : le ciel était gris, et malgré l'heure, la pénombre augmentait. L'orage approchait rapidement, elle fit donc demi-tour en sachant qu'elle n'irait pas assez vite pour lui échapper. La pluie commença à tomber, d'abord en pluie fine, puis plus forte : elle fut vite trempée. Le vent s'en mêla, et elle évita de justesse une branche qui s'envola vers elle. Prince d'habitude calme, était nerveux, et elle eut de plus en plus de mal à le maitriser, jusqu'à ce qu'un violent coup de tonnerre lui fasse faire un brusque écart qui mit Hermione à terre. Elle eut à peine le temps de comprendre ce qui lui était arrivé que son cheval était déjà parti au triple galop. Elle gémit de souffrance alors qu'elle essayait de se remettre debout et se rendit compte qu'elle s'était probablement fait une bonne entorse, mais surtout son épaule la faisait terriblement souffrir. Elle espérait qu'elle n'avait rien de cassé. Elle essaya de marcher, mais la souffrance était trop grande : elle comprit qu'elle ne pourrait pas rentrer au château, elle était trop loin, tremblante de froid, elle alla s'abriter à cloche pied sous un grand chêne, priant pour que la foudre ne s'abatte pas dessus.

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Ron s'inquiétait, cela faisait quatre heures qu'Hermione était partie et n'était toujours pas de retour. Au loin sur la forêt, il voyait la pluie qui tombait en trombe, et entendait le tonnerre qui grondait, de plus en plus violemment. Il s'affola soudain lorsqu'il vit Prince arriver au grand galop, sans personne sur son dos. Le cheval était trempé et paniqué. Il le calma, le rentra rapidement, le dessella et le débrida, puis courut au château. Evidemment les domestiques n'avaient pas vu Hermione, et ses parents étaient absents pendant quelques jours pour les préparatifs du mariage de sa sœur. Il les avertit rapidement de la situation et ils décidèrent de tous partir à sa recherche tant que le soleil n'était pas couché : les domestiques se répartirent les lieux à explorer.

Ron retourna dans l'écurie, alla dans la pièce qui lui servait de chambre, prit une lampe ainsi qu'une bonne réserve d'huile dans une bouteille en verre, un briquet, une gourde qu'il remplit d'eau et un bon morceau de pain. Puis, il sella Garance, une jument d'Hermione robuste et calme, et partit en direction de la forêt. Il galopa, l'appelant régulièrement :

- Mademoiselle ! Mademoiselle !

Au bout d'un quart d'heure, il atteignit l'orée de la forêt et s'y enfonça : l'orage était passé mais il faisait encore gris et le sol était détrempé. Il resta sur le sentier principal, puis à l'intersection, il descendit de la jument et observa les traces de sabots : effacées en partie par l'orage, il distingua nettement quelques traces du côté gauche : il s'y engagea, priant pour qu'un autre cheval que Prince ne soit pas passé ici peu avant.

Le sentier se rétrécit peu à peu, ne laissant que la largeur de la jument et il dut baisser la tête pour éviter les nombreuses branches basses. Il atteignit une clairière où il vit un torrent, il y fit boire la jument, constatant avec plaisir que des traces de sabot se trouvaient aussi sur la berge. Puis il poursuivit. La nuit finit par tomber, il alluma sa lampe. La voix rauque à force de crier, il continua néanmoins d'appeler. La nuit était déjà tombée depuis une demi-heure, quand il entendit un cri aigüe répondre à ses appels.

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Hermione était épuisée de soif, de peur et surtout de douleur : ayant tâté son épaule elle avait constaté que celle-ci semblait déformée, et le moindre attouchement la faisait presque hurler.

Elle était à moitié assoupie par la douleur et le froid, calée contre le tronc de l'arbre, quand elle entendit des appels lointains :

- a…oi …è …. a … oi… è… ! Rêvait-elle ?

- Mademoiselle ! entendit-elle clairement alors que les cris semblaient se rapprocher !

- Ici ! Je suis ici ! réussit-elle à crier en sanglotant.

Au bout d'une minute qui lui sembla une éternité, une lueur approcha à travers les arbres, et enfin, une silhouette s'approcha d'elle. Elle reconnut Ron lorsqu'il s'accroupit près d'elle.

- Enfin, je vous retrouve, vous savez que tout le château est à votre recherche ?

Pour toute réponse, Hermione fondit en larmes.

- Vous êtes blessée ?

- Oui, je crois que j'ai une entorse, mais le pire, c'est mon épaule, je crois qu'elle est cassée… Ça fait mal …

- Vous permettez que je regarde ?

Hermione approuva d'un signe de tête.

Délicatement, il fit glisser le gilet et le chemisier, et dévoila la naissance des seins pour dégager l'épaule, mais cela fut égal à Hermione, elle hurla comme il faisait un mouvement un peu brusque :

- Je suis désolé ! s'excusa-t-il

Il regarda et tâta délicatement la bosse qui déformait l'épaule, lui arrachant un gémissement aiguë.

- Bon, je ne crois pas que ce soit cassé !

- Vous êtes sûr ? Ça me fait tellement mal ! gémit-elle

- Non, je pense que votre épaule est simplement déboitée, je dois pouvoir vous la remettre en place, allongez- vous.

- Qu'est-ce que vous allez me faire ? demanda Hermione inquiète.

- Ne vous inquiétez pas, dans quelques minutes ce sera fini.

Il retira sa chaussure gauche, s'assit à côté d'elle, plaçant son pied sous son aisselle. Elle gémit de nouveau alors qu'il lui attrapait le bras.

Il tira alors d'un seul coup sur le bras, et Hermione crut hurler de douleur… Mais une seconde plus tard, tout était fini. La tête de l'os avait retrouvé sa place.

- Ça va ?

- Oui, je crois … dit-elle en se redressant. Mais à ces mots, elle s'évanouit soudain.

Quand elle se reprit ses esprits, elle sentit quelque chose de frais sur son front et ses joues, et finit par reconnaitre le visage de Ron, qui penché sur elle lui tamponnait le visage avec un linge humide.

- Ça va mieux ? C'est le contrecoup, vous allez boire un peu d'eau et ça va passer.

Il lui tendit sa gourde et elle but, reconnaissante.

- Vous devrez sûrement garder votre bras en écharpe pendant au moins 1 mois. Enfin, vous verrez ce que vous dira le médecin …Vous avez faim ? J'ai emporté un peu de pain…

Hermione secoua la tête.

- Non, je me sens nauséeuse.

- Vous n'avez pas perdu connaissance quand vous êtes tombée, au moins ?

- Non…

- Bon, je vais amener Garance pour vous ramener au château.

Il l'amena juste à côté d'elle.

- Vous allez monter de l'autre côté, pour vous appuyer sur votre jambe valide, mais d'abord, je vais mettre votre bras en écharpe.

Ce disant, il arracha une manche de sa propre chemise en coton.

- Mais, qu'est-ce que vous faites ? demanda Hermione.

- Je viens de vous le dire, dit-il, agacé en utilisant la manche en guise de bandage, je vais mettre votre bras en écharpe. Tournez-vous.

Hermione estomaquée car elle n'avait pas l'habitude qu'un domestique lui parle ainsi, n'osa répliquer. Il serra le bandage artisanal de telle sorte qu'elle ne pouvait plus bouger son bras, plaqué contre sa poitrine.

- Voilà, ça devrait faire l'affaire jusqu'au retour au château.

Il l'aida à se mettre debout et vint se placer a côté pour l'aider à monter.

Hermione posa son genou dans le creux de ses mains, mais avec un seul bras, elle ne put se retenir correctement, elle commençait à glisser avant d'avoir pu se mettre à califourchon.

Sans avertissement préalable, Ron l'attrapa aux fesses et poussa pour la faire remonter. Elle réussit péniblement et non sans douleur à se mettre en selle.

- Bon, en route, avertit-il en faisant avancer Garance, sans même un mot d'excuse pour son acte déplacé.

Le retour se passa en silence, Hermione pensant déjà à ce que diraient ses parents, et la sanction qu'elle risquait : son père ne refusait-il pas qu'elle aille en forêt toute seule ? Au château, les domestiques étaient tous rentrés, et se préparaient à envoyer quelqu'un avertir le baron dès le lendemain de la disparition de sa fille. Ce fut donc avec un profond soulagement qu'ils virent Hermione arriver. Le médecin de famille fut envoyé chercher aussitôt et Hermione montée dans sa chambre par deux domestiques. On remercia chaleureusement Ron, et on lui proposa un remontant, ce qu'il refusa: il devait ramener Garance à l'écurie et se sentait fatigué.

Hermione se reposa et dormit tard le lendemain : le médecin lui avait donné un fort sédatif afin qu'elle put dormir sans sentir la douleur. Pour l'entorse, elle était condamnée à un mois de repos sans utiliser sa jambe, des massages et un bandage. Pour la luxation, le médecin déclara que ce qui avait dû être fait avait été fait correctement et ajouta deux mois de repos dont un mois avec bandage similaire à celui qu'elle portait. Le pire fut quand le père d'Hermione rentra, il lui passa un bon savon, avec interdiction de remonter pendant un mois entier - Hermione lui cacha que de toute façon, avec sa jambe et son bras elle ne pourrait de toute façon pas ! - et il ajouta mystérieusement avant de quitter sa chambre que de nouvelles dispositions seraient prises…

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Ron n'eut pas de nouvelles d'Hermione durant une bonne semaine. Entre temps, le Baron était revenu et ce fut avec surprise qu'il le vit arriver un matin dans l'écurie : en effet, étant un homme occupé, le vieux Hagrid l'avait averti qu'il ne le verrait pas souvent.

- Bonjour mon garçon, on m'a dit que c'était toi qui avais retrouvé ma fille ?

- Oui, Monsieur, c'est exact.

- Je t'en remercie, tu as toute ma gratitude !

- C'était normal, Monsieur, je n'ai rien fait qui vaille ces compliments. N'importe qui en aurait fait de même…

- Hmm ! En tout cas, j'ai une mission à te confier…

- J'écoute, Monsieur…

- Eh bien, voilà, tu sais sans doute que ma fille cadette monte régulièrement à cheval.

- Oui, Monsieur, tous les jours quasiment quand il fait beau …

- Oui, et bien, je voudrais que tu la suives dans chacun de ses déplacements, tu prendras un autre cheval, et tu l'accompagneras…

- Que Monsieur me pardonne de lui faire remarquer, mais la mésaventure de Mademoiselle sa fille a dû lui servir de leçon, et je pense qu'elle fera attention une autre fois.

- Je ne tiens pas à ce qu'il y ait d'autres fois, Hermione est bien trop étourdie et écervelée, cette mésaventure en est la parfaite illustration, c'est pourquoi je te donne l'ordre de la suivre dans chacune de ses promenades. S'il lui arrive quelque chose, je t'en tiendrai pour seul responsable ! tonna le baron.

Ron acquiesça, le baron semblait être un homme de poigne et mieux valait ne pas le contredire.

- Très bien, si c'est votre désir, je le ferai. Mais pardonnez mon audace, avec les nombreuses promenades de votre fille, il ne me restera plus assez de temps pour les tâches auxquelles vous m'avez engagé.

- Vous ferez revenir Maitre Dumbledore une fois dans le mois pour tous les travaux de maréchalerie, et n'hésitez pas à envoyer les réparations de bourrellerie en ville au lieu de les faire vous-même, cela vous gagnera ainsi énormément de temps… Bon je vous laisse, je dois regagner Paris aujourd'hui même...

Ron soupira : ce travail supplémentaire n'était pas prévu. Toutefois, il n'avait pas le choix et devrait se plier aux ordres du baron ...