Titre : La Marionnette à fils d'Humanité

Auteur : Deus-Nihil

Couple : Jeremiah Gottwald / Anya Alstreim

Rating : -18 ans

Résumé : "Anya Alstreim ne se souvenait pas du début de sa vie, et c'était une évidence valable pour tout le monde. Pour elle, ses débuts n'en n'était pas, parce que d'aussi loin qu'elle pouvait s'en souvenir, la vie l'avait mangée, avalée tout entière, et recrachée avec une âme blessée et damnée."

Note d'auteur : J'ai vraiment l'impression de m'être améliorée en écriture, mais... ma façon actuelle d'écrire n'est-elle pas trop "lourde"?


La Marionnette à fils d'Humanité

Chapitre 4 : Le marché local


- Alors... quelle sont tes questions?

Ses questions... Elle en avait, évidemment. Mais ce que l'homme n'avait certainement pas compris, c'était qu'Anya ne voulait pas de réponse à ses questions. D'un côté, elle voulait savoir ; mais d'un autre, la peur de ce que la réalité lui renverrait apaisait sa curiosité.

Dans le monde d'Anya, qui avait déjà trop souffert, il valait mieux ne rien savoir pour ne pas regretter de faire ce qu'on lui disait de faire.

Face à elle, Jeremiah souffla. Puis il prit une gorgée de café, comme pour calmer une colère qu'il essayait de cacher, et dit :

- Tu es consciente que nous allons devoir vivre trois ans ensembles, n'est-ce pas?

Elle acquiesça, évitant de le regarder dans les yeux.

- Et tu ne veux pas savoir pourquoi?

- Ce n'est pas ça, répondit-elle, sans lever le regard de son bol de lait.

- Alors quoi?

Le ton sévère de Jeremiah lui fit lever les yeux vers lui.

- Mes supérieurs m'ont donnée à Jeremiah, répondit-elle simplement.

Elle le vit hausser les sourcils, la colère qu'elle avait perçu plutôt envolée pour être remplacée par une expression de surprise.

- Quoi? demanda-t-il, le ton incertain.

Anya, impassible, se répéta :

- Mes supérieurs m'ont donnée à Jeremiah.

D'apparence décontenancée, Jeremiah ne semblait pas savoir quoi répondre ; et Anya pensa alors qu'elle avait fait une erreur. Elle le vit froncer les sourcils, puis il fit :

- Justement ! Tu ne veux pas savoir pourquoi?

- Parce que tu es le seul à m'avoir vaincue?

En dépit d'avoir fait sonner sa réponse comme une question, c'était bel et bien une affirmation. Anya n'était pas dupe : si Jeremiah était désormais celui à la superviser, c'était parce qu'il était le seul à l'avoir vaincue ; et aux yeux de ses supérieurs, Jeremiah était donc la "perle" qui pourrait la contrôler si jamais elle se décidait à ne plus leur obéir.

Elle était une arme élevée pour servir l'armée, mais même elle, qui se cachait derrière un masque presque constant d'indifférence, avait des sentiments et des émotions. Et à cause de ça, à cause de ce qui la rendait humaine, ses supérieurs craignaient qu'un jour, elle leur désobéisse et refuse de continuer à se battre pour eux. Elle le savait, bien entendu.

Mais elle ne comptait pas leur désobéir, parce que quoi qu'ils pouvaient penser, l'armée était sa seule maison. Et elle n'avait nulle part ailleurs où aller...

- Tu serais capable de m'arrêter, continua-t-elle, imperturbable. Si je venais à me rebeller...

Jeremiah fronça encore plus les sourcils, semblant contrarié.

- Qui t'a dit ça? demanda-t-il.

- Je peux réfléchir par moi-même.

- Et si tu avais tort?

A cela, Anya haussa un sourcil, le défiant silencieusement de réellement lui donner tort.

- C'est le cas? demanda-t-elle.

Mais sans qu'il n'eut le temps de répondre, Anya continua :

- Malgré tout, je suis curieuse de savoir pourquoi tu as accepté de me superviser.

Visiblement mal à l'aise, Jeremiah fit, mal assuré :

- En fait... je suis celui qui l'a décidé.

Elle haussa de nouveau un sourcil ; c'était probablement l'une des choses les plus stupides qu'elle n'avait jamais entendu. Mais depuis quelques temps déjà, plus rien de la stupidité des hommes ne l'étonnait.

D'un ton presque autoritaire, comme si elle avait mal entendu, elle interrogea l'homme :

- Pardon?

Jeremiah, fronçant les sourcils, contrarié, lui répondit :

- Tu as très bien entendu.

Malheureusement, pensa-t-elle. Que lui voulait donc l'homme?

D'un ton à son tour mal assuré, elle demanda, maudissant sa propre faiblesse :

- Mais... pourquoi?

En face d'elle, Jeremiah sembla tout à coup fatigué, comme si il portait un poids terriblement lourd sur ses larges épaules.

- Qui sait... fit-il. Je crois que je ne suis pas sûr de la réponse moi-même.

Il n'était pas sûr de la réponse? Anya eut envie de se moquer de lui.

- Tu te moques de moi? demanda-t-elle le plus amèrement possible. Je vais passer trois ans avec toi, à obéir à chacun de tes ordres, sans que tu ne saches pourquoi tu as décidé d'avoir les pleins pouvoir sur moi en premier lieu?

- Tes supérieurs attendent bien quelque chose de moi, répondit Jeremiah, presque trop calmement.

L'impassibilité de l'homme ne provoquait que plus de colère chez Anya, mais elle n'en laissa rien paraître et se força à ignorer ce qu'elle ressentait en ce moment. Ce n'était pas le moment pour ses émotions de filtrer à travers son indifférence habituelle. Et à dire vrai, elle ne l'accepterait pas : son apathie contribuait à faire d'elle un bon soldat, après tout.

- J'espère alors pour toi que tu sais ce que tu fais, dit-elle. Ils ne sont pas du genre à pardonner à ceux qui échouent.

- Tu parles d'expériences?

- Cette information est confidentielle.


Confidentielle? L'enfant se moquait-elle de lui?

Il retint son envie de lui répondre, sachant qu'il serait probablement désagréable. Et il ne voulait pas commencer sur de mauvaises bases avec la jeune fille juste parce qu'il ne se contrôlait pas : il ne savait pas à quoi s'attendre venant d'elle, et il ne prendrait pas le risque de regretter ses propres mots et réactions plus tard.

Alors sans s'en occuper, il but son café, silencieusement.

Jusqu'à que le regard fixe d'Anya le dérange réellement. Et alors qu'il voulait lui faire part de son impolitesse, il dit plutôt, remarquant qu'elle n'avait pas touché son bol de lait :

- Si tu n'aimes pas le lait, tu devrais le dire.

En réponse, la jeune fille secoua la tête.

- Pourrais-je juste avoir mes ordres? demanda-t-elle.

Face à cette question, Jeremiah se demanda si l'enfant n'était pas masochiste.

- Ne sois pas pressée, répondit-il. Tu viens tout juste de te lever.

- Tu aurais du me réveiller en même temps que toi.

Si elle n'était pas contente, elle n'avait qu'à ramener un réveil, pensa l'homme. D'autant plus qu'elle n'avait pas à lui reprocher de l'avoir laissée se reposer... Si il ne l'avait pas réveillée - et si elle avait dormi plus qu'elle ne le faisait habituellement, c'était uniquement parce qu'elle en avait besoin.

La veille, la jeune fille était tellement fatiguée qu'elle ressemblait à un cadavre. Sa peau extrêmement pâle ressortait terriblement à cause de ses vêtements noirs, et ses cernes trop visibles ne faisaient que souligner la fatigue dont elle ne semblait même pas se rendre compte elle-même. Et à cette vision, Jeremiah n'avait ressenti qu'une pitié impitoyable pour l'enfant.

Aujourd'hui encore, elle semblait fatiguée ; heureusement moins que la veille. Ses cernes n'étaient presque plus visibles, mais sa peau restait d'une pâleur déconcertante. Ça aurait été inquiétant si Anya n'était pas déjà naturellement pâle.

Avec un fond de colère face au manque de reconnaissance de l'enfant, Jeremiah rétorqua :

- En quoi est-ce que ça te dérange, au juste? Je préfère que tu sois reposée plutôt que tu t'évanouisses à cause de la fatigue.

- Ne m'insulte pas, répondit Anya en plissant les yeux. Je peux ne pas dormir pendant plusieurs jours et effectuer mes missions sans problème.

- Et tu trouves ça normal?

Et là, comme si la dispute n'avait jamais commencé, Anya pencha la tête sur le côté et, avec une innocence qui rappela à Jeremiah à quel point elle était jeune, demanda :

- Ça ne l'est pas?

Jeremiah calma sa colère, déconcerté par le changement d'attitude de l'enfant. Qu'est-ce qu'elle lui faisait, au juste?

Il lui répondit :

- Ça ne l'est pas, non.

- Ça ne l'est pas... répéta Anya après un temps de silence, comme pour marquer ce fait dans sa réalité.

Puis comme si cette conversation n'avait jamais eu lieu, Anya l'ignora, buvant le bol de lait qu'il lui avait servi.


- J'ai tout perdu, pensa-t-elle amèrement.

Autrefois, son seul ami - Gino - ne cessait de parler de son avenir prometteur. Il en parlait souvent, afin de ne pas lui faire oublier qu'elle deviendrait quelqu'un d'important ; même si ce n'était qu'au sein de l'armée. Elle lui avait dit maintes fois qu'elle ne voulait pas être quelqu'un d'important ; elle n'avait pas eut le cœur de lui dire qu'elle ne vivrait pas assez longtemps pour que son nom ne soit pas oublié par la suite.

C'était étrange de penser que, malgré ses troubles de mémoire, il y avait encore des choses qui lui avaient été inoubliables. Son appareil photo, toujours dans une de ses poches ; ses capacités hors du commun, inhumaines et monstrueuses ; son rôle dans la vie, qui continuait encore à la mâcher impitoyablement ; le fait qu'il ne lui restait, tout au plus, que quelques années à vivre ; et d'autres choses sans importance pour le monde, mais qui signifiaient tout pour elle...

Anya avait toujours eut des problèmes avec ses propres souvenirs, ne sachant plus lesquels elle devait croire et ceux qui étaient faux. Mais des choses, étrangement, et certainement à force d'habitude, lui avait été impossibles à oublier.

Mais désormais, tout dans sa tête était clair. Il y avait des choses dont elle ne se souvenait toujours pas, où sa mémoire était trouée par des manques qu'elle n'expliquait pas, mais... jamais elle ne s'était sentie aussi... légère. Claire. Vraie...

Elle reconnaissait au moins ça à Jeremiah Gottwald : l'homme lui avait rendu ses horribles souvenirs, mais par la même occasion, il avait allégé le poids de son amnésie. Et elle pouvait désormais se souvenir.

Même si, pour être sincère, elle avait encore des pertes de mémoire. Mais... ces pertes de mémoire n'étaient pas grand chose comparées à celles dont elle était habituée. Elles étaient juste... des intruses qu'elle acceptait parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement.

Et pourtant, paradoxalement à son contentement et son acceptation, tout ce qui constituait désormais sa mémoire - les manques comme les réels souvenirs - n'était pour elle qu'un chaos abominable. Un chaos qui l'avait changé, qui continuerait probablement à la changer, et qui, elle le craignait, risquait de la mener à sa perte.

Non, se dit-elle. Le chaos n'était pas dangereux : c'était le paradoxe en lui-même qui l'était.

Elle retint un soupir face à cette constatation.

- Si tu n'y arrives pas, c'est pas grave.

- Ne dis pas de bêtises, répondit-elle.

Plus tôt, Jeremiah lui avait demandé si elle savait comment faire marcher sa télévision. Il lui avait été surprenant de constater que l'homme grand avec qui elle vivait désormais n'était pas lui-même capable d'une chose aussi simple. Mais en fait, Anya avait vite fait de se rendre compte que la télé était en réalité cassée. Et du coup, avec les outils qu'elle avait ramené de la base, elle avait décidé de la réparer. Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait ça...

- Voilà, dit-elle. Ça devrait être bon.

Elle déposa ses outils sur la petite table en face de la télé, et sans regarder Jeremiah, debout à côté elle parce qu'il avait voulu l'aider, demanda :

- Est-ce tout?

- Tu es vraiment débrouillarde, n'est-ce pas? fit Jeremiah, presque impressionné.

Elle ne lui répondit pas.

En réalité, ce n'était pas réellement une question de débrouillardise : à l'armée, il était nécessaire de connaître les bases en mécaniques pour tous les soldats au front. Avant - et après - avoir été une des Round, Anya elle-même avait été un soldat de terrain, habituée au front et à la mort. Et ses connaissances en mécaniques lui avaient été énormément utiles.

Et même dans la vie de tous les jours... Elle était celle qui entretenait et réparait son appareil photo lorsque celui-ci dysfonctionnait. Ce n'était pas qu'elle n'avait pas confiance en quelqu'un d'autre pour le faire, mais en quelque sorte, cet appareil photo était son bien le plus précieux, le seul totalement inoubliable et rassemblant ses souvenirs figés en images fixes mais vivantes.

Bien sûr, à cause de l'importance qu'elle donnait au petit appareil, elle n'aimait pas que quelqu'un d'autre y touche. Elle savait qu'elle pourrait devenir violente si un jour ça arrivait, et ce, en dépit de sa personnalité détachée.

Elle ne supporterait pas de voir ses souvenirs appartenir à quelqu'un qui n'était pas elle.

Les images de son appareil photo étaient des pièces du puzzle de sa mémoire, après tout.

- Demain, on ira t'acheter des vêtements au marché.

Elle regarda l'homme, pas sûre d'avoir bien entendu.

- L'armée fournit déjà mes vêtements, lui dit-elle après un moment de silence.

- Je ne te parle pas d'uniformes, mais de vrais vêtements.

Elle baissa le regard pour s'assurer que ses vêtements étaient bien ceux qu'elle avait mis le matin, puis, voyant qu'il n'y avait pas d'erreur et qu'elle portait bien ce qu'elle voulait porter, répliqua :

- Ce sont mes vêtements de ville.

Jeremiah haussa un sourcil, puis presque moqueusement, fit :

- Qu'importe ce que tu dis, ça reste un uniforme.

Il avait raison, pensa Anya. Alors elle décida de ne rien lui répondre, ennuyée et frustrée que l'homme ait raison. Même si ça ne la gênait pas plus que ça que ses seuls vêtements soient des uniformes...

Avant, elle avait déjà eut de vrais vêtements. Gino, souriant et chaleureux, lui en avait acheté et l'avait convaincue de les mettre, disant qu'elle serait mignonne avec des jupes et des vêtements de filles.

Mais après l'humiliation d'avoir perdu son rang de Round, l'armée qu'elle avait servi depuis son plus jeune âge avait confisqué les jolis vêtements que Gino lui avait offert, prétendant qu'elle deviendrait un échec si elle se ramollissait à cause de son désir de féminité.

Anya était restée vide de toutes émotions, mais intérieurement, elle avait pleuré qu'on lui enlève la seule chose qui la liait encore à Gino - son seul ami. Le seul à lui avoir offert de jolis vêtements juste pour elle, et non pour des missions militaires...


Le lendemain, Jeremiah avait insisté pour l'emmener de bonne heure au marché locale.

Le marché n'était pas bien grand, mais pourtant, malgré le fait qu'il ne fusse pas encore sept heures du matin, beaucoup de gens s'y trouvaient. C'était probablement des gens épargnés par la guerre, au vu de leur humeur fraîche et vivante.

Mais Anya n'était pas étonnée que ces gens n'ait pas eut à subir les ravages de la guerre. Ce qui la surprenait, c'était qu'autant de gens soit réunis ici alors que cet endroit était reculé, sans habitation ni civilisation à moins de plusieurs kilomètres. Jeremiah avait voulut s'isoler, et lorsqu'elle lui avait demandé pourquoi, il lui avait répondu qu'il avait été tellement proche de l'Empereur Lelouch qu'il valait mieux pour lui d'éviter de se montrer publiquement pendant quelques mois.

- Le marché est normalement plus grand, lui dit l'homme. Tous les marchands ne doivent pas encore être arrivés.

Le marché était déjà suffisamment grand pour un coin aussi isolé, eut-elle envie de rétorquer.

Machinalement, elle sortit son appareil photo et prit une photo du marché, avec tous ces gens qui le faisaient vivre et ces belles couleurs qu'elle n'avait vu que trop rarement pour les cinq derniers mois.

A côté d'elle, elle sentit Jeremiah la regarder.

Elle le regarda à son tour, attendant ses instructions ; et il lui dit :

- Allons déjeuner. La marchande que je cherche n'est pas encore arrivée.

Anya regarda une fois de plus autour d'elle. Un marché aussi grand et avec autant de gens pour un endroit si isolé était vraiment trop bizarre, à ses yeux.

Elle ravala un soupir et suivit Jeremiah, qui la dirigea vers un coin reculé du marché, avec des tables et des chaises sorties devant une caravane vieille et sale.

Jeremiah s'installa à une des tables et, voyant ses réticences à faire de même, lui fit signe de s'asseoir en face de lui. Ce qu'elle fit.

Et sans tarder, un homme grand et gros se présenta à eux.

- Que veulent ce monsieur et cette jolie demoiselle? demanda-t-il vulgairement, d'une voix lourde mais d'un ton sympathique.

- Je prendrais un café, répondit Jeremiah.

L'homme grand et gros la regarda alors, et Anya, qui ne voulait rien, décida de l'ignorer. Elle n'aimait pas parler sans raison ; elle ne répondait pas aux gens quand elle ne voulait pas leur répondre. Et vraiment, elle ne voulait rien, de toute façon.

Mais l'homme gras, sympathique, ne savait pas comment réagir face à elle, semblait-il ; et Anya eut presque pitié de lui. Ce qui ne voulait pas dire qu'elle userait de sa voix pour lui.

- Deux cafés, entendit-elle Jeremiah dire.

Elle tourna son regard vers Jeremiah, sans se préoccuper de l'autre homme qui partait mal à l'aise à cause d'elle.

- Je ne voulais rien, dit-elle avec un fond de reproche.

En face d'elle, Jeremiah soupira lourdement, apparemment contrarié.

Sans vraiment s'y intéresser, elle prit une photo de lui, figeant à jamais son expression.

- Enregistré, merci.

Son ton machinal lui apparaissait comme un fantôme, et elle se demanda alors quand était la dernière fois qu'elle avait pris une photo non pas pour s'en souvenir, mais juste pour ajouter une image fixe au puzzle de sa mémoire.

Elle n'était pas nostalgique. Elle était terrifiée, et elle n'en montrait rien. Avant de se souvenir, avant que Jeremiah ne répare sa mémoire douloureusement incomplète, elle n'aurait jamais cru que le passé pouvait faire si mal. Elle n'aurait jamais cru que son propre passé la hanterait...

Et pourtant, désormais, ses cauchemars n'avaient plus rien à voir avec ceux d'autrefois : ses cauchemars étaient basés sur ce qu'elle avait vu et vécu. Ses cauchemars les plus récents avaient des yeux creux...

- Ne prends pas de photo de moi, maugréa Jeremiah.

Elle l'ignora.

Elle ignora aussi l'homme grand et gros qui venait leur servir leur café, comme si elle ne l'avait vraiment pas remarqué.

La photo de Jeremiah, figée dans son petit appareil, lui renvoyait l'image d'un homme brisé.

- Tu as écouté ce que je viens de te dire? demanda-t-il.

Elle acquiesça.

Et Jeremiah soupira de nouveau.

Elle l'entendit marmonner quelque chose sur son impolitesse, mais elle n'en tint pas compte, préférant boire son café avant qu'il ne devienne froid. Elle n'aimait pas le goût du café froid.

Elle n'aimait pas non plus boire de café sans sucre, et elle maudit silencieusement Jeremiah pour ça.

Autour d'eux, les gens commençaient eux aussi à s'installer sur les tables. Il y avait des groupe d'amis ; il y avait aussi des familles. Sans qu'elle ne comprenne pourquoi, ça la rendait mal à l'aise...

Mais avant qu'elle n'eut le temps de demander à Jeremiah si ils pouvaient partir, ce dernier alla payer, sans rien dire.

Elle rangea son appareil photo dans sa poche et suivit l'homme. Et alors qu'il l'emmena vers une marchande qui venait tout juste de s'installer, il lui dit :

- Choisis ce que tu veux.

- Je ne veux rien, pensa-t-elle.

C'était difficile de choisir. Ce n'était pas qu'il y avait des vêtements qui lui plaisaient particulièrement, mais c'était qu'elle ne savait pas juste ce que Jeremiha voulait qu'elle porte. Elle avait l'habitude de ses uniformes, et les rares fois où elle avait porté autre chose, c'était lorsqu'elle était une Round, parce que Gino l'avait pratiquement forcée à s'habiller en individu - et non en soldat.

Gino aurait su quoi choisir.

- Puis-je vous aider?

La vendeuse, à la voix douce mais au ton autoritaire, avait certainement compris les doutes d'Anya quant aux vêtements à choisir. Elle n'aurait pas à traiter avec Jeremiah, au moins.

- Cette gosse a besoin de vêtements, répondit Jeremiah à la vendeuse.

Anya regarda la vendeuse, sans rien dire. La femme avait bien une trentaine d'années, et son sourire était trop doux pour qu'elle ne soit pas une mère.

- Tu cherches quelque chose en particulier? lui demanda la femme.

Elle voulut l'ignorer, mais la femme avait quelque chose en elle qui faisait qu'Anya aurait été gênée de ne pas lui répondre.

- Je veux juste des vêtements dans lesquels je serai à l'aise.

Le regard de la femme s'illumina, et Anya regretta presque de lui avoir répondu.


A SUIVRE


Note d'auteur : Euh... dois-je continuer cette fan-fiction, ou bien passer à autre chose? Parce que maintenant que je me suis améliorée en écriture, je voudrais écrire une autre fan-fiction sur un autre anime, mais si vous voulez que je finisse d'abord celle-là, je le ferai. Dîtes-le juste !