Bonjour,

Voici le quatrième chapitre de cette histoire. Il contient l'introduction du personnage de Gabriel et une nouvelle scène à caractère sexuel.

J'espère que ce chapitre vous plaira.

Merci de continuer à me lire.

Sydney8201

Musique du chapitre :

X&Y de Coldpay

Chapitre 4 : Amour fraternel

« Un frère est un ami donné par la nature »

Gabriel Legouvé

Une semaine après sa dispute avec Dean, Castiel n'avait toujours pas réussi à se débarrasser des images de son compagnon et l'inconnu du bar faisant l'amour derrière leur motel. Il en avait rêvé plusieurs fois et s'était tout de suite senti coupable. Mais il avait ensuite systématiquement cédé aux demandes et exigences de son corps et s'était masturbé dans la salle de bains. Et il se détestait pour ça.

Etre avec Dean toute la journée n'arrangeait certainement pas les choses. Le jeune homme était une tentation permanente. Il passait son temps à mettre des choses dans sa bouche parfaite, que ce soit le bouchon d'un stylo, un bonbon ou même un de ses doigts, et il faisait trop souvent glisser le goulot des bouteilles le long de ses lèvres pulpeuses. Il s'étirait également constamment, faisant soulever son tee-shirt et révélant son ventre musclé et le début du tatouage intriguant qui partait de l'os de sa hanche et descendait le long de sa cuisse. Le tatouage qui obsédait Castiel depuis qu'il l'avait vu dans son intégralité quand Dean avait fait l'amour avec l'homme du bar. C'était une distraction constante qui réveillait un désir incroyable chez Castiel. Il avait commencé à remarquer des dizaines d'autres choses chez son compagnon. Ses tâches de rousseur. La façon dont sa pomme d'Adam bougeait sous sa peau quand il avalait. La délicatesse de ses poignets. Les jeans toujours trop étroits qu'il portait et qui soulignait le dessin parfait de ses fesses. La façon qu'il avait de mordiller sa lèvre inférieure quand il était pensif. Castiel avait pris note de toutes ses petites choses et il ne pouvait cesser d'y penser.

C'était devenu une véritable torture pour le jeune homme. Son esprit était constamment envahi par des images de Dean dans des positions inimaginables, demandant à Castiel de le prendre ici et maintenant et de ne surtout pas se retenir. Et le jeune homme ressentait alors le besoin de relâcher la pression aussitôt et de se masturber pour ne pas devenir fou. Il ne savait pas combien de temps il pourrait tenir sans dire quelque chose de compromettant. Il avait peur de finir par révéler son attirance maladive pour son compagnon et tout gâcher entre eux.

Ils avaient finalement fait un crochet par Las Vegas et Dean avait refusé de sortir de sa chambre d'hôtel pendant que Castiel avait passé le soirée à apprécier le décor et à observer les gens qui jouaient dans les casinos. Ils avaient ensuite rallié San Francisco et Dean s'était chargé de faire visiter la ville à son compagnon. Elle était magnifique. Mais plus encore que le paysage et l'ambiance, c'était l'effet qu'elle avait sur Dean qui avait coupé le souffle à Castiel. Le jeune homme semblait incroyablement heureux et libre dans cette ville. Son regard brillait de mille feux et son visage s'était illuminé magnifiquement quand ils avaient enfin rejoint le Golden Gate. Quand ils avaient décidé d'en repartir, Castiel commençait à redouter que son attirance pour Dean ne cache autre chose de plus sérieux. Que ses sentiments pour le jeune homme soient plus profonds que ce qu'il aimait penser. Il ne pouvait pas être tombé amoureux de lui. Il ne le connaissait pas. C'était irrationnel et c'était stupide. Mais plus Castiel regardait le jeune homme installé derrière le volant et chantant par dessus la radio, plus il se rendait compte que son cœur n'avait pas l'intention d'écouter son cerveau sur ce point. Il était bel et bien en train de tomber amoureux de son compagnon. Et cela ne pouvait pas durer.

Car malgré son attirance pour Dean et la force de ce qu'il commençait à ressentir pour lui, il n'ignorait pas non plus tout ce qu'il y avait de bizarre le concernant. Il continuait de cacher son visage quand ils étaient dans des endroits trop bondés. Il regardait constamment par dessus son épaule et choisissait les bars et restaurants les moins fréquentés. Il gardait sa capuche et ses lunettes de soleil même quand l'un et l'autre n'étaient pas nécessaires. Il était étrange et toujours sur ses gardes. Castiel aurait du avoir peur de lui. Il n'y arrivait pas.

Ils étaient sur la route pour voir le Grand Canyon et profiter du temps clément pour tenter de descendre à l'intérieur et apprécier la vue d'en bas quand Dean annonça qu'il avait envie de sortir seul ce soir. Castiel savait ce que cela signifiait. Son compagnon allait chercher quelqu'un avec qui passer la nuit. Il allait trouver une personne qui lui ferait l'amour ou à qui il ferait l'amour. Et Castiel était jaloux. Il ne pouvait pas le nier. Il avait envie de demander à Dean pourquoi il ne lui suffisait pas. Pourquoi il ne lui demandait pas à lui de combler ses désirs. Il aurait accepté dans la minute si cela avait été le cas. Mais Dean n'avait plus fait aucune proposition de ce genre depuis sa dispute avec Castiel.

Le jeune homme hésita à lui demander s'il allait choisir de rentrer avec un homme ou une femme ce soir. Il avait besoin de savoir s'il ressentait à nouveau le besoin d'être dominé comme avec l'inconnu du bar ou s'il envisageait de tenir les reines ce soir. Mais il ne dit rien et se contenta d'hocher la tête à la place. Dean avait le droit de sortir et de trouver quelqu'un pour passer la nuit avec. Castiel aurait probablement du en faire autant. Il ravala donc sa jalousie et sa frustration et laissa son compagnon choisir le motel dans lequel ils allaient passer la nuit. Seul pour Castiel. Sans doute accompagné pour Dean. Sauf s'il choisissait de coucher avec l'homme ou la femme qu'il ramènerait à l'extérieur du motel comme la dernière fois. Là où tout le monde pourrait le voir. Là où Castiel pourrait les surprendre.

Le jeune homme fut soulagé de constater que leurs chambres n'étaient pas côte à côte. Il ne risquait pas d'entendre quoi que ce soit de compromettant. Il pourrait ignorer ce que Dean faisait jusqu'au lendemain et tenter de garder un semblant de contrôle sur ses émotions.

Il jeta son sac sur son lit puis fila prendre une douche. Il était agité et savait que la nuit s'annonçait compliquée. Il espérait pouvoir dormir un minimum car la route était encore longue et il avait besoin de reprendre des forces. Mais son esprit le ramenait sans cesse à ce que Dean devait probablement être en train de faire. Et cela le rendait complètement dingue.

Il s'allongea sur son lit en sortant de la douche et alluma le vieux poste de télévision avec la télécommande. Il zappa entre les chaînes durant quelques minutes, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit d'autre que sur son compagnon. Il tenta de regarder un talk-show pendant un instant avant d'abandonner et de choisir à la place un vieux film en noir et blanc qu'il se souvenait d'avoir déjà vu.

Il jeta ensuite la télécommande sur la table de nuit puis joignit ses mains sous son crâne et fixa son regard sur la télévision. Il savait qu'à l'heure qu'il était Dean était déjà ressorti. Il devait probablement être en route pour le bar le plus proche. Il était peut être même déjà arrivé. Castiel ne doutait pas qu'il ne lui faudrait pas longtemps pour trouver quelqu'un d'intéressé. Il était extrêmement séduisant et il attirait les regards.

Castiel aurait probablement du sortir à son tour et trouver un bar pour passer le temps. Il aurait du chercher un homme pour la nuit. Il aurait du tenter d'oublier Dean l'espace de quelques heures. Mais le jeune homme n'était définitivement pas à l'aise avec cette idée. Il n'avait pas envie de coucher avec un homme juste pour évacuer sa frustration. Ce ne serait pas juste pour la personne en question. Il ne voulait pas utiliser quelqu'un tout en pensant à quelqu'un d'autre. Il n'en avait pas la force.

Castiel abandonna l'idée de regarder le film qui passait à la télé et leva les yeux au plafond. Comme à chaque fois que son esprit n'était plus occupé à autre chose, il repensa automatiquement à Dean. Il ferma les yeux, agacé de n'avoir aucun contrôle sur ses pensées et laissa les images du jeune homme abonder derrière ses paupières closes. Il visionna le dessin parfait de ses lèvres, les tâches de rousseur sur ses joues et son nez, la largeur de ses épaules et la musculature de ses fesses. Le jeune homme se passa la langue sur les lèvres alors que son corps commençait à se tendre sensiblement. Il repensa à la façon dont son compagnon s'était laissé pénétrer sans résister malgré le manque évident de préparation. Il imagina ce que l'inconnu du bar avait pu ressentir en étant joint intimement à Dean. Il devinait que la sensation devait être extraordinaire. Il aurait tout donné pour savoir ce que cela faisait. Mais il ne le saurait probablement jamais. Il ne se faisait aucune illusion sur ce point. Fantasmer en revanche était permis et il ne comptait pas s'en priver pour le moment. Il se sentirait sans nul doute coupable dès qu'il aurait fini. Mais il s'en fichait. Il en avait besoin. Il glissa une main sous l'élastique de son pantalon de pyjama et attrapa son sexe avec délicatesse. Il tenta d'imaginer Dean au dessus de lui, sa bouche s'approchant de lui avec détermination. Il commença des mouvements de va et vient le long de son sexe alors qu'il imaginait à présent la bouche de son compagnon refermée autour de lui, sa langue glissant lentement le long de son sexe tendu et lui arrachant des gémissements. Castiel pouvait déjà sentir son orgasme pointer le bout de son nez, contractant les muscles de son ventre et de ses cuisses. Il commença à agiter ses hanches alors que dans ses fantasmes, Dean continuait de faire aller et venir sa langue le long de son sexe. Il laissa échapper un cri quand il jouit finalement, se répandant entre ses doigts et sur son ventre. Il retomba sur le lit avec un long soupire puis essuya ses doigts sur les mouchoirs qui se trouvaient sur la table de nuit.

Il se détestait toujours quand il avait fini et que les effets de son orgasme s'atténuaient. Mais il recommençait encore et encore, incapable de s'en passer. C'était un cercle vicieux et il n'avait aucune idée de la façon dont il devait s'y prendre pour s'en sortir. Il allait devoir espérer qu'avec le temps, son attirance maladive pour le jeune homme s'atténuerait sensiblement et qu'il pourrait enfin reprendre une vie normale.

Castiel rouvrit les yeux et regarda autour de lui. Il se redressa puis se remit debout et se dirigea vers la fenêtre. Il observa le parking vide pendant de longues secondes et tenta de se persuader qu'il n'était pas là dans l'espoir d'apercevoir Dean. Il colla son front contre la vitre et attendit patiemment. Quand il en eut assez d'attendre pour rien, il tourna le dos à la fenêtre et observa sa chambre. Elle était déprimante et ordinaire comme toutes celles qu'il avait fréquentées depuis le début de son voyage. Les murs étaient gris et le sol couvert de moquette. Le mobilier était de très mauvaise qualité et le matelas dur et ancien. Castiel détestait ces endroits. Sa chambre lui manquait. Ses livres lui manquaient. Mais il n'avait pas l'intention de retourner chez ses parents pour autant. Il ne voulait surtout pas abandonner sa nouvelle liberté pour le confort de son lit. Il était heureux sur la route. Il était heureux avec Dean. Il voulait en profiter.

Castiel avait simplement besoin de se changer les idées. Il se dirigea alors vers le petit bureau installé dans un coin de la pièce et attrapa son téléphone portable. Il fouilla dans son répertoire puis s'arrêta sur le nom de Gabriel. Castiel ne pouvait pas retourner auprès de sa famille mais il savait qu'il pouvait compter sur son grand frère pour ne plus se sentir aussi seul.

Castiel prit place sur son lit en attendant que Gabriel réponde. Il savait que son coup de fil allait surprendre son frère. Mais il savait également qu'il ne lui raccrocherait pas au nez pour autant. Il avait besoin de lui parler et Gabriel le sentirait aussitôt. Ils avaient été proches à une époque de leur vie. Ils pouvaient l'être à nouveau.

Castiel commençait à perdre patience quand son frère décrocha enfin son téléphone.

- Hé Cassie ! Lança Gabriel en guise de bonjour.

Castiel ne put s'empêcher de sourire en entendant son surnom dans la bouche de son frère. Il n'avait pas réalisé à quel point Gabriel lui avait manqué jusqu'à maintenant. Il oublia tous ses autres problèmes et se concentra sur la voix de son aîné.

- Quoi de neuf petit frère ? Demanda Gabriel dont la voix était enjouée et enthousiaste.

Castiel haussa les épaules et regarda le décor autour de lui. Il ne savait pas par quoi commencer. Il savait que Gabriel ne le jugerait jamais sur son départ de la maison ou même sur son homosexualité. Mais il n'avait pas parlé à son frère depuis longtemps maintenant et il avait perdu l'habitude de discuter avec lui.

- Tellement de choses que je ne saurais pas par quoi commencer, expliqua t-il finalement.

Il entendit Gabriel rire à l'autre bout du fil et pendant une seconde, Castiel se demanda ce que son frère était en train de faire au moment où il l'appelait. Il ne savait rien de la vie que Gabriel avait à présent. Son frère lui avait parlé brièvement de son travail mais Castiel ne savait pas s'il avait rencontré quelqu'un, s'il avait des amis ou s'il était seul. Il y avait tellement de choses qu'il voulait demander à son frère. Il aurait le temps quand il serait arrivé à Chicago. Mais pour le moment, il ne se sentait pas encore prêt à s'installer quelque part. Il aimait voyager et passer du temps avec Dean. Il chassa aussitôt le jeune homme de son esprit et prit une grande inspiration.

- Je suis parti Gabe … j'ai quitté la maison, avoua t-il alors.

Il ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez.

- J'ai laissé tomber mes études et je suis parti faire le tour des Etats Unis en voiture, ajouta t-il.

Gabriel ne dit rien pendant de longues secondes et Castiel se demanda s'il n'en avait pas trop dit. Il ne pouvait pas avoir choqué son frère. Pas après qu'il ait lui même tout plaqué quelques années plus tôt pour faire sa vie à Chicago. Son silence mettait toutefois Castiel mal à l'aise car il ne savait pas quoi en penser.

- Tu as fait quoi ? Demanda finalement Gabriel d'une voix que Castiel ne reconnaissait pas.

Il semblait réellement surpris. Castiel pouvait le comprendre. Au départ de son frère, il n'avait pas été tendre avec lui et avait pris le parti de ses parents. Il espérait sincèrement que Gabriel ne lui en voulait pas de ne pas l'avoir soutenu.

- J'ai tout plaqué Gabe, répondit Castiel, agacé d'avoir à se répéter.

Il aurait aimé que son frère le soutienne immédiatement et qu'il l'encourage à vivre sa vie. Si Gabriel ne le faisait pas, personne ne le ferait dans sa famille. Il était sa seule chance d'avoir un point de chute. Sa seule chance de ne pas être totalement seul.

- Bordel Cassie … tu es dingue ! Tu es complètement dingue ! S'écria Gabriel après un nouveau long silence.

Castiel fronça les sourcils, surpris par la réaction de son frère. Il s'était attendu à tout sauf à ça. Il se passa une main sur le visage puis dans les cheveux et jeta un coup d'oeil à la fenêtre par dessus son épaule. Dean était sans doute rentré à cette heure ci. Il était probablement accompagné.

- J'ai fait la même chose que toi il y a quelques années. Je m'attendais à une autre de réaction de ta part, admit il en reportant son attention sur le mur en face de lui.

Castiel était totalement perdu. Il ne savait pas quoi dire de plus à son frère. Il n'avait pas planifié cette conversation. Il n'avait pas pensé qu'il aurait à convaincre Gabriel. Il s'était uniquement attendu à un soutien et des encouragements.

- C'est totalement différent Cassie … papa et maman se fichaient totalement de moi. Ils m'auraient mis à la porte un jour ou l'autre et j'ai préféré prendre les choses en mains pour que cette décision devienne la mienne et pas la leur. C'était plus facile à vivre.

Castiel savait que leurs parents songeaient à mettre Gabriel à la porte depuis longtemps. Il était désobéissant, irrespectueux et refusait de suivre le chemin qui avait été tracé pour lui. Ils auraient fini par le déshériter. Gabriel avait eu raison de partir et de s'éviter cette humiliation.

- Toi en revanche … tu es le fils prodigue … celui qui devait remplir toutes les attentes de nos parents. Tu aurais pu tout avoir … et tu as tout jeté par la fenêtre sur un coup de tête.

Castiel ne put s'empêcher de ricaner. Il avait toujours tout fait pour satisfaire ses parents. En apparence, il était effectivement le fils parfait. Celui dont on avait toutes les raisons d'être fier. Mais ses parents ne savaient rien du vrai lui. Personne ne savait rien de lui.

- S'il connaissait le vrai moi, crois-moi, ils m'auraient mis à la porte bien avant toi … et ils s'en seraient félicités ! Commenta t-il en secouant la tête.

Il attendit une seconde pour laisser une chance à Gabriel de dire quelque chose ou même de s'excuser mais devant son silence, il choisit de lui apporter des précisions.

- Je suis gay Gabe, déclara t-il calmement.

C'était la première fois qu'il le disait ouvertement à quelqu'un d'autre qu'à Dean. C'était incroyablement libérateur pour lui. Il sentit un poids disparaître de sur ses épaules. Il sourit faiblement puis se leva du lit et retourna près de la fenêtre. Le parking était toujours vide.

- Tu quoi ? Demanda son frère après quelques secondes.

Il semblait réellement avoir des difficultés à comprendre ce que Castiel lui disait. Le jeune homme était toujours agacé d'avoir à se répéter mais il choisit de ne rien dire à ce sujet. Il ne voulait pas se disputer avec Gabriel. Il cherchait son soutien.

- Je suis homosexuel … j'aime les hommes, précisa t-il.

Il savait ce que sa famille pensait des homosexuels mais il n'avait jamais abordé le sujet avec son frère. Il avait toujours pensé que Gabriel était quelqu'un d'ouvert et de tolérant. Il espérait à présent ne pas s'être trompé sur son compte. Il priait pour que son aîné ne voit pas d'inconvénient à ce que son petit frère soit gay.

- Oh ok, tu as raison … ils t'auraient mis à la porte sans hésiter s'ils l'avaient su. Tu vas leur dire ? Lança finalement Gabriel.

Castiel haussa les épaules avant de tourner le dos à la fenêtre. Il ne savait pas réellement pourquoi il continuait de surveiller le parking. Il n'avait aucune chance d'apercevoir Dean. Le jeune homme était très probablement déjà occupé avec quelqu'un d'autre. Il était peut-être même attaché à un lit et malmené par un homme sur le point de lui faire l'amour. Castiel chassa cette idée de sa tête pour éviter d'être trop excité alors qu'il avait une conversation importante avec son frère.

- Je ne sais pas … je ne vois pas ce que ça changerait. Ils ont déjà tiré un trait sur moi et … je … je ne sais pas, admit il.

Castiel n'avait jamais envisagé d'avoir cette conversation avec ses parents. Il n'envisageait pas non plus de revenir à la maison. Il allait faire sa vie comme bon lui semblait. Peu importait ce que ses parents savaient réellement de lui. Ils devaient le maudire pour avoir abandonné ses études. Il était déjà classé "personna non grata" chez lui. Cela ne changerait rien.

- Tu pourrais avoir envie d'être honnête avec eux … de ne plus te cacher, avança Gabriel d'un ton hésitant.

Castiel haussa les épaules puis glissa le long du mur contre lequel il était appuyé jusqu'à ce qu'il soit assis par terre. Il baissa ensuite la tête en remontant ses genoux contre son corps.

- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant Cassie ? Tu m'as dit que tu voyageais mais … je suppose que tu ne vas pas faire ça toute ta vie, lança Gabriel qui semblait avoir compris que son frère préférait changer de sujet.

C'était le moment où jamais pour Castiel d'expliquer à Gabriel la raison de son appel. Il avait besoin de lui. Besoin de son soutien bien sûr mais aussi et surtout de pouvoir le rejoindre à Chicago quelques temps. Il déglutit avec peine en regardant le sol.

- Je pensais peut-être venir à Chicago. Je me suis dit que je pourrais venir te voir.

Castiel ferma les yeux, attendant la réaction de son frère. Il était mort de trouille à l'idée d'être rejeté par Gabriel. Il ne savait pas ce qu'il ferait s'il n'obtenait pas son accord. Il n'imaginait pas passer sa vie sur la route comme Dean semblait vouloir le faire. Il avait besoin d'un point d'ancrage. D'un endroit qui serait chez lui.

- Tu veux savoir si tu peux venir habiter chez moi ? Demanda Gabriel, visiblement surpris.

Il ne s'énervait pas et c'était déjà un bon point pour le jeune homme. Il aurait pu refuser aussitôt et lui raccrocher au nez. Il avait peut être eu tort d'être à ce point terrifié par sa réaction.

- Pas longtemps … juste … juste le temps de trouver ce que je veux faire … trouver un endroit où je pourrais vivre, avança t-il.

Il rouvrit les yeux et regarda le mur devant lui. Il avait conscience de jouer une partie de son avenir sur cette conversation. Il pouvait sentir son cœur battre jusque dans ses tempes.

- Cassie, tu sais que tu peux venir quand tu veux et … tu pourras rester aussi longtemps que tu le souhaites. Tu n'as même pas à me demander.

Castiel soupira de soulagement. Il avait obtenu ce qu'il avait espéré obtenir auprès de son frère. Il avait maintenant la certitude qu'il ne serait jamais seul. Qu'il avait fait le bon choix et qu'il avait eu raison d'avoir confiance en Gabriel. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de se demander ce que son frère pensait vraiment de ses choix. Il ne lui avait pas dit s'il approuvait ou non son départ … ou s'il avait un problème avec son homosexualité. Castiel avait besoin de savoir.

- Cassie, il y a un problème ? Demanda alors Gabriel, visiblement inquiet devant le silence prolongé de son frère.

Castiel hésita une seconde avant de poser la question qu'il mourrait d'envie de poser. La réponse serait décisive pour lui et pour sa relation avec Gabriel. Il se racla la gorge avant de se lancer.

- Merci Gabe … merci mais … tu ne m'as pas dit si … tu m'as pas dit ce que tu pensais du fait que je sois gay. Je ne te dégoûte pas ?

Il croisa les doigts de sa main libre suffisamment fort pour que ses articulations deviennent douloureuses. Il voulait avoir confiance en son frère mais il ne pouvait s'empêcher de douter. Il avait trop souvent entendu ses parents parler de l'homosexualité comme d'un péché grave et condamnable. Il avait fini par croire que toute sa famille pensait la même chose.

- Bien sûr que non Cassie. Tu ne me dégoûtes pas. Bien au contraire. Je suis fier de toi et je te trouve extrêmement courageux. Peu importe que tu sois gay … tu es mon petit frère et je t'aime exactement comme tu es. Tu devrais savoir que je n'ai jamais partagé les opinions de nos parents. Ils sont stupides et intolérants et je les déteste de t'avoir faire douter de toi.

C'était exactement ce que Castiel avait besoin d'entendre. Les mots étaient sincères et le jeune homme savait que Gabriel ne cherchait pas uniquement à le rassurer. Il se fichait réellement de ses choix et de ses préférences. Il l'acceptait tel qu'il était. C'était un tel soulagement que Castiel sentit les larmes lui monter aux yeux. Il sourit alors que sa vision se brouillait sensiblement.

- Merci, souffla t-il car il avait besoin de faire comprendre à son frère qu'il lui était reconnaissant pour tout.

- Ne me remercie pas … c'est normal. Et parlons de choses un peu moins tristes ok ? Tiens, dis moi ce que tu as déjà vu durant ton voyage … ou ce que tu prévois de voir avant de venir me rejoindre à Chicago.

Castiel hocha la tête même si son frère ne pouvait pas le voir. Il prit quelques secondes pour ravaler les larmes qui lui montaient toujours aux yeux et essuya ses joues humides du revers de la main. Il prit ensuite une grande inspiration et se releva. Il se tourna à nouveau vers la fenêtre et observa le parking dehors.

- On a traversé la Géorgie et le Texas. On s'est arrêté à Las Vegas et à San Francisco. Cette ville est magnifique. Tu devrais vraiment la visiter. Et demain, on devrait prendre la route du Grand Canyon si le temps le permet, expliqua Castiel en gardant les yeux rivés sur le parking vide.

Castiel avait réellement envie de voir le Grand Canyon. Dean en parlait comme de la chose la plus incroyable qui lui ait été donné de voir. Il avait envie de se faire sa propre idée. Et descendre en bas du canyon accompagné du jeune homme rendait les choses plus excitantes encore.

- On ? Lança Gabriel à l'autre bout du fil, le tirant de ses songes. Qui est ce « on » ?

Castiel fronça les sourcils une seconde sans comprendre ce que son frère lui demandait. Il réalisa ensuite qu'il avait inclus Dean sans y penser en décrivant ce qu'il avait fait jusque là. Il n'avait pas réellement voulu le faire. Ca avait été plus fort que lui.

- Dean et moi, expliqua t-il sans attendre car il refusait de mentir à Gabriel.

- Oh, je croyais que tu voyageais seul. Dean est ton petit ami ?

Castiel secoua aussitôt la tête en appuyant son visage contre la fenêtre qui le séparait de l'extérieur. Gabriel ne pouvait pas être plus loin de la vérité que ça. Car Dean était en train de coucher avec quelqu'un à cet instant précis et il était inconcevable qu'il soit un jour plus que l'ami de Castiel.

- Pas du tout, c'est … c'est juste un autostoppeur que j'ai pris en Floride. Il voyage depuis quelques temps maintenant et on a décidé de faire un bout de chemin ensemble.

- Et il n'est pas gay ?

Castiel ferma les yeux une seconde.

- Il est bisexuel en fait.

- Mais vous ne couchez pas ensemble.

Gabriel avait toujours été curieux de nature. C'était un trait qu'ils avaient en commun. Castiel n'était pas gêné par la question de son frère. Pas plus que par la nature de sa relation avec Dean. Ils étaient compagnons de voyage et amis dans un certain sens. Il n'y avait rien de plus. Du moins rien de concret. Dans la tête du jeune homme en revanche, Dean avait une importance toute autre. Et dans ses fantasmes, son compagnon avait un rôle essentiel. Mais il n'avait pas l'intention de le dire à son frère.

- On ne couche pas ensemble. On est amis, c'est tout, assura t-il.

Il n'était pas vraiment sûr de pouvoir définir Dean comme son « ami » dans le sens strict du terme. Il ne savait rien de lui et ils n'évoquaient jamais son passé ou sa famille. Mais il aimait à penser qu'ils étaient un peu plus que deux personnes voyageant côte à côte car c'était plus facile. Il voulait croire que Dean restait parce qu'il aimait sa compagnie. Peut être se faisait il des idées. Mais c'était plus agréable que d'imaginer le jeune homme choisissant de rester uniquement pour ne pas avoir à chercher quelqu'un d'autre.

- Il est sympa au moins ? Demanda Gabriel après de longues secondes de silence.

Castiel soupira en reculant son visage de la vitre. Il lui sembla apercevoir quelque chose dans un recoin du parking. Il plissa les yeux pour tenter de voir ce dont il s'agissait.

- Il est … il est tellement différent de moi Gabe. Il est insouciant et drôle et … il vit au jour le jour sans se soucier des conséquences. Il est libre … il ne veut aucune attache. C'est … parfois c'est un peu déstabilisant pour moi.

- Déstabilisant ?

Castiel observa deux silhouettes se rapprocher sensiblement du motel. Il ne pouvait toujours pas voir leurs visages ou même s'il s'agissait d'hommes ou de femmes. Mais il avait une drôle de sensation au creux de l'estomac et un pressentiment désagréable.

- Il est très secret … il ne parle jamais vraiment de lui, poursuivit il pour donner à son frère une image fidèle de son compagnon de voyage. Parfois, j'ai l'impression qu'il me cache quelque chose et qu'il … qu'il est peut être en cavale. Sauf que je ne sais pas ce qu'il peut chercher à fuir.

- Il te fait peur ?

C'était une bonne question. Castiel ne savait pas comment y répondre. Il n'avait pas peur que Dean lui fasse du mal. Il savait que son compagnon serait déjà passé à l'acte si c'était son but. Mais il ne pouvait pas non plus chasser l'idée qu'il y avait quelque chose dont il refusait de parler. Quelque chose de grave et de sérieux. Quelque chose qui le poussait à cacher son visage quand ils étaient entourés et qui le conduisait à choisir les endroits les moins fréquentés quand ils s'arrêtaient pour manger. Il n'avait pas peur de Dean mais peur de ce qu'il ne lui disait pas.

- Je sais qu'il ne me veut pas de mal. Mais je ne sais pas quoi penser de son attitude et parfois … il me déstabilise. Je n'ai pas l'habitude d'interagir avec des gens comme lui.

C'était l'entière vérité. Castiel n'avait jamais réellement eu d'amis et n'avait jamais rencontré qui que ce soit d'aussi mystérieux que Dean. Au fond du parking, les deux silhouettes semblaient décider à s'approcher du motel. Le jeune homme les suivit du regard et sentit un frisson lui remonter la colonne vertébrale quand il reconnut Dean. Il était accompagné. Par un homme. Quand Castiel réalisa ce que cela signifiait sur les activités de son compagnon pour la nuit, il sentit son corps réagir. Il était incorrigible.

- Je ne veux surtout pas être comme papa et te donner l'impression que je sais mieux que toi ce que tu dois faire mais … sois prudent avec lui Cassie. Je ne veux pas qu'on te retrouve dans un fossé avec une hache plantée au milieu du dos, avança Gabriel.

Castiel savait que Dean n'était pas un tueur. Il était au moins sûr de ça. Sa vie n'était pas en danger avec lui. Son cœur en revanche … c'était une autre histoire. Le jeune homme observa son compagnon attirer sa conquête d'un soir jusqu'à sa chambre. Ils s'embrassèrent plusieurs fois durant le trajet. Dean fut même plaqué pendant quelques secondes contre le capot d'une voiture, plié en deux pendant que l'homme derrière lui se frottait sans gêne contre ses fesses. Castiel se demanda une seconde s'ils allaient passer à l'acte juste sous ses yeux. Mais Dean finit par se redresser et par attraper son compagnon par la main pour l'attirer plus loin. Quand ils furent finalement hors de son champ de vision, Castiel tourna le dos à la fenêtre et se dirigea vers son lit. Il se laissa tomber dessus et ferma les yeux.

- Je lui fais confiance, assura t-il.

Il ne se souvenait plus vraiment de ce que Gabriel lui avait dit ou s'il lui avait posé une question quelconque. Mais il ressentait le besoin de défendre Dean. Même si à cet instant précis, il détestait le jeune homme. Il le détestait pour l'avoir contraint à assister une fois de plus à ses ébats avec un autre homme. A voir ce qu'il n'aurait jamais.

- Je ne sais pas comment te l'expliquer parce que je n'ai aucune idée de ce qui me pousse à croire en lui sans le connaître … mais je sais qu'il ne me fera pas de mal. Je sais qu'il n'est pas dangereux. Il est … il est tout ce que je ne suis pas Gabe. Il a vu tellement de choses et fait des expériences et … c'est un peu comme s'il avait tout à m'apprendre. Il est tellement en accord avec ce qu'il fait … avec ce qu'il choisit. Il n'a pas honte. Même pas de ses préférences …

Castiel s'interrompit avant d'en avoir trop dit. Il ne voulait surtout pas évoquer ce dont il avait été témoin avec son frère.

- Ses préférences ? Cassie, quelles préférences ?

Gabriel avait toujours adoré discuter des potins ou des rumeurs qu'il entendait à droite ou à gauche. Il avait un sixième sens quand il s'agissait de sentir si oui ou non les gens lui cachaient quelque chose. Et il semblait avoir deviner que Castiel ne lui avait pas tout dit. Le jeune homme pouvait tenter d'échapper à ses questions, il savait que son frère n'abandonnerait pas. Il était comme un chien avec un os. Il finirait par obtenir ce qu'il voulait.

- Je l'ai surpris avec un autre homme il y a quelques jours … derrière le motel où on dormait et il … disons qu'il aime être soumis quand il couche avec un homme … il aime être dominé et malmené et c'est étrange parce qu'il est fort et indépendant et … ça ne colle pas avec le personnage, c'est tout.

Ce n'était pas tout bien sur. Mais Castiel refusait de parler de l'effet que l'attitude de Dean avait eu sur lui. Du fait qu'il continuait d'y penser continuellement et qu'il s'était masturbé plusieurs fois en se repassant les images dans la tête. Ce n'était pas une conversation qu'il voulait avoir avec son frère. A vrai dire, ce n'était pas une conversation qu'il voulait avoir tout court. Sauf peut être avec un psychologue. Car il savait que sa réaction n'était pas normale.

- Tu es attiré par lui ? Demanda finalement Gabriel.

Castiel posa sa main libre sur ses yeux pour se protéger de la lumière qui se trouvait au dessus de lui. Il ne savait pas comment son frère pouvait lire aussi facilement en lui sans même qu'il ait besoin de lui parler.

- Il est attirant, répondit il.

Il ne pouvait pas mentir sur ce point. Dean était un bel homme. Il n'y avait aucun doute sur ce point. Castiel avait surpris plusieurs femmes et plusieurs hommes le regarder avec envie et désir. Il en faisait parti. Il ne pouvait pas nier qu'il était curieux de savoir à quoi le jeune homme pouvait ressembler entièrement nu. Il mourrait d'envie de le savoir. Mais il n'agirait jamais dans ce sens. Ce n'était pas ce que Dean voulait et Castiel n'était pas sûr d'être prêt pour quoi que ce soit de ce genre. Il préférait se contenter des fantasmes qui peuplaient son cerveau depuis quelques jours. Eux étaient inoffensifs.

- Tu es amoureux de lui.

Castiel ne s'était pas attendu à une telle question. Et il n'avait aucune réponse à donner à son frère. Parce qu'il refusait de s'interroger sur ce point depuis un moment maintenant. Il ressentait quelque chose pour Dean. Quelque chose de plus qu'une attirance physique. Il ne savait pas s'il était amoureux de lui ou s'il était juste perturbé par ce qu'il avait vu. Il savait que le jeune homme le faisait rire et qu'il aimait le voir sourire. Il le trouvait intéressant, fascinant même et intelligent. Il aimait passer du temps avec lui. Mais il n'aurait pas su dire s'il s'agissait d'amour ou juste d'amitié. Il n'avait aucune expérience en la matière et il ne savait pas comment reconnaître les signes. Cela lui facilitait considérablement la tâche. Il n'avait pas à se poser la question puisqu'il ne pouvait pas y apporter de réponses. Mais maintenant que son frère s'en était chargé pour lui, il devait admettre qu'il y avait des signes qui ne trompaient pas. Il était totalement perdu.

- Je ne sais pas Gabe … en toute honnêteté, je n'en ai aucune idée. Et ça n'a aucune importance parce que Dean ne veut pas d'attaches … il ne veut pas se poser ou s'engager dans une quelconque relation.

- Mais tu l'aimes.

Cette fois, ce n'était plus une question mais une affirmation. Castiel l'accepta sans chercher à la réfuter. Gabriel était sans doute mieux placé que lui pour le savoir.

- Ne t'engage pas sur cette voie petit frère … tu finirais par souffrir, lui conseilla son frère après quelques secondes.

Castiel savait qu'il avait raison. Il savait qu'il n'était pas raisonnable d'envisager quoi que ce soit de ce genre avec Dean. Il n'était même pas sûr de le vouloir réellement. Il voulait simplement profiter des quelques mois de liberté dont il bénéficiait pour faire de nouvelles expériences et découvrir les Etats Unis. Il n'avait pas besoin de complications supplémentaires ou de sentiments le retenant en arrière au moment où il aurait besoin d'avancer. Il finirait par se séparer de Dean pour rejoindre Gabriel et il ne voulait pas en souffrir. Il voulait que ce voyage reste une bonne expérience dont il se souviendrait toute sa vie. Pour cela, il devait tirer un trait sur ce qu'il pouvait ressentir pour son compagnon et se concentrer sur ce qui les attendait sur la route.

- Promis … et merci. Je vais te laisser.

Gabriel ne protesta pas et n'insista pas non plus. Il semblait savoir ce dont son frère avait besoin et Castiel était rassuré de sentir son soutien. Il n'était pas seul et c'était exactement ce qu'il avait espéré en appelant son frère.

- Amuse toi bien Cassie et appelle moi pour me tenir au courant de tes plans.

Castiel le lui promit puis ils échangèrent des « bonne nuit » avant de raccrocher. Castiel posa ensuite son téléphone sur la table de nuit et se tourna sur le côté pour faire face à la porte de sa chambre. Il ne voulait pas penser à Dean et à ce qu'ill était très probablement en train de faire à quelques mètres de là. Il ne voulait pas laisser son corps avoir une nouvelle fois le dessus sur ses bonnes résolutions. Mais la conversation qu'il avait eu avec Gabriel avait fait rejaillir ses doutes et ses questionnements. Il ne savait pas ce qu'il convenait de faire à présent. Il aimait réellement la compagnie de Dean. Il aimait que son compagnon lui fasse partager ses expériences et l'entraîne là où il savait qu'il y avait des choses à voir. Il aimait la camaraderie qui s'était installée entre eux. Mais il ne pouvait pas nier que la présence constante du jeune homme à ses côtés était une torture. Il finissait les journées épuisé physiquement et mentalement. Il cédait systématiquement à ses pulsions et il finissait par se détester d'être aussi faible. Il aurait aimé que tout soit plus simple pour lui. Ce n'était pas comme ça qu'il avait envisagé ce voyage. Mais malgré tout ce qui n'allait pas dans sa tête et dans son cœur, il n'envisageait pas une seconde d'abandonner Dean. Il n'envisageait pas une seconde de ne pas continuer de voyager avec lui. Son absence serait pire encore que sa présence. Entre deux maux, Castiel était déterminé à choisir le moindre. Il soupira puis jeta un coup d'oeil à sa montre. Il était tard et il aurait probablement du être en train de dormir pour être en forme le lendemain. Mais il savait qu'il serait incapable de s'endormir tant que son cerveau tournerait à cent mille à l'heure. Il se leva finalement du lit puis enfila son jean par dessus son pantalon de pyjama. Il mit également sa veste puis attrapa les clefs de sa chambre et sortit. Il se dirigea aussitôt vers le distributeur de boissons et inséra une pièce pour acheter un soda. Une fois qu'il l'eut récupéré, il reprit le chemin de sa chambre. L'air frais était agréable sur son visage et il pouvait déjà sentir ses muscles se détendre sensiblement. Il avait toujours eu plus de facilité à réfléchir quand il n'était pas enfermé entre quatre murs. Il sourit faiblement en repensant à Gabriel et à son soutien indéfectible. Il était arrivé devant la porte de sa chambre quand il entendit des rires et des voix à quelques mètres de lui. Il se tourna dans la direction du bruit et aperçut Dean et son compagnon du soir discutant devant la porte de la chambre du jeune homme. Ils semblaient beaucoup s'amuser. Castiel soupira longuement alors que les deux hommes échangeaient plusieurs baisers rapides. Puis Dean repoussa son compagnon et referma la porte sous son nez. L'homme resta de longues sans bouger avant de faire volte face et de s'éloigner en direction du parking. Castiel le suivit des yeux quelques secondes avant de rentrer dans sa chambre et de retirer son jean et sa veste. Il se réinstalla ensuite sur le lit et but quelques gorgées de son soda. Il posa la canette sur la table de nuit puis ferma les yeux. Quand il sentit le sommeil s'emparer de lui, il fit un effort pour ignorer qu'il parvenait à s'endormir au moment où il était sûr que Dean était à nouveau seul. Il ignora ce que cela pouvait signifier et se laissa envahir par le néant sans chercher à lutter une seconde de plus.