Bonjour,

5ème chapitre déjà. On en apprend un peu plus sur Dean. Attention : mentions brèves mais relativement explicites de tortures subies et discussion sur le sexe dans ce chapitre.

Je vous remercie à nouveau de me lire et de m'écrire. Merci, merci, merci ...

Bonne lecture

Sydney8201

Musique du chapitre :

Please forgive me de David Gray

Chapitre 5 : Je n'ai jamais …

« Le hommes sont conduits plutôt par le désir aveugle que par la raison »

Spinoza

Ils avaient visité le Grand Canyon, marché jusqu'en haut de la colline d'Hollywood et Castiel n'avait toujours pas réussi à se débarrasser de son désir pour Dean. Ils continuaient de partager leurs journées ensemble, visitant des sites méconnus mais exceptionnels ou se moquant de ceux que recommandaient les guides touristiques mais ne présentaient aucun intérêt particulier. Ils roulaient toujours sans but mais à présent vers l'est des Etats Unis et Castiel continuaient de fantasmer sur son compagnon de route. Il se détestait plus que jamais à chaque fois qu'il cédait à ses pulsions et plus encore – si toutefois c'était possible – quand il était confronté à Dean le lendemain et que son attirance refaisait inévitablement surface.

Depuis le soir de son coup de fil à Gabriel, Castiel se posait des milliers de questions au sujet de ses sentiments pour Dean. Il n'avait aucune réponse et il ne voulait surtout pas en avoir. Cela ne l'empêchait pas de continuer à s'interroger. Le jeune homme n'avait plus demandé de passer de soirée seul et Castiel ne pouvait s'empêcher d'être soulagé.

Ils roulaient la journée et mangeaient ensemble le soir. Ils parlaient de tout mais jamais de quoi que ce soit d'important. Ils étaient libres d'aller où ils le souhaitaient. C'était excitant et nouveau pour Castiel. C'était également effrayant.

Il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire maintenant. Il savait ce dont il avait envie mais pas ce dont il avait réellement besoin. C'était sans nul doute la première fois de sa vie qu'il n'avait aucune idée de la route qu'il devait suivre. Il s'était laissé guider jusque là par ses parents, ses professeurs ou ses frères. Il avait accepté qu'on lui dise quoi faire ou quoi penser. Il n'avait jamais eu de décisions à prendre par lui même. Ce n'était que lorsqu'il avait décidé de partir de chez lui qu'il avait compris combien il était incapable de le faire pour le moment. Il aimait la liberté. Il aimait ne pas avoir à écouter les conseils des autres ou les ordres de ses parents. Mais il était également terrifié de ne pas avoir de plan ou de voie toute tracée. Il aurait sans doute été plus à l'aise s'il n'avait pas rencontré Dean. Castiel pouvait accepter de prendre seul des décisions simples. Il aurait parfaitement pu choisir par lui même les routes à prendre ou les endroits à visiter. Mais il ne réussissait pas à se décider sur ce qu'il devait faire avec son compagnon. Il aurait aimé que quelqu'un puisse lui dire. Il aurait aimé que Gabriel lui ordonne de laisser le jeune homme sur le bord de la route ou de lui avouer son attirance. Ce statu quo le rendait fou. Et il était furieux contre lui même.

Quand Dean et lui se rendaient dans un endroit qui faisait sourire le jeune homme, Castiel oubliait tout le reste. Il se contentait de regarder le visage de son compagnon s'illuminer entièrement et admirait en silence la beauté de ses traits. Il ne pouvait alors plus imaginer avancer sans le jeune homme à ses côtés.

Mais quand ils étaient dans la voiture et que Dean s'endormait ou regardait le paysage défiler sous ses yeux, le visage fermé et les poings serrées sur ses cuisses, énervé sans que Castiel sache pourquoi, tous ses doutes lui revenaient à l'esprit. Il se demandait pourquoi il continuait de s'infliger une telle torture. Il se demandait comment il était possible pour lui d'avoir de tels sentiments pour son compagnon alors qu'ils ne se connaissaient pas vraiment.

Un jour alors qu'ils roulaient en silence et sans but depuis le début de la journée, Castiel décida qu'il était temps pour lui d'agir. Il ne sut pas vraiment d'où cette détermination lui venait mais il ressentait le besoin de faire quelque chose. Il ne s'était rien passé de particulier depuis qu'ils étaient monté en voiture. Dean avait proposé de conduire et il avait les yeux rivés sur la route devant lui, la fenêtre baissée et le bras à l'extérieur, sa main levée comme toujours pour sentir le vent contre sa paume. Castiel l'avait vu faire cela des centaines de fois. Il n'y avait rien de surprenant dans son comportement. Rien qui ne sortait de l'ordinaire. Son autre main était refermée sur le volant, la bague à son annulaire brillant sous le soleil. Il avait le visage détendu, les yeux brillants et un sourire sur les lèvres. Il était magnifique. A couper le souffle. Et Castiel ne pouvait pas supporter plus longtemps de ne rien savoir de cet homme qui le fascinait. Il avait besoin de creuser et de découvrir des choses. Bien sûr, il ne pouvait pas le faire directement. Il ne pouvait pas poser les questions qui le taraudaient depuis des semaines. Il devait trouver un moyen de le faire sans que Dean ne s'en rende compte. Il passa de longues minutes à réfléchir et à chercher une solution. Il se rappela alors un jeu auquel certains de ses camarades de classe jouaient quand il était encore au lycée. C'était sans doute idiot et Dean allait probablement se moquer de lui mais il devait tenter sa chance.

- J'ai envie de me saouler ce soir, déclara t-il finalement pour attirer l'attention du jeune homme.

Dean fronça les sourcils et tourna le visage vers lui une seconde avant de reporter son attention sur la route.

- Ok comme tu veux, répliqua t-il calmement.

Castiel n'avait jamais été ivre de sa vie. Il n'était pas forcément désireux de l'être. Il n'avait jamais trop compris l'intérêt de boire de façon excessive. Il ne voulait pas avoir de gueule de bois le lendemain et être trop malade pour prendre la route. Mais il savait que l'alcool déliait les langues et c'était exactement le but qu'il recherchait ce soir. Il avait besoin que Dean lui parle.

- Je ne veux pas le faire dans un bar … j'avais pensé qu'on pourrait acheter des bouteilles et boire dans ma chambre d'hôtel. Peut être faire un jeu …

- Un jeu ? S'étonna Dean en rentrant son bras à l'intérieur de la voiture et en secouant sa main avant de la reposer sur le volant.

Castiel hocha la tête. Il avait peur que Dean refuse. Qu'il lui dise qu'ils n'avaient plus l'âge de faire ce genre de choses et qu'il préférait de loin sortir seul et trouver quelqu'un pour jouer à des jeux d'adulte.

- Oui … tu sais, j'ai toujours voulu faire ce jeu que tous les ados font en soirée … « je n'ai jamais », avoua t-il un peu honteux.

C'était un nouveau mensonge. Castiel n'avait jamais réellement été curieux à propos de ce jeu et n'avait jamais été envieux de ses camarades de classe qui y participaient. Il n'y trouvait pas un grand intérêt. Mais c'était une occasion unique d'en apprendre un peu plus sur son compagnon. Une occasion de le pousser à révéler certains aspects de sa vie. Castiel espérait trouver une raison de ne plus sentir toutes ses émotions contradictoires le concernant en apprenant qui il était vraiment.

- Oh je vois … c'est … j'y jouais parfois quand j'étais au lycée. C'est … ok, si tu veux, accepta finalement Dean.

Castiel lui sourit alors puis tourna le visage pour regarder le paysage défiler par la fenêtre. Il avait marqué un premier point. Il ne lui restait plus qu'à mettre son plan en application.


Ils avaient acheté deux bouteilles de vodka. Une chacun. Castiel était nerveux et excité à l'idée d'apprendre des choses sur Dean. Ils avaient choisi un motel un peu moins bas de gamme que d'ordinaire. Et à la grande surprise de Castiel, son compagnon avait opté pour une seule chambre avec deux grands lits. Il avait expliqué qu'il préférait ne pas avoir à traverser tout le motel si toutefois il était totalement ivre. Castiel avait approuvé son choix même s'il ne pouvait s'empêcher d'être anxieux à l'idée de dormir dans la même pièce que le jeune homme.

Ils s'étaient installés sur le sol de la chambre, en tailleur pour Castiel et les jambes étendues droit devant lui pour Dean. Ils avaient chacun leur bouteille dans une main.

- Ok, tu connais les règles au moins ? Demanda finalement Dean en regardant Castiel d'un air suspicieux.

Castiel hocha la tête. A vrai dire, il les avait ignoré jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent pour manger à midi et que le jeune homme ne les consulte sur Internet avec son téléphone pendant que Dean était aux toilettes. Mais il jugeait qu'il n'avait pas besoin de le lui dire.

- Parfait … alors à toi l'honneur, lança Dean en débouchant sa bouteille de vodka.

Castiel hocha la tête en réfléchissant à la meilleure manière de débuter le jeu. Il ne pouvait pas entrer directement dans le vif du sujet et aborder les questions importantes. Il voulait que son compagnon ait déjà bu une minimum avant d'en venir à ce qu'il voulait réellement savoir. Il soupira longuement avant d'opter pour quelque chose de simple.

- Je n'ai jamais été ivre, lança t-il.

Dean secoua la tête avant de boire une gorgée de vodka. C'était un coup bas bien sûr mais Castiel devait réussir à faire boire son compagnon rapidement.

- Je n'ai jamais été à l'université, répliqua Dean.

Castiel but à son tour et laissa l'alcool lui brûler la gorge en grimaçant. Il n'aimait pas forcément le goût de la vodka mais il ne pouvait décemment pas enfreindre les règles. Il reposa ensuite la bouteille à côté de ses jambes et observa son compagnon, cherchant un angle d'attaque convenable.

- Je n'ai jamais couché avec une femme.

Dean but en gardant les yeux rivés sur Castiel et ce dernier sentit ses joues rougir aussitôt. Il avait envie de demander des précisions mais il doutait que son compagnon lui en donnerait.

- Je n'ai jamais été actif en couchant avec un homme.

Castiel se mordilla la lèvre une seconde puis but une gorgée de vodka. Il avait été dans les deux rôles mais il n'avait jamais pris réellement de plaisir en étant passif. Il supposait qu'il n'avait pas trouvé le bon partenaire pour ça. Il baissa les yeux sur ses jambes et réalisa alors que Dean n'avait, quant à lui, de toute évidence, jamais été actif. Il supposait que cela coulait de source. Il ne pouvait pas prendre les reines et être soumis en même temps. Ce qui signifiait qu'il n'avait probablement jamais couché avec un homme sans se laisser malmener et dominer.

- Je n'ai jamais fumé de drogue, lança Castiel.

Dean but une gorgée de vodka avant d'hausser les épaules. Il pointa ensuite un doigt en direction de Castiel.

- Je n'ai jamais eu d'animal de compagnie, avança le jeune homme.

Castiel secoua la tête mais ne but pas. Il avait toujours rêvé d'avoir un chat mais ses parents avaient refusé à chaque fois qu'il le leur avait demandé. Il n'aimait pas particulièrement les chiens et il avait toujours refusé d'avoir un oiseau comme Luke le lui avait suggéré. Dean sembla surpris par sa réponse mais finit par acquiescer.

- Je n'ai jamais été amoureux, jeta Castiel.

Dean inclina la tête sur le côté et sembla réfléchir une seconde. Il finit par prendre une rapide gorgée de sa vodka. Castiel fronça aussitôt les sourcils, surpris. Son compagnon avait été amoureux au moins une fois dans sa vie. Il avait à peine vingt ans et il avait déjà eu l'occasion de s'attacher à quelqu'un. Cela n'avait de toute évidence pas fonctionné. Et Castiel ne put s'empêcher de se demander si leur rupture avait quelque chose à voir avec le désir de Dean de partir sur la route. Il aurait aimé savoir également si son compagnon avait été amoureux d'un homme ou d'une femme. Mais il ne posa aucune question à ce sujet.

- Je n'ai jamais eu plus de dix mille dollars à mon nom sur un compte en banque.

Castiel but aussitôt une gorgée. Il avait eu bien plus à l'époque où il vivait encore chez ses parents. Sa famille était extrêmement riche. Il n'en tirait cependant aucune fierté. Il n'avait jamais été du genre dépensier. Et à présent il avait perdu son héritage et le soutien financier de ses parents. Il n'était pas triste pour autant.

- Je n'ai jamais été arrêté par la police.

Castiel avait lancé ça sur le ton de la plaisanterie et uniquement pour détendre l'atmosphère avant d'aborder les sujets sensibles. Mais le regard que Dean lui lança lui fit comprendre qu'il venait de commettre une erreur. Il voulut se rétracter mais son compagnon lui coupa l'herbe sous le pied en buvant lentement une longue gorgée de vodka. Castiel suivit le mouvement de sa pomme d'Adam quand il avala le liquide puis il baissa les yeux sur ses mains. Il n'avait jamais réellement pensé que Dean pouvait être en fuite parce qu'il avait commis un acte répréhensible. Mais à présent qu'il avait cette nouvelle information sur lui, il sentit la peur l'envahir.

- Tu peux poser une question tu sais, lança Dean d'une voix calme.

Castiel releva la tête et regarda son compagnon une seconde avant de détourner à nouveau les yeux. Il ne savait pas quoi dire. Il avait trop peur de la réponse qu'il obtiendrait si toutefois il osait poser la question. Mais il savait également que de ne pas savoir était sans nul doute pire et finirait par le rendre complètement fou.

- J'ai commis des choses dont je ne suis pas fier … mais jamais rien de grave, rassure toi. Je ne suis pas en cavale si c'est ce que tu te demandes, expliqua finalement Dean.

Castiel hocha la tête sans regarder son compagnon. Il voulait le croire. Il n'aimait pas avoir peur de lui. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher pour le moment. Il devait digérer cette information et apprendre à vivre avec. Il allait avoir besoin d'un peu de temps pour y parvenir.

- Je n'ai jamais grandi avec mes deux parents.

Castiel hésita une seconde à boire. Il regrettait d'avoir proposé ce jeu maintenant qu'il avait appris quelque chose qu'il ignorait sur Dean. Quelque chose qui le terrifiait. Mais il ne voulait pas abandonner maintenant. Pas alors qu'il obtenait enfin ce qu'il avait cherché. Car son compagnon était en train de se révéler sensiblement à lui et c'était un grand pas pour lui. Sa dernière affirmation en disait long sur son passé. Il n'avait pas grandi avec un père et une mère comme n'importe quel enfant devrait pouvoir. Il avait perdu l'un des deux ou peut être les deux quand il était enfant. Castiel sentit sa gorge se nouer et il but finalement une gorgée de vodka. Il avait effectivement grandi aux côtés de ses deux parents. Même s'il n'avait jamais eu l'impression qu'ils étaient réellement investis dans son éducation. Il trouva enfin le courage d'affronter le regard de Dean et fut soulagé de ne pas lire de la colère sur son visage. Il était évident que son compagnon avait compris ce qu'il cherchait ce soir. Et il semblait prêt à jouer le jeu.

- Je ne me suis jamais battu.

Dean but à son tour. Castiel hocha la tête en gardant ses yeux rivés sur son compagnon.

- Je n'ai jamais été attiré par un homme sans le lui dire.

C'était une contre attaque et Castiel ne pouvait pas l'ignorer. Il s'était douté que son attirance pour Dean ne pourrait pas passer inaperçue éternellement. Mais il avait espéré pouvoir éviter d'être repéré aussi rapidement. Il déglutit avec peine et choisit de se montrer honnête. C'était ce qu'il attendait de Dean et il se devait de ne pas lui mentir en échange. Il but une gorgée d'alcool et l'avala en continuant de regarder le jeune homme. C'était un aveu clair et sans ambiguité. Dean lui adressa un petit sourire. Castiel avait la tête qui commençait à tourner et il se demandait s'il était déjà ivre. Il ne l'avait jamais été et il n'avait aucune idée de la sensation que cela lui ferait.

- Je n'ai jamais été attaché aux barreaux d'un lit à ma demande.

Dean but. Castiel n'avait pris aucun risque sur cette affirmation. Il regarda son compagnon poser sa bouteille à côté de lui et appuyer ses mains derrière lui pour se pencher sensiblement en arrière.

- Tu es curieux à ce sujet ?

Castiel hocha la tête sans réellement s'en rendre compte. Il n'avait jamais rencontré une personne qui partageait les mêmes activités que son compagnon et il ne savait pas du tout comment cela fonctionnait réellement. Il aurait probablement pu obtenir ces renseignements sur Internet. Cela aurait été sans nul doute plus prudent. Il se fichait des réactions de son corps s'il était seul. Il était plus difficile de les assumer quand il était avec l'objet de son désir. Mais il avait bu et Dean avait accepté de se montrer un peu plus ouvert à son sujet. Il devait saisir cette opportunité.

- Je ne sais pas ce que tu peux imaginer mais ce n'est pas comme ce qu'on voit dans les films. Je ne porte pas de collier et de laisse. Je n'aime pas qu'on me fouette. Je ne veux pas souffrir outre mesure, expliqua Dean calmement.

Il croisa ses jambes et haussa les épaules.

- J'aime juste laisser le contrôle à la personne avec qui je suis. Je ne veux pas qu'on se montre tendre et délicat avec moi. J'aime qu'on me bouscule … qu'on me donne la fessée parfois … ou juste qu'on m'attache et me prive du plaisir de pouvoir toucher mon partenaire. J'aime qu'on m'empêche de jouir pendant un moment, qu'on me pose un anneau pénien ou qu'on utilise un vibromasseur pour me préparer. Parfois, je veux juste que mon partenaire me pénètre sans prendre la peine d'utiliser du lubrifiant. Ca peut être douloureux. Mais ce n'est pas la souffrance qui me pousse à l'orgasme … c'est l'idée d'être sans défense. Quand les sessions deviennent vraiment intenses, quand je suis attaché ou vraiment bousculé, je mets en place un mot de sécurité. Je le prononce pour mettre fin au jeu si toutefois je panique.

- Pourquoi Dean ?

Castiel ne comprenait pas quel plaisir il pouvait prendre en se laissant traiter de la sorte. Il ne voyait pas l'intérêt d'abandonner tout contrôle et de ne pas participer activement à quelque chose qui devait être un partage avant tout.

- Pourquoi est-ce que j'aime ça ? Je ne sais pas Cas. C'est comme ça que je suis. J'aime faire l'amour avec une femme … j'aime me montrer tendre avec elle et faire en sorte qu'elle prenne le plus de plaisir possible. Mais quand je suis avec un homme … je ne veux pas avoir à me soucier de ce genre de choses. Je veux qu'on me montre qu'on peut avoir le dessus sur moi. C'est excitant et c'est … c'est une question de confiance. On se donne à quelqu'un et on accepte de lui laisser tout le pouvoir. Je ne peux pas t'expliquer ce que cela me fait ressentir mais c'est quelque chose dont je ne pourrais pas me passer.

Castiel voulait comprendre mais il n'y parvenait pas pour le moment. Il acquiesça tout de même pour montrer à Dean que cela ne lui posait pas de problèmes et qu'il ne jugerait jamais son ami sur ce point.

- Tu te masturbes Cas ?

La question fit sursauter le jeune homme et il sentit aussitôt ses joues rougir violemment. Il savait qu'il n'avait aucune raison d'avoir honte de ce genre de choses. Tous les hommes se masturbaient à un moment ou à un autre. Même ceux qui étaient en couple. Mais il n'avait pas envie de parler de ce sujet avec Dean. Principalement parce qu'il était actuellement l'objet de tous ses fantasmes. Parce qu'il savait que son corps finirait par trahir ce qu'il avait en tête quand il en parlerait. Il hocha lentement la tête et pria pour que cela suffise à son compagnon.

- A quoi tu penses quand tu le fais ? L'interrogea alors Dean.

Castiel ne voyait pas où il voulait en venir. Il ne comprenait pas l'intérêt d'une telle question. Le jeune homme semblait avoir compris qu'il était attiré par lui. Voulait il l'entendre dire qu'il pensait à lui quand il se touchait ? Avait il besoin qu'il le lui dise pour flatter son égo ?

- Je m'imagine avec un homme qui me plait … j'imagine qu'il me touche ou que je le pénètre et … c'est juste … des trucs normaux, expliqua t-il finalement car il savait qu'il ne pourrait jamais échapper à cette question.

- Tu sous entends que mes fantasmes ne sont pas normaux ?

- Je ne sous entends rien.

Dean se redressa et se frotta les cuisses du plat des mains.

- Quand je me masturbe, j'utilise généralement un vibromasseur. Je fais en sorte qu'il soit suffisamment grand pour que la pénétration soit inconfortable au début et légèrement douloureuse. J'ai besoin de sentir les choses. J'imagine qu'un homme m'attrape les jambes et me force à les écarter pour que je sois dans la position qui le satisfait le plus. J'imagine qu'il m'empêche de jouir pendant des heures pendant qu'il me prend dans toutes les positions possibles et imaginables.

- Pourquoi est-ce que tu me dis tout ça Dean ? Demanda alors Castiel.

Il ne voyait pas le sens de ses propos. Il était mal à l'aise avec ce qu'il entendait et incroyablement excité par les images que son cerveau fabriquaient de toutes pièces. Il aurait aimé pouvoir s'échapper et oublier tout ce qui s'était dit jusque là.

- Parce que j'ai besoin que tu comprennes Cas … j'ai besoin que tu saches que je ne fais rien de mal mais que je suis comme ça. Pas toi … toi tu es le genre d'hommes à aimer faire l'amour et partager des choses avec son partenaire … moi je veux qu'on me baise. C'est cru et ça te choque peut être mais … c'est ma vie et mes choix. Tu dois comprendre que je ne reviendrais pas dessus. On est trop différents sur ce point … les exacts opposés.

Castiel détourna les yeux alors qu'il comprenait enfin ce que son compagnon cherchait. Il ne voulait pas le mettre mal à l'aise ou même lui faire avouer quoi que ce soit le concernant. Il savait exactement ce que le jeune homme avait en tête et il cherchait simplement à lui faire comprendre qu'il se trompait. Qu'il avait tort d'espérer qu'il puisse se passer quelque chose entre eux. Il voulait le dissuader de tenter quoi que ce soit. Il était en train de confirmer que rien ne serait jamais possible entre eux. Ils étaient trop différents. Ils ne pourraient jamais s'entendre sur le plan sexuel. Castiel savait qu'il avait raison. Et il lui était reconnaissant de ne pas lui avoir dit les choses clairement. Il hocha plusieurs fois la tête pour signifier à Dean qu'il l'avait compris puis but une gorgée de sa vodka juste pour sentir l'alcool lui brûler à nouveau la gorge.

- Je n'ai jamais cherché à fuir quelqu'un.

Castiel avait besoin de reprendre le cours du jeu pour ne pas dévoiler à quel point il était déçu par ce que Dean lui avait fait comprendre quelques secondes plus tôt. Il avait besoin de ne plus penser à ce qui venait de se passer. Il se tourna vers Dean et vit son compagnon boire une gorgée de vodka. Castiel lui sourit avant de boire à son tour. Ils avaient au moins ça en commun. C'était la première fois que Dean admettait fuir quelqu'un et non pas quelque chose. Il avait prétendu ne pas vouloir de stabilité ou de vie normale. Mais il était comme Castiel. Il était parti parce qu'il existait quelqu'un, quelque part, qui le menaçait d'une façon ou d'une autre. Et Castiel avait besoin de savoir qui.

- On ne m'a jamais fait de mal physiquement, lâcha t-il sans se soucier que ce soit au tour de Dean de parler.

Le jeune homme sembla avoir envie de protester puis sembla hésiter à mettre un terme au jeu. Il finit toutefois par boire une longue gorgée de vodka. Il baissa ensuite la tête et se passa une main sur le visage.

- Je n'ai jamais eu peur pour ma vie, ajouta Castiel parce qu'il sentait qu'il avait une ouverture.

Dean but une nouvelle gorgée sans protester. C'était plus que ce que le jeune homme avait espéré obtenir de son compagnon. Il avait conscience d'avoir fait un énorme pas en avant.

- Tu veux m'en parler ? demanda t-il alors.

Il espérait que Dean accepterait de s'ouvrir un peu plus encore à lui. Qu'il accepterait enfin de lui dire ce qu'il cherchait à fuir désespérément et depuis plus d'un an. Castiel n'avait jamais été aussi proche de son but et il se sentait extrêmement confiant. Son enthousiasme prit fin quand il obtint finalement la réponse de son compagnon.

- Non.

Castiel soupira longuement puis leva les yeux au plafond.

- Non, je ne veux pas en parler. Je peux te montrer en revanche.

Les propos de Dean le surprirent et pendant une seconde, il fut incapable de parler. Il s'étouffa avec sa salive en cherchant à déglutir et toussa pendant un très long moment. Quand il eut retrouvé un semblant de calme, il reporta son attention sur Dean et vit que le jeune homme s'était remis debout. Il se leva à son tour mais choisit de rester à une distance raisonnable de son compagnon. Qu'entendait-il par lui montrer ? Castiel ne put s'empêcher d'avoir peur que les choses dégénèrent. Dean était il en train de révéler sa véritable personnalité ? Il recula d'un pas sans s'en rendre compte alors que son compagnon attrapait les rebords de son propre tee-shirt.

- Je peux te montrer mais je ne veux aucune question. Je ne veux pas que tu me demandes des précisions. Tu peux regarder … tu peux toucher mais tu ne dis rien. Cas … j'ai besoin que tu me jures que tu ne m'interrogeras pas.

Castiel hocha bêtement la tête. Dean lui sourit alors tristement et retira finalement son tee-shirt. Castiel avait souvent fantasmé sur le torse de son compagnon. Il avait souvent imaginé à quoi il pouvait ressembler en dessous de ses vêtements. Quand il l'avait surpris avec l'inconnu du bar, Dean avait toujours son tee shirt sur lui. Il n'avait pas eu l'occasion de le voir torse nu. Il comprenait à présent pourquoi. Malgré lui, il fit un pas en avant et tendit une main en direction du jeune homme. Il était trop loin pour le toucher mais il ne se rapprocha pas pour autant. Ses yeux étaient fixés sur la peau pâle de Dean … sur ce torse dont il avait si souvent rêvé mais qui ne ressemblait à rien de ce qu'il avait imaginé. Le torse du jeune homme était couvert de cicatrices. De son cou à son ventre, il n'y avait pas une seule parcelle de peau qui n'avait pas été atteinte. Les cicatrices étaient presque toutes différentes en terme de longueur ou de couleur. Elles étaient toutes effrayantes. Le jeune homme avait été brûlé au niveau des pectoraux. Il avait une série de cicatrices fines et blanches sur son ventre. Des traces rondes juste en dessous de ses clavicules. Un immense tatouage en couvrait une partie. Castiel en avait vu une infime partie le jour de leur rencontre. Mais il n'avait pas imaginé qu'il pouvait être aussi grand. Il descendait de son cou, couvrait son pectoral gauche et descendait le long de son sternum jusqu'au dessus de son nombril. Il ne cachait en rien les cicatrices sur lesquelles il avait été dessiné. Elles étaient partout et Castiel ne savait pas où arrêter son regard. Il s'attarda une seconde sur les brûlures qui couvraient ses pectoraux et il se demanda ce qui avait pu les causer. Celles sur son ventre résultaient sans nul doute de coups de fouets ou de coupure faites par un couteau. Les petites rondes étaient probablement des brûlures de cigarettes.

- Oh mon Dieu Dean, souffla t-il, incapable de rester silencieux.

Il leva les yeux pour regarder le visage de son compagnon. Dean semblait comme statufié. Ses traits étaient tirés et ses yeux froids. Il avait emprisonné sa lèvre inférieure entre ses dents et semblaient décidé à la mordre suffisamment pour que le sang coule. Castiel fit un nouveau pas en avant et effleura la peau du jeune homme du bout des doigts. Dean frissonna alors et se tourna lentement. C'était encore pire dans son dos. Castiel ne pensait pas que c'était possible mais il en avait la preuve en regardant le dos de son compagnon. Il était entièrement couvert de cicatrices et toutes semblaient suffisamment récentes pour que la peau n'ait pas eu le temps de devenir blanches. Elles étaient encore rougeâtres et semblaient douloureuses. Dean avait un autre tatouage en bas de son dos, le long de sa colonne vertébrale. Il s'agissait clairement de lettres chinoises qui devaient former une phrase mais dont le sens lui échappait. Castiel sentit les larmes lui monter aux yeux alors qu'il posait sa main sur l'omoplate droit du jeune homme. Il était difficile de trouver une parcelle de peau non touchée dans son dos. Les cicatrices se croisaient les unes les autres et se superposaient par endroit. Elles semblaient avoir été provoquées par des coups de fouet, de couteau ou d'un quelconque objet suffisamment fin et tranchant pour avoir entaillé la peau très profondément. C'était terrifiant, horrible et cela brisait le cœur de Castiel. Car Dean avait du souffrir atrocement pour porter de telles marques sur sa peau. Il avait du vivre l'enfer. Et le jeune homme mourrait d'envie de poser des questions. Il voulait savoir quel monstre avait pu faire subir ces horreurs à son compagnon. Mais il avait promis de ne rien demander et il allait tenir cette promesse. Il se contenta donc de laisser son doigt dessiner ses cicatrices doucement, tendrement et avec gentillesse. Il sentit la respiration de Dean s'accélérer sensiblement sous ses caresses et il s'approcha un peu plus encore de son compagnon. Il avait bu et il se sentait capable de tout et de n'importe quoi. Il passa ses bras autour de la taille du jeune homme et vint coller son torse contre son dos. Il joignit ensuite ses mains contre le ventre de Dean et appuya son front sur sa nuque. Ses lèvres étaient à quelques millimètres de sa peau mais il ne l'embrassa pas. Il ferma ensuite les yeux et laissa sa proximité dire ce que ses mots n'auraient jamais pu exprimer. Il sentit Dean se tendre rapidement avant de se détendre au bout de quelques secondes. C'était intense et étrange comme moment. Castiel savait que les choses ne pourraient plus jamais être les mêmes à présent. Il rouvrit les yeux quand il sentit les épaules de son compagnon se mettre à trembler. Et il sentit son cœur se briser à nouveau quand il comprit que Dean pleurait. Silencieusement. Sans sanglots déchirants. Il avait juste la tête baissée et les épaules qui tremblaient. Castiel sentit sa gorge se nouer et ferma à nouveau les yeux. Il laissa de longues minutes à son compagnon pour se calmer puis quand Dean eut fini de trembler, il recula pour le contourner et lui faire face. Il y avait des larmes sur les joues du jeune homme. Ses yeux étaient fermés et il respirait bruyamment. Castiel posa ses mains sur ses joues et le força à relever la tête. Il attendit ensuite que son compagnon ouvre les yeux pour lui sourire faiblement.

- J'ai compris, se contenta t-il de dire. J'ai compris et je suis là.

Il ne pouvait rien dire de plus sans poser de questions qui braqueraient sans nul doute son compagnon. Il voulait juste assurer son soutien au jeune homme. Lui faire comprendre qu'il pouvait compter sur lui si toutefois il changeait d'avis et acceptait de s'ouvrir enfin complètement à lui. C'était une opportunité. Une main tendue. Mais il savait que Dean ne la saisirait pas ce soir. Pas après ce qu'ils venaient de vivre ensemble.

- Merci, lâcha finalement Dean.

Il recula ensuite pour mettre de la distance entre Castiel et lui et enfila à nouveau son tee-shirt. Il se dirigea vers son lit, récupérant sa bouteille de vodka au passage et se laissa tomber dessus en soupirant longuement.

- On devrait dormir, déclara t-il avant de boire une longue gorgée d'alcool.

Castiel hocha la tête puis se dirigea vers la salle de bains pour se changer. Il retira son jean et son tee-shirt avant d'enfiler un pantalon de pyjama et un autre tee-shirt. Il se brossa rapidement les dents puis se passa de l'eau sur le visage. Il avait la tête qui tournait légèrement et son estomac semblait décider à se tordre dans son ventre. Il regrettait à présent d'avoir trop bu. Il savait qu'il risquait d'avoir la gueule de bois demain. Mais il n'avait pas envie de trop y penser pour le moment. Il voulait dormir et oublier les cicatrices qui zébraient la peau de Dean. Les traces des souffrances qu'un monstre avait infligées à son compagnon par le passé. Il savait d'ors et déjà que cette image le poursuivrait pendant un moment.

- Le pire, ce sont les cauchemars, déclara Dean quand Castiel le rejoignit dans la chambre.

Le jeune homme avait quasiment vidé la bouteille de vodka qu'il tenait toujours dans sa main et il avait les yeux dans le vague, posés quelque part sur le mur devant lui. Castiel ne savait pas s'il devait dire quelque chose ou même si son compagnon s'adressait réellement à lui. Il choisit donc de se taire et tira les couvertures qui recouvraient son lit pour se glisser dessous. Il se tourna ensuite sur le côté pour regarder Dean.

- Il est toujours là … dans ma tête … il ne me quitte jamais. Il ne me quittera jamais, ajouta le jeune homme d'une voix faible.

Castiel se doutait que son compagnon ne pourrait probablement jamais oublier les souffrances que son bourreau lui avait infligé. Il en portait les traces sur le corps et elles lui rappelaient l'enfer qu'il avait vécu à chaque fois qu'il se regardait dans un miroir. Il était probablement impossible pour lui de ne pas y penser constamment. De ne pas se souvenir. Castiel était admiratif du courage que cela devait lui demander de continuer à mener sa vie le plus normalement possible.

- Je me souviens de tout … de chaque moment … de chaque seconde passées en sa compagnie et parfois … je peux encore entendre sa voix. Je me suis échappé et pourtant il me poursuit. C'est trop Cas … la plupart du temps, c'est juste trop dur à supporter, conclut Dean avant de se lever.

Il traversa la chambre en titubant sensiblement et posa sa bouteille sur la table installée dans un coin de la pièce. Il pénétra ensuite dans la salle de bains sans fermer la porte. Castiel écouta l'eau de la douche se mettre à couler puis attendit patiemment que son compagnon ait fini de se laver. Il refusait de fermer les yeux, redoutant ce que son cerveau allait lui fournir comme images. Dean avait semblé réellement terrifié en parlant de son bourreau. Effrayé par les souvenirs qui le poursuivraient toute sa vie. Il cherchait sans doute à les distancer en roulant constamment à travers le pays. Mais il ne pouvait pas les laisser derrière lui car ils étaient dans sa tête et sur son corps. Il ne pouvait rien faire contre eux. Castiel se tourna sur le dos et joignit ses mains sur son ventre. Dean pénétra à nouveau dans la chambre de longues minutes plus tard. Il portait un vieux tee shirt et un boxer. Ses cheveux étaient encore humides. Son visage était fermé et ses traits tendus. Castiel l'observa rejoindre son lit puis se glisser sous les couvertures à son tour avant d'éteindre la lumière.

- J'aimerais assez voir le Mont Rushmore, déclara alors Castiel en tournant son visage vers Dean.

Il savait que son compagnon apprécierait le changement de conversation. Il avait envie d'en savoir plus. Envie de poser des questions et d'obtenir le nom du bourreau de Dean. Mais ce n'était définitivement pas le bon moment pour ça. Le jeune homme était affaibli par sa confession et il aurait été injuste de profiter de son état pour lui soutirer de nouvelles informations. Il était préférable de parler d'autre chose et de faire comprendre à Dean qu'il n'était pas son ennemi. Qu'il comprenait son besoin de ne pas en dire plus pour ne pas raviver des souvenirs qui ne le quittaient jamais vraiment.

- Ca fait beaucoup de kilomètres, avança Dean après quelques secondes.

- Mais je suis sûr que ça en vaut le coup, répliqua Castiel.

- Ca en vaut le coup, approuva son compagnon.

Castiel sourit même s'il savait que Dean ne pouvait pas le voir. Mission accomplie. Il avait réussi à alléger quelque peu la tension qui s'était installée entre eux après la révélation de Dean. Castiel espérait sincèrement qu'il aurait à nouveau l'occasion d'aborder ce sujet avec son compagnon. Mais il n'insisterait pas si ce n'était pas le cas. Il refusait d'être le genre d'homme à faire passer sa curiosité avant le bien être des gens qui l'entouraient. Il se plierait aux choix de Dean et les respecterait.

- Un jour peut être Cas … un jour, peut être, j'en serais capable, lança finalement le jeune homme.

Castiel hocha la tête. Il savait ce dont son compagnon parlait. C'était presque comme s'il répondait à la question que le jeune homme se posait sans même qu'il ait besoin de la prononcer à voix haute. Un jour peut être, il serait capable de lui raconter toute l'histoire. Et ces quelques mots signifiaient tout pour Castiel. Ils témoignaient de la confiance que son compagnon était prêt à lui accorder. Ils prouvaient que leur voyage s'inscrivait dans le temps. Que Dean ne comptait partir dans un futur proche. Ils étaient ensemble pour un moment encore et le jeune homme envisageait de s'ouvrir à lui quand il en serait capable. C'était tout ce dont Castiel avait besoin pour oublier la peur que les confessions de son compagnon avaient fait naître.

- Un jour peut être, confirma t-il alors pour que Dean sache qu'il attendrait.

Il avait tenté sa chance ce soir et il avait obtenu plus que ce qu'il avait espéré obtenir. Il en avait appris énormément sur Dean sans que le jeune homme ne révèle quoi que ce soit dans le détail. Il savait à présent que son compagnon avait souffert le martyre à un moment ou à un autre de sa vie. Qu'il avait perdu un parent ou les deux. Qu'il fuyait son bourreau depuis plus d'un an sans parvenir à oublier ce qu'il lui avait fait. Il savait aujourd'hui que Dean était un homme brisé par la cruauté d'un homme. Castiel souffrait pour lui. Il ne comprenait pas comment quelqu'un pouvait être déterminé à faire autant de mal à une autre personne. Il ne comprenait pas la violence gratuite et le plaisir que certains prenaient à en torturer d'autres. Ce monde était cruel et dangereux. Il était violent et injuste. Castiel avait vécu une enfance protégée. Elle n'avait pas été parfaite mais elle semblait idyllique par rapport à ce que Dean avait vécu. Le jeune homme avait tout juste vingt ans. Il voyageait depuis plus d'un an. Ses cicatrices avaient du lui être infligé au maximum quand il avait dix huit ans. Il était encore un gamin quand quelqu'un avait décidé de le faire souffrir. C'était une idée effrayante. Castiel n'était pas naïf au point d'ignorer que de telles personnes existaient. Il regardait la télévision et lisait le journal. Il savait ce dont les hommes étaient capables. Mais jamais avant il n'y avait été confronté aussi directement.

Le jeune homme écouta la respiration de Dean s'approfondir peu à peu et il sut que son compagnon s'était finalement endormi. Il l'écouta durant de longues minutes, conscient qu'il aurait pu ne jamais le rencontrer. Dean aurait pu mourir des mains de l'homme qui lui avait infligé ses cicatrices. Leur rencontre tenait du miracle. Castiel remerciait le destin d'avoir mis le jeune homme sur son chemin. Car il avait aujourd'hui un objectif en tête. Il allait faire en sorte que Dean oublie pendant quelques temps les horreurs de son passé. Il allait devenir son ami et lui prouver qu'il existait encore des gens qui ne lui voulaient que du bien. Il se fichait du temps que cela prendrait. Le jeune homme était plus important que tout le reste. Ce voyage avait un sens à présent. Castiel sourit. Il se sentait responsable du bien être de son compagnon. Il ne savait pas s'il serait suffisamment fort pour parvenir à aider Dean. Mais il voulait croire qu'avec un peu de temps il pourrait réussir. Il n'avait rien de mieux à faire.

Castiel soupira longuement puis se tourna à nouveau sur le côté. Il ne pouvait pas réellement voir Dean dans l'obscurité mais il devinait sa silhouette sous les couvertures dans l'autre lit. Il ferma finalement les yeux et tenta de ne pas se laisser envahir par les images des tortures que Dean avait subies. Il se concentra sur l'affection qu'il avait pour le jeune homme. Sur les sentiments qu'il cherchait à ignorer et contre lesquels le jeune homme l'avait mis en garde ce soir. Il les laissa le réconforter et le convaincre qu'il avait raison de s'accrocher. Qu'il avait raison de vouloir garder Dean auprès de lui. Le sommeil s'empara de lui sans qu'il ne s'en rende réellement compte et il emporta avec lui dans le néant le bruit réconfortant de la respiration de son compagnon à quelques mètres de lui.