Bonjour,
Voici le 6ème chapitre de cette histoire. On en apprend un peu plus sur Dean à nouveau. J'espère qu'il vous plaira. Pas d'avertissement sur ce chapitre.
Merci de me lire et de m'écrire ...
Bonne lecture,
Sydney8201
Musique du chapitre :
Wanted dead or alive de Bon Jovi
Chapitre 6 : En cavale
« Le doute est le pire des maux, car il les suppose tous »
La Rochefoucauld
Castiel et Dean n'avaient pas reparlé de ce qu'ils s'étaient dit le soir où ils avaient joué et bu ensemble dans leur chambre de motel commune. Ils avaient repris la route le lendemain avec une gueule de bois sans précédent pour Castiel et n'avaient pas parcouru une très grande distance dans la journée. Ils avaient conduit tour à tour, dormant quand ils n'étaient pas au volant et n'échangeant pas plus de quelques mots quand ils étaient éveillés tous les deux. Castiel avait rêvé toute la nuit des tortures qui avaient été infligées à Dean et s'était réveillé épuisé et avec un mal de crâne épique. Dean semblait avoir bien digéré l'alcool ingéré mais il avait semblé plus renfermé encore que d'habitude. Castiel savait exactement pourquoi.
Les jours suivants, la situation s'était quelque peu arrangée entre eux. Ils ne parlaient toujours pas des révélations du jeune homme et de l'étreinte étrange qu'ils avaient partagée. Dean retrouva peu à peu le sourire à mesure que les kilomètres défilaient et qu'ils se rapprochaient de leur destination. Castiel faisait son maximum pour oublier les cicatrices qui zébraient son torse et son dos.
Le soir, ils prenaient chacun une chambre sans se consulter sur ce point. Castiel préférait de loin passer la nuit seul. Il n'était pas encore totalement à l'aise avec l'attirance qu'il avait pour son compagnon et Dean semblait décidé à passer un peu de temps loin de lui. C'était sans nul doute mieux ainsi. Ils étaient ensemble toute la journée et avaient besoin de s'éloigner l'un de l'autre l'espace d'une nuit.
Il leur fallut une semaine entière pour parvenir à retrouver un certain équilibre entre eux. Leur relation avait été considérablement altérée par leur jeu et leurs confessions mutuelles. Ils avaient fait plusieurs détours sur la route qui les conduisait à Rapid City mais à présent qu'ils étaient enfin dans le Dakota du Sud, les choses étaient à nouveau normales entre eux.
Dean parlait de tout et de rien mais surtout pas de lui. Castiel l'écoutait en riant à ses plaisanteries stupides et en n'évoquant surtout rien de personnel. C'était ainsi que leur relation fonctionnait en temps ordinaire et ils s'en contentaient parfaitement.
Castiel savait que la façon qu'il avait eu de prendre Dean dans ses bras et de lui assurer son soutien sans le pousser à parler avait quelque peu déstabilisé son compagnon. Il l'avait deviné dans les regards que le jeune homme lui lançait parfois ou dans ses hésitations constantes quand il devait prendre la parole. Le temps et les kilomètres avalés avaient heureusement effacé une partie de son malaise. Castiel retrouvait enfin l'ancien Dean. Celui qui était de bonne compagnie. Celui qui était enthousiaste à l'idée de faire partager à Castiel son expérience sur la route et son goût pour certains paysages magnifiques.
Les quelques milles kilomètres qui les séparaient de la ville où ils s'étaient confié l'un à l'autre étaient salutaires. Castiel ne rêvait plus du jeune homme se tordant de douleur sous les coups d'un assaillant sans visage et ses fantasmes avaient repris le dessus dès qu'il fermait les yeux. Tout allait pour le mieux entre eux. Castiel savait que son compagnon se souvenait de tout ce qu'ils s'étaient dit mais il semblait vouloir mettre tout ceci derrière eux. C'était une bonne chose. Il parlerait s'il en ressentait un jour le besoin. Pas avant. Et c'était mieux ainsi.
Ils s'arrêtèrent pour la nuit aux abords de Rapid City, à quelques kilomètres seulement du Mont Rushmore que Castiel rêvait de voir depuis que Gabriel l'avait forcé à regarder la Mort aux Trousses quand il était enfant. Ils prirent deux chambres communicantes dans un motel bas de gamme pour trois nuits puis partirent dîner en ville. Rapid City avait l'avantage de ne pas être très peuplée. Le centre ville consistait en quelques rues bordées de boutiques, de restaurants et de bars. Il n'y avait pas de touristes à cette époque de l'année et très peu de locaux dans les rues passé vingt heures. C'était probablement l'endroit idéal pour Dean et Castiel préférait ne pas penser aux raisons de son choix. Ils garèrent la voiture dans un parking quasi vide puis optèrent pour un restaurant qui offraient une large sélection de pâtes et de hamburgers à des prix plus que raisonnables.
Ils dînèrent en évoquant la journée qui suivrait. Ils prévoyaient de voir le Mont Rushmore dans la matinée et d'y retourner le soir pour assister à l'illumination du monument. Dean insista pour qu'il fasse également un tour au Crazy Horse Memorial. Castiel en avait vaguement entendu parler à la télé et n'était pas opposé à l'idée. Après avoir chacun réglé leur part de l'addition, ils sortirent du restaurant en évoquant la possibilité de faire un tour dans les parcs nationaux du coin pour observer les animaux en liberté. Dean semblait particulièrement enthousiaste à l'idée de rester un moment dans le coin, visiblement enchanté par le calme des lieux et l'aspect sauvage des environs. Castiel était juste heureux de voir son compagnon sourire après une semaine compliquée. Sur le chemin du retour à la voiture, ils s'arrêtèrent quelques secondes devant les statues des présidents qui avaient été installées à chaque carrefour, partageant leurs opinions sur chacun d'entre eux. Les rues étaient totalement désertes à cette heure ci et Castiel ne pouvait s'empêcher de regarder autour de lui d'un œil inquiet. Il avait entendu des milliers d'histoires aux informations racontant comment des personnes seules avaient été attaquées en pleine ville simplement parce qu'ils n'avaient pas été suffisamment prudents pour rester dans des endroits fréquentés. Il se souvenait encore parfaitement de ce jeune couple qu'on avait retrouvé mort dans une ruelle au centre de Salt Lake City. Ils avaient été assassinés sans que personne ne voit qui que ce soit s'enfuir, battus à mort sans témoins. Castiel n'était pas forcément quelqu'un de peureux mais il était prudent. Et même s'il n'était pas seul, il préférait rester sur ses gardes.
A côté de lui, Dean continuait de plaisanter sur l'élection de Ronald Reagan et sur le ridicule d'avoir un acteur pour président. Il ne portait pas sa capuche ou sa casquette ce soir. Il ne semblait pas inquiet qu'on puisse voir son visage. Sans doute cela tenait il au fait qu'il n'y avait que Castiel pour le voir.
Le vent s'était levé depuis leur sortie du restaurant et l'air été frais. Le Dakota du Sud était bien plus froid que la Californie et le changement de temps était une chose à laquelle Castiel avait du mal à s'habituer. Il ne portait qu'une fine veste par dessus son tee shirt et il commençait à frissonner. Dean parlait toujours, plaisantant sur la stupidité des électeurs, évoquant George Bush Junior comme preuve que les gens ne réfléchissaient pas au moment de mettre le bulletin dans l'urne, et ne semblait absolument pas gêné par le vent qui soufflait autour d'eux. Ils se remirent en route juste pour s'arrêter à nouveau devant la statue de George Washington. Dean la regarda durant de longues secondes d'un air pensif avant d'évoquer le passé compliqué de l'homme que beaucoup voyait comme le Père Fondateur des Etats Unis. Castiel était surpris de constater tout ce que son compagnon pouvait savoir de l'histoire américaine. Il n'avait jamais pensé que le jeune homme était stupide ou inculte mais il ne l'avait jamais vu comme quelqu'un d'aussi passionné par des faits datant de plusieurs centaines d'années. Il oublia pendant une seconde ses inquiétudes et les frissons qui parcouraient son corps et se concentra sur ce que le jeune homme racontait de leur ancien président.
Ils avancèrent à nouveau jusqu'à la prochaine statue – un président assassiné peu de temps après son élection dont Castiel ne connaissait même pas le nom – et Dean se lança à nouveau dans une longue explication sur les temps de vie limités de certains de leurs dirigeants. C'était instructif et passionnant mais Castiel était distrait par le bruit d'une voiture approchant dans leur direction. Il la regarda passer avec inquiétude. Elle était ancienne, avec des vitres teintées et un moteur qui faisait un bruit infernal. Elle semblait au bout de sa vie. Castiel la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse à l'angle de la rue suivante puis reporta son attention sur Dean. Le jeune homme semblait réellement passionné par ce qu'il racontait. Il évoquait Kennedy et son assassinat, la malédiction de sa famille qui avait touché Bob et John John et semblait avoir une opinion bien tranchée sur ce qui avait pu leur arriver.
Ce ne fut que lorsqu'ils furent arrivés aux abords du parking où ils étaient garés que le jeune homme se tut finalement. Il sortit une cigarette de son paquet et l'alluma en regardant les étoiles qui brillaient au dessus de leurs têtes. Les rues n'étaient pas éclairées et on pouvait discerner certaines constellations. Castiel aurait probablement du être fasciné par le spectacle mais il n'avait d'yeux que pour Dean. Son visage était détendu, ses yeux brillants et ses joues sensiblement rougies par le froid. Il était magnifique. Castiel savait qu'il avait tort de le regarder et d'alimenter son attirance de la sorte. Mais c'était plus fort que lui. Il était fasciné par Dean. Fasciné par la beauté de ses traits et la force qui émanait de lui. Fasciné par le sourire qui étirait trop rarement ses lèvres charnues.
Quand son compagnon détourna finalement les yeux du ciel, Castiel s'arracha à sa contemplation et chercha leur voiture du regard. Elle était toujours là où ils l'avaient garée et Castiel ne put s'empêcher d'être soulagé. C'était irrationnel. Rapid City n'était certainement pas la ville la plus dangereuse des Etats Unis. Ils ne risquaient probablement rien dans ses rues. Mais il était tard. L'endroit était sombre et Castiel ne se sentait pas forcément en sécurité.
Il laissa à Dean le temps de terminer sa cigarette en cherchant ses clefs de voiture dans les poches de son jean. Il les avait à peine retrouvées quand un bruit attira son attention et celle de son compagnon quelque part dans le parking. Dean se tourna dans la direction du bruit en fronçant les sourcils. Castiel tendit l'oreille à nouveau. Il commençait tout juste à se détendre quand un cri transperça le silence du parking. Castiel n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit avant que Dean ne s'élance en courant droit devant lui.
Pendant une seconde, le jeune homme se demanda s'il était sage de le suivre. Il ne s'était jamais battu et il doutait d'être d'une grande aide s'ils devaient intervenir dans une quelconque altercation. Il ne ferait qu'handicaper Dean. Mais il ne pouvait pas laisser son compagnon seul dans ces circonstances. Et il refusait de tourner le dos à une personne qui pouvait être en danger. Il sortit tout de même son téléphone de sa poche et composa le 911 avant de s'élancer dans la direction que Dean venait de prendre.
Un nouveau cri résonna à ses oreilles et Castiel accéléra sensiblement le rythme. Il aperçut finalement la silhouette de Dean à quelques mètres de lui. Il n'était pas seul. Quand Castiel fut suffisamment prêt pour intervenir si nécessaire, il s'immobilisa. Il y avait deux hommes devant son compagnon. Deux hommes un peu plus âgés qu'eux et qui ne semblaient pas particulièrement enchantés d'avoir été interrompus. Derrière eux se trouvait une jeune femme assise par terre, une main posée sur sa bouche, du sang coulant d'une blessure à la tempe. Sa jupe avait été déchirés le long d'une de ses jambes et les bouton de son chemisier avait été arrachés. Il était clair que ses assaillants avaient eu pour but de la violer. L'idée rendit Castiel fou de rage. Dean se tenait entre lui et les deux hommes, ses poings serrés de chaque côté de son corps. Tout le monde était étrangement silencieux. Castiel n'était pas sûr qu'appeler la police devant les deux hommes était une bonne idée. Il serra toutefois son téléphone dans sa main, prêt à passer ce coup de fil dès que possible.
- Tu as tort de vouloir t'en mêler mon vieux, lança un des deux hommes devant Dean.
Le jeune homme haussa les épaules et jeta sa cigarette par terre à sa droite. Il ne semblait pas effrayé par la situation. Castiel supposait qu'il avait vécu bien pire. En ce qui le concernait cependant, c'était une grande première. Il était mort de trouille même s'il était déterminé à ne pas partir sans avoir aider la jeune femme effrayée qui était toujours assise par terre.
- Laissez la tranquille et personne ne sera blessé, répliqua Dean calmement.
- Je ne crois pas que ça va être possible, protesta l'autre homme en levant la main qu'il avait gardé dans son dos jusque là.
Il tenait un couteau entre ses doigts. Un couteau immense qui semblait tout droit sorti d'un film d'horreur. Dean l'observa une seconde avant de croiser ses bras sur son torse.
- Tu crois réellement me faire peur avec ça ? Il va t'en falloir plus pour me faire fuir, jeta t-il.
Castiel était déterminé à lui apporter son soutien mais il avait du mal à garder son calme. Il n'avait jamais vu d'arme en vrai de sa vie. Et si son compagnon ne semblait pas déstabilisé d'en avoir une plus ou moins pointée sous son nez, lui ne pouvait pas en dire autant. Il appuya sur le bouton d'appel de son téléphone en priant pour que personne ne l'ait vu.
- La police est en route, lança t-il en cachant son téléphone dans son dos.
Il sut qu'il avait eu tort de le dire quand le regard des deux hommes se tourna vers lui et qu'il vit celui qui tenait le couteau faire un pas dans sa direction. Dean s'interposa immédiatement entre eux deux, sans nul doute pour le protéger. Il semblait si différent à cet instant de l'homme enthousiaste qui avait parlé sans retenue des présidents dont ils avaient croisés les statues que Castiel ne l'aurait sans doute pas reconnu s'il n'avait pas su que c'était bel et bien le même homme. Il était prêt à attaquer, ses bras décroisés et légèrement pliés comme pour parer une attaque. Ses épaules étaient tendues et droites, sa tête enfoncée entre elles. Il ressemblait à un boxeur sur le point de porter un coup. Ou à un soldat désarmé sur un champ de bataille. Il était effrayant. Et Castiel pouvait deviner que son regard devait être froid comme la pierre et terrifiant.
- Tu as peur qu'on touche à ton petit copain pédale ? Lança l'homme qui n'avait pas de couteau.
C'était insultant et homophobe. Castiel se fichait toutefois de ce que ces personnes pouvaient penser de lui et de son compagnon. Il avait appris très tôt que beaucoup de gens ne toléraient pas l'homosexualité. Qu'il prenait un risque en décidant de l'assumer aujourd'hui. Mais il était prêt à encaisser les insultes. Il était suffisamment fort pour ça. Dean, en revanche, ne semblait pas prêt à les laisser passer.
- Il serait préférable pour toi de t'excuser immédiatement, déclara t-il froidement.
- Ou sinon quoi ?
Castiel avait une vague idée de ce que Dean pouvait avoir en tête. Il jeta un rapide coup d'oeil à son téléphone et fut satisfait de constater que la connexion avait été établie avec la police. Ils pouvaient entendre la conversation qui se tenait entre eux et leurs assaillants. Il suffisait d'en dire suffisamment pour qu'ils se décident à intervenir.
- Sinon, je te le ferais regretter amèrement … et ton copain et toi passerez une très mauvaise fin de soirée, expliqua Dean.
Castiel observa une seconde la jeune femme qui avait été victime des deux hommes que Dean affrontait à présent. Elle semblait toujours aussi terrifiée et n'avait pas l'air décidée à partir. Castiel ne pouvait pas le lui reprocher. Il supposait qu'elle était terrifiée à l'idée d'être poursuivie. Il reporta son attention sur son compagnon et leurs deux adversaires.
- Ecoutez … vous devriez partir et nous laisser tranquille. Personne n'a été blessé et nous n'avons pas l'intention de vous poursuivre. La police sera là d'ici peu et il serait idiot d'attendre qu'elle vous embarque alors que vous avez une chance de filer d'ici tranquillement, avança t-il.
L'homme qui avait le couteau ricana alors une seconde avant d'agiter son arme devant lui.
- Je doute que la police soit réellement sur le chemin. Et je n'ai pas l'intention de laisser deux pédales me dicter ma conduite.
C'était sans nul doute l'insulte de trop. Castiel comprit que Dean allait attaquer avant même qu'il ne s'élance dans la direction de l'homme armé. Il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit ou même de chercher à le retenir. Il resta immobile alors que son compagnon abattait son poing dans la figure de l'homme qui venait de l'insulter. Le bruit du coup sembla résonner autour d'eux et alors que l'autre homme s'élançait également en direction de Dean, Castiel sortit enfin de sa torpeur. Il attrapa son adversaire par les bras et le repoussa aussi loin que possible. Il ne put éviter le coup que ce dernier lui donna dans le ventre en se jetant à nouveau sur lui. Castiel se plia en deux sous l'effet de la douleur et recula d'un pas. Quand il se redressa, Dean échangeait toujours des coups avec l'homme qui était armé. Il lui tenait le main refermée autour du couteau suffisamment loin pour ne pas être touché alors que son autre main était occupée à frapper son assaillant répétitivement. Castiel aurait voulu l'aider mais il avait fort à faire avec son propre adversaire qui semblait déterminé à le mettre à terre. Il parvint à éviter un premier coup mais le deuxième l'atteint à la mâchoire et la douleur lui arracha quelques larmes. Il ferma les yeux une seconde, lançant aveuglément son bras dans la direction de son assaillant. Sa main heurta un nez et il entendit un satisfaisant cri de douleur. Il se lança alors sur l'homme qu'il venait de toucher et le fit tomber en arrière. Ce dernier l'entraîna dans sa chute et ils continuèrent de se battre au sol. Castiel n'avait jamais échangé de coups avec qui que ce soit par le passé. Mais il avait vu des films et il était prêt à tout pour survivre. Il frappa rapidement chaque partie du corps de son adversaire, encaissant les coups avec des grognements de douleur. Ils roulèrent sur le sol de longues secondes avant que Castiel ne parvienne à nouveau à avoir le dessus. Il frappa son adversaire au visage. Mais ce dernier semblait plus habitué que lui à ce type de situation et bientôt, deux mains se refermèrent autour de son cou, l'empêchant de respirer. Il tenta de se débattre mais il ne parvenait plus à reprendre son souffle. L'homme au dessous de lui utilisa sa jambe pour échanger leurs positions sans relâcher son cou. Castiel se retrouva rapidement sur le dos et il attrapa les bras de son assaillant pour tenter de le faire reculer. Ses poumons protestaient vivement contre le traitement reçu et Castiel pouvait déjà sentir les premiers effets du manque d'oxygène. Sa vue se brouilla sensiblement et il savait qu'il finirait par perdre connaissance. Il avait étudié pour devenir médecin. Il savait exactement les effets que le manque d'oxygène allait avoir sur son corps et sur son cerveau. Il se débattit faiblement pendant encore quelques secondes avant d'abandonner. Du coin de l'oeil, il vit que Dean était à terre à son tour. L'homme qui tenait le couteau l'avait appuyé contre son cou, probablement dans l'intention de l'égorger. C'était donc la fin pour eux deux. Castiel n'aurait jamais cru mourir ainsi. Il prit une seconde pour penser à ce qu'il adviendrait de la jeune femme qu'ils avaient sauvé. Allait elle avoir le courage de s'enfuir avant qu'ils ne soient morts ? Il l'espérait sincèrement. Il garda les yeux rivés sur Dean alors que des points lumineux dansaient à présent dans son champ de vision. L'assaillant de son compagnon avait entaillé la peau de son cou avec la pointe de son couteau mais il avait reculé sa main, prêt à le poignarder.
Castiel ne pouvait pas regarder. Il n'en avait pas la force. Il ferma alors les yeux. Il était sur le point de perdre connaissance quand il entendit les premières sirènes. La police. La pression sur sa gorge disparut brusquement et Castiel se mit aussitôt à tousser. L'oxygène se rua dans ses poumons et il se tourna sur le côté accablé par la douleur. Il rouvrit péniblement les yeux. Dean était toujours allongé à côté de lui. Mais l'homme qui le menaçait était débout à nouveau et il avait relâché son couteau. Castiel se rua pour le ramasser et le jeter le plus loin possible d'eux. Il tenta ensuite de se remettre debout mais ses membres refusèrent de coopérer et il tomba sur les fesses. Les deux agresseurs se regardaient bêtement devant eux. Ils semblèrent enfin comprendre la gravité de la situation et ils s'enfuirent en courant sans même prendre le temps de reprendre leur arme. Castiel rampa alors en direction de Dean et posa deux doigts dans son cou pour vérifier son pouls. Il fut soulagé de constater que son cœur battait toujours. Il saignait légèrement d'une coupure au niveau du col de son tee shirt mais la blessure était superficielle. Castiel leva ensuite les yeux vers la jeune femme qui continuait de les regarder avec les yeux grands ouverts. Il avait envie de la rassurer mais sa gorge était trop douloureuse pour qu'il puisse parler. Il reporta son attention sur Dean. Le jeune homme ouvrit doucement les yeux et fronça les sourcils. Les sirènes des voitures de police se rapprochaient considérablement à présent. Ils ne devaient plus être très loin. Castiel hocha la tête et se laissa tomber sur le dos, épuisé. Il était prêt à attendre la police et les ambulances et à ne plus bouger jusqu'à ce qu'on le conduise à l'hôpital. Dean, quant à lui, semblait avoir d'autres projets en tête.
- On doit filer, murmura t-il.
Castiel tourna la tête vers lui et le regarda se relever difficilement. Il porta une main à son cou et essuya le sang qui coulait de sa blessure. Il se tourna ensuite vers Castiel et lui tendit une main pour l'aider à se remettre debout.
- On doit filer maintenant, répéta t-il.
Il semblait totalement paniqué et Castiel ne comprenait pas. Ils étaient les héros de cette histoire. Ils n'avaient aucune raison de s'enfuir maintenant. La jeune femme allait témoigner en leur faveur et ils recevraient probablement les félicitations des policiers. Ils devaient de surcroît aller à l'hôpital pour faire vérifier leurs blessures. Castiel avait reçu quelques coups à la tête et il ne voulait surtout pas prendre de risques. Il secoua finalement la tête.
- Pourquoi ? On n'a rien fait de mal.
Dean soupira, visiblement agacé. Il vacillait sensiblement et ne paraissait pas capable de rester très longtemps debout. Mais il ne semblait pas prêt à changer d'avis. Castiel s'assit en s'aidant de ses mains et dévisagea son compagnon.
- Dean, on doit expliquer aux policiers ce qui vient d'arriver.
Le jeune homme secoua à son tour la tête.
- Non, on doit partir. Elle pourra leur expliquer.
Castiel fronça les sourcils. Il ne comprenait pas ce qui pouvait pousser Dean à vouloir partir. Puis il repensa à la volonté de son compagnon de dissimuler son visage à chaque fois qu'ils étaient en public et il réalisa que le jeune homme n'avait pas peur qu'on les accuse de quoi que ce soit dans cette histoire. Il avait peur qu'on le reconnaisse. Ce qui signifiait que la police avait son portrait quelque part dans leurs locaux. Dean était recherché.
- Castiel, s'il te plait. Je ne peux pas rester ici, assura le jeune homme dont la panique était visible sur son visage.
Castiel n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire à présent. Il avait la preuve que Dean était effectivement recherché et pas uniquement par le monstre qui lui avait infligé ses cicatrices. Il était recherché par la police. C'était la seule explication à son attitude.
- Dean, qu'est-ce que tu …
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Les voitures de police venaient de tourner à l'angle de la rue et pénétraient dans le parking. Castiel les observa s'approcher sans bouger. Quand il tourna finalement le visage pour regarder son compagnon, il s'aperçut qu'il n'était plus là. Il n'avait pas attendu que Castiel se relève. Pas pris le risque qu'on puisse le voir. Il avait pris la fuite. Castiel baissa les yeux sur ses jambes et ferma les yeux une seconde. Il avait mal au crâne et au cou. Respirer était toujours compliqué et tout son corps lui semblait courbatu. Il grimaça en se remettant difficilement debout. Devant lui, deux policiers s'occupaient de la jeune femme que Dean et lui avaient secourus pendant qu'un autre s'approchait de lui. Castiel le laissa lui poser toutes les questions nécessaires, répondant du mieux possible malgré son état d'épuisement avancé. Il écouta le policier le féliciter puis la jeune femme le remercier pendant un long moment. Il donna une description de leurs agresseurs, assura qu'il était là seul – ce que la victime eut la gentillesse de confirmer – puis jura de ne pas quitter le secteur pendant quelques temps. Il donna son numéro de téléphone au policier qui l'avait questionné puis laissa les ambulanciers vérifier l'état de son cou. Il refusa d'aller à l'hôpital et attendit patiemment qu'on le libère. Quand il rejoignit enfin sa voiture, il avait les jambes qui tremblaient et une migraine atroce. Il prit quelques secondes pour se calmer une fois installé derrière le volant puis mit le contact et sortit enfin du parking. Il roula sans but pendant un moment et s'autorisa à penser à Dean. Il n'avait aucune idée de ce que le jeune homme avait pu faire après son départ. Il devait probablement avoir repris le chemin du motel. Castiel était presque sûr qu'il trouverait sa chambre vide et aucun mot d'adieu à son intention. C'était sans doute mieux ainsi. Dean avait de toute évidence des problèmes graves à régler et Castiel n'était pas sûr d'avoir les épaules suffisamment larges pour l'aider. Il regretterait probablement pendant longtemps la tournure des évènements de la soirée. Il savait d'ors et déjà que le jeune homme lui manquerait pendant un moment. Mais Dean était recherché par la police. C'était une information que Castiel ne pouvait pas ignorer.
Il retrouva finalement le chemin du motel après avoir tourné plusieurs fois autour du même pâté de maisons et alluma l'autoradio pour tenter de se distraire. Il quittait tout juste le centre ville quand il aperçut quelqu'un qui marchait tête baissée au bord de la route. Il ne fallut pas longtemps à Castiel pour reconnaître Dean. Il hésita une seconde à changer de direction pour que son compagnon ne le voit pas. Mais c'était plus fort que lui. Il ressentait le besoin de passer à côté du jeune homme. Et sans réellement s'en rendre compte, il ralentit et ouvrit la fenêtre passager pour pouvoir s'adresser à son compagnon.
- Monte, lança t-il.
Dean tourna le visage vers lui. Il avait les sourcils froncés. Deux hématomes étaient déjà visibles sur son visage et il semblait souffrir des côtes. Castiel ne pouvait pas le laisser marcher jusqu'au motel. Il pouvait lui proposer de le reconduire et le laisser suivre ensuite sa route seul. Il finit par se garer sur le bas côté et déverrouilla la portière passager. Dean l'ouvrit aussitôt et se glissa sur le siège en silence. Castiel se remit ensuite en route. Il ne savait pas quoi penser du jeune homme à cet instant précis. Il avait des milliers de questions à lui poser et il ne savait pas par quoi commencer.
- Tu leur as parlé de moi ? Demanda finalement Dean, rompant le silence.
Castiel hésita une seconde à mentir pour voir la réaction de son compagnon. Mais ils roulaient à cinquante kilomètres heures et il ne voulait pas que le jeune homme tente quelque chose de stupide. Comme de sauter de la voiture en marche. Ce dont il le croyait parfaitement capable.
- Je leur ai dit que j'étais seul, assura t-il.
- Et la fille ? Qu'est-ce qu'elle leur a dit ?
Castiel jeta un coup d'oeil à Dean quand il dut s'arrêter à un feu rouge. Le jeune homme avait le visage tourné vers l'extérieur, sa main sur la poignée de la portière, confirmant les soupçons de Castiel. Il semblait prêt à s'échapper à tout moment.
- Elle a confirmé que j'étais seul. Dean, tu lui as sauvé la vie. Elle n'allait pas te dénoncer.
- Parfait.
Castiel reporta son attention sur le feu tricolore et démarra quand il y fut autorisé. Il tenta de se concentrer sur la chanson que la radio diffusait mais il était incapable de penser à autre chose qu'à la réaction de son compagnon à l'arrivée de la police.
- Tu es recherché n'est-ce-pas ? Demanda t-il quand il fut incapable de rester silencieux.
Il avait besoin de réponses. Il ne pouvait pas continuer à ignorer tout ce qui était bizarre pour le jeune homme. Car si Dean était effectivement en cavale, il risquait de se faire arrêter en même temps que lui. Il pouvait être accuser de complicité. Il ne voulait pas payer pour quelque chose qu'il n'avait pas fait. Dean devait se montrer honnête avec lui.
- Je ne suis pas recherché … je suis juste … j'ai eu de mauvaises expériences avec la police jusque là. Je ne voulais pas … je sais comment sont les policiers dans ces petites villes. Ils détestent les gens comme moi.
- Et c'est quoi les gens comme toi ? Les criminels ?
Castiel serra le volant entre ses mains quand Dean se tourna brusquement vers lui. Il lui jeta un rapide coup d'oeil. Il avait l'air blessé par son accusations. Castiel déglutit avec peine.
- Je ne suis pas le méchant de l'histoire, lui assura Dean d'une voix froide.
Castiel voulait le croire. Il avait réellement envie de le croire sincère. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser à l'attitude de son compagnon depuis leur rencontre. Aux nombreuses fois où Dean avait évité les endroits bondés ou abordé les villes avec une casquette enfoncée sur le crâne pour dissimuler une partie de son visage. Il n'était peut être pas le méchant de l'histoire ou même un meurtrier multirécidiviste en cavale mais il lui cachait quelque chose d'important.
- Désolé Dean mais j'ai du mal à te croire, déclara t-il.
- Laisse moi descendre, jeta alors son compagnon.
Castiel n'avait pas l'intention de le laisser sauter de la voiture en marche ou même de prendre la fuite sans qu'il ait une chance de récupérer ses affaires au motel. De surcroît, leurs assaillants étaient toujours en liberté et ils pouvaient parfaitement décider de se venger d'eux. Dean ne devait pas rester seul dans les rues non éclairées. Il enclencha donc le verrouillage automatique des portières juste avant que son compagnon ne tire sur la poignée.
- Non, asséna t-il sans quitter la route des yeux.
- Laisse moi sortit tout de suite ! S'écria alors Dean en secouant inutilement la poignée de sa portière.
Le verrouillage l'empêchait de l'ouvrir et Castiel ne fut jamais aussi reconnaissant envers l'inventeur de la sécurité enfant qu'à cet instant précis. Il garda tout de même son doigt proche du bouton de verrouillage pour agir si nécessaire et accéléra sensiblement.
- Tu ne vas pas sauter de cette voiture en marche. Tu pourrais te blesser ! Et puis je ne te laisserais pas rentrer au motel à pied.
- Laisse moi sortir immédiatement Castiel ou je te jure que je …
- Que tu quoi ? Que tu QUOI ? Cria Castiel.
Il était réellement en colère à présent et il hésita une seconde à se garer une nouvelle fois sur le bas côté pour pouvoir attraper Dean par les épaules et le secouer jusqu'à ce qu'il lui dise toute la vérité. Il ne pouvait pas accepter que son compagnon le menace de la sorte. Pas après tout ce qu'il avait fait pour lui. Pas après qu'il l'ait pris dans ses bras pour le consoler. Il ne le tolèrerait pas.
- Rien du tout, lâcha Dean en baissant les yeux sur ses jambes.
Castiel hocha la tête en soupirant. Il ne connaissait pas suffisamment Dean pour savoir ce dont il était réellement capable mais il avait passé assez de temps avec lui pour être sûr qu'il n'allait rien tenter. Il avait parlé sans réfléchir. Il n'avait pas eu l'intention de menacer le jeune homme.
- Je ne ferais rien mais je veux sortir de cette voiture, ajouta Dean.
Puis sans prévenir, il tenta à nouveau d'ouvrir la portière en tirant de toutes ses forces sur la poignée. Castiel le laissa se débattre inutilement, étonné que le jeune homme n'ait pas pensé à chercher le bouton de verrouillage automatique des portières. Heureusement pour lui, il avait été installé entre le volant et la portière conducteur. Il ne pouvait pas l'atteindre sans passer par dessus Castiel. Il savait que Dean n'irait pas jusque là. Il continuait de grogner en donnant des coups d'épaule contre la portière et quand Castiel en eut réellement assez de son cinéma, il se gara sur le bord de la route et se tourna vers lui pour lui saisir les épaules.
- Ok, ça suffit maintenant Dean. Calme toi ! Jeta t-il d'une voix forte.
Son compagnon continua de se débattre une seconde avant de s'immobiliser. Il tournait le dos à Castiel et avait toujours les mains refermées autour de la poignée de la portière. Il tremblait comme une feuille et semblait sur le point de paniquer. Castiel lui laissa suffisamment de temps pour se calmer et décida de reprendre la parole quand il le vit appuyer son front contre la vitre.
- Dean, je n'ai pas parlé de toi à la police et je sais que la jeune femme que tu as sauvée ne leur dira rien de plus te concernant. Mais …
- Je te fais peur, le coupa Dean.
Et c'était là tout le problème. Castiel était terrifié par la réaction qu'avait eu le jeune homme. Terrifié par ce que cela signifiait. Il continuait de croire que son compagnon était incapable de lui faire du mal mais il ne voulait pas courir de risque inutile. Il ne savait pas quoi faire.
- Un peu oui … je sais que tu ne vas pas m'agresser d'un seul coup … tu aurais pu le faire des centaines de fois depuis qu'on s'est rencontré si c'était ce que tu avais en tête. Mais, je ne veux pas te mentir. Je ne suis pas à l'aise avec le fait que tu … que tu sembles déterminé à te cacher des autorités. Si tu acceptais de m'expliquer … si tu me disais ce qui t'est arrivé, je pourrais peut être comprendre.
Dean avait toujours le front appuyé contre la vitre passager et Castiel aurait aimé pouvoir voir son visage. Il aurait aimé pouvoir tenter de lire la vérité dans ses yeux. Il n'aimait pas devoir se contenter de ses seuls mots.
- Je n'ai rien de plus à te dire. Je ne suis pas … je ne suis pas en cavale. Je ne me suis pas échappé de prison ou d'un quelconque commissariat. Je ne fais pas parti des hommes les plus recherchés des Etats Unis et je n'ai rien fait d'illégal qui pourrait justifier une chasse à l'homme. Je suis juste … je suis juste un garçon qui a vécu de mauvaises expériences et qui n'a plus confiance en ce monde pour le protéger. Je suis juste quelqu'un qui a commis des erreurs par le passé et qui en a payé lourdement le prix. Je sais ce qu'un policier penserait de moi en me voyant et en fouillant dans mon passé. Je me passerais parfaitement de leurs jugements et de leurs regards désapprobateurs. Je ne veux pas de leur pitié non plus. Je veux juste vivre ma vie … je veux voyager et je veux … je veux le faire avec toi.
Dean ne lui en avait jamais autant dit le concernant. Du moins, jamais sans avoir bu de l'alcool. Il y avait une certaine sincérité dans ses propos et quelque chose qui ressemblait à de la fragilité dans son ton. Castiel avait envie de le croire.
- Je ne veux pas que tu aies peur de moi … je veux que tu me fasses confiance … personne n'a jamais … j'ai souvent été jugé Cas … et je … j'ai besoin que tu me fasses confiance. J'en ai assez d'être seul.
Castiel ferma les yeux une seconde. Il n'aimait pas la façon dont la voix de Dean tremblait. Pas plus que la sensation qu'il avait de lui avoir fait du mal. Il allait sans doute finir par le regretter mais il refusait d'abandonner son compagnon maintenant. Il pouvait presque sentir les faiblesses qui menaçaient la santé mentale et physique du jeune homme. Il avait envie de le protéger et de le guérir. Même s'il doutait de pouvoir suffire. Il rouvrit les yeux et hocha la tête.
- Ok, Dean … ok, je te crois. Je te crois, assura t-il.
Il vit le jeune homme relever sensiblement la tête de la vitre contre laquelle elle était appuyée. Il inclina ensuite la tête sur le côté jusqu'à ce que sa joue effleure la main que Castiel avait posé sur son épaule. C'était un remerciement qui valait tous les « merci » qu'il aurait pu prononcer.
- On devrait rentrer se coucher. Il est tard, avança Castiel après quelques secondes.
Dean acquiesça puis se réinstalla sur le siège de sorte à faire face à la route. Il croisa ses bras sur son torse et rentra sa tête dans ses épaules. Il ressemblait à un enfant qu'on venait de punir et Castiel le trouvait adorable. Il ne pouvait pas croire que cet homme était capable de faire du mal à quelqu'un. Il était venu en aide à la jeune femme qui avait été agressée. Il s'était interposé pour la sauver. Il n'était pas un criminel. Il n'était pas quelqu'un de mauvais. Peu importait ce qu'il avait pu faire ou vivre dans le passé. Il méritait une seconde chance. Castiel ne se permettrait jamais de juger le jeune homme.
- Eh Dean ? Je peux te poser une question ?
Le jeune homme se tendit aussitôt et Castiel s'empressa de préciser ce qu'il avait en tête.
- Comment se fait il que tu en saches autant sur les présidents américains ?
C'était un moyen de changer de sujet et d'apaiser quelque peu la tension qui régnait toujours dans la voiture. Castiel avait accepté de faire confiance à son compagnon et il voulait lui prouver qu'il n'avait aucune rancoeur contre lui. Il avait eu une opportunité de le laisser partir. Il aurait pu la saisir et poursuivre son voyage seul. C'était sans nul doute moins risqué. Mais c'était également moins excitant. Et Dean lui avait dit qu'il voulait continuer la route à ses côtés. C'était tout ce dont Castiel avait eu besoin pour oublier tout le reste.
- Bobby … il avait tous ses livres sur l'histoire américaine et … il était passionné. Il me racontait toujours des histoires incroyables sur les grands Hommes de l'histoire.
Castiel avait envie de demander qui était Bobby et pourquoi Dean en parlait au passé. Avaient-il rompu le contact ou était il mort ?
- C'est un sujet qui m'a toujours passionné. Pas l'histoire qu'on enseigne à l'école mais … tout ce qui a pu se passer à côté. Les rumeurs … les histoires dont personne ne parle jamais. Ce sont elles qui sont les plus intéressantes.
Castiel hocha la tête en écoutant Dean lui raconter différentes choses sur différents présidents dont le jeune homme ne connaissait même pas le nom. Il laissa sa voix grave effacer les doutes qui subsistaient toujours dans une partie de son esprit. Il avait vu une nouvelle facette de Dean ce soir. Il avait discerné une certaine fragilité chez lui quand il lui avait montré ses cicatrices. Mais il avait bu et la force de ses réactions était démultipliée. Ce soir, toutefois, il savait que son comportement était sincère et vrai. Dean était réellement terrifié à l'idée de se retrouver seul à nouveau. C'était étonnant. Le jeune homme avait voyagé pendant un an sans jamais ressentir le besoin de s'attacher à quelqu'un. Mais après quelques semaines passés avec Castiel, il semblait réellement avoir besoin de sa présence. Castiel était flatté de savoir qu'il lui apportait du réconfort. Que sa présence était appréciée. Il ne demandait rien de plus de sa part. Il savait qu'il n'y aurait jamais rien de plus entre eux. Il était parfaitement prêt à l'accepter s'il avait la certitude qu'une amitié sincère était possible entre eux. Il croisait les doigts pour ne pas se tromper. Il ne savait pas s'il pourrait supporter de voir Dean trahir sa confiance d'un jour à l'autre. C'était la première fois que Castiel s'attachait réellement à quelqu'un. Il avait conscience de prendre un risque. Il ne savait presque rien de Dean. Il ne connaissait ni son passé ni ses réelles intentions. Mais il avait confiance en lui et il aimait l'écouter parler ou rire à côté de lui dans la voiture. Peu importait ce qu'il avait pu faire par le passé. Peu importait ce qui avait pu causer ces cicatrices sur son torse et dans son dos. Il appréciait le Dean qu'il avait aujourd'hui à côté de lui. Il était d'accord pour fermer les yeux sur le reste. Voyager avec le jeune homme était sans nul doute l'expérience la plus excitante que Castiel ait connu de sa vie. Il espérait seulement que tout se finirait bien.
