Bonjour à tout le monde !
Voici le chapitre 12 et l'entrée en scène de Sam. On en apprend plus sur Dean à nouveau et on évoque un personnage de Supernatural que j'avais envie d'intégrer à l'histoire même s'il n'y sera pas physiquement.
Merci de me lire et de m'écrire ...
Bonne lecture et à jeudi !
Sydney8201
Musique du chapitre :
Hometown Glory d'Adele
Chapitre 12 : Sam
« L'amour fraternel est plus durable il ressemble à la pierre précieuse qui résiste aux plus durs métaux et dont la valeur s'accroît avec les années »
Hector Carbonneau
Dean n'avait rien dit de plus sur son frère durant les nombreuses heures pendant lesquelles ils roulèrent en direction de Sioux Falls. Ils s'arrêtèrent à la nuit tombée dans un motel à la frontière entre l'Iowa et le Dakota du Sud. Ils prirent chacun une chambre et sautèrent le dîner. Castiel passé la nuit à se demander comment son compagnon pouvait ne jamais avoir évoqué son petit frère depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Il savait que le jeune homme n'aimait pas parler de lui. Il comprenait à présent pourquoi. Ce qu'il avait traversé ces dernières années était sombre et triste. Douloureux. Il ne voulait pas en parler parce qu'il refusait d'y repenser. Mais Sam semblait être une des seules choses positives dans sa vie. Il aurait du avoir envie d'en parler régulièrement. Dean était définitivement un mystère pour Castiel. Un mystère qu'il était déterminé à résoudre maintenant qu'il en savait plus sur lui.
Ils reprirent la route le lendemain. Il ne leur restait plus que quelques kilomètres à parcourir et Dean insista pour reprendre le volant lorsqu'ils approchèrent de Sioux Falls. Quand ils passèrent enfin le panneau qui indiquait leur arrivée en ville, Castiel observa autour de lui avec attention. Il avait la sensation que l'endroit était important pour son compagnon. Il n'y aurait jamais laissé son frère s'il ne considérait pas l'endroit comme sûr. Dean avait avoué n'avoir jamais vécu très longtemps au même endroit. Mis à part Lawrence où il avait passé les quatre premières années de sa vie, il n'avait pas réellement d'attaches ailleurs aux Etats Unis. Mais c'était dans cette ville que son frère vivait. Ce n'était pas un hasard et Castiel voulait comprendre. Il étudia du regard les maisons qui bordaient la route, les commerces qui avaient fleuries ici et là. Il regarda les gens qui marchaient autour d'eux. Sioux Falls était une ville ordinaire. Une ville comme il en existait des centaines aux Etats Unis. Mais pour Dean, elle était celle où son petit frère vivait. Elle était sans nul doute différente des autres.
Le jeune homme semblait savoir exactement quelle direction prendre. Ils roulèrent en silence pendant de longues minutes jusqu'à ce que Dean arrête la voiture non loin du lycée local. Castiel fronça les sourcils en observant le bâtiment en brique rouge. Il n'avait rien d'extraordinaire. Rien de particulièrement beau. Mais quand il jeta un coup d'oeil à Dean, il vit une sorte de fascination sur son visage. C'était étrange. Le jeune homme avait vu des choses merveilleuses au cours de son voyage. Il avait visité le Grand Canyon, traversé le Golden Gate et s'était tenu au pied du Mount Rushmore pendant de longues minutes. Mais jamais avant Castiel ne l'avait vu regarder un bâtiment ou un paysage avec une telle fascination. Il était sur le point de demander pourquoi quand Dean glissa sur son siège pour que son visage ne soit pas vu de l'extérieur. Au loin, Castiel entendit la sonnerie du lycée retentir. Il jeta un coup d'oeil à sa montre. Douze heures trente. Les élèves s'apprêtaient à sortir déjeuner. Castiel tourna le visage vers l'entrée du lycée. Des adolescents commencèrent à en sortir par groupes, discutant et riant, visiblement soulagés d'être libérés de l'école. Ils se dispersèrent rapidement, chacun prenant la direction de leur maison.
- Sam est élève ici, expliqua finalement Dean au bout de quelques secondes.
Castiel hocha la tête en regardant d'autres adolescents sortir du lycée rapidement. Il s'attarda sur tous les garçons qu'il voyait, cherchant le petit frère de son compagnon sans savoir à quoi il ressemblait. Il n'aurait pas su dire combien de temps ils restèrent en silence avant que Dean ne lui donne un coup dans la cuisse.
- Le voilà.
Castiel observa alors avec attention les garçons qui marchaient en direction du parking. Il y en avait trop pour qu'il puisse savoir de qui Dean parlait. Le jeune homme dut le deviner puisqu'il finit par en indiquer un du doigt sans se redresser.
- Le grand avec les cheveux longs qui parle avec la jolie blonde là bas.
Castiel tourna la tête pour regarder dans la direction que son compagnon lui indiquait. Il aperçut alors un jeune garçon qui dépassait les autres d'une bonne dizaine de centimètres. Il était mince mais visiblement athlétique. Ses cheveux chatains foncés retombaient autour de son visage et lui donnaient un certain charme. Il portait l'uniforme de son école mais sa cravate était desserrée et de travers. Sa chemise était sortie de son pantalon et il avait enfoncé ses mains dans ses poches. De ce que Castiel pouvait en voir, il ne ressemblait pas vraiment à Dean. Pour quiconque ne les connaissait pas, il était impossible de dire qu'ils étaient de la même famille. Sam avait le visage plus rond que son frère. Castiel ne pouvait pas voir ses yeux mais il aurait pu jurer qu'ils n'étaient pas vert comme ceux de Dean. Ils étaient totalement différents. Et pourtant, il y avait quelque chose de son compagnon chez Sam. C'était peut être du à la façon de se tenir ou à certains gestes qu'ils avaient en commun. Castiel n'aurait pas su le dire. Mais dès qu'il vit Sam marcher, toujours accompagné d'une jeune fille blonde effectivement très mignonne, il vit aussitôt la ressemblance. Il observa Sam avancer dans leur direction avant de s'immobiliser non loin de leur véhicule et de faire à nouveau face à sa camarade. Il discuta quelques minutes de plus avec elle avant de se pencher en avant et de déposer un baiser extrêmement chaste sur ses lèvres. La jeune fille rougit aussitôt mais ne chercha pas à échapper à Sam.
- C'est Jess … Jessica, sa petite amie, expliqua Dean en souriant faiblement.
Castiel acquiesça alors.
- Tu ne veux pas aller les saluer ?
- Non.
Dean n'avait pas hésité avant de répondre. Il n'avait pas réfléchi une seule seconde avant de refuser d'aller parler à son frère. Castiel se tourna vers lui et le dévisagea un instant.
- Pourquoi ?
Castiel ne comprenait pas pourquoi ils avaient fait tout ce chemin si ce n'était pas pour aller parler quelques minutes avec Sam. Il pouvait voir l'affection que Dean avait pour son frère. Il aurait du être impatient d'aller le voir. Il devait avoir envie de prendre de ses nouvelles. Mais le jeune homme restait enfoncé dans son siège, son visage à présent obscurci par sa capuche. Il ne voulait pas que Sam le reconnaisse. Castiel fronça les sourcils.
- Dean, pourquoi ne vas tu pas parler à ton frère ?
Son compagnon ne répondit pas immédiatement. Il avait toujours les yeux rivés sur son frère. Castiel se passa la main sur le visage, impatient. Il ne voulait pas forcer Dean à faire quelque chose qu'il ne voulait pas faire. Mais il commençait à se demander ce que les gens autour d'eux pouvaient penser. Ils étaient assis dans une voiture, garés devant un lycée et observaient tous les élèves tour à tour sans jamais adresser la parole à l'un d'eux. Quelqu'un allait finir par se demander ce qu'ils faisaient là. Et imaginerait probablement le pire.
- Dean ?
Le jeune homme laissa échapper un long soupire avant de se redresser sensiblement sur son siège tout en baissant un peu plus encore sa capuche sur son visage.
- Il ne doit pas savoir que je suis là … il ne doit surtout pas me voir, expliqua finalement le jeune homme.
Castiel reporta son attention sur Sam. Il discutait toujours avec sa petite amie. Il avait sorti ses mains de ses poches et tenaient celles de la jeune fille – Jessica – dans les siennes. Il semblait heureux, souriant et loin d'imaginer que son grand frère se tenait seulement à quelques mètres de lui.
- Pourquoi ? Vous ne vous entendez pas ? Demanda Castiel.
Dean secoua aussitôt la tête.
- Non, ce n'est pas ça. Je … Sam est un garçon brillant tu sais. Il est le meilleur élève de sa classe et sans nul doute le meilleur de son école. Il va faire de grandes choses dans sa vie. Il deviendra médecin, avocat ou Président des Etats Unis. Il sera quelqu'un d'important un jour.
Ce n'était pas une réponse et cela n'expliquait en rien le comportement de Dean. Castiel en avait assez de devoir deviner ce que son compagnon cherchait à lui dire. Il avait espéré après ses confessions de la veille que Dean accepterait de lui parler plus librement. Mais de toute évidence, il n'avait pas envie d'expliquer pourquoi Sam ne devait pas le voir. Castiel soupira longuement.
- Pourquoi être venu ici si ce n'est pas pour aller lui parler ?
Dean posa ses mains sur le volant et le serra durant de longues secondes. Il avait toujours les yeux rivés sur Sam, comme s'il craignait de le voir disparaître dès qu'il tournerait le visage. Comme s'il ne l'avait pas vu depuis très longtemps et qu'il avait besoin de le regarder pour se souvenir de lui.
- Je voulais que tu le voies … que tu comprennes que tout ce que je fais … ou tout ce que je ne fais pas … c'est pour lui et personne d'autre. Je ne peux pas aller voir la police parce qu'ils s'en prendraient à lui. Sam est tout pour moi … il est … il est la personne que j'aime le plus au monde.
Il savait que Dean était sincère. Il y avait une grande tendresse dans son regard, énormément d'affection sur son visage. Il aimait Sam. Mais il se tenait à distance. Il n'allait pas le voir. Il n'allait pas lui parler. Parce qu'il avait peur pour lui. Castiel eut de la peine pour lui. Il n'aurait pas du avoir à se priver du plaisir de discuter avec son petit frère. La vie n'était définitivement pas juste pour lui.
- Depuis combien de temps ne lui as tu pas parlé ? Demanda alors Castiel.
Dean détourna enfin les yeux de son frère pour les poser sur son compagnon.
- Un peu plus de deux ans maintenant … la dernière fois que je lui ai parlé c'était juste avant de rentrer en prison. Ensuite, c'était devenu … c'était devenu trop dangereux pour lui.
- Deux ans ? Mon Dieu … souffla Castiel en regardant à nouveau Sam.
Le jeune garçon riait à présent avec Jessica. Il semblait heureux avec la jeune fille. Personne n'aurait pu se douter qu'il avait perdu son frère un peu plus de deux ans plus tôt. Il ressemblait à tous les autres adolescents de son âge.
- On s'est disputé juste avant que je sois emprisonné. Il m'a dit des choses … il m'a dit que je l'abandonnais et que j'étais un idiot. Il m'a également dit qu'il serait mieux sans moi.
Castiel secoua la tête. Il savait qu'il était fréquent de dire des choses qu'on ne pensait pas quand on avait peur ou qu'on était blessé. Il supposait que Sam avait voulu faire mal à son frère parce qu'il lui en voulait d'avoir été arrêté. Il doutait en revanche que le jeune garçon ait réellement pensé ces choses. Il avait été lui même plutôt dur avec Gabriel le jour de son départ. Il le regrettait bien sur. Il était persuadé que Sam était dans la même situation que lui. Mais il n'avait pas encore eu l'opportunité de le dire à son frère. Il ne l'aurait peut être jamais. C'était triste.
- Il ne le pensait sans doute pas, assura Castiel en reportant son attention sur Dean. Vous étiez proches avant tout ça ?
Le jeune homme hocha aussitôt la tête. Il n'y avait aucune hésitation dans son geste.
- Très proches … peut être trop proches si on en croit mon père. Quand notre mère est morte … c'est moi qui me suis occupé de Sam. J'avais quatre ans et je me souvenais parfaitement de ce que notre mère m'avait dit à sa naissance. Veille sur Sammy Dean, il est ton petit frère et il a besoin de toi. Il avait six mois quand elle est morte. Je me suis juré de le protéger. Notre père était souvent absent et … il n'était plus le même après la mort de notre mère. Sam avait besoin de quelqu'un et j'ai été cette personne. Mais ensuite j'ai … j'ai commencé à dérailler et on s'est éloigné. Jusqu'au jour où … où j'ai été arrêté. Je ne l'ai pas revu depuis. Il est plus en sécurité loin de moi. Et puis il a Bobby aujourd'hui.
Castiel avait déjà entendu ce nom plusieurs fois et il ne savait toujours pas de qui il s'agissait. Mais Dean ne lui laissa pas le temps de poser une question. Il enchaîna presque aussitôt après avoir pris une grande inspiration.
- Bobby était un ami de mon père. Un très bon ami. Il a souvent veillé sur nous quand mon père partait faire je ne sais quoi avec je ne sais qui. Et quand mon père est mort … c'est lui qui nous a recueilli ici … à Sioux Falls. Sam est resté avec lui quand je suis parti en prison. Il vit toujours là bas. Il est heureux avec lui … Bobby a toujours été une sorte de père pour lui.
Castiel hocha une nouvelle fois la tête pour signifier à son compagnon qu'il l'écoutait même s'il regardait à présent Sam. Dean se racla la gorge à côté de lui, comme pour chasser un nœud qui s'y serait formé. Castiel choisit de ne pas tourner son visage vers lui. Il était presque sûr que ses yeux étaient remplis de larmes à présent. Il voulait lui offrir un semblant d'intimité. Un moment pour se resaisir.
- Bobby tient un garage … il récupère des vieilles voitures, les répare et les revends. C'est lui qui m'a appris tout ce que je sais sur les moteurs. Il m'a montré comment travailler dessus. C'est lui qui a insisté pour que je continue le lycée quand j'avais envie d'arrêter. Ca n'a plus aucune importance maintenant bien sur puisque je n'ai jamais eu mon diplôme. Mais je lui en suis reconnaissant. C'est lui la famille de Sam à présent. Pas moi.
- Tu restes son grand frère, rappela Castiel parce qu'il n'aimait pas ce qu'il entendait dans la bouche de son compagnon.
Dehors, Sam embrassait à nouveau sa petite amie.
- Peut être mais il doit à peine se souvenir de moi. Il avait quatorze ans quand je suis parti et aujourd'hui … aujourd'hui, il a seize ans … une petite amie et un avenir brillant qui s'ouvre à lui. Je ne suis plus qu'un mauvais souvenir pour lui. Je ne suis plus rien.
Castiel soupira longuement. Il n'aimait pas la façon que Dean avait de se dévaloriser constamment. Il semblait avoir fini par croire qu'il ne valait rien. Qu'il ne comptait pour personne et qu'il devait disparaître de la vie des gens qui lui étaient proches pour les rendre heureux. Il se trompait. Castiel était presque sûr qu'il manquait à son frère. Qu'il manquait à Bobby également.
- J'en doute Dean. Je comprends pourquoi tu as voulu mettre de la distance entre eux et toi mais … je ne pense pas qu'ils aient pu t'oublier. Tu dois leur manquer cruellement.
Dean ne semblait pas convaincu. Castiel se tourna vers lui et l'observa une seconde. Maintenant qu'il y réfléchissait, il y avait quelque chose qui clochait dans le récit de son compagnon. Si le jeune homme n'avait plus parlé à son frère depuis deux ans, comment pouvait il connaître le nom de sa petite amie ? Comment pouvait il savoir qu'il était le meilleur élève de sa classe ?
- Tu continues de t'intéresser à lui de toute évidence … tu sais des choses sur lui que tu ne devrais pas savoir si tu avais réellement choisi de l'oublier.
Dean hocha la tête avant de se passer une main sur le visage. Il avait les joues humides mais Castiel choisit de ne pas le lui faire remarquer.
- Je fais en sorte de savoir comment il se porte. Je passe ici régulièrement … je prends des nouvelles auprès de Bobby. C'est lui qui m'a dit pour Jessica. Je veux être sûr qu'il va bien … je veux être sûr qu'il a tout ce dont il a besoin. J'envoie de l'argent parfois. Mais je ne sais pas ce qu'il en fait. Je ne sais pas si Bobby lui dit qu'il vient de moi. Je ne peux plus faire parti de sa vie. Ca ne veut pas dire que je ne le veux pas.
Castiel devinait le désir évident de son compagnon de pouvoir à nouveau interagir avec son frère. Il savait exactement ce qu'on pouvait ressentir quand on était séparé d'un proche. Il l'avait vécu avec Gabriel. Il s'était senti bien plus léger quand il avait enfin pu renouer le contact avec lui. Dean devait se sentir terriblement seul.
- Est-ce que Bobby sait pour … est-ce qu'il sait ce qui t'est arrivé depuis ? Demanda t-il.
Dean secoua aussitôt la tête.
- Quand je suis sorti de prison, il m'a demandé de revenir vivre chez lui. Il m'a supplié de revenir. Mais je ne pouvais pas … je n'étais pas prêt et … après avoir échappé à … après leur avoir échappé, j'ai refusé de leur faire courir le moindre risque. Je te l'ai dit … ils sont plus en sécurité si je suis loin. Quand je l'appelle, Bobby continue de me dire qu'on trouvera une solution … que je dois rentrer et qu'il m'aidera. Mais il ne sait rien de ce que j'ai vécu. Il ne sait rien de ce que j'ai fait. Il ne me proposerait sans doute pas de m'héberger si c'était le cas.
Castiel baissa les yeux sur ses mains qu'il avait posées sur ses cuisses. Il se doutait que cela ne devait pas être facile pour Dean de tirer un trait sur sa seule famille, uniquement parce qu'il avait peur pour eux. Il aurait aimé pouvoir trouver une solution pour lui. L'aider à s'en sortir et à reprendre une vie normale. Mais il n'en avait pas le pouvoir.
- Sam doit te manquer terriblement, constata t-il.
Dean resta silencieux durant de longues secondes avant de reprendre finalement la parole.
- Plus que tu ne peux l'imaginer. Je pense à lui tous les jours … tout le temps. Je me demande ce qu'il dirait en me voyant. Je me demande ce qu'il ferait à ma place. Je repense à tout ce qu'on a vécu ensemble … aux bons moments durant notre enfance. Parfois, c'est comme si … comme si on m'avait arraché un membre tu vois. Mais je sais que je fais tout ça pour son bien alors … ça aide un peu.
Castiel doutait que cela atténue le chagrin qu'il ressentait. Le chagrin qui était parfaitement visible sur son visage quand il parlait de son frère. Mais une nouvelle fois, il ne dit rien. Il doutait que Dean apprécie de l'entendre le contredire sur ce point. Il devait absolument garder en tête que cela ne le concernait pas. Il ne faisait pas parti de la famille du jeune homme. Il n'était même pas réellement son ami. Il était juste un témoin dans cette situation. Et cela ne lui donnait pas le droit de donner son avis et des conseils. Il se passa la langue sur les lèvres et reporta son attention sur Sam qui semblait en avoir fini de sa conversation avec sa petite amie.
- Ne te méprends pas, je meurs d'envie de sortir de cette voiture et de courir le prendre dans mes bras. Je meurs d'envie de lui dire que je suis en vie et que je viens bien … même si c'est un mensonge et qu'on le sait tous les deux. J'ai l'impression que je ne pourrais jamais être totalement moi sans l'avoir à mes côtés. J'ai été un grand frère pendant dix sept années et ensuite j'ai été la chose de quelqu'un puis le petit ami de Benny. Aujourd'hui, je ne suis plus rien … parfois j'ai l'impression que je ne suis personne … que je n'existe pas vraiment.
- Tu existes pour moi, avança Castiel.
Ce n'était sans doute pas ce qu'il aurait du dire. Ces quelques mots trahissaient les vrais sentiments qu'il avait pour Dean. Car il ne s'agissait plus uniquement d'une simple attirance. Castiel le savait même s'il cherchait à le nier en permanence. Il s'était attaché au jeune homme. Il avait des sentiments pour lui. Et il ne voulait pas en révéler l'étendue à son compagnon. C'était inapproprié et c'était inutile. Bientôt, Dean et lui se sépareraient et ils ne se reverraient plus jamais. Castiel avait besoin de tirer un trait sur ce qu'il pouvait ressentir.
- Cas … souffla le jeune homme en posant sa main sur sa cuisse.
C'était un geste intime et tendre. Trop intime et trop tendre pour Castiel. Car il savait qu'il ne pouvait pas espérer que cela signifie quoi que ce soit pour Dean. Il ne voulait pas avoir le cœur brisé. Il ne voulait pas souffrir.
- Je sais Dean, je sais … je sais que tu ne veux pas de …
- De relation … d'attache. Cas, je suis dangereux. Alors même si j'avais des sentiments pour toi, je ne serais jamais capable d'agir en conséquence. Je ne peux pas te faire courir ce risque. J'ai tiré un trait sur l'amour quand j'ai perdu Benny. Et toi, tu … tu rencontreras quelqu'un. Je le sais.
Castiel hocha la tête même si son cœur lui criait d'insister. De demander au jeune homme ce qu'il entendait par « même si j'avais des sentiments pour toi ». Mais il craignait la réponse. Pire encore, il craignait que son compagnon ne réagisse mal. Il était préférable d'accepter ses propos en silence et de ne pas chercher à en savoir plus. Parfois l'ignorance était la solution la plus agréable.
- Quand on était petits, Sam et moi, on allait souvent jouer sur le parking des motels où notre père nous installait pour quelques jours ou quelques semaines. On n'avait pas de vélos ou de jouets d'ailleurs mais on avait une sacrée imagination. On s'inventait d'autres vies, d'autres noms … une mission parfois. On imaginait qu'on était chargé de chasser les démons et les monstres dont personne ne connaissait l'existence. On s'installait dans la voiture de notre père. C'était génial. C'était les meilleurs moments.
Castiel accepta le changement de sujet de conversation avec gratitude. Il aimait entendre Dean parler de lui. Il y avait quelque chose de fascinant dans la façon dont il avait d'évoquer son petit frère. De la fierté et un amour débordant.
- Mais ensuite, il y avait les mauvais moments … ceux où Papa nous obligeait à déménager sans se soucier qu'on se soit fait des amis ou qu'on soit en plein milieu de l'année scolaire. On prenait nos affaires … parfois en pleine nuit … on montait dans la voiture et on partait sans savoir où on allait. J'ai toujours pensé que mon père avait un plan … une idée de ce qu'il voulait. Mais j'ai du me rendre à l'évidence en grandissant. Il ne savait pas quoi faire de nous … de lui … il ne savait rien depuis la mort de notre mère. Et quand l'angoisse montait … quand les choses devenaient trop compliquées pour lui, il buvait.
Castiel avait une vague idée de la direction que cette conversation allait prendre et il ne voulait pas entendre la suite. Il se demandait combien d'épreuves un garçon de l'âge de Dean pouvait surmonter sans perdre complètement la raison. Parfois, il se demandait comment le jeune homme pouvait continuer à avancer après tout ce qu'il avait traversé.
- Et quand il buvait, il avait tendance à hurler après nous. Le plus souvent après Sammy car il était le plus jeune, le moins apte à répondre mais également le plus à même de lui dire ses quatre vérités. J'étais le fils parfait … je ne contredisais jamais mon père et je suivais ses ordres. Mais Sam … Sam refusait d'avaler les excuses qu'il nous donnait. Il voulait une vie normale. Quand notre père se mettait à crier contre lui, je m'interposais … et alors sa colère se dirigeait aussitôt contre moi. Je crois que je lui rappelais trop notre mère. J'ai ses traits et … ses yeux aussi. Parfois cela suffisait à le calmer … parfois en revanche … cela lui rappelait ce qu'il avait perdu et alors il … il s'en prenait à moi.
- Il te frappait ? Demanda Castiel le plus calmement possible malgré la colère qui s'était emparé de lui.
Il connaissait déjà la réponse. Il savait que Dean était un enfant battu. Il en avait tous les symptômes. Il se demandait comment il avait pu ne pas le comprendre avant.
- Parfois oui … il m'a cassé le bras une fois … c'est ce qui a poussé Bobby à nous récupérer chez lui … et à chasser mon père en le menaçant avec son fusil de chasse. J'ai pensé qu'il viendrait nous chercher quand il se serait calmé … mais il n'est jamais revenu.
- Tu avais quel âge ?
- Quinze ans … seize quand on a appris sa mort. C'est là que j'ai commencé à prendre les mauvaises décisions. J'ai arrêté l'école et je me suis lié d'amitié avec les mauvaises personnes. Gordon Walker en particulier. C'est avec lui que je me suis fait arrêté deux ans plus tard. La suite, tu la connais.
Castiel poussa un long soupire. Orphelin de mère à quatre ans. Trimballé de droite à gauche par un père qui le frappait. Puis torturé par un homme qui voulait le posséder. En fuite. Privé de ses proches et de sa seule famille. Dean avait eu une vie incroyablement difficile. Castiel l'admirait de ne pas avoir baissé les bras plus tôt. De ne pas avoir perdu la tête et fini cloitré dans un asile psychiatrique. Le jeune homme était courageux et fort. Il était incroyable.
- Sam a mieux supporté son départ que moi. Il aimait Sioux Falls et il aimait Bobby comme un père. Il était content de rester ici mais … moi je … je ne me sentais pas chez moi. Je ne tenais pas en place. Je n'avais jamais eu de maison avant ça … jamais d'endroit que je considérais réellement comme « chez moi ». J'étais perdu et stupide. Je n'arrivais pas à me sentir bien ici … Bobby avait beaucoup de patience mais j'ai refusé qu'il m'aide. Et ensuite Gordon … il est le premier garçon que j'ai … avec qui je suis sorti. J'avais nié ce que j'étais pendant une longue période parce que je savais que mon père ne l'accepterait jamais. Bobby s'en contrefichait … il avait juste des doutes sur lui … il s'inquiétait de son influence sur moi. Je lui ai dit d'aller se faire voir. Et ensuite … le jour de mon procès, Sam était là … et il … il était tellement déçu. C'est la dernière fois où on s'est parlé.
Castiel posa sa main sur celle que Dean avait toujours sur sa cuisse. Il voulait apporter du soutien au jeune homme à défaut de pouvoir chasser tous les mauvais souvenirs qui le hantaient quotidiennement. Il se tourna ensuite vers lui.
- Tu es quelqu'un de courageux Dean. Bien des personnes auraient baissé les bras s'ils avaient vécu la même chose.
- Si je suis toujours là, c'est en partie grâce à Benny … et aussi en partie grâce à Sam. Je sais que je l'ai déçu mais je continue d'espérer qu'il puisse un jour être fier de moi.
Castiel hocha la tête. Pendant de longues secondes, Dean et lui se regardèrent dans les yeux en silence. Le jeune homme semblait réfléchir à ce qu'il devait faire ensuite. Il se pencha sensiblement en avant avant de reculer brusquement et de reporter son attention sur Sam qui se séparaient de Jessica et s'éloignait finalement d'eux. Castiel ne put s'empêcher d'être frustré. Il savait que, pendant une seconde, Dean avait eu envie de l'embrasser. Il l'aurait probablement laissé faire.
- Sam mérite tout ça … il mérite cette vie. Il mérite d'avoir une famille … une petite amie et tout ce dont un garçon de son âge peut avoir envie. Il n'a pas besoin de moi. Il n'a plus besoin de moi. Mais quand il était petit, il faisait toujours la même chose que moi … il s'habillait comme moi, écoutait la même musique et mangeait les mêmes plats ou les mêmes sucreries. Il me considérait comme son modèle. Ironique non ?
Castiel haussa les épaules en serrant un peu plus fortement la main de Dean dans la sienne. Il était surpris que le jeune homme n'ait pas encore cherché à fuir ce contact.
- Pas tant que ça je suppose. C'est souvent ce que font les petits frères ou les petites sœurs. Je me souviens d'avoir longtemps vénéré mes aînés au point de vouloir faire exactement la même chose qu'eux. Et puis on grandit et on veut devenir une personne à part entière. On devient quelqu'un. Mais l'admiration reste … même quand on choisit un chemin totalement différent.
- Peut être … concéda Dean.
Ils regardèrent ensuite Sam traverser la rue avant de rejoindre une voiture qui l'attendait de l'autre côté. Il s'agissait d'un de ces vieux pick-up qu'on voyait à tous les carrefours au plein centre des Etats Unis. Le conducteur était un homme d'une cinquantaine d'année avec une barbe grisonnante et une casquette enfoncée sur le crâne. Bobby sans nul doute. Dean s'enfonça à nouveau dans son siège quand la voiture dans laquelle Sam était monté passait à côté de la leur.
- C'était Bobby ?
Dean hocha aussitôt la tête en se redressant à nouveau. Il remit ensuite le contact et s'engagea sur la route. Pendant quelques minutes, Castiel ne trouva rien de plus à dire. Il avait conscience d'avoir partagé quelque chose d'important avec son compagnon. Mais il ne savait pas la signification que cela avait pour Dean. Avait il parlé de toutes ces choses avec Benny ? Castiel n'aimait pas l'idée de se comparer à l'homme que son compagnon avait aimé de toutes ses forces. Ils n'avaient rien en commun. Mais, malgré lui, il se sentait en compétition avec lui. Il ne savait pas encore ce qu'il gagnerait si toutefois il sortait victorieux de cette histoire.
- Où est ce qu'on va maintenant ? Demanda t-il quand le silence devint insupportable.
Dean accéléra pour dépasser une voiture avant de se rabattre brusquement pour en éviter une autre. Castiel n'avait pas particulièrement peur en voiture et il avait toujours trouvé que son compagnon conduisait bien mais il ne put s'empêcher de vérifier qu'il avait attaché sa ceinture de sécurité avant de serrer la poignée de la porte de toutes ses forces pour éviter d'attraper le volant que Dean maltraitait entre ses mains. De toute évidence, le jeune homme semblait réellement pressé de mettre de la distance entre lui et sa « famille ».
- Le plus loin possible d'ici … le plus rapidement possible. Cette ville est … elle me rappelle trop de mauvais souvenirs, répondit Dean quand ils passèrent devant le panneau indiquant qu'ils quittaient Sioux Falls.
Cela n'en disait pas réellement plus sur l'endroit où ils se rendaient mais il ne demanda aucune précision. Il avait la sensation que Dean n'avait aucune idée de la direction qu'il souhaitait prendre. Il semblait juste ressentir le besoin de s'éloigner. Après tout, personne ne les attendait. Ils pouvaient se rendre où bon leur semblait. Leur destination n'avait aucune importance.
- Tu ne t'es jamais senti bien ici ? Tu n'as aucun bon souvenir chez Bobby ?
Dean accéléra encore un peu et Castiel se força à ne pas regarder le compteur de vitesse. Une nouvelle fois, il préférait rester dans l'ignorance.
- J'en ai quelques uns si … je me souviens quand Bobby m'a appris à travailler sur les voitures qui traînaient ici et là dans sa cours. Je me souviens d'avoir regardé des matchs de baseball avec lui en buvant mes premières bières. Je me souviens avoir perdu ma virginté sur son canapé … même si je doute que lui le sache.
Castiel sourit vaguement avant de se tourner vers le jeune homme.
- Garçon ou fille ?
Devant le regard interrogateur de Dean, il se sentit obligé de préciser.
- C'était un garçon ou une fille … la première fois que tu as fait l'amour ?
Dean se mordilla la lèvre une seconde. Castiel n'aurait pas du aborder ce sujet. Il ne voulait pas parler sexe avec son compagnon. Pas quand ils étaient enfermés dans une voiture et qu'il n'avait aucune échappatoire. Il savait le risque qu'il courrait. Mais il ne pouvait pas retirer sa question maintenant. Ca aurait été pire encore.
- Garçon la première fois … Gordon en fait. Il vivait non loin de là avec sa famille. Il était marrant et … il était carrément canon. On l'a fait sur le canapé de Bobby un jour où on avait sauté les cours. Quelques mois plus tard, je couchais avec une fille pour la première fois. C'était cool mais … Gordon avait de l'emprise sur moi. Maintenant que j'y repense, j'ai la sensation d'avoir toujours été contrôlé par quelqu'un … mon père, Gordon puis … lui. Je suppose que j'en ai toujours eu besoin.
Castiel ne dit rien et se contenta d'hocher la tête. Il préférait ne pas donner son avis sur ce point. Il doutait qu'il plaise à Dean. Il acceptait que le jeune homme ait des préférences particulières. Mais il n'aimait pas l'idée que son compagnon ressente le besoin d'être contrôlé par quelqu'un.
- J'ai perdu ma virginité avec un garçon qui s'appelait Balthazar … c'était rapide et pas franchement satisfaisant. A vrai dire, je n'ai jamais eu que des aventures d'un soir.
- Mais tu as pris ton pied avec certains de tes partenaires n'est ce pas ?
- Avec certains oui … pas tous. Je crois que je ne suis pas fait pour les coups d'un soir. J'ai envie de rencontrer quelqu'un et d'avoir une vraie relation. J'ai envie de tomber amoureux.
Dean approuva d'un mouvement de la tête et Castiel détourna aussitôt le visage. Car il savait à quoi son compagnon pensait. Ou à qui pour être plus précis. Benny. Le seul homme qu'il avait aimé de sa vie et le seul qu'il aimerait jusqu'à sa mort.
- J'ai pensé qu'on pourrait prendre la direction de la Nouvelle Orléans maintenant … puisque c'était notre projet initial.
Castiel savait exactement pourquoi son ami voulait s'y rendre. Et même s'il n'aimait pas l'idée de marcher dans les pas de Benny, il ne voyait aucune raison valable de refuser.
- Ca marche pour moi, assura t-il en regardant le paysage défiler derrière la fenêtre.
Dean alluma alors la radio et chercha pendant quelques secondes une radio qui diffusait des vieilles chansons. Il sifflota ensuite au rythme d'une musique que Castiel ne connaissait pas avant d'ouvrir la fenêtre pour sortir son bras à l'extérieur.
- Cas, je voulais te dire … en fait je voulais te dire merci, lâcha le jeune homme.
Castiel se tourna vers lui et le dévisagea une seconde. Il estimait ne rien avoir fait d'extraordinaire. Il n'avait pas aidé son compagnon à se sentir mieux. Il n'avait aucune solution miracle pour lui permettre de régler ses problèmes. Il n'avait fait que s'asseoir dans sa voiture et de regarder son frère pendant un long moment. Ce n'était pas grand chose.
- Je n'avais jamais … je n'avais jamais parlé de toutes ces choses avec quelqu'un d'autre que Benny et … ça m'a fait du bien de te raconter tout ça … de te confier tout ça. Je sais qu'on n'a aucun avenir ensemble mais j'aime à penser qu'on est amis à présent. Enfin si tu le veux bien.
Castiel sentit son cœur s'emballer aussitôt à la perspective. Il avait espéré entendre ces mots dans la bouche du jeune homme depuis un moment maintenant. Il était heureux de constater que ses espoirs n'avaient pas été vains. Il ne pourrait jamais rien partager de plus avec son compagnon mais il aimait l'idée d'être son ami. Même si ce n'était que temporaire.
- Ce serait avec plaisir Dean, assura t-il.
Le jeune homme lâcha alors le volant une seconde pour lui tapoter la cuisse. Castiel sentit alors un poids se soulever de ses épaules. Il savait que les choses finiraient par se compliquer entre lui et son compagnon. Ils devraient probablement se séparer d'ici peu en raison des gens qui pourchassaient Dean. Mais peu importait le temps qu'ils passeraient ensemble. Castiel aimait l'idée qu'il puisse compter pour son compagnon. Qu'il puisse laisser une empreinte. Il voulait avoir un impact sur sa vie. Un peu comme Benny avait pu en avoir un.
- Tu sais, je crois que Sam t'aurait beaucoup aimé, déclara Dean après un moment.
- Ah oui ?
Dean hocha la tête en levant sa main à travers la fenêtre pour laisser le vent s'écraser dessus. Il écarta les doigts puis les resserra à intervalles réguliers comme il faisait très souvent. Castiel le regarda faire, fasciné.
- Oui … vous vous ressemblez beaucoup. J'aurais aimé pouvoir te présenter à lui. Il n'a jamais rencontré aucun de mes amis … mis à part Gordon. Mais Sam détestait Gordon et Gordon détestait Sam. Ils se disputaient à chaque fois qu'ils se voyaient.
Castiel détourna les yeux de son compagnon pour regarder droit devant lui. Il se demanda une seconde si Sam aurait également aimé Benny. Il supposait que oui. De toute évidence, c'était quelqu'un de bien.
- Il savait pour toi et lui ?
Dean changea à nouveau de station de radio quand une coupure de pub suivit un titre rock que Castiel était persuadé d'avoir déjà entendu sans parvenir à se souvenir où.
- Il s'en doutait … je lui ai dit que j'étais bisexuel assez vite. Il s'en fichait. Mais je ne lui ai jamais dit que je couchais avec Gordon. Il m'aurait probablement tué s'il l'avait appris. Il aurait eu raison.
Castiel aimait l'idée que le jeune homme avait reçu le soutien de ses proches quand il leur avait parlé de sa sexualité. Il savait qu'il n'aurait jamais obtenu la même réaction de la part de ses parents. Il aurait probablement été rejeté aussitôt. Il en aurait été de même avec ses frères. Seul Gabriel avait l'esprit suffisamment ouvert pour l'accepter tel qu'il était. Castiel lui en était reconnaissant. Mais il était difficile parfois de penser qu'il perdrait inévitablement la majorité de sa famille s'il se montrait honnête avec eux. Il le ferait probablement un jour. Il n'était pas encore prêt.
- Mes parents ne l'accepteront pas, admit il malgré lui.
Dean rentra son bras à l'intérieur de la voiture pour attraper le volant et pouvoir poser son autre main sur la cuisse de Castiel à nouveau. Ce geste était agréable mais trop récurrent aux goûts de Castiel. Car il lui donnait à chaque fois l'espoir de plus. Et il savait qu'il n'obtiendrait rien d'autre.
- Tes parents sont des idiots, commenta le jeune homme.
Castiel ne pouvait pas le contredire sur ce point. Il n'avait jamais compris comment il était possible de rejeter son propre enfant simplement parce qu'il était gay. Mais il avait lu trop de témoignages sur Internet pour ignorer que c'était courrant dans les familles extrêmement religieuses comme la sienne. Il avait été assez souvent à l'église pour savoir ce que sa « communauté » pensait des gens comme lui. Il avait cherché à nier sa sexualité à cette époque. Mais il avait ensuite du se rendre à l'évidence. Il n'était pas hétéro et ne le serait jamais. Il ne voulait pas devenir médecin non plus. La seule solution était la fuite. Et c'était exactement ce qu'il avait fait.
- Ils devraient être fiers de toi … moi je le suis, ajouta Dean après quelques secondes.
Castiel eut envie de lui demander pourquoi. Après tout, ils se connaissaient à peine. Mais le jeune homme avait retiré sa main de sa cuisse et le moment était passé. Castiel se contenta donc d'accepter les propos de son compagnon et de les garder dans un petit coin de son cerveau. Ils étaient agréables à entendre. Jamais personne ne lui avait dit de telles choses. Pas même ses parents. Et même pas quand il avait obtenu des résultats excellents à tous ses examens. C'était sans doute ironique que ces mots qu'il avait toujours rêvé d'entendre soient finalement prononcés par un jeune homme qu'il ne connaissait que depuis peu de temps. Il supposait toutefois que c'était plutôt logique. Dean et lui n'avaient pas connu les mêmes expériences mais ils avaient beaucoup de points en commun. Ils étaient en fuite tous les deux. Ils avaient du mal à s'accepter tels qu'ils étaient. Et il avaient un besoin quasi constant de reconnaissance. Castiel sourit en regardant à nouveau par la fenêtre passager. Il ne savait pas comment les choses se finiraient avec Dean. Il se doutait qu'il souffrirait quelle que soit l'issue. Mais il avait déjà beaucoup appris du jeune homme. Et c'était une des raisons qui faisaient qu'il ne regretterait jamais de l'avoir rencontré. Il avait couru un risque en s'arrêtant pour le prendre en stop. Il continuait à en prendre en restant à ses côtés. Il en avait toutefois tiré énormément de choses. Voyager avec Dean était une aventure excitante. C'était également terrifiant. Mais c'était avant tout extrêmement enrichissant. Il savait qu'il apprendrait beaucoup sur lui au contact de son compagnon. Peut être même finirait il par trouver ce qu'il voulait faire de sa vie. Il avait hâte de voir ce que l'avenir leur réservait. Car malgré les risques et les dangers, Castiel n'était pas encore prêt à renoncer à son nouvel ami.
