Bonjour tout le monde,

Voici le 13ème chapitre. Il n'est pas très joyeux et pas porteur de bonnes nouvelles mais je tiens ici à vous rassurer, ce sera de très courte durée. Juste le temps d'un chapitre ...

Merci de continuer à me lire et de m'écrire.

Bonne lecture

Sydney8201

Musique du chapitre :

Demons de Imagined Dragons

Chapitre 13 : Séparation forcée

« Le trop de confiance attire le danger »

Pierre Corneille

Ils ne parlèrent pas de Sam ou de Bobby durant les quelques jours de route qu'ils durent parcourir pour rejoindre la Louisiane. Ils ne parlèrent pas du passé de Dean quand ils étaient assis ensemble dans un restaurant ou dans un fast food. Ils discutèrent du paysage, du temps, des gens autour d'eux et de ce qu'il fallait voir ou faire à la Nouvelle Orléans. Mais comme depuis le début entre eux, ils n'évoquèrent aucun sujet important. Castiel était déstabilisé par son compagnon. Parfois, il s'ouvrait à lui complètement, lui confiant des choses extrêmement personnelles puis il se renfermait ensuite totalement et ne disait plus rien de significatif. C'était pire que les montagnes russes. C'était épuisant. Castiel ne savait jamais ce qui allait se passer avec le jeune homme. Il ne savait pas quand ou comment il finirait par aborder des sujets importants. Il était pris par surprise à chaque fois. Et le traitement qu'il recevait ensuite le mettait hors de lui. Il avait parfois l'impression que Dean lui reprochait de l'avoir contraint à se confier. C'était faux bien sur. Mais le jeune homme n'avait jamais eu des réactions ordinaires. Et si cela avait le don d'énerver Castiel la plupart du temps, il avait appris à gérer ses émotions et à accepter que son compagnon se cache derrière la carapace qu'il avait forgée autour de lui.

Après avoir quitté Sioux Falls, ils rejoignirent Omaha au Nebraska puis Kansas City. Ils s'arrêtèrent en route pour se reposer et profiter un peu des dernières belles journées avant que l'automne ne s'installe durablement.

Ils restèrent deux jours au Kansas à apprécier le peu de gens qui s'y trouvaient à cette époque de l'année. Ils rejoignirent ensuite Fort Smith en Arkansas. Là-bas, ils passèrent une soirée mémorable dans un bar local où Dean appris à Castiel à jouer au billard. Devant son incapacité à suivre ses conseils et ses recommandations, le jeune homme finit par se placer derrière lui et par lui saisir les mains pour lui montrer comment se comporter. Castiel ne put s'empêcher d'apprécier leur proximité et de sentir tout le corps de son compagnon se presser contre le sien. Il se retint de remuer les fesses quand il réalisa les regards curieux que leur position attirait. Ils se séparèrent finalement et continuèrent leur partie. Ils burent ensuite plus que de raison et finirent par rejoindre leur motel en riant comme deux idiots.

Le lendemain, ils franchirent la frontière entre l'Arkansas et la Louisiane. Ils s'arrêtèrent à Shreveport pour la nuit. Dean était visiblement nerveux en approchant de leur destination. Il semblait également particulièrement enthousiaste. Castiel avait compris que cette ville comptait pour lui parce qu'elle lui rappelait Benny. Et s'il se sentait toujours en compétition avec l'ancien amant de son compagnon – malgré le fait que ce dernier soit mort et enterré – il n'en était pas moins heureux de voir que Dean souhaitait partager cette expérience avec lui. Cela devait forcément vouloir dire quelque chose. Ils n'étaient pas des étrangers. Ils étaient des amis. Et Castiel avait enfin la sensation de faire partie de la vie de son compagnon. Benny avait son cœur et l'aurait probablement jusqu'à la fin de la vie du jeune homme. Mais il avait sa place également dans cette histoire. Pas celle qu'il voulait mais il s'en contentait parfaitement. Il était heureux d'être là. Il ne demandait rien de plus.

Quand ils quittèrent Shreveport, il ne leur restait plus que cinq cent cinquante kilomètres à faire pour rejoindre la Nouvelle Orléans et ils atteignirent enfin les abords de la ville en milieu d'après midi.

Dean avait été totalement silencieux durant les cent derniers kilomètres. Castiel n'avait pas cherché à le faire parler. Il savait ce que l'endroit représentait pour lui et ce qu'il lui rappelait. Il savait exactement à qui le jeune homme pensait quand ils franchirent le panneau indiquant qu'ils étaient arrivés à destination. Il s'arrêta dans le premier motel abordable qu'ils croisèrent puis s'occupa de réserver deux chambres sans donner de date de départ. A cette époque de l'année, il n'y avait que peu de touristes et le personnel semblait ravi de les voir. Castiel leur sourit et les remercia de leur accueil avant de rejoindre son compagnon sur le parking. Ils posèrent leurs affaires dans leurs chambres respectives puis se retrouvèrent à nouveau devant la voiture. Dean fumait une cigarette en regardant autour de lui. Castiel avait souvent entendu parler de la Nouvelle Orléans et il avait hâte de se rendre au centre pour s'imprégner de l'ambiance qui y régnait. Il avait lu et relu ce que le guide touristique de son compagnon disait du Quartier Français. Il mourrait d'envie d'y aller mais il n'avait pas l'intention de forcer la main du jeune homme. Il avait besoin de temps et Castiel était prêt à le lui accorder.

Il se contenta donc d'attendre que Dean ait fini sa cigarette en observant les rares allées et venues autour d'eux. Ils étaient à quelques kilomètres du centre ville mais ils ne pouvaient pas se permettre de se loger plus près. Leurs finances étaient limitées et il aurait été inutile de dépenser leur argent bêtement. Castiel savait que son compagnon préférait s'installer en périphérie des grandes villes pour éviter de se retrouver coincé si toutefois ils devaient fuir dans l'urgence. C'était une des nombreuses choses qu'il préférait continuer à ignorer. Il était devenu très fort pour fermer les yeux sur ce qui aurait du avoir de l'importance.

Dean jeta finalement son mégot par terre et l'écrasa du bout du pied. Il enfonça ensuite ses mains dans ses poches puis se tourna pour faire face à Castiel. Ce dernier attendait patiemment ses instructions quant à la suite de la journée. Il n'avait pas l'intention de prendre des initiatives. Ils étaient ici en partie parce que Dean avait besoin de venir en ville pour se sentir proche de Benny. Et même si Castiel continuait de penser que son compagnon avait tort de rester autant attaché à un homme qu'il avait perdu un an plus tôt, il ne voulait pas pour autant donner l'impression de n'en avoir rien à faire.

Il regarda donc le jeune homme approcher de la portière conducteur, visiblement déterminé à conduire lui même. Castiel n'y voyait aucune objection. Mais il mourrait d'envie de savoir ce que son compagnon avait en tête.

Ce ne fut que lorsque Dean fut installé derrière le volant, ceinture attaché et fenêtre ouverte en plein pour laisser l'air entrer, qu'il brisa enfin le silence pour la première fois depuis plusieurs heures.

- Je veux te présenter Benny, déclara t-il

Castiel fronça les sourcils, surpris par ce que son compagnon venait de dire. Il eut envie de plaisanter en rappelant au jeune homme que pour y arriver, ils allaient avoir besoin d'un bon « ouija » mais se retint au dernier moment. Dean était toujours amoureux de Benny et il souffrait encore énormément de sa mort. Il tourna à la place le visage vers son compagnon et le regarda serrer le volant entre ses mains.

- Je veux que tu viennes avec moi au cimetière, précisa alors Dean.

Il mit ensuite le contact puis régla le rétroviseur intérieur pour voir derrière la voiture. Castiel ne dit rien pendant de longues secondes, incapable de trouver les mots justes. Il savait que le geste de son compagnon avait une signification importante pour leur relation. Il était probablement le premier avec qui il souhaitait partager ce moment. Mais il n'était pas sûr d'en avoir envie. Il était reconnaissant envers Benny même sans le connaître. Il savait qu'il avait sauvé la vie du jeune homme en l'aimant malgré tous les risques qu'il devait prendre pour être avec lui. Il lui avait donné l'envie de s'enfuir et d'échapper aux griffes du monstre qui lui avait fait tant de mal. Mais il était également l'homme que Dean aimerait toute sa vie. Celui qui empêcherait probablement le jeune homme de confier son cœur à quelqu'un d'autre dans l'avenir. Castiel le détestait un peu pour ça. Même s'il savait que c'était totalement irrationnel.

- C'est quelque chose que je faisais souvent aux cours des premiers mois. Je ressentais le besoin d'aller lui parler même si je sais qu'il ne m'entend pas … et puis ensuite, je suis parti. Je n'avais plus ce besoin constant d'être proche de lui. J'avais fini par comprendre que ce n'était pas sa pierre tombale qui me rapprochait de lui mais les sentiments que j'avais toujours pour lui. Souvent je … je lui parle encore le soir … je lui raconte ma journée. Je lui ai parlé de toi. Je lui ai dit que tu m'aidais et … maintenant j'aimerais pouvoir te le présenter.

Castiel oublia aussitôt les plaisanteries qu'il avait failli faire et ses réticences à accompagner Dean au cimetière. Mais ce qu'il entendit dans la voix du jeune homme le convint de le faire. Il y avait de la sincérité dans son ton et beaucoup d'espoir. Castiel ne pouvait pas le décevoir. Il commençait à prendre conscience de l'importance de ce que son compagnon lui demandait de faire. Il voulait le conduire à l'endroit où était enterré l'homme qu'il aimait toujours. Il lui avait parlé de lui. Il était devenu important pour lui. Il comptait et il voulait que Benny le sache également. Castiel était touché. Et pendant une seconde, il fut incapable de dire quoi que ce soit. Il déglutit avec peine puis se passa une main sur le visage avant de répondre.

- J'en serais réellement honoré, assura t-il sincèrement.

Dean hocha la tête puis se concentra sur la route. Castiel tourna à nouveau la tête vers la fenêtre passager. Il observa les maisons et les immeubles qui constituaient la banlieue de la Nouvelle Orléans. Il regarda les gens qui remontaient les rues. Aucun ne semblait faire attention à eux. Castiel choisit de ne rien dire jusqu'à ce qu'ils arrivent. Il pouvait sentir la tension chez son compagnon et il ne voyait pas ce qu'il pouvait dire pour rendre les choses plus faciles pour lui.

Ils roulèrent une demi heure avant que Dean ne finisse par se garer sur le parking du cimetière. Il sortit de la voiture et alluma aussitôt une cigarette. Castiel le rejoignit alors devant le portail et croisa ses bras sur son torse. Il laissa le jeune homme fumer sans tenter de lui parler. Il n'avait jamais été confronté à la mort de près. Il n'avait perdu aucun de ses proches et il n'était jamais entré dans un cimetière. Il ne savait pas comment il convenait de se comporter et il n'avait aucune idée de ce que son compagnon pouvait ressentir. Il n'y avait rien de pire au monde que de perdre une personne qu'on aimait de tout son cœur. Castiel avait de la peine pour Dean. Il était trop jeune pour avoir déjà autant souffert.

Quand le jeune homme eut terminé sa cigarette, il la jeta devant lui sur la route puis pénétra dans le cimetière. Les allées étaient entièrement désertes. Castiel regarda autour de lui avec curiosité. L'endroit n'était pas sombre ou glauque comme il l'avait redouté. Les pierres tombales étaient bien entretenues. Des fleurs avaient été déposées ici et là. Le gazon qui les entourait était propre et tondu à ras. Le soleil brillait au dessus de leur tête rendant les lieux plutôt agréables. Castiel n'avait jamais cru aux fantômes ou aux esprits. Mais il y avait quelque chose de presque palpable autour de lui. Une ambiance particulière qui le mettait sensiblement mal à l'aise. La mort. Elle était tout autour d'eux. Castiel frissonna alors que Dean le conduisait à travers les allées avec assurance et détermination. Ils finirent par tourner à droite puis à gauche et s'immobilisèrent finalement devant une tombe. Le marbre blanc qui l'ornait était recouvert de quelques pots de fleurs dont la plupart semblait cruellement manquer d'eau. La stèle était rectangulaire et magnifique. Dessus, plusieurs choses avaient été gravées. Castiel prit quelques secondes pour les lire. « Benny Laffite. 1981 – 2013. On a traversé l'enfer ensemble. On se retrouvera de l'autre côté ». Castiel fronça les sourcils. Il jeta ensuite un coup d'oeil à Dean. Le jeune homme avait les mains enfoncées dans ses poches et le regard fixé sur la pierre tombale de son ancien petit ami. Ses yeux brillaient de larmes contenues. Castiel avait l'impression d'être de trop à cet instant précis. Il aurait aimé pouvoir disparaître.

- Benny n'avait plus de famille … plus personne. C'est moi qui ait financé tout ça … je voulais qu'il repose là où il aurait voulu vieillir. C'était important pour lui … cette ville était importante pour lui.

Castiel ne savait pas quoi dire à son compagnon. Il ne connaissait pas Benny et il ne savait pas grand chose de leur histoire. Il espérait que sa présence seule suffirait à l'apaiser un minimum. Il voulait jouer son rôle d'ami. Il regarda Dean s'agenouiller devant la tombe de son ancien petit ami et déposer la main sur le marbre blanc qui recouvrait le sol.

- Eh Benny, c'est moi, murmura le jeune homme avant de soupirer longuement.

Castiel se demanda ce que cela apportait à son compagnon de s'adresser ainsi à son ancien petit ami. En tirait il une forme de réconfort ? Il savait que Dean n'était pas le seul à ressentir ce besoin de parler à un mort pour continuer à se sentir proche de lui ou d'elle.

- Ca fait quelques temps que je ne suis pas venu te voir. Je ne t'ai pas oublié tu sais … je continue à penser à toi … tous les jours. Tu me manques Benny. Tu me manques terriblement. Mais je ne suis plus seul à présent. Et c'est pour ça que je suis venu. Je voulais te présenter quelqu'un … Castiel. Il est celui dont je t'ai parlé. Celui qui m'a ramassé sur le bord de la route et qui a accepté de m'accompagner. Je pense que vous vous seriez bien entendus tous les deux. Vous vous ressemblez sur certains points.

Castiel s'agenouilla à son tour pour être à la hauteur de son compagnon. Il ne savait pas s'il devait dire quelque chose ou s'il devait se contenter d'écouter. Il n'était pas forcément très à l'aise à l'idée de s'adresser à un mort. Il ne croyait pas à la vie après la mort. Il avait perdu la foi dès qu'il avait compris que l'Eglise refuserait de l'accepter tel qu'il était. Mais il savait l'importance que ce genre de croyance pouvait avoir quand on devait faire son deuil. Et si Dean avait besoin de croire que Benny était au Paradis, il n'allait certainement pas le contredire.

- Je sais que tu es content de me savoir avec lui. Tu me disais souvent que je ne devais surtout pas rester seul trop longtemps. Que je méritais d'être entouré et aimé. Mais quand tu es parti … quand tu es parti, je n'avais plus goût à rien. Aujourd'hui, je vais mieux. Et je le dois en grande partie à Castiel.

Dean se baissa et déposa un baiser sur le marbre froid à ses pieds. Castiel sentit son cœur se serrer aussitôt. Ce que le jeune homme venait de dire de lui le touchait énormément. Il avait espéré pouvoir l'aider et jouer un rôle dans sa vie. Il savait à présent qu'il avait eu raison de s'accrocher. Il avait atteint son objectif. Il sourit faiblement et jura mentalement à Benny de continuer à s'occuper de Dean. S'il pouvait réellement les entendre, il supposait qu'il avait besoin qu'on le lui assure.

- Comme c'est touchant !

Castiel sursauta en entendant une voix d'homme dans son dos. Il n'avait pas entendu quelqu'un approcher d'eux. Mais il avait été clairement plongé dans ses pensées. Il se redressa rapidement puis fit face à l'homme qui venait de leur parler. Dean resta quant à lui dans la même position.

- Dean, tu ne souhaites pas me saluer ?

Castiel sentit la panique le gagner quand il comprit que cet homme connaissait son compagnon. Ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose … Il faisait parti de ceux qui étaient à sa recherche. Ils étaient en danger. Et il en eut la confirmation quand Dean lui attrapa la cheville et la serra rapidement. Le geste semblait avoir échappé à l'homme qui se tenait devant lui. Mais Castiel n'avait aucune idée de ce que cela signifiait.

- Dean, je suis réellement déçu de ton manque d'enthousiasme me concernant … je croyais que le boss t'avait appris les bonnes manières. De toute évidence, il va devoir reprendre ton éducation et ton entraînement dès que je t'aurais ramené à lui.

Castiel prit quelques secondes pour étudier leur adversaire. S'il devait se battre contre lui, il était nécessaire d'évaluer l'opposition qu'il allait rencontrer. L'homme était plus âgé qu'eux. Il avait probablement une petit quarantaine d'année. Il semblait hispanique, avait des cheveux et une barbe noire. Ses yeux étaient sombres également et sa peau avait une teinte halée. Il portait une chemise à carreaux et un jean bleu. Il n'était pas très grand mais il était musclé. Castiel doutait d'avoir la moindre chance contre lui.

- Quand on m'a dit de surveiller l'endroit, j'étais presque sûr que je rentrerais bredouille. Je ne te croyais pas suffisamment stupide pour revenir ici … mais visiblement, je t'avais surestimé. Et il est plus idiot encore d'avoir amené avec toi ton petit ami. Tu sais qu'il ne va pas être content de savoir que tu ne lui as pas été fidèle.

- Va te faire foutre ! Jeta Dean en se relevant finalement.

Castiel était totalement paralysé. Il ne savait pas s'il devait tenter de fuir ou se jeter sur l'homme qui se tenait à quelques mètres de lui. Tout son corps était tendu mais il était incapable de bouger. Il était totalement terrifié.

- Quelle vulgarité Dean ! Tu as été mieux dressé que ça !

Castiel frissonna en entendant le mot « dressé ». Il en disait long sur la manière dont Dean avait été traité par le passé et sur l'image que tous ces hommes avaient de lui. Il avait été considéré comme un animal qu'on possède et dont on fait ce qu'on veut.

- Mais je suis prêt à te pardonner ce petit écart si tu me suis sans faire d'histoire. Je suis même prêt à épargner ton petit copain ici présent si tu n'opposes aucune résistance.

Castiel saisit aussitôt le bras de Dean pour l'empêcher d'avancer dans la direction de leur adversaire et d'accepter ce marché. Bien sûr, il était conscient qu'il prenait un risque inconsidéré. La décision raisonnable aurait été celle de laisser son compagnon rejoindre l'homme qui l'attendait et de partir de son côté. Mais il refusait de les laisser gagner. Il pouvait se défendre. Il était parfaitement capable de se battre si nécessaire.

- Hors de question ! Jeta t-il pour signifier à l'homme devant lui qu'il n'acceptait pas ce marché.

- Oh mais il a une langue en fin de compte, répliqua ce dernier. Je vais me faire un plaisir de te la couper.

Castiel savait qu'il ne s'agissait pas là d'une menace en l'air. Cet homme était totalement sérieux. C'était un tueur. Pas juste un homme de mains. Tout chez lui respirait la violence à peine contenue. Même s'il n'était pas armé, il était absolument terrifiant. Castiel déglutit avec peine alors que Dean se dégageait de son étreinte et faisait un pas en avant puis un sur le côté pour se mettre entre Castiel et leur adversaire.

- Je ne te laisserais pas lui faire de mal Edgar. Tu es venu me chercher moi … il n'a rien à voir dans cette histoire. Tu veux te battre ? Parfait. Mais tu vas te battre avec moi. Parce que tu sais que je ne te suivrais pas docilement. Tu sais que je ne retournerais jamais auprès de lui. Pas après ce qu'il a fait à Benny.

- Oh je t'en prie Dean … inutile de dramatiser. Benny était de toute façon un bon à rien. Il t'a fait jouir une ou deux fois et tu étais prêt à tout plaquer pour lui ? Tu sais bien qu'il aurait fini par se lasser de toi. Tu es sans doute un bon coup mais tu n'as rien de plus à offrir. La seule chose que tu sais faire de bien c'est d'obéir … oh et aussi d'écarter les cuisses. Benny aurait fini par le comprendre.

Castiel sut qu'Edgar était allé trop loin en évoquant ainsi Benny et en se moquant de la relation qu'il avait eu avec Dean. Il sentit son compagnon se tendre en entendant le nom de l'homme qu'il aimait dans la bouche de son adversaire. Et il ne fut pas surpris de le voir se jeter en avant. Il mit quelques secondes à réagir à son tour. Il s'élança vers les deux hommes qui étaient tombés à terre et échangeaient des coups de poing. Il voulait aider mais il ne savait pas quoi faire. Il finit par attraper Edgar par les épaules et par l'immobiliser pour que Dean puisse abattre son poing dans sa figure.

- Benny valait cent fois mieux que vous tous réunis. Je sais que tu étais là le jour de sa mort ! Et tu vas me le payer très cher.

Castiel pouvait sentir l'immense colère de Dean dans son ton. Il aurait probablement du lui dire d'assommer Edgar et de prendre la fuite immédiatement. Mais le jeune homme semblait déterminé à prendre sa revanche sur son adversaire. Il enchaîna les coups de poing sans se soucier qu'on puisse les voir ou qu'il puisse se blesser. Quand Edgar cessa de se débattre, Castiel lui relâcha les épaules, convaincu qu'il avait perdu connaissance. Ce fut sa deuxième erreur. Car à peine avait il retiré ses mains de leur adversaire que ce dernier se tournait sur le côté pour récupérer une arme à feu dans son dos. Il parvint ensuite à déloger Dean de ses jambes et sans que Castiel ait le temps de réagir, il retourna la situation en un clin d'oeil et finit par coller le canon de son arme contre la tempe de Dean. Castiel leva aussitôt ses mains devant lui dans un geste qu'il espérait apaisant. Edgar avait la lèvre et l'arcade ouvertes. Mais il ne semblait pas s'en soucier. Il était à présent collé contre le dos de Dean, un bras passé autour de son cou et son revolver appuyé contre sa tempe.

- Ok, fini de plaisanter. Puisque tu ne sembles pas enclin à te montrer raisonnable, il va falloir que je te force à me suivre, expliqua Edgar froidement.

Castiel devait tenter quelque chose. Il devait absolument aider Dean. Mais il doutait de pouvoir prendre l'arme de son adversaire avant qu'il ait le temps de tirer sur le jeune homme. Ou sur lui. Dans tous les cas, il était totalement impuissant. Et cela le rendait fou de rage.

- Hors de question … tu devras me tuer, répliqua Dean en se débattant.

Edgar resserra alors son étreinte autour de son cou le privant probablement d'oxygène. Castiel savait que les choses étaient sur le point de dégénérer. Il se maudissait de ne pas être capable de se défendre ou de se battre correctement. Il aurait probablement du accepter de faire de la boxe comme son père le lui avait souvent demandé. Il aurait eu l'air moins stupide.

- Tu sais bien que je ne peux pas te tuer. Tu appartiens à Al et ce sera à lui de décider si oui ou non tu mérites de mourir. Mais je peux te faire mal et lui expliquer que tu ne m'as pas laissé le choix. Et puis ensuite, je tuerais ton petit copain et tu auras tout perdu.

- Je ne te laisserais pas lui faire de mal.

- Oh Dean, tu crois vraiment avoir le choix ?

Castiel savait qu'ils n'avaient pas les cartes en main. Ils étaient à la merci d'Edgar. Il ne voyait aucune solution. Il allait très probablement mourir et Dean serait contraint de retourner auprès de l'homme qui lui avait fait tant de mal. « Al ». Castiel déglutit avec peine. Il n'avait jamais cru se retrouver un jour dans ce type de situation. Il n'était pas suffisamment fort. Ni suffisamment courageux. Il était trop faible pour venir en aide à son compagnon. Et Edgar était entraîné. C'était un professionnel. Ils n'avaient aucune chance.

- Tu es tellement naïf … j'ai toujours pensé qu'Al commettait une erreur en te gardant avec lui. Je savais que tu finirais par le trahir. Il aurait du suivre les conseils de Dick et enterrer ton corps quelque part où personne n'aurait pu le retrouver. Mais il disait toujours qu'il ne trouverait jamais personne d'aussi expressif … d'aussi agréable à entendre crier et pleurer. Il s'était attaché à toi et je crois qu'il ne pouvait pas envisager sa vie sans vos petites … sessions. C'est vraiment dommage. Il aurait pu trouver quelqu'un d'autre et on aurait été débarrassé de toi pour de bon.

Castiel était écoeuré par ce qu'il entendait. Ecoeuré par la façon dont Edgar traitait Dean. Il n'était pas surpris par son mépris mais il n'avait jamais cru rencontrer quelqu'un d'aussi cruel et dépourvu de toute humanité. C'était surréaliste. Il serra les dents pour tenter de garder un semblant de contrôle sur ses émotions. Dean avait cessé de se débattre. De toute évidence, les paroles d'Edgar avaient réveillé des souvenirs douloureux qui le rendaient dociles. Castiel sut alors que tout reposait sur lui. Il étudia son adversaire et chercha une ouverture. Il réalisa alors qu'il en avait une. Edgar avait beau être plus fort que lui et sans nul doute parfaitement entraîné pour aborder ce genre de situations, il n'en était pas moins trop sûr de lui. Il ne considérait pas Castiel comme une menace. Et il perdait un temps précieux à humilier Dean verbalement. C'était là une chance pour Castiel de prendre le dessus.

- Je peux comprendre ce qu'il te trouvait physiquement … du moins au début. Dick aussi. Tu étais jeune et innocent et tellement beau. Mais après quelques mois passés en sa compagnie, tu n'avais plus rien d'attirant. Tu étais usé, sale et humilié. J'aurais probablement eu de la peine pour toi si j'avais eu un cœur … Il aurait de se débarrasser de toi. Je ne comprends toujours pas pourquoi il tenait autant à te garder avec lui. Mais je suppose qu'il y trouvait un intérêt. Peut être que te voir saigner continuait à avoir de l'attrait. Va savoir. Je ne serais pas contre l'idée de t'essayer une ou deux fois. Bien sûr, on sait tous les deux que ça le rendrait probablement fou de rage. Je ne veux pas finir comme Benny. Je tiens bien trop à la vie pour la gâcher avec une pute de seconde zone comme toi.

Cette fois, c'était l'attaque de trop. Castiel ne pouvait pas en entendre plus. Il ignora le sens de ce qu'Edgar disait, ignora ce que cela signifiait quant à « l'utilité » de Dean pour « Al ». Il s'en soucierait quand ils seraient enfin en sécurité. Il serra les poings alors qu'Edgar était occupé à lécher le cou de Dean – Castiel n'avait jamais rien vu d'aussi écoeurant – et s'élança dans sa direction aussitôt pour profiter du fait qu'il était distrait. Il attrapa le bras de son adversaire et tira de toutes ses forces pour écarter l'arme de Dean. Il entendit le coup de feu partir, sentit le recul de l'arme et la force de l'explosion résonner dans ses muscles. Mais il mit tout cela de côté et abattit son poing dans le visage d'Edgar. Ses doigts protestèrent immédiatement. Il donna toutefois un second coup. Un nouveau coup de feu résonna dans ses oreilles – c'était bien plus fort que dans les films – et pendant une seconde, il fut légèrement déstabilisé. Il entendit un cri – celui d'Edgar ou de Dean, il n'aurait pas su dire – puis sentit une douleur violente dans son sternum. Il ne pouvait pas avoir été touché. Il ne pouvait pas avoir reçu une balle. Mais la douleur était cuisante et il crut qu'il allait mourir. Il tomba en arrière et ferma les yeux. L'impact dans son dos fut violent. Il s'attendait à se faire tirer dessus – pour la première ou la seconde fois, il n'était pas sûr – et fut surpris de ne pas sentir le métal transpercer sa peau. Il rouvrit alors les yeux et les posa sur les deux autres hommes. Dean semblait enfin être sorti de sa torpeur. Il se battait contre Edgar et avait pris le dessus. Il donna un coup de pied à son adversaire puis un nouveau coup de poing. Quand Edgar tomba à son tour, Castiel recula à l'aide de ses mains et de ses pieds pour ne pas être écrasé sous son poids. Il vit Dean récupérer l'arme de son adversaire. Mais il ne lui tira pas dessus comme Castiel s'y était attendu. Il se contenta de l'abattre dans sa tempe pour l'assommer pour de bon avant de la mettre dans la ceinture de son pantalon. Castiel profita du répits pour regarder son torse. Il n'y avait pas de sang sur son tee-shirt. Il le souleva par précaution et fut soulagé de constater qu'il n'avait pas reçu de balles. Edgar avait simplement du le frapper au niveau du sternum. Il n'allait pas mourir. Il s'assit en grimaçant puis prit la main que Dean lui tendait pour l'aider à se relever. Sans parler, il prirent ensuite la direction de la sortie du cimetière. Le bruit des coups de feu avait du alerter du monde et la police serait bientôt là. Castiel ouvrit la voiture dès qu'ils furent sortis puis la démarra au moment où Dean fut installé à côté de lui. Il sortit du parking rapidement puis s'engagea dans la circulation. Ils roulèrent en silence jusqu'à la sortie de la ville. Castiel avait à présent mal aux côtes et il commençait à craindre de s'en être fracturé une ou plusieurs. Il avait des difficultés à respirer. Mais il était en vie. C'était tout ce qui comptait. Il accéléra sensiblement quand les panneaux de limitation de vitesse l'y autorisèrent mais résista à l'envie de rouler plus rapidement. Ils ne devaient surtout pas attirer l'attention. C'était un miracle que personne ne les ai surpris dans le cimetière. Un miracle qu'ils n'aient pas été attrapé par la police.

- Est-ce que ça va ? Demanda finalement Dean quand ils arrivèrent au motel.

Castiel ne savait pas vraiment comment répondre à cette question. Il avait mal de partout. Il était terrifié et tout son corps tremblait. Il supposait que cela signifiait qu'il n'allait définitivement pas bien. Mais il respirait toujours et c'était plus que ce qu'il avait espéré. Il hocha la tête.

- Tu n'aurais pas du faire ce que tu as fait … tu aurais t'enfuir et me laisser avec lui.

- Pour qu'il te ramène là bas ? Hors de question, protesta Castiel.

Il entra dans le parking du motel puis coupa le moteur. Il se pencha ensuite au dessus du volant pour reprendre sa respiration. Il avait la tête qui tournait et une furieuse envie de vomir.

- Et maintenant ? Souffla t-il sans regarder Dean.

Il comptait sur le jeune homme pour lui dire quoi faire. Il ne savait pas comment gérer cette situation.

- Maintenant tu ramasses tes affaires et tu pars aussi loin d'ici que possible. Tu ne te retournes pas. Tu prends la direction de Chicago et tu vas retrouver ton frère.

Castiel secoua aussitôt la tête. Il ne voulait pas partir sans Dean. Le jeune homme ne pouvait pas lui demander de l'abandonner maintenant. Même si c'était sans nul doute la chose la plus raisonnable à faire.

- Sans toi ? Non.

Dean ouvrit alors la portière et sortit de la voiture. Castiel se redressa difficilement – ses côtes le faisaient atrocement souffrir à présent – et rejoignit le jeune homme à mi chemin de sa chambre. Il l'attrapa par le bras pour le forcer à lui faire face.

- Dean, tu ne peux pas me demander de te laisser là … pas maintenant, supplia t-il.

Son compagnon le repoussa des deux mains et se dégagea facilement de son étreinte.

- Ce n'est pas un jeu Cas … ces gens … ils te tueront si tu restes avec moi. Je refuse d'avoir ta mort sur la conscience. Pas après … pas après Benny.

- Dean …

- Non, ça suffit. Je ne te laisse pas le choix. Ca a trop duré. On ne peut pas continuer comme ça.

Castiel savait qu'il avait raison. Il savait qu'il n'aurait jamais du revenir auprès du jeune homme après avoir trouvé son arme dans son sac. Il aurait du saisir cette opportunité de se mettre à l'abri. Mais il ne parvenait pas à accepter l'idée d'être loin de Dean. Il savait ce que cela signifiait. S'il le laissait partir maintenant, il ne le reverrait jamais. Il n'aurait plus jamais de ses nouvelles.

- Non, tu as besoin de moi, protesta t-il.

Dean secoua la tête en regardant autour d'eux. Leur dispute n'avait pas encore attiré l'attention de qui que ce soit mais ils n'étaient pas suffisamment discrets. Ils devaient se montrer prudent.

- Cas, je te suis reconnaissant de ce que tu as fait pour moi mais ça doit cesser maintenant. Tu ne peux pas … tu ne peux pas ignorer les risques. Bordel, tu aurais pu mourir aujourd'hui. C'est trop … je ne te laisserais pas te mettre en danger pour moi. C'était sympa mais c'est fini. Nos chemins se séparent ici et maintenant.

Dean semblait déterminé et Castiel savait qu'il ne parviendrait pas à le faire changer d'avis. Il avait pourtant envie d'essayer.

- Qu'est-ce que tu vas faire tout seul ? Tu vas continuer à fuir ? Tu finiras par te faire tuer … ou ils te rattraperont et te conduiront auprès de ce monstre. Je le refuse.

- C'est ma vie Cas … c'est mon choix. J'ai accepté l'idée de mourir il y a longtemps maintenant. J'ai commis des erreurs et je sais que je finirais par les payer. Mais je refuse qu'elles aient des répercussions sur ceux qui me sont proches. J'ai choisi de protéger Sam et Bobby. Je choisis également de te protéger toi … de te sauver de toutes ces personnes qui sont après moi. Je suis dangereux pour toi. Tout ça … c'était une piqure de rappel.

Castiel se passa une main tremblante sur le visage. Il n'en revenait pas de la tournure que les évènements avaient pris. Il n'aurait jamais cru que cette journée tournerait ainsi.

- Alors quoi ? La prochaine fois que j'entendrais ton nom, ce sera dans la rubrique nécrologique ou aux infos quand ils annonceront ta mort entre deux autres faits divers ? Tu ne peux pas me demander ça … avança Castiel.

Dean l'attrapa alors par les épaules et l'attira à lui jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

- Si tu restes, c'est nos deux noms qu'on trouvera dans la rubrique nécrologique. Et je refuse de faire subir ça à ta famille. Je ne te demande rien Castiel. J'exige que tu t'en ailles. Je veux que tu vives.

- Je veux que tu vives aussi ! Rétorqua Castiel, hors de lui.

Dean inclina la tête sur le côté et pendant une seconde, il sembla sur le point de céder. Mais son visage se ferma presque aussitôt et il soupira longuement.

- Je suis condamné depuis le jour où j'ai rencontré Al. Je suis en sursis Castiel. Je le suis depuis plus de deux ans et je sais que je n'ai plus beaucoup de temps. Mais c'est bon … ce n'est pas grave. J'ai accepté la mort. Je l'attend même parfois. Je ne suis pas en train de dire que je leur rendrais la tâche facile. Je compte bien me battre jusqu'au bout.

- Edgar a dit qu'il ne voulait pas te tuer … qu'il voulait te ramener à lui.

- Je ne les laisserais pas faire. J'ai une arme et s'il le faut, je me tirerais une balle dans la tête pour mettre un terme à tout ça.

Castiel n'aimait pas l'idée que Dean ait envie de mettre fin à ses jours. Mais il pouvait comprendre son désir d'échapper au monstre qui lui avait infligé autant de souffrance et avait tué l'homme qu'il aimait. Il baissa la tête pour échapper au regard du jeune homme. Il ne parviendrait pas à le convaincre de continuer avec lui. Il n'était même pas réellement sûr de le vouloir. Il n'était pas prêt à mourir. Il voulait revoir Gabriel. Il voulait trouver sa voie et avoir un avenir. Il devait renoncer à Dean. Il devait accepter de le laisser partir. Même si cela brisait son cœur et lui donnait envie de pleurer. Il était temps pour lui de se montrer raisonnable.

- C'est la dernière fois qu'on se voit hein ? Demanda t-il en sentant les larmes lui monter aux yeux.

Une des mains de Dean lâcha son épaule pour se poser sous son menton et le forcer à lever la tête. Il se laissa faire et fut surpris de lire de la tristesse dans le regard vert du jeune homme.

- Probablement oui … certainement. Mais ça ne veut pas dire que je t'oublierais.

- Je ne t'oublierais pas non plus, assura Castiel.

C'était sincère. Il ne pensait pas pouvoir un jour oublier le jeune homme. Pas après ce qu'il avait appris sur lui et sur son passé. Pas après ce qu'ils avaient vécu ensemble. Et certainement pas maintenant qu'il savait avec certitude qu'il avait des sentiments forts pour lui.

- Merci pour le voyage … merci pour m'avoir écouté et merci de m'avoir fait confiance, souffla Dean en se penchant vers Castiel.

Leurs souffles se mêlaient entre leurs visages. C'était intime et intense. Probablement risqué en plein milieu d'un parking où tout le monde pouvait les voir. Mais Castiel n'avait pas l'intention de repousser le jeune homme pour autant. Il avait besoin de cette proximité. Besoin de mémoriser la chaleur du corps de Dean, le parfum unique qui émanait de lui et les tâches de rousseurs qui étaient parsemées sur son visage. Il voulait se souvenir jusqu'à la fin de sa vie de la couleur exacte de ses yeux.

- Merci à toi, répliqua Castiel à voix basse.

- Pour quoi ? S'étonna Dean. Pour avoir manqué de te faire tuer ?

Castiel secoua légèrement la tête.

- Non pour le reste.

- Le reste ?

Dean semblait sincèrement curieux de savoir ce pour quoi Castiel ressentait le besoin de le remercier. Comment lui faire comprendre sans lui avouer les sentiments qu'il avait pour lui ?

- Pour l'expérience … pour les conseils et pour … pour m'avoir fait confiance, expliqua t-il finalement.

Bien sûr c'était loin de ce qu'il avait réellement envie de dire. Mais il ne pouvait pas avouer le reste. Pas quand ils étaient sur le point de se séparer pour de bon. Il continua toutefois la liste mentalement alors que ses yeux étaient rivés sur ceux du jeune homme. Il espérait que le message était clair ainsi. Merci d'être toi même. Merci de m'avoir laissé te toucher. Merci de m'avoir conforté dans le fait que j'étais gay. Merci de ne pas m'avoir jugé. Merci de m'avoir laissé t'aimer même si tu savais que ça n'irait jamais plus loin. Il sentit les larmes rouler sur ses joues et ferma les yeux quand Dean les chassa du bout des lèvres. Il mémorisa leur texture contre sa peau et sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale quand le jeune homme l'embrassa finalement sur les lèvres. C'était un baiser chaste. Rien de plus qu'une caresse rapide. Mais ce simple contact suffit à électriser entièrement Castiel. Il se souviendrait toute sa vie de ce moment. Quand il rouvrit les yeux, Dean reculait en lui souriant tristement.

- Promets moi de prendre soin de toi Cas … promets moi de ne jamais laisser personne te dire qui tu dois être ou ce que tu dois faire. Et promets moi de ne jamais perdre cette lumière qui t'anime.

Castiel hocha la tête, prêt à jurer n'importe quoi pour apaiser le jeune homme. Dean lui caressa une dernière fois la joue avant de lui tourner finalement le dos et de prendre la direction de sa chambre. Castiel le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il entre à l'intérieur puis il courut jusqu'à la sienne. Quand il fut entré, il verrouilla la porte derrière lui. Il se laissa ensuite tomber sur son lit et se prit la tête entre les mains. Il savait qu'il devait partir rapidement. Il n'avait pas le loisir de rester plus longtemps dans ce motel pour pleurer sur ce qu'il avait perdu. Mais il ne voulait pas croiser Dean à l'extérieur. Il ne pourrait pas le supporter. Il resta donc sur son lit durant ce qui lui sembla une éternité en se repassant les évènements de la journée dans la tête. Il avait frôlé la mort. Il s'était battu. Et à présent, il était à nouveau seul. Il allait suivre les conseils de Dean et retourner immédiatement à Chicago. Il doutait de pouvoir conduire très longtemps avec la douleur qu'il ressentait toujours dans les côtes. Mais il se forcerait à le faire. Il avait fait une promesse à son compagnon. Il comptait bien la tenir. Même si la perspective de le laisser derrière lui lui brisait le cœur. Il espérait que le temps apaiserait quelque peu sa douleur. Physique et émotionnelle. Il avait la sensation d'être en ruines. C'était totalement surréaliste. Il connaissait à peine Dean. Il ne pouvait décemment pas s'être autant attaché à lui en aussi peu de temps. Mais il ne pouvait pas le nier pour autant. Car à présent il savait avec certitude ce qu'il ressentait pour le jeune homme. Il était amoureux de lui. Et même le temps ne pouvait rien contre.