Bonjour,
Voici le 14ème chapitre de cette histoire. Castiel et Dean n'auront pas été séparé longtemps même s'ils ne sont pas encore physiquement ensemble dans ce chapitre. Les choses vont se compliquer rapidement pour eux ... mais patience.
Je remercie toutes les personnes qui me lisent et m'écrivent une nouvelle fois.
Bonne lecture,
Sydney8201
Musique du chapitre :
Trouble de Cat Stevens
Chapitre 14 : Excuses
« L'absence ne fait mal que de ceux que l'on aime »
Corneille
Castiel avait parcouru seulement une centaine de kilomètres après s'être séparé de Dean. Il avait été incapable de rester plus longtemps assis derrière le volant et avait choisi de s'arrêter loin de toutes villes, quelque part en Louisiane pour éviter d'être repéré. Il n'était pas sûr que les personnes qui traquaient Dean étaient également à ses trousses mais il ne voulait pas prendre de risques. Il ne dormit que d'un œil cette nuit là, pensant constamment à son compagnon et se demandant où il pouvait se trouver à la même heure.
Il reprit la route le lendemain dès que le soleil fut levé et parvint à rouler jusqu'à Fort Smith. Il s'arrêta une nouvelle fois dans un motel loin de tout. Il rêva d'Edgar et de Dean et se réveilla en hurlant. Il était épuisé quand il remonta en voiture. Mais il savait qu'il ne parviendrait jamais à se reposer tant qu'il n'aurait pas rejoint Gabriel et Chicago. Il considérait son frère comme son unique planche de salut. Il ne savait pas encore ce qu'il lui dirait de tout ce qui lui était arrivé. Mais il n'avait pas l'intention de dévoiler les secrets du jeune homme.
Le lendemain, il eut quelques difficultés à oublier la douleur dans ses côtes et il dut s'arrêter après cinq heures de voiture aux abords de Manhattan au Kansas. Il passa l'après midi et la soirée dans sa chambre et regarder des vieux films en noir et blanc. Il n'avait pas réellement d'appétit depuis sa séparation avec Dean mais il se força à avaler un hamburger qu'il avait pris au fast food non loin de là. Il ne dormit pas mieux et passa finalement une bonne partie de la nuit à réfléchir à ce qu'il aurait pu dire ou faire pour convaincre son compagnon de rester.
Il savait qu'il n'était pas normal de ressentir des choses aussi fortes pour un homme qu'il connaissait à peine. Il aurait parfaitement pu gérer son attirance physique pour lui. Il l'avait fait depuis leur rencontre. Mais il n'avait aucune idée de la manière dont il devait s'y prendre pour oublier qu'il était amoureux de lui. Il n'avait jamais été dans cette situation. Il avait la sensation qu'il ne pourrait jamais s'en remettre. Son cœur était brisé en deux et il avait constamment envie de pleurer. Il se demandait parfois comment Dean pouvait continuer à avancer après avoir perdu Benny. Il était de toute évidence plus fort que lui.
Castiel reprit la route alors qu'il faisait encore nuit. Il roula neuf heures d'affilée pour rejoindre Chicago. Il ne s'arrêta que quelques fois pour remettre de l'essence, avaler un tacos douteux sur le bord de la route et appeler Gabriel pour le prévenir de son arrivée. Son frère sembla enthousiaste de le savoir proche de lui et Castiel laissa sa joie lui réchauffer un peu le cœur.
Il ne fit pas attention au paysage autour de lui. Il ne s'émerveilla pas de la nature incroyable qui défilaient sous ses yeux fatigués. Il n'avait pas la tête à visiter quoi que ce soit. Il ne voyait plus la route comme un refuge ou comme une aventure existante. Tout lui semblait gris et oppressant. Il était constamment obligé de regarder par dessus son épaule et Dean lui manquait trop. Quand il aperçut enfin les premiers buildings indiquant qu'il approchait de Chicago, il se força à mettre de côté les craintes qu'il avait pour le jeune homme afin de ne pas inquiéter son frère. Il eut les pires difficultés du monde à localiser l'immeuble où Gabriel vivait. Il dut appeler ce dernier trois fois pour se faire guider. Et quand il localisa enfin sa rue, la nuit était tombée et le vent soufflait fort autour de lui. Chicago était connue pour être une ville venteuse. De toute évidence, sa réputation n'était pas usurpée.
Castiel gara sa voiture juste devant la porte de l'immeuble où vivait Gabriel. Il sortit son sac du coffre puis sonna à l'interphone. Quand il obtint l'ouverture de la porte, il pénétra dans le hall et prit quelques secondes pour regarder autour de lui. L'endroit était propre et de toute évidence récent. Ce n'était ni particulièrement luxueux ni insalubre. C'était le genre d'immeuble soigneusement entretenu et dans lequel il pouvait parfaitement envisager de vivre. Il jeta un coup d'oeil à la boite aux lettres de son frère pour vérifier l'étage où se trouvait son appartement puis opta pour les escaliers. Il les grimpa lentement, ses côtes étant toujours douloureuses. Il avait hésité à aller voir un médecin sur la route mais avait renoncé. Il ne voulait pas laisser de traces et risquer de dévoiler l'endroit où il se rendait. Il ne voulait surtout pas mettre Gabriel en danger.
Ce dernier l'attendait devant la porte de son appartement, un grand sourire sur les lèvres. Castiel le rejoignit calmement. Quand il lut la joie sur son visage, il lâcha finalement son sac et se jeta dans ses bras. Gabriel le serra contre lui, accentuant la douleur dans ses côtes et Castiel le laissa faire. Il prit l'énergie dont il avait terriblement besoin dans l'étreinte de son frère. Puis, quand ce dernier le libéra, il se frotta longuement le visage pour vérifier qu'il n'y avait aucune larme sur ses joues et leva ensuite la tête pour regarder Gabriel dans les yeux.
- Cassie, tout va bien ?
Castiel aurait du savoir que son frère devinerait immédiatement que quelque chose clochait chez lui. Il avait un sixième sens quand il s'agissait de lui.
- Ca va. Je suis juste … je suis fatigué. La route a été longue.
Ce n'était pas entièrement faux. Il était réellement épuisé par tous les kilomètres qu'il avait fait pour rejoindre Chicago. Mais il n'allait pas bien. Il était loin d'aller bien. Dean lui manquait. Il avait peur pour sa vie et pour celle du jeune homme. Et il avait connu sa première peine de cœur. Il n'avait toutefois pas l'intention de le dire à Gabriel. Du moins pas pour le moment. Il avait envie de dormir et de tenter d'oublier tout le reste. Même s'il doutait que cela soit réellement possible.
- Ok, petit frère. Pas de soucis. J'ai préparé une chambre pour toi. Tu as faim ?
Castiel secoua la tête puis suivit Gabriel à l'intérieur de l'appartement. L'endroit était spacieux et chaleureux. Le mobilier semblait neuf et était totalement dépareillé. Mais ils étaient tout à fait aux goûts de Gabriel. De toute évidence, il avait choisi de décorer l'endroit lui même. Cela changeait de l'intérieur impersonnel et glacial de la maison où ils avaient tous les deux grandis. Gabriel avait accroché plusieurs vieilles affiches de film aux murs. Castiel jeta un coup d'oeil dans la cuisine qui s'ouvrait sur le salon. Elle était entièrement équipée et de toute évidence à la dernière mode. Gabriel avait toujours eu un don pour la cuisine. Ce n'était malheureusement pas un talent que leurs parents avaient su apprécier. Castiel était content de voir qu'il avait enfin pu réaliser son rêve. Il espérait pouvoir en faire autant un jour. Il lui suffisait juste de trouver ce qu'il voulait faire. Il soupira en entrant dans le salon. Il y avait une immense télé dans un coin avec une console de jeu dernier cri branchée juste en dessous. Le canapé était en cuir marron et semblait tout à fait confortable. Dans le fond de la pièce, une grande baie vitrée ouvrait sur un immense balcon. L'endroit était très agréable. Sur les murs, Castiel reconnut quelques photos de leur enfance. Aucune ne montrait leurs parents. Il n'y avait que Gabriel, lui et sur certaines Michael, Luke, Uriel et Anna. Castiel se demandait ce que ses autres frères et sœur pensaient de son départ. Il espérait pouvoir reprendre contact avec eux quand les choses se seraient tassées.
- Je sais que tu es fatigué mais tu devrais manger quelque chose. J'ai préparé du poulet. Assied toi pendant que je vais te chercher une assiette, expliqua Gabriel en posant le sac de son frère à côté de la table basse.
Castiel n'eut pas la force de protester même s'il n'avait réellement pas faim. Il n'avait plus vraiment d'appétit depuis qu'il s'était séparé de Dean. Il s'était forcé à manger un minimum pour éviter de perdre connaissance en roulant. Mais la nourriture lui semblait fade et sans goût. Il soupira longuement avant de se laisser tomber sur le canapé et de se prendre la tête entre les mains.
- Loin de moi l'envie de te faire croire que tu n'es pas le bienvenue, mais je dois admettre que je suis surpris par ton arrivée. Je croyais que tu voulais voir du pays et continuer à voyager avec ton ami, lança Gabriel que Castiel n'avait pas entendu revenir.
Il retira ses mains de son visage et observa l'assiette que son frère avait posé devant lui. C'était certainement très bon s'il s'en tenait à l'odeur qui en émanait. Mais il n'avait pas faim. Il déglutit avec peine et tourna les yeux vers son frère.
- On a du se séparer et je n'avais pas envie de … je ne voyais pas l'intérêt de continuer seul, expliqua t-il.
Ce qui était, une nouvelle fois, ni un mensonge ni l'entière vérité. Il avait appris à rester entre les deux auprès de Dean. Il sentit son cœur se serrer en repensant au jeune homme. Que pouvait il être en train de faire à cette heure ci ?
- Vous vous êtes disputés ? Demanda Gabriel.
Castiel avait la sensation que son frère avait deviné que l'absence de Dean était la seule raison de sa venue ici. Il cherchait à en savoir plus. Il était visiblement inquiet pour lui. Castiel était touché. Mais il était hors de question de lui dire la vérité. Il savait exactement comment Gabriel réagirait en apprenant les risques qu'il avait couru volontairement.
- Non, on s'est juste séparés, assura t-il.
Il attrapa la fourchette que Gabriel avait posée dans son assiette et se força à prendre une bouchée de poulet. Il l'avala aussitôt, ne prenant pas la peine d'en apprécier le goût. Il voulait échapper à cette discussion. Il voulait s'enfermer dans une chambre et dormir jusqu'au lendemain. Il voulait oublier Dean. Il en avait assez de tout ça.
- Ca n'a pas l'air de te ravir. Tu aurais sans doute préféré continuer avec lui.
- Qu'est-ce que tu sous entends par là Gabe ?
Il savait que son frère avait deviné ses sentiments pour Dean la première fois qu'il lui avait parlé de lui. Il ne savait pas vraiment ce qui l'avait trahi à ce moment là. Mais il avait à présent conscience que Gabriel avait vu juste dès le début. Il était effectivement amoureux du jeune homme. Ca n'avait simplement plus aucune importance à présent. Car Dean était loin et ils ne se reverraient jamais. Il devait tirer un trait sur lui. Discuter de ses sentiments ne l'aiderait pas. Bien au contraire. Cela ne ferait que les entretenir.
- Ecoute Cassie, je te connais. Je sais que ça ne va pas malgré ce que tu peux me dire pour me rassurer. Et je ne suis pas idiot au point de ne pas pouvoir faire le lien entre ton état et ta séparation avec Dean. Tu sais que tu peux me parler hein ? Je ne vais pas te juger et certainement pas me moquer de toi. Je t'aime et je suis là pour toi.
Castiel relâcha sa fourchette sans parvenir à avaler une seconde bouchée. Il s'enfonça ensuite dans le canapé et se reprit la tête entre les mains.
- Je ne le reverrais jamais Gabe. Jamais. Ca ne sert à rien de parler de lui … ou de ce que je peux ressentir pour lui. Il est parti et c'est fini.
- Mais tu es amoureux de lui.
Castiel haussa les épaules.
- Oui, souffla t-il.
Il grogna ensuite une seconde contre ses mains puis les écarta de son visage et reporta son attention sur son frère. Gabriel semblait sincèrement concerné par ce qu'il entendait. C'était réconfortant de se sentir soutenu. Même si cela n'atténuait pas la douleur cuisante qu'il ressentait toujours.
- Oui, je suis amoureux de lui. Et c'est la première fois que je ressens quelque chose de ce genre … c'est la première fois que j'aime quelqu'un comme ça … la première fois qu'on me brise le cœur. Et ce n'est pas de sa faute tu sais. Il m'a prévenu dès notre rencontre. Il ne voulait pas d'attaches … pas d'engagement et … j'ai été trop stupide pour l'écouter. J'aurais du me protéger. J'aurais du partir avant.
- On commet tous ce genre d'erreurs un jour Cassie. J'ai connu la même désillusion avec Kali.
Castiel se souvenait que son frère avait souffert de sa séparation avec la jeune femme. Ils avaient été très amoureux l'un de l'autre. Mais Kali avait fini par se lasser de lui et par le tromper sans même chercher à s'en cacher. Quand Gabriel l'avait appris, il avait eu le cœur brisé. Castiel avait pensé à l'époque qu'il était stupide de se mettre dans un tel état pour quelque chose qui n'avait aucune importance. Il savait à présent exactement ce par quoi son frère était passé. Il s'en voulait d'avoir minimisé sa souffrance.
- Je suis sûr que tu rencontreras quelqu'un d'autre rapidement. Tu es beau garçon et tu es intelligent. Chicago est une ville moderne et extrêmement tolérante. Tu n'auras pas à te cacher ici. Le mariage homosexuel est même autorisé dans tout l'Etat depuis cet été.
Castiel ricana une seconde devant la tentative désespérée de son frère pour lui remonter le moral. Il était maladroit mais sincère. Castiel lui adressa un vague sourire. Il n'envisageait pas le mariage avant plusieurs années mais il aimait assez l'idée de pouvoir vivre normalement dans cette ville sans craindre le jugement des gens sur ses préférences sexuelles. Il pourrait être heureux dans cette ville. Il pourrait se construire une vie ici. Mais il allait devoir avant tout chasser Dean de son esprit. C'était sans nul doute ce qu'il y avait de plus compliqué dans son plan.
- Ca va aller Gabe … je suis juste un peu … triste d'avoir du me séparer de lui. Mais je vais reprendre le dessus. Je le sais.
- Oh mais j'ai confiance en toi petit frère. Je ne doute pas une seconde de ta force.
Castiel hocha la tête puis étendit ses jambes et jeta un coup d'oeil à son assiette. Il savait qu'en mangeant un peu plus, il rassurerait son frère sur son état. Il devait faire un effort pour lui. Il se redressa alors et reprit sa fourchette. Il se força à avaler un peu de poulet et quelques pommes de terre avant d'abandonner à nouveau. Son estomac protestait contre le traitement reçu et il avait à nouveau la nausée. Il s'essuya la bouche du revers de la main et soupira longuement.
- Je devrais aller me coucher. Je suis crevé, asséna t-il en se frottant les mains sur les cuisses.
Il n'en voulait pas à Gabriel d'avoir parlé de Dean. Il savait que son frère cherchait uniquement à l'aider. Mais il était encore trop douloureux d'évoquer le jeune homme. Leur séparation était trop récente et les sentiments de Castiel trop fort. Il espérait que les choses s'arrangeraient rapidement. Il n'avait pas envie de passer des semaines enfermé à ruminer sur l'échec d'une relation qui n'avait de toute façon jamais eu aucune chance d'exister. Il n'avait rien perdu puisqu'il n'avait rien eu. C'était ainsi qu'il devait réfléchir s'il voulait surmonter cette épreuve rapidement. Bien sûr son cœur n'était pas du même avis. Mais Castiel n'avait pas l'intention de l'écouter. Il s'accordait encore une nuit pour pleurer sur le départ du jeune homme avant de reprendre les choses en mains. Il avait énormément de choses à découvrir dans cette nouvelle ville. Il avait lu beaucoup d'éloges concernant son architecture. Il avait très envie de partir à la découverte des lieux le lendemain. Il allait très certainement adorer ce qu'il verrait.
- Ok, comme tu veux Cassie. Mais je ne compte pas laisser tomber pour autant. Tu ne peux pas débarquer ici, dans cet état, et refuser d'en parler pendant plus de cinq minutes. Je sais que tu es encore mal à l'aise avec … avec tout ça mais je ne vais pas baisser les bras. Dean a compté pour toi. Peu importe que ça n'ait été que l'espace de quelques semaines, de quelques heures ou de quelques jours. Tu ne peux pas l'ignorer et espérer pouvoir te débarrasser de ces sentiments en un simple claquement de doigt.
- Tu vas me faire une leçon de morale ? Demanda Castiel.
Gabriel secoua aussitôt la tête. Castiel savait qu'il se montrait injuste. Mais il était énervé à présent.
- Certainement pas non.
- Pourtant tu m'as dit de ne pas m'engager sur cette voie là si je me souviens bien. Et comme tu peux le voir, je n'ai pas suivi ton conseil !
Gabriel détourna les yeux et Castiel n'aurait pas su dire s'il était vexé, blessé ou simplement en colère. Il savait qu'il n'avait pas le droit de faire des reproches à son frère. Il n'était pas responsable de ce qui lui était arrivé. Il ne pouvait pas s'en prendre qu'à lui. Il n'aurait jamais du tomber amoureux de Dean. Il aurait du écouter les conseils du jeune homme et ceux de son frère. Il avait été trop stupide pour se protéger de lui même. Et maintenant, il en payait les conséquences.
- Cassie … je ne t'ai pas dit tout ça parce que je voulais tenter de te contrôler ou parce que j'estimais mieux savoir que toi ce que tu devais faire. Je l'ai dit uniquement parce que j'ai connu une situation similaire par le passé et que j'ai souffert. Beaucoup et pendant longtemps. Je ne voulais pas que tu connaisses la même chose. Je déteste l'idée que tu puisses avoir le cœur brisé. Mais je ne te juge pas. Je ne te condamne pas. L'amour n'est pas quelque chose qu'on contrôle facilement. Alors ne t'en veux surtout pas pour ce que tu ressens.
- Je suis juste … je suis tellement en colère, expliqua Castiel qui ne parvenait pas à trouver les mots justes pour définir ce qu'il ressentait exactement. Je suis furieux parce que j'aurais du savoir. J'aurais du t'écouter et écouter Dean. Mais c'est trop tard maintenant. Je ne peux plus rien faire. Je dois juste attendre que ça passe.
Gabriel hocha la tête puis soupira longuement.
- Parfois, je me dis qu'il serait probablement plus facile pour nous d'être un peu plus comme nos frères et nos parents, avoua t-il.
Castiel fronça les sourcils, surpris par les propos de son frère. Il avait toujours entendu Gabriel se vanter d'être différent d'eux. Il en ressentait une grande fierté. Castiel n'avait pas compris ce qui pouvait lui plaire autant à l'époque où il vivait encore chez ses parents. Mais à présent qu'il en était parti, il savait ce que son frère ressentait. Il ne voulait jamais devenir comme eux. Il refusait d'être froid et calculateur. Il ne voulait surtout pas devenir intolérant comme eux. Et jamais il ne ferait passer sa carrière avant le reste. Il voulait avoir une vie et pas uniquement un travail.
- Ils ont la vie facile tu sais. Ils n'ont aucune morale et aucune conscience. Parfois, je me demande même s'ils ont un cœur. Alors, oui, leur vie doit être bien triste mais … ils ne souffrent pas comme nous. Rien ne les atteint. C'est sans doute plus simple.
- Peut-être mais si tu es parti, c'est parce que tu savais que ce genre de vie t'aurait rendu complètement dingue. Je préfère de loin ressentir ce que je ressens aujourd'hui que de passer ma vie à ne jamais accepter aucune émotion. Je veux vivre … pas simplement exister.
Gabriel acquiesça à nouveau et Castiel réalisa alors à quel point il avait de la chance d'avoir quelqu'un avec qui partager ce qu'il vivait et ressentait. Dean, lui, était complètement seul. Il n'avait personne sur qui se reposer quand les choses n'allaient pas. Il avait tiré un trait sur tous ceux qui comptaient pour lui et perdu l'homme qu'il aimait. Il devait tout affronter seul. Ce n'était pas juste. Mais Castiel ne pouvait plus rien faire pour l'aider. Il étouffa un bâillement derrière sa main puis se leva du canapé.
- Je devrais aller me coucher. On pourra reparler de tout ça demain, lança t-il.
Cette fois, Gabriel ne protesta pas. Il conduisit Castiel jusqu'à la chambre qu'il avait préparé pour lui puis lui indiqua la salle de bains avant de lui souhaiter bonne nuit. Castiel prit une douche rapide et brûlante, se lava les dents puis se changea pour la nuit. Il se glissa ensuite sous les couvertures et prit son portable. Il le déverrouilla et fut surpris de constater qu'il avait un message de Dean. Il hésita une seconde à l'effacer sans le lire. Il ne savait pas s'il était prêt à le regarder pour le moment. La séparation était trop récente et trop douloureuse. Il renonça toutefois au dernier moment et ouvrit finalement le message. Il était court et concis.
« J'espère que tu es bien arrivé à Chicago. Merci pour tout. »
Castiel sentit sa gorge se nouer alors qu'il relisait plusieurs fois le message. Il se mordilla la lèvre inférieure en appuyant sur le bouton pour répondre. Il ne savait pas quoi dire mais il ressentait le besoin de signifier à son ex compagnon qu'il était effectivement chez son frère et que rien ne lui était arrivé en cours de route. Il soupira.
« Je suis arrivé ce soir. Tout va bien. Et pour toi ? »
Il reposa ensuite son téléphone sur la table basse et passa un de ses bras sous l'oreiller. Il savait qu'il aurait les pires difficultés du monde à s'endormir maintenant qu'il avait vu le message de Dean. Il était totalement incapable de ne pas penser au jeune homme. Il avait vraiment envie de l'oublier. De ne plus se souvenir des moments passés ensemble, des expériences partagées et des confessions faites le soir dans leur chambre d'hôtel. Il pouvait encore sentir la main de Dean le touchant et lui arrachant un orgasme puissant. Même s'il savait que rien n'était possible entre eux, il continuait d'y penser constamment. Il espérait que le temps finirait par arranger les choses. Il était sur le point de fermer les yeux quand son téléphone vibra sur la table de nuit. Il l'attrapa aussitôt et sourit malgré lui en voyant qu'il avait reçu un nouveau message de Dean.
« Je suis à Memphis. Rien à signaler de mon côté. Je suis désolé d'avoir du partir aussi vite. Tu me manques. »
C'était les trois mots que Castiel avait rêvé d'entendre dans la bouche du jeune homme sans réellement le savoir jusque là. Il savait que ses sentiments n'étaient pas partagés par Dean. Il ne serait jamais amoureux de lui. Parce qu'il aimait toujours Benny et que cela ne risquait pas de changer de si tôt. Mais il aimait l'idée d'avoir compté pour lui. D'avoir eu de l'importance. Même si cela rendait les choses plus dures encore à supporter.
« Tu me manques aussi. » répondit-il.
Il colla ensuite son téléphone contre son front, se tourna sur le dos et ferma les yeux. Il savait que ce n'était pas une bonne idée de continuer à parler avec le jeune homme. Il voulait avancer et il devait tirer un trait sur toute cette histoire. Il aurait du effacer le numéro de Dean de son répertoire et passer à autre chose. Mais il était amoureux. Il supposait que cela excusait sa stupidité pour le moment. Quand son téléphone vibra contre son front, il sursauta et regarda aussitôt l'écran.
« Cas, je ne sais pas quoi te dire. J'espère juste que tu trouveras ce que tu cherches à Chicago. Sois heureux. C'est tout ce que je demande. »
Cela sonnait comme un nouvel au revoir. Comme un adieu. Castiel ne savait pas quoi répondre. Il ne pouvait pas souhaiter à Dean d'être heureux lui aussi. Il savait que ce n'était pas possible du moment qu'il serait recherché. Il réfléchit pendant de longues secondes et finit par composer le numéro du jeune homme. C'était idiot. C'était exactement ce qu'il ne devait surtout pas faire. Mais il ne pouvait pas rester sans répondre. Et il doutait de pouvoir le faire par message. Il avait besoin de parler à Dean. De lui dire certaines choses de vive voix avant de tirer un trait définitif sur lui.
- Cas, tu ne devrais pas m'appeler, lança le jeune homme quand il décrocha.
Castiel hocha la tête. C'était une évidence. Mais il n'avait pas pu se retenir de le faire. Pas quand il pouvait deviner la détresse du jeune homme à travers son dernier message. C'était plus que ce qu'il pouvait supporter.
- J'avais besoin d'entendre ta voix … de te parler une dernière fois.
- Pour me dire quoi ?
C'était là la question que Castiel redoutait. Car il n'avait aucune idée de ce qu'il voulait dire exactement à Dean. Il ne pouvait pas lui confesser les sentiments qu'il avait pour lui. Même s'il savait que le jeune homme s'en doutait. Il n'était pas prêt à mettre des mots précis sur ce qu'il ressentait. Il déglutit avec peine puis se redressa dans son lit et s'appuya contre le mur derrière lui.
- Tout ce que j'aurais du te dire avant qu'on se sépare. Toutes les choses que j'ai gardé pour moi et qui me rendent complètement dingues.
- Cas, ne rends pas les choses plus dures qu'elles ne le sont déjà.
Castiel avait envie de répondre que c'était trop tard pour cela. Qu'il souffrait déjà comme un fou et qu'il doutait de pouvoir compliquer la situation en se montrant honnête. Mais il ne dit rien. Il avait Gabriel pour le soutenir. Dean était seul. Il ne voulait surtout pas rendre les choses difficiles pour lui quand il n'avait personne sur qui se reposer. Castiel n'était pas quelqu'un d'égoïste.
- Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? Après Memphis, je veux dire.
Il savait que Dean apprécierait le changement de sujet de conversation.
- Je pensais rallier Detroit d'ici quelques jours et peut être tenter ma chance au Canada après ça. J'ai entendu dire que Montreal était particulièrement agréable à cette période de l'année.
Castiel avait toujours rêvé de se rendre au Canada. Il savait que le pays était plus tolérant que les Etats Unis concernant l'homosexualité. Il pourrait probablement se faire une vie là bas. Mais il savait que ce n'était pas envisageable. Car Dean n'était pas en train de l'inviter à le rejoindre. Il soupira longuement. D'ici quelques jours, le jeune homme serait à moins de cinq cent kilomètres de lui. Il serait encore dans le même pays et ils ne seraient séparés que par une journée de voiture. Ensuite, il disparaitrait de l'autre côté de la frontière et ils ne se reverraient jamais. Montréal. Castiel se demandait si Dean envisageait de s'installer de façon définitive là bas.
- Le Canada alors ? Je croyais que tu refusais de passer la frontière, rappela t-il.
- Les contrôles sont extrêmement stricts entre les Etats Unis et le Mexique. Ils sont moins systématiques entre les Etats Unis et le Canada. J'ai une chance de passer sans attirer l'attention et ensuite … ensuite je verrais ce que ce pays peut m'offrir. Je suis fatigué d'être ici … fatigué de voir les mêmes choses encore et encore. J'ai envie de changer d'air. De tenter ma chance ailleurs.
Castiel savait que Dean ne lui disait pas tout. Ce n'était pas uniquement un changement de décor qu'il recherchait en quittant le pays. C'était la sécurité. Une chance de ne plus être suivi par ceux qui voulaient le détruire. Il espérait disparaître à l'étranger et pouvoir enfin se poser quelque part. C'était paradoxal pour quelqu'un qui avait déclaré ne pas vouloir d'attaches.
- J'espère que tu trouveras ce que tu cherches là bas, lâcha Castiel, en reprenant les mots que Dean lui avaient envoyé par message.
Il avait réellement envie de croire que le plan du jeune homme était le bon. Qu'il avait une chance de mettre un terme à sa cavale en quittant le pays. Le Canada était peut être la solution à tous ses problèmes. Même si c'était beaucoup trop loin de Castiel à son goût.
- Ce sera toujours mieux qu'ici hein ? Lança Dean, visiblement déterminé.
Castiel hocha la tête avant de réaliser que le jeune homme ne pouvait pas le voir. Il se racla alors la gorge et se passa une main sur le visage.
- Tu comptes rester quelques jours à Detroit ou tu veux tenter de passer la frontière immédiatement ?
Il savait exactement pourquoi il posait cette question. Depuis qu'il avait réalisé que Dean ne serait qu'à quelques heures de voiture de lui, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était possible de le voir une dernière fois. Cela ne lui apporterait rien de bon. Mais une nouvelle fois, c'était plus fort que lui.
- Je vais avoir deux trois détails à régler avant de partir. J'espérais pouvoir trouver une voiture d'occasion à acheter. Je ne vais pas pouvoir continuer à reposer sur la générosité des gens. J'aurais besoin d'un véhicule une fois au Canada. L'hiver est rude là bas et je ne pourrais pas rester éternellement dehors à attendre que quelqu'un veuille bien me conduire quelque part. Ca risque de me prendre quelques jours.
Castiel avait donc une opportunité de le revoir. Et l'espoir qui grandissait en lui le rendait complètement dingue. Car il était stupide et inutile. Il était cruel. Dean n'avait pas besoin de lui pour traverser la frontière et Castiel devait absolument commencer à réfléchir sur son avenir. Mais il avait besoin de revoir le jeune homme une dernière fois. Juste pour pouvoir lui dire adieu correctement. Ils s'étaient quittés dans la précipitation et ils n'avaient pas eu l'occasion de se dire tout ce qu'ils avaient à se dire. Castiel avait besoin d'une conclusion à leur histoire. Quelque chose qui lui permettrait d'avancer sans se pencher constamment en arrière.
- Je pourrais venir te voir, suggéra t-il alors. Juste pour te dire au revoir. Chicago n'est pas loin de Détroit.
Il ne s'attendait pas à une réponse immédiate de Dean et quand il n'obtint que du silence, il ne fut pas surpris. Il se contenta d'attendre patiemment que le jeune homme réfléchisse à sa proposition. Il allait probablement refuser et Castiel devrait argumenter pour obtenir une réponse positive. Il était prêt à supplier s'il le devait. C'était dire à quel point il était désespéré et pathétique.
- Ce n'est pas une bonne idée … c'est trop dangereux pour toi comme pour moi. Je ne veux pas qu'on prenne des risques inconsidérés.
Ce n'était pas un refus. Plus important encore, Dean n'avait à aucun moment laissé entendre qu'il n'avait pas envie de le voir. Ce qui était définitivement une bonne nouvelle. Castiel prit quelques secondes pour trouver la bonne chose à dire. Il n'aurait pas de deuxième chance de convaincre son ex compagnon. Il devait saisir cette opportunité.
- Je prendrais un motel différent du tien et je m'enregistrerais sous un faux nom. Je veux juste … je veux juste pouvoir te voir une dernière fois avant que tu ne partes au Canada. Je sais qu'une fois que tu seras là bas, on ne se reverra plus jamais. Et je ne compte pas t'empêcher de faire ce que tu veux faire. J'ai juste … j'ai juste besoin de te dire adieu une bonne fois pour toute. Ensuite, je reviendrais ici et je reprendrais le cours de ma vie. Tu ne peux pas me dire non.
- Cas, ce n'est pas une bonne idée.
Castiel pouvait sentir que le jeune homme était sur le point de céder. Il avait de toute évidence envie lui aussi de le revoir. Mais il refusait de laisser l'espoir fou que ses sentiments puissent être partagés rendre plus difficile encore leur future séparation. Il devait garder le contrôle sur ses émotions. Il se passa la langue sur les lèvres avant de reprendre la parole.
- Je ne prendrais aucun risque. Je n'emprunterais aucune grande route et je t'enverrais un message quand je serais arrivé. Je te retrouverais dans un endroit que tu juges sûr. Je ne ferais aucune vague et je serais le plus discret possible. S'il te plait Dean … je ne veux pas que notre histoire se termine comme ça. Pas après une séparation sur le parking d'un motel. Pas au téléphone non plus. Je suis prêt à t'oublier mais pas avant de t'avoir revu une dernière fois.
Il savait que ce qu'il disait trahissait la nature de ses sentiments pour le jeune homme. Mais il ne savait pas comment faire autrement. Il devait convaincre Dean de le laisser venir.
- Ok Cas … ok, j'aime assez l'idée de te voir une dernière fois.
Castiel dut se retenir d'hurler de joie en entendant son ex compagnon. Il ne voulait pas alerter Gabriel. Il se contenta de serrer le poing et de sourire. Il savait que revoir Dean serait difficile. Mais c'était également une bonne opportunité de lui dire enfin ce qu'il avait sur le cœur. Il estimait qu'il était nécessaire pour lui d'avouer ses sentiments au jeune homme avant de le laisser partir. Même si cela ne changerait rien. C'était juste un moyen de mettre un terme à leur histoire. Il voulait la conclure correctement. Il savait qu'il serait incapable d'en faire son deuil dans ses circonstances.
- Parfait … tu … quand penses-tu être sur place ? Demanda t-il.
Il avait besoin de tout planifier pour ne surtout pas se laisser submerger pour la joie qu'il ressentait à l'idée de revoir Dean. Il avait toujours été quelqu'un de logique et de prévoyant. S'attarder sur les détails techniques lui permettait de garder la tête froide et de rester concentré.
- Je pensais prendre le train. Il y en a qui part dans deux jours. J'ai dix heures de voyage et une nuit à passer à bord. Je pense pouvoir être à Detroit d'ici trois jours … probablement en fin de journée. Je t'enverrais un message quand je serais sur place.
- Parfait, je partirais jeudi matin et si tout va bien, je serais là bas dans l'après midi. J'aurais le temps de trouver un motel pour quelques nuits.
Castiel avait deux jours pour planifier son voyage et mettre Gabriel au courant. Il savait d'ors et déjà que son frère ne serait pas emballé par son plan. Mais il était adulte et parfaitement capable de prendre ses propres décisions. Même si elles étaient stupides. Il était prêt à affronter les conséquences.
- On se voit là bas alors, lança Castiel en souriant.
- On se voit là bas, confirma Dean. Bonne nuit Cas.
- Bonne nuit.
Castiel raccrocha alors le téléphone et le reposa sur sa table de nuit. Il ne réalisait pas encore totalement qu'il était à trois jours de revoir Dean. Il n'en revenait pas d'être aussi heureux à l'idée de pouvoir passer encore un moment avec le jeune homme. Ils n'étaient séparés que depuis quelques jours mais son absence était extrêmement douloureuse. Castiel n'aurait jamais cru pouvoir développer des sentiments aussi intenses pour un homme qu'il connaissait à peine. Il ne connaissait par tous les détails de ce que son ex compagnon avait traversé. Pourtant, il avait la sensation d'être relié à lui d'une certaine manière. C'était étrange. Il n'avait jamais réellement cru au grand amour. Il était raisonnable et cartésien. Il ne connaissait personne ayant connu la même chose. Ses parents s'étaient mariés parce que c'était ce qu'il y avait de plus raisonnable à faire. Ses frères n'avaient fréquentés que des femmes qui correspondaient aux standards imposés par leurs parents. Anna n'avait jamais eu d'histoire sérieuse. Castiel n'avait aucune idée de ce qui était normal ou non dans ce genre de situations. Il supposait qu'on ne pouvait pas vivre une séparation facilement quand on était amoureux. Mais ce qu'il ressentait lui paraissait disproportionné et trop intense. Peut être était ce du au fait que Dean pouvait être tué à chaque instant ? Castiel ne savait pas trop quoi en penser. Il aurait réellement aimé avoir une vague idée de ce qu'il devait faire. Mais il avançait à tâtons et c'était une grande première pour lui. Il songea alors à ce que ses parents diraient de lui en apprenant ce qu'il avait vécu et ce qu'il s'apprêtait à faire. Ils seraient probablement choqués d'apprendre qu'il était tombé amoureux d'un homme. Mais même s'ils avaient été un peu moins intolérant, ils n'auraient certainement pas approuver le choix de leur fils. Dean ne correspondait à aucun de leurs standards. Il n'était pas riche. Il n'avait aucun diplôme. Il était parfois vulgaire et complètement insouciant. Ses préférences sexuelles les auraient très certainement choqués également. Cela aurait sans nul doute du faire paniquer Castiel. Mais ce n'était pas le cas. Bien au contraire. Il était amusé de savoir qu'il était sur le point de retrouver un homme que ses parents auraient détesté sans même prendre le temps de le connaître. Ils auraient condamnés son choix de vie, sa façon de parler ou de se comporter. Mais ils auraient été totalement incapables de voir chez lui ce que Castiel voyait. Dean était un homme courageux et fort. Il était intelligent et drôle. Il était également fragile mais il faisait tout son possible pour que cela ne se voit pas. Il avait choisi de sacrifier sa vie pour que son frère et son « oncle » soient en sécurité. Il faisait passer les intérêts des autres avant les siens. Bien sur, il avait commis des erreurs. Il avait été en prison. Il avait rejoint l'organisation d' « Al » de son plein gré. Mais cela ne faisais pas de lui quelqu'un de mauvais. Bien au contraire. Castiel était fasciné par lui. Fasciné par tout ce qu'il avait appris sur son passé et parce qu'il lui restait encore à apprendre. Il ne savait pas s'il en aurait l'occasion au cours de son voyage à Détroit. Mais il aimait l'idée que Dean accepterait de se confier un peu plus longuement à lui sur place. Après tout, ils ne se reverraient plus jamais après ça. Ils ne se reparleraient plus. Dean vivrait sa vie quelque part dans un pays étranger et Castiel construirait la sienne à Chicago. Ils finiraient peut être pas s'oublier mutuellement. Le jeune homme ne prendrait aucun risque en disant enfin toute la vérité à Castiel. Car il n'avait pas l'intention d'agir en conséquence. Il ne comptait pas se mêler de cette histoire. Il ne voulait pas mourir.
Castiel reprit son téléphone sur la table de nuit et se connecta à Internet. Il fit quelques recherches sur Detroit puis quelques unes sur Montreal. Il sourit en lisant quelques témoignages de gens ayant visité la ville. Il ouvrit alors un nouveau message et l'adressa à Dean.
« Fait intéressant : il peut faire jusqu'à moins vingt deux degrés Fahrenheit en hiver à Montreal »
Il envoya ensuite le message et attendit patiemment la réponse. Son téléphone vibra quelques minutes à peine plus tard.
« Fait plus intéressant encore : il y a eu treize mille homicides volontaires au Etats Unis l'année dernière contre cinq cent cinquante au Canada. »
Castiel sourit de plus belle et enchaîna avec un nouveau message.
« Le froid y est sans doute pour quelque chose. »
Une nouvelle fois, la réponse ne se fit pas attendre.
« Dors Castiel. On en reparlera dans trois jours. Mais crois moi, inutile de peser le pour et le contre durant des lustres pour savoir que le Canada surclasse les Etats Unis dans tous les domaines ! »
Castiel n'en doutait pas. Il observa le message durant de longues secondes avant de verrouiller son téléphone et de le reposer sur sa table de nuit. Il aimait la façon que Dean avait eu de répondre du tac au tac à ses messages. Il espérait que cela signifiait qu'ils étaient réellement amis. Il aurait voulu beaucoup plus mais il était prêt à se contenter de ce qu'il avait. Dans trois jours, il reverrait le jeune homme. Il pourrait alors obtenir des réponses à toutes les questions qu'il se posait. Peut être pourraient ils s'entendre pour se revoir un jour. Castiel n'était pas contre l'idée de faire un tour au Canada. Il attendrait que Dean se soit installé avant de le faire bien sur. Mais il avait envie de croire que tout était possible. Si le jeune homme trouvait enfin en lieu où il se sentait bien et où il envisageait de rester un long moment, il pourrait lui rendre visite. Ils resteraient amis même s'ils ne se voyaient que rarement. Castiel savait que cela ne l'aiderait pas à se débarrasser des sentiments qu'il avait pour le jeune homme. Mais il y penserait le moment venu. Pour l'instant, il voulait profiter de la joie qu'il ressentait à l'idée de revoir Dean. Il savait que sa façon d'oublier les risques qu'il courrait à chaque fois qu'il passait du temps avec le jeune homme était une mauvaise chose. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Bien sûr, l'incident avec Edgar était encore gravé dans sa mémoire. Il savait que s'il n'avait pas été amoureux de Dean, il aurait probablement totalement paniqué après ce qui s'était passé. Mais ses sentiments effaçaient tout le reste pour le moment. C'était idiot et ridicule. Castiel en était conscient. Il finirait sans nul doute par le regretter à un moment ou à un autre. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'être heureux à l'idée de revoir son ex compagnon. Il sourit à nouveau puis ferma enfin les yeux. Quand il s'endormit, il avait toujours un large sourire sur les lèvres. Il était presque sûr qu'il aurait mal aux joues le lendemain.
