Bonjour,

Nous voilà à la moitié de cette histoire déjà ! 20 ème chapitre et petit avertissement : évocation de viols et tortures dans ce chapitre.

Je n'ai pas pu répondre à vos derniers messages car j'ai une nouvelle fois eu une fin de semaine complètement folle. Veuillez m'en excuser et merci de m'avoir écrit. je tâcherais de vous répondre cette fois.

Bonne lecture à tout le monde

Sydney8201

Musique du chapitre:

No bravery de James Blunt

Chapitre 20 : Sombres aveux

« Il y a des cicatrices qui saignent encore plus que les plaies elles-mêmes »

Jean Marie Adiaffi

Castiel observa Dean pendant ce qui lui semblait une éternité avant que le jeune homme ne rouvre enfin les yeux. Il semblait avoir des difficultés à faire le point et à comprendre où il se trouvait. Il ramena ses bras contre son torse, toucha son tee-shirt et grimaça une seconde, visiblement surpris d'être à nouveau habillé. Castiel lui laissa le temps nécessaire pour se souvenir de ce qui s'était passé mais posa une main sur son épaule pour lui faire comprendre qu'il était toujours là.

Alastair n'était toujours pas revenu de son petit rendez vous et personne n'était entré dans la pièce depuis son départ. Castiel en avait été soulagé. Il était temps pour eux de mettre un plan au point pour s'échapper de cet enfer. Mais avant de faire quoi que ce soit, il avait besoin que Dean retrouve ses esprits. Son expérience pouvait faire la différence. Il savait comment s'enfuir. Il l'avait fait un an plus tôt.

Castiel garda les yeux rivés sur le jeune homme pendant de longues minutes. Il savait que le temps leur était compté mais il ne trouvait pas le courage de bousculer son ami. Il avait vécu quelque chose d'extrêmement difficile et il aurait été dangereux de le braquer et de le perdre à nouveau.

Dean étudia pendant de longues secondes le tee-shirt qui recouvrait à présent son torse avant de tirer dessus et de lever sa tête pour voir les hématomes qui se trouvaient sur sa peau. Castiel grimaça à son tour en les voyant. Certains étaient réellement impressionnants. Il était terrifié que le jeune homme ait des côtes de cassées et qu'une d'elles perfore ses poumons. Mais il ne pouvait pas s'en assurer sans faire passer de radio à son ami. Il en allait de même pour son poignet qui le lançait toujours affreusement et pour son crâne qui était également douloureux. Ils devraient panser leurs plaies plus tard. Il n'avait pas ce luxe pour le moment.

Castiel caressa délicatement l'épaule de Dean, espérant attirer son attention mais n'obtint qu'un nouveau grognement. Le jeune homme laissa retomber sa tête en arrière et ferma les yeux une seconde avant de les rouvrir. Son visage était pâle et ses yeux voilés. Mais il était là. Il était conscient de tout ce qui l'entourait. Castiel le savait. C'était une bonne chose.

De longues minutes passèrent à nouveau avant que Dean ne finisse par s'asseoir sur le matelas. Il gémit en portant une main à son ventre puis une à ses cuisses et tourna enfin le visage vers Castiel. Quand il le vit, des larmes roulèrent aussitôt sur ses joues et il secoua la tête. Castiel pouvait deviner qu'il avait honte de ce qui s'était passé avec Alastair. Honte que son ami sache enfin la vérité sur les tortures qui lui avaient été infligées durant cette année passée dans cet enfer. Mais Castiel ne le jugeait pas pour cela. Il avait de la peine pour lui et il était terriblement en colère contre tous ceux qui lui avaient fait du mal. Mais il ne l'était pas contre Dean. Il ne pourrait jamais l'être. Le jeune homme avait été violé par Alastair. Il était une victime. Pas un coupable.

Castiel ne savait pas s'il devait le lui dire pour le rassurer ou se contenter de se taire pour ne pas le forcer à aborder ce sujet délicat. Il opta finalement pour la deuxième solution. Il refusait de contraindre Dean à lui parler s'il ne le souhaitait pas. Il s'assura juste que le jeune homme pouvait rester seul avant de se lever pour traverser la pièce.

Durant tout le temps passé à attendre que Dean reprenne connaissance, il avait étudié l'endroit où ils se trouvaient et réfléchi à des solutions. Il en avait trouvé une seule. Ils n'avaient pas d'armes mais ils avaient une chaise en bois. C'était mieux que rien. Castiel s'accroupit devant et regarda les pieds pendant quelques secondes. Il pouvait en détacher deux pour en faire des armes. Et il pouvait récupérer la corde afin d'attacher quiconque se présenterait à eux. C'était leur seule chance de sortir d'ici. Il attrapa la chaise par les pieds et commença à tirer dessus. Aussitôt, son poignet protesta contre le traitement reçu et il laissa échapper un gémissement. Derrière lui, Dean n'avait toujours pas bougé mais Castiel pouvait sentir ses yeux posés sur lui. Il continua de travailler sur la chaise jusqu'à ce qu'il parvienne à détacher deux pieds et à récupérer la corde. Il fit ensuite de nouveau face à son ami et retourna s'asseoir auprès de lui. Il posa ses deux armes de fortune entre eux et poussa un long soupire. Dean les effleura du bout des doigts avant de briser le silence qui s'était installé entre eux.

- La première fois qu'il m'a violé, c'était en prison, souffla t-il doucement.

Castiel ne s'était pas attendu à ce qu'il aborde ce sujet aussi rapidement. A vrai dire, il avait pensé qu'il chercherait à faire comme si rien ne s'était passé. Même si ce qu'Alastair avait fait avait tout changé entre eux. Le jeune homme semblait toutefois déterminé à éclaircir ce dernier point. Même si Castiel n'était pas sûr d'être prêt à entendre ce qu'il avait à dire. Surtout quand ils n'étaient pas encore en sécurité quelque part.

- C'était trois semaines après mon arrivée … deux semaines et demi après qu'on m'ait installé dans sa cellule, expliqua Dean en serrant le pied de la chaise dans une de ses mains.

Castiel hocha la tête pour lui signifier qu'il l'écoutait. Mais il ne trouvait rien à lui dire. Quels mots auraient pu adoucir les choses ? Il n'existait rien pour rendre la situation plus simple et plus facile à supporter. Un viol était une expérience traumatisante dont personne ne pouvait échapper indemne. Dean ne pourrait probablement jamais l'oublier. Castiel non plus.

- Il m'a forcé à … il m'a forcé à lui faire une fellation. J'étais dégoûté et … je crois que j'ai pleuré tout le long. Il a ri … et puis … ensuite … quelques jours plus tard, il m'a demandé de …

- Dean, le coupa Castiel d'une voix faible et tremblante.

Il pouvait sentir que le jeune homme avait beaucoup de difficultés à aborder ce sujet. Il ne voulait pas qu'il se force à le faire. Il ne voulait surtout pas que ses confessions le mettent dans un état similaire à celui que les actes d'Alastair avait provoqué quelques heures plus tôt. Il avait besoin du jeune homme pour s'en sortir. Et il avait besoin de lui lucide.

- Non, je … je crois que j'ai besoin de te le dire. J'ai besoin que tu saches, insista Dean après quelques secondes.

Castiel aurait du lui dire « non ». Il aurait du lui demander de garder tout ceci pour un moment plus approprié. Même s'il doutait qu'il en existe un. Toutefois, il lui fit signe de continuer. Il ne pouvait rien refuser au jeune homme après ce à quoi il avait assisté.

- Quand il m'a … pénétré … j'ai voulu mourir. J'y ai songé sérieusement pendant quelques minutes. C'était douloureux et écoeurant et je me sentais sale … tellement sale … je ne savais pas quoi faire pour faire disparaître le souvenir que j'avais de lui au dessus de moi … de son haleine et de son odeur. Et puis … j'ai réalisé que c'était exactement ce que j'avais redouté en arrivant en prison. Mais ensuite, je me suis dit que … j'avais évité le pire. C'était un seul contre la dizaine que j'avais redouté. Je connaissais la menace. Je savais exactement ce qu'il voulait et je savais comment le lui donner. J'ai accepté qu'il continue. Et il ne s'est pas privé. Pendant quatre mois, il a recommencé presque tous les soirs.

Castiel ne pouvait qu'imaginer ce que Dean avait pu ressentir en étant violé répétitivement par Alastair. Il savait que certaines victimes culpabilisaient parce qu'elles n'avaient pas su se défendre. Parce qu'elles n'avaient pas pu empêcher leur agresseur de prendre ce qu'il voulait d'elles. Et il savait que Dean ne faisait pas exception. La culpabilité du jeune homme était évidente dans la façon dont il avait de parler de ce qui lui était arrivé. Mais il se trompait. Il n'était pas responsable des horreurs qui lui avaient été infligées.

- Quand j'ai enfin été libre, j'avais la sensation de ne plus rien valoir. J'étais persuadé que tout le monde pouvait deviner ce qui m'était arrivé en me voyant. Je me sentais sali parce que j'avais accepté mon sort. Je refusais que Sam et Bobby puissent le deviner aussi. Je refusais de les voir. C'est pour ça que je suis retourné auprès d'Alastair. Je crois que j'espérais … je pense vraiment que j'espérais qu'ils finissent le boulot. Qu'il se lasse de moi et me tue. Qu'il me libère réellement. Je n'étais pas libre en sortant de prison. J'étais emprisonné par mes souvenirs, par ma culpabilité et par mon impuissance. J'avais la sensation d'être toujours enfermé. Mais ma prison n'avait pas de murs … elle n'avait pas de barreaux. Elle se trouvait à l'intérieur de ma tête et elle portait un nom. Alastair.

Castiel posa sa main sur le tibia du jeune homme qui était assis devant lui. Il avait peur qu'un contact plus intime ne l'effraie mais il ressentait le besoin d'établir un contact avec lui malgré tout. C'était le seul confort qu'il se sentait capable de lui apporter pour le moment.

- Il était tellement heureux de me voir revenir … tellement persuadé que je lui appartenais que j'ai fini par le croire. Il s'est montré plus délicat en dehors de la prison … plus tendre parfois. Mais je savais exactement ce que c'était. Peu importait les mots et les gestes, je savais que ce n'était pas normal. Je n'ai rien fait contre. Je me suis laissé aller et je l'ai autorisé à continuer. Parfois, il me félicitait parce que j'avais fait quelque chose qui lui plaisait vraiment et je me sentais tellement fier de moi. Quand j'y repense, j'ai envie de vomir. Je me déteste pour ça. Je me déteste tout court souvent.

Castiel devait l'arrêter avant qu'il ne finisse par dire clairement qu'il était coupable de tout ce qu'il avait subi. C'était insupportable pour lui de l'entendre se dénigrer de la sorte quand il était la victime et non le bourreau.

- Dean, peu importe ce que tu as pu penser à l'époque. Ce qu'Alastair t'a fait, ce n'est pas … ce n'est pas normal et c'est un viol. Tu ne dois surtout pas penser que tout est de ta faute. Tu n'es responsable de rien.

Dean secoua aussitôt la tête avant de se passer une main sur le visage.

- J'avais arrêté de dire non après les premières fois … je lui avais donné mon accord. Je …

- Tu n'étais pas consentant pour autant, le coupa Castiel d'une voix forte. Tu ne l'as jamais été même s'il avait réussi à te faire croire le contraire. Il t'a manipulé et a utilisé tes faiblesses et tes peurs pour obtenir ce qu'il voulait. C'est un viol.

Castiel espérait vraiment que ses mots feraient le chemin dans l'esprit de son ami et qu'il comprendrait qu'il se trompait sur toute la ligne. Alastair était réellement quelqu'un de doué pour avoir ainsi pu briser le jeune homme. Mais il ne le laisserait pas gagner. Il refusait de le voir sortir triomphant de cette histoire. Il était prêt à le tuer si c'était nécessaire.

- Tout ce qu'il a dit est vrai, tu sais. Il utilisait mon propre sang parfois … il l'utilisait pour faciliter les choses et … il m'est arrivé de … de prendre du plaisir. J'ai joui de nombreuses fois avec lui. Alors dis moi comment cela peut il être un viol si j'en ai retiré une quelconque satisfaction ? Jeta Dean en serrant les poings.

Castiel avait déjà affronté quelques victimes de viol durant un stage qu'il avait effectué comme volontaire à l'hôpital de Palm Springs. Il savait exactement ce qui se passait dans sa tête à présent. Et il avait une explication. Les médecins avec qui il avait travaillé lui avaient expliqué comment parler avec ces personnes. Comment leur faire comprendre qu'il était normal de réagir à une stimulation sexuelle même si elle était forcée. Il avait les mots adéquats. Mais les choses étaient nettement plus difficiles à dire quand on se sentait proche de la victime. Quand on l'aimait comme Castiel aimait Dean.

- C'est une réaction normale, tenta t-il finalement parce qu'il refusait de rester silencieux. Tu n'es pas le seul à qui cela est arrivé.

Dean ne semblait pas convaincu et Castiel ne voulut pas lui laisser le temps de dire quoi que ce soit de plus. Il enchaîna aussitôt.

- Dean, que tu l'aies accepté ou non, tu as subi une stimulation sexuelle qui a eu pour effet de te faire avoir un orgasme. C'est normal. Ton corps ne peut pas faire la différence entre un acte subi ou choisi. Il a réagi à un stimuli qu'il connaissait. Ce n'est pas de ta faute. Beaucoup de victimes de viol s'en veulent d'avoir atteint l'orgasme mais aucune n'est responsable de la manière dont son corps a réagi.

Bien sûr Dean ne le croyait pas. Il avait passé trop de temps à s'en vouloir pour parvenir à effacer cette culpabilité en quelques minutes. Mais Castiel refusait d'en rester là. Il avait encore des choses à dire. Des arguments à faire valoir.

- Chez certains hommes, une stimulation de la prostate peut à elle seule provoquer un orgasme et ce, sans qu'il y ait besoin d'un quelconque autre contact physique. Il suffit qu'Alastair ait, intentionnellement ou non, stimulé ta prostate pour que tu aies ressenti du plaisir physique. Mais il est évident pour quiconque prend quelques secondes pour te connaître que tu es encore traumatisé par ce que tu as vécu. Que tu as subi des tortures physiques et mentales et … il est évident que tu es une victime Dean. N'importe qui pourrait te le dire. Je suis sûr que Benny le pensait aussi.

C'était un coup bas d'évoquer l'homme que Dean aimait mais Castiel avait besoin d'arguments chocs pour faire prendre conscience à son ami de certaines choses. Et quand il vit le visage du jeune homme se tendre, il sut qu'il avait dit ce qu'il fallait. Benny avait du lui tenir le même discours à un moment ou à un autre de leur relation.

- Il disait toujours que je n'avais pas le choix. Que j'avais fait en sorte de survivre et qu'il m'en était reconnaissant parce que ça lui avait permis de me connaître … mais il … il ne savait pas tout. Il ne savait pas combien de fois j'ai supplié Alastair de me baiser juste parce que je croyais que c'était ce qu'il voulait, avança Dean dont les yeux étaient remplis de larmes.

Castiel prit une grande inspiration puis posa sa main libre sur la joue de son ami. C'était un risque et il sentit le jeune homme se tendre. Mais il ne chercha pas à échapper à son geste. C'était une première victoire.

- Tu l'as fait parce qu'il t'a manipulé Dean … il t'a fait perdre toute confiance et toute estime de toi. Tu avais fini par croire que tu lui appartenais et que tu lui devais ta vie. Tu ne dois pas t'en vouloir pour ça. Il savait exactement ce qu'il faisait avec toi.

Dean renifla une seconde alors que les larmes coulaient à nouveau sur ses joues. Castiel savait qu'il lui faudrait du temps et sans doute l'aide d'un professionnel pour parvenir à comprendre qu'il n'avait aucune raison de se sentir coupable. Mais il avait besoin d'entendre ces choses pour commencer. Besoin de l'entendre de la bouche de quelqu'un qui n'avait aucune raison de lui mentir. Qui n'en tirerait aucune satisfaction.

- Pourquoi est-ce que tu n'es pas dégoûté par moi Cas ? Pourquoi est-ce que tu continues de me parler après ce que tu as vu aujourd'hui ?

« Parce que je t'aime » n'était peut être pas la réponse idéale même si elle n'en était pas moins vraie. Mais Dean n'était pas encore prêt à l'entendre. Et Castiel n'était pas sûr d'être prêt à le dire. Il prit donc quelques secondes pour trouver les mots justes. Ceux dont Dean avait besoin pour comprendre enfin qu'il ne comptait pas partir … qu'il était là pour lui et qu'il se fichait de tout le reste.

- Parce que tu es la victime dans cette histoire. Parce que je sais que tu n'es pas coupable. Parce que tu es sans nul doute l'homme le plus courageux et le plus fort que je connaisse. Parce que tu me fais rire et parce que tu m'as donné un but … un objectif. Parce que tu es mon ami et que je ne te jugerais jamais sur ton passé. Parce que le monstre c'est Alastair et que j'ai envie de le tuer simplement en pensant à ce qu'il t'a fait … et parce que … parce que je tiens à toi Dean.

Il finit sa tirade essoufflé. Mais il était satisfait par ce qu'il avait dit. Il savait que le jeune homme avait apprécié ce qu'il avait entendu même s'il n'y croyait pas encore totalement. Il le devinait au petit sourire triste qui se dessinait sur ses lèvres charnues. Castiel avait bon espoir qu'il puisse un jour surmonter tous ses traumatismes et mener enfin une vie normale. Cela prendrait du temps bien sûr. Mais il y avait une lumière au bout du tunnel pour lui. Il était suffisamment fort pour y parvenir. Castiel était juste triste de savoir qu'il n'aurait jamais l'occasion de connaître ce nouveau Dean. Il ne pourrait que garder le souvenir de celui qu'il avait rencontré. De celui qui bataillait encore contre les souvenirs des horreurs qui lui avaient été infligées. De celui qui se croyait responsable de son propre viol. Et il devrait se raccrocher à l'image qu'il se faisait de cet autre Dean. Elle était à couper le souffle.

- Quand j'étais encore avec lui, expliqua Dean en posant ses yeux sur Castiel, je pensais souvent à la mort. Je l'attendais … je l'espérais même je pense. Mais je n'ai jamais pu passer à l'acte.

- Pourquoi ? Demanda aussitôt Castiel.

Dean haussa les épaules avant de pousser un très long soupire.

- Pour Sam … Bobby et pour ma mère. Je savais qu'ils voulaient me voir m'accrocher et me battre. Je leur ai fait si souvent faux bond. Je les ai déçu. Mais je voulais me montrer fort pour eux. Même si je ne devais jamais les revoir. Et puis ensuite, j'ai repris espoir grâce à Benny. Et maintenant … maintenant, il y a toi.

Il avait prononcé le dernier mot dans un murmure. Castiel sentit son cœur s'emballer aussitôt. Ce n'était pas une déclaration d'amour. Ce n'était pas ce qu'il attendait de toute façon. Mais il y avait de l'affection chez le jeune homme. De l'affection pour lui. Et c'était tout ce dont Castiel avait besoin pour se rassurer un peu plus encore sur son choix d'aider Dean.

- Je veux m'en sortir Cas … je veux vivre comme tous les autres. Et je parviens à croire que j'y arriverais la plupart du temps mais … quand je rêve de lui … quand je repense à tout ce qu'il m'a fait … je finis par douter. Je suis juste fatigué et … je me sens sale et j'ai honte. J'ai honte que tu aies du assister à tout ça. J'ai honte que tu m'aies vu comme ça.

- Dean, mon opinion sur toi n'a pas changé maintenant que j'ai rencontré Alastair. Et je peux te promettre qu'elle ne changera jamais.

- Comment peux tu en être sûr ? On ne se reverra probablement jamais après ça.

C'était la première fois que Dean évoquait cette possibilité aussi ouvertement. La première fois qu'il mettait des mots clairs et nets sur leur future séparation. C'était douloureux à entendre pour Castiel. Et cela lui donnait une furieuse envie de pleurer. Mais il ne pouvait pas se laisser submerger par ses émotions. Il devait se montrer fort pour le jeune homme.

- Je n'ai pas besoin de le voir pour savoir que tu t'en sortiras et que tu deviendras un homme extraordinaire. Tu auras une vie normale et tu pourras rencontrer quelqu'un … tu pourras avoir un travail et arranger les choses avec Sam et Bobby. Je le sais Dean. Je n'ai pas besoin de preuves. Il existe une lumière au bout de ce tunnel. Il te suffit juste d'accepter de la suivre. Et si le chemin te paraît encore long, ne perds surtout jamais de vue ton objectif. Je veux que tu me le promettes.

Dean hocha alors la tête puis posa sa main sur celle que Castiel avait toujours contre sa joue. Ils se regardèrent de longues secondes dans les yeux en silence. S'ils n'avaient pas été dans cet endroit horrible, Castiel aurait probablement embrassé le jeune homme à cet instant précis. Et il savait que le désir était partagé. Mais Dean n'avait pas besoin de ça. Pas après ce qu'il avait vécu aujourd'hui.

- Je te le promets, assura le jeune homme finalement.

Castiel lui sourit alors faiblement puis retira sa main de sa joue pour mettre fin au moment qu'ils partageaient et pouvoir se concentrer sur leur évasion. Car avant d'imaginer la suite, ils devaient sortir de cet endroit. Ils devaient s'échapper.

- Ils vont revenir, commenta Dean en laissant retomber sa main sur ses cuisses.

Il grimaça aussitôt et posa sa main libre sur ses côtes douloureuses. Castiel ignora la peur que ce geste fit naître au creux de son estomac. Il posa les yeux sur les deux pieds de chaises qu'il avait détachés et sur la corde qu'il avait posée à côté.

- Alastair va revenir et il terminera ce qu'il a commencé sans hésiter, ajouta Dean.

- Je ne le laisserais pas faire, répliqua Castiel.

Il n'avait pas l'intention de laisser cet homme torturer et violer Dean sous ses yeux. Il allait se battre et il espérait que le jeune homme en serait capable aussi. Il avait besoin de lui à ses côtés. Sinon, il n'avait aucune chance.

- Tu ne pourras rien faire … tu ne pourras pas … il est trop fort. On ne peut pas lui échapper, commenta Dean.

Sa respiration s'était sensiblement accélérée et Castiel devinait qu'il était en train de paniquer. Il savait que le retour d'Alastair dans sa vie avait détruit la détermination et la confiance qu'il avait accumulée durant l'année passée à se cacher d'eux. Mais ils devaient rester concentrés sur leur objectif. Ils ne pouvaient pas perdre de temps.

- Dean, Dean, regarde moi, exigea alors Castiel en attrapant les bras du jeune homme.

Ce dernier fuyait à nouveau son regard et pendant une seconde, Castiel eut envie de lui hurler de se reprendre. Mais cela n'aurait eu aucun impact positif sur son état. Bien au contraire. Il devait trouver un moyen rapide de le calmer.

- Dean, s'il te plait, regarde moi, ordonna t-il à nouveau.

Le jeune homme secoua la tête alors que sa respiration devenait de plus en plus saccadée. C'était comme si la conversation qu'ils venaient d'avoir n'avait pas eu lieu. Comme si les mots rassurants de Castiel étaient oubliés et qu'il n'y avait plus que les mauvais souvenirs et le traumatisme qu'ils avaient provoqué. Dean était en train de se renfermer sur lui même. Il anticipait les futures tortures qu'il pensait être sur le point de subir. Il allait bientôt se couper du monde extérieur pour se protéger. Castiel n'avait pas de temps à perdre. Il devait agir vite. Il relâcha alors un des bras de Dean pour lui saisir le menton et le forcer à le regarder. Les yeux de Dean était vitreux et voilés. Il était en train de le perdre.

- Dean, tu vas t'en sortir. Il ne te fera plus jamais de mal tu m'entends ? On va sortir d'ici et on va se battre … j'ai besoin que tu me crois et j'ai besoin que tu sois fort ok ? Juste pour cette fois … j'ai besoin de toi.

Il voyait bien la lutte que le jeune homme menait à l'intérieur de sa tête pour garder une emprise sur la réalité et ne pas sombrer dans l'état comateux qu'il avait connu quelques minutes plus tôt. Mais il semblait sur le point de perdre cette bataille. Et cela scellerait sans nul doute leurs destins à tous les deux.

- Dean, s'il te plait, s'il te plait, le supplia Castiel.

Il hésita une seconde à lui mettre une claque mais doutait que la violence soit une solution. Il avait très peu de temps pour réfléchir et il devait frapper un grand coup. Il prit alors une grande inspiration, ferma les yeux et vint coller son front contre celui du jeune homme.

- Ne me laisse pas seul Dean … ne m'abandonne pas … je t'aime. Je t'aime Dean et j'ai besoin de toi.

Il n'avait pas pensé prononcer ces mots et il n'était pas sûr qu'il s'agissait là d'une bonne idée. Mais il n'avait pas l'intention pour autant de les retirer ou de revenir dessus en cherchant à les adoucir. Il était amoureux du jeune homme. Peu importait que ce soit inapproprié ou voué à l'échec. C'était la vérité. Et il savait que Dean en avait conscience. Il savait que ce n'était plus un secret depuis un moment maintenant.

- Cas … tu … est-ce c'est vrai ? Demanda finalement le jeune homme d'une voix faible.

Castiel n'en revenait pas qu'il puisse encore en douter. Il savait que Dean n'avait aucune estime de lui même mais ses sentiments étaient plutôt évidents pour quiconque le regardait. Gabriel l'avait deviné à sa voix au téléphone. Alastair l'avait compris aussi. Il n'y avait que Dean qui pouvait en douter. Castiel sourit tristement.

- C'est vrai, répondit il, optant pour la sincérité.

Dean fronça les sourcils et son regard s'éclaircit quelque peu. Castiel était satisfait du résultat de son aveu. Il avait réussi à ramener le jeune homme à lui et cela valait toutes les souffrances qu'il endurerait prochainement à son départ. Cela valait son cœur brisé et la dépression qui l'accablerait très probablement.

- Mais pourquoi ? Demanda le jeune homme après quelques secondes de silence.

C'était cette même question encore et encore. Cette même incompréhension quand il recevait des marques d'amour et d'affection. Ce manque de confiance qu'il devait à Alastair et à la vie qu'il avait mené tous ces mois. Castiel se demandait parfois s'il avait été aussi dur pour Benny de prouver au jeune homme qu'il l'aimait également.

- Parce que tu es quelqu'un de bien.

- Je ne suis pas quelqu'un de bien, protesta Dean aussitôt, comme par réflexe.

Castiel prit une grande inspiration et ignora le découragement qui le gagnait à chaque fois que le jeune homme le contredisait sur ce point. Il ne pouvait pas baisser les bras. Pas maintenant.

- Est-ce tu croyais Benny quand il te disait qu'il t'aimait ? Demanda t-il alors.

Dean sembla avoir besoin de quelques secondes pour réfléchir et même s'ils n'avaient pas de temps à perdre, Castiel lui laissa ce moment pour rassembler ses idées. Le jeune homme finit par hocher la tête doucement.

- Pourquoi ? Demanda Castiel.

Castiel se demandait réellement ce que Benny avait pu faire ou dire pour le convaincre de la véracité de ses sentiments. Il avait du être confronté à Dean quand il était au plus mal et Castiel savait à présent à quel point il était difficile de lui faire entendre raison à ce moment là. Benny devait être quelqu'un d'extrêmement convaincant pour avoir réussi là où Castiel continuait d'échouer lamentablement.

- Il était comme moi … enfin pas comme moi vraiment mais … il faisait parti de cette organisation. Et si c'était quelqu'un de bien et certainement pas une des mauvaises personnes qui trainaient là, il était bien placé pour savoir quel genre de personne j'étais … quel genre de personne je suis toujours d'ailleurs. Ses sentiments étaient … ils étaient logiques … ils avaient un sens. Mais toi tu … tu es tellement différent de lui. Tu es tellement pure et … tu es lumineux et innocent et tu n'as jamais rien fait de mal. Je ne comprends pas comment quelqu'un comme toi peut aimer quelqu'un comme moi. Ca n'a aucun sens, plaida Dean.

Castiel pouvait sentir qu'il était sincère et qu'il pensait réellement ce qu'il disait. Mais Castiel savait qu'il se trompait. Benny n'était pas tombé amoureux de lui parce qu'il ne pouvait pas trouver mieux ou parce qu'ils avaient partagés les mêmes expériences à plusieurs détails près. Il était tombé amoureux de Dean pour les mêmes raisons que lui. Parce que le jeune homme était fort, courageux, drôle et séduisant. Parce qu'il était unique.

- L'amour n'a pas à avoir de sens Dean. Les sentiments ne se contrôlent pas. On ne peut pas décider de tomber amoureux de quelqu'un ou de ne plus avoir aucun sentiment pour cette même personne simplement parce que c'est difficile ou qu'on est trop différents. Je n'ai jamais été amoureux mais je sais que je t'aime. Je n'ai aucun doute sur ce point. Peu importe que nous ayons eu des histoires différentes et peu importe ce que tu as fait ou subi par le passé. Je suis tombé amoureux de la personne que tu es aujourd'hui. Une personne qui est capable de tout sacrifier pour les gens qu'elle aime. Une personne qui a subi le pire et continue de croire en le meilleur. Une personne courageuse et blessé. Mais une personne qui continue de se battre. Je t'aime pour ce que tu es Dean … pour ton passé, ton présent et ton futur. Je t'aime avec tes cicatrices, tes erreurs et tes faiblesses. Je t'aime et c'est tout.

Il n'avait jamais tenu un tel discours et n'avait jamais imaginé le faire un jour. Mais les mots étaient sortis tous seuls. Il n'avait pas eu besoin de réfléchir et il n'avait pas hésité une seule seconde. Il était fier de lui. Il avait ouvert son cœur à Dean et il espérait que le jeune homme comprendrait qu'il ne cherchait pas embellir les choses simplement pour obtenir quelque chose de lui.

- Cas … tu as tort … tu vas souffrir … tu vas souffrir à cause de moi, protesta Dean faiblement.

Castiel haussa alors les épaules et sourit tristement.

- C'est le risque quand on aime quelqu'un. Mais ça fait partie de la vie et je suis prêt à en assumer les conséquences. Je ne regretterais jamais les sentiments que j'ai pour toi même s'ils me font souffrir à un moment ou à un autre. Pas plus que je ne regretterais un jour de t'avoir connu. Je te demande de me croire et de me faire confiance sur ce point. Je n'ai jamais été aussi sûr de moi qu'aujourd'hui.

Une nouvelle fois, c'était l'entière vérité. Et même si Dean n'était pas encore totalement convaincu, la flamme que Castiel aimait tant, brillait à nouveau dans son regard. C'était la première étape. La plus importante.

- Et même si je n'ai pas ton expérience ou ton passé, je suis loin d'être innocent et pure comme tu sembles le croire. J'ai commis des erreurs moi aussi. J'ai des regrets comme tout le monde. Tu ne dois pas m'idéaliser et me croire inaccessible Dean.

- Tu vaux mieux que moi.

- Non, je suis différent de toi. Mais je n'ai pas ton courage ou ta force. C'est pour ça que j'ai besoin de toi pour qu'on puisse sortir d'ici.

Dean finit par hocher la tête et Castiel sut qu'il avait gagné. Il relâcha alors le menton du jeune homme et déposa un très rapide baiser sur ses lèvres.

- On va sortir d'ici, d'accord ? Lança t-il en reculant.

Dean baissa les yeux sur les pieds de la chaise qui se trouvaient toujours entre eux.

- D'accord, accepta t-il.

Castiel se passa alors une main sur le visage puis dans les cheveux et grimaça quand ses doigts effleurèrent la blessure que Meg avait infligée à l'arrière de son crâne. Dean sembla alors réaliser qu'il souffrait et il fronça les sourcils, visiblement inquiet.

- Tu vas bien ?

Castiel n'était pas sûr de pouvoir dire qu'il allait bien. Mais il estimait que les choses auraient pu être pires. S'il avait une hémorragie cérébrale, il serait probablement déjà mort. Et il doutait d'avoir une fracture du crâne. Il n'avait plus de nausées et il savait que c'était là un des symptômes principaux.

- C'est pas grand chose … juste un coup sur la tête.

- Et ton poignet ? Qu'est-ce que … est-ce que c'est Alastair qui t'a fait ça ? Demanda Dean.

Castiel secoua aussitôt la tête, sentant la panique gagner à nouveau son ami. Non. Il n'avait pas fait tous ses efforts pour le perdre à nouveau.

- Non … je me suis tordu le poignet en cherchant à me libérer de mes liens. C'est probablement une petite fracture mais je vais bien. La douleur est supportable.

- Tu ne me le dirais pas si toutefois ce n'était pas le cas de toute façon, avança Dean.

- Probablement pas, avoua Castiel.

Dean sembla en colère contre le traitement qui lui était réservé mais il ne dit rien. Castiel repensa alors aux coups que le jeune homme avait reçu.

- Tu penses que tes côtes tiendront le choc si toutefois tu dois te battre ?

Castiel avait besoin du jeune homme en pleine possession de ses capacités physiques. Il savait que ce ne serait pas simple. Ils étaient tous les deux fatigués et affamés. Et ils souffraient. Mais ils allaient probablement devoir se battre et ils n'auraient pas plusieurs chances. Il devait saisir celle qui s'offrait à eux ou se préparer à mourir. Ce que Castiel refusait catégoriquement.

- Elles ont connus pire, commenta le jeune homme en soulevant son tee shirt.

Les hématomes sur son ventre et son torse étaient d'un rouge vif. Ils passeraient probablement par toutes les couleurs avant de disparaître. Mais Castiel savait qu'il pouvait avoir confiance dans les capacités de Dean. Il avait vécu bien pire que ça. Et cela lui brisait le cœur quand il y pensait. La plupart des personnes passaient leur vie sans jamais connaître de blessures graves. Dean avait connu les pires durant l'année passée auprès d'Alastair. La vie était définitivement injuste avec lui.

- Je pense qu'on devrait pouvoir les surprendre si on s'y prend bien. Il suffirait d'assommer l'un des gardes ou Alastair s'il revient. Tu connais cet endroit ?

Dean prit à nouveau quelques secondes pour réfléchir. Castiel comptait sur lui pour les guider à l'extérieur. Il avait été inconscient durant le voyage et il était incapable de dire où ils se trouvaient actuellement.

- Je suis déjà venu ici plusieurs fois avec lui. C'est une planque qu'il utilisait rarement et seulement en dernier recours. Mais je sais comment en sortir.

- Tu penses qu'ils sont nombreux ici ?

Dean haussa les épaules en réajustant son tee shirt pour qu'il couvre correctement son torse et son ventre.

- Peut être une dizaine. Si Alastair est là, il y aurait également sa garde rapprochée. Crowley et Meg notamment. Deux ou trois autres probablement.

Castiel repensa alors à ce que l'homme qui avait interrompu Alastair avait dit avant de lui demander de le suivre.

- Un homme est venu le chercher pour lui dire que Richard voulait lui parler.

Dean grimaça alors en se frottant le front du dos de sa main droite.

- Ce n'est pas une bonne nouvelle. Si Richard est là, Edgar ne peut pas être très loin. Ils ne se déplacent jamais l'un sans l'autre. Et ils sont particulièrement cruels l'un comme l'autre. Il faut espérer qu'ils seront repartis depuis tout en se préparant à les croiser.

Castiel n'aimait pas ce qu'il entendait mais il était satisfait de constater que le jeune homme était suffisamment lucide pour être capable d'établir la liste des personnes présentes. Il hocha la tête.

- S'ils discutent alors cela se fera dans le bureau d'Alastair … c'est au deuxième étage du bâtiment et suffisamment loin de nous pour qu'ils ne nous voient pas. Mais ils auront probablement posté des gardes à chaque sortie. Les cellules se trouvent au sous sol. Il nous faudra monter par les escaliers et remonter le couloir avant de pouvoir sortir. Ce sera compliqué mais c'est faisable.

Castiel aimait entendre un soupçon d'optimisme dans la voix du jeune homme. Il aimait qu'un plan soit déjà en train de se dessiner dans son esprit. Car cela signifiait qu'ils avaient une chance de s'en sortir. Et cela lui donnait de l'espoir.

- Ok, comment veux tu qu'on procède ? Demanda Castiel, laissant à son ami le choix de la méthode à suivre.

Il était le seul à avoir de l'expérience en ce domaine. Il devait absolument se reposer sur lui pour trouver un plan qui tenait la route.

- On va attendre que l'un d'eux revienne. Alastair enverra probablement un garde nous apporter notre repas. Il sera obligé d'ouvrir la porte et il faudra le surprendre. Ensuite, il faudra se montrer le plus discret possible. Tu resteras derrière moi et tu surveilleras nos arrières. Ok ?

Castiel ne pouvait qu'accepter de faire ce que Dean lui demandait. Il était incapable de sortir de cet endroit sans l'aide de son ami. Et il lui faisait entièrement confiance pour faire en sorte qu'ils ne prennent pas de risques inconsidérés. Même s'il était conscient qu'ils avaient peu de chances de s'en sortir vivants. Mais il voulait se battre. Il refusait de rester ici à attendre la mort.

- Si on parvient à atteindre la sortie sans nous faire tuer, on devra courir le plus rapidement possible et le plus loin possible. Tu t'en sens capable.

- Bien sûr, assura Castiel.

Dean hocha alors la tête à son tour et se laissa retomber sur le matelas. Il grogna quand ses côtes protestèrent puis posa un bras sur ses yeux et poussa un long soupire.

- C'est sans nul doute un plan voué à l'échec, constata t-il sombrement.

Castiel le savait mais il refusait de se montrer défaitiste. Ils avaient conscience des risques. Mais ils étaient prêts à se battre. Ils avaient besoin de se montrer optimistes à présent.

- Peut être mais c'est un plan qui tient la route, assura t-il.

Dean ne dit rien et Castiel prit son silence pour une acceptation de ses propos. Il attrapa alors un des pieds de la chaise et en testa le poids au bout de son bras. Il se leva ensuite du matelas et tenta quelques mouvements avec sa main blessée pour vérifier l'état de son poignet. La douleur était violente mais supportable. Avec l'adrénaline qui accompagnerait sans nul doute leur évasion, il se sentait capable de se servir de son bras sans problème. Il le paierait plus tard mais il ne pouvait rien faire contre pour le moment. Il était nettement plus inquiet pour les côtes de Dean. Si un morceau s'était détaché de l'ensemble, il pouvait parfaitement atteindre son poumon quand il bougerait. Il aurait peut être du en parler. Mais il doutait que cela change quoi que ce soit. Ils devaient sortir d'ici. Et ils ne pouvaient pas se laisser freiner par leurs blessures. Tout était question de confiance et de foi. Castiel avait malheureusement perdu sa foi depuis bien longtemps. Il le regrettait presque à présent. Si ça n'avait pas été le cas, il aurait sans nul doute pris un peu de temps pour adresser une prière silencieuse. Mais il savait aujourd'hui que Dieu n'existait pas … ou qu'il refusait de l'écouter si toutefois Il était là.

- Ca va aller … je sais que ça va aller, murmura t-il alors.

Il ne savait pas s'il adressait à Dean ou à lui même. Sans doute un peu des deux. Mais il avait besoin de prononcer ces mots pour ne pas se laisser gagner par la peur qui était présente en lui. Il n'avait jamais connu de situations réellement stressantes avant de rencontrer Dean. Les seuls moments de stress et de panique étaient ceux où ils devaient affronter un examen ou un devoir surveillé quand il faisait ses études. Ca n'avait rien à voir avec ce qu'il vivait en ce moment. Il avait la sensation de ne plus être la même personne à présent. C'était surréaliste et effrayant.

- Merci Cas, souffla alors Dean.

Castiel hocha la tête sans trop savoir pourquoi le jeune homme le remerciait. Peut être était ce pour son discours plus tôt. Pour sa présence ou simplement pour ses mots rassurants. Il jugeait que cela n'avait pas réellement d'importance. Les mots de son ami lui faisaient du bien. Peu importait leur origine ou la motivation qui se cachait derrière. Il sentit un mince sourire étirer ses lèvres à nouveau. Alastair avait eu tort de s'attaquer à Dean. Tort de le forcer à assister à ses tortures et surtout tort de le sous estimer. Il lui ferait payer d'une manière ou d'une autre. Car il refusait qu'un tel monstre puisse vaquer librement à ses occupations quand une de ses victimes luttait quotidiennement contre le traumatisme qu'il lui avait infligé. Il refusait que le monde soit aussi injuste et cruel. Il était sur le point de commencer une nouvelle vie si toutefois il survivait à leur évasion. Et il voulait que cette vie ait un sens. Il voulait faire quelque chose de bien. Le premier de ses objectifs concernait Dean bien sûr. Il allait s'assurer que le jeune homme puisse enfin avoir la vie qu'il méritait. Et pour cela Alastair devait disparaître. La prison paraissait être une sanction bien douce par rapport à ce qu'il avait fait. La mort était sans nul doute préférable. Castiel était surpris de le penser. Il avait toujours été opposé à la peine de mort. Mais il savait à présent à quel point les êtres humains pouvaient être cruels parfois. Et il était prêt à réviser son jugement pour Alastair. Il était même prêt à assumer le rôle de bourreau.