Bonjour,

Voici le 24ème chapitre déjà. Ca passe à une vitesse folle.

Je tiens une énième fois à remercier tous ceux et toutes celles qui continuent à me lire et à m'écrire. J'aurais aimé pouvoir vous répondre mais une nouvelle fois, j'ai eu une semaine de folie. Cette fois, les choses se sont tassées pour de bon et je vais enfin pouvoir répondre à tout le monde dès ce chapitre.

Bonne lecture à tout le monde

Merci en encore d'être fidèle

Sydney8201

Musique du chapitre :

My oh my de David Gray

Chapitre 24 : Confrontation

« Aucune violence n'a jamais ajouté à la grandeur des hommes »

Jean Guéhenno

Après avoir quitté Kearney, ils parvinrent à rouler jusqu'à Tulsa en Oklahoma. Dean prit le volant en premier avant de le laisser à Castiel pour l'après midi. Ils durent une nouvelle fois s'arrêter souvent pour soulager leurs muscles et ils finirent par rejoindre leur destination tard dans la nuit. Ils prirent une chambre dans un motel et Dean ne demanda même pas à Castiel s'il était d'accord avec le fait de partager un lit avec lui. Il n'y en avait qu'un dans la chambre et le jeune homme se glissa sous les couvertures sans attendre. Castiel s'installa derrière lui et l'attira contre son torse, n'écoutant pas les protestations de son épaule. Le lendemain, ils prirent le temps de soigner leurs blessures respectives. Les hématomes de Dean commençaient à s'atténuer alors que l'épaule de Castiel ne montrait toujours aucun signe d'infection. Il continuait pourtant à prendre des antibiotiques comme le jeune homme le lui avait conseillé et des antidouleurs à intervalles réguliers. Il avait toujours des nausées. Il savait qu'il était en train d'abimer son foie avec tous les médicaments ingurgités mais il voulait pouvoir se battre si toutefois il en avait besoin. Et cela impliquait que son épaule ne le fasse pas trop souffrir. Dean l'avait laissé appliquer la crème sur son ventre, son torse et ses cuisses. Ils ne parlèrent pas de ce qui s'était passé deux soirs plus tôt. Ils ne discutèrent pas de Sam non plus. Castiel avait su que le fait de coucher avec Dean n'aurait aucune conséquence sur leur relation. Il ne pouvait toutefois pas s'empêcher d'être sensiblement déçu.

Ils quittèrent Tulsa en début de matinée et roulèrent jusqu'aux abords de Dallas. Ils arrivèrent une nouvelle fois au milieu de la nuit et les mille kilomètres avalés dans la journée les avaient totalement épuisés. Ils prirent une nouvelle fois une seule chambre pour la nuit avec un seul et unique lit au milieu. Quand Castiel sortit de la douche pour rejoindre son ami sous les draps, il réalisa qu'il avait été idiot de penser que rien n'avait changé entre eux. Les choses étaient effectivement différentes entre eux. Ils ne se tenaient pas la main dans la rue et ne s'embrassaient pas dès qu'ils le pouvaient. Mais ils étaient plus proches. Sans avoir besoin d'en parler ou de se confier sur ce qu'ils ressentaient, ils avaient fait un pas dans la direction de l'autre sans hésiter. Dean lui faisait confiance. Il avait accepté ses sentiments à défaut de les comprendre. Castiel aurait voulu que cela puisse durer des semaines entières. Il aurait voulu avoir le temps d'apprécier ce qu'il avait enfin obtenu de la part de Dean. Mais ils ne pouvaient pas perdre plus de temps.

Le lendemain, quand ils eurent terminé de s'occuper de leurs blessures et pris un petit déjeuner express, ils quittèrent l'hôtel aux alentours de neuf heures. Il leur restait un peu plus de quatre cent kilomètres et quatre heures de route avant d'atteindre San Antonio. Alors qu'ils approchaient de leur objectif, Castiel sentit le stress monter en lui et lui nouer l'estomac. Il avait su dès le départ qu'ils n'étaient plus simplement en train de voyager pour le plaisir et qu'ils avaient un objectif défini qu'ils devaient atteindre. Mais il était facile de l'ignorer quand il était assis dans la voiture, Dean au volant, et qu'il regardait le paysage défiler sous ses yeux comme des dizaines de fois auparavant. C'était tellement similaire à ce qu'ils avaient connus ensemble avant que Dean ne lui dévoile la vérité. Rien n'avait changé si ce n'était eux. Les Etats Unis étaient toujours aussi vastes et les paysages aussi magnifiques. Mais pour Castiel et Dean, tout était différent. Il n'y avait plus la même insouciance. Plus la même joie de voyager sans but. Il n'y avait plus que détermination, empressement et angoisse. Castiel avait la tête qui tournait quand il y pensait.

Les panneaux se succédèrent bientôt sur la route, leur indiquant leur entrée prochaine à San Antonio. Castiel connaissait le plan. Ils en avaient discuté la veille. Ils allaient trouver un motel non loin de leur destination finale et y passer la nuit pour prendre des forces. Dean avait besoin de se procurer certaines choses dont il avait refusé de lui donner la nature. Castiel n'avait pas posé plus de questions. Il doutait d'aimer ce qu'il entendrait.

Il avait parfois l'impression qu'il existait deux personnalités distinctes au sein de Dean. Il y avait le jeune homme qu'il avait appris à aimer. Celui qui était brisé mais courageux. Celui qui se battait contre ses souvenirs et son passé. Celui qui était capable de le faire rire et dont le sourire illuminait entièrement le visage. C'était le Dean que Castiel aurait aimé voir plus souvent. Celui avec qui il avait fait l'amour et contre qui il se serrait chaque nuit avant de s'endormir.

L'autre Dean en revanche. Castiel avait parfois peur de lui. Il savait qu'il s'agissait d'une partie du jeune homme qu'Alastair avait modelé de ses mains ou avait révélé au grand jour à force de tortures et de souffrance. Il était celui qui ne parvenait pas à lutter contre le mal qu'on lui avait infligé et qu'il avait lui même infligé involontairement. Il était celui qui avait abattu Dick Roman et qui s'apprêtait à torturer un homme pour obtenir des informations cruciales. Ce Dean était violent et froid. Il était calculateur et terrifiant. Castiel ne l'aimait pas forcément. Même s'il ne pouvait pas nier sa présence au plus profond du jeune homme. Il n'était pas idiot au point de croire que tous les hommes étaient naturellement bons et que le monde autour d'eux se chargeait de les pervertir. Il savait que tous avaient en eux une partie sombre qu'ils parvenaient plus ou moins bien à gérer. Lui même avait connu des moments où la violence lui semblait la seule solution. Il n'y avait jamais cédé pourtant. La partie raisonnable de son cerveau s'y opposait vivement. Dean n'avait pas cette capacité à la faire taire. Il lui laissait libre court quand il en avait besoin. Parce qu'il était plus simple de la laisser prendre le contrôle quand les choses devenaient trop compliquées. Cela lui permettait de ne pas laisser sa violence envahir totalement sa personnalité et de faire de lui le même monstre qu'Alastair était. Le monstre qu'Alastair avait voulu faire de lui. Castiel savait que c'était cette partie du jeune homme à laquelle il serait confronté quand ils trouveraient l'homme qu'ils cherchaient. Et Castiel ne pouvait s'empêcher de redouter que son ami ne parvienne pas un jour à reprendre le dessus. Qu'il finisse par céder entièrement à ses pulsions et qu'il devienne totalement irrécupérable.

Ils finirent par trouver un motel aux abords de San Antonio. Castiel ne fut pas surpris quand son ami revint avec une seule clef et quand il ne vit qu'un seul lit dans la chambre. C'était leur nouvel arrangement et cela lui convenait tout à fait. Il n'était pas encore vingt heures quand ils posèrent leur sac dans la chambre. Ils prirent chacune une douche, s'occupèrent ensuite de leurs blessures et mangèrent en silence un nouveau repas trop gras et trop lourd pour Castiel. Il hésitait à cesser de prendre les antidouleurs pour éviter les nausées mais il doutait de pouvoir s'en passer. Il avait bien trop mal à l'épaule quand il ne les prenait pas et il ne serait d'aucune efficacité s'il y renonçait. Il parvenait à gérer plus ou moins bien ses haut le cœur à présent. Il avait toujours une bouteille de soda à proximité. Le sucre l'aidait à stabiliser son estomac. Il ne pouvait pas réellement se plaindre. Les choses auraient sans nul doute pu être bien pires.

Quand ils eurent terminés leur repas, Dean s'absenta deux heures pour aller récupérer ce dont il avait besoin pour le lendemain. Castiel ne le retint pas et ne demanda pas à l'accompagner. Il savait qu'il n'aimerait pas ce qu'il verrait et il refusait de se retrouver confronté à cette partie de Dean qu'il détestait tant qu'il n'y était pas obligé. Il passa le temps en regardant la télévision et en feuilletant un magasine de voiture que Dean avait acheté un peu plus tôt. Quand son ami revint avec un nouveau sac à dos visiblement plein, il ne posa aucune question. Il se contenta d'accueillir le jeune homme à côté de lui dans le lit, de déposer un baiser sur son front et de se blottir contre lui, sa tête appuyée contre son épaule jusqu'à ce qu'il s'endorme enfin.

Le lendemain, il se réveilla avec une migraine atroce. Il avala deux nouveaux antidouleurs puis la moitié d'une bouteille d'eau avant de se préparer pour la journée. Dean se réveilla peu de temps après lui. Il semblait lui aussi nerveux mais il paraissait le gérer mieux. Sans doute avait il plus l'habitude de ce type de situations.

Ils prirent un petit déjeuner rapide que Castiel eut les pires difficultés du monde à garder avant de prendre la voiture pour faire quelques repérages. Dean avait peur qu'Alastair ait envoyé des hommes sur place pour surveiller son ancien employé. Il avait besoin de s'en assurer. Ils garèrent donc leur voiture non loin de la caravane que l'homme habitait. Dean commença alors à expliquer à Castiel qui leur cible était et ce qu'il avait fait pour l'organisation d'Alastair.

Franck Devereaux était un homme étrange. Rien ne l'avait prédestiné à prendre part dans une telle organisation criminelle. Personne ne savait réellement ce qu'il avait fait par le passé ni même la profession qu'il avait exercé avant d'entrer au service d'Alastair. D'après Dean, c'était un véritable génie pour tout ce qui concernait l'informatique et la technologie dans son ensemble. Mais il souffrait également de bipolarité et de quelques troubles obsessionnels. Il était paranoïaque et s'était entouré d'un système de sécurité à faire pâlir la Maison Blanche. Il avait perdu sa femme et ses deux enfants quand il n'avait pas encore trente ans et était entré en guerre ouverte depuis contre toute forme d'autorité. Il s'était déjà attaqué aux serveurs du Gouvernement, de la CIA et du FBI. C'était comme ça qu'Alastair l'avait repéré. Il lui avait offert sur un plateau d'argent tout ce dont il pouvait avoir besoin pour mener la mission qu'il s'était fixée à bien. Il fournissait en échange des informations capitales à l'organisation. Il en savait plus que quiconque sur toutes les personnes importantes et pouvait trouver tout et n'importe quoi sur n'importe qui. Il était précieux pour Alastair. Mais quand les exigences de son « patron » s'étaient un peu trop écartées de sa conception idéaliste de son métier, il avait fini par démissionner. Castiel avait été surpris d'entendre qu'Alastair l'avait laissé faire mais Dean lui avait expliqué que Devereaux avait constitué une sérieuse assurance vie. Il avait stocké toutes les informations nécessaires pour faire tomber Alastair et son organisation. Il avait toutes les preuves suffisantes quelque part et personne n'était capable de mettre la main dessus. Personne sauf lui. Franck Devereaux était un idéaliste et un rêveur. Mais il était également organisé et supérieurement intelligent. S'il venait à être tué, les informations sortiraient au grand jour. Alastair était impuissant contre lui. Franck le savait et cela lui avait offert la possibilité de s'échapper sans trop de problèmes. Castiel avait du mal à comprendre ce qui avait pu motiver cet homme à faire le choix de travailler pour Alastair. Mais Dean n'avait pas toutes les réponses. Quand il avait rejoint l'organisation deux ans plus tôt, il avait rencontré Franck et s'était lié d'amitié avec lui. De toute évidence, le jeune homme était le seul que Devereaux appréciait réellement au sein de l'organisation. Il en était parti avant la mort de Benny et Dean avait souffert de son départ. Il aimait bien Franck. Il avait de l'affection pour lui. Il s'apprêtait pourtant à le torturer pour obtenir les informations dont il avait besoin. Sauf s'il parvenait à le convaincre de les lui donner. Il en doutait. Dean termina son explication en assurant à son ami que Franck, malgré ses erreurs et ses actes passés, était quelqu'un de bien. Castiel n'était pas rassuré par ce qu'il entendait.

Il aurait réellement préféré que cet homme soit un monstre comme Alastair. Il aurait été probablement plus à l'aise à l'idée de le voir souffrir. Mais ce n'était définitivement pas le cas. Devereaux était un homme qui avait cru pouvoir faire le bien à travers des actions douteuses. Un homme que la mort de sa famille avait brisé et rendu fou. Castiel détestait l'idée de lui faire plus de mal encore.

Ils restèrent de longues heures à surveiller les alentours avant que Dean ne soit rassuré. De toute évidence, Alastair n'avait envoyé personne surveiller Franck. Ils avaient une chance d'obtenir ce dont ils avaient besoin.

Ils retournèrent au motel pour déjeuner et faire une courte sieste. Ils prirent ensuite une douche puis s'occupèrent une dernière fois de leurs blessures respectives avant de se préparer à partir. Ils attendirent qu'il fasse nuit pour quitter le motel. Dean emporta avec lui le sac qu'il avait ramené la veille. Castiel ignora le bruit métallique que firent les objets à l'intérieur quand il les posa dans le coffre. Il ne voulait pas savoir. Même s'il y serait confronté rapidement sans rien pouvoir faire contre. Car il avait renoncé à rester en retrait durant cette soirée. Il allait aider Dean à obtenir les informations. Il ne comptait pas le laisser seul. Pas après toutes les promesses qu'il lui avait faite. Pas après avoir fait l'amour avec lui pour lui prouver qu'il était sérieux. Peu importait ce à quoi il allait assister. Il voulait croire qu'il était prêt. Même si c'était un mensonge et qu'il le savait. Ils avalèrent un sandwich sur la route que Castiel accompagna de deux nouveaux antidouleurs pour être sûr de ne pas trop souffrir. Il ignora la nausée et les douleurs d'estomac et assura à son ami que tout allait bien. Dean lisait clair en lui et devinait son mensonge. Mais il ne dit rien.

Ils rejoignirent la caravane de Franck dans un silence pesant et tendu. Castiel avait finalement réussi à se débarrasser de sa migraine. Il supposait que la quantité astronomique d'antidouleurs avalés y était pour quelque chose. S'il ne faisait pas une overdose, il irait probablement bien. Il ne put s'empêcher de sourire tristement en réalisant ce que sa vie était devenue.

Quand Dean gara la voiture, Castiel pouvait sentir son cœur battre trop fortement et trop rapidement dans sa poitrine. Il était en train de paniquer. Mais il devait reprendre le dessus. Il descendit du véhicule, déterminé à garder un maximum de contrôle sur ses émotions. Il attendit que Dean ait récupéré son sac à dos dans le coffre puis le suivit sur l'allée qui conduisait à l'entrée de la caravane. Les caméras les suivirent sur le chemin et Castiel savait qu'il était impossible d'entrer sans se faire remarquer. Dean comptait sur l'affection que Devereaux avait toujours eu pour lui et espérait que l'homme les laisserait entrer malgré ses tendances paranoïaques et ses nombreuses psychoses. Il frappa deux fois à la porte puis patienta en regardant la caméra au dessus de lui avec un sourire. Castiel resta docilement derrière lui, ses mains sorties de ses poches pour paraître le moins suspect possible. Ils attendirent de longues secondes mais n'obtinrent rien de plus que le silence. Dean prit alors une grande inspiration puis frappa à nouveau deux fois à la porte.

- Franck, je sais que tu es là … c'est Dean … tu te souviens de moi n'est ce pas ? J'ai besoin de ton aide ! Ouvre moi s'il te plait.

Castiel leva les yeux vers la caméra et se demanda une seconde s'il n'était pas le problème dans cette histoire. Franck connaissait effectivement son ami mais il n'avait aucune idée de qui il était. Il devait probablement le considérer comme une menace. Et il s'apprêtait à le signaler au jeune homme quand la porte de la caravane s'ouvrit de quelques centimètres ne laissant entrevoir que la moitié du visage de Devereaux.

- Mon garçon, tu as plutôt intérêt à avoir une bonne explication pour la présence de ton ami. Je ne le connais pas et si je me souviens bien, la dernière fois que je t'ai vu, tu travaillais toujours pour Alastair. Il est hors de question que je te laisse entrer sans une bonne explication.

Dean se tourna rapidement vers Castiel puis reporta son attention sur Franck.

- C'est un ami … il m'aide à faire tomber Alastair. Parce que je sais que tu sais que j'ai pris la fuite il y a presque un an … et je suis sûr également que tu te doutes de la raison de ma visite. J'ai besoin de toi Franck. J'ai besoin que tu m'aides.

Franck poussa un très long soupire avant d'ouvrir la porte un peu plus. Ce n'était pas suffisamment pour les faire entrer. Il était encore sur ses gardes.

- Je suis désolé pour Benny, expliqua alors Franck.

Dean avait vu juste. Devereaux savait exactement ce qui était arrivé depuis son départ de l'organisation que dirigeait Alastair. Et il semblait sincèrement désolé pour ce que le jeune homme avait subi. Castiel se sentit plus coupable encore à l'idée de l'utiliser pour obtenir les informations nécessaires.

- Merci Franck, souffla Dean, de toute évidence touché.

Devereaux hocha alors la tête puis ouvrit plus franchement la porte de sa caravane. Il ne les laissait pas entrer mais il semblait avoir accepté l'idée.

- Je sais que tu l'aimais … et je t'avais prévenu juste avant de partir. Les choses ne pouvaient pas bien se terminer pour vous. Tu aurais du m'écouter mon garçon. Tu aurais du m'écouter.

Ca ne sonnait pas comme un reproche. Il n'y avait aucune animosité dans le ton de Franck. Dean baissa la tête devant lui et haussa les épaules. Castiel savait combien il se sentait coupable de la mort de Benny. C'était idiot bien sur. Mais il ne lui en ferait jamais le reproche. Il savait qu'il réagirait de la même façon s'il arrivait quelque chose à Dean. Même s'il ne pouvait rien faire pour l'aider. C'était comme ça quand on aimait sincèrement une personne.

- Tu sais comment c'était pour moi là-bas. Ce n'était pas aussi simple … partir, m'enfuir … je n'y avais jamais songé avant lui, confia le jeune homme.

Franck hocha la tête puis s'écarta enfin de l'encadrement de la porte. Il leur fit ensuite signe de rentrer. Dean pénétra dans la caravane, Castiel sur les talons. Alors que Devereaux refermait la porte derrière eux, Castiel prit quelques secondes pour regarder autour de lui. L'endroit n'était pas grand mais il semblait relativement confortable. Une moitié de la caravane était aménagée avec un lit, une banquette, une table, une cabine de douche et une sorte de petite cuisine. L'autre moitié était totalement occupée par des ordinateurs. Castiel n'en avait jamais vu de tel. Il n'était pas forcément très calé en matière de technologie mais il savait à quoi pouvait ressembler l'ordinateur de Monsieur tout le monde. Ceux de Franck ne leur ressemblaient pas. Ils étaient ouverts et des fils en sortaient dans tous les sens, reliés à des écrans qui étaient tous éclairés. Des lignes et des lignes de codes s'y affichaient. Castiel n'aurait pas su dire ce qu'elles signifiaient. Il jeta un coup d'oeil à Franck qui prenait place derrière l'un des ordinateurs. Il se tourna ensuite vers Dean et croisa ses bras sur son torse.

- De quoi as-tu besoin ? Demanda t-il en fronçant les sourcils.

S'il acceptait de les aider, cela leur éviterait d'avoir recours aux extrémités que Dean avait évoqué rapidement quand ils avaient discutés de leur plan. Castiel croisait les doigts pour que cela se passe bien. Il ne voulait pas faire du mal à cet homme. Il avait été victime lui aussi d'Alastair. Il ne méritait pas de payer pour les erreurs qu'il avait pu commettre.

- J'ai besoin des documents que tu as sur lui, répondit alors Dean en jetant un coup d'oeil aux ordinateurs.

Franck secoua alors la tête et Castiel sentit son estomac se tordre en réalisant que ce ne serait pas aussi simple que ce qu'il avait espéré. Il priait toutefois pour que Dean parvienne à le convaincre malgré son refus initial.

- Je ne les ai pas et même si c'était le cas, je ne pourrais pas te les donner. Ils sont mon assurance vie et je n'ai pas envie de mourir. Je suis sûr que tu comprends.

- Franck, protesta Dean aussitôt.

- Non, je ne peux pas faire ça … Mais je peux t'aider. Laisse moi quelques minutes et je te fournirais une nouvelle identité. Je peux aussi en fabriquer une pour ton copain ou pour ta famille si toutefois tu en as une. Mais c'est tout ce que je ferais.

Castiel prit quelques secondes pour réfléchir à ce que Franck proposait. S'il en croyait ce que Dean lui avait dit, il était parfaitement capable de leur fournir de nouvelles pièces d'identité pour leur permettre de disparaître et de ne jamais être retrouvés par Alastair et ces hommes. C'était une solution. Mais Castiel savait que Dean n'accepterait jamais. Il ne voulait plus se cacher. Il ne voulait plus fuir. Il avait décidé de se battre et cela impliquait qu'il trouve les documents nécessaires pour faire couler Alastair.

- Franck, je veux le détruire … pas le fuir. J'ai tenté de lui échapper pendant un an et il m'a retrouvé. Il m'a retrouvé et … j'ai eu de la chance de pouvoir m'enfuir une nouvelle fois. Il est hors de question que je recommence à courir sans but. Je ne veux pas passer ma vie à me cacher. Je dois l'affronter et le faire tomber. Je sais que c'est ce que tu veux toi aussi.

Dean semblait réellement désespéré et Castiel comprit alors qu'il n'avait pas envie de faire du mal à cet homme. Mais il le ferait si toutefois il n'avait pas le choix.

- Bien sur que j'aimerais le voir payer pour ses crimes mais ce n'est pas aussi simple. Il saurait immédiatement d'où viennent tes informations. Et la police ne serait jamais assez rapide pour me mettre à l'abri. Je refuse de prendre ce risque.

- Je connais un agent du FBI qui pourrait te protéger. Il est efficace et il m'a promis de …

- Dean, non, le coupa Franck en se levant de sa chaise.

Castiel ne voyait pas comment les choses pouvaient s'arranger à présent. Il devinait que Devereaux ne changerait pas d'avis et il savait que Dean ne laisserait pas tomber non plus. Ils étaient dans une impasse et pour en sortir, le jeune homme allait devoir passer à la deuxième partie de son plan. Celle que Castiel redoutait plus que tout.

- Il a tué Benny … il l'a tué sous mes yeux Franck. J'ai du le regarder faire et ensuite … tu sais ce qu'il m'a fait subir durant tous ces mois. Bordel, tu étais là parfois quand il me frappait. Tu ne peux pas me dire de rester en arrière simplement parce que tu as peur pour ta vie. Tu sais que je ne peux pas l'accepter. Alors, s'il te plait … montre toi raisonnable.

Franck fronça les sourcils en dévisageant longuement Dean. Il ne semblait pas réellement effrayé par ce que le jeune homme lui disait. Castiel supposait que c'était du à ce qu'il avait vécu avec Alastair. Quand on était confronté au Diable en personne, on était forcément moins enclin à se laisser intimider par qui que ce soit d'autre.

- Sinon quoi Dean ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Tu es incapable de me faire du mal et je le sais. Maintenant, soit tu acceptes mon aide et je te fournis tout ce dont tu as besoin pour disparaître, soit tu pars de chez moi et tu oublies mon existence. Ok ?

Castiel vit Dean retirer le sac qu'il avait sur l'épaule pour le poser par terre. Le même bruit métallique que plus tôt lui arracha aussitôt un frisson. Il ferma les yeux une seconde pour chasser la peur qui le gagnait peu à peu. Quand il les rouvrit, Dean n'avait pas bougé. Mais il avait les yeux rivés sur Devereaux.

- J'ai été formé par le meilleur Franck. Il me voyait comme son élève quand je n'étais pas son punching-ball ou son esclave sexuel. Tu sais ce dont je suis capable. Ne me force pas …

Franck détourna alors les yeux. Puis il se pencha sensiblement en arrière, sa main glissant sous son bureau. C'était une erreur et Castiel le sut aussitôt. Il ouvrit la bouche pour prévenir Dean mais le jeune homme l'avait vu bouger également. Il s'élança dans sa direction et lui attrapa le bras. Le fusil que Franck avait saisi tomba alors par terre. Dean le fit ensuite tourner sur sa chaise et abattit son poing dans sa figure. Castiel fit un pas dans sa direction sans trop savoir quoi faire. Il s'était juré de ne pas intervenir mais il n'aimait définitivement pas ce qu'il voyait. Devant lui, Dean tenait toujours fermement Franck par les épaules et fouillait dans son sac. Il en ressortit des menottes dont il se servit pour attacher les mains de Devereaux derrière son dos et derrière la chaise. L'homme était sonné par le coup reçu et n'offrit aucune résistance. Quand il eut terminé de l'attacher, Dean se redressa et poussa un long soupire en secouant la tête.

- Franck, je ne veux pas te faire de mal … je te jure que j'aimerais sincèrement que les choses se passent bien entre nous. Mais tout dépend de toi. Je ne repartirais pas sans ces documents. Tu peux me les donner et t'épargner des souffrances ou tu peux continuer à refuser et m'obliger à te faire du mal, expliqua le jeune homme.

Devereaux ricana alors une seconde. Un hématome se formait déjà sous son œil, là où Dean l'avait frappé. Il ne semblait toujours pas effrayé par ce qui se passait. Castiel ne savait pas si c'était parce qu'il sous estimait le jeune homme ou parce qu'il était fou mais c'était une erreur.

- J'ai toujours refusé de croire que tu deviendrais comme lui. Je pensais qu'il y avait encore du bon en toi … surtout quand tu étais avec Benny. Mais j'aurais du écouter les autres. J'aurais du deviner que tu finirais par devenir aussi fou que lui, jeta Franck.

Dean s'agenouilla alors pour être à sa hauteur et lui saisit le menton dans une main. Ses doigts s'enfonçaient dans sa peau. Ca devait être douloureux. Castiel avait mal pour lui.

- Je ne suis pas comme lui … je ne le serais jamais, rétorqua t-il froidement.

- Alors pars. Prouve moi que tu n'es pas devenu un monstre comme il voulait que tu le deviennes et va t-en tant que tu n'as rien fait d'irréparable, plaida Franck.

Mais bien sûr, Dean ne partirait pas. Castiel le savait. Et alors que son ami serrait un peu plus fortement encore les joues de Deveraux, il sut qu'il se trouvait à nouveau face à cette autre facette du jeune homme qu'il détestait tant. Celle qui lui faisait peur. Il n'avait pas besoin de voir son visage ou ses yeux pour savoir ce qu'il y trouverait. L'indifférence. La rage à peine contenue. La froideur.

- Je suis désolé Franck mais je ne peux pas partir les mains vides, souffla Dean.

Il relâcha ensuite les joues de Deveraux et fouilla dans le sac qui était sa droite. Il en sortit une sorte de pince qui ressemblait fortement à un instrument chirurgical. Castiel en avait vu plusieurs quand il avait effectué son stage à l'hôpital. On s'en servait pour découper les cages thoraciques des patients qu'on opérait à cœur ouvert. Il sentit son cœur battre un peu plus fort dans sa poitrine alors qu'il serrait les poings de chaque côté de son corps. Son épaule protesta aussitôt mais il ignora la douleur et resta concentré sur son ami.

- Alastair en a utilisé une sur moi un jour, expliqua Dean en observant la pince qu'il tenait dans sa main. Il voulait me prouver son efficacité. Il m'a arraché deux ongles avec avec que je ne le supplie de s'arrêter. C'est une douleur atroce. Quelque chose qu'on ne peut pas oublier. Il voulait que je m'en serve sur ceux dont il me chargeait de m'occuper. J'ai toujours refusé. Ca le mettait hors de lui. Je suppose qu'il serait ravi de savoir que j'ai fini par changer d'avis.

Castiel détestait le son de la voix du jeune homme. Il détestait la façon qu'il avait de raconter les tortures subies et évoqué celles qu'il s'apprêtait à infliger d'une manière aussi détachée. Ce n'était pas un rôle qu'il jouait. Il n'avait réellement aucune pitié pour l'homme attaché devant lui. Franck avait les yeux rivés sur la pince. Il souriait faiblement.

- Oh je crois qu'il serait extrêmement fier de toi. Sa formation n'a pas été vaine, commenta t-il.

Dean leva alors les yeux sur lui puis le frappa une nouvelle fois au visage extrêmement violemment. Deveraux poussa un cri de surprise alors que sa tête basculait en arrière sous la force de l'impact. Castiel fit un pas en avant mais recula aussitôt. Il ne pouvait rien faire pour aider cet homme. Même s'il en mourrait d'envie.

- Je ne suis pas comme lui, insista alors Dean.

Castiel prit alors quelques secondes pour se demander jusqu'à quel point son ami n'avait pas des similitudes avec l'homme qui l'avait torturé pendant plus d'un an. Il supposait qu'à force de souffrir, Dean avait fini par accepter de faire le mal plutôt que de le subir. C'était une réaction logique. Rien de plus que l'instinct de survie et de préservation. Il savait que son ami n'aimait pas faire du mal aux gens. Il n'y prenait pas le même plaisir qu'Alastair. Mais il n'était pas non plus horrifié par ce qu'il faisait comme quelqu'un de normal aurait du l'être.

- Je n'ai pas ces documents ici, avança Deveraux, changeant visiblement de tactique.

Dean soupira à nouveau puis saisit la main de Franck et serra un de ses ongles avec sa pince.

- Tu mens … je le sais … tu le sais … inutile de continuer ce petit jeu plus longtemps. Donne moi ce que je te demande et je te laisserais tranquille.

- Va te faire foutre, cria Deveraux en grimaçant.

Castiel avait envie d'intervenir. De supplier cet homme de parler pour s'éviter de souffrir. Pour lui éviter d'assister à ce dont son ami était capable. Mais il avait promis de ne rien dire. D'être silencieux jusqu'à ce qu'ils aient obtenus ce qu'ils étaient venus chercher.

- Comme tu veux, accepta Dean avant de tirer la pince en avant.

Deveraux hurla alors et Castiel détourna les yeux aussitôt. Il entendit le bruit de l'ongle de Deveraux que le jeune homme arrachait. Il porta une main à sa bouche, contenant difficilement sa nausée. Il n'était pas capable d'assister à ce genre de choses. Il refusait de voir un homme innocent souffrir de la main de celui qu'il aimait.

- Je ne comprends pas comment tu peux refuser de m'aider alors que tu as été le témoin de ce qu'il m'a fait à moi … ou même à toutes les personnes qui se mettaient en travers de son chemin, regretta Dean d'une voix faible.

Deveraux respirait bruyamment et difficilement. Castiel lui jeta un coup d'oeil. Du sang coulait de son doigt blessé. Il était extrêmement pâle et semblait se retenir d'hurler à nouveau. Dean avait emprisonné un deuxième ongle dans sa pince et semblait prêt à l'arracher à son tour.

- Je n'ai pas ces documents, répéta Franck.

Castiel ferma les yeux quand il sut que son ami allait à nouveau utiliser la pince. Il entendit le cri de Deveraux puis le bruit de son ongle qui se détachait de son doigt. Quand il les rouvrit, Dean était debout et toisait Franck du regard.

- Montre toi raisonnable, lâcha t-il.

Il abattit ensuite son poing dans la figure de Franck sans lui laisser le temps de répondre. Il enchaîna avec plusieurs autres coups. Castiel ne pouvait pas rester plus longtemps dans cette caravane. Il allait se sentir mal. Il porta une nouvelle fois sa main à sa bouche et se dirigea vers l'évier de l'autre côté de la caravane. Il se pencha au dessus et toussa plusieurs secondes. Il fut surpris ne pas vomir. Derrière lui, Dean continuait de frapper Deveraux.

- Il a détruit ma vie et celle de dizaines d'autres personnes. Tu penses avoir l'avantage sur lui mais tu ne fais que le couvrir. Si tu voulais réellement le faire tomber … si tu voulais réellement te racheter, tu m'aiderais. Bordel Franck, on pourrait débarrasser le monde de ce salopard. Tu ne penses que ça vaut la peine de prendre quelques risques ? S'écria brutalement Dean.

- C'est ça que tu crois faire mon garçon ? Tu crois te racheter en venant ici pour obtenir ces documents ?

- Bien sûr.

Castiel se redressa alors et se tourna vers les deux hommes. Dean avait cessé de frapper Franck mais il avait sortit un couteau de son sac et le pointait dans sa direction. Castiel commençait à avoir des difficultés à respirer. Il sentait l'odeur du sang même à cette distance. Il avait la tête qui tournait et tout son corps était douloureux.

- C'est là que tu te trompes … tu ne pourras jamais le faire couler. Il est trop puissant, trop riche et trop fort. Il trouvera un moyen d'échapper à la police et au FBI. Tu perds ton temps ici … et en faisant ce que tu fais, tu lui donnes raison. Il t'a toujours vu comme le plus prometteur de ses élèves … il le disait constamment. Il ne s'était pas trompé, jeta Deveraux.

Dean appuya alors la pointe de son couteau contre sa gorge. Une goutte de sang perla aussitôt et roula le long de son cou pour disparaître sous le col de son tee shirt.

- Si je ne fais rien, il me retrouvera et il me fera payer mon absence. Il tuera mon frère et tous les gens qui me sont proches. Je ne peux pas … je ne peux pas le laisser faire, assura Dean.

Franck ne répondit rien et le jeune homme enchaîna aussitôt. Ce qu'il dit alors arracha de nouveaux frissons à Castiel.

- Tu sais ce qu'il aimait le plus me faire quand on était seuls ?

Franck secoua la tête.

- Il aimait m'ouvrir avec un couteau comme celui là. Puis il me forçait à lécher le sang sur la lame avant de me violer. Il ne prenait pas le temps de me préparer. Il utilisait juste mon sang comme lubrifiant. J'ai pensé à mourir mais ensuite je … mon frère a seize ans Franck. Je ne peux pas abandonner. Je ne peux pas fuir. Je dois en finir.

Castiel en avait assez entendu et assez vu. Il ne pouvait pas continuer d'assister à la torture de cet homme. Il devait sortir. Mettre de la distance entre lui et ce Dean qu'il détestait. Le jeune homme n'était pas lui même à cet instant précis. Il y avait trop de noirceur et trop de violence en lui. Castiel était totalement terrifié.

- Je suis désolé gamin mais … commença Deveraux visiblement choqué par ce qu'il venait d'entendre.

- Pas de mais … Donne moi ces documents, le coupa Dean.

Il utilisa ensuite son couteau pour entailler le bras de Franck. Le sang coula aussitôt de la plaie et tomba par terre. L'odeur était forte et Castiel dut se pencher à nouveau au dessus de l'évier. Il ne fut pas surpris de sentir le contenu de son estomac remonter douloureusement jusqu'à sa bouche et il vomit durant de longues secondes. Quand il eut terminé, il s'essuya la bouche puis prit la direction de la porte de la caravane.

- Cas ? L'appela alors Dean.

Sa voix était totalement différente quand il s'adressait à lui. Il n'y avait pas la même détermination ni la même froideur. Castiel était surpris d'y trouver de la tendresse. Il s'immobilisa alors et fit face au jeune homme.

- Je ne peux pas … je pensais en être capable mais je ne peux pas, expliqua t-il en sentant la sueur perler à son front.

Dean le regarda de longues secondes, visiblement surpris puis hocha la tête lentement. Son visage se ferma ensuite, redevenant celui de l'homme capable de tout, et il indiqua la porte de la caravane du menton.

- Va m'attendre dans la voiture, ordonna t-il.

Son ton était froid à nouveau et Castiel choisit de suivre l'ordre sans le discuter. Après tout, c'était exactement ce qu'il voulait. Sortir de cette caravane et ne plus assister aux horreurs que Dean infligeait à Deveraux. Il se sentait légèrement coupable d'abandonner son ami après lui avoir promis de rester à ses côtés. Mais c'était au dessus de ses forces. Et il savait qu'en restant auprès de lui, il finirait par oublier les sentiments qu'il avait pour lui et ne plus penser qu'à cet autre Dean pour qui il n'avait que du dégoût. Il savait que son ami agissait pour leur bien à tous les deux et pour celui de ses proches. Mais cela ne rendait pas moins ses actes graves et effrayants.

- Ok, murmura t-il en tournant à nouveau le dos à Dean.

Il ouvrit la porte de la caravane, sortit puis la referma aussitôt derrière lui. Il resta quelques secondes immobile, incapable de bouger. Il entendit des éclats de voix à l'intérieur puis les cris de Franck. Il regarda aussitôt autour de lui. La caravane était totalement isolée. Personne ne pouvait les entendre. C'était sans nul doute un bon point. Castiel s'essuya une nouvelle fois la bouche du revers de la main. Il avait besoin de boire de l'eau pour chasser le goût persistant de la bile et de son repas qu'il venait de régurgiter. Il fit un pas en direction de la voiture mais se stoppa quand il entendit de nouveaux cris. Il avait envie de pleurer. Il avait beau s'être préparé à ce qu'il allait voir, il n'était pas capable d'en être le témoin. Il ne supportait pas la noirceur que Dean avait révélé à l'intérieur. C'était différent du moment où il avait tué Roman. C'était différent de tout ce qu'il avait déjà vu chez lui. Il n'avait pas cru son ami capable d'une telle violence. Il se pencha en avant pour reprendre sa respiration puis colla ses mains contre ses oreilles pour ne plus entendre les cris de Franck à l'intérieur de la caravane. Il finit par s'éloigner en titubant et rejoignit la voiture. Il ouvrit la portière passager et se glissa aussitôt à l'intérieur. Une fois la portière refermée et le véhicule verrouillé, il appuya sa tête contre le cuir du siège et ferma les yeux.

Son estomac était toujours noué et il avait encore envie de vomir. Il sentait la sueur couler sur son visage et dans son dos malgré le froid qui régnait à l'extérieur. Son épaule était douloureuse et son cœur battait dans ses tempes. Il n'aurait pas su dire combien de temps il attendit ainsi sans bouger. Il ne s'endormit pas. Il refusait de baisser sa garde. Cela ne l'empêcha pas de sursauter quand il entendit que quelqu'un tapait contre sa vitre. Il rouvrit les yeux et aperçut Dean de l'autre côté de la portière. Pendant une seconde, Castiel eut envie de le laisser attendre un peu plus longtemps. Mais il ne pouvait pas lui faire courir ce risque. Il déverrouilla finalement la portière puis regarda son ami se glisser derrière le volant et refermer la portière derrière lui. Il avait son sac contre lui et une sorte de disque dur métallique dans une main.

- Tu as obtenu ce que tu voulais ? Demanda t-il d'une voix faible.

Dean le regarda pendant de longues secondes avant d'hocher lentement la tête. Il se tourna ensuite pour jeter ses affaires sur le siège arrière. Castiel vit alors les tâches de sang sur son tee shirt et il détourna aussitôt les yeux. Il se demandait comment sa vie pouvait avoir pris ce tournant incroyable en seulement quelques semaines. Il s'était rendu complice d'un crime par complicité et il se détestait un peu pour ça. Mais plus que tout, il en voulait cruellement à Dean de l'avoir obligé à assister à ce déchainement de violence et à douter de ses sentiments pour lui. C'était irrationnel. Le jeune homme ne lui avait pas mis un couteau sous la gorge pour le forcer à le suivre. Il lui avait proposé de rester en retrait. Castiel avait voulu venir pour le soutenir. Il avait sans doute également voulu le suivre pour voir enfin de quoi le jeune homme était réellement capable. C'était sa faute. Pas celle de Dean. Mais il était trop fatigué et trop bouleversé pour se montrer raisonnable.

Il ferma les yeux quand il sentit le moteur de la voiture démarrer à nouveau. Il refusait de regarder Dean pour le moment. Il ne pouvait pas voir le sang sur son tee shirt sans repenser à Franck. Il ne savait même pas si l'homme était encore en vie. Il ne voulait pas savoir. Il avait trop peur de ce que le jeune homme lui répondrait. Il se força donc à garder les paupières closes. Il sentit la voiture rouler et écouta le bruit de la radio d'une oreille distraite. Il pouvait sentir son ami à côté de lui. La chaleur de son corps l'enveloppait doucement. Mais pour la première fois depuis qu'il l'avait rencontré, cela n'avait rien de réconfortant ou de plaisant. Il ne savait pas quel Dean il avait à côté de lui. Il ne savait pas avec quelle version du jeune homme il s'apprêtait à rentrer au motel. Et alors que la peur s'insinuait doucement en lui en réalisant que le Dean qu'il aimait et celui qui le terrifiait n'était qu'une seule et même personne, il regretta finalement d'avoir croisé sa route alors qu'il avait quitté la maison de ses parents. Il regretta de l'avoir rencontré et de l'avoir suivi. Cette simple idée suffit à faire couler des larmes sur ses joues. Il pria pour que Dean ne s'en rende pas compte.