Bonjour,

Voici le 26ème chapitre. Encore merci à tous ceux et toutes celles qui me lisent. J'écris pour vous autant que pour moi. Vos commentaires sont ce qui me motivent quand je suis fatiguée et que je n'ai pas trop d'inspiration (ou quand j'ai eu la bonne idée de regarder la cérémonie des Oscars comme hier et donc que j'ai du me lever à 2h30 du matin avant de me recoucher à 6 et de me relever à 7h).

Ce chapitre dessine les contours des prochains mais une énième fois, cette histoire se termine bien. Je ne suis pas fane de celles qui se finissent mal ou par la mort d'un des personnages. J'aime qu'ils affrontent des épreuves mais j'aime aussi qu'ils les surmontent.

Sur ce, bonne lecture à tout le monde et encore une fois mille mercis à tous.

Sydney8201

Musique du chapitre :

What I've done de Linkin Park

Chapitre 26 : Vengeance

« Plus la patience est grande et plus belle est la vengeance »

Massa Makan Diabaté

Castiel et Dean avaient repris la route dès le lendemain. Henriksen leur avait demandé de le rejoindre à son bureau à Washington pour pouvoir faire signer au jeune homme tous les papiers nécessaires à la mise en œuvre du programme de protection des témoins. Ils avaient plus de deux mille cinq cent kilomètres à faire pour rejoindre la capitale et quelques vingt sept heures de route devant eux. En roulant à la limite de vitesse et en s'arrêtant un minimum de fois, ils auraient parcourus le chemin en trois jours et demi. Castiel avait commencé le décompte au moment où ils avaient quitté le motel de San Antonio. Dans trois jours et demi, Dean et lui seraient séparés. Le jeune homme disparaitrait avec l'aide du FBI et Castiel retournerait auprès de Gabriel pour tenter de trouver un sens à sa vie. Il ne leur restait plus que deux nuits à partager avant cette échéance. Soixante heures avec Dean à ses côtés. C'était trop court. Beaucoup trop court. Et alors qu'ils avaient franchis les deux cent premiers kilomètres, Castiel pouvait déjà sentir l'angoisse monter en lui.

Il n'avait aucune idée de la manière dont leur séparation allait se passer. Il doutait de pouvoir entrer dans le bâtiment du FBI sans qu'on lui demande ce qu'il faisait là. Il devrait probablement abandonner Dean devant et lui dire « adieu » dans la voiture. Il ne savait pas ce qu'il allait lui dire quand le moment viendrait. Il doutait que les mots suffisent à exprimer ce qu'il ressentait. Il savait d'ors et déjà que la douleur serait atroce. Il pouvait en sentir les prémices quelque part dans son estomac et en plein milieu de son cœur. Il y aurait des larmes sans nul doute. Mais Castiel espérait pouvoir les maîtriser jusqu'à ce que le jeune homme soit parti. Peu importait ensuite qu'il pleure jusqu'à épuisement dans sa chambre de motel. Il n'y aurait personne pour le voir. Personne pour le juger. Il serait seul.

Castiel avait tenté de réfléchir à un discours qu'il pourrait prononcer au moment de la séparation. Il y avait consacré les cent premiers kilomètres de leur voyage alors que Dean conduisait en silence à côté de lui. Il n'avait rien trouvé de satisfaisant. Il doutait de pouvoir faire mieux avant leur arrivée à Washington. Il allait devoir improviser. Ce n'était pas quelque chose qu'il aimait faire. Et ce n'était certainement pas quelque chose pour laquelle il était doué. Il allait probablement se ridiculiser, se mettre à pleurer comme un enfant et supplier inutilement Dean de ne surtout pas l'abandonner. Il le ferait se sentir coupable de son chagrin quand il n'y était pour rien. Il avait le droit d'être heureux et en sécurité. Il avait sacrifié énormément de choses pour en arriver là.

Castiel avait beau tenter de se persuader qu'il saurait se montrer adulte au moment de la séparation, il savait pourtant que c'était une illusion. Une de plus. Il n'en était plus à ça près. Depuis qu'il avait rencontré Dean, il avait tenté de nier la réalité. Il avait voulu croire que l'attitude du jeune homme ne cachait rien de plus qu'une certaine timidité vis à vis des trop grandes foules. Il avait réussi à se persuader que la passé de son ami ne viendrait pas se mettre en travers de leur chemin. Il avait ensuite cherché à nier l'impossibilité d'une quelconque relation entre eux. Tout comme il avait voulu nier ses sentiments pour Dean. Et la veille au soir, il avait fait son maximum pour croire qu'ils étaient un couple comme les autres et non pas deux amis sur le point de ne plus jamais se voir. Il s'était raccroché à toutes sortes d'illusion. Avait nié l'amour que Dean avait toujours pour Benny et les cicatrices invisibles qu'Alastair avait laissé sur l'âme du jeune homme. Le retour à la réalité était brutal et cruel. Il ne savait pas s'il pourrait s'en remettre réellement un jour.

Ils étaient à présent aux abords de Waco au Texas et Castiel était toujours totalement perdu et de plus en plus stressé. Il étouffait dans la voiture. Il aurait aimé pouvoir prendre l'air. Mais ils avaient un timing à respecter et une mission à remplir. Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre du temps. A l'époque où il n'était pas encore question de faire couler Alastair et de sauver Dean et sa famille, ils avaient empruntés les mêmes routes désertiques. Ils avaient discuté du paysage et s'étaient arrêtés pour l'admirer parfois. Castiel avait alors tellement d'espoir qu'il se sentait totalement ivre. Il était insouciant et heureux d'être libre. Les choses avaient terriblement changé entre temps. Il avait perdu cette flamme qui l'animait au début de son voyage. Il avait toujours su que sa décision de quitter sa famille bouleverserait sa vie. Il n'avait simplement pas imaginé à quel point.
Il avait espéré apprendre des choses sur la route. Il avait au moins réussi sur ce point. Dean avait été un bon professeur. Castiel ne serait plus jamais le même homme. Il avait appris ce qu'était l'amitié. Ce qu'était l'amour. Il avait appris à accepter qui il était et à se sentir libre de faire ses propres choix. Il avait bu de l'alcool pour la première fois. Mais il avait également connu des expériences moins enthousiasmantes. Il savait à présent ce que c'était de devoir se battre pour survivre, de recevoir des coups et d'en donner. Il savait à quoi ressemblait un homme qui venait de mourir. Il pouvait décrire le son d'une arme à feu ou le poids qu'elle représentait dans sa main. Il connaissait la torture et en avait vu les conséquences de ses propres yeux. Il savait à quel point l'Homme pouvait être cruel. Il savait à quoi pouvait ressembler le Diable. Il l'avait même regardé dans les yeux.

Castiel ne pouvait pas ignorer les changements qui s'étaient opérés chez lui depuis. Il se demandait parfois si cela aurait des conséquences sur sa vie future. Il espérait sincèrement qu'il n'oublierait jamais les leçons apprises depuis qu'il avait rencontré Dean. Elles compteraient probablement dans l'avenir. Il voulait que cette expérience ait un sens pour lui. Qu'il puisse l'utiliser pour faire le bien autour de lui. Il ne voulait pas souffrir de sa séparation avec le jeune homme pour rien. Pour survivre à ce traumatisme, il devait en tirer le meilleur. Devenir quelqu'un de bien et aider ceux qui en avaient besoin. Il ne serait jamais médecin. Il savait à présent qu'il n'en avait pas l'étoffe. Mais il existait bien d'autres métiers qui pourrait le satisfaire sur ce point. Il lui suffisait de prendre le temps d'y réfléchir.

Il s'interrogeait également sur le discours qu'il tiendrait à Gabriel quand il rentrerait à Chicago. Il ne pourrait jamais lui dire la vérité. Il allait devoir trouver une histoire plausible. L'état dans lequel il se trouverait se justifierait sans problème par les sentiments qu'il avait pour le jeune homme. Gabriel avait deviné qu'il était amoureux de lui. Il n'aurait pas besoin de le convaincre sur ce point. Il pourrait lui mentir et lui dire que Dean l'avait laissé tomber pour un autre. Ou qu'il avait fini par se lasser de lui et par partir de son côté vers d'autres aventures. C'était plausible. Mais il détestait l'idée de faire passer son ami pour le méchant de l'histoire. Il avait encore le temps d'y réfléchir.

Car il ne comptait pas rentrer à Chicago aussitôt après s'être séparé du jeune homme. Il n'en serait jamais capable. Il allait avoir besoin d'un peu de temps pour reprendre ses esprits et un semblant de contrôle sur ses émotions. Même s'il savait qu'il aurait le soutien indéfectible de son grand frère, il n'avait pas envie de l'affronter immédiatement. Il pensait faire un tour à New York après avoir quitté Washington. Il pourrait enfin réaliser son rêve de monter en haut de l'Empire State Building. Il irait voir Times Square. Il remonterait la cinquième avenue en observant les vitrines des magasins de luxe. Il savait que seul les choses ne seraient pas aussi amusantes qu'avec Dean à ses côtés. Mais il n'avait pas d'autres choix.

Castiel tourna le visage vers le jeune homme et observa son profil éclairé par le soleil pendant quelques minutes. Il devinait le stress dans ses traits. La fatigue également. Ils arrivaient au bout du chemin et cela se lisait sur le visage de Dean. Il allait probablement avoir besoin de plusieurs jours pour se remettre totalement de ce qu'il avait vécu ces derniers jours. Castiel fronça les sourcils. Dean vivait cet enfer depuis plusieurs années. Il avait accumulé tellement de tension et de fatigue qu'il était miraculeux qu'il soit encore capable de se lever le matin et de conduire sans tomber de fatigue à la moindre occasion. Il était réellement incroyable. Mais il supposait qu'au moment où le stress retomberait, il paierait tous ces mois passés à courir sans but. Ca risquait d'être violent. Castiel aurait tout donné pour être là et le serrer dans ses bras pendant qu'il dormait.

Le temps était clément et il faisait chaud pour un mois d'automne. Dean attrapa ses lunettes de soleil dans le vide poche à sa gauche puis les posa sur son nez pour affronter le soleil qui était apparu dans son champ de vision. Castiel garda les yeux sur lui durant un long moment. Il ressentait le besoin de mémoriser tous ses traits. Il voulait absolument se souvenir de tout concernant le jeune homme. De son nez droit. De ses pommettes hautes. Des ses longs cils qui dessinaient des ombres sur ses joues quand il ne portait pas ses lunettes de soleil. De ses cheveux châtains. De ses lèvres pulpeuses qui rappelaient celles d'une femme. De ses yeux verts si expressifs. De son long cou gracieux. De ses cicatrices qui barraient son torse et son dos. De son corps parfait. Il aurait voulu pouvoir s'en rappeler encore parfaitement d'ici plusieurs années. Il se promit de prendre une photo du jeune homme quand il ne pourrait pas le voir.

Ils traversèrent Waco puis prirent la route de Dallas. Ils quitteraient ensuite le Texas pour la Louisiane. Ils traverseraient ensuite le Mississippi, l'Alabama, le Tennessee, la Virginie et arriveraient enfin à destination. Washington DC. Le point final de leur aventure ensemble.

Dean roulait légèrement en dessous de la limite de vitesse. Il avait les deux mains sur le volant et était entièrement concentré sur la route devant lui. Castiel se demandait à quoi il pouvait penser. Certainement à Sam dont il n'avait plus reçu de nouvelles depuis leur visite à Sioux Falls. Il devait être en sécurité quelque part et n'avait pas le droit de contacter le jeune homme pour ne pas risquer de révéler l'endroit où il se trouvait. Dean devait également penser à Bobby qui se trouvait avec son jeune frère. Peut être songeait il également à leur future séparation. Il ne pouvait s'empêcher de l'espérer. Il savait qu'il avait compté pour le jeune homme. Il avait des sentiments pour lui. Ce n'était peut être pas de l'amour – Dean n'était pas encore prêt – mais ça y ressemblait beaucoup. Et il aimait l'idée que son ami était aussi angoissé que lui à l'idée de devoir le quitter. Il espérait que Dean serait triste de le voir partir. Qu'il penserait à lui pendant encore longtemps. Il ne voulait pas être chassé de sa mémoire du moment où il serait en sécurité. Il ne voulait pas être le seul à souffrir.

Ils approchaient de Dallas quand Dean s'engagea sur un parking aux abords d'une station service. Ils roulaient depuis presque quatre heures et il était temps pour le jeune homme de céder sa place derrière le volant. Castiel attendit que la voiture soit arrêtée pour en descendre. Il étira longuement son bras valide au dessus de sa tête puis se mit sur la pointe des pieds pour libérer un peu de tension dans ses cuisses et mollets. Quand il fut satisfait, il se tourna et jeta un coup d'oeil à Dean. Le jeune homme était appuyé contre la portière conducteur et semblait perdu dans ses pensées. Castiel contourna le véhicule, vint se poster à la gauche du jeune homme et enfonça ses mains dans ses poches.

- Ca va ? Demanda t-il, un peu inquiet du silence de son ami.

Ce dernier sortit ses lunettes et les replia avant de les serrer entre ses doigts. Il semblait particulièrement soucieux et Castiel regrettait d'avoir posé la question. Il devait gérer son propre stress et il n'était pas sûr de pouvoir assumer également celui de Dean.

- J'ai toujours du mal à croire que tout pourrait être fini d'ici deux ou trois jours … ça fait un an que je tente de fuir mon passé et maintenant que je suis à deux doigts d'y mettre un terme définitif je … je me demande si c'est vraiment ce que je veux, confia le jeune homme sans regarder Castiel.

Il y avait quelque chose qu'il ne disait pas. Quelque chose qu'il refusait d'avouer. Castiel n'était pas sûr d'avoir le droit de le pousser à se confier plus longuement. Mais il vivait ses derniers moments avec le jeune homme et il refusait de les passer dans un silence inconfortable.

- Tu n'as pas envie de faire tomber Alastair ? Tu n'as pas envie de prendre ta revanche sur lui ? D'être enfin libre de faire ce que tu veux ? De pouvoir renouer le lien avec ton frère et Bobby ?

Dean soupira longuement avant de lever les yeux au ciel et d'observer les nuages pendant de longues secondes. Il semblait hésiter à dire quelque chose. Castiel lui laissa le temps nécessaire pour trouver les bons mots et probablement le courage de dire ce qu'il avait réellement sur le cœur.

- Je veux Sammy et Bobby en sécurité. Je veux qu'Alastair pourrisse en prison jusqu'à la fin de ses jours. J'ai besoin de venger Benny et … j'ai besoin de le faire payer pour ce qu'il m'a fait à moi aussi mais … ce programme c'est … j'ai toujours cru que c'était ce qu'il me fallait. Maintenant, je ne suis plus tout à fait sûr de moi.

Castiel hocha la tête même s'il ne comprenait pas vraiment ce que son ami tentait de lui dire.

- Je ne suis pas sûr de pouvoir m'installer ailleurs … de pouvoir changer de nom et d'oublier tout ce que je laisse derrière … tous ceux que je laisse derrière, ajouta le jeune homme après quelques secondes.

Il se tourna alors vers Castiel et plongea son regard vert dans celui bleu de son ami. Il y avait une lueur étrange sans ses yeux. Quelque chose de nouveau et d'excitant. Castiel fronça les sourcils alors que le jeune homme se penchait vers lui lentement.

- Je ne suis pas sûr de pouvoir te laisser toi … derrière. Je ne sais pas comment je parviendrais à avancer sans que tu sois à mes côtés. Cas … je n'aurais rien pu faire sans toi. Je te dois tout et je … j'aimerais tellement pouvoir t'emmener avec moi, avoua Dean.

Castiel aurait tout donné pour entendre ces mots dans la bouche de son ami quelques semaines plus tôt. Mais il détestait avoir à les écouter quand ils savaient tous les deux qu'il n'était pas possible d'échapper à la séparation. Henriksen refuserait d'inclure Castiel au programme et ce dernier n'était pas sûr d'en avoir envie. Il ne pouvait pas laisser Gabriel derrière lui sans lui donner d'explication.

- Dean, tu sais comme moi que ce n'est pas possible … je ne peux pas … on ne peut pas, bafouilla t-il.

Il aurait aimé pouvoir se montrer plus ferme et plus convaincant. Mais la proximité du jeune homme le déstabilisait entièrement. Il était surpris de le voir se comporter de la sorte dans un parking où tout le monde pouvait les voir. Ils étaient encore au Texas et leur homosexualité – bisexualité dans le cas de Dean – n'était certainement pas quelque chose de très apprécié par les locaux. Castiel aurait voulu pouvoir mettre de la distance entre lui et son ami. Mais comme souvent avant, il était incapable d'écouter la partie raisonnable de son cerveau. Pas quand Dean était suffisamment proche de lui pour que son souffle se répercute contre ses lèvres entrouvertes. Le jeune homme semblait se ficher totalement de l'audience autour d'eux. Il se pencha un peu plus en direction de Castiel. Au moment où leurs lèvres s'effleuraient, le téléphone du jeune homme se mit à sonner dans sa poche, les faisant sursauter tous les deux. Castiel s'écarta alors brutalement de son ami et s'éloigna de quelques pas. Dean attrapa son portable, vérifia l'écran en fronçant les sourcils puis décrocha.

- Sammy ?!

Castiel fut surpris d'entendre le nom du frère de son ami. Il doutait qu'Henriksen lui ait donné l'autorisation de l'appeler alors qu'il était sensé se cacher de toutes les personnes qui étaient à la recherche de son frère. Mais il ne doutait pas que le jeune garçon était capable de tromper la vigilance de ses chaperons pour contacter Dean. C'était un risque. Alastair pouvait intercepter l'appel ou le pister et les trouver. Il sentit l'angoisse monter alors qu'il imaginait les pires conséquences de ce simple coup de fil. Quand il reporta son attention sur Dean, il réalisa que le visage du jeune homme était incroyablement pâle. Son silence n'était définitivement pas bon signe non plus.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda t-il aussitôt.

Dean ne semblait pas l'avoir entendu. Il paraissait totalement concentré sur ce qu'il entendait à l'autre bout du fil. Et si Castiel s'en tenait à ce qu'il lisait sur son visage, ce n'était définitivement pas de bonnes nouvelles.

- Alastair, murmura finalement Dean après ce qui sembla être une éternité.

Castiel sentit aussitôt son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Non, ce n'était possible. Il refusait de le croire. Ce monstre ne pouvait pas avoir trouvé Sam avant Henriksen. Il n'avait pas le droit de faire du mal au jeune garçon. Pas quand ils étaient sur le point de le faire tomber pour de bon. La vie ne pouvait pas être aussi injuste avec Dean. Castiel refusait de le croire. Il combla la distance qui le séparait de son ami et tendit l'oreille pour tenter de reconnaître la voix à l'autre bout du fil. Ce n'était définitivement pas celle de Sam. Mais il n'avait pas non plus l'impression que c'était celle d'Henriksen. Bobby ? Castiel brûlait d'envie de poser la question à Dean. Mais le jeune homme semblait ne plus avoir conscience de tout ce qui l'entourait.

- Espère de sale fils de pute, jura brusquement ce dernier en serrant son téléphone si fort que les jointures de ses doigts blanchirent immédiatement.

Castiel comprit alors à qui son ami parlait. Alastair. C'était lui qui avait appelé. Avec le téléphone de Sam. Ce qui n'était définitivement pas bon signe. Les pires scénarios défilaient à présent dans sa tête.

- Si tu lui fais du mal, je te tuerais … je te jure que je le ferais, souffla Dean devant lui.

Castiel se passa une main sur le visage. Le jeune garçon était donc en vie. C'était un bon point. La question qui se posait à présent était de savoir combien de temps cela allait il durer. Il doutait qu'Alastair accepterait de relâcher Sam. Et le pire était à envisager. Il pouvait parfaitement torturer le frère de Dean pendant des heures simplement pour le plaisir.

- Qu'est-ce que tu veux ? Demanda Dean d'une toute petite voix.

Il avait le visage plus pâle encore si c'était possible. Il vacillait sensiblement et semblait sur le point de tomber à genoux. Castiel passa son bras autour de la taille de son ami pour l'aider à rester debout. Il aurait aimé pouvoir entendre ce qu'Alastair disait mais il n'était pas sûr que Dean l'entendrait si toutefois il s'adressait à lui. Il se contenta donc de lui apporter un maximum de soutien juste avec sa présence à ses côtés.

- Je l'ai avec moi … je te le donnerais … je te donnerais tout mais tu dois relâcher Sam maintenant … non maintenant … Al …

Castiel n'aimait pas du tout la voix du jeune homme quand il s'adressait à son ancien bourreau. Elle ne ressemblait en rien à celle qu'il avait quand il parlait avec lui. Elle était plus faible … bizarrement aiguë. Dean avait beau être la personne la plus courageuse qui soit, il redevenait un petit garçon effrayé quand il s'adressait à l'homme qui l'avait brisé quand il avait tout juste dix sept ans.

- Tu dois me promettre de ne pas lui faire du mal en attendant. J'ai besoin de quelques jours pour te rejoindre. Je ne peux pas … d'accord … d'accord … je le ferais. Je te le jure. Mais promets moi que tu ne le toucheras pas.

Castiel n'aimait pas du tout la tournure que prenait la conversation. A côté de lui, Dean tremblait comme une feuille. Il semblait prêt à accepter tout ce qu'Alastair lui demandait. Ce n'était étonnant. L'homme avait mis la main sur la personne que Dean aimait le plus au monde. Celle pour qui il était prêt à donner sa vie sans hésiter une seconde. Mais Castiel refusait de le voir faire quelque chose de trop risqué. Il devait établir un plan d'attaque car son ami n'était de toute évidence pas capable de réfléchir correctement pour le moment. Il devait prendre les reines. Il n'avait pourtant aucune idée de la méthode à suivre. Il prit quelques secondes pour réfléchir. Ils devaient prévenir Henriksen. Lui demander de mettre Bobby en sécurité pour lui éviter de subir le même sort que Sam. Ils devaient exiger de lui qu'il retrouve le jeune garçon avant de lui fournir les informations dont il avait besoin. Henriksen était leur seule chance de sauver Sam.

- Je serais là … je … tu pourrais faire ce que tu veux. D'accord …

Dean hocha une nouvelle fois la tête avant de raccrocher le téléphone. Pendant une seconde, il ne bougea pas, le portable toujours serré dans sa main, ses yeux posés quelque part dans le vague. Castiel savait que cela n'allait pas durer. Le jeune homme allait finir par laisser libre court à sa colère. Sa réaction serait probablement violente et ce serait à lui de tenter de le calmer et de lui faire entendre raison. Il savait que cela n'allait pas être simple. Il garda les yeux rivés sur le jeune homme et son bras passé autour de sa taille. Il avait beau être préparé à ce que Dean s'emporte à tout moment, il ne put tout de même pas s'empêcher de sursauter quand le jeune homme poussa un cri déchirant avant de jeter son téléphone droit devant lui avec violence.

- Dean ? L'appela t-il pour lui rappeler qu'il était là pour lui.

Mais le jeune homme ne l'écoutait pas. Il semblait totalement submergé par son chagrin et sa colère. Il n'était pas accessible pour le moment. Castiel ne pouvait toutefois pas le laisser faire n'importe quoi alors qu'ils se trouvaient sur un parking au milieu de nul part. Il devait l'aider à reprendre le dessus. Lui offrir des solutions et le convaincre qu'ils allaient retrouver Sam. Il se tourna totalement vers le jeune homme et l'attrapa par l'autre épaule pour le forcer à lui faire face. Son visage était toujours pâle et ses yeux semblaient voilés. Castiel n'était vraiment pas sûr que son ami était conscient qu'il se trouvait en face de lui.

- Dean, écoute moi … on va retrouver Sam. Je peux te le promettre.

Le jeune homme baissa alors lentement les yeux vers lui et le regarda de longues secondes, la tête inclinée sur le côté. Puis, sans crier gare, il s'écarta de Castiel et s'éloigna de plusieurs pas rapidement. Il se prit ensuite la tête entre les mains, se pencha en avant et vomit tout le contenu de son estomac à ses pieds. Castiel s'approcha alors à nouveau de lui et posa une main au milieu de son dos.

- Il a Sam … cet enfoiré détient mon frère. Il pourrait lui faire n'importe quoi … n'importe quoi ! Je ne peux pas … je ne veux pas qu'il lui fasse subir les mêmes horreurs qu'à moi, bafouilla Dean.

Castiel sentit son estomac se tordre et sa gorge se nouer en entendant le désespoir dans la voix du jeune homme. Alastair avait du proférer les pires menaces pour le mettre dans cet état. Il avait du lui laisser entendre qu'il ferait à Sam ce qu'il lui avait fait à lui en prison. Les coups. Les humiliations. Les viols. Dean ne pourrait jamais s'en remettre si son frère devait traverser les mêmes tortures que lui.

- Il ne le fera pas … il sait que tu as les documents et il sait également que tu les donneras à la police si toutefois il fait du mal à ton frère. Pour le moment, c'est encore toi qui a le dessus. On doit en profiter pour …

- Tu ne comprends pas Cas ! Le coupa alors Dean en se redressant brutalement. Tu ne sais pas quel genre d'homme il est … tu ne sais pas ce dont il est capable !

Castiel en savait assez pour savoir qui était Alastair. Il avait vu l'homme torturer Dean sous ses yeux. Il avait failli assister à son viol. Il savait exactement quel genre de personne ce monstre était. Et il savait que Sam courrait un grave danger. Mais il restait persuadé qu'Alastair ne lui ferait rien tant que Dean aurait les documents avec lui.

- Qu'est-ce qu'il t'a demandé ?

Dean se prit à nouveau la tête entre les mains et commença à marcher droit devant lui sans répondre. Castiel le suivit de près jusqu'aux WC qui se trouvaient à l'extérieur de la station service. Dean poussa la porte violemment puis se planta devant le miroir. Il sembla observer son reflet avec dégoût avant d'attraper le rebord du lavabo devant lui.

- A ton avis ? Répliqua t-il en baissant les yeux.

Castiel se doutait qu'Alastair voulait les documents en échange de Sam. Mais il avait l'impression qu'il avait demandé autre chose à Dean. Et il avait réellement peur d'entendre de quoi il s'agissait.

- Il veut les documents, expliqua finalement le jeune homme en serrant toujours le rebord du lavabo entre ses doigts.

Dean ne lui disait pas tout. Il lui cachait quelque chose d'essentiel et Castiel savait que ce n'était définitivement pas bon signe. Ils s'étaient promis de tout se dire et si son ami préférait se taire, cela laissait supposer que ce qu'Alastair lui avait demandé était pire encore que ce qu'il avait imaginé. Il déglutit avec peine et s'approcha du jeune homme. Il lui posa une main dans le milieu du dos et fut surpris de le sentir se tendre aussitôt. Il aurait pensé qu'un simple contact ne serait pas un problème après qu'ils aient couché ensemble deux fois. Mais devant la réaction de Dean, il choisit tout de même de reculer.

- Et ? Avança Castiel pour l'encourager à continuer.

- Et il me veut moi, répondit le jeune homme en se tournant finalement pour faire face à Castiel.

Il avait le visage fermé et il était difficile pour ce dernier de savoir s'il avait déjà pris une décision sur ce point ou s'il réfléchissait toujours à une autre alternative. Il était toutefois persuadé que Dean était totalement prêt à se sacrifier pour son frère. Il l'avait déjà fait par le passé. Il se fichait de son avenir et de son bien être du moment qu'il n'avait pas garanti celui des gens qui lui étaient proches.

- Tu ne peux pas, déclara alors Castiel car il avait besoin de donner son avis sur ce point.

Dean baissa les yeux sur ses pieds et les observa de longues secondes comme s'il allait y trouver la solution à tous ses problèmes. Il se passa ensuite une main sur le visage puis serra les poings en les laissant retomber de chaque côté de son corps. Castiel sentit son cœur se serrer en réalisant que la décision du jeune homme était déjà prise et qu'il ne pourrait jamais le convaincre de changer d'avis. Il allait se rendre à Alastair pour sauver son frère. Et tout ce qu'ils avaient fait jusque là serait effacé. Dean redeviendrait l'esclave de ce monstre et Castiel passerait sans nul doute sa vie à se détester.

- Je n'ai pas le choix, asséna alors le jeune homme avec force et détermination. Je n'ai pas le choix et je vais faire exactement ce qu'il me demande.

- Dean, tu … protesta aussitôt Castiel.

- C'est mon frère Cas ! Mon frère ! Il va … je ne peux pas le laisser lui faire subir les mêmes horreurs qu'à moi. Sam ne mérite pas ça.

Castiel pouvait sentir la culpabilité dans la voix du jeune homme. Il n'était pas normal que son frère souffre mais lui l'avait mérité. C'était exactement ce que ses propos sous entendaient. Et c'était idiot. Stupide. Mais c'était également tellement « Dean » qu'il en avait la tête qui tournait.

- On a les documents et … si on les porte à Henriksen, il pourra l'arrêter. Il finira en prison et Sam sera libre. C'est notre seule chance.

Dean secoua alors la tête.

- Et durant tout le temps que cela nous prendra, combien de fois penses-tu qu'il pourra le violer ? Le frapper ? Dis moi que ça en vaut la peine et peut être que je pourrais considérer ton plan avec sérieux.

Castiel ne pouvait décemment pas dire au jeune homme que faire tomber Alastair était plus important que la sécurité du jeune garçon. Que son intégrité physique et son bien être mental. Parce qu'il ne le pensait pas.

- Tu … toi, tu en vaux la peine, déclara t-il.

Il savait que Dean ne pourrait jamais accepter ses propos. Encore moins les approuver. Car Castiel venait plus ou moins d'insinuer que la sécurité de son ami valait la peine de mettre celle de Sam en péril. Qu'à choisir entre les deux hommes, Castiel n'hésiterait pas une seconde quant à celui qu'il voulait protéger. Même s'il détestait réellement l'idée de voir Sam souffrir à son tour.

- Non, c'est là que tu te trompes Cas. Mettre Alastair en prison, c'est … c'est tout ce que je souhaite. Pas parce que je veux le voir payer pour les atrocités qu'il m'a faites même si l'idée me plait mais … surtout parce que je veux venger la mort de Benny. Mais je ne sacrifierais jamais Sam à ce plan … je n'accepterais jamais de prendre le risque de le laisser entre ses mains même pour quelques jours. Je sais ce qu'il lui fera. Il me l'a dit clairement au téléphone. Il me veut moi et je vais lui donner ce qu'il demande.

- Donc tu vas retourner auprès de lui et le laisser te faire du mal jusqu'à ce qu'il décide un jour de te tuer ?

Dean acquiesça alors et Castiel comprit aussitôt qu'il ne pourrait jamais le faire changer d'avis. Il ne parviendrait jamais à convaincre son ami de prendre le temps de prévenir Henriksen et de lui donner les documents. Chaque seconde de perdue était une seconde où Alastair pouvait poser la main sur Sam et lui voler son innocence. Comme il avait volé celle de Dean deux ans plus tôt. Castiel secoua alors la tête.

- Ce n'est pas … c'est un cauchemar, souffla t-il.

- Bienvenue dans ma vie, répliqua Dean, fataliste.

Castiel ricana tristement une seconde. Il ne voyait aucune issue à leur problème. Le destin semblait réellement déterminé à s'acharner sur le jeune homme. Il venait de le priver de sa seule chance d'obtenir une vengeance. Et d'avoir une vie normale. Il venait également de supprimer pour Sam toute possibilité de renouer le lien avec son grand frère. Il passerait sa vie à culpabiliser comme Castiel. A penser que tout était de sa faute. Et à imaginer Dean se faisant battre et violer quotidiennement sans jamais réellement savoir s'il était toujours en vie.

- Alors voilà, c'est comme ça que ça termine pour toi ? Pour nous ? Tu vas disparaître à nouveau et je devrais passer ma vie à me demander quelles horreurs tu subis tous les jours ? Lança Castiel, furieux.

Il n'était pas en colère contre Dean. Il était en colère contre tout le reste. Contre Henriksen qui avait manqué à sa promesse. Contre Alastair qui avait détruit la vie de son ami. Contre le destin et Dieu si toutefois Il existait. Il était en colère contre tout et tout le monde. Il détestait ça.

- Je n'ai jamais réellement cru que je finirais par m'en sortir … c'était une belle illusion … un joli rêve mais soyons réalistes une seconde … je n'avais aucune chance contre un homme comme Alastair. Il est trop puissant … trop fort. Il finit toujours par gagner. J'ai vécu une année libre … c'est plus que ce que je pensais obtenir en le fuyant. C'est mieux que rien. Ca m'a permis de voir du paysage … de faire des rencontres … ça m'a permis de te connaître toi.

Castiel n'aimait pas du tout le fatalisme du jeune homme. Et il savait qu'il mentait juste pour le rassurer. Car il avait réellement cru qu'ils allaient triompher de ce monstre. Il avait eu de l'espoir. Castiel savait qu'il n'avait pas uniquement voulu donner le changer et jouer le jeu.

- Ce que tu me demandes c'est … Dean, je ne peux pas te regarder te rendre à cet enfoiré ! Je ne peux pas rester là sans rien faire tout en sachant ce qui t'attend … je … je t'aime et je refuse.

Dean lui sourit alors tristement et lui attrapa la main pour la serrer dans la sienne.

- Tu peux partir aujourd'hui si tu veux … il est peut être temps pour toi de retourner à Chicago et de tirer un trait sur toute cette histoire. Tu m'as aidé Cas et je t'en serais éternellement reconnaissant. Mais, il n'y a rien que tu puisses faire pour me sauver cette fois. Je ne peux pas te demander de rester et de me regarder me rendre à Alastair. Alors pars pendant que tu le peux encore.

Castiel aurait aimé pouvoir faire ce que Dean lui demandait. Il aurait sans doute été plus simple pour lui de tourner les talons et de s'enfuir avant que les chose ne dégénèrent. Mais il n'en avait pas la force. Il s'était promis de ne pas abandonner le jeune homme et c'était exactement ce qu'il comptait faire. Il allait le suivre jusqu'au bout. Et si toutefois une opportunité se présentait pour le sauver, il la saisirait aussitôt.

- Non, je ne peux pas non plus … je veux … je vais t'accompagner … jusqu'au bout. C'est ce que je t'avais promis et je ne vais certainement pas te tourner le dos maintenant que les choses se compliquent. Tu as besoin de moi et je suis là. C'est juste … je ne sais pas comment je pourrais me remettre de tout ça … qu'est ce que je dirais à ton frère quand on l'aura récupéré ? Qu'est ce que je dirais à Henriksen ?

Dean haussa les épaules en attirant Castiel lui. Il posa sa main libre sur son épaule, ses doigts effleurant la peau de son cou. Un frisson lui parcourut aussitôt la colonne vertébrale et il s'en voulut de réagir aussi violemment quand ce geste n'avait aucune connotation sexuelle.

- Tu diras à Sam qu'il a toute la vie devant lui et qu'il a plutôt intérêt à en profiter. Tu lui diras que je l'aime et que je l'ai fait pour lui mais qu'il ne doit surtout pas s'en vouloir. Que si je n'avais pas fait des erreurs par le passé, on n'en serait probablement pas là maintenant. Tu lui diras enfin qu'il n'est responsable de rien et que j'assume l'entière responsabilité de ce fiasco. Pour Henriksen … tu n'auras qu'à lui dire d'aller se faire foutre. Il aurait du faire son boulot.

Castiel hocha alors la tête. Il ne parvenait plus à protester ou à argumenter. Il était épuisé et son cœur était brisé en mille morceaux à l'intérieur de sa poitrine. Il leva les yeux pour les plonger dans ceux de Dean.

- Et moi ? Qu'est-ce que je vais me dire à moi pour continuer à avancer malgré tout ? Demanda t-il finalement, incapable de supporter le silence qui semblait vouloir s'installer entre eux.

Dean l'attira complètement à lui et referma ses bras autour de son cou pour le serrer contre son corps. Castiel se laissa faire, totalement incapable d'opposer une quelconque résistance.

- Dis toi que tu n'es pas coupable de mes erreurs et de mes choix. Dis toi que tu as tout fait pour m'aider et … dis toi que ce que j'ai ressenti pour toi … ce que j'ai ressenti avec toi est sans nul doute ce que j'ai ressenti de plus fort depuis Benny. Dis toi que si j'avais été capable d'aimer, je serais tombé amoureux de toi à la seconde même où je t'ai vu. Dis toi que tu as toute ta vie devant toi et que tu dois en faire quelque chose de bien … et dis toi enfin que je te confie Sam et que j'aimerais vraiment que tu gardes un œil sur lui à l'avenir.

Castiel savait qu'il s'agissait là d'une marque de confiance énorme pour le jeune homme. Et il aurait probablement du s'en satisfaire. C'était ce qu'il avait recherché jusque là. Mais il doutait de pouvoir sourire de la situation un jour. Dean allait se jeter volontairement dans la gueule du loup et Castiel se tiendrait à ses côtés jusqu'à la fin. C'était comme accompagner quelqu'un jusqu'à la fin de sa vie … veiller sur un proche alors qu'il cédait enfin à une maladie mortelle … ou rester pour assister à l'exécution d'un condamné à mort. C'était pire que tout. Il ne pensait pas pouvoir sourire à nouveau un jour tout court.

- Tout se passera bien pour toi Castiel, assura Dean contre le sommet de son crâne. Tout finira bien pour toi.

Castiel en doutait sincèrement mais une nouvelle fois, il n'avait plus la force de dire le contraire et de se battre pour faire entendre raison à son ami. Cela ne servait à rien de toute façon. Dean était sur le point de se rendre à l'homme qui avait brisé sa vie et il n'avait pas besoin de le culpabiliser pour la souffrance qu'il infligerait à ses proches. Le jeune homme était sans nul doute conscient que son choix serait difficile à supporter pour son frère, pour Bobby et pour lui. Il n'avait pas besoin de le lui dire. Il le sentait dans la façon qu'il avait de le serrer fortement contre lui.

- Où est ce qu'il t'a donné rendez vous ? Demanda t-il finalement après quelques secondes.

Il avait besoin de savoir combien de temps il leur restait. Il avait besoin d'enclencher un compte à rebours dans sa tête.

- Là où tout a commencé, répondit le jeune homme sans le relâcher.

Castiel fronça les sourcils une seconde. Il ne voyait pas ce que son ami entendait par là. Il y avait eu beaucoup de commencement dans sa vie. Leur rencontre. Celle de Dean et Alastair. Le jeune homme dut sentir qu'il ne le suivait pas puisqu'il s'empressa de préciser.

- Lawrence.

La ville où le jeune homme était né. Celle où un feu avait emporté sa mère et scellé son destin et celui de ses proches. Celle où Castiel et lui avaient été enlevés quelques jours plus tôt. Cette ville était définitivement damnée. Elle n'avait jamais rien apporté de bon au jeune homme. Même si elle était celle où il avait connu quatre années de bonheur avec ses deux parents puis avec son frère. Elle était également celle où son avenir avait pris un tournant nouveau le jour de ses quatre ans. Celle où son chemin avait pris la direction de celui d'Alastair. Castiel ferma alors les yeux et enfouit son visage dans le cou de Dean.

- Il veut que je le retrouve à Lawrence, déclara ensuite le jeune homme avant de déposer un baiser sur le sommet du crâne de Castiel.

Ce simple geste sonnait comme un « adieu ». Comme la fin de leur histoire. Ils avaient encore quelques kilomètres à faire côte à côte mais Castiel pouvait sentir son ami lui échapper. Il redevenait le garçon inaccessible du début de leur aventure ensemble. Celui qu'il avait appris à être pour se protéger du mal que les gens pouvaient lui faire. Il disparaissait peu à peu derrière les défenses qu'il avait érigé au fil des ans et Castiel ne pourrait bientôt plus l'atteindre. Il avait envie de se raccrocher à lui et de le supplier d'attendre le dernier moment pour lui échapper. Mais il n'en avait pas le droit. Pas maintenant qu'Alastair avait à nouveau triomphé. Castiel refusait de se montrer aussi égoïste. Il recula finalement pour regarder le visage de Dean et ne fut pas surpris de le voir fermé et tendu. Illisible. Etranger. Le jeune homme lui adressa un sourire qui n'atteignit pas ses yeux avant de s'éloigner et de sortir des WC. Castiel prit quelques secondes avant de lui emboîter le pas lentement. Il avait la sensation d'être arrivé ici avec un ami et de repartir avec un étranger. Il doutait toutefois que cela rende leur séparation plus facile. Il aimait toujours le jeune homme. Il l'aimerait probablement jusqu'à la fin de sa vie. Et peu importait la version de Dean à laquelle il était confronté jusqu'à leur arrivée à Lawrence. Il avait compris la veille qu'il avait des sentiments pour chacune d'entre elles. Car elles faisaient toutes partie de lui. Et Castiel était tombé amoureux d'un ensemble. C'était aussi pour ça que dans un peu plus de sept heures, il aurait le cœur brisé pour de bon et qu'il verserait sans nul doute toutes les larmes de son corps.