Bonjour,
Voici le 35ème chapitre ... Plus que 5 et cette histoire sera terminée ... Mon Dieu, le temps passe à une vitesse folle.
Merci de continuer à me lire et à m'écrire.
J'espère que ce chapitre vous plaira. Une nouvelle fois, cette histoire se termine bien pour tous nos héros.
Bonne lecture,
Sydney8201
Musique du chapitre :
Boulevard of broken dreams de Green Day
Chapitre 35 : Inévitable
« Le destin ne cesse de nous rattraper »
Anita Loos
Castiel avait du quitter la chambre de Dean à l'arrivée de Sam et du médecin. N'étant pas de la famille, et bien que soutenu par le frère du jeune homme, il avait été contraint de sortir le temps que le docteur puisse expliquer à son ami la nature exacte de ses blessures.
Castiel avait alors marché de long en large dans le couloir, incapable de rentrer au motel et incapable de rester sagement en place. La fatigue accumulée ces derniers jours commençait à se faire durement sentir mais il n'avait pas pour autant l'intention de quitter l'hôpital. Il continuait de penser que son temps avec Dean était limité et il ne voulait surtout pas manquer la moindre minute à ses côtés.
Il utilisa son temps libre pour appeler son frère et Charlie. Il leur donna les dernières nouvelles qu'il avait obtenu et leur assura qu'il allait bien. Il mentait et Gabriel le sut aussitôt. Mais ils ne lui posèrent aucune question supplémentaire, acceptant ses mensonges dans son propre intérêt.
Castiel ne savait pas quand Henriksen ferait enfin son apparition. Il était à la fois impatient de le voir et terrifié de l'entendre confirmer ses soupçons. Il voulait croire que la chance leur sourirait enfin et que Dean serait autorisé à vivre sa vie proche de lui. Mais sa raison lui criait qu'il s'agissait là d'une douce illusion. Le jeune homme était toujours en danger. L'organisation d'Alastair n'était pas encore tombée et il devait être protégé jusqu'au procès. Castiel savait qu'ils seraient séparés. Même s'il priait pour se tromper.
Le temps sembla se suspendre pendant qu'il attendait devant la chambre de son ami. Il regarda les aiguilles de l'horloge bouger trop lentement à son goût en maudissant le médecin qui refusait de parler devant lui. Il se demanda si les circonstances auraient été différentes si toutefois il avait été officiellement engagé avec Dean. Il espérait sincèrement que le comportement du médecin n'était pas uniquement du à une homophobie à peine masquée.
Dean allait avoir besoin d'une longue rééducation. Ses blessures étaient sérieuses et il allait devoir rester alité durant plusieurs semaines. C'était un bon point pour Castiel. Il doutait qu'Henriksen exige de le mettre à l'abri tant qu'il n'avait pas entièrement récupéré. Ils avaient peut être une chance de rester ensemble quelques temps. La séparation n'en serait que plus difficile mais Castiel était déterminé à apprécier ce qu'on pourrait lui donner.
Revoir Dean avait été extraordinaire. Même convaincu qu'il pouvait le sauver, il avait été mort de trouille à l'idée d'échouer. Il avait redouté de retrouver le jeune homme mort sous les coups de son bourreau. Même affaibli et meurtri, Dean était vivant. Castiel avait senti son cœur s'emballer en pouvant le toucher à nouveau. Il ne cherchait plus à nier les sentiments qu'il avait pour le jeune homme. Il était totalement et entièrement amoureux de lui. Il savait que Dean partageait ses sentiments. Il ne pouvait pas encore mettre de mots dessus. Il n'était tout simplement pas prêt à aimer quelqu'un. Mais peu importait le nom qu'il choisissait de mettre sur ce qu'il ressentait. Castiel savait exactement ce dont il s'agissait. Cela n'aurait probablement pas du le réjouir autant. Dean ne serait peut être jamais capable d'aimer un autre homme que Benny. Il ne se l'autoriserait peut être pas. Mais il était attaché à Castiel. Il avait envie de faire sa vie à ses côtés. Peu importait qu'on les y empêche. Personne ne pourrait jamais priver Castiel de cette certitude.
Il était conscient que le piège était peu à peu en train de se refermer sur lui. Il ne pourrait jamais avoir ce dont il rêvait tant. Il ne pourrait pas former un couple avec Dean et vieillir à ses côtés. Et comme le jeune homme avec Benny, cela l'empêcherait sans nul doute d'avoir une quelconque relation stable et satisfaisante avec un autre homme. Il le comparerait toujours à Dean. Et ses sentiments ne seraient jamais aussi forts. Il était condamné à rester seul ou à faire sa vie avec un homme pour qui il n'aurait qu'un ersatz de sentiments amoureux. C'était injuste pour cette personne et cruel pour Castiel.
Il n'en regrettait pas pour autant d'avoir rencontré son ami. Il avait, pour la première fois de sa vie, développé des sentiments qu'il s'était interdit de ressentir jusque là. Il avait pris des risques et mis sa vie en danger pour l'homme qu'il aimait. Il avait vécu une belle aventure. Même si la fin n'était pas celle qu'il aurait souhaité, le bout de chemin parcouru en valait totalement la chandelle.
Il avait eu la chance de rencontrer un homme extraordinaire. Un homme qu'il admirait et aimait de tout son cœur. Il avait été confronté à ce que le monde pouvait faire de pire et il en ressortait avec l'espoir et la conviction qu'il existait des gens biens. Il avait pris une claque incroyable mais il était toujours debout. Dean lui avait fait prendre conscience de bien des choses depuis leur rencontre. Et pour cela, il était heureux d'avoir croisé sa route.
Il avait longtemps cru qu'il ne ferait que traverser la vie sans réellement vivre quoi que ce soit de capital. En quelques semaines, il avait trouvé sa place. Il avait eu une influence et un impact important sur la vie d'une personne. Son existence avait eu un intérêt pour quelqu'un. Il était déterminé à ce que cela dure. Il ne se laisserait plus jamais happer par ses problèmes ou ses doutes. Il allait faire en sorte d'accomplir des choses. Il était convaincu d'en être capable.
Il avait enfin ouvert les yeux sur lui même. Et il savait qu'il le devait entièrement à Dean.
Castiel finit par s'asseoir sur une chaise à quelques mètres de la chambre du jeune homme quand ses jambes menacèrent de céder sous son poids. Il se prit ensuite la tête entre les mains et ferma les yeux. Il dut somnoler sans réellement s'en rendre compte puisqu'il fut réveillé par un bruit de porte à sa droite. Il se redressa aussitôt et observa Sam et le médecin sortir de la chambre de Dean. Il les rejoignit sans se soucier qu'on le rejette. Il savait que le jeune garçon était de son côté.
Quand il fut à leur hauteur, le médecin cessa de parler et s'éloigna dans le couloir sans même lui adresser un regard. Castiel ne fit pas attention à lui et se concentra sur Sam.
- Je crois qu'il m'en veut pour Alastair, expliqua le jeune garçon après quelques secondes. Ou peut être qu'il s'en veut surtout à lui même, je ne sais pas. Une chose est sûre, il a demandé à te voir … encore.
Castiel hocha la tête, satisfait de savoir que son ami ressentait le même besoin que lui d'être proche. Il attendit toutefois l'autorisation de Sam avant d'entrer à nouveau dans la chambre. Dean était toujours allongé sur son lit, le visage pâle. Il était réveillé et observait le plafond avec intérêt. Castiel reprit place sur la chaise à côté de lui et posa aussitôt sa main sur son bras. Il avait besoin de le toucher pour le sentir vivant. Dean tourna alors la tête vers lui.
Les médecins disent que tout ira bien pour moi … mais je vais devoir passer quelques jours ici. Et ensuite, j'aurais besoin de pas mal de rééducation. Je suppose que je ne suis pas prêt de reprendre la route.
Castiel sourit faiblement. Il savait ce que Dean sous entendait par là. Il allait rester ici encore un moment. Ils ne seraient pas séparés de si tôt. Il s'était fait la même réflexion quelques minutes plus tôt. Il avait tout autant envie que Dean de se raccrocher à ce maigre espoir. Ils risquaient malheureusement d'être déçus l'un et l'autre.
Il avait souvent pris le temps d'imaginer ce que le futur du jeune homme lui réservait. Ce qu'Henriksen avait en tête pour lui. Il l'imaginait installé dans une petite ville, quelque part loin des grands axes, dans une maison avec un jardin où Sam, Bobby et lui pourraient se reconstruire. Il espérait que l'endroit leur plairait. Que le voisinage serait tolérant quant aux mœurs de Dean. Il espérait que son ami se ferait des amis rapidement. Il pouvait facilement l'imaginer trouvant un travail dans un garage local. Faisant ce qu'il aime par dessus tout. Il pourrait enfin laisser derrière lui les tortures qu'on lui avait infligées par le passé. Il pourrait apprendre à s'accepter, à se pardonner et à s'aimer. S'il y parvenait, il aurait une chance d'avoir de nouveau des sentiments pour quelqu'un d'autre. A chaque fois que Castiel imaginait le futur de Dean, il le voyait faire sa vie avec une femme. Il avait les pires difficultés du monde à l'imaginer vieillir à côté d'un autre homme. Un autre homme qui ne serait pas lui. Ou Benny. C'était sans doute la solution au blocage de son ami. S'il refusait de s'autoriser à aimer un autre homme, il serait peut être capable d'aimer une femme. Il aurait des enfants et une vie idéale. Il laisserait son passé derrière lui. Castiel priait pour que cela se réalise. Même s'il n'en ferait pas parti.
- Dis moi à quoi tu penses, suggéra Dean, tirant Castiel de ses songes.
Il réalisa alors qu'il était resté longuement silencieux. Quand il leva les yeux vers son ami, il put lire une certaine inquiétude sur son visage. Il s'en voulut presque aussitôt de lui causer du soucis.
- Je pensais à toi et … je pensais à tout ce qu'on a traversé ensemble. On a eu de la chance. Je … je me demande parfois comment on a pu s'en sortir aussi bien, expliqua t-il.
Il se reprocha presque aussitôt l'emploi de ces mots. Bien sûr, ils étaient en vie et personne n'avait été gravement blessé. Le méchant était mort et Dean avait enfin une chance de mener une vie « normale ». Mais durant ces quelques jours, il avait été violé et battu. Privé de nourriture et d'eau. Sam avait tué des hommes. Ils avaient tous traversé l'enfer et cela aurait inévitablement des conséquences dramatiques sur leur avenir. Ils ne s'en étaient pas sortis « aussi bien ». Ils s'en étaient sortis. Point final.
Dean grimaça une seconde avant de détourner les yeux pour observer la porte de sa chambre. Castiel savait qu'il pensait à Sam et à ce qu'il avait perdu en tuant Alastair. A ce qu'il allait avoir à affronter d'ici peu quand le choc se serait estompé. Comme toujours, il pensait à son frère et ses proches. Mais pas à lui. Jamais à lui. C'était sa marque de fabrique.
- Je ne pense pas qu'il s'agisse de chance … je crois surtout que je dois tout à votre courage à tous. Le tien, celui de Sam, Bobby, ton frère et cette Charlie. Celui de Franck aussi et … je vous dois tout. Je le sais et je vous en suis reconnaissant. Même si je ne le dis pas assez.
- Je sais Dean, je sais, confirma Castiel.
Il ne doutait pas une seconde de ce que son ami ressentait concernant leur intervention. Il savait qu'il leur devait la vie. Mais il préférait ignorer qu'il était au moins aussi courageux qu'eux. Il avait survécu à l'enfer et il restait quelqu'un de bien. Il ne conservait aucune rancune. Alastair avait voulu faire de lui un monstre mais il avait échoué lamentablement. Dean était la personne la plus courageuse au monde. Castiel aurait tellement aimé qu'il le sache.
- Je suis content d'être en vie, souffla alors Dean.
Castiel ne l'avait jamais encore entendu dire quoi que ce soit de ce genre. Il avait toujours su que le jeune homme avait des idées suicidaires. Qu'il refuserait d'être torturé à vie par Alastair. Qu'il préférait se donner la mort. Il avait été heureux de constater qu'il n'était pas passé à l'acte durant sa dernière détention. Et maintenant que Dean lui avait dit ces quelques mots, il ressentait un immense soulagement auquel il ne s'était pas attendu. Dean avait envie de vivre. Il avait envie de se reconstruire. Même s'il n'avait aucune idée de la manière dont il devait s'y prendre. C'était un premier pas en avant. Et il était incroyablement important.
- J'ai toujours cru que je mourrais des mains d'Alastair … ou des miennes. Je ne me voyais pas vieillir … je ne pensais même pas voir le jour de mes vingt cinq ans. J'avais accepté l'idée. J'étais d'accord pour mourir si cela pouvait sauver la vie des gens qui me sont proches. J'avais perdu goût à bien des choses et … à la vie en général je crois. Et puis tu es arrivé et … tu as tout bouleversé avec ta gentillesse, ta confiance et ton entêtement à me sauver même quand je te demandais de ne pas le faire. Tu m'as montré qu'il existait une lumière au bout du tunnel et … je suis content aujourd'hui d'entrapercevoir la fin … j'ai envie de savoir ce qui m'attend de l'autre côté. Alors … merci Cas … merci pour tout une nouvelle fois.
Castiel acquiesça alors que sa gorge se nouait. Il était touché par ce que Dean lui disait. Rassuré par les termes employés. Il se fichait totalement des remerciements. Il n'en avait pas besoin. Sa récompense était ailleurs. Elle était dans l'envie que Dean avait de vivre à nouveau. Pour Castiel, c'était tout ce qui comptait.
- Je suis sûr que ta vie sera belle … je suis persuadé qu'elle dépassera toutes tes attentes, déclara t-il alors après s'être raclé la gorge plusieurs fois.
Dean lui sourit à son tour avant de pousser un long soupire de soulagement. De toute évidence, il avait eu besoin de dire toutes ces choses. Besoin de se libérer d'un poids qui pesait sur lui depuis ses dix sept ans.
- J'aimerais que tu en … commença ensuite le jeune homme.
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. La porte de la chambre s'ouvrit brutalement, le coupant dans son élan. Castiel se tourna vers l'intrus qui venait sans nul doute d'interrompre ce qui aurait probablement été une nouvelle déclaration déguisée mais fut incapable de dire quoi que ce soit. Car il ne s'agissait pas du médecin, d'une infirmière ou même de Sam et Bobby. C'était Henriksen qui venait de les interrompre. Castiel trouvait cela logique en fin de compte. Après tout, l'agent du FBI était celui qui tenait leur potentiel avenir commun entre les mains. Qu'il intervienne en plein milieu d'une telle discussion était ironique mais attendu. Castiel déglutit avec peine.
- Dean, content de voir que tu vas bien, lança Henriksen.
Il ne prit pas la peine de s'excuser pour l'interruption même s'il n'avait pas frappé avant d'entrer. Il avança dans la chambre sans demander s'il le pouvait puis s'arrêta à hauteur du lit du jeune homme.
- Bien est un terme tout relatif Victor, rappela Dean en fronçant les sourcils. Et je vous rappelle que ce n'est pas à vous que je dois d'être en vie … quand bien même c'était votre rôle de vous en assurer.
Henriksen ne sembla pas touché par l'accusation du jeune homme. Castiel avait également envie de lui faire des reproches pour son retard et pour tout le mal qu'il avait indirectement causé à Dean mais il était incapable de parler pour le moment. Il avait la sensation qu'Henriksen était là pour leur donner sa sentence. Celle qui pesait sur leur relation naissante.
- Je ne suis plus responsable de ta sécurité depuis le jour où tu as choisi de prendre la fuite. Je te rappelle au passage que tu es un fugitif Dean. Je pourrais t'arrêter et te mettre en prison pour bien des faits commis par le passé.
- Vous n'avez rien contre moi, jeta aussitôt Dean, furieux.
Castiel ne comprenait pas où Henriksen voulait en venir. Il n'était certainement pas là pour arrêter le jeune homme. Et ses menaces ne servaient qu'à le braquer. Il agissait comme un idiot. Les accusations de Dean l'avaient peut être vexé en fin de compte.
- J'ai des preuves de ta complicité … et ta présence continue au sein de cette organisation pendant une année entière. Je peux te faire tomber pour association de malfaiteurs ou pour une dizaine d'autres délits. Tu serais condamné à des années de prison. Je sais que ce n'est pas ce que tu veux.
- Vous avez besoin de moi, rappela Dean.
Henriksen croisa ses bras sur son torse et haussa les épaules.
- Je crois que tu as plus besoin de moi que je n'ai besoin de toi Dean. Je suis disposé à t'aider … mais je te demanderais de faire preuve d'un peu de respect. J'ai beaucoup de mal à discuter avec des gamins insolents.
Castiel serra les poings en se levant de sa chaise. Il ne voulait pas intervenir dans une conversation qui ne le concernait pas directement mais il ne pouvait pas laisser Henriksen insulter ainsi Dean sans rien faire. Pas après ce que le jeune homme avait traversé en partie à cause de lui. Henriksen n'était sans doute pas responsable de l'ensemble de ce que Dean avait enduré. Mais il était coupable de l'avoir laissé là tout en sachant ce qui lui arriverait. Il était coupable d'avoir fermé les yeux. Et cela faisait de lui le complice d'un monstre.
- Ca suffit maintenant ! S'écria Castiel, faisant sursauter les deux autres hommes.
Il attendit qu'Henriksen le regarde pour enchaîner.
- Vous pouvez le nier tant que vous le voulez, vous êtes coupable de l'avoir laissé entre les mains d'Alastair … non pas une fois mais deux. Cela ne vous empêche de toute évidence pas de dormir la nuit mais cela ne change en rien le fait que … oui, vous êtes responsable au même titre que toutes les pourritures qui ont fermé les yeux sur les souffrances qui lui étaient infligé. Vous pouviez intervenir. Vous pouviez le sauver mais … vous n'avez rien fait. Et quand je vous ai appelé à l'aide, vous avez perdu un temps considérable à … à faire je ne sais quoi. J'ai du intervenir avant vous. J'ai mis la vie de plusieurs personnes en danger pour faire votre boulot. Alors je vous interdis d'insulter Dean de la sorte … je vous interdis de le menacer ! Soit vous l'aidez et nous sommes prêts à vous écouter soit vous sortez d'ici. Vous ne le mettrez pas en prison. Je ne vous laisserais pas faire.
Il était prêt à se battre bec et ongle pour empêcher Henriksen de mettre ses menaces à exécution. Il engagerait un avocat s'il le fallait. Il trouverait le meilleur et déterrerait tout ce qu'il serait possible de trouver sur l'agent du FBI. Il était prêt à tout pour Dean. Il ne savait pas si cela suffirait à convaincre Henriksen d'arrêter son petit jeu mais il l'espérait.
- Jimmy … ou peut être préférez vous que je vous appelle Castiel puisque je sais aujourd'hui que c'est votre vrai prénom ?
Castiel sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale. Il avait totalement oublié l'espace d'une seconde qu'il avait donné une fausse identité à Henriksen. Qu'il était lui aussi impliqué dans cette histoire. Il avait tué un homme et ignoré les ordres du FBI. Il pouvait parfaitement être arrêté à son tour. Mais il n'avait que les intérêts de son ami en tête. A aucun moment il n'avait pensé à lui.
- Peu importe, se força t-il finalement à répondre car il refusait de perdre la face devant Henriksen.
L'agent du FBI lui sourit avant de décroiser ses bras pour poser ses mains à plat sur le lit, juste à côté de la cuisse de Dean.
- Castiel, j'admire votre courage. J'admire les risques que vous avez courus pour sauver votre … ami.
Il forma des guillemets du bout des doigts en prononçant ce dernier mot. Castiel eut envie de protester car il détestait ce que l'agent du FBI sous entendait mais il n'en eut pas le temps. Henriksen enchaîna aussitôt, lui coupant l'herbe sous le pied.
- Je pense sincèrement que vous pourriez faire un excellent agent du FBI si toutefois vous choisissiez cette voie mais … cela n'efface en rien ce à quoi vous avez participé. Vous avez aidé un fugitif à fuir la police. Vous avez mené une opération commando totalement illégale armé de revolvers et de fusils qui n'étaient de toute évidence pas enregistrés et … pour lesquels vous n'aviez aucun permis. Vous pourriez plonger pour toutes ces infractions au même titre que Dean. Je pourrais faire en sorte que vous soyez dans la même prison cependant … pas dans la même cellule bien sur mais … si c'est réellement ce que vous voulez, vous l'obtiendrez.
Castiel était confronté à plus fort que lui. A plus puissant. En se débarrassant d'Alastair, il croyait avoir fait le plus dur. Mais il avait oublié qu'Henriksen faisait aussi parti de l'équation. Et qu'il ne faisait pas forcément parti des gentils. Son rôle était ambigu. Ses motivations également. Castiel détourna les yeux pour les poser sur Dean. Le jeune homme hocha la tête pour lui signifier qu'il était temps de laisser tomber l'affaire et Castiel choisit de suivre son conseil.
Henriksen sembla comprendre ce qui se passait entre eux puisqu'il reprit à nouveau la parole.
- Je pourrais faire tout ça bien sûr mais je n'en vois pas l'intérêt … je ne suis pas le méchant de cette histoire et je n'ai pas envie de gâcher votre vie plus qu'elle ne l'est déjà. Je veux vous aider tous les deux.
Castiel laissa échapper un long soupir de soulagement. Il s'était douté immédiatement qu'Henriksen ne mettrait jamais Dean en prison. Il était trop précieux pour le succès de son enquête. Il avait besoin de lui. Mais le ton de l'agent avait fini par le faire douter. Et à présent qu'Henriksen avait de nouveau entrouvert cette porte, il comptait bien s'y engouffrer sans demander son reste. Il était temps pour lui de cesser de jouer au plus malin et de se montrer coopératif.
- Je vous écoute, concéda finalement Dean après quelques secondes.
Henriksen se racla la gorge puis observa durant un moment la petite chambre où le jeune homme allait passer les prochains jours voire les prochaines semaines. Castiel le laissa faire malgré son impatience.
- Je t'ai promis de te mettre en sécurité et d'en faire de même avec Robert Singer et Sam. J'ai parfaitement l'intention de tenir cette promesse. Vous bénéficierez tous les trois du programme de protection des témoins. Vous obtiendrez une nouvelle identité, serez installés quelque part en tant que famille … je suppose que tu ne t'opposeras pas à ce que Bobby devienne ton père officiellement et j'offrirais à ton frère une possibilité de poursuivre ses brillantes études. Tu pourras également intégrer une école si cela t'intéresse, suivre une formation de ton choix et obtenir un travail dans un futur proche. Vous aurez une maison et une chance de former à nouveau une vraie famille. Je ne te demande qu'une seule chose en échange. J'ai besoin que tu témoignes au procès des hommes qui faisaient partis de l'organisation dirigée par Alastair. Tu seras protégé en permanence bien sûr … et je pourrais obtenir du juge que ton témoignage ne se fasse pas à l'audience et devant témoins. Si tu acceptes, je lancerais la procédure dès aujourd'hui. Je veux t'aider Dean. Je suis sincèrement désolé que tu aies eu à traverser cet enfer. Ce n'est pas ce que je voulais … je n'ai jamais voulu te voir souffrir.
Henriksen était sincère et c'était la première fois que Castiel ressentait la compassion qu'il avait pour le jeune homme. La première fois qu'il voyait l'homme derrière l'agent du FBI. Il allait devoir réviser son jugement le concernant. Il n'était sans doute pas aussi mauvais que Castiel avait fini par le penser.
- Et pour Castiel ? Demanda alors Dean.
Henriksen haussa les épaules.
- Je peux effacer toutes traces de ses récents actes. Je peux faire en sorte qu'il ne soit pas inquiété et qu'il puisse retourner à sa vie sans avoir à se soucier de quoi que ce soit. Mais je ne peux pas faire plus.
- Et si je vous demandais de l'inclure dans le programme ? Lui et son frère ?
- Dean, tu sais que ce n'est pas possible.
Castiel ne fut pas surpris par la réponse d'Henriksen. Il avait toujours su qu'il ne pourrait jamais suivre son ami. Il avait toujours su qu'ils finiraient par être séparés. Il était toutefois surpris que le jeune homme tente de l'inclure dans le programme. Cela en disait long sur ce qu'il ressentait pour lui. Même s'il refusait toujours de le dire clairement.
- Il m'a sauvé la vie ! Il vous a mâché le travail en localisant Alastair et il … il a été là depuis le début. Il pourrait être en danger au même titre que moi et ma famille. Crowley connait son visage et … Edgar aussi. Je … je ne veux pas qu'il se fasse tuer.
Castiel déglutit avec peine alors qu'il prenait conscience que si les choses seraient bientôt réglées pour Dean, elles continuaient d'être compliquées pour lui. Il était connu de certains membres de l'organisation et il représentait sans nul doute une menace pour eux. Il était également le seul lien connu avec Dean en dehors d'Henriksen. Ils pourraient avoir envie de l'interroger pour retrouver le jeune homme et le tuer avant le procès. Il serait plus facile pour eux de le kidnapper lui que de s'attaquer à l'agent du FBI.
- Edgar a été arrêté. Crowley le sera bientôt. Je doute que Castiel soit en danger à présent, assura Henriksen.
Les mots employés n'avaient rien de rassurants.
- J'ai besoin de certitudes. Je ne peux pas partir et le laisser derrière moi simplement parce que vous pensez qu'il est en sécurité. Pas après ce qu'il a fait pour moi … pas … pas maintenant, protesta faiblement Dean.
Castiel détourna alors les yeux, incapable de supporter le regard de son ami. Il pouvait voir les larmes s'accumuler sur ses paupières et il avait envie de pleurer à nouveau.
- Dean, je suis désolé. Sincèrement désolé mais … je ne peux pas élargir le programme de protection des témoins simplement parce que tu es amoureux de lui. Ce n'est pas comme ça que cela marche. Le FBI se fiche des sentiments que vous pouvez avoir l'un pour l'autre … et je ne dis pas que c'est juste ou pas mais … je ne peux rien faire pour lui.
Castiel s'était attendu à ce que Dean proteste en entendant Henriksen mettre des mots aussi précis sur ses sentiments et il fut surpris quand le jeune homme ne dit rien de plus. Cela rendait leur séparation future plus dure encore à supporter. Il était injuste qu'ils en soient obligés au moment où Dean semblait enfin prêt à assumer ce qu'il ressentait pour lui. A envisager un avenir à ses côtés. Une relation stable.
- Mais il devra témoigner lui aussi … il devra … il devra se présenter au procès et vous savez que celui lui fera courir un risque énorme. Vous ne pouvez pas l'abandonner à son sort, répliqua Dean qui ne semblait pas prêt à baisser les bras.
Castiel savait que c'était un combat perdu d'avance. Mais il n'avait pas la force de le dire au jeune homme. Pas la force de le contraindre à admettre l'inévitable.
- Je ferais en sorte qu'il ne témoigne pas. Je n'ai pas besoin de lui pour les faire couler. J'ai des personnes prêtes à se mettre à table pour réduire leurs peines. J'ai des preuves écrites et des ordinateurs que les techniciens du FBI sont en train d'examiner attentivement. Je n'aurais besoin que de sa déposition et il pourra la faire avec moi seul. Je ne l'exposerais à aucun risque et une fois qu'il m'aura parlé, il n'aura plus jamais à entendre parler de moi.
- Ou de moi, intervint Dean d'une voix qui tremblait.
Henriksen hocha alors la tête. Castiel se passa la main sur le visage et fut surpris de constater que ses joues étaient sèches. Il était persuadé que les larmes coulaient dessus. Il était visiblement plus fort que ce qu'il n'avait pas pensé. Ou trop épuisé pour céder au chagrin.
- C'est injuste et vous le savez aussi bien que moi. C'est … vous … je pensais … je pensais que tout était terminé et je pensais que j'avais une chance … avec lui … lui et moi et … vous êtes sûr de ne rien pouvoir faire ? Je veux dire … après tout ce que j'ai traversé, j'ai besoin … j'ai besoin de lui, concéda finalement Dean.
Henriksen ouvrit la bouche sans doute pour opposer un nouveau refus à la requête du jeune homme mais Castiel prit la parole avant lui. Il était temps d'intervenir. Temps de dire à Dean qu'ils ne pouvaient pas nier plus longtemps l'évidence. Leur histoire avait une durée limitée. Ils l'avaient su dès le début.
- Dean, c'est bon. Je suis sûr que tout se passera bien pour moi. Et … les choses seront probablement difficiles parce que tu vas me manquer cruellement mais … je suis content que tu sois enfin tiré de cette histoire. Content que tu aies une chance. C'est tout ce que j'ai toujours voulu pour toi. Pour nous. On savait très bien tous les deux qu'on avait aucune chance.
Il était surpris par son propre calme et par son aplomb. Il avait cru qu'il s'effondrerait en prononçant ces mots. Mais il était plus serein que Dean de toute évidence. Plus fataliste également. Il avait accepté la situation là où le jeune homme continuait de se débattre inutilement.
- Mais Cas, je ne peux pas … comment je vais faire sans toi ?
- Tu vivras … et … on aura toujours la Grande Ours n'est ce pas ?
Dean hocha alors faiblement la tête alors que des larmes roulaient sur son visage. Castiel avait envie de le prendre dans ses bras mais il refusait de faire quoi que ce soit devant Henriksen. Il refusait de se donner en spectacle.
- Très bien, je dois vous laisser. J'ai une montagne de papiers à remplir et quelques personnes à interroger avant de revenir te voir. Monsieur Novak, je vous contacterais pour prendre votre déposition d'ici quelques jours, expliqua Henriksen calmement.
Il semblait mal à l'aise d'avoir assisté à la scène qui venait de se jouer entre Dean et Castiel. Il n'avait sans doute pas l'habitude d'être le témoin de ce type de conversation. Ce n'était pas sa place. Et il le savait parfaitement.
- Je viendrais, confirma Castiel pour signifier à l'agent qu'il avait l'intention de coopérer à présent.
Il avait vraiment envie que cette histoire se termine enfin. Il ne voulait plus avoir à penser à Alastair, aux tortures qu'il avait infligées à Dean et à tout ce à quoi il avait assisté ces dernières semaines. Il voulait mettre ces épreuves derrière lui. Même si cela devait signifier qu'il abandonnerait également son ami en chemin. Il n'avait pas d'autres options de toute façon. C'était la seule route qu'il pouvait suivre.
- Parfait. Dean ? On se revoit d'ici peu, lança Henriksen en s'éloignant en direction de la porte.
C'était trop vague au goût de Castiel. Il avait besoin qu'on lui dise combien de temps exactement il avait devant lui pour profiter du jeune homme. Et de toute évidence, ce dernier ressentait la même chose.
- Quand ? Quand pensez vous que le programme sera enclenché ?
Henriksen prit une seconde pour réfléchir avant de répondre.
- Probablement d'ici deux ou trois jours. Moins, si je parviens à accélérer la procédure. Je te veux en sécurité le plus rapidement possible. J'espère pouvoir obtenir ce dont j'ai besoin d'ici demain soir. Tu seras ensuite transféré dans un hôpital dans ta nouvelle ville et sous ta nouvelle identité.
Deux ou trois jours. C'était trop peu. C'était beaucoup trop peu. Castiel n'était pas prêt à laisser partir Dean aussi rapidement. Il avait pensé disposé de quelques semaines pour lui faire ses adieux. Il doutait que deux jours suffisent pour lui dire tout ce qu'il avait à lui dire.
- Je ne peux pas suivre ma rééducation ici ? Je … je pensais avoir un peu plus de temps, lança Dean.
De toute évidence, il était sur la même longueur d'ondes que Castiel sur les délais accordés.
- Il existe de meilleurs hôpitaux là où tu iras. Je te ferais rencontrer les meilleurs spécialistes et tu seras sur pied en un temps record. Dean … je suis …
- Ne dites pas que vous êtes désolé … ne le dites pas s'il vous plait. Je ne peux pas l'entendre, protesta aussitôt le jeune homme.
Castiel pouvait sentir la fragilité dans sa voix, la tristesse et l'immense souffrance qu'il ressentait. Il savait exactement ce qu'il était en train de traverser. Il vivait la même chose au même moment. Il aurait voulu disposer de plus de temps. Mais la partie raisonnable de son cerveau lui criait que le départ rapide de Dean était une bonne chose. Leur séparation serait douloureuse même s'ils restaient ensemble encore quelques semaines. Ils devaient y mettre un terme rapidement. Agir comme avec un pansement qu'on doit retirer. Sans hésiter. Sans tergiverser. Il fallait l'arracher avant qu'il ne fasse plus de dégâts. Il était presque sûr que Dean le savait aussi. Mais il doutait que le jeune homme l'admette de si tôt. Il n'était pas encore prêt à partir. Castiel n'était pas non plus prêt à le laisser s'en aller. Il était simplement plus lucide que lui.
- Je vous laisse, conclut alors Henriksen que Castiel avait presque oublié en quelques secondes.
Il le regarda quitter la chambre sans ajouter quoi que ce soit et reporta ensuite son attention sur Dean. Le jeune homme avait les joues couvertes de larmes à présent. Ses yeux étaient rouges et sa lèvre inférieure tremblait. C'était le moment qu'ils avaient redouté tous les deux depuis leur rencontre. Le moment qu'ils savaient inévitable mais qu'ils avaient tenté d'oublier jusque là. Castiel ne savait pas quoi dire ou quoi faire. Il ne voulait pas dire adieu pour le moment. Il le ferait au dernier moment. Il le ferait quand les policiers emmèneraient l'homme qu'il aimait loin de lui.
- Je suis sûr que les médecins là bas prendront grand soin de toi, avança t-il pour ne pas laisser le silence s'installer.
« Là bas » résumait leur situation plutôt parfaitement. Là où je ne pourrais pas te suivre. L'endroit dont je ne connais pas le nom et où tu mèneras ta vie sans moi. Là où tu trouveras sans doute l'amour. Là bas. Dean tourna alors le visage vers lui et fronça les sourcils.
- Cas … tu sais ce que ça veut dire hein ?
Castiel hocha aussitôt la tête. Il savait très bien ce qui allait arriver. Mais il trouvait inutile de mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Ses émotions devaient probablement se lire sur son visage comme celles de Dean se lisaient sur le sien. Ils ne pouvaient rien se cacher après toutes ces semaines passées côte à côte. Ils se connaissaient trop bien à présent.
- Je sais … je l'ai toujours su.
- C'est un adieu, murmura Dean d'une voix plus aiguë que d'ordinaire.
Castiel secoua alors la tête puis posa sa main sur la joue de Dean pour essuyer quelques unes des larmes qui s'y trouvaient.
- Pas aujourd'hui non. Aujourd'hui, c'est l'espoir qui doit primer. La joie d'être en vie … de s'en être sorti malgré tout. Tu as une très belle vie qui t'attend et aujourd'hui, je veux que nous nous en réjouissions tous les deux.
Dean ouvrit la bouche pour protester mais Castiel ne pouvait pas le laisser faire. Pas maintenant. C'était encore trop tôt pour se dire ce qu'ils avaient sur le cœur.
- Nous nous dirons « adieu » Dean … nous le ferons quand le moment sera venu et nous le ferons bien. Mais je ne suis pas encore prêt … c'est inévitable et je ne cherche absolument pas à le nier. Mais je veux juste … je veux juste vivre encore quelques minutes dans cette jolie illusion. Nous sommes en vie et c'est la seule chose à laquelle je veux penser.
Il fut surpris de voir Dean accepter en silence sa requête. Il savait que le jeune homme avait envie de parler. Envie de s'excuser probablement pour le mal qu'il allait lui faire involontairement. Un mal auquel Castiel s'était préparé. Sans réussir bien sûr mais là n'était pas la question. Il adressa un sourire à son ami. Un sourire qu'il espérait convaincant.
- Je crois qu'Henriksen t'aime bien, plaisanta t-il alors.
C'était une idée qui avait commencé à faire son chemin dans son esprit après les excuses surprenantes de l'agent du FBI. Il pensait réellement qu'Henriksen avait de la tendresse pour Dean. De l'affection sans doute. Et de la compassion. Il n'était pas froid et calculateur comme Castiel l'avait pensé en le rencontrant. Il avait été touché par les épreuves subies par le jeune homme. Il ne s'était simplement jamais autorisé à les exprimer jusque là. Cela faisait sans nul doute parti de son métier. S'il se laissait submerger par ses émotions, il serait probablement incapable de faire son travail correctement. Il devait garder cette façade pour être efficace. Il devait rester détaché pour ne pas devenir complètement fou. Mais cela ne l'empêchait pas de ressentir des choses.
- Dommage pour lui, il n'est pas du tout mon genre, protesta Dean en souriant à son tour.
- Il a des menottes pourtant. Il pourrait t'attacher, rétorqua Castiel.
Dean ricana une seconde en secouant la tête. Castiel était fier de lui. Il avait la sensation d'avoir accompli un petit miracle en ramenant quelques couleurs sur le visage tendu de son ami.
- Je peux acheter des menottes dans n'importe quel sex shop … et puis, je doute qu'il soit ce genre d'homme. De toute façon, je te l'ai dit … il ne me plait pas. C'est toi qui …
Castiel ne pouvait pas le laisser finir sa phrase. Il colla son doigt contre sa bouche pour le faire taire.
- Chut Dean … c'est trop tôt.
- Mais Cas … marmonna le jeune homme contre son doigt.
Castiel choisit alors de le faire en déposant un baiser contre ses lèvres. Ce n'était sans doute pas la meilleure des idées mais c'était la seule qu'il avait pour le moment. Et alors que sa langue venait chercher celle du jeune homme pour en réapprendre la texture et le goût, il réalisa que c'était en fin de compte la meilleure des choses à faire à ce moment précis. La seule manière de conclure quelque chose qu'ils ne savaient ni l'un ni l'autre comment arrêter et abandonner derrière eux. C'était le témoignage de l'affection – de l'amour – qu'ils avaient l'un pour l'autre. Les mots étaient difficiles à trouver. Ils étaient parfois mal compris ou mal interprétés mais les gestes rendaient tout plus clair. Castiel était sûr que le message était passé à présent. Il le sentit à la manière dont Dean lui rendit son baiser avec un enthousiasme évident.
- Dans une autre vie, murmura Dean quand ils se séparèrent.
C'était une chose qu'ils se disaient souvent. Une chose qui résumait parfaitement leur histoire. Ils ne s'étaient sans nul doute pas connu au bon moment ou pas dans le bon univers. Dans d'autres circonstances, ils auraient pu être extrêmement heureux ensemble. Castiel regretterait toujours de ne pas savoir à quel point leur histoire aurait pu être belle. Mais son imagination lui fournissait une réponse satisfaisante.
- Dans une autre vie, confirma t-il alors.
Dean lui sourit à nouveau et même s'il restait une tristesse évidente dans son regard, il semblait un peu plus léger que quelques secondes plus tôt. Castiel avait réellement accompli un miracle. Il était fier d'avoir su gérer une situation qui le dépassait entièrement.
- Tu sais, je me demande si ce n'est pas plutôt pour toi qu'Henriksen a de l'affection … de l'attirance même. Il n'y a qu'à voir la façon dont il s'est montré admiratif de ce que tu as fait pour moi … tu devrais tenter ta chance avec lui, plaisanta Dean après quelques secondes.
Castiel éclata alors de rire. La blague n'était pas drôle à ce point mais il avait besoin d'évacuer un peu de la tension accumulée et c'était la parfaite occasion pour cela. Il rit pendant de longues secondes, des larmes coulant enfin sur ses joues, emportant avec elle un peu de la tristesse qu'il ressentait au fond de lui. Dean le regarda faire, amusé et surpris par sa réaction. De toute évidence, il était satisfait d'avoir réussi à lui changer les idées à son tour. Castiel était surpris de voir à quel point ils se connaissaient et à quel point ils étaient faciles pour eux de lire l'un en l'autre. D'anticiper leurs réactions. De deviner leur émotions. Ils avaient traversé l'enfer côte à côte et cela créait des liens solides et spéciaux. Des liens que même un couple normal – heureux et amoureux – ne pourrait jamais partager. Castiel se sentait spécial quand Dean le regardait. Il se sentait utile. Il avait trouvé sa place dans ce monde. Et même si ce n'était pas exactement celle qu'il aurait voulu, il ne se sentait pas déçu pour autant. Il était prêt à avoir le cœur brisé et à pleurer toutes les larmes de son corps dès le départ du jeune homme. Il savait qu'il allait souffrir atrocement. Mais cela ne pourrait jamais effacer le reste. Cela ne pourrait jamais diminuer l'importance de ce qu'ils avaient vécus. Et Castiel comptait bien se raccrocher à cette certitude jusqu'à la fin de ses jours.
