Bonjour,

Voici le 38ème chapitre ... et comme son titre l'annonce, ce sont les retrouvailles entre Dean et Castiel.

On approche vraiment de la fin cette fois. Plus que deux chapitres et il faudra dire adieu (ou aurevoir si j'écris une suite un jour) à nos deux héros.

Merci à toutes celles et tous ceux qui m'ont écrit.

Bonne lecture,

Sydney8201

Musique du chapitre :

I will remember you de Sarah McLachlan

Chapitre 38 : Retrouvailles

« Il arrive parfois que deux êtres aient cette impression de se retrouver sur le chemin de la vie. Comme s'ils n'avaient été jusque là que provisoirement séparés. Comme si l'un et l'autre s'attendaient. »

Olivier Lockert

Castiel arriva à Vancouver une semaine après sa discussion avec Charlie. Il avait averti son frère dès son retour et accepté ses doutes et ses conseils sans les lui reprocher. Il savait que Gabriel avait probablement raison. Il prenait des risques inconsidérés et s'exposait à plus de souffrance encore si toutefois Dean le rejetait. Mais il ne pouvait pas renoncer pour autant. Il avait besoin de revoir le jeune homme une nouvelle fois. Même s'il s'agissait de la dernière.

Une fois ses bagages prêts, il prit plusieurs longues minutes pour dire « au revoir » à son frère. Il n'était pas sûr de revenir et Gabriel semblait avoir compris qu'il risquait de se retrouver seul à nouveau. Il lui fit jurer de l'appeler ou de lui envoyer des mails. Il lui conseilla de prendre soin de lui puis il lui souhaita bonne chance. Il le prit dans ses bras quand la porte de l'appartement fut finalement ouverte et le serra contre lui durant de longues secondes. Castiel ferma les yeux et apprécia l'étreinte. Il savait que Gabriel souffrait de le voir partir et qu'il était inquiet pour lui. Mais il lui était reconnaissant de ne pas chercher à le culpabiliser ou à le convaincre. Il avait accepté sa décision sans la valider pour autant. Il le laissait mener sa vie comme bon lui semblait tout en gardant un œil sur lui et en lui assurant qu'il serait là pour lui. Castiel avait de la chance de l'avoir. Il en avait toujours été conscient mais il comprenait à présent à quel point.

Le jeune homme avait trois mille cinq cent kilomètres à parcourir et il était le seul conducteur. Il choisit de procéder par étapes et de s'arrêter régulièrement pour se reposer. Se retrouver sur la route un an après avoir cessé de voyager avait quelque chose d'excitant et de terrifiant. Il n'aimait pas le silence qui régnait dans la voiture sans Dean à ses côtés. Les souvenirs étaient toujours là pourtant. Il lui suffisait de fermer les yeux pour se remémorer les moments passés avec le jeune homme dans sa voiture. Les fous rires. Les discussions plus ou moins sérieuses. Et les heures passées à ne rien dire mais à échanger des regards et des sourires. Un an était passé mais Castiel s'en souvenait comme si tout s'était passé la veille. Il était terriblement nostalgique. Mais être à nouveau sur la route le rapprochait de Dean. Au fil des kilomètres, il commença à imaginer la façon dont il allait saluer le jeune homme en le voyant. Il tenta de préparer un discours pour lui présenter des excuses. Il échoua lamentablement. Il décida donc d'improviser et se replongea dans ses souvenirs.

En roulant sept heures par jours, il lui fallut cinq jours pour rejoindre Vancouver. Il traversa la frontière sans encombre mais eut quelques difficultés à se repérer dans un pays qu'il ne connaissait pas. Il acheta une carte du Canada dans la première station service qu'il croisa puis passa la nuit suivante à étudier la route qui lui restait à parcourir. Quand il pénétra enfin dans la ville, il demanda son chemin à plusieurs reprises pour rejoindre la maison où Dean vivait. Il ne voulait pas le surprendre à son travail, ne connaissait de toute façon pas ses horaires et était persuadé que le jeune homme serait plus à l'aise en étant confronté à lui dans sa maison. Ils allaient avoir besoin d'être seuls pour discuter. Il était réellement préférable qu'ils n'aient aucun témoin.

Castiel tourna plusieurs fois dans le quartier où son ami vivait. Il avait posé la photo que Charlie lui avait donné et où on voyait la maison devant lui sur le tableau de bord. Il regardait autour de lui avec attention pour la trouver. Quand il la localisa enfin, l'après midi était déjà bien entamée. La température avait considérablement chutée et Castiel regrettait à présent de ne pas avoir emmené des vêtements plus chauds.

Il s'arrêta en face de la maison puis coupa le moteur et observa les alentours. Le quartier semblait relativement calme. Les maisons étaient récentes et parfaitement entretenues. Ce n'était pas un endroit bourgeois mais de toute évidence, il était de ceux habités par la classe moyenne. Un quartier sans histoire. Le changement avait du être important pour Dean. Castiel espérait sincèrement qu'il aimait ses voisins.

Il prit une grande inspiration puis posa enfin ses yeux sur la maison que son ami occupait. Elle était grande et tout en longueur. Le porche était identique à la photo fournie par Charlie. L'herbe avait été tondue récemment. L'allée goudronnée était occupée par une voiture. Castiel fronça les sourcils en observant le véhicule. Il n'était pas récent mais comme la maison, il avait été parfaitement entretenu. Il était noir et la carrosserie semblait briller sous le soleil pâle. Une Chevrolet si Castiel ne se trompait pas. Un modèle ancien. Un classique. Dean lui avait souvent dit qu'il rêvait de conduire une de ses voitures qu'on voyait dans les vieux films. Castiel était content de voir qu'il avait réalisé ce rêve.

La lumière était éteinte dans la maison mais Castiel était presque sûr que Dean s'y trouvait en ce moment. Ce véhicule était inévitablement le sien et il ne l'aurait jamais laissé à l'extérieur du garage s'il avait du s'absenter sans lui. Il savait à quel point son ami respectait les voitures. Il avait tendance à les personnifier et à leur donner des noms. Il les traitait presque comme des êtres humains. Si sa voiture se trouvait dans l'allée alors Dean se trouvait dans la maison. C'était évident.

Castiel fit tourner ses clefs dans sa main pendant quelques secondes avant de se décider à sortir de la voiture. Il prit le temps de fermer ses portières puis de vérifier deux fois qu'elles étaient effectivement verrouillées avant de se lancer en direction de la maison. Il était impatient de revoir le jeune homme mais également totalement pétrifié à l'idée de se retrouver face à lui. Il avait peur de sa réaction, peur des mots qu'il prononcerait et peur de se faire rejeter.

De près, la maison était réellement très belle et accueillante. Il en émanait quelque chose de chaleureux. Castiel pouvait facilement imaginer vivre dans un tel lieu. Bien sûr, c'était un peu trop tôt pour imaginer s'installer ici. Il n'avait pas encore parlé à Dean et il doutait de pouvoir défaire ses bagages ce soir. Il était toutefois prêt à prendre une chambre pour plusieurs nuits si le jeune homme lui demandait de rester dans les parages. Il ne partirait pas tant qu'il n'y aurait pas été contraint.

Castiel monta les marches du perron puis s'approcha de la porte. Il y avait une sonnette accrochée sur le côté mais il refusait de sonner. Il donna plusieurs coups contre le bois froid de la porte puis recula d'un pas et enfonça ses mains dans ses poches. Il n'entendait pas de bruit à l'intérieur de la maison et il espérait ne pas s'être trompé quant à la présence de Dean chez lui. Il attendit quelques secondes de plus avant de frapper à nouveau. Il sursauta quand il entendit une voix dans son dos.

Il est dans le jardin si vous le cherchez, lança une femme qui remonta la rue derrière lui.

Castiel lui adressa un petit sourire puis redescendit du perron. Il contourna la maison lentement, son cœur battant la chamade dans sa poitrine. Il remonta sur le côté en gardant les yeux rivés sur le sol devant lui. Quand il releva finalement la tête, il eut le souffle littéralement coupé. Le jardin était magnifiquement arboré et fleuri. Une table était installée près d'un barbecue et plusieurs chaises l'entouraient. L'herbe était taillée à la perfection. Mais c'était sans nul doute la vue qui était la plus incroyable. Derrière la maison, il n'y avait pas d'autres constructions. L'horizon était dégagé et Castiel pouvait voir le fleuve au loin. Sa surface brillait de mille feux. C'était parfait. Les arbres qui l'entouraient étaient encore verts et se tenaient fièrement devant lui. Castiel aimait cet endroit. Il l'adorait. Il déglutit avec peine puis fit un pas devant lui. Un léger bruit sur sa droite attira son attention et il tourna le visage.

Il avait souvent pensé à la manière dont il réagirait quand il reverrait Dean pour la première fois. Il avait cru s'y être suffisamment préparé. Mais il s'était trompé. Car quand ses yeux se posèrent finalement sur le jeune homme, il sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine alors que son souffle se saccadait. Il se mit à transpirer abondamment malgré le froid ambiant et ses mains tremblaient violemment.

Dean était debout à la limite de son terrain, les mains sur les hanches, le dos tourné. Il semblait perdu dans la contemplation du paysage sous ses yeux. Castiel observa son dos couvert d'un pull en laine et ses jambes enfermées dans un jean sombre. Il avait de toute évidence fait du sport durant cette année. Ses épaules s'étaient élargies et ses bras s'étaient épaissis également. Ses cheveux étaient toujours aussi courts et relevés sur le sommet de son crâne. Castiel avait envie de l'appeler et de lui demander de se retourner. Il voulait voir son visage. Il voulait pouvoir plonger son regard dans le sien. Mais pour le moment, il se contentait de l'observer de loin. Il paraissait tellement à l'aise dans cet environnement. Il semblait avoir enfin trouvé sa place dans ce monde. Castiel fit un nouveau pas en avant. Il dut faire plus de bruit qu'il ne l'avait pensé – ou Dean avait développé une ouïe particulièrement fine – puisque le jeune homme se retourna lentement aussitôt. Castiel retint son souffle.

Il avait imaginé toutes les réactions que Dean pourrait avoir en le voyant. Il l'avait imaginé se jetant dans ses bras pour l'embrasser. Lui hurlant dessus pour l'avoir laissé tomber. Ou l'ignorant totalement. Mais il ne s'était certainement pas préparé à la réaction que son ami eut le reconnaissant.

Castiel le regarda s'approcher en plusieurs enjambées, incapable de bouger ou de détacher son regard du visage qu'il aimait tant. Les yeux de Dean étaient toujours aussi verts, ses mâchoires carrées et ses joues couvertes de tâches de rousseur. Il avait gardé une fine barbe de quelques jours. Son torse était visiblement plus musclé qu'un an plus tôt. Castiel ouvrit alors la bouche pour saluer son ami mais ce dernier ne lui en laissa pas le temps. Quand il fut enfin à sa hauteur, il abattit son poing dans le visage de Castiel de toutes ses forces.

Ce n'était définitivement pas une des réactions que Castiel avait imaginé déclencher. Il porta une main à sa joue immédiatement, convaincu qu'il devait saigner. Mais le coup n'avait pas entaillé la peau. Il allait avoir un bel hématome. Rien de grave toutefois.

- Espère de salopard ! Hurla Dean en reculant alors.

Castiel l'observa une seconde. Il paraissait totalement furieux et ses yeux s'étaient considérablement assombris en quelques secondes. Ses poings étaient serrés de chaque côté de son corps et il semblait ne pas pouvoir s'empêcher de trembler. Castiel retira finalement sa main de sa joue. Il ne savait pas quoi dire pour calmer son ami ou l'empêcher de le frapper à nouveau. Même s'il estimait le mériter.

- Une lettre ?! C'est tout ce que tu as daigné me laisser ? Une saloperie de lettre ? Tu sais ce que j'ai ressenti en la voyant ? Tu as une idée de ce que tu m'as fait subir en partant comme un voleur sans me donner la moindre explication ?

Castiel secoua alors la tête. Il avait toujours su que Dean n'avait pas du bien réagir à son départ précipité. Il s'était toujours douté que son ami lui en avait voulu. Il avait simplement espéré que le temps avait apaisé sa colère. Qu'il avait fini par comprendre. De toute évidence, il s'était trompé sur ce point.

- J'ai refusé de partir quand ils sont venus me chercher … je criais et je pleurais et j'étais persuadé que tu allais revenir. Je voulais t'attendre mais Henriksen m'a obligé et … ils ont du m'attacher … Sam et Bobby ont du les regarder m'attacher pour me faire sortir. Tout ça parce que tu étais incapable de tenir ta promesse et …

Dean s'interrompit pour se passer une main tremblante sur le visage. Même furieux, Castiel le trouvait magnifique. Les souvenirs qu'il avait conservé de lui ne lui faisaient définitivement pas justice. Dean était incroyablement beau dans la lumière du soleil du début de l'automne. Il était à couper le souffle.

- Pendant un an … un an, je me suis demandé pourquoi tu n'avais pas attendu que je me réveille … pourquoi tu avais refusé de me donner une chance de te dire ce que j'avais à te dire et … je croyais que je ne comptais pas pour toi et que tes sentiments n'étaient finalement pas aussi forts que ce que tu prétendais. J'ai refusé de manger et de sortir pendant presque un mois. J'ai perdu plus de dix kilos et je … je me laissais mourir sous les yeux de mon frère et de Bobby. Tout ça à cause de toi …

- Dean, écoute … intervint Castiel d'une toute petite voix.

Il ne savait pas réellement ce qu'il voulait dire mais il ressentait le besoin de parler. Il avait besoin de s'expliquer. De donner sa version des faits et de s'excuser. Il refusait de laisser Dean continuer à le haïr comme il semblait le faire pour le moment.

- Ma lettre était là pour … ajouta t-il.

- Ta lettre ne servait à rien Castiel … elle … je l'ai lu des dizaines … des centaines de fois. Et je n'y trouvais aucune explication … aucune raison valable pour ton départ. Tu m'as laissé tomber et tu m'as privé d'une chance de mettre un point final à notre histoire. Et maintenant que tu es là tu … tu quoi ? Pourquoi être venu Castiel ?

Castiel ne pouvait pas ignorer la douleur qu'il ressentait à chaque fois que Dean prononçait son prénom en entier et non pas le surnom auquel il s'était habitué quand ils voyageaient ensemble. Il y avait clairement une distance entre eux. Une distance qui n'était pas là un an plus tôt. Le jeune homme recula d'un pas matérialisant ce que Castiel avait ressenti quelques secondes plus tôt. C'était invivable pour ce dernier. Il refusait de voir Dean lui échapper après avoir mis autant de temps à le retrouver.

- Je suis venu parce que je … je ne pouvais pas faire autrement. Je sais que je prends un risque et que je t'en fais courir un mais … c'était devenu impossible pour moi de rester loin de toi. J'avais besoin … réellement besoin de venir. J'ai vécu l'enfer ces derniers mois et …

- Bien fait pour toi Castiel, s'écria alors Dean en pointant son indexe dans sa direction.

Castiel fronça les sourcils, surpris par la froideur du ton de son ami. Il s'était attendu à de la colère mais il était confronté à quelque chose qui ressemblait étrangement à de la haine. Il ne savait pas quoi faire pour le faire changer d'avis. Ou même si c'était tout simplement possible.

- Bien fait pour toi mon vieux, répéta Dean après quelques secondes. Tu as choisi de partir … tu as choisi de prendre la fuite sans même me parler. Tu as mérité de souffrir. Mais ce que tu m'as fait subir Castiel … ce que tu m'as fait subir … c'est … je n'avais rien demandé. Et après tout le reste, je ne pensais vraiment pas que tu me ferais du mal à ton tour.

Castiel sentait les reproches dans le ton de son ami. Il sentait son chagrin aussi. Et s'il aurait préféré que Dean soit heureux, il était tout de même soulagé de constater qu'il restait triste. Car cela signifiait qu'il n'avait pas réussi à l'oublier. Qu'il ne l'avait pas rayé de sa vie. Et qu'il existait encore une mince chance que les choses s'arrangent.

- Mais j'ai fini par reprendre le dessus grâce à Sam et Bobby et … parce que je sais tenir mes promesses moi ! Je me suis battu et j'ai fini par sortir la tête de l'eau. J'ai une vie qui me plait ici maintenant. J'aime Vancouver et j'adore mon travail. Je suis heureux ici Castiel.

- Vraiment ? Demanda ce dernier en fronçant les sourcils.

Il avait besoin de croire que son ami n'était pas réellement heureux. Du moins pas sans lui à ses côtés. Il refusait d'admettre qu'il pouvait avoir réussi à faire sa vie loin de lui quand lui avait lamentablement échoué sur ce point.

- Je … bien sûr que je le suis. Jason Teague est heureux … il … je ne suis plus le même homme qu'il y a un an. Dean Winchester est mort et … Jason a tout ce dont il a besoin dans la vie. Il a un père et un frère qu'il aime, un boulot et mêmes quelques amis. Il … Castiel, tu n'as jamais fait parti de la vie de Jason et je crois qu'il serait préférable que tu n'en fasses jamais parti.

Castiel secoua alors la tête. Ca ne pouvait pas être possible. Dean ne pouvait pas être en train de le repousser sans même lui laisser une occasion de s'expliquer et de s'excuser. Il avait su d'emblée que les choses ne seraient pas simples pour lui mais il avait pensé pouvoir au moins parler un minimum. Dean ne semblait pas décider à lui faciliter la tâche.

- Bonne chance Castiel, lâcha alors le jeune homme en lui tournant le dos.

Il reprit le chemin de la maison mais Castiel ne pouvait décemment pas le laisser faire. Il prit une grande inspiration, ignora la façon dont sa joue le lançait puis cria son nom, son vrai nom, pour le forcer à se retourner. Dean lui fit finalement face après quelques secondes d'hésitation. Il semblait toujours en colère mais il paraissait prêt enfin à écouter ce que son ami avait à lui dire. C'était une première victoire pour Castiel.

- Je sais que j'ai eu tort … je sais que je me suis montré lâche et que j'ai manqué à toutes les promesses que je t'avais faites. Je m'en excuse … je suis terriblement désolé de t'avoir fait du mal mais je te jure que je pensais agir pour ton bien … pour notre bien à tous les deux. Je n'aurais jamais pu te laisser partir si j'étais resté jusqu'à ton réveil. Je … je voulais t'épargner l'épreuve de me voir supplier Henriksen de m'emmener avec vous … je ne voulais pas que tu me vois pleurer et crier et hurler et … j'ai été lâche, je le sais. Je ne te demande pas de me pardonner mon geste dans la seconde … juste de … d'accepter de me laisser une chance.

- Une chance de quoi Castiel ?

Dean ne semblait réellement pas voir où il voulait en venir. Castiel ne savait pas comment lui dire qu'il espérait pouvoir faire sa vie à ses côtés sans passer pour un idiot.

- Une chance de te prouver que je ne t'ai jamais menti sur les sentiments que j'avais pour toi … les sentiments que j'ai toujours pour toi. Je t'aime Dean. Je n'ai jamais cessé de t'aimer et je ne cesserais probablement jamais de t'aimer. J'aimerais que tu me laisses une chance de te le prouver jour après jour. Je n'exige rien de toi … rien de plus que de ne pas me fermer la porte au nez de façon définitive.

Dean détourna les yeux et sembla en proie à une intense réflexion pendant quelques minutes. Castiel observa alors le nouveau tatouage qu'il avait sous l'oreille et qu'il discernait légèrement. Le mot « freedom ». Liberté. Castiel savait l'importance qu'il avait pour le jeune homme. Il symbolisait l'enfer auquel il avait échappé. C'était la célébration de sa survie. Castiel avait envie de le toucher du bout des doigts. Mais il savait que ce geste était inapproprié. Il n'aurait peut être plus jamais l'occasion de toucher son ami de cette façon. Il repensa alors à l'autre tatouage que Charlie lui avait montré. Celui que Dean avait fait graver entre ses deux omoplates. Son prénom en lettres fines. Castiel avait envie de lui demander depuis quand il l'avait. Mais il savait que c'était également trop tôt pour ce genre de questions.

- Dean, s'il te plait … je ne crois pas que je serais capable de repartir … pas maintenant que je t'ai revu, souffla Castiel sincèrement.

Le jeune homme reporta son attention sur lui puis secoua la tête et tourna à nouveau le dos à Castiel. Ce dernier sentit son cœur se briser une énième fois et il se demanda pendant une seconde combien de fois il pourrait endurer la même souffrance sans perdre la tête pour de bon. Il se sentait déjà au bord de la crise de nerfs. Ou de la crise de larmes. Peut être même des deux combinées. Il regarda Dean avancer vers la porte de la maison. Il avait une main sur la poignée quand il s'interrompit pour jeter un coup d'oeil par dessus son épaule.

- Tu veux entrer une minute ?

Castiel hocha aussitôt la tête. Il combla la distance qui le séparait de Dean et pénétra dans la maison derrière lui. Il se retrouva alors dans un grand salon qui donnait sur une cuisine ouverte. Les murs étaient couverts de larges baies vitrées qui apportaient une grande luminosité. Le mobilier était disparate mais visiblement de bonne qualité. Une cheminée trônait dans un coin de la pièce. Une odeur de cookies flottait dans le salon et Castiel tourna la tête vers la cuisine, surpris.

- Si tu as faim, lança Dean sans réellement énoncer de proposition concrète.

Castiel avait la sensation d'être face à une nouvelle personne dont il ne savait pas grand chose. Il n'avait jamais su que Dean savait cuisiner tout comme il n'avait jamais rien su de son don pour le dessin. Il se demanda alors s'il en ignorait encore beaucoup sur le jeune homme. Il aurait été ravi de pouvoir apprendre à le connaître maintenant qu'ils n'avaient plus à fuir mais il n'était pas sûr que Dean lui en laisserait l'occasion.

- N'ai pas l'air aussi surpris, c'est vexant, plaisanta Dean, visiblement mal à l'aise soudainement.

Castiel sourit faiblement en regardant l'assiette de cookies qui reposait sur le bar séparant la cuisine du salon. Il pouvait comprendre le malaise de son ami. Il savait que sa présence était un choc pour lui. Ils ne s'étaient pas vus depuis un an et avaient perdu l'habitude d'être ensemble.

- Je ne suis pas … pas surpris juste … je ne savais pas que tu savais cuisiner, expliqua Castiel quand il réalisa que Dean ne dirait rien de plus.

Le jeune homme pénétra dans la cuisine et attrapa plusieurs bols sales qu'il mit dans le lave-vaisselle. De toute évidence, il ressentait le besoin de s'occuper pour ne pas avoir à regarder Castiel. Quand il reprit finalement la parole, il avait le dos tourné et fixait l'extérieur par la fenêtre au dessus de l'évier.

- Dean Winchester n'a jamais su cuisiner mais Jason est très doué pour suivre une recette à la lettre.

Castiel hocha la tête avant de prendre un cookie et de le porter à sa bouche. Il était réellement délicieux. Il le fit savoir à son ami aussitôt. Dean se tourna alors vers lui et s'appuya contre le comptoir derrière lui, les bras croisés sur son torse.

- Changer d'identité a été comme une sorte de … de renaissance. J'ai laissé mes doutes derrière moi et j'ai … j'ai choisi de faire tout ce que je m'interdisais de faire avant parce que je craignais la réaction des gens ou parce que je pensais ne pas en être capable. Ca été une chance pour moi de découvrir réellement qui je suis à l'intérieur.

- C'est pour ça que tu travailles dans un salon de tatouage et non pas dans le garage de Bobby ?

Si Dean fut surpris de voir qu'il en savait autant sur lui, il ne dit rien. Castiel n'avait pas l'intention de lui cacher la vérité. S'il lui posait la question, il lui avouerait sans hésiter qu'il avait demandé à Charlie d'enquêter. Il voulait se montrer honnête avec le jeune homme pour construire leur nouvelle relation sur des bases saines. Le passé était oublié et ils étaient temps pour eux de repartir à zéro.

- J'ai travaillé avec lui pendant quelques mois mais ce n'était pas … j'ai toujours cru que c'était ce que je voulais faire mais … j'ai fini par comprendre que c'était ce que je me forçais à penser parce que c'était ce que mon père aurait attendu de moi. Mais Bobby … James … c'est lui mon père aujourd'hui et il m'a dit de choisir ce qui me plaisait vraiment. Il m'a demandé de réfléchir et j'ai voulu tenter ma chance ailleurs. Le dessin n'a jamais réellement été l'un de mes passe temps. Mais de toute évidence, je suis plutôt doué. J'ai présenté certaines esquisses à la fille qui dirige le salon et elle m'a proposé de me prendre à l'essai. Je ne suis jamais reparti. J'aime ce que je fais … j'aime ma vie telle qu'elle est même si …

- Même si … répéta Castiel en espérant que la suite de cette phrase l'inclurait d'une manière ou d'une autre.

Dean soupira longuement avant de remonter les manches de son pull exposant le nouveau tatouage qu'il avait sur l'avant bras. La date de la mort d'Alastair. Castiel observa le dessin durant quelques secondes. Il voulait laisser le temps à Dean de rassembler ses idées et de trouver ce qu'il voulait lui dire. Il n'était pas pressé. Il n'avait pas l'intention de partir.

- Est-ce que je t'ai manqué Castiel ? Je veux dire … est-ce que je t'ai réellement manqué durant cette année ?

Castiel avait réellement pensé s'être montré suffisamment clair sur ce point. Mais il n'avait pas oublié à quel point son ami manquait de confiance en lui même. Même avec une nouvelle identité, il restait le jeune homme peu sûr de lui qu'il était lors de leur rencontre. Il lui faudrait encore un peu de temps pour oublier ce qu'Alastair avait réussi à lui faire croire. Il n'en était qu'au début du chemin. Castiel espérait réellement être là pour l'assister sur le reste.

- C'était comme … comme si je n'arrivais pas à respirer. Comme si on m'avait arraché un membre. J'ai tenté de mettre tout ça de côté pour avancer comme je t'avais promis de le faire. J'ai commencé une formation pour devenir infirmier. Mais je n'ai pas pu me mentir à moi même plus longtemps. J'ai du me rendre à l'évidence. Dean, je ne peux pas vivre loin de toi. Cette année a été … elle a été atroce … la pire de mon existence. Alors pour répondre à ta question, oui tu m'as manqué … plus que tu ne peux l'imaginer.

Dean hocha alors la tête lentement avant de tourner le visage vers les baies vitrées qui donnaient sur le jardin. Castiel savait que la vue était magnifique mais il ne pouvait pas détacher son regard de son ami. Il pouvait voir les tâches de rousseur qui recouvraient son nez et ses joues même à cette distance. Il étudia le dessin de ses lèvres avant de laisser ses yeux descendre le long de son cou pour s'attarder sur ses épaules, son torse et ses bras. Il ressentait toujours le besoin de serrer le jeune homme contre lui. Mais il savait qu'il n'en avait pas encore le droit. Il devait se montrer patient.

- Je t'en ai voulu … terriblement. Je t'en veux toujours tu sais, finit par dire Dean sans quitter le jardin des yeux.

Castiel ouvrit la bouche pour tenter de se défendre mais Dean ne lui laissa pas le temps de parler et enchaîna presque aussitôt.

- J'ai essayé de te détester … j'ai vraiment essayé. Mais peu importe la colère que je ressens à ton égard, c'était impossible pour moi de te haïr. Durant cette année, j'ai rencontré quelques personnes qui se sont intéressées à moi … je suis sorti avec certaines d'entre elles mais je ne suis jamais allé plus loin. J'avais la sensation de te trahir … et cela me rendait encore plus furieux. Mais j'ai fini par me rendre à l'évidence. Tu fais parti de moi et je ne peux rien faire contre. Alors quand je t'ai vu en face de moi … pendant une très courte seconde, j'ai cru que j'hallucinais. Que je rêvais. Puis la colère m'a envahi et … je suis désolé de t'avoir frappé. Désolé de t'avoir dit toutes ces choses. Elles ne sont pas toutes vraies. Je … je suis content que tu sois là malgré tout.

Castiel ne voulait surtout pas crier victoire trop vite mais son cœur s'emballa en entendant ce que Dean lui disait. Il hocha la tête plusieurs fois et attrapa le bar derrière lui pour se retenir de courir dans la direction de son ami et de le prendre dans ses bras. Il ne savait pas encore ce que Dean voulait de lui ou ce qu'il était prêt à lui accorder mais le simple fait qu'il admette être heureux de sa présence suffisait à le soulager d'un énorme poids. Il avait eu raison de venir. Il avait eu raison de briser la promesse faite au jeune homme. Il était exactement là où il devait être.

- Ca ne veut pas dire que je suis prêt à te faire à nouveau une place dans ma vie ou même que j'en serais capable un jour mais … te revoir c'est … ça m'a rappelé tout ce que tu as fait pour moi par le passé … tout ce que tu as sacrifié et je me souviens des nombreuses fois où j'ai tenté de te repousser. Tu es resté … tu es toujours resté et j'avais fini par oublier tout ce que tu avais fait pour moi. Je croyais … quand j'ai trouvé ta lettre … j'ai commencé à me demander si je n'avais pas imaginé toutes ces choses. Si je n'avais pas mal interprété tes choix et tes actes. Et … maintenant que tu es là et … après tout ce que tu m'as dit, je réalise que je me suis trompé. Une nouvelle fois, ça ne veut pas dire que je te pardonne car je continue de croire que tu as eu tort de partir. Mais je me souviens à présent que tu n'aurais jamais choisi de me faire volontairement du mal. Et je suis prêt à faire des efforts pour comprendre ton geste et pour te pardonner. C'est tout ce que je peux t'offrir pour le moment.

- C'est plus que suffisant, assura Castiel en souriant.

Dean se tourna alors à nouveau vers lui et lui adressa un sourire timide. Quelque chose avait changé chez lui et Castiel ne parvenait pas encore à savoir quoi. Ce n'était pas physique même si l'année écoulée avait permis à Dean de reprendre un peu de poids et de se muscler sensiblement. C'était autre chose. C'était dans le regard du jeune homme. Castiel ne parvenait pas encore à mettre le doigt sur ce qui était différent mais il savait d'ors et déjà que ce changement était bénéfique. Dean avait été toujours extrêmement séduisant. A présent, il était tout bonnement magnifique. Castiel ne savait pas s'il était réellement objectif mais il s'en fichait.

- Je suppose que c'est Charlie qui t'a donné mon adresse, déclara Dean en inclinant la tête sur le côté.

Castiel sourit alors sans quitter le jeune homme des yeux. Après avoir passé tous ces mois loin de lui, il avait du mal à détacher son regard de lui. Il continuait d'avoir peur qu'il disparaisse soudainement. Il continuait d'être terrifié à l'idée que tout ceci ne soit qu'un rêve.

- Elle a fait quelques recherches sur toi … elle a envoyé quelqu'un sur place pour se renseigner. Je suis désolé. Je ne voulais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais j'avais besoin de savoir si tu allais bien … si ma présence ne serait pas un problème pour toi.

- Cette fille est folle, commenta Dean, visiblement amusé. Elle est folle mais elle est également géniale.

Castiel hocha la tête. Il adorait la jeune femme. Pas uniquement parce qu'elle l'avait aidé sans se soucier une seconde de prendre des risques. Mais aussi et surtout parce qu'elle l'avait soutenu à sa façon. Parce qu'elle avait eu à cœur de protéger Dean. Il était un peu triste à l'idée de ne jamais pouvoir la revoir mais il aimait à penser qu'elle garderait tout de même un œil sur lui.

- Et je suppose qu'elle t'a fourni tout un tas d'informations confidentielles sur moi ?

Castiel haussa les épaules. Il avait toujours les mains refermées autour du comptoir derrière lui. Dean se tenait à une bonne distance, les mains dans ses poches, les épaules droites. Le soleil brillait derrière lui et sa lumière semblait créer un halo autour de lui.

- Elle m'en a dit suffisamment pour que je sache que je pouvais tenter ma chance. Elle m'a dit que tu travaillais dans un salon de tatouage … que tu avais travaillé pour Bobby un temps. Elle m'a dit que tu vivais toujours avec lui et Sam et … deux ou trois autres détails sans importance.

- Vraiment sans importance ? Demanda Dean, visiblement peu convaincu.

Castiel prit une seconde pour réfléchir à ce qu'il devait dire. Il y avait effectivement des choses qu'il avait apprises et dont il aurait aimé pouvoir discuter avec Dean. Une en particulier le rendait curieux. Il s'agissait du tatouage que le jeune homme avait à présent entre les deux omoplates. Le nom de Castiel. Il aurait voulu pouvoir en comprendre la signification. Il ne savait simplement pas comment aborder le sujet. Il parvint finalement à arracher son regard de son ami et observa à son tour le jardin par la baie vitrée. Il avait le cœur qui battait fort dans sa poitrine. Mais il ne pouvait rien faire pour le calmer. Pas quand il avait Dean à ses côtés après un an de séparation. Un an de torture.

- J'ai vraiment envie de tout savoir sur le nouveau toi Dean et je veux l'apprendre de toi … pas de Charlie ou de son espion. Mais … puisque tu abordes le sujet, j'ai effectivement une question à te poser. Tu peux choisir de ne pas me répondre. Je comprendrais parfaitement.

Dean lui fit signe de continuer d'un geste de la main. Castiel prit alors une grande inspiration. Il garda ses yeux rivés sur le paysage à l'extérieur, incapable de regarder son ami dans les yeux quand il lui poserait la question qui le taraudait depuis plusieurs jours.

- C'est à propos de tes nouveaux tatouages … Charlie m'a montré des photos et je me demandais … je connais la signification de certains mais … enfin si tu ne veux pas en parler, je comprendrais.

Il tourna finalement les yeux vers Dean et vit un sourire étirer ses lèvres. Il semblait avoir compris ce dont il souhaitait lui parler. Et de toute évidence, il n'était pas gêné d'aborder ce sujet. Castiel se mordilla la lèvre inférieure et sentit un frisson le parcourir quand son ami retira finalement le pull et le tee shirt qu'il portait pour dévoiler ses nouveaux tatouages. Castiel fit un effort pour ne pas laisser son regard s'attarder sur les nouveaux muscles qu'il voyait saillir sous la peau du jeune homme. Pas plus qu'il ne s'autorisa à contempler les tâches de rousseur visibles entre les cicatrices. Concernant ces dernières, Castiel avait appris à les ignorer quand il était avec Dean. Il força son regard à rester ancré sur le pentagramme entouré d'une sorte de soleil qui ornait à présent le pectoral droit du jeune homme.

- J'ai trouvé ce symbole sur un site … il est sensé … il est sensé protéger celui qui le porte. C'est comme une sorte de talisman. Je crois que la personne qui l'a dessiné en premier était branché occulte parce qu'il parlait d'un moyen de s'épargner toute possession démoniaque. Mais moi je l'ai vu comme une sorte de protection … comme la première pierre à l'édifice immense de ma reconstruction. Il me fait me sentir bien … en sécurité même si c'est probablement idiot.

Castiel ne trouvait pas cela idiot mais il se garda de le dire. Il voulait écouter Dean lui parler des autres tatouages et en particulier de celui qu'il avait dans le dos à présent.

- La date sur mon avant bras est celle de la mort d'Alastair. C'est le jour où j'ai enfin été libre. Celle où je me suis débarrassé des démons de mon passé. Je veux oublier ce que j'ai vécu … je fais tout pour ne plus penser aux tortures endurées mais je ne veux surtout pas oublier le jour où j'ai été sauvé … pas plus que je ne veux oublier par qui.

Castiel hocha la tête alors que Dean posait son indexe sur le mot tatoué dans son cou.

- Celui là est facile à comprendre je suppose. Changer d'identité et de ville m'a offert une nouvelle chance d'être libre et j'avais besoin de le graver sur moi. Je ne veux pas me réveiller un matin en oubliant la chance que j'ai d'être en vie. Ce tatouage est là pour me rappeler à quel point la vie est importante et à quelle point la liberté dont je jouis aujourd'hui est fragile. Je veux profiter de tout et ne plus jamais gâcher une seule seconde de mon existence.

Castiel déglutit avec peine. Dean avait parlé des trois premiers tatouages et cela signifiait qu'il allait enfin évoquer celui qu'il avait entre les omoplates. Le jeune homme ne semblait pas réellement nerveux mais Castiel le connaissait suffisamment pour savoir qu'il n'était pas non plus totalement à l'aise. Il se tourna lentement pour tourner le dos à son ami. Castiel posa alors ses yeux sur son prénom, gravé entre les omoplates du jeune homme. La photo ne lui avait pas réellement rendu justice. Les traits étaient fins et délicats. Les lettres étaient élégantes. Castiel sentit sa gorge se nouer alors que son cœur accélérait un peu encore son rythme dans sa poitrine. Il fit un pas en avant sans réellement s'en rendre compte puis un second et un troisième avant de s'immobiliser derrière le jeune homme. Il posa sa main juste en dessous du tatouage et sentit Dean frissonner aussitôt.

- Pourquoi ? Parvint il à murmurer, incapable d'en dire plus.

Dean avait la tête baissée et sa respiration était légèrement saccadée. Il prit quelques secondes pour répondre et Castiel ne chercha pas à le brusquer.

- Quand je suis arrivé ici, je pensais avoir tout ce dont j'avais besoin pour être heureux. J'avais laissé mon passé derrière moi, les souffrances et les tortures et j'avais Sam et Bobby. Une nouvelle vie s'offrait à moi mais j'ai rapidement compris qu'il me manquait quelque chose d'essentiel. Je n'ai pas eu besoin de beaucoup de temps pour comprendre de quoi il s'agissait. Si je pouvais facilement accepter de laisser Dean Winchester derrière moi, je refusais de t'oublier toi. Je savais que je n'avais aucune chance de te faire venir ici ou de convaincre Henriksen de te donner mon adresse. Et je n'avais aucune photo … plus rien qui me rattachait à toi. J'avais besoin de … je voulais conserver une petite partie de toi avec moi et j'ai pensé que ton prénom ferait l'affaire. Le tatouer sur moi m'a permis de conserver ce que tu représentais pour moi dans un coin de mon esprit et d'avancer … j'espère que cela ne te pose pas de problème.

Castiel secoua aussitôt la tête même si Dean ne pouvait pas le voir. Il était honoré par le geste de son ami. Fier de voir qu'il avait compté à ce point pour lui et qu'il continuait de compter malgré ses erreurs, la distance et l'année qui venait de s'écouler. Il n'aurait jamais pensé avoir un tel impact sur son ami. C'était plus que ce qu'il avait espéré avoir.

- Quand on me demande pourquoi j'ai ce prénom tatoué sur moi, quand on me demande s'il s'agit de celui de mon ex, je réponds simplement qu'il s'agit du prénom de l'homme qui m'a sauvé la vie … qui m'a donné envie de me battre et de vivre. Je leur dis qu'il s'agit du prénom d'une des personnes qui a le plus compté dans ma vie.

Castiel sentit les larmes couler sur ses joues. Il était incapable de dire quoi que ce soit d'autre à ce moment précis. Les paroles de Dean résonnaient encore à ses oreilles et leur importance ne lui échappait pas. Il laissa le jeune homme se retourner pour lui faire face et leva les yeux pour pouvoir les plonger dans ceux de son ami. Dean avait les joues légèrement rouges. Il ne remit pas son tee shirt et posa ses mains sur les épaules de Castiel.

- Je ne sais pas ce qu'il va advenir de nous mais je sais que j'ai besoin de toi, confia t-il d'une voix rauque.

Castiel hocha la tête, toujours incapable de parler. Il laissa Dean se pencher vers lui pour appuyer son front contre le sien. Il apprécia de sentir son souffle se répercuter contre ses lèvres. Il prit quelques secondes pour se familiariser à nouveau avec son odeur et la chaleur de son corps. Quand les larmes cessèrent enfin de rouler sur ses joues, il se sentit à nouveau capable de reprendre la parole.

- Embrasse moi s'il te plait, murmura t-il.

Il ne savait pas réellement comment Dean allait accueillir sa demande mais il avait eu besoin de la formuler. De faire comprendre à son ami qu'il avait besoin de lui également. Qu'il ne pouvait pas envisager sa vie loin de lui. Il croisa les doigts pour que le jeune homme ne le rejette pas. Et il fut soulagé quand un mince sourire étira les lèvres de Dean avant qu'il ne vienne les presser contre les siennes. C'était exactement comme dans son souvenir. Il n'avait pas oublié à quel point les baisers échangés avec Dean l'avaient bouleversé par le passé. Il ferma aussitôt les yeux et s'abandonna aux sensations que le jeune homme lui procurait. Il posa ses mains dans son dos, sentant ses cicatrices sous ses doigts. Il les remonta le long de sa colonne vertébrale jusqu'à ce qu'ils soient entre ses omoplates. Il ne pouvait pas les voir mais il savait qu'ils reposaient à présent sur son prénom … exactement là où il avait rêvé de les poser en voyant les photos que Charlie avait imprimées. Il ouvrit la bouche quand Dean pressa sa langue contre ses lèvres. Et il laissa au jeune homme le loisir d'imprégner le rythme de leur baiser. Castiel se fichait de tout le reste à présent. Il se fichait de l'année qui venait de s'écouler ou du fait qu'il se trouvait à des milliers de kilomètres de chez lui. Il était là où il voulait être. Chicago avait été sa ville d'accueil durant une année mais sa véritable maison se trouvait là où Dean était. Il se sentait enfin complet. Enfin vivant. Et il se promit de ne plus jamais laisser quoi que ce soit le séparer de l'homme qu'il aimait comme un fou.