- Tout va bien, Drago ?


- Oui, Maître.

Sa voix était légèrement chevrotante et Voldemort s'en aperçut avec délectation. Son sourire s'accentua jusqu'à faire apparaître deux rangées de dents blanches et pointues. Ce dernier laissa échapper un rire sadique et enfonça la pointe de sa baguette dans la chair de Drago. Le jeune homme se retint de gémir de douleur et ferma les yeux pour essayer de se reprendre.

- Comment oses-tu fermer les yeux devant moi ? Rouvre-les immédiatement !

Terrorisé, Drago fit ce que lui ordonnait Voldemort. Il vit alors un visage déformé par la colère dont les yeux injectés de sang ne pouvaient avoir l'air plus menaçant. Il ne put s'empêcher un mouvement de recul malgré l'impression que ses jambes tremblantes ne le soutenaient presque plus.

- Pardonnez-moi, Maître.

Le visage de Voldemort se décrispa légèrement et ses lèvres esquissaient à nouveau un sourire diabolique. Ce dernier retira sa baguette d'un coup sec et la fit disparaître dans un pli de sa robe. Il se redressa fièrement, scrutant le jeune homme de toute sa hauteur. Il finit alors par poser sa main sur une des épaules de Drago.

- Tu as bien réagi. Sache que tu ne dois pas t'inquiéter; la douleur est inévitable au début, mais elle devrait s'estomper d'une seconde à l'autre. Admire ton bras, Drago, cette marque est faite pour toi. Tu es né pour me servir, comme ton père.

- C'est bien vrai, Maître.

Drago était intelligent. Il savait que Voldemort le testait. Ce dernier guettait la moindre réaction indiquant qu'il n'avait pas envie d'être un Mangemort. Il devait faire un dernier effort et ne pas s'emporter face à des paroles si révoltantes. Il se reprit du mieux qu'il put, se concentrant à ne plus penser et à ignorer la douleur.

Voldemort avait failli découvrir ses véritables émotions et cela en était déjà beaucoup trop. Il ne pouvait se permettre de laisser s'installer le doute dans l'esprit du Mage Noir concernant sa loyauté. Voldemort était de nature paranoïaque et Drago ne devait surtout pas attirer son attention en lui dévoilant sa peur ou sa haine.

Il inspira doucement, laissant le temps à ses poumons d'emmagasiner suffisamment d'air, puis il s'obligea à poser son regard sur la marque de sa servitude. Drago la connaissait bien. Il l'avait souvent observé sur l'avant-bras de son père. Un serpent sortant d'une tête de mort. Il n'avait jamais rien vu d'aussi écœurant. Il réprima un haut-le-cœur et se força à expirer l'air qui restait piégée dans sa gorge.

Progressivement, il constatait avec soulagement que la sensation désagréable au niveau de son avant-bras se dissipait. Drago se risqua à lever les yeux vers Voldemort. Ce dernier continuait à fixer son bras, l'air plutôt satisfait.

- Tu ne dois plus avoir mal maintenant, n'est-ce pas ?

Le Seigneur des Ténèbres plongea de nouveau son regard dans celui de Drago. Ce dernier sentait qu'on cherchait encore à s'introduire dans son esprit. Il se concentra au maximum et laissa Voldemort accéder à certaines pensées et émotions. Drago était très doué pour rendre ses mensonges crédibles. Il lui suffisait de convaincre son propre esprit qu'il était sincère. Ainsi, il se forçait à ressentir qu'il était soulagé car il n'avait plus mal et il s'obligeait à penser que c'était un privilège d'être Mangemort. Voldemort sembla y croire.

- Oui, tu n'a plus mal à ce que je vois. C'est bien, tu es irréprochable pour le moment. Tu seras un bon Mangemort

- Oui, Maître, je serai le meilleur.

Drago percevait soudain une lueur d'espoir. Il venait de réaliser que cette nouvelle marque des ténèbres avait un défaut, et pas des moindres, celui de ne pas différencier les réelles émotions et pensées de celles créées artificiellement par l'esprit. Drago venait de duper la surveillance de sa marque et cela au prix d'une concentration extrême. Il avait réussi à se calmer et à lui faire croire qu'il était serein. C'était à ce moment que la douleur s'était estompée lentement mais sûrement. Ni cette marque des ténèbres, ni Voldemort n'avaient percé à jour sa réelle personnalité. Drago avait toujours eu des prédispositions pour la manipulation et désormais, elles étaient sa seule chance de survie.

Le Seigneur des Ténèbres se décala sur la droite et se posta en face du jeune homme qui se trouvait à côté de Drago. Le garçon en question était plutôt grand et musclé. Drago remarqua ses poings serrés et sa mâchoire crispée. Il respirait la peur. Voldemort se pencha en avant et observa minutieusement dans les yeux du garçon. Après quelques secondes un sifflement de colère se fit entendre et tous sursautèrent, sauf Drago. Voldemort tourna la tête vers lui, un air de folie planant sur son visage.

- Ce garçon ne veut visiblement pas être dans notre camp. La Lumière l'attire comme un vilain petit insecte. Elle l'éblouit, lui fait perdre la tête. Il ne sait plus qui il est. Alors que dois-je faire ? Est-il possible de le ramener dans le droit chemin ?

Sa voix n'était pas plus forte qu'un murmure, mais la menace demeurait bien réelle. Voldemort tapota ses lèvres fines avec l'index, se donnant un air pensif, tandis que le garçon tremblait de la tête au pied. Quelques minutes plus tard, il fit signe à Drago de se mettre à côté de lui et ce dernier s'exécuta aussitôt.

- Mon cher Drago, tu vas dès maintenant pouvoir me prouver ta loyauté. J'exige que tu me débarrasses de cet insecte.

Drago dut s'empêcher de toutes ses forces de vomir. C'était la chose qu'il redoutait le plus de faire: tuer. Il resta immobile, concentrant toute son énergie à ne rien ressentir, en vain. La peur le paralysait.

- TUE- LE ! C'EST UN ORDRE !

Drago se réveilla de sa torpeur et brandit sa baguette en direction du jeune homme. Sa main était tremblante et la marque sur son bras recommençait à picoter. Il inspira profondément et réussit à faire disparaître ses tremblements. Son regard rencontra celui du garçon et ses entrailles se nouèrent encore plus. Il se sentit mal et son bras se mit à brûler. Le garçon était tellement terrorisé que des larmes commençaient à perler sur ses joues. Sa bouche s'entrouvrit et Drago put deviner un mot qu'il aurait aimé ne jamais avoir à entendre dans ces circonstances : « pitié ».

Drago baissa les yeux et imagina un bref instant qu'il pointait sa baguette sur Voldemort. Il avait l'impression que son bras était en ébullition mais il l'ignora du mieux qu'il put. Il chercha toute la haine qu'il ressentait pour ce monstre et serra fortement sa baguette pour ne pas dévier le sortilège. Il releva alors les yeux et planta un regard féroce dans celui apeuré du jeune homme.

- Sale traître ! AVADA KEDAVRA !

Un puissant jet de lumière sortit de sa baguette et illumina la pièce d'une teinte verte. Le sort toucha le garçon en pleine poitrine et celui-ci s'éleva dans les airs dans un cri déchirant avant de s'effondrer violemment sur le sol. Sous le choc, son crâne se fendit et un liquide couleur carmin vint se répandre sur les dalles noires et blanches.

Drago venait de tuer.

La vision de cet être inanimé étendu par terre lui semblait irréelle et pourtant son corps réagissait comme s'il avait parfaitement compris ce qu'il avait fait. Sa respiration était saccadée, ressemblant presque à des sanglots et son cœur battait à un rythme effréné.

En cet instant, il aurait voulu disparaître. A quoi bon vivre, si c'était pour ôter la vie des autres ? Il ne comprenait plus cette envie d'exister. La vie semblait maintenant bien pire que la mort. Le jeune homme étendu devant lui n'avait plus à souffrir. Mais Drago ? Combien de temps devrait-il vivre dans la peur ?

Il était marqué à jamais. Peu importe qui gagnerait la guerre, son avenir se résumerait soit à une vie de totale servitude, soit à croupir dans une cellule d'Azkaban. Ce n'était guère le futur qu'il imaginait étant enfant. Drago venait d'entrer dans le monde des adultes de la pire manière qu'il soit. Il savait que la torture mentale ferait désormais partie de son quotidien. Devoir garder un meurtre sur sa conscience, sans pouvoir en parler, c'était le meilleur moyen de devenir fou. Drago n'était peut-être pas un ange, mais il n'était pas du genre à tuer de son plein gré.

Cependant, le constat final était tragiquement le même: Drago était un meurtrier car il était lâche. Pour la première fois de sa vie, il se détestait. Il se rendait compte que suivre le chemin de son père était pire que de se révolter pour tenter tracer sa propre route. Il n'avait pas la prétention de vouloir défendre de nobles causes. Il voulait juste vivre confortablement. Mais désormais, il réalisait que seul le camp de la Lumière permettait de vivre décemment. En restant passif, il avait choisi d'être du mauvais côté et changer son destin maintenant n'était plus possible.

En clair, il ne lui restait plus qu'à exécuter les ordres tel un automate et, dans la mesure du possible, effacer de sa mémoire tous les crimes qu'il allait commettre.

C'est ainsi que Drago ne voyait plus de corps gisant sur le sol. Son sentiment de panique s'apaisa jusqu'à s'effacer complètement puisqu'elle n'avait plus de raison d'être. Drago avait l'impression d'être mort de l'intérieur et la douleur qui brûlait son bras disparut à nouveau. Il se tourna vers Voldemort, le regard vide, puis inclina légèrement la tête.

- C'est fait, Maître.

- Oui, et d'une manière tout à fait remarquable! Ton geste était gracieux sans pour autant perdre de sa force. Tu as été exemplaire, Drago. J'apprécie ton application, susurra le Mage Noir avec admiration. Bien, reste près de moi et ne range pas ta baguette; je pourrais encore avoir besoin de tes services…

- Bien, Maître.

Drago s'exécuta et attendit la prochaine demande du Seigneur des Ténèbres. Ce dernier apposa sa marque sur le bras de quatre personnes après les avoir examinées, puis il demanda à Drago de tuer le cinquième, puis le neuvième, puis le douzième et enfin, le vingtième.

Drago les tua mécaniquement, sans rien ressentir. Il ne les regarda pas dans les yeux, se contentant simplement de tendre la baguette droit devant lui pendant qu'il prononçait le sortilège impardonnable. C'était comme si son corps ne lui appartenait plus et qu'il était commandé par Voldemort.

Mais alors que Drago s'apprêtait à tuer le vingt-sixième, une voix familière le sortit de son état apathique. Il releva la tête et ne put réprimer un violent hoquet de stupeur lorsqu'il reconnut son meilleur ami en face de lui.

- Blaise…murmura Drago, la voix empreinte d'une immense tristesse. La peur et le désespoir le submergèrent tel un raz-de-marée. Son teint devint encore plus livide et Drago eut l'impression d'étouffer. Il frissonnait comme s'il avait la fièvre et des tâches blanches venaient brouiller sa vue.

Pourtant, Drago continuait à regarder Blaise. Ce dernier semblait avoir déjà accepté son sort. Il souriait affectueusement malgré l'appréhension qui tourmentait son regard. Drago haletait bruyamment, supportant difficilement la douleur qui pulsait de nouveau dans son avant-bras. Il baissa sa baguette, oubliant complètement qu'ils n'étaient pas seuls et que Voldemort lui avait donné un ordre.

- DRAGO ! TUE-LE ! Il n'est pas ton ami, c'est un traître comme un autre !

Drago sursauta violemment et releva sa baguette sans réfléchir. Il se sentait perdu comme un enfant et lorsque Blaise l'encouragea d'un hochement de tête à réaliser les souhaits de son maître, cela en fut trop. Les larmes se mirent à remplir ses yeux et glissèrent silencieusement sur son visage. Tétanisé, il ne trouva même pas la force d'essuyer les preuves de son humanité et de sa faiblesse.

- Vas-y, chuchota son meilleur ami, tu vas y arriver.

Drago secoua la tête, incapable de parler. Pour la première fois, il sentait le regard des autres Mangemorts sur lui ce qui ne faisait qu'accentuer sa terreur. Voldemort perdit patience et empoigna brutalement l'avant-bras marqué de Drago. Ne s'y attendant pas, il hurla de douleur pendant que le Mage Noir prenait plaisir à enfoncer ses ongles sales dans sa peau recouverte de cloques.

- Ne le laisse pas te culpabiliser, Drago. Ce que tu fais est noble. Pourtant, je te sens douter. Dis-moi, c'est parce que tu crois qu'il a été ton ami que tu hésites à nous en débarrasser ou est-ce que tu refuses de tuer les traîtres parce que tu en es un ?

Voldemort avait pratiquement collé son visage à celui de Drago. Celui-ci persistait à fixer Blaise, les larmes d'impuissance dévalant sur ses joues creuses. Hoquetant bruyamment, il se força à répondre d'une voix brisée par l'émotion.

- Je ne suis pas un traître, mais Blaise en est un. Je croyais qu'il était mon meilleur ami.

Voldemort relâcha son avant-bras et sortit sa baguette d'un coup sec, faisant frissonner Blaise de frayeur.

- Je comprends ce que tu ressens, Drago. Tu es affligé par la double traîtrise de ce garçon. Il t'a menti sur son amitié et sur sa loyauté, ce qui ne t'empêche pas d'espérer que tu te trompes. Même devant la vérité, tu doutes. C'est une faiblesse, Drago, parce que tu sais qu'il mérite la mort et pourtant, tu as des difficultés à faire ce qui est juste.

Voldemort ferma les yeux et soupira théâtralement, un sourire malsain déformant ses lèvres.

- Je vais donc devoir t'aider. Mais ce sera la seule et unique fois.

Avant même que Drago n'ait pu se reprendre et refuser son aide, Voldemort avait déjà silencieusement jeté un sort sur Blaise. Un jet de lumière rouge le frappa en plein visage et il cria de douleur. Du sang fut projeté dans les yeux de Drago ce qui l'aveugla temporairement. Il recula, paniqué, et enleva le sang d'un revers de manche. A la vue du visage dépecé de son meilleur ami, Drago porta la main à sa bouche pour réprimer un violent sanglot. Blaise continuait de hurler et Drago s'empressa de pointer sa baguette sur lui.

- Je te demande pardon…supplia Drago, les yeux baignés de larmes. AVADA KEDAVRA !

Drago ne put voir l'immense satisfaction rayonner du visage de Voldemort. Il était incapable de détacher son regard du visage mutilé de son ami. Le sang s'écoulait abondamment sur le sol et Drago sentait la bile remonter dans sa gorge. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne vomisse.

En entendant le froissement de la robe de Voldemort sur le sol, Drago savait qu'il s'apprêtait à marquer les deux dernières personnes qui étaient alignées après Blaise. Il fallait absolument qu'il se reprenne avant que Voldemort ne doute de sa résistance psychologique et qu'il ne décide de l'éliminer aussi. Même si Drago pensait mériter la mort, il ne voulait surtout pas que le Mage Noir puisse choisir de quelle manière sordide il allait quitter ce monde. Ce serait sans doute l'unique décision qu'il pourrait prendre dans sa vie et c'est pourquoi il allait tout faire pour être maître de sa fin.

Avec beaucoup de difficultés, il arrêta de regarder le corps sans vie de Blaise et essuya ses larmes. Voldemort avait déjà marqué le jeune homme qui était à côté de Blaise et il terminait la cérémonie avec la dernière personne qui était une jeune fille aux cheveux noirs. Drago les reconnut immédiatement: Théodore Nott et Pansy Parkinson. Sans surprise, ils reçurent la marque. Drago avait toujours deviné qu'ils termineraient Mangemorts. D'ailleurs, ils cachaient difficilement leur enthousiasme, ce qui n'échappa pas au Seigneur des Ténèbres. Ce dernier les félicita même et leur fit miroiter de nombreux privilèges.

Ce laps de temps fut précieux pour Drago. Il lui avait permis de se reprendre et d'afficher un visage impassible lorsque Voldemort revint à ses côtés.

- Bien, la cérémonie touche à sa fin. Je vous félicite d'avoir fait le bon choix et de travailler pour moi afin d'offrir un monde de valeurs à nos descendants. Demain, la plupart d'entre vous retournerez à l'école pour débuter votre sixième année. Faites honneur à votre famille et méprisez les sang-de-bourbes ainsi que les sangs-mêlés. N'oubliez pas que, désormais, votre priorité est d'exécuter les ordres que je vous donnerai au cours de l'année. Ceux d'entre vous qui étudiez à Poudlard, je vous demande d'ouvrir l'œil et de surveiller ce cher Potter. Ce vaurien manigance toujours quelque chose contre moi.

Les yeux du Mage Noir se voilèrent alors qu'il se perdait dans ses souvenirs. Un silence oppressant s'abattit sur l'assemblée jusqu'à ce que Voldemort ne se décide à reparler.

- Je vous souhaite une bonne soirée, mes fidèles Mangemorts. Vous pouvez disposer.

Le Seigneur des Ténèbres observa le groupe de jeunes sorciers quitter la pièce avec prudence. Ils traversèrent le hall d'entrée dont les murs étaient recouverts d'immenses peintures représentant la famille Malefoy. Drago entendait leur pas résonner sur les dalles de marbre avec une synchronisation quasi militaire. Il en avait la chair de poule. Voldemort, quant à lui, semblait calme mais pensif. Il balaya la pièce du regard, ses yeux se posant distraitement sur les corps gisant par terre. Pour Drago, c'était la chose la plus atroce qu'il n'avait jamais vu, mais pour le Mage Noir, cela aurait pu tout aussi bien être des chaises renversées sur le sol.

Le Seigneur des Ténèbres finit par lever sa baguette d'un geste gracile et la pointa sur chaque cadavre. Ceux-ci explosèrent dans un nuage de fumée épais sous l'œil pétrifié de Drago. Son estomac se tordit violemment ce qui fit remonter de l'acide gastrique dans sa gorge. Il déglutit le liquide avec dégoût et se retint de respirer lorsque la fumée envahit le moindre centimètre cube d'air. Mais étant déjà à bout de souffle, ses poumons se remplirent d'air à l'odeur âcre de cendre. Drago toussa violemment ce qui fit sourire le Mage Noir, apparemment amusé.

- Je te trouve bien sensible, Drago et je commence à douter de ton efficacité sur le terrain. Peut-être devrais-je t'utiliser différemment que les autres…Qu'en penses-tu ?

Drago savait que Voldemort jouait avec lui. Le menacer lui permettait de tester ses nerfs mais aussi de l'obliger à ouvrir la bouche pour que de la cendre s'y infiltre. Sa cruauté dépassait tout ce qu'il avait imaginé et Drago se sentit aspiré dans un gouffre infini d'effroi et de désolation. Malgré la fatigue extrême qui taraudait son corps et son esprit, il trouva le courage de répondre à Voldemort tout en dissimulant son écœurement à sentir la cendre se déposer en grande quantité sur sa langue.

- Je ne me permettrai pas de penser à votre place. Je ferai ce que vous m'ordonnerez, Maître. Quoi qu'il m'en coûte, j'ai juré de vous servir loyalement.

Voldemort posa sa main squelettique sur son épaule et la marque de Drago se remit à brûler avec intensité. Il déglutit douloureusement sa salive, devenue pâteuse à cause de la cendre.

- Tu as bien raison, Drago, tu n'es rien d'autre qu'un pion pour moi et tu n'as pas à penser. Je voulais juste m'assurer que tu l'avais bien saisi. Tu feras donc tout ce que je t'ordonne de faire ?

- Oui, Maître, je ferai tout.

- Bien. C'est ce que l'on verra. Bonne nuit, Drago.

Voldemort quitta la pièce sans faire de bruit. Une fois dehors, il s'immobilisa, leva la tête et contempla le ciel, les yeux brillants de folie. La voûte céleste de couleur encre n'avait pas changé depuis son arrivée au manoir. Il régnait un silence absolu comme si le monde entier craignait sa présence. Voldemort se délecta de ces quelques minutes où il pouvait encore ressentir les effets de l'adrénaline que lui avait procurés cette nuit de meurtre. Il ferma les yeux et inspira l'air frais à plein poumons avant de transplanter vers un lieu inconnu.

C'est à ce moment que Drago sortit de sa torpeur et se mit à courir comme si la mort était à ses trousses. Il traversa le grand salon aux couleurs vert et noir, manquant de peu de renverser le vase en cristal préféré de sa mère d'un frôlement de main, puis il gravit l'escalier de marbre noir qui menait au deuxième étage.

S'appuyant sur le mur avec sa main gauche, il s'avança dans le couloir, passant devant une multitude de portes avant de s'arrêter devant la dernière sur sa droite en titubant. Il entra dans sa chambre à bout de souffle et s'effondra sur le sol, complètement exténué et choqué par ce qu'il venait d'endurer.

Drago pria fort pour que tout cela ne soit qu'un cauchemar et qu'il se réveille dans le lit d'un autre garçon, dans le corps d'un autre, dans la vie insouciante d'un autre. Mais rien ne se passa. La réalité de ce qu'il avait fait ce soir le frappa à nouveau en plein visage et son bras s'enflamma alors qu'il maudit le Seigneur des Ténèbres pour l'avoir obligé à tuer.

Tuer Blaise. Le souvenir de son visage dégoulinant de sang vint le hanter et Drago eut l'impression que son estomac allait jaillir de sa gorge. Il se précipita dans la salle de bain et se pencha au-dessus de l'évier pour vomir tout qu'il pouvait. Il n'y arriva pas tout de suite, les muscles de son cou serrant tellement son œsophage qu'il ne pouvait ni vomir, ni respirer. Il crut étouffer de panique et tomba à genoux, ses mains restant fermement agrippées au rebord du récipient en faïence.

L'image de Blaise souriant, les yeux débordant de malice, fit irruption dans sa conscience. Les larmes recommencèrent à perler de ses yeux gris et de violents spasmes dans le creux de son ventre eurent raison de son estomac. Il vomit alors sur le sol, ne trouvant plus la force de se tenir debout.

Plusieurs minutes s'écoulèrent pendant lesquelles Drago resta immobile. Il trouva finalement la force de sortir sa baguette de sa robe de Mangemort et il nettoya le carrelage. Laissant la fatigue le submerger, il se coucha par terre en se recroquevillant en position fœtale. Il entoura sa taille de ses bras et se berça doucement dans l'espoir de se rassurer un peu. Mais rien ne changeait et Drago réalisa sa naïveté. Oublier que l'on est devenu un monstre n'avait rien de facile. Jusqu'à un certain point, il pouvait dissimuler ses émotions en public, mais une fois seul, tout refaisait surface et Drago se sentait misérable.

Sous ses doigts, il pouvait sentir la cendre qui s'était déposée sur sa robe et une envie irrépressible de se laver le submergea. Il se releva avec frénésie et se dévêtit à toute vitesse. Il enjamba le rebord de la baignoire et ouvrit le robinet au maximum. L'eau était glacée et Drago immergea son avant-bras marqué, dans l'espoir d'apaiser sa souffrance. Comme il s'en doutait, cela n'eut aucun effet. Il soupira lourdement et cala sa tête entre les mains.

Ne bougeant plus, il écouta le bourdonnement sourd de l'eau qui s'écoulait dans la baignoire. Il ferma le robinet lorsque son corps, à l'exception de son avant-bras gauche, était engourdi. Il se shampouina les cheveux, puis se savonna méticuleusement jusqu'à ce que toutes traces de cendre aient disparu. Sans attendre, il quitta le bain et alla se brosser les dents. Il s'arrêta de frotter lorsque ses gencives se mirent à saigner, ce qui ne lui arrivait jamais d'ordinaire.

La tête basse, il rejoignit sa chambre. Il se sécha de la tête au pied d'un coup de baguette puis se vêtit d'un pyjama de soie bleu nuit. Un long soupir s'échappa de sa bouche alors qu'il s'assit sur son lit à baldaquin, les coudes posés pour ses genoux.

Il n'y avait aucun bruit dans le manoir et Drago se sentait de plus en plus mal à l'aise. La vue de sa chambre parfaitement rangée dont les tapisseries d'un vert émeraude présentaient des motifs de serpent argenté n'arrangea rien. Drago n'était plus fier d'être un Serpentard. Ce symbole de serpent, il l'avait gravé dans sa chair et pour lui, il était désormais synonyme de servitude et de souffrance.

Retourner à l'école semblait maintenant ridicule et puéril. Etrange idée que celle d'étudier le jour et de torturer des innocents la nuit. Il devrait continuer à jouer son rôle d'enfant gâté le jour, ce qu'il n'avait jamais été en réalité si l'on excluait la richesse matérielle, et se transformer en homme insensible les nuits de mission. Il lui resterait alors toutes les autres nuits pour être lui-même, un garçon brisé.

Il n'avait plus de véritable ami. Il était seul. A cette pensée, Drago ressentit un froid intérieur et il frissonna. Si Blaise avait été là, il lui aurait sourit gentiment et lui aurait tapoté l'épaule avec empathie. Puis, il aurait attendu patiemment que Drago se sente prêt à lui raconter ce qu'il le tourmentait.

Blaise savait écouter et comprendre la vraie nature des gens. Dès leur première rencontre, il avait deviné le véritable visage de Drago derrière cet air hautain et méprisable. Leur caractère totalement opposé les avait immédiatement rapprochés. Cependant ils avaient gardé leur amitié pour les recoins désertés de Poudlard. En public, Drago redevenait le prince des Serpentard et Blaise était relégué au rang de simple camarade.

Ce n'était que cette nuit qu'il réalisait à quel point Blaise avait été important dans sa vie. Il avait tant besoin de lui en cet instant difficile qu'il aurait donné ses yeux rien que pour lui parler une dernière fois. Mais Blaise était bel et bien mort. Drago déglutit la boule qui s'était formée dans sa gorge et ferma les yeux.

De longues minutes passèrent quand soudain, de petits tapotements se firent entendre à la fenêtre et Drago releva brusquement la tête.


Voilà pour aujourd'hui !

J'espère que cela vous aura plu.

Suite à une remarque faite sur la longueur de mon premier chapitre, j'ai posté les 2e et 3e ensemble. Je devrais faire cela pour quelques autres chapitres qui sont également courts au début de la fiction.

Voilà! A demain sans doute...