Il avait tant besoin de lui en cet instant difficile qu'il aurait donné ses yeux rien que pour lui parler une dernière fois. Mais Blaise était bel et bien mort. Drago déglutit la boule qui s'était formée dans sa gorge et ferma les yeux. De longues minutes passèrent quand soudain, de petits tapotements se firent entendre à la fenêtre et Drago releva brusquement la tête.


Un triste sourire étira ses lèvres lorsqu'il reconnut sa chauve-souris en train de battre des ailes pour rester en suspens dans les airs.

- Baltus, ma belle, murmura Drago avec tendresse. Je t'avais presque oubliée.

Drago ouvrit la fenêtre et la petite bête ailée s'engouffra dans la chambre avec rapidité. Elle vola en zigzag, ses ailes battant énergiquement, avant de se poser sur son perchoir dans un angle de la chambre. Drago remarqua aussitôt le morceau de parchemin roulé qui était accroché à sa patte. Son cœur se mit à accélérer et la nervosité s'empara de lui. A l'idée que le Seigneur des Ténèbres puisse déjà lui envoyer un ordre de mission, Drago sentit son sang se glacer.

Malgré sa peur, il avança vers sa chauve-souris qui était pendue par les pattes arrières et prit le parchemin, les doigts tremblants. Il s'empressa de se réfugier sous les draps de son lit dans l'espoir d'y trouver un peu de chaleur. Il déroula le parchemin et à peine avait-il posé les yeux sur la fine écriture qui le recouvrait que des larmes brouillèrent sa vue. Pleurer était devenu douloureux mais il ne pouvait s'en empêcher.

C'était une lettre de Blaise. Sa dernière.

Drago renifla bruyamment et essuya ses yeux pour pouvoir lire correctement.

Cher Drago,

J'espère que tu recevras cette lettre avant la cérémonie, mais quelque chose me dit que tes parents t'ont informé de la nouvelle aussi tardivement que les miens. Je suppose que c'est un ordre de Tu-Sais-Qui. Il ne voudrait certainement pas nous laisser une chance de nous enfuir. J'ai au moins réussi à m'éclipser dans ma chambre pendant quelques minutes pour pouvoir t'envoyer ce parchemin au plus vite.

Par chance, Baltus vient toujours me rendre visite quand tu la laisses se dégourdir les ailes le soir. J'ai donc pu t'envoyer cette lettre avec la certitude qu'elle ne tombera pas entre de mauvaises mains, comme celles de tes parents. Je ne voudrais surtout pas t'attirer des ennuis.

Tu en as déjà suffisamment sans mon aide. Comme tu dois le savoir maintenant, les choses sérieuses commencent ce soir et je devine que tu es mort de peur…ha ha !

Drago secoua la tête, le sourire aux lèvres. Blaise usait souvent de son humour douteux lorsque Drago n'allait pas bien, ce qui lui valait d'être traité de crétin.

Oui, je sais, c'est pas drôle du tout. Et je sais, je suis un crétin !

Cette fois-ci Drago éclata de rire, les yeux brillant de larmes et de tendresse pour son meilleur ami.

Oups, le temps passe trop vite. Il faut que je fasse court. Ecoute, je voulais que tu saches que tu es le seul et le meilleur ami que je n'ai jamais eu. Tu vas me manquer affreusement lorsque je serai dans l'au-delà. Je sais que tu n'y crois pas mais moi j'ai besoin de m'accrocher à cette idée pour ne pas craquer tout à l'heure.

Oui, Drago, tu sais de quoi je parle. Je vais être tué ce soir. Nous savons tous les deux que l'Occlumencie, c'est pas mon fort. Cependant, je te fais la promesse de mettre tout en oeuvre pour cacher les paroles que tu m'as dites au sujet de Tu-Sais-Qui. De toute façon, je suppose qu'il ne se focalisera que sur ce que je pense moi. Tu ne risques rien.

Je veillerai sur toi, ne t'en fais pas. Tu ne seras jamais seul, Drago. Tu peux aussi choisir de regarder autour de toi. Je suis certain que les gens de confiance existent encore, mais peut-être sommes-nous tombés dans la mauvaise maison pour les trouver. Nous sommes manipulateurs et bons élèves, mais j'ai l'impression qu'être à Serpentard signifiait réellement être mauvais. Drago, toi et moi, nous ne sommes pas ça. Les bêtises de jeunesse tout le monde en fait, pas besoin d'être Serpentard pour ça.

Ce que je veux dire, c'est que même si maintenant tout semble décidé pour nous, je pense que tu as encore un avenir à tracer comme tu l'entends. Je te demande d'être patient et de garder ton esprit en alerte. Tout n'est pas perdu et des personnes d'autres maisons ou des professeurs pourraient t'aider si jamais ça tourne mal.

Mais pour le moment, serre les dents comme tu sais bien le faire. N'attire pas l'attention sur toi en te comportant différemment lorsque tu seras de retour à Poudlard. Continue d'agir comme un petit con, hé hé.

Et je t'en conjure, ne fais rien d'absurde pour tenter de me protéger. Tu ne seras pas lâche. Je te demande juste de ne pas être stupide. Protège-toi, c'est tout.

Bon, j'entends mon père monter les marches. Il faut que j'y aille.

N'oublie pas, tu es le frère que je n'ai jamais eu.

Je te souhaite un jour de pouvoir goûter aux plaisirs de la liberté, parce que tu le mérites comme n'importe qui.

Je t'aime fort, Drago.

Adieu.

Drago releva la tête avec lenteur, les mots réconfortants de Blaise encore imprimés sur ses rétines. Il se sentait mieux, presque apaisé, bien que vidé de toutes forces, et il remercia intérieurement Blaise pour cet ultime soutien. Sa marque se mit à picoter mais il l'ignora et s'allongea confortablement sous les draps. Ses paupières se fermèrent instantanément et Drago s'endormit sans avoir eu le temps d'éteindre sa lampe de chevet, la lettre de Blaise fermement enserrée entre ses doigts fins.

Les heures défilèrent rapidement pour laisser apparaître une aube timide et gorgée d'humidité. Il allait pleuvoir dans la journée. Drago s'étira longuement alors qu'il reprenait conscience. Ses yeux papillonnèrent pour s'ouvrir entièrement quelques secondes plus tard. Il savait qu'il avait dormi, mais parler de sommeil réparateur n'était pas vraiment exact. Il préféra ne pas se rappeler son cauchemar et choisit alors de prendre une douche pour se réveiller parfaitement.

D'un bond qui fit sursauter Baltus de dessous son perchoir, Drago quitta son lit, rangea la lettre de Blaise dans son bureau qu'il ferma avec un mot de passe et se dirigea vers la salle de bain. Devant le miroir fixé au-dessus du lavabo, il s'immobilisa avec un hoquet de surprise. Son visage n'avait jamais eu un teint aussi blafard et le dessous de ses yeux était marqué de larges cernes. Drago avait le physique d'un prisonnier d'Azkaban et cette idée le fit frissonner de peur.

Finalement, il se contenta de se passer de l'eau froide sur le visage pour tenter d'effacer les marques de sa mauvaise nuit. Il ne se sentait pas prêt à prendre une douche et affronter la vue de son avant-bras de si bonne heure. Il n'était que 5h48 du matin et le manoir était encore profondément endormi.

Drago retourna dans sa chambre et s'approcha de Baltus qui était elle aussi réveillée. La petite chauve-souris brune avait pris l'habitude de se lever en même temps que Drago, mais elle se contentait ensuite de se glisser sous son pull et de dormir bien au chaud entre ses pectoraux, là où elle pouvait entendre le cœur de son maître pulser avec force. Ce n'est qu'à la nuit tombée qu'elle se réveillait pour aller voler dehors et se nourrir de fruits que Drago lui préparait.

Il caressa le bout de son nez retroussé ce qui la fit éternuer. Il lui adressa un sourire malicieux face à son air courroucé, puis il commença à enlever son pyjama.

- Dis donc, tu pourrais regarder ailleurs, vicieuse! plaisanta le jeune homme qui était maintenant nu comme au premier jour.

Baltus battit des ailes avec impatience et Drago lui fit un clin d'œil. Il se vêtit d'un pantalon noir de haute couture et d'une chemise blanche qu'il recouvrit d'un pull noir à fines mailles.

- C'est bon, tu peux venir.

Baltus s'envola joyeusement de son perchoir, fit deux tours de la pièce pour déployer ses ailes, puis elle vint se poser sur l'épaule gauche de Drago en faisant bien attention de ne pas lui griffer le visage. Il souleva le col en V de son pull et la petite chauve-souris rampa la tête à l'envers jusqu'à disparaître sous le vêtement. Drago pouvait sentir la chaleur de l'animal irradier sa peau et, contrairement aux effets de la marque qui enlaidissait son avant-bras, c'était une sensation des plus agréables.

Drago inspira profondément et quitta sa chambre pour petit-déjeuner. Le sourire disparut de son visage et l'expression du jeune homme devint indéchiffrable. Il était magnifique, descendant le grand escalier de marbre sans le moindre faux pas, ses yeux d'un gris acier fixant droit devant eux.

Drago ferma son esprit et avança sans penser en direction de la salle à manger. En passant devant la grande salle de réception, il ne put réprimer un frisson. Cependant, il continua de marcher calmement, sans perdre son self-control. Une fois à table, il relâcha le souffle qu'il ne s'était pas rendu compte d'avoir retenu et il se risqua à observer autour de lui. En remarquant la faible lueur du soleil perçant entre les nuages gris, il réalisa enfin qu'il s'était levé trop tôt. Les elfes de maison devaient encore dormir, mais il suffisait à Drago de claquer des doigts pour qu'ils accourent dans la pièce, prêts à combler ses moindres désirs.

Pourtant, il se contenta de rester à table, immobile et silencieux, appréciant cette fois-ci le calme qui régnait dans la demeure. Ses sens s'engourdissaient peu à peu et Drago finit par poser sa tête sur ses bras croisés, laissant ses yeux ouverts capter la lumière tamisée qui venait de la fenêtre à côté de lui. Il entendait maintenant le chant de quelques oiseaux qui se baignaient dans une flaque d'eau dans le jardin. Ses paupières clignèrent plusieurs fois, émerveillé par le scintillement des gouttes d'eau ruisselant sur leur plumage, puis il ferma ses yeux définitivement, laissant un sentiment de sérénité l'envahir tout entier. Il soupira de contentement et glissa doucement dans l'inconscience.

- Drago ! Réveille-toi, enfin !

Une main peu délicate le secoua avec insistance et Drago se redressa brusquement, les yeux grands ouverts. Se retournant, il observa son père contourner la table. Il portait une robe de sorcier noire faite sur mesure et ses longs cheveux blonds aux reflets blancs étaient impeccablement brossés. Il avait l'allure d'un homme respectable. Comme les apparences étaient trompeuses…

Narcissa rejoignit son mari qui s'installait en face de Drago. Elle était habillée d'une somptueuse robe verte qui mettait en valeur sa taille élancée. Une coiffure complexe maintenait ses cheveux blonds telle une broderie constituée de volutes de fils dorés. Elle s'assit avec élégance et adressa un sourire retenu à son fils.

- Bonjour, Mère.

- Bonjour, Drago.

Du coin de l'œil, le jeune homme observa son père. Il avait le visage fermé, les yeux perdus dans le vague et sa mâchoire était crispée. La tension était de nouveau palpable et Drago baissa la tête. Il entendit un claquement de doigts et un elfe de maison vêtu de guenilles apparut dans la pièce, les bras tendus au-dessus de sa tête.

- Depêche-toi, bon à rien! grogna Lucius.

- Oui, Maître Malefoy.

Deux plateaux garnis de viennoiseries, de fruits et de boissons apparurent dans ses mains. Il les déposa maladroitement sur la table, manquant de peu de renverser le pichet de lait sur Drago. Plus par habitude que par colère, ce dernier gronda l'elfe.

- Imbécile ! Ce sont des vêtements de marque ! Alors faites attention!

-Oh pardon, pardon ! Gripsy ne le refera plus !

Drago ignora ses excuses et prit un croissant dans lequel il mordit à pleine bouche.

- Fils ! Un peu de tenue s'il te plaît ! s'indigna Lucius, les yeux jetant des éclairs.

Le jeune homme maugréa quelques mots incompréhensibles et se ratatina légèrement sur sa chaise. D'un claquement de doigts, Gripsy fit apparaître les couverts sur la table, puis il disparut dans un « pop ». Drago mangea mécaniquement, sans adresser un regard à ses parents, puis il se leva de table et quitta la pièce sans rien dire. Il sentit Baltus bouger un peu contre sa poitrine, ses griffes cherchant une meilleure accroche sur sa chemise. Il posa une main protectrice sur son torse, recouvrant la forme de sa chauve-souris pour l'empêcher de glisser.

Une fois dans sa chambre, il prépara sa malle en vue de la nouvelle année scolaire. Livres, cahiers, encre, plumes et vêtements étaient soigneusement rangés en surface. Mais certains objets inhabituels se disputaient le fond : une vieille cape d'invisibilité qu'il avait réussi à se procurer cet été dans une boutique peu recommandable de l'Allée des Embrumes, quelques boîtes remplies d'oranges, de citrons et de pamplemousses et enfin, un livre moldu dont la couverture présentait le titre ambitieux de « Contrôler ses émotions, c'est possible! ». Il n'oublia pas son balai qu'il réduisit de taille avant de le poser dans la malle.

Il fit alors les cents pas dans sa chambre, les bras ballants le long de son corps. Passant devant son bureau, il marqua un temps d'arrêt. Son front se plissa et ses doigts semblèrent lui démanger tant ils ne tenaient pas en place. Finalement, il ouvrit son bureau et ressortit la lettre de Blaise avec empressement.

De ses doigts légèrement tremblants, il caressa le parchemin. Verifiant que personne ne l'espionnait, il fit un tour complet sur lui-même, puis il s'assit sur son lit et déroula le parchemin. Ses yeux parcoururent la lettre cinq fois pour que chaque mot reste gravé dans sa mémoire.

Lorsqu'il eut finit, il releva la tête, l'air grave et chercha quelque chose du regard. Ses yeux s'arrêtèrent sur la cheminée éteinte en face de lui. Il regarda à nouveau la lettre de Blaise, et après maintes hésitations, il se leva et marcha droit devant lui, d'un pas décidé.

Il savait que la conserver aurait été imprudent. C'est le cœur serré que Drago alluma le feu dans la cheminée et y déposa le morceau de parchemin. Il l'observa disparaître, à mesure que les flammes perçaient des trous dedans. De longues minutes passèrent jusqu'à ce que le papier ne devienne cendres.

Drago détourna le regard de la cheminée lorsqu'une image de la nuit dernière fit irruption dans sa tête. Il se souvint du corps de Blaise se désintégrer et devenir poussière. Il se souvint des particules qui flottaient dans l'air et il se souvint de les avoir respirées et goûtées.

Le jeune homme secoua la tête, espérant vainement oublier cette vision. Il inspira profondément et s'éloigna de la cheminée. D'un coup de baguette, il protégea l'ouverture de sa malle avec plusieurs sortilèges et un énorme cadenas en fer, puis il la réduisit de taille et la rangea dans la poche de son pantalon.

Il était déjà 7h 45. Sans plus attendre, il sortit de sa chambre, sa robe de sorcier en main, et se dirigea vers la bibliothèque. Il savait que sa mère se trouvait là-bas, comme chaque matin. C'était le seul endroit chaleureux du manoir. Des tapisseries rouges foncées couvraient les murs en pierre et une grande baie vitrée offrait une lumière constante dans la pièce.

Drago entra sans faire de bruit et se faufila entre les rayons de livres qui semblaient s'étirer à perte de vue. Il dut marcher jusqu'au fond de la pièce pour pouvoir la trouver. Elle était assise dans un somptueux fauteuil de velours noir, dans un angle de la bibliothèque. C'est avec étonnement que Drago constata qu'elle ne lisait pas.

Son dos était légèrement voûté, sa tête basse rentrée dans les épaules, et ses doigts étaient entrelacés avec force. Elle ressemblait à une petite fille prise en faute. Drago ne l'avait jamais vu dans un état de faiblesse et il se sentit gêné d'assister à cela. Il ne voulait pas le voir, pas plus qu'il ne voulait qu'on le découvre ainsi.

Une vague de honte le submergea alors qu'il repensa à la veille. Il avait pleuré devant tout une assemblée de futurs Mangemorts. Le Seigneur des Ténèbres l'avait découvert vulnérable et, étrangement, il l'avait épargné. Mais Drago savait qu'il était passé à deux doigts de la mort et c'est à ce moment-là que les mots de son père prirent tout leur sens : « Pleurer te tuera, mon fils.».

Etant enfant, chaque fois que les larmes dévalaient ses joues charnues, Lucius lui assénait un coup de canne dans les côtes et lui répétait cette phrase d'un ton menaçant, jusqu'à ce qu'il maîtrise son chagrin. Drago avait toujours cru que c'était une métaphore dont le sens lui échappait, mais en réalité, son père parlait de sa propre expérience. Presque littéralement, pleurer amenait la mort.

Drago se pinça l'arête du nez et soupira doucement. Ce qui était fait ne pouvait être changé, mais le futur n'était peut-être pas encore écrit. Il restait un peu d'espoir, suffisamment pour vouloir rester en vie. Il regarda sa mère une dernière fois et décida de ne pas s'annoncer, lui épargnant de ce fait un embarras certain.

Au moment où Drago tourna les talons, Narcissa entendit un léger grincement du plancher en bois et elle releva la tête, effrayée qu'on ait pu la surprendre ainsi. Lorsqu'elle reconnut la silhouette de son fils disparaissant dans les allées de livres, elle retint sa respiration. Il était clair qu'il l'avait vue et qu'il tentait de s'en aller le plus discrètement possible. Attrapant ferment l'accoudoir de ses deux mains, elle l'interpella.

- Drago, attends !

Elle se leva avec élégance et s'approcha de lui, un léger sourire adoucissant ses traits fatigués. Drago se tint droit, gardant son visage impassible malgré l'appréhension qui tenaillait son estomac. Sa mère se conduisait de manière étrange et il se demanda soudain si la femme qui avançait vers lui n'était pas sa vraie mère. Celle qui se cachait derrière le masque dénommé Malefoy. Une vraie mère…

Elle s'immobilisa devant Drago, soutenant son regard perçant. A cet instant précis, le silence semblait libérateur de secrets, des secrets que de simples mots ne pouvaient dévoiler. Le regard de cette femme n'avait jamais été si vivant, comme si la petite flamme qui brûlait habituellement dans ses iris gris s'était transformée en un brasier d'une force incontrôlable. Drago fut captivé par ce regard intense.

Il ne remarqua pas tout de suite que sa mère avait pris sa main dans la sienne. En sentant une douce pression autour de ses doigts, il baissa les yeux et observa leur main liées, sans vraiment pouvoir comprendre ce qu'il ressentait. Sa mère n'avait jamais été tactile.

- Drago…murmura-t-elle d'une voix chevrotante.

Il releva la tête, la gorge serrée.

- Tu es mon fils.

Aucune larme ne coulait sur leurs joues, pourtant mère et fils pleuraient. Drago comprit le réel message de sa mère : « Tu n'appartiendras jamais à Voldemort. Tu es mon fils et je t'aimerai quoique tu fasses. ».

Il était bouleversé. C'était la première fois que sa mère lui montrait son amour. Bien sûr, elle l'avait fait avec subtilité; il n'aurait pu en être autrement. Mais pour Drago, ces quelques mots lui firent l'effet d'une énorme claque.

Toutes ces années, il avait cru qu'elle ne l'aimait pas, qu'elle ne s'intéressait pas à lui, qu'elle n'était là que pour remplir son rôle d'épouse et de génitrice. Il s'était complètement trompé. Elle aussi portait un masque. Il était si solidement ancré sur son visage qu'on ne la voyait plus telle qu'elle était réellement. Le jeune homme se demanda alors si ce masque lui avait été apposé par ses parents dès son plus jeune âge. Une éducation stricte, dénuée de sentiments, où seuls paraître et bonnes manières avaient leur place.

Ils étaient tous les deux des pantins et Drago se sentit tellement triste et démuni. Avait-il seulement été lui-même une fois dans sa vie ? Savait-il réellement qui il était à l'intérieur ? N'était-il pas ses actes, plutôt que ses pensées ? Etait-il donc un véritable meurtrier ? Etait-il mauvais ?

Tant de questions assaillirent sa conscience et Drago se sentit dépassé. Il ferma les yeux, tentant d'arrêter la tempête qui faisait tourbillonner ses peurs les plus secrètes. D'une légère caresse de son pouce, Narcissa calma son fils. Ce dernier rouvrit les yeux et observa sa mère avec fascination, comme s'il la voyait pour la première fois. Son affection pour lui était enfin visible dans ses pupilles et Drago lui sourit avec retenue.

- J'étais venu vous dire au revoir.

Narcissa lui rendit son sourire et finit par lâcher sa main.

- Je te souhaite une bonne rentrée, Drago.

- Merci, Mère.

Drago recula de quelques pas, sans quitter sa mère du regard.

- Au revoir, mon fils.

- Au revoir, Mère.

Drago lui tourna le dos et commença à s'éloigner, puis il marqua un temps d'arrêt et finit par se retourner. Narcissa n'avait pas bougé et continuait à lui sourire tendrement.

- Prenez soin de vous, Mère, murmura-t-il avec douceur.

Le visage de Narcissa se transforma sensiblement. Ses lèvres se pincèrent et son front se plissa. Malgré cette apparence autoritaire et froide, le jeune homme comprit qu'elle était inquiète.

- Fais attention à toi, Drago.

Le jeune homme déglutit bruyamment et hocha la tête. Ils se fixèrent pendant de longues minutes, comme s'ils avaient peur de ne plus jamais se revoir tels qu'ils étaient là. Narcissa trouva alors la force de détourner les yeux de son fils unique et, d'une démarche parfaite, elle regagna son fauteuil.

Drago quitta la bibliothèque et rejoignit son père dans son bureau. Ce dernier s'occupait des comptes, le nez dans les papiers, l'air concentré. Drago se posta en face de lui, de l'autre côté de la table en bois de chêne et il attendit que ce dernier lève les yeux sur lui.

Lucius daigna finalement lui accorder son attention. D'un geste agacé, il retira ses lunettes en demi-lune et braqua sur son fils un regard glacial.

- Veux-tu quelque chose ?

- Simplement vous dire que je m'en vais.

- Parfait. Vas-y.

Sans attendre, Lucius remit ses lunettes et se replongea dans ses papiers en soupirant. Drago resta de marbre, habitué au caractère peu chaleureux de son père, et il se retira sans faire de bruit.


Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que vous aurez apprécié ce chapitre.

Pour voir à quoi ressemble Baltus, il suffit de jeter un oeil à mon avatar. ;)

A bientôt...