Sans attendre, Lucius remit ses lunettes et se replongea dans ses papiers en soupirant. Drago resta de marbre, habitué au caractère peu chaleureux de son père, et il se retira sans faire de bruit.
La grande horloge de la gare de King's Cross indiquait 8h35 lorsque Drago traversa le mur de la voie 9 ¾. Il mit sa robe de sorcier dans un recoin sombre du quai, puis se posta à côté d'une portière du train rouge à vapeur, vers les derniers wagons.
Il n'avait pas oublié les derniers conseils de Blaise, bien au contraire. Ils étaient comme d'habitude très utiles et Drago voulait faire de son mieux pour les respecter. Son ami lui avait écrit de ne pas changer sa façon de se comporter. Il devait donc continuer à parader, même s'il n'en avait plus aucune envie, et narguer les élèves des autres maisons, ce qui restait la part la plus distrayante du plan.
Par contre, il renonçait à faire le pitre comme avant. Il fallait être suffisamment innocent et immature pour que cela sonne juste. Inutile de préciser qu'il n'avait plus goût à ces jeux puérils. Cependant, insulter les Gryffondor présentait toujours un certain attrait. Cela ne l'amuserait plus comme autrefois, certes. Plus rien ne pouvait l'amuser. Mais Drago sentait un besoin de libérer cette tension malsaine qu'il avait accumulée au creux de son estomac depuis l'annonce du cérémonial. Et pour cela, rien de tel qu'une bonne dispute. Il suffisait juste d'oser dire les choses qui fâchent ou de choisir quelqu'un de susceptible. Les Gryffondor étaient la cible idéale.
Le jeune homme se mit donc en tête de provoquer une violente dispute avant même de monter dans le train qui les emmènerait à Poudlard. Pour arriver à ses fins, il se munit de sa meilleure arme: son sourire narquois.
Il étira donc ses lèvres fines sur le côté gauche de son visage alors qu'il détaillait la foule du regard, à la recherche d'une victime. Sa posture lui donnait un air suffisant et décontracté. En un mot: provoquant. Neville Londubat n'eut besoin de rien d'autre pour sortir de ses gonds.
Depuis l'épisode éprouvant dans le Département des Mystères où Sirius Black, parrain d'Harry Potter, avait été assassiné de la baguette de Bellatrix Lestrange, sous les yeux horrifiés de l'Armée de Dumbledore dont Neville faisait partie, ce dernier n'avait cessé de repenser à elle. Cela virait carrément à l'obsession.
Et comme si cela n'était pas suffisant, il vouait également une haine sans nom pour Lucius Malefoy et son fils. Lucius avait participé aux évènements qui s'étaient produits au Département des Mystères, et cela, à visage découvert, prouvant ainsi que le Seigneur des Ténèbres était bien de retour, plus fort que jamais. Neville en avait conclu que si le père exhibait son visage de Mangemort sans crainte, c'était parce que le fils en était devenu un et que personne n'oserait s'en prendre à eux à cause du retour du Lord Noir.
Mais Neville, lui, n'avait pas peur d'eux. Il n'était plus le garçon craintif et gauche de son enfance. Son envie de vengeance était en train de le transformer en un être sombre et impulsif. Il ne jurait plus que par la justice. Bellatrix Lestrange devait payer de sa vie, à défaut de pouvoir donner sa sanité d'esprit, pour avoir rendu ses parents fous. Selon lui, tous les Mangemorts méritaient d'être torturés et de recevoir le baiser du Détraqueur.
C'est avec toutes ces idées dans la tête qu'il délaissa Seamus, Dean et Luna, sans un mot d'excuse, et s'avança d'un pas menaçant vers l'objet de sa colère. Du coin de l'œil, Drago le vit arriver et son sourire détestable s'accentua visiblement. Pour avoir l'air crédible, le jeune homme se concentra sur les sentiments que lui inspiraient les sorciers de la Lumière: la jalousie, le mépris, la colère et la douleur.
Comment pouvaient-ils se juger meilleurs que lui ? Ils avaient simplement eu la chance de naître du bon côté. Ils n'avaient rien choisi, contrairement à ce qu'ils croyaient. Auraient-ils été capables de lutter contre leur éducation, ou disons plutôt contre leur lavage de cerveau, s'ils avaient été à sa place ? Auraient-ils préféré fuir ou affronter la mort lorsque le moment de devenir Mangemort aurait été arrivé ?
Drago avait cultivé ce mépris du Bien, parce qu'aucun d'eux n'avait essayé de se mettre à sa place et n'avait tenté de comprendre ses agissements. En réalité, il n'avait fait que copier les manières de son père dans l'espoir qu'il soit fier de lui, puis il avait continué de se comporter comme un être infecte et mauvais, parce qu'il voyait que c'était ce qu'on attendait de lui. Personne n'aurait voulu qu'il soit gentil. C'était dans l'ordre des choses que les Serpentard étaient à craindre, contrairement aux Gryffondor. Le Bien ne pouvait exister sans le Mal. Jouer l'ennemi des sorciers au grand cœur était le rôle de sa vie, qu'il le voulait ou pas. Blaise était la seule personne au monde à lui avoir laissé une chance d'être quelqu'un d'autre, ou plus exactement de découvrir qui il était réellement.
Repenser à son meilleur ami accentua la tension au creux de son estomac. Cette énergie se propagea dans la moindre fibre de son corps et Drago se sentit fébrile. Il avait réellement besoin d'une joute verbale pour se sentir mieux, et même de plus. Le jeune homme aspirait désormais à la violence physique. Il voulait souffrir et il savait pourquoi. Avoir été félicité pour avoir tué le rendait fou. Il avait envie que Londubat remette les choses en place. Il méritait des coups de poing pour avoir été si lâche et il allait tout faire pour les obtenir.
Fou de rage, Neville écarta une petite fille de son chemin qui couina de surprise et il se planta juste devant Drago. Impatient, ce dernier ne lui laissa même pas le temps de lancer les hostilités.
- Tiens, tiens, tu es toujours là toi ? Je pensais pourtant que Bella avait des vues sur ton postérieur bien gras…
Neville colla pratiquement son visage devenu rouge à celui de Drago et ses yeux étaient tellement écarquillés qu'on aurait dit qu'ils allaient bondir hors de leur orbite.
- Un jour tu verras, quelqu'un brûlera ta langue de vipère, sale Mangemort ! Et c'est moi qui ai des vues sur cette givrée !
- Incroyable ! On aurait presque peur si on ignorait le fait que tu es incapable de jeter un sort digne de ce nom. Tu es pathétique Londubat, toi comme tes parents débiles qui se sont sacrifiés pour rien…
Le coup partit tout seul. Drago fut projeté au sol sous l'impact du poing de Neville dans son visage. Drago eut à peine le temps de s'acclimater à la douleur qu'un coup de pied vint s'écraser sur son ventre, ce qui lui coupa momentanément la respiration. Il se rappela soudain que Baltus était sous son pull et il recouvrit son torse de ses bras pour la protéger. Cette dernière s'était réveillée et essayait de sortir des vêtements pour voir ce qu'il se passait, mais son maître la maintenait fermement en place. Il ne voulait surtout pas que Londubat la découvre et lui fasse du mal.
Un attroupement s'était créé autour d'eux, mais personne ne prit la défense de Drago. Il n'encourageait pas Neville de continuer, cependant, leur regard brillait de satisfaction. Adultes, adolescents et même enfants assistaient au spectacle, comme si c'était une représentation miniature de la guerre qui se préparait dans leur monde. Leur fantasme prenait forme devant leurs yeux car le Bien semblait triompher en la personne de Londubat.
Le quai était devenu étrangement calme et c'est dans cette atmosphère particulière que Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley firent leur apparition.
Ils avancèrent de quelques pas avant de remarquer un groupe important de sorciers qui étaient réunis en cercle autour de quelque chose qui bougeait et produisait un son répétitif. Harry reconnut immédiatement les bruits de coups de poings et il retint ses amis en leur attrapant le poignet.
- Harry ? Qu'est-ce qui se passe là-bas ? demanda Hermione, l'air inquiète.
- Des personnes se bagarrent. On devrait les séparer.
- On devrait peut-être d'abord savoir pourquoi ils se crêpent le chignon, fit remarquer Ron, les sourcils froncés.
Harry ne l'écouta pas et se fraya un chemin dans la foule immobile. Lorsqu'il découvrit un jeune homme aux cheveux d'un blond familier, il ne put s'empêcher de sentir la colère monter en lui.
- Malefoy ?
Mais ce sentiment fut très vite occulté par la surprise. Il constata qu'il ne se défendait pas et qu'il se contentait d'encaisser les coups de poings de son agresseur. Ce dernier lui tournait le dos et Harry pouvait deviner que le Serpentard était en train de souffrir, vu la carrure imposante du jeune homme.
En se décalant, il put voir son visage et il crut d'abord halluciner en reconnaissant Neville. Il n'y avait pourtant pas l'ombre d'un doute. Harry décida de les séparer, refusant que son ami ait à s'expliquer devant un professeur pour avoir cogné sur Malefoy, ce qui lui semblait pourtant tout à fait légitime.
Neville était à califourchon sur Drago et il continuait de le frapper au visage. Cela n'empêchait pas le Serpentard d'arborer un sourire d'étrange satisfaction.
- Et en plus tu prends ton pied ? Tu es taré Malefoy ! S'écria Neville, hors de lui.
- C'est bon, Neville, arrête.
La voix de Harry était calme mais suffisamment ferme pour que son ami cesse tout mouvement. Cependant, son corps frissonnait de rage.
- Il a insulté mes parents. Il a osé salir leur mémoire ! Toi plus que quiconque devrais comprendre pourquoi je fais ça.
- Oui, Neville, je comprends, mais tu risques d'avoir de gros ennuis.
- Je m'en fiche.
Qu'Harry s'interpose entre eux ne plaisait pas du tout au Serpentard. Il décida donc de le provoquer à nouveau.
- Oui, bien sûr. Attends que mon père soit au courant et tu peux dire adieu à ta vie misérable!
Le visage de Neville était tellement proche du sien qu'il avait pu apercevoir une veine éclater dans son œil droit. Il retint sa respiration en prévision du prochain coup. Londubat empoigna son col des deux mains et il sentit ses épaules décoller du sol.
- Alors tu sais où il se cache ? Il est assez stupide pour rester en contact avec toi ? Par Merlin, tu vas me dire où il se planque ou je te jure que tu vas souffrir !
Drago se força à rire avec sarcasme tout en le fixant dans les yeux. Le visage de Neville se crispa de fureur alors qu'il enfonça violemment ses deux pouces sous la pomme d'Adam du Serpentard. Celui-ci crut qu'il allait vomir et se mit à tousser.
- Neville, arrête maintenant, commanda Harry d'une voix autoritaire.
Londubat ne l'écouta pas. Plus rien n'existait à part le jeune Malefoy piégé entre ses mains.
- Alors, tu vas me dire où il est, sale Mangemort ?
Neville avait retiré ses pouces de son cou et Drago en profita pour reprendre son souffle. Puis, il plongea à nouveau son regard dans celui du Gryffondor, montrant ainsi qu'il n'avait pas peur de lui, et il se risqua à lui sourire avec dédain.
- Tu es bête à ce point ou tu le fais exprès, Londubat ? Tu penses vraiment que mon père est du genre à ramper dans un trou de souris pour qu'on ne le voie pas ? Figure-toi qu'il est tranquillement installé dans son bureau à faire la paperasse ! Mais rassure-toi, les Aurors sont au courant. Ces incapables ont juste trop peur pour tenter quelque chose. Cependant, tu peux toujours venir au manoir, toi qui es si téméraire. Mon père et Bella seront ravis d'accueillir ta face de rat…
Neville explosa de rage et un grognement féroce se libéra des profondeurs de sa gorge. Il décolla encore plus Drago du sol et, d'un geste sec mais d'une extrême brutalité, il écrasa le Serpentard sur le sol.
La tête de Drago choqua violemment le pavé avec un bruit assourdissant et il ferma les yeux alors qu'il se sentait pris de vertige. Il entendait les murmures nerveux de la foule alors que le corps de Neville se souleva soudainement.
Il ouvrit ses yeux dont la vue était brouillée, mais arriva quand même à distinguer la forme imposante de Neville coincée dans les bras de Harry. Neville hurlait de rage et tentait de se dégager de l'étreinte de son ami, en vain. Potter était finalement plus fort qu'il ne le paraissait.
- Allez Neville, calme-toi, s'il te plaît, murmura Harry sur un ton qui se voulait réconfortant.
Londubat cessa alors de crier et ferma les paupières, l'air abattu. Il pausa ses mains sur les avant-bras de Harry qui entouraient toujours sa taille et baissa la tête.
- Allez mon vieux, ça va aller.
Neville laissa éclater un rire jaune, sous le regard inquiet de Harry, Ron et Hermione qui étaient maintenant réunis. La foule se dispersa rapidement en entendant le train siffler et cracher un nuage épais de fumée grise.
- Non, Harry, ça ne va pas aller. Ça ira même de pire en pire.
Drago se retint de respirer quand il comprit que Neville était en train de pleurer en silence. Il pouvait voir les larmes dévaler ses joues roses et Potter qui resserrait son étreinte autour de sa taille, dans l'espoir de le consoler un peu. Ron avait la mine sombre tandis qu'Hermione détournait son regard brillant vers le train.
Alors Malefoy se sentit honteux. Honteux d'être allé trop loin ; honteux d'être la cause de ces larmes ; honteux de se moquer de la douleur des autres ; honteux d'être un monstre. Il n'avait rien à leur reprocher pour la simple raison qu'il faisait comme eux. Lui aussi avait refusé d'admettre qu'ils pouvaient souffrir de leur situation.
Blaise n'avait cessé de lui répéter qu'il devait être tolérant s'il voulait que les autres le soit en retour. Mais Drago s'était moqué de lui et avait ignoré ses paroles. Il s'en voulait désormais et en regardant toute la douleur déformer le visage de Londubat, il se promit de ne plus jamais provoquer personne.
Il savait que c'était dangereux de changer de comportement, mais à présent, il préférait prendre ce risque plutôt que de voir d'autres personnes pleurer par sa faute. Le Seigneur des Ténèbres répandait suffisamment le désespoir et la souffrance pour qu'il n'en rajoute pas. Il deviendrait fou sinon.
- Tu es un monstre, Malefoy, murmura Harry avec lassitude.
- Je sais…
Drago avait baissé la tête et ses mots avaient été quasiment inaudibles. Cependant, le Gryffondor les entendit comme s'il les avait crié avec force. Il ne s'attendait certainement pas à ce qu'il aille dans son sens. Ce n'était pas du tout son genre et Harry se sentit complètement déstabilisé. Il continua de fixer Malefoy avec incompréhension tandis que celui-ci se releva tout seul, en chancelant un peu.
- J'en ai pas fini avec toi, Malefoy, ne l'oublie pas, articula Neville, les mâchoires serrées.
Drago ignora ses menaces et monta dans le train, les pans de sa robe tournoyant derrière lui.
Harry relâcha Neville avec lenteur, comme s'il craignait que ce dernier aille à la poursuite de Malefoy pour continuer leur dispute. Hermione posa une main sur l'épaule de Neville, mais celui-ci se dégagea brusquement et s'éloigna sans un mot vers un wagon à l'avant. Ron et Hermione échangèrent un regard découragé, puis ils suivirent Harry qui montait dans le train vers les compartiments du milieu.
De son côté, Drago alla directement dans les toilettes et s'y enferma. Il se plaqua contre la porte et ferma les yeux. Il ressentait encore des vertiges et l'envie de vomir. De surcroît, il pouvait sentir que son visage était tuméfié. Neville n'y était pas allé de main morte, mais il n'allait pas s'en plaindre maintenant.
Le jeune homme soupira longuement et s'avança vers les lavabos d'un blanc immaculé. Il regarda son reflet dans le miroir et ce qu'il vit ne lui plut pas. Son arcade sourcilière gauche était ouverte, laissant un filet de sang descendre le long de son visage, et ses deux pommettes étaient enflées à un point où ses yeux n'arrivaient plus à s'ouvrir complètement. Il était vraiment méconnaissable.
Baltus réussit enfin à sortir de dessous son pull et se mit à voler de manière désordonnée dans toutes les directions de la petite pièce, manquant à maintes reprises de rentrer dans un mur. Drago comprit qu'elle était vraiment paniquée et il tendit le bras en présentant la paume de sa main à sa chauve-souris. L'animal vint immédiatement se poser sur ses doigts, puis elle rampa le long de son bras jusqu'à atteindre son épaule.
Drago tenta un sourire qui s'avéra plutôt être une grimace de douleur. Les petits yeux noirs et brillants de Baltus ne cessaient de détailler le visage de son maître.
- Je ne suis pas beau à voir, n'est-ce pas ? murmura le Serpentard avec douceur.
La bête ailée s'accrocha avec précaution sur le nez de Drago et elle en profita pour lécher le sang de son visage. Il se retint de rire au contact de la minuscule langue chatouilleuse.
- C'est inutile, ma belle, ça continuera à saigner tant que la plaie ne sera pas refermée.
Les yeux pétillants d'intelligence de Baltus fixèrent ceux de son maître et elle arrêta de le nettoyer.
- Allez, retourne te coucher, il n'arrivera plus rien. Je te le promets.
Drago souleva le col de son pull et la petite chauve-souris observa son maître un dernier instant avant de se glisser sous le vêtement. Le Serpentard accueillit la chaleur familière au niveau de son cœur avec soulagement. Elle avait le don de l'apaiser par sa simple présence et c'était déjà beaucoup. C'était même tout ce qui lui restait de bon dans sa vie, ce qui le maintenait humain. Drago posa sa main sur la forme de Baltus et il sourit tristement.
- Ton maître est un idiot.
Il soupira et sortit sa baguette de sa main libre. Il la pointa sur son visage, murmura une formule, et une étincelle bleu pâle vint camoufler ses hématomes. D'un autre sort, il soigna son arcade sourcilière. Son apparence était de nouveau parfaite, comme s'il ne s'était rien passé.
Drago se demanda soudain s'il pouvait aussi dissimuler les marques de brûlure sur son avant-bras. Il releva la manche de sa robe de sorcier, le cœur battant, puis il découvrit sa marque des ténèbres avec précaution.
Des lambeaux de peau morte et brûlée se détachaient des contours de sa marque et des cloques en parsemaient le centre. Il déglutit sa salive avec dégoût et tenta tous les sortilèges de guérison et de dissimulation qu'il connaissait, mais pas un seul ne fit effet. Il s'en doutait un peu, l'eau fraîche du bain n'ayant donné aucun signe de réconfort.
Il rangea sa baguette et se couvrit les yeux de sa main, essayant de ne pas paniquer en pensant à ce qu'il adviendrait de lui lorsque le Lord Noir voudrait vérifier leur marque. Il était coincé, à peine un jour après être devenu Mangemort. Il suffisait qu'on lui ordonne de relever sa manche et c'était la fin.
Son cœur s'emballa malgré lui et il s'appuya sur le rebord d'un lavabo pour se concentrer à retrouver un souffle normal. Au prix d'un effort considérable, il réussit à se reprendre et à oublier ce qui le terrorisait. Il remit sa manche bien en place et déverrouilla la porte pour rejoindre le compartiment des Serpentard de son année.
Mais à peine avait-il passé la porte que quelqu'un lui rentra en plein dedans, tête contre tête.
- Par Merlin ! gémit-il en couvrant son visage de ses deux mains.
- Malefoy ?
Drago retira immédiatement ses mains, ses yeux trahissant sa surprise.
- Potter ?
Aucun d'eux n'osa bouger. Il y avait de l'électricité dans l'air. Les deux ennemis ne se quittaient pas des yeux, se demandant ce que l'autre avait en tête. Méfiant, Drago plissa ses paupières malgré la douleur et s'écarta finalement pour laisser entrer Potter dans les toilettes. Mais Harry resta planté là, la bouche entrouverte comme s'il avait une question à lui poser. L'attitude du Gryffondor agaça Drago et ce dernier ne put s'empêcher d'être désagréable, sans pour autant le blesser.
- Qu'est-ce qu'il y a Potter, tu veux ma photo ?
- C'est inutile maintenant que tu as arrangé ta face ! Dommage, la tête en bouillie t'allait tellement mieux, cracha Harry avec colère.
Drago retint de justesse une remarque acerbe et prit l'initiative de mettre fin à cette altercation avant que cela ne dégénère. Il avança fièrement, forçant Potter à reculer pour le laisser passer.
- Et depuis quand tu ne réponds plus aux provocations ? interrogea le Gryffondor, qui tentait tant bien que mal de cacher son étonnement face au comportement instable de Malefoy.
- Depuis que je l'ai décidé. Tu vois, c'est qu'une question de maîtrise de soi, une notion que vous les Gryffondor semblez totalement ignorer.
- Fais-moi rire Malefoy ! Comme si toi, le roi des froussards, tu en savais quelque chose de la maîtrise de soi. Tu es peut-être doué pour ce qui est de lancer des remarques blessantes et stupides, mais pour ce qui est des actes, à part fuir, je me demande ce que tu es capable de faire.
Drago sentit comme une boule de feu remonter de ses entrailles et celle-ci se logea dans sa gorge. Il voulut hurler de rage sur Potter pour la faire sortir et oublier ce qu'il venait de lui dire. Fuir. Non, c'était même pire que ça. Il était resté passif, se laissant happer par le Mal.
Mais là où le Gryffondor se trompait, c'était que cette passivité demandait bien plus de contrôle de soi que toute action, que ce soit la fuite ou l'attaque. Cela produisait des tensions négatives telles qu'il était impossible d'en sortir indemne. Il savait mieux que quiconque ce que signifiait garder le contrôle.
- Toi et moi, nous savons ce que ça fait d'avoir une baguette pointée sur soi. Que notre réaction ait été différente n'a aucune importance. Quelque soit notre choix, nous avons fait preuve d'une grande maîtrise de soi pour maintenir notre ligne de conduite.
Drago s'était surpris à parler posément, sans agressivité. Pourtant, la boule dans sa gorge était toujours présente, mais elle diminuait de taille, permettant à l'air de circuler normalement dans sa trachée. Les yeux verts de Potter brillaient avec force. Il semblait tourner les paroles du Serpentard dans tous les sens, cherchant sans doute par quel côté contre-attaquer. Drago s'empressa de lever ses mains dans un geste défensive.
- Ecoute, je ne cherche pas la bagarre, d'accord? Ecarte-toi et je m'en vais.
- Je rêve, maintenant tu joues le rôle du pacifiste ? Après avoir provoqué Neville pour qu'il t'agresse? Tu te moques de mo i!
- Non, pas du tout. Je te le jure.
- Pff, comme si je pouvais avoir confiance en toi! ricana Harry.
- Bon, alors qu'est-ce que tu veux? Me frapper peut-être ? Si tu veux venger Londubat, eh bien soit. Mais pas ici. J'ai promis à quelqu'un de ne pas m'attirer d'ennui pendant un moment, déclara Drago le plus sérieux du monde.
- Mais, qu'est-ce qui t'arrive, Malefoy ? Tu es vraiment étrange ! Ne serais-tu pas en train de manigancer quelque chose ? demanda Harry les sourcils froncés.
- Non, répondit le Serpentard agacé. Ecoute, prends une décision et fiche-moi la paix.
- Si tu te tiens loin de nous, et en particulier de Neville, alors je ne te ferais rien.
- Parfait.
Harry se décala sur le côté et Drago passa devant lui sans lui adresser un regard. Il fit quelques pas vers l'avant du train, puis il s'arrêta avec hésitation, sous le regard vigilant de Potter. Il ne se retourna pas et resta parfaitement immobile, le regard embrumé, les sourcils froncés.
- Pour ta gouverne, c'est Londubat qui était venu vers moi. Je n'ai fait que libérer le lion de sa cage. Je crois que ton ami perd les pédales.
- Comme si ça ne t'amusait pas !
- Non, ça ne m'amuse pas du tout.
Harry s'avança vers Malefoy, les poings serrés, le contourna et se planta juste en face de lui. Il plongea son regard débordant de fureur dans celui du blond qui semblait éteint.
- Alors, pourquoi tu l'as provoqué? grogna Potter la mâchoire crispée.
- Par égoïsme, murmura le Serpentard avec honte.
- Quoi ?
Harry fit les yeux ronds et Drago baissa les siens, l'air fatigué.
- Peu importe. Mais sache que je n'ai jamais voulu ce qui est arrivé quand tu nous as séparé.
- Tu veux dire que tu voulais te battre…rectification, qu'il te frappe, mais pas qu'il pleure ? C'est ça ? demanda le Gryffondor avec dégoût et incrédulité.
- Oui.
Drago baissa la tête, se sentant étrangement vulnérable et exposé. C'était la première fois qu'il ressentait ces émotions en présence du Gryffondor et il ne comprenait pas comment cela pouvait être possible.
- Tu es fou, Malefoy. Ne t'approche plus jamais de lui.
Les pas de Potter résonnèrent derrière lui. Encore une fois, le Gryffondor n'avait pas compris pourquoi il avait agi ainsi. Mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Son raisonnement était délirant et le dire à haute voix n'en avait fait qu'accentuer sa stupidité. Potter avait raison, il était en train de devenir fou. Il ferma les yeux, inspira profondément et lentement, puis il se remit en marche. Il bloqua toutes ces pensées dans un recoin de sa conscience et s'appliqua à afficher un visage dénué de la moindre émotion.
Dans un compartiment sur sa gauche, il reconnut Crabbe, Goyle, Théodore Nott, Pansy Parkinson et Marcus Flint. Il ne manquait plus que lui et Blaise pour que leur groupe soit au complet… Drago entra sans frapper et s'installa aux côtés de Pansy, qui semblait hystérique et prête à le prendre dans ses bras. Instinctivement, il s'écarta au maximum d'elle.
- Oh Drago ! Je m'inquiétais de ne pas te voir arriver ! Où étais-tu passé ? Nous on est déjà là depuis 8h10 !
- Du calme Pansy, marmonna le Prince des Serpentard, tu vas me filer la migraine à crier comme ça. Je te le répète comme chaque année, ce que je fais et où je me trouve ne te regarde pas. Nous ne sommes pas mariés que je sache !
A ces mots, Drago adressa une grimace de dégoût à Goyle qui gloussa derrière sa main potelée. A droite du garçon se trouvait Marcus Flint et ce dernier n'avait lâché Malefoy du regard.
- Mais à moi tu dois des comptes…
Drago braqua ses yeux furieux sur Flint. Ce dernier le défia d'un sourire mauvais.
- Tu peux répéter ça, Flint ?
