- Mais à moi tu dois des comptes…

Drago braqua ses yeux furieux sur Flint. Ce dernier le défia d'un sourire mauvais.

- Tu peux répéter ça, Flint ?


- Bien sûr, tu me dois des comptes.

- Et pourquoi ça, abruti ?

- Parce que Théo m'a raconté de quelle manière ridicule tu t'es comporté la nuit dernière…

- Tu peux préciser ?

- Pleurer comme une Poufsouffle, voilà ce que je veux dire ! C'était un honneur et toi tu trouves rien de mieux que de gâcher ce moment en pleurnichant. Le Seigneur des Ténèbres a été bien trop clément avec toi. Moi je n'aurais pas hésité, je t'aurais éliminé. Les faibles n'ont pas leur place dans notre camp. Le moins que je puisse faire pour notre protection à tous, c'est de savoir ce que tu trafiques à chaque instant.

- Et moi je pense que tu es bien présomptueux pour juger les décisions de notre Maître. Je devrais peut-être lui faire part de ton opinion, lui dire que tu penses qu'il n'est pas capable de faire les bons choix.

Flint devint subitement livide.

- Tiens ? Aurais-tu la trouille, Flint ? Montrer ses émotions comme ça, ce n'est pas digne d'un Serpentard. Je devrais te tuer pour m'avoir menacé, tu sais ? Cependant, mon Maître ne me l'a pas ordonné alors je ne le ferais pas. Mais garde ça à l'esprit : j'aurais plaisir à le faire s'il me le demande. Alors ferme ta bouche si tu n'as rien de mieux à dire. Tu me fais perdre mon temps.

Drago espérait avoir remporté cette bataille, car le silence s'installa dans le compartiment, mais les jeux de regard n'avaient cessé, bien au contraire. Chacun se surveillait avec plus ou moins de discrétion. Crabbe, Goyle et Pansy s'échangeaient des coups d'œil inquiets et gênés, tandis que Drago et Flint semblaient engagés dans un duel consistant à fixer l'autre sans cligner des yeux le plus longtemps possible.

Finalement, le regard de Flint s'éclaircit après de longues minutes. L'air triomphant, il se leva lentement et avança vers Drago, qui le fixait de ses yeux menaçants. La main droite du jeune Malefoy s'était inconsciemment glissée entre les replis de sa robe, à la recherche de sa baguette magique, et lorsqu'il la trouva, il l'empoigna discrètement.

- Montre-moi ton avant-bras, ordonna Flint d'un ton intimidant.

Drago eut l'impression que ses paroles étaient accompagnées d'échos qui se répercutaient à l'infini sur les parois de son crâne. Il cligna des paupières plusieurs fois, laissant son cerveau s'acclimater au sens de ses mots. Il sentit alors une vague de panique monter en lui, mais, pour son propre salut, il refusa de se laisser submerger et il utilisa ce surplus d'adrénaline pour se forcer à ricaner de manière diabolique. Puis, il se leva brusquement et d'un pas conquérant, il se mit face à Flint, collant son visage au sien. Tous deux haletaient bruyamment de fureur.

- Tu te prends pour le chef, n'est-ce pas ?

Drago élevait la voix progressivement, mais Flint ne plia pas.

- Tu crois que je vais laisser une merde comme toi me dire quoi faire ? Ecoute-moi bien, pourriture, je n'ai qu'un maître et celui-ci m'a demandé de vous surveiller. Laisse-moi te dire ce que je compte lui rapporter à ton sujet. J'ai l'impression que tu fais exprès de te mettre en avant, parce que tu espères comme ça qu'on ne pensera pas une seconde que tu puisses faire partie des traîtres. Ça ne marche pas avec moi ! Je t'ai à l'œil ! Alors maintenant, va t'asseoir !

Flint ne souriait plus et semblait pondérer les paroles du jeune homme en face de lui.

- Assieds-toi j'ai dit ! hurla Drago en le poussant de ses deux mains. Flint grogna comme une bête sauvage, mais il n'insista plus. Il alla s'asseoir sous le regard soulagé des autres Serpentard.

- J'en ai marre de vous tous ! Vous n'êtes qu'une épine dans mon pied. Je vous laisse entre vous. Flint, puisque le pouvoir te démange tant, je t'offre les services de ces deux gorilles ! déclara Drago en pointant Crabbe et Goyle du doigt.

Ces derniers ignorèrent l'insulte et regardèrent le Prince des Serpentard avec incompréhension et déception. Quant à Flint, le sourire en coin qu'il arborait victorieusement ne semblait rien présager de bon.

- Je peux venir avec toi, Drago ? supplia Pansy en se levant.

- Couchée, Pansy ! grogna-t-il avec fermeté. Si je me débarrasse de ces deux-là, c'est pas pour t'avoir aussi dans les pattes !

Drago leur tourna le dos et s'apprêta à quitter le compartiment lorsque la voix de Flint le fit stopper un instant.

- Ne va pas trop loin, Malefoy. Je t'aurai aussi à l'œil…

- C'est ça.

Drago referma la porte vitrée coulissante et avança vers l'avant du train, la gorge serrée. Sa démarche se fit de plus en plus hésitante et n'y tenant plus, il se posa contre un mur et ferma les yeux. Son corps était maintenant parcouru de violents tremblements tant il avait eu peur.

Marcus Flint était un réel danger. Comme si le fait d'avoir Neville sur ses talons n'était pas suffisant…Il expira longuement et se calma un peu. Il avait au moins réussi à repousser les attaques de Flint. Cependant, Drago était lucide : il allait devoir l'affronter dans un avenir proche. Il fallait qu'il réfléchisse sur la manière de vaincre cette armoire à glace, et vite.

Il rouvrit les yeux et observa les compartiments non loin de là. La plupart étaient remplis d'éclats de rire, de bonbons de toutes les couleurs et d'enfants surexcités. Drago ne s'y intéressa pas et il continua de scanner les compartiments de ses yeux perçants.

L'un d'eux attira enfin son attention. A l'intérieur se trouvaient une petite fille aux cheveux couleur ébène et trois jeunes garçons, dont deux avait les cheveux bruns et le troisième les cheveux blonds. Ils portaient des uniformes noirs sans insigne et Drago comprit qu'ils allaient débuter leur première année à Poudlard.

Ils discutaient calmement entre eux, le sourire aux lèvres, les yeux lumineux, et Drago se perdit dans la contemplation de leur complicité apparente. Peu à peu, les minutes s'écoulaient et leur visage changeait de forme pour devenir celui de Blaise et le sien. Il revoyait en eux ce qu'il avait perdu à jamais et cette vision lui fit beaucoup de mal. Le Serpentard avait l'impression que son cœur était en train de se faire piétiner par une bande de centaures enragés. Pourtant, il se refusa de regarder ailleurs.

Le garçon aux cheveux blonds tourna soudain la tête dans sa direction et ses yeux s'agrandirent alors qu'il surprit Drago en train de les observer. Le visage du Serpentard resta impassible et il trouva le courage de marcher en direction du compartiment.

Lorsqu'il frappa à la porte, la petite fille sursauta légèrement et braqua ses yeux verts sur Drago. Ce dernier n'attendit pas que l'un d'eux l'invite à entrer et il fit coulisser la porte, sous le regard inquiet des trois garçons. Drago la referma derrière lui et resta debout, posant son regard successivement sur chaque enfant.

- Bonjour. Veuillez excuser mon intrusion, mais j'aimerais savoir si cela vous dérange que je m'installe ici.

- Tu n'as pas d'ami ? demanda la petite fille d'une voix innocente, les joues roses.

Drago déglutit difficilement en entendant la question. Il baissa les yeux et resta silencieux, oubliant totalement les regards interrogatifs braqués sur lui.

- Assieds-toi, si tu veux, murmura l'un des garçons aux cheveux bruns.

Drago reprit ses esprits et tenta un léger sourire de gratitude.

- Merci, c'est gentil.

Il s'installa à côté de la jeune fille qui était seule sur la banquette, en face des garçons. Pendant quelques minutes, personne n'osa parler. On n'entendait que le bruit du vent qui battait les gouttes de pluie sur la vitre. Drago sentit une vague de fatigue le submerger alors qu'il se laissait bercer par le son régulier et rassurant que produisait la tempête dehors. Ses paupières lourdes finirent par se fermer, quand la voix du garçonnet blond brisa l'atmosphère de coton qui s'était créée dans sa tête.

- Je m'appelle Andrew, dit-il en souriant calmement. Et toi ?

- Drago.

- Moi c'est Philistine, enchaîna la jeune fille d'une voix chantante.

- C'est un plaisir, Philistine, répondit Drago avec un sourire courtois.

Les joues de la petite fille prirent alors une teinte pivoine, sous le regard amusé de ses amis.

- Moi, tu peux m'appeler Tom, dit le garçon brun qui se trouvait le plus à gauche sur la banquette.

- Enchanté, Tom.

Le Serpentard constata que les deux bruns se ressemblaient beaucoup. Cependant, Tom était plus grand et son visage était plus rond. Il semblait aussi plus jovial et décontracté.

- Lui, c'est mon frère, Adrian, ajouta Tom en pointant l'autre garçon du doigt. Tu verras, il n'est pas très bavard.

Adrian adressa à son frère un regard meurtrier. Sa réaction ne fit que l'amuser davantage et il se mit même à rire.

- Arrête, c'est pas drôle, grogna Adrian.

- Oh ça va frangin, dire ton prénom ne va pas te mettre en danger !

- S'il te plaît, tais-toi !

Pendant un instant, Drago resta bouche bée devant leur dispute, puis il décida d'intervenir.

- Ne vous inquiétez pas, je ne vous veux aucun mal.

Les deux frères tournèrent leur tête en même temps en direction du Serpentard.

- Adrian, pourquoi as-tu peur ? demanda calmement Drago.

- Pff, le pauvre petit a peur qu'on sache que nos parents sont Moldus ! se moqua Tom.

- Imbécile ! Tais-toi ! hurla Adrian qui tentait de couvrir la bouche de Tom avec sa petite main. Celui-ci s'écarta avec aisance sous le regard assassin de son frère. Drago fronça les sourcils et fixa Tom sévèrement. Ce dernier sembla se ratatiner sur place devant son air réprobateur.

Drago jeta un œil inquiet vers le couloir, puis il fixa Adrian et Tom avec gravité. Il tenta plusieurs fois de prendre la parole, mais la peur empêchait le moindre son de sortir de sa gorge.

- Euh, Drago ? murmura Andrew, la voix chevrotante.

Le Serpentard voulut répondre, mais il comprit soudain que c'était la douleur et non la peur qui lui paralysait les cordes vocales. Il avala une grande goulée d'oxygène, comme un poisson agonisant dans l'air et baissa les yeux en direction de son avant-bras gauche alors qu'Andrew pointait son doigt dans cette direction.

- Drago, qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Philistine, dont les yeux étaient exorbités par la terreur.

Son avant-bras était secoué de violents spasmes et Drago pouvait sentir éclater de multiples cloques au niveau de sa marque. L'avertissement était clair. Il était interdit d'aider des Moldus sous peine d'une douleur insupportable. Le premier acte de traîtrise s'offrait à lui. Il avait le choix de prendre le risque et Drago savait que cela allègerait sa conscience, alors il fit ce qu'il s'était toujours juré de ne pas faire : il se mit en danger en aidant les autres. Il inspira calmement et lentement avant d'être certain de pouvoir parler.

- Adrian a raison, Tom. Jamais, vous m'entendez, jamais vous ne devez divulguer cette information sur votre famille. Si on vous pose la question, dites que vous êtes des Sang-Purs, d'accord? Aucun de vos camarades de classe ne doit le savoir.

Drago guetta la réaction de Philistine et Andrew, mais ces derniers semblaient simplement effrayés par ses paroles. Tom sembla deviner les interrogations du Serpentard.

- Ils sont dignes de confiance. Andrew et Philis sont des amis d'enfance.

- Donc, vous êtes aussi nés de parents moldus ? chuchota Drago.

Tous hochèrent la tête et Drago ferma les yeux un bref instant, la douleur provoquée par sa chair nouvellement calcinée devenue momentanément insoutenable.

- Drago, ça n'a vraiment pas l'air d'aller, remarqua Adrian d'une petite voix.

- N'y…prêtez pas...attention, ça va…aller, hoqueta Malefoy le souffle court.

- Qu'est-ce que tu as ? demanda Tom, les sourcils froncés.

Le Serpentard resta silencieux pendant quelques secondes, le temps de laisser ses poumons se remplir d'air. Il avait l'impression qu'un cœur battait dans son avant-bras tant la douleur tambourinait dans sa chair. Transpirant à grosses gouttes, il s'essuya le visage d'un revers de manche, puis il desserra le nœud de sa cravate d'une main tremblante. Se sentant légèrement mieux, il répondit enfin au jeune garçon.

- Rien d'important. Néanmoins, je dois vous demander de n'en parler à personne. A personne, d'accord ?

Tous hochèrent la tête, sauf Tom.

- Pourquoi ? demanda ce dernier, l'air soupçonneux.

- Parce que je suis quelqu'un de puissant, de respecté, mais surtout je suis craint par la plupart des élèves de Poudlard. Si on apprend que j'ai eu un malaise, beaucoup de sorciers voudront me défier et j'ai vraiment autre chose à faire que de combler les désirs de reconnaissance de quelques personnes frustrés, mentit le Serpentard avec conviction.

- Oh. Et pourquoi es-tu craint ? Tu n'as pourtant pas l'air méchant, remarqua Philistine.

- Vous posez beaucoup de questions, soupira Drago. Contentez-vous de faire ce que je vous dis. Le reste ne vous concerne pas, termina-t-il un peu sèchement.

- Mais je comprends pas pourquoi je dois cacher mes origines ! s'emporta Tom. Adrian prétend avoir entendu un groupe de parents moldus à la gare qui disaient être inquiets pour leurs enfants parce qu'il se passait des choses graves dans le monde sorcier. Je vois pas en quoi ces deux choses ont un rapport !

- Justement, c'est lié et ton frère a vu juste. Sachez que la situation se dégrade que ce soit à Poudlard ou dans le reste du monde. Une guerre se prépare entre ceux qui défendent le droit des gens comme vous à étudier la magie et ceux qui proclament la supériorité du sang pur de sorcier. Pour le moment, l'avenir est plus qu'incertain pour vous, alors faites profil bas. Et si les choses s'empirent, fuyez Poudlard et ne revenez pas.

Tous paraissaient paniqués et le visage de Tom s'était décomposé au fur et à mesure que Drago dépeignait la réalité d'un monde prêt à imploser.

Le Serpentard se tordait les doigts avec frénésie, tant la douleur était intolérable. Néanmoins, cette discussion lui avait apporté quelque chose de plus : une certitude ; si le simple fait de parler lui amenait une telle souffrance, aider les sorciers de la Lumière par des actes seraient physiquement impossible. De toute façon, il n'en avait pas l'intention. Entre agir et discuter, il y avait un large fossé.

Pourtant, savoir qu'il n'avait pas ce choix et que Voldemort ne mentait pas lorsqu'il disait que cette marque allait l'obliger à ne pas le trahir, cela faisait naître en lui une rage infinie contre le Lord Noir.

Ses talents de manipulateur lui demandaient tant de concentration qu'il ne pouvait les utiliser que sur de très courtes périodes, en l'occurrence lorsque son Maître pratiquerait la Légilimencie pour pénétrer son esprit. Il ne pouvait pas s'en servir pour tromper la vigilance de sa marque alors qu'il serait en train d'aider les ennemis du Seigneur des Ténèbres. Il savait que ce serait trop dur.

Drago soupira longuement. L'atmosphère était désormais glaciale dans le compartiment et le Serpentard avait l'impression de répandre le malheur où qu'il soit. Son Maître serait tellement fier de lui pensa-t-il avec amertume.

Le train filait à vive allure et Drago laissa le paysage défiler devant ses yeux fatigués, jusqu'à ce qu'ils soient enfin arrivés à destination. Le Serpentard se leva et avant de quitter le compartiment, il s'adressa une dernière fois aux quatre jeunes sorciers.

- Nous n'avons jamais eu cette conversation et vous ne me connaissez pas. Et surtout, ne vous approchez pas de moi à Poudlard. Vous risquez de ne pas comprendre mon comportement, marmonna-t-il en regardant ses chaussures.

- Drago ? murmura Philistine.

- Oui ?

- Merci.

Le Serpentard quitta les lieux sans rien dire, la tête haute.

Comme chaque rentrée, Dumbledore faisait son discours de bienvenue aux nouveaux arrivants. Tous étaient réunis dans la chaleureuse Grande Salle au ciel étoilé. Les premières années détaillaient le lieu avec fascination et admiration, tout en tendant l'oreille pour entendre les paroles sages du directeur. Drago ne l'écoutait pas, mais il pouvait deviner la fatigue dans sa voix grésillante. Les années semblaient l'avoir rattrapé et même dépassé.

Le jeune Malefoy voyait enfin le vieillard qu'il était en réalité. La malice avait disparu de ses yeux autrefois pétillants et son dos semblait plus voûté que jamais. En regardant attentivement, le Serpentard remarqua quelque chose d'étrange. Sa main droite paraissait brûlée. Drago fronça les sourcils et baissa les yeux vers son avant-bras. A ce moment précis, une idée terrifiante traversa son esprit: le vieil homme barbu aurait-il été victime de magie noire, tout comme lui ?

Cette brûlure s'étendait-elle sur toute la surface de son bras ? Drago se sentait nerveux. Qu'est-ce que tout cela pouvait signifier ? Il n'était pas difficile de remarquer la similitude entre leur blessure. Etait-ce l'œuvre d'un Mangemort ou pire, de Voldemort en personne ? Le directeur de Poudlard était-il en danger de mort ?

Drago glissa une main tremblante dans ses cheveux blonds. Réfléchir sur tout cela lui faisait perdre son self-control. Dumbledore était le principal obstacle du Seigneur des Ténèbres. Le Serpentard était convaincu que Potter ne faisait pas le poids contre son Maître. Il ne devait sa survie qu'à la chance et à son acharnement hors du commun. Mais sans Dumbledore, Drago ne donnait pas cher de sa peau.

Peu importe que les rumeurs disaient que le Gryffondor était l'Elu, le Sauveur du monde sorcier, Drago ne plaçait ses espoirs qu'en la personne d'Albus Dumbledore. Cependant, le voir ainsi affaibli avec cette brûlure singulière à la main, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour l'avenir de cette guerre, pour son propre avenir.

Le jeune homme déglutit douloureusement et détourna son regard du sorcier. Pour la première fois de sa vie, il était assis en bordure de table. Son titre de Prince des Serpentard avait été relégué à Marcus Flint, comme prévu. Ce dernier, entouré de Crabbe et Goyle, ne cachait pas sa fierté d'être au centre des attentions de la table. D'ailleurs, tous les élèves, hormis les premières années, s'étaient au moins retournés une fois pour observer ce changement de hiérarchie.

Pansy avait également bougé. Elle s'était assise à mi-chemin entre Drago et Flint, comme si elle était déchirée entre sa dévotion pour Malefoy et son attirance pour le titre prestigieux de Prince des Serpentard. Drago jeta un coup d'œil dans sa direction et son regard croisa furtivement le sien. Elle l'espionnait. Il sentit son estomac se nouer de peur. Cette fille était peut-être bête et indiscrète, mais elle n'en restait pas moins un Mangemort.

Drago continua de scruter les tables à la recherche de visages hostiles. Bien sûr, Neville le défiait ouvertement du regard. Il fulminait tant de rester là sans bouger que ses joues étaient rouges et tout son visage perlait de sueur. Seamus, qui était à côté de lui, avait posé une main ferme sur le poignet du jeune homme, au-dessus de la table. Drago lui adressa une fausse moue dédaigneuse avant de baisser la tête.

- Ce sale Mangemort, il ne paye rien pour attendre, articula Neville entre ses dents.

- C'est sûr, répliqua Seamus, mais pour le moment, tiens-toi tranquille, tu veux ? C'est pas en lui cassant la figure devant tout le monde qu'on va lui régler son compte. Il faut le faire sans témoin autour, comme ça, ce sera sa parole contre la notre. Rappelle-toi, beaucoup sont prêts à t'aider. Certains m'ont dit vouloir participer activement, d'autres sont d'accord pour nous donner des alibis. Il va payer pour tout ce qu'il nous a dit, bientôt…

- Parfait, parce que je ne le laisserai plus se moquer de quiconque et notamment de ma famille. Il payera, et en nature, murmura Neville, une lueur de sadisme illuminant ses pupilles.

A la table des Serpentard, un autre complot s'échafaudait contre le jeune Malefoy. Flint dictait ses ordres à Crabbe et Goyle d'une voix quasi inaudible. Ses lèvres remuaient à peine et Flint avait placé ses deux mains devant sa bouche. Personne ne remarqua qu'il leur parlait.

- Dès que le discours du vieux fou sera fini, je suivrai Malefoy. Pendant ce temps, vous irez quelque part où il n'y aura personne. Je parie que ce lâche va essayer de s'isoler et là je le cuisinerai. Si jamais ça tourne mal, dites que j'étais avec vous, c'est clair ?

- Euh, oui, je crois, bredouilla Goyle.

- J'espère bien, menaça Flint, sinon je m'occuperai de toi après.

Goyle déglutit bruyamment et hocha bêtement la tête. Des applaudissements emplirent soudain la Grande Salle. Dumbledore venait de clore son discours en souhaitant une bonne nuit à tous. Elèves et professeurs se levèrent peu après dans un brouhaha infernal.

Bien qu'il soit noyé dans la masse d'étudiants, Drago sentait le regard de Flint dans son dos. Il prit une grande inspiration et s'efforça de marcher d'un air détendu en direction de la salle commune des Serpentard.

A mesure qu'il s'approchait des cachots, le nombre de personnes derrière lui diminuait considérablement. Bientôt, il n'entendait plus qu'une vingtaine de pieds qui foulaient le sol en pierre des sous-sols du château. Son cœur battait à un rythme effréné. Tout son corps se préparait à la future confrontation et son esprit tournait à plein régime.

Comment allait-il se sortir de ce pétrin ? Il n'en avait aucune idée. Les autres ne l'aideraient certainement pas, bien au contraire. Faire face au danger n'avait jamais été son fort. Fuir pour gagner quelques minutes, voire quelques heures de réflexion semblait une fois de plus la meilleure solution. Tuer Flint ? Cela ne lui amènerait que des ennuis supplémentaires. Monter Voldemort contre ce dernier pour lui faire peur, peut-être; mais le manque de temps ne lui permettrait pas de retenir cette option.

Machinalement, Drago se rendit dans la salle commune de sa maison, et après avoir jeté un coup d'œil derrière lui, il se faufila dans les dortoirs pour faire semblant d'aller se coucher.

A l'intérieur de la pièce sombre, le Serpentard s'empressa d'enlever ses vêtements. Baltus était toujours profondément endormie, accrochée à sa chemise blanche et Drago fit attention de ne pas la réveiller en déposant ses habits sur une commode. Il sortit sa malle de son pantalon et d'un coup de baguette, celle-ci reprit sa taille normale. Il en sortit son pyjama noir en soie, sa boîte remplie de morceaux d'agrume et sa cape d'invisibilité.

Il mit son pyjama en quatrième vitesse et fourra le reste de ses affaires sous les draps. Enfin, Drago se glissa dans son lit, remontant les draps verts émeraude au-dessus de ses épaules. Il crispa ses doigts autour de sa baguette et ferma les paupières en attendant l'arrivée de Flint.

Il avait d'abord été tenté de mettre sa cape d'invisibilité et de s'enfuir lorsque ce dernier serait venu le trouver, mais il ne pouvait pas se résoudre à fuir constamment. Une idée brillante avait traversé son esprit et il comptait bien la mettre en pratique.

Un grincement de la porte lui indiqua que quelqu'un était entré. Le jeune Malefoy arrêta de respirer et écouta attentivement les déplacements discrets de la personne dans la pièce. Les bruits de pas se rapprochaient dangereusement de son lit et Drago se tint prêt à jeter son sort.

- Je sais que tu ne dors pas, chantonna Flint d'une voix perverse.

Et là, tout se passa très vite. Au moment où Drago dégagea son bras de dessous les draps, un corps imposant chevaucha le sien et une main puissante vint écraser son bras sur le matelas, près de sa tête.

- Vas-y, jette ton sort ! ricana Marcus Flint alors que Drago lui adressa un regard furieux.

Comment avait-il pu se faire avoir si facilement ? Et depuis quand ce lourdaud de Flint savait être si précis, si réactif ? Il n'en revenait pas.

- Alors, Drago, un peu nerveux peut-être ? Tu ne cacherais pas quelque chose, comme…un avant-bras en mauvais état ?

Les lèvres de Flint s'écartèrent pour laisser apparaître deux rangées de dents sales. Les yeux de Drago s'agrandirent de peur alors que ce dernier baissa les couvertures d'un coup sec de la main. Le jeune Malefoy voulut cacher son bras gauche sous son corps, mais Flint attrapa son poignet, et sans difficulté, il força son bras au-dessus de sa tête.

- Lâche-moi, c'est un ordre…menaça Drago sans conviction.

Flint éclata d'un rire triomphal, tout en piégeant les deux poignets de Malefoy dans sa main gauche. De son autre main, il souleva la manche de son pyjama avec une lenteur délibérée, révélant ainsi un bras recouvert de cloques et de peaux calcinées. Drago haletait de terreur alors que les yeux de Flint détaillaient la preuve de sa trahison.

- Et voilà qui explique pas mal de choses, susurra Marcus Flint d'une voix faussement douce et mielleuse. Je crois que le Seigneur des Ténèbres va m'adorer quand il comprendra tous les efforts que j'aurais déployés pour te démasquer en si peu de temps. Je dois dire que je suis un peu déçu. Je m'attendais à plus de résistance de ta part, Drago. Dis-moi, tu es vraiment si pressé de mourir ? ricana-t-il, clairement amusé par la situation.

- Tu n'as pas idée à quel point, Flint, mentit Drago en fermant les yeux.

Ce dernier n'opposa plus de résistance et inconsciemment, Flint desserra légèrement sa prise. Il n'en fallut pas plus pour que Drago puisse décoller ses jambes du matelas de toutes ses forces, ce qui propulsa Flint vers l'avant. Malefoy en profita pour dégager ses deux mains et d'un geste vif, il pointa sa baguette sur son ennemi.

- Recule, imbécile ! gronda Malefoy en se redressant en position assise.

La confiance de Flint s'était évaporée devant ce retournement de situation. Il ne souriait plus et son visage s'était décomposé à la vue de cette baguette braquée en direction de son front. Tout en s'éloignant de Malefoy, il releva ses deux mains pour tenter de calmer la fureur de l'ancien Prince des Serpentard.

- C'est bon, ne fais rien de stupide. On peut trouver un arrangement ! supplia Marcus Flint.

- Ne t'en fais pas. Tu ne souffriras pas, c'est promis…

- Pitié, ne fais rien !

- Oubliettes, murmura Drago.

Le regard de Flint devint inexpressif à l'instant même où le sort frappa son front.

- Tu as vu mon avant-bras et il ne présentait pas de brûlure. C'est clair ?

Flint hocha mécaniquement la tête.

- Tu rapporteras cette information à qui veut le savoir et tu me ficheras la paix dorénavant, poursuivit Malefoy d'un ton autoritaire, et maintenant tu vas aller dormir parce que tu es fatigué.

Flint avança tel un automate vers son lit, qui était tout au fond du dortoir, puis il se mit en pyjama et se coucha dans son lit. Drago se glissa à son tour sous les draps et expira longuement, sa baguette toujours ferment enserrée dans son poing. Il n'avait qu'une envie en tête : celle de quitter cet endroit lugubre et aller respirer l'air frais.

Pour ne pas éveiller les soupçons, il préféra attendre que tous soient endormis pour quitter le château. Les minutes passèrent lentement et Drago retrouva enfin un rythme cardiaque normal. Il était épuisé par cette journée, mais n'imaginait pas comment il serait capable de s'endormir dans une pièce remplie de Mangemorts suspicieux.

Les ronflements de Flint se firent entendre et Drago se sentit un peu plus rassuré. Son sort avait l'air d'avoir bien fonctionné. Il n'y avait plus qu'à croiser les doigts pour que personne ne se rendre compte qu'on avait manipulé ses souvenirs.

Du coin de l'œil, Drago vit quelque chose bouger sur sa commode. Baltus commençait à émerger du brouillard de ses songes et ses ailes remuaient légèrement, comme si de petits courants électriques la traversaient. Il la contempla avec tendresse pendant un long moment, admirant la grâce mystique qui émanait de son être.

Les paupières du Serpentard se faisaient de plus en plus lourdes. Ses membres se détendirent complètement, et au moment il crut sombrer dans l'inconscient, la porte du dortoir s'ouvrit violemment pour aller percuter le mur. Drago se retint de sursauter et fit semblant de dormir.

La pièce se remplit rapidement. Certains chuchotaient, d'autres gloussaient grassement et bientôt, les lattes de bois se mirent à craquer à l'unisson sous le poids des Serpentard. L'excitation de Drago augmentait de plus en plus. Il attendait impatiemment le bon moment pour partir du dortoir. Baltus avait enfin repris ses esprits et ses petits yeux noirs brillaient dans la pénombre. Elle fixait sagement Drago, attendant elle aussi de pouvoir se lever. Il lui sourit discrètement, les yeux mi-clos, et celle-ci cligna plusieurs fois des paupières, l'air complice.

Un concerto de ronflements s'éleva enfin dans la pièce. Drago attendit encore quelques minutes avant de quitter son matelas d'un pas félin. Il tira les rideaux autour de son lit sans faire de bruit et mis sa boîte de fruit dans la poche de son bas de pyjama. D'un puissant battement d'ailes, Baltus vint s'accrocher sur son torse et le Serpentard recouvrit son corps de sa cape d'invisibilité.

Il mit ses chaussures noires laquées et sortit de la pièce sur la pointe des pieds. Le cœur battant, comme si la liberté se trouvait au bout du chemin, Drago ne pouvait s'empêcher de se sentir plus léger à mesure qu'il avançait dans les dédales de couloirs du château. Ses pas accéléraient malgré lui et c'est presque en courant qu'il passa les portes du château.

Il glissa son nez entre les pans de sa cape et respira l'air frais à plein poumons. La pluie n'avait cessé depuis qu'il était monté dans le Poudlard Express et le sol était complètement imbibé d'eau. Mais, il se fichait d'être trempé jusqu'aux os. Il avança droit devant lui, ses chaussures faisant un drôle de bruit de succion en se décollant de la boue.

Il descendit le petit chemin qui menait vers le lac, manquant de peu de tomber à la renverse à cause du terrain glissant et de ses chaussures aux semelles lisses, puis, lorsqu'il atteignit les bords du lac, il s'assit sur un gros caillou plat qui était collé à un arbre au maigre feuillage.

Drago soupira de contentement. Il découvrit totalement son visage et noua la cape autour de son cou. Délicatement, il caressa le pelage soyeux de Baltus qui frémit d'appréciation. La petite chauve-souris s'agrippa à sa main et le Serpentard la sortit de dessous le vêtement. Celle-ci battit frénétiquement des ailes avant de s'envoler dans les airs.

Drago l'observa voler, regrettant de ne pas avoir pris son balai. Il savait qu'il aurait été imprudent d'aller voler en pleine nuit. Cependant, l'envie de se défouler était bien présente en lui, comme un volcan en ébullition. Tout son corps réclamait à la fois du sommeil, mais aussi de l'exercice physique. Malheureusement, il ne pouvait satisfaire aucun de ses besoins.

Il devait se contenter du calme et du silence de la nuit. En tout cas, c'était mieux que de faire semblant de dormir dans une pièce remplie de Mangemorts. Il n'osait pas imaginer dans quel état de fatigue il serait en cours le lendemain et combien de temps il pourrait survivre sans dormir. Ce n'était pas vraiment une solution, mais Drago n'avait rien de mieux pour l'instant.

La bête ailée revint vers lui et se posa sur son genou gauche. Le Serpentard appuya son dos contre l'arbre et sortit la boîte d'agrumes de sa poche. Baltus lécha ses petites babines en reniflant l'odeur acide de ses fruits préférés.

- On a très faim ce soir, hein ma belle ? murmura-t-il d'une voix étonnamment douce et chaude.

Il tendit un quartier d'orange à l'animal qui s'empressa d'attraper ses doigts pour mordre dans le morceau de fruit à pleines dents. Drago gloussa gentiment lorsque quelques gouttes de jus perlèrent sur son ventre velu.

- Tu manges comme une cochonne…se moqua-t-il affectueusement.

Une lueur de malice passa dans les yeux de la chauve-souris quand Drago sentit de petites dents venir pincer son index.

- Aïe ! Arrête ! Ok, tu as raison, je suis un monstre ! cria-t-il amusé.

Fière d'elle, Baltus secoua ses ailes dans l'air et Drago embrassa son poitrail au goût d'orange. Il s'humecta les lèvres et ferma les yeux, laissant l'animal poursuivre son dîner.

Cette nuit-là, Harry Potter n'avait pas trouvé le sommeil. En réalité, il avait peur de s'endormir, peur de revoir Voldemort dans ses cauchemars, mais surtout peur de revoir Sirius mourir devant ses yeux encore et encore.

Il n'avait pas voulu inquiéter ses amis et leur faire part de ses angoisses, alors il avait choisi de prendre l'air, malgré le mauvais temps. Comme toujours, il avait pris sa cape d'invisibilité pour ne pas être surpris dans les couloirs par un préfet et une fois dehors, il l'enleva et se vêtit d'un long manteau noir qu'il avait préalablement ensorcelé pour que les gouttes de pluie glissent dessus.

Le jeune homme marcha droit devant lui, sans se soucier de sa destination. Il souhaitait juste se vider la tête, ne plus penser, juste ressentir. Il inspira profondément, prenant plaisir à détecter l'odeur de pluie mêlée à celle de l'herbe.

Ses pas le menèrent vers le lac sombre qui ressemblait à une marre de pétrole et en contemplant cette vaste étendue d'eau, le Gryffondor se mit à sourire légèrement, un sentiment de liberté et de bien-être l'envahissant tout entier. Il resta debout, immobile, et admira les montagnes qui se dessinaient au loin. Tout était tellement paisible à cet endroit…

- Aïe ! Arrête ! Ok, tu as raison, je suis un monstre !

Le corps du Gryffondor se raidit douloureusement en entendant ce cri, cette voix familière…celle de son ennemi juré.


Salut à tous !

Déjà, je voulais vous remercier pour vos reviews qui m'ont beaucoup aidé !

Eden : Merci pour ta review et je dois dire que tu m'as surprise par cette hargne que tu sembles porter en toi ! Néanmoins, je suis d'accord avec toi sur beaucoup de choses, notamment sur le fait qu'on s'acharne toujours sur les mêmes sans se remettre soi-même en question. C'est justement en me mettant du point de vue des "ennemis" que j'ai voulu mettre cette injustice en valeur. J'ai l'impression que tu y vois tout l'inverse dans ma fiction (que tu trouves que j'ai montré les Gryffondor comme des victimes) au quel cas j'ai raté mon objectif. Après, Drago n'avait pas à manquer de respect aux parents de Neville. Si ce dernier a réagi, c'est plus pour son attitude que pour le fait qu'il soit un Malefoy. Concernant Harry, c'est clair qu'il devrait réfléchir. J'espère que la suite te plaira. A bientôt !

Enfin, je voudrais juste préciser que pendant la semaine, je n'aurais pas toujours le temps de poster chaque soir donc, je devrais espacer les jours où je poste. Comme cette fiction n'est encore finie, je trouve ça mieux de ne pas tout vous poster d'un coup. Je serais intéressée d'avoir votre avis à ce sujet : plusieurs chapitres par semaine ou un chaque semaine ?

Bisous et à bientôt !