- Aïe ! Arrête ! Ok, tu as raison, je suis un monstre !
Le corps du Gryffondor se raidit douloureusement en entendant ce cri, cette voix familière…celle de son ennemi juré.
- Je savais que tu préparais quelque chose, Malefoy, grogna-t-il entre ses dents.
Harry se glissa de nouveau sous sa cape d'invisibilité et marcha prudemment en direction du lac. La pente se faisait de plus en plus raide et le sol boueux était toujours plus glissant.
Quand Harry put enfin distinguer la chevelure blonde du Serpentard à travers la végétation, il s'arrêta, n'osant pas prendre le risque de se faire démasquer.
Il scruta les alentours et le fait de ne voir personne d'autre que Malefoy le laissa perplexe. Il devait forcément y avoir quelqu'un d'autre. L'inconnu avait certainement menacé le Serpentard après avoir découvert ce qu'il mijotait. Harry supposa alors que ce dernier avait peut-être fui en transplantant.
Au moins, il était convaincu d'une chose : Malefoy préparait un mauvais coup. Neville avait probablement raison pensa-t-il ; le Serpentard était désormais un serviteur de Voldemort. Un frisson glacé remonta le dos du Gryffondor en repensant au meurtrier de ses parents. Il secoua la tête, essayant tant bien que mal d'effacer cette désagréable sensation et il reporta son attention sur le jeune homme assis en contrebas.
Harry fronça les sourcils. Malefoy tenait quelque chose dans sa main. Cette chose semblait se mouvoir, mais le Gryffondor n'en était pas certain. La curiosité balayant ses résolutions de prudence, il s'accroupit sur le sol trempé et avança lentement en s'aidant de ses mains.
Le Serpentard semblait assoupi et Harry se demanda comment il pouvait dormir dans de telles conditions, et surtout si peu de temps après s'être disputé avec quelqu'un. Le Gryffondor supposa que c'était parce qu'il savait qu'il n'avait rien à craindre, le Seigneur des Ténèbres ou son père étant de son côté. A cette idée, Harry sentait la colère bouillir dans ses entrailles.
A cet instant, il aurait voulu attraper Malefoy par les cheveux et noyer sa face d'aristocrate dans le lac. Un Mangemort en moins et personne pour le pleurer, à part ses parents. Il se sentit un peu honteux d'imaginer des choses aussi cruelles, mais d'un autre côté, la tentation était forte.
Et dire que de nombreux Mangemorts se cachaient parmi les élèves…Le Gryffondor ne comprenait pas pourquoi Dumbledore ne faisait rien pour les démasquer. Tôt ou tard, ces derniers se retrouveraient à exécuter des missions et ils deviendraient un réel danger pour tous.
Cette guerre allait leur éclater en plein visage et pourtant, presque tout le monde continuait de se comporter comme si de rien était. Hermione s'inquiétait déjà pour les épreuves de fin d'année et Ron n'avait que le mot Quidditch sur le bout de la langue. Ceux qui partageaient les mêmes opinions que Neville étaient de plus en plus mis à l'écart, leurs réflexions belliqueuses étant bien trop dérangeantes en ces temps instables.
Harry avait souvent envie d'hurler devant toute cette innocence. Il jalousait l'enthousiasme de ses amis, même si elle n'était certainement qu'apparente. Lui n'arrivait plus à le ressentir et le prétendre était insupportable.
Pourquoi devait-il être l'Elu ? Tout le monde voyait en lui un héros, celui qui les protègerait contre le Mage Noir. Mais lui ? Maintenant que Sirius n'était plus de ce monde, maintenant que Dumbledore s'absentait bien trop souvent pour prendre de ses nouvelles, qui le protègerait ? Pourquoi devait-il tout porter sur ses épaules ? La vie était tellement injuste et elle continuait de s'acharner sur lui.
Cependant, Harry n'avait pas renoncé à se battre, à défendre la vie de ses amis. Après tout, il était un Gryffondor et le courage ainsi que la détermination faisaient partie de sa personnalité. Mais il avait la terrible intuition que le sacrifice de sa personne serait indispensable à la victoire du Bien et l'idée de ne pas avoir d'avenir autre que de permettre aux siens de pouvoir construire le leur le rendait fou de rage.
Pourquoi n'aurait-il pas le droit de vivre comme tout le monde ? De vivre en paix. Tant de gens qu'il aimait étaient déjà morts et c'était comme s'ils l'appelaient de l'autre monde. Pourtant, lui voulait encore s'accrocher à la vie, à ce ridicule espoir d'être encore là après la guerre.
Harry s'immobilisa de stupéfaction lorsqu'il vit la chose sombre quitter la main de Malefoy, ramper le long de son bras et disparaître au niveau de son cou, comme si elle s'était glissée sous sa cape. Le Gryffondor secoua la tête, craignant de ne pas trouver d'explication rationnelle à ce qu'il venait d'observer. Cet objet était-il ensorcelé ? Etait-ce un enchantement ? Ou était-ce quelque chose de vivant ?
Le jeune homme tressaillit d'inquiétude à cette pensée. Il était tout à fait envisageable que le Serpentard ait réduit de taille la personne avec qui il avait eu une altercation. Cependant, il n'arrivait pas à expliquer pourquoi cet individu semblait vouloir rester avec Malefoy alors qu'il avait la possibilité de fuir en douce, ce dernier étant endormi. Peut-être que ce n'était pas une réelle dispute, juste un simple désaccord. Peut-être étaient-ils associés dans une quelconque mission du Mage Noire et Drago le cachait sous ses vêtements.
Le Gryffondor se prit la tête dans les mains. Il n'en pouvait plus d'imaginer des complots partout. Le pire c'était que la plupart n'étaient pas seulement le fruit de son imagination. Il semblait avoir un don pour sentir les mauvais coups et il se détestait pour ça.
Où qu'il aille, son esprit paranoïaque trouvait toujours matière à se sentir en danger. Il était venu dehors dans l'espoir de se retrouver seul et de pouvoir se détendre. Mais il avait fallu qu'il tombe sur son ennemi juré. Harry sentait toute sa colère se focaliser sur lui. C'était l'avantage de haïr quelqu'un qui le méritait. Ainsi, il pouvait se défouler sur cette personne sans remords et oublier toutes les autres choses qui l'énervaient dans son existence.
Avec Hermione et Ron, il s'en voulait toujours de leur parler sèchement lorsqu'il perdait son sang-froid. Il devait constamment mesurer ses propos pour ne pas les blesser, ce qui arrivait malheureusement de plus en plus souvent malgré ses efforts. Au plus profond de son être, Harry avait peur de perdre son humanité, à force de devoir accumuler toute cette colère malsaine. Elle restait tapie en lui et ressortait dès qu'un détail le contrariait.
La vérité, c'était qu'il n'avait pas réussi à faire le deuil de Sirius. Ce dernier était mort d'une manière étrange, en passant à travers une sorte de voile, et Harry espérait quelque part que son parrain était simplement bloqué dedans. Par ailleurs, il se sentait responsable de sa disparition et il n'arrivait pas à se pardonner.
Cela n'avait fait qu'empirer les choses. Harry avait perdu son parrain, mais surtout son confident. Bien sûr, Ron et Hermione étaient toujours là, prêts à l'écouter et à le soutenir. Mais, ce n'était pas pareil.
Sirius était la seule personne à pouvoir le comprendre réellement. Tous deux connaissaient le sentiment d'injustice, l'impression d'être livré à soi-même, ce sentiment de n'être pas compris. Il n'existait pas de mots assez forts pour exprimer ce qu'il ressentait, mais le simple fait de deviner que Sirius savait exactement ce qu'il endurait, cela l'apaisait considérablement.
Sirius était son garde-fou. Il arrivait à le calmer. Maintenant, il était seul face à ses démons et le Gryffondor avait l'impression de perdre pied, de ne plus rien contrôler. Parler de Sirius le rendait colérique et émotionnellement instable, alors Harry avait pris la décision de ne plus aborder le sujet.
Sortant de ses réflexions, il constata que Malefoy avait disparu. Il tourna frénétiquement la tête dans tous les sens, se giflant mentalement la joue pour ne pas être resté attentif. Ayant un pressentiment, il s'écarta du sentier et tendit l'oreille en direction du lac.
Soudain, il vit de petits cailloux dévaler le sentier non loin de l'endroit où il était accroupi. Son cœur battait douloureusement dans sa poitrine et ses bras tremblaient de fatigue à force de rester dans la même position. Peu de temps après, il entendit quelqu'un marcher dans sa direction et, à la faible lueur de la lune, il vit des traces de chaussures apparaître dans la boue. Malefoy le frôla de peu par la gauche et Harry dut se retenir de toutes ses forces pour ne pas le plaquer au sol et le torturer jusqu'à ce qu'il avoue la nature de sa mission.
Il se redressa lorsqu'il était certain que Malefoy était suffisamment loin pour ne pas détecter sa présence et retourna vers le château. A quelques pas de l'entrée, il observa la grande porte de bois s'ouvrir légèrement et se refermer sans bruit.
Harry attendit quelques minutes avant de rentrer à son tour. Il fut accueilli par une chaleur étouffante et dut réprimer une forte envie de se dévêtir. Il enleva ses chaussures pour ne pas faire de traces de boue sur le sol en pierre, puis il regagna le dortoir des Gryffondor à pas de loup.
Une fois sous les draps, il ressassa inlassablement ce qu'il avait vu cette nuit. Il ne regrettait pas d'avoir laissé partir le Serpentard parce qu'il avait un autre plan que celui de l'interroger sans réelle preuve de ce qu'il soupçonnait. Il avait l'intention de prévenir Dumbledore et de surveiller Malefoy autant que possible.
Le Gryffondor ferma les yeux d'épuisement en imaginant tous les ennuis qui pouvaient lui tomber dessus en traquant un Mangemort. Il allait devoir être prudent et discret car Malefoy était du genre méfiant. Ron et Hermione ne seraient certainement pas d'accord pour surveiller le Serpentard, alors Harry se résolut de ne rien leur dire. Il lutta quelques secondes contre le sommeil, puis s'endormit finalement.
De son côté, Drago fixait le plafond, les yeux grands ouverts. Il était allongé sur le dos et sa main recouvrait possessivement sa petite chauve-souris sur son torse. Il la sentait respirer doucement sous sa paume et cela le détendait.
Cependant, le sommeil ne venait pas. Pas dans ce dortoir. Il s'était assoupi au bord du lac malgré ses efforts pour rester éveillé, mais il savait que dormir dehors était trop dangereux. Il s'était alors résigné à rentrer.
Il était exténué et Baltus semblait également dans le même état. Elle n'avait pas l'habitude de dormir la nuit et le Serpentard devinait que les émotions fortes de la journée en étaient la cause. Drago s'en voulait de lui avoir fait peur à la gare.
Elle ne méritait pas ça. Elle était tellement sensible et gentille avec lui qu'il s'était découvert des émotions qu'il ne pensait jamais être capable de ressentir avant d'acquérir l'animal. Le désir de protéger, être tactile, s'inquiéter pour elle, l'aimer…Drago lui en était reconnaissant car ces émotions lui donnaient l'impression d'être normal, d'avoir une humanité. La bête ailée avait le don de l'apaiser et il se sentait bien à son contact.
Drago la regarda dormir de ses yeux tristes et fatigués, jusqu'à ce que les premières lueurs du jour fassent leur apparition dans la pièce. Sa montre indiquait 6h40 du matin. Il soupira d'ennui. Les cours commençaient à 9h00 précise et le Serpentard ne savait pas quoi faire en attendant. Il décida finalement de se lever pour prendre sa douche.
Les heures défilèrent rapidement et en un rien de temps, Drago réalisait qu'il avait déjà pris sa douche, qu'il s'était habillé, qu'il avait réveillé Baltus le temps qu'elle se glisse sous son pull, qu'il avait pris son petit-déjeuner dans la Grande Salle, qu'il était revenu chercher sa mallette de classe et qu'il était enfin assis pour son premier cours de potion de l'année.
Tout semblait irréel. Drago avait l'impression d'être entouré de brouillard tant il était épuisé. Pour la première fois de sa vie, il n'arrivait pas à suivre les instructions du professeur Rogue. Ses paupières se faisaient étonnement lourdes et le Serpentard avait envie de se mettre une claque pour se réveiller.
- Monsieur Malefoy, un problème peut-être ? susurra le maître des potions de son bureau.
Tous les Serpentard se retournèrent en même temps, leurs yeux brillants d'une excitation peu contenue. Certains Gryffondor, dont Potter et Londubat, avaient aussi tourné la tête pour observer le jeune homme. Ce dernier soutint leur regard et resta de marbre.
- Non professeur, tout va bien, répondit Drago d'une voix ferme.
Severus Rogue fronça les sourcils mais n'insista pas. Il replongea son nez crochu dans son manuel de potion et Drago fit de même. Il essaya d'ignorer les regards indiscrets orientés vers lui et tenta de se focaliser sur les instructions du livre concernant la préparation de la potion de vieillissement. Les mots défilaient devant ses yeux sans laisser de trace dans son esprit embrumé. Il soupira de frustration et releva la tête.
Tous s'affairaient à préparer la potion et Drago commença à paniquer. Il se mit debout et alla chercher les ingrédients au fond de la salle. De retour à sa table, il alluma le feu sous son chaudron et essaya tant bien que mal de suivre les consignes de son livre. Réussir à préparer la potion dans son état semblait relever de l'exploit. Il fallait respecter les temps d'ébullition et de refroidissement à la seconde près. Drago avait l'impression de s'endormir tous les quarts d'heures et cela fut fatal à la réussite de la mixture.
Il était écrit que celle-ci devait arborer une couleur mauve. Le liquide contenu dans le chaudron du Serpentard oscillait entre le jaune et le vert. Drago ferma les yeux et se passa la main dans les cheveux.
- Oh, mais regardez qui a raté sa potion ? s'exclama Théodore Nott d'un air triomphal.
Drago lui lança un regard féroce tandis que tous les élèves se retournaient à nouveau dans sa direction. Ron Weasley éclata de rire.
- Regarde Neville, la fouine a fait pire que toi !
- Ouais, c'est un grand jour, murmura Londubat de manière énigmatique.
Drago se mordit la langue et resta silencieux.
- Qu'est-ce que t'as, sale Mangemort, t'as perdu ta langue de vipère ? continua-t-il sur un ton provocateur.
Le Serpentard baissa les yeux, l'air impassible et commença à ranger ses affaires. Harry fronça les sourcils face au comportement étrange du jeune homme et Hermione, assise à ses côtés, avait également relevé la tête de son parchemin.
- Tu ne trouves pas Malefoy étrangement calme ces temps-ci ? demanda la jeune femme à voix basse.
- Oui, sans doute, répondit-il prudemment.
- Et ça ne t'inquiète pas ? dit-elle en observant attentivement sa réaction.
- Non, mentit le jeune homme aux lunettes rondes, je me fiche bien de savoir pourquoi il a changé. Tant qu'il la ferme, moi ça me va.
- Franchement, Harry, je crois qu'il se passe quelque chose de sérieux. Regarde, il a l'air épuisé.
- C'est sans doute le prix à payer pour exécuter les missions de Voldemort pendant la nuit !
- Harry ! couina-t-elle en jetant un coup d'œil paniqué autour d'eux. Tu penses vraiment ce que tu dis ?
- Qu'est-ce que ça change, tout le monde s'en fiche, à commencer par Dumbledore, répondit le Gryffondor avec hargne.
-Tu racontes vraiment n'importe quoi, Harry ! Il ne s'en fiche pas du tout. On devrait peut-être même lui dire que Malefoy se comporte bizarrement, tu ne crois pas ?
- C'est inutile et absurde ! Il a mieux à faire qu'à écouter nos élucubrations sur le pauvre petit Malefoy !
- Tu sais que je le déteste autant que toi, mais là je trouve que tu es dur avec lui. Je crois vraiment qu'il ne va pas bien.
- Eh bien tu n'as qu'à aller le consoler ! siffla Harry entre ses dents avant de se mettre à ranger ses affaires dans son sac.
Abasourdie pendant un bref instant, Hermione fixa son dos d'un air écœuré, puis elle rangea livre, parchemin, plume et encre dans son cartable d'un geste vif, et elle quitta la salle de classe en trombe, sans attendre Harry.
Ce dernier savait qu'il y était allé un peu fort avec son amie, mais il voulait s'assurer qu'elle ne lui en parlerait plus et qu'il pourrait surveiller Malefoy en toute tranquillité. Il ne voulait pas l'entraîner dans une énième aventure qui les conduirait droit dans un piège. Ce qui était arrivé au Département des Mystères ne cessait de le hanter chaque jour. Il aurait pu perdre tous ses amis, en plus de Sirius. Il se sentait responsable de sa mort et c'était déjà beaucoup trop.
Harry soupira longuement et quitta la salle. Ron fut rapidement à ses côtés.
- Dis, qu'est-ce qui lui prend à Hermione ? Vous vous êtes disputés ou quoi ? demanda le rouquin d'un air bêta.
- En quelque sorte. Elle s'en remettra, déclara Harry distraitement en regardant Malefoy passer à côté de lui d'une démarche nerveuse.
- Regarde la fouine ! s'exclama Ron. Il a l'air contrarié d'avoir raté sa potion. De toute façon, ça change rien pour lui ! Rogue l'aime tellement qu'il ne lui dira jamais rien. Sale lèche-botte…
Harry laissa son ami cracher son venin. Il ne l'écoutait que d'une oreille et continuait de fixer la chevelure blonde qui dépassait de la foule. Tous gravirent l'escalier en colimaçon qui menait vers la salle de divination et c'est essoufflés que Ron et Harry atteignirent le sommet de la tour. Ils passèrent par la trappe et s'installèrent à leur table habituelle. Dessus trônait toujours l'énorme boule de cristal.
Assise à sa petite table, le professeur Trelawney avait une sorte de chiffon miteux posé sur la tête qui lui couvrait les yeux. Une fumée s'échappait d'un récipient noir en forme d'oignon et seul le bruit des reniflements de la quinquagénaire excentrique se faisait entendre.
Blasés, les élèves attendirent que leur professeur retrouve ses esprits et revienne dans le monde des vivants. Celle-ci releva brusquement la tête, les yeux exorbités, les cheveux en pétard et soudain, elle se redressa dans une posture théâtrale, les mains implorant le ciel.
Hermione, qui était assise à côté de Ron, semblait exaspérée.
- Et ça se dit professeur ? Quelle perte de temps ! Je me demande pourquoi je me fatigue encore à venir…
- Détends-toi, ce sera jamais pire que d'avoir cours avec Rogue.
- N'importe quoi ! Au moins on apprend des choses intéressantes avec lui !
- Parle pour toi, grommela Ron en croisant les bras comme un enfant.
Harry tourna discrètement la tête pour observer Malefoy qui était assis un peu plus loin sur sa gauche, avec Parkinson et Bulstrode. Les trois Serpentard avaient la mine sombre. Visiblement, Malefoy s'était mis tout le monde à dos. Une voix étrange s'éleva soudain dans les airs.
- Oooooh ohhhhhhh ! s'époumona le professeur Trelawney. Il y a de très mauvaises ondes dans cette pièce ! Il va y avoir des morts, des morts !
- Et c'est reparti ! marmonna Hermione en posant son visage sur la table.
Ron et Harry échangèrent un léger sourire. Cette femme avait tant de fois prédit la mort d'Harry qu'ils essayaient de ne plus prendre ses paroles au sérieux. Cependant, Harry était inquiet. Il croyait en la fameuse prophétie dont elle était l'auteur et l'idée qu'elle puisse annoncer quelque chose à ce sujet lui retournait l'estomac.
La femme, enveloppée de son châle orné de paillettes, s'approcha de la table de Neville en titubant, puis elle tendit sa main droite vers le jeune homme. Celui-ci eut un léger mouvement de recul, pendant que Seamus et Dean gloussaient à côté de lui.
- Oh non, ce n'est pas toi !
Elle pivota sur la gauche et s'avança vers la table de Ron, Harry et Hermione.
- Là ! hurla-t-elle en pointant Harry de son doigt osseux.
- Oh quelle surprise ! se moqua Hermione avec insolence.
Le professeur Trelawney n'entendit rien; et pour cause: elle était maintenant en transe. Beaucoup d'élèves éclataient de rire et Harry aurait fait de même s'il n'avait pas compris cela. Le jeune homme n'arrivait plus à respirer, tant il craignait les prochaines révélations de cette femme. Il savait que, d'un moment à l'autre, la vérité allait sortir de sa bouche.
- Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres devra faire un choix…la victoire des siens en dépendra…ce choix sera la clé…la clé…la clé…la clé…souffla le professeur Trelawney au bord de l'agonie.
En entendant parler du Seigneur des Ténèbres, les ricanements avaient cessé. Tous observaient Harry avec inquiétude, alors que ce dernier fixait l'index du professeur. Son doigt bougeait si lentement que personne ne semblait y faire attention, mis à part Harry, Drago et Neville.
Tous trois sentaient que quelque chose d'important allait se produire et il n'avait pas tord. Drago retint un hoquet de stupeur lorsque ce doigt fut pointé vaguement dans sa direction. Le professeur Trelawney continuait de murmurer « la clé » telle une litanie et les yeux de Neville brillèrent de folie lorsque la révélation éclata dans sa tête.
- La clé, susurra le Gryffondor, un sourire malsain déformant son visage.
