- Pansy, murmura-t-elle, soudain très inquiète pour Drago.

Elle n'était plus qu'à deux mètres de l'infirmerie et la Serpentard ne pouvait être allée ailleurs.

- Mon Dieu non…souffla la lionne en se précipitant vers l'infirmerie.

Tout était silencieux à l'intérieur. Tout était à sa place. Drago était alité, immobile, les draps épousant la forme de son corps avec volupté. Son visage était dénué de crispation. A cet instant, Hermione aurait pu voir un ange si elle n'était pas paniquée à l'idée de ce que Pansy aurait pu lui faire.

La Gryffondor arriva à son chevet et l'examina rapidement de la tête aux pieds. Il n'y avait rien d'anormal. Elle posa l'index et le majeur de sa main droite sur son cou pour sentir son pouls. Celui-ci était bien là, puissant, régulier et calme.

Elle soupira de soulagement et s'installa sur la chaise qui était à côté du lit du Serpentard. Il n'avait rien et c'était l'essentiel. Hermione ignorait comment la jeune femme avait su qu'il était là, mais quelque part elle se doutait que la nouvelle allait se répandre, tôt ou tard.

Elle posa sa tête sur le lit et s'endormit bien vite. Les heures s'écoulèrent sans que les deux personnes présentes dans l'infirmerie ne s'en rendent compte. La cloche sonna l'heure du dîner et Hermione émergea de son sommeil. Elle observa le Serpentard un bref instant, espérant voir le moindre signe indiquant qu'il se réveillait, en vain. Le jeune homme restait figé.

Son ventre criant famine, Hermione se résolut à aller manger. Dans la Grande Salle, elle rejoignit Ron, malgré la colère qu'elle ressentait toujours pour lui. Ce dernier semblait nerveux et embarrassé, hésitant à maintes reprises à lui adresser la parole.

Agacée, Hermione l'encouragea à s'exprimer, tout en se servant une grosse louche de purée de pomme de terre.

- Je ne vais pas te mordre, Ronald…

- Euh, en fait, je voulais te dire que je suis désolé pour ce matin, même si je comprends pas trop ce que j'ai dit de mal.

Hermione le trouva pathétique, mais tellement adorable. Elle ne put s'empêcher de sourire, touchée par sa démarche. Il ne s'était pas excusé parce qu'il comprenait ce qu'il avait dit de travers, mais parce qu'il voulait simplement qu'elle ne soit plus fâchée contre lui.

- Ron, Malefoy était à deux doigts de la mort et madame Pomfresh m'a expliqué qu'il pourrait très bien rester dans le coma pour toujours.

Ron fit les yeux ronds, clairement choqué par ce qu'il venait d'apprendre.

- C'est si grave que ça alors ?

- Oui, Ron, la situation est critique, soupira la jeune femme. Tu sais, je ne t'en veux pas vraiment parce que tu ne pouvais pas savoir ça. Mais Malefoy est un être humain avant d'être un Mangemort et je pense qu'il est important de ne pas l'oublier si on ne veut pas devenir comme eux.

Ron grimaça mais ne chercha pas à la contredire. Le repas se termina en silence. Tous deux avaient remarqué l'absence d'Harry, et c'est au moment où Hermione s'apprêta à demander si Ron l'avait vu dans le château avant l'heure du dîner qu'ils le virent passer devant la porte entrouverte de la Grande Salle. Il marchait dans le couloir vide et ne daigna même pas leur adresser un regard. Hermione soupira. Elle savait qu'il était en train de vivre un moment difficile, cependant, il devait l'affronter, seul.

Harry erra dans le château toute la soirée, fuyant toutes les âmes prisonnières de ces murs. Les couloirs semblaient tellement lugubres lorsqu'ils étaient vides et plongés dans la pénombre. Leur calme ne lui apportait aucun réconfort, aucune sérénité, car dans sa tête, c'était un tourbillon d'émotions et de pensées. Rien ne le soulageait.

Il était dans cet état déplorable depuis qu'Hermione avait libéré ses démons. Ses doigts n'avaient cessé de trembler et son cœur semblait avoir été transpercé par une lance glacée. Son estomac s'était douloureusement contracté et ses pas étaient devenus lents et laborieux. Harry avait l'impression d'être un prisonnier qui marchait dans le couloir de la mort. Il se sentait effondré, ébranlé.

Il savait qu'il n'arriverait à dormir cette nuit, alors il alla chercher sa cape d'invisibilité dans le dortoir des Gryffondor, laissant au passage un mot sur le lit de Ron, pour lui dire qu'il allait se promener un peu avant d'aller se coucher.

Harry laissa ses pas le guider à travers l'école. Par moment, il se posait à une fenêtre et au lieu de regarder le parc noyé sous une pluie battante, il se revoyait dans le Département des Mystères avec l'Armée de Dumbledore. Le souvenir était resté intact dans sa mémoire comme s'il était en train de le revivre. Sirius était à ses côtés. Tous deux essayaient de neutraliser Lucius Malefoy et puis soudain, un éclair vert…

Harry ferma les yeux et posa son front contre la vitre de la fenêtre. Sirius était mort à cause de lui, parce qu'il avait cru sa vision et qu'il avait foncé tête baissée dans le piège tendu par Voldemort. Comment pouvait-il se pardonner une telle chose? Le Gryffondor se pinça l'arête du nez et se remit à déambuler dans les couloirs avec la douleur dans son cœur pour seule compagnie.

Inconsciemment, il se dirigea vers l'infirmerie et ce n'est qu'une fois devant la porte familière qu'il se rendit compte de l'endroit où il était. Il recula d'un pas, puis s'immobilisa, ne sachant pas vraiment quoi faire. Une force le poussait à fuir les lieux, mais une autre, bien plus puissante, l'encourageait à franchir la porte. Il hésita quelques secondes avant de se glisser sous sa cape d'invisibilité et d'entrebâiller le battant de bois.

Il jeta un coup d'œil à sa montre. 23 heures s'affichait sur le petit écran et Harry sut que l'infirmière devait être au lit. Il se faufila dans la pièce et remarqua immédiatement qu'une seule personne occupait les lieux.

- Malefoy…murmura-t-il sans s'en rendre compte.

Son cœur se mit à battre comme s'il était en train de pourchasser le vif d'or. Ses membres se mirent à trembler sans qu'il ne comprenne pourquoi et sa respiration se fit irrégulière. Il avança très lentement vers le lit du Serpentard. Il lui fallut quelques minutes pour arriver à son chevet tant il marchait avec précaution pour ne pas trébucher ou faire du bruit.

Le Gryffondor fut choqué par la vision mystique qui s'offrait à ses yeux. Le jeune Malefoy, couvert d'un drap blanc immaculé, ressemblait à une créature divine. Il était méconnaissable. Son visage était dénué de grimaces ou de rictus désagréables en tout genre. A cet instant, il semblait être l'être le plus innocent et le plus pure qu'il n'avait jamais vu.

Harry s'assit sur une chaise et observa le Serpentard sans savoir pourquoi il se sentait apaisé par sa présence. Il aurait pu se convaincre qu'il était là pour surveiller le Mangemort, mais ce n'était pas ça. Pour le moment, il était incapable de voir le monstre qui se cachait sous ces traits si parfaits et graciles.

Le Gryffondor ne chercha pas à comprendre et se contenta de rester là pendant plusieurs heures. Ses jambes commencèrent à s'engourdir et ses paupières à se faire lourdes. Il bailla doucement tout en fermant les yeux et lorsqu'il les rouvrit, il fut frappé par deux iris gris luisants dans la pénombre.

Harry se rappela qu'il était sous sa cape et que par conséquent, le Serpentard ne pouvait le voir. Il le vit cligner plusieurs fois des paupières, puis poser la main devant ses yeux. Il soupira lourdement, puis reposa son bras sur les draps.

Des émotions différentes déformaient à présent les traits de son visage angélique. La peur, la tristesse et la douleur prédominaient et étrangement, Harry n'aimait pas le voir souffrir. Cela ravivait sa propre douleur.

Drago se redressa avec une grimace d'inconfort et se dégagea des draps en les tassant au fond du lit à l'aide de ses pieds. Il regarda autour de lui, d'un air inquiet et surpris, puis il se leva et avança en direction de la porte d'un pas chancelant. Il posa sa main sur sa cuisse gauche et grogna en sentant la douleur dans son genou fragile.

Harry quitta sa chaise et le suivit au dehors de l'infirmerie, la baguette au poing. Le Serpentard espérait s'enfuir et il avait suffisamment attendu pour réagir. Il prit donc la décision de le stopper là. Le Gryffondor le dépassa, fit volte-face et d'un geste rapide, il retira sa cape d'invisibilité.

- Ne bouge plus, Malefoy !

Le Serpentard hoqueta de surprise et manqua de s'effondrer sur le sol. Avec difficulté, il retrouva son équilibre et regarda le Gryffondor droit dans les yeux. Ce dernier fut frappé par la gravité qui émanait de son regard.

- Je sais que je ne mérite pas la clémence. Je suppose que tout le monde est déjà au courant de ma condition de Mangemort et je sais qu'on va m'envoyer à Azkaban. Mais tu te trompes, je ne voulais pas m'échapper comme un lâche.

- Et je peux savoir ce que tu comptais faire en quittant l'infirmerie comme un voleur ? demanda Harry, sceptique, mais néanmoins curieux de ce que le Serpentard allait trouver comme excuse.

- Il faut que je récupère quelque chose. C'est important pour moi, murmura-t-il la voix légèrement chevrotante.

- Je m'en fiche complètement, Malefoy. Tu n'iras nulle part.

- Tu n'as qu'à me suivre. Je te promets que je ne tenterai rien.

- Pas question que tu bouges.

- Je t'en prie, c'est important, supplia le Serpentard sous le regard stupéfait d'Harry.

Malefoy avança vers Harry et le contourna lentement, tandis que le Gryffondor le pointait de sa baguette, le bras légèrement vacillant.

- Je…je t'ai dit de ne pas t'éloigner…

Drago ne répondit rien et monta l'escalier en pierre. Harry, sur ses talons, guettait les moindres faits et gestes du jeune homme. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi, mais il avait envie de le laisser faire. Et c'est ce qu'il fit.

- Où va-t-on ? murmura le Gryffondor, intrigué.

- A la Salle sur Demande…

Arrivés devant le mur qui donnait accès à la fameuse pièce, Drago passa plusieurs fois devant en pensant fortement à vouloir retrouver sa chauve-souris, cependant, la porte géante ne se matérialisa pas. Le Serpentard recommença, en vain. De frustration, il cogna le mur de ses deux poings.

- Pourquoi ça ne marche pas ?

- Que cherches-tu ? demanda Harry de plus en plus curieux, oubliant complètement qu'il était en train de parler à son ennemi juré.

- Ma chauve-souris…répondit Drago d'une voix étranglée. Elle ne mérite pas de rester là-dedans comme un vulgaire déchet.

Harry sentit toute la douleur que ressentait le jeune homme. Il recula d'un pas, comme effrayé par la réalité, celle-ci étant que Drago Malefoy pouvait être comme tout le monde, comme lui...

Alors que Malefoy retenta désespérément d'entrer dans la salle, Harry se souvint qu'il avait vu une chauve-souris la nuit de son agression. Il fronça les sourcils et regarda le Serpentard qui déambulait comme un lion en cage et qui semblait friser la crise d'hystérie.

- Malefoy ? Je crois que j'ai vu ta chauve-souris, dit-il d'un air pensif.

- Où ça ? demanda le Serpentard en se plantant devant Harry qui braquait toujours sa baguette sur lui.

- Dehors.

- Dehors ?

- Près du lac. Elle m'a mené à toi…je suppose avec l'intention que je te porte secours…

- QUOI ? Tu te fous de moi c'est ça, Potter ?

- Hein ?

- Je vois, tu es dans le coup! Eux se sont occupés du sale boulot et toi tu joues le rôle du sauveur pour ensuite m'envoyer à Azkaban! Et en plus tu as le culot de venir jouer avec mes nefs ! Espèce de salop !

- Mais tu es complètement paranoïaque ! Je n'ai rien à voir dans ce qui t'est arrivé et d'ailleurs, je ne t'ai même pas secouru! Après crois ce que tu veux, mais ta chauve-souris est bel et bien dehors !

- En vie ? souffla-t-il d'une voix quasi inaudible tellement il était terrorisé de poser la question.

- Bien sûr ! Quelle question ! répondit Harry d'un air agacé.

Les yeux du Serpentard jugèrent la sincérité du Gryffondor et quand il comprit que ce dernier était on ne peut plus sérieux, ses prunelles s'agrandirent de stupeur et il se précipita vers une fenêtre. Il l'ouvrit frénétiquement et hurla à pleins poumons dans le froid de la nuit.

- BALTUUUUUUS !

Il tendit l'oreille, le cœur plein d'espoir. Les montagnes environnantes renvoyaient l'écho de son cri et ce n'est qu'après quelques secondes d'attente insoutenable qu'un couinement familier se fit entendre. Drago éclata de joie.

- BALTUS ! TU ES VIVANTE !

La bête ailée apparue rapidement des profondeurs de la forêt. Elle vola en zigzag vers son maître qui lui tendait les bras et la chauve-souris se jeta contre sa poitrine, sous le regard éberlué du Gryffondor. Drago s'effondra sur le sol dans un craquement douloureux de son genou gauche, les larmes de bonheur et de soulagement dévalant sur ses joues, ses bras maigres entourant la bête avec ferveur.

- Mon ange, je…je te cr…croyais m…morte, mais t…tu es en vie…hoqueta-t-il incontrôlablement.

Ces mots tordirent le cœur de Harry sans qu'il n'y soit préparé. Sa baguette glissa de l'emprise de ses doigts et tomba sur le sol. Tremblant comme une feuille, il s'appuya sur le mur qui se trouvait derrière lui, sans être capable de quitter le Serpentard et sa chauve-souris du regard. Il s'accroupit alors sur le sol et ramena ses jambes fléchies contre son torse. Ses bras entourèrent son corps et il posa son menton sur ses genoux osseux.

Et comme un enfant que ses parents auraient égaré, il se mit à sangloter bruyamment, tout en berçant son corps d'avant en arrière.

- Sirius…gémit-il.

Drago tourna la tête sur le côté et ses yeux remplis de larmes s'agrandirent d'étonnement en découvrant l'Elu dans cet état pitoyable.

- P…Potter ? murmura-t-il, incertain.

Harry semblait à présent perdu dans ses pensées. Son regard était vitreux et ses lèvres remuaient inlassablement sans que Drago ne puisse comprendre ce qu'il disait.

- Potter, ça va ?

- …l'est mort…sûr…mort…fini…seul…peur…

Drago essuya son visage du revers de la manche de son pyjama, puis il s'approcha du Gryffondor précautionneusement.

- Hey Potter, qu'est-ce qui t'arrive ?

Harry secoua la tête, les paupières fermées jusqu'à être plissées. Il paraissait lutter contre son propre esprit. Le Serpentard regarda autour de lui, se demandant s'il devait aller chercher de l'aide. Il approcha sa main d'une épaule du Gryffondor mais celle-ci resta en suspend dans l'air. Drago n'avait jamais touché personne de cette manière, pas même Blaise. Il ignorait tout de l'art de la consolation.

Gêné, le Serpentard retira sa main et son regard inquiet se posa sur Baltus. Une idée lui vint alors. Avec une extrême douceur, il décrocha l'animal de sa poitrine et il l'enveloppa de ses deux mains. Drago l'approcha lentement du Gryffondor apeuré, jusqu'à ce que celle-ci s'agrippe sur la manche de son pull.

- Sois gentille avec lui, répondit le Serpentard face au regard interrogateur de Baltus.

Ses petits yeux noirs se mirent à pétiller d'intelligence et Drago l'observa grimper le long du vêtement en laine. Harry avait toujours les paupières fermées et son corps entier était la proie de violents frissons. Baltus s'installa sur son épaule, puis elle déploya son aile gauche derrière la tête du Gryffondor et son aile droite entoura une partie de ses genoux.

Avec tendresse, la chauve-souris se mit à lécher les sillons de larmes sur les joues du jeune homme, jusqu'à ce que celui-ci ouvre de grands yeux verts brillants.