Drago remua un peu contre lui et Harry décida de ne plus le déranger. Il posa sa tête contre le tronc d'arbre derrière lui et s'endormit aussi vite que le Serpentard, sous l'œil scrutateur d'Hedwige qui était posée sur une branche au-dessus de leur tête.

Un cri déchira le silence.

Harry se réveilla en sursaut et découvrit un Serpentard assis sur le sol, la main couvrant sa bouche. Harry resta pétrifié sur place ne sachant pas comment réagir. C'était bien la voix de Drago qu'il avait entendu et à son visage décomposé, il voyait bien que le Serpentard n'allait pas bien du tout.

- Drago ? chuchota-t-il finalement.

Le jeune homme détourna les yeux du Gryffondor et se mit debout, l'air mortifié. Harry se leva également et tenta de s'approcher de Drago. Ce dernier recula comme un animal sauvage, le regard toujours fuyant.

- Ce n'est rien. Je…je veux juste rentrer, bredouilla le Serpentard.

- Tu es sûr que ça va ? Ton visage est vraiment livide.

- Mais oui ! Arrête de t'en faire. Ça va. A plus tard alors.

Le Serpentard s'éloigna sans plus attendre, sous le regard soupçonneux mais néanmoins inquiet de Harry. A la lueur du jour, Drago paraissait différent, plus dur, plus froid. Harry soupira. Peut-être que la nuit d'enfer qu'il pensait avoir partagé avec Drago n'avait été que son propre cauchemar. Le Serpentard avait déjà tourné la page et ne comptait plus le soutenir. A nouveau, il se sentait seul et livré à lui-même, rejeté même. L'Elu tourna la tête vers le lac et perdit son regard dans les reflets du ciel qui se dessinaient dans l'eau.

Drago alla s'enfermer dans les toilettes des Serpentard et il s'assit à même le sol. Il ferma les yeux, telle une vaine tentative pour empêcher les images d'affluer dans sa tête. Des yeux débordant de larmes. Des genoux percutant le sol. Des mains implorant un Dieu. Des cris de douleur. Des visages déformés par la folie. Un couteau de cuisine…planté dans un corps…qu'il avait retourné contre son agresseur…contre le père d'un de ces petits êtres à qui il avait froidement ôté la vie. Le sang giclant sur ses mains…

Drago ne pleura pas. Il ne le méritait pas. Les larmes étaient réservées aux personnes qui regrettent leurs actes. Drago n'était plus un enfant et pleurer de douleur faisait partie de son passé. Il avait arraché la vie de ces enfants et il savait très bien qu'il recommencerait ça à chaque fois qu'on le lui ordonnerait. Il était un vrai Mangemort.

Son âme se déchirait et son cœur s'asséchait. Il aurait voulu que le processus soit déjà terminé, mais son humanité semblait s'accrocher à sa peau telle une sangsue. Drago se releva et quitta les toilettes. Ses pas le guidèrent vers la Grande Salle. La vie suivait son cours, la cruauté et la souffrance n'en étant jamais un point final.

Dans la tour des Gryffondor, Hermione n'avait cessé de sangloter depuis qu'elle était retournée dans son dortoir. Son oreiller était baigné de larmes et son visage était devenu bouffi. Ses yeux lui brûlaient comme si on lui avait versé de l'acide dessus.

En tant que préfète, elle se sentait dans l'obligation d'être forte et de quitter son sanctuaire. Elle descendit l'escalier le pas lourd et le cœur gros puis entra dans la Grande Salle pour petit-déjeuner. La jeune femme n'en avait aucune envie, la culpabilité ayant déjà rassasié son estomac au point de lui donner l'impression d'éclater. Harry et Ron n'étaient pas encore là et elle décida de s'installer un peu à l'écart des autres Gryffondor. De loin, certains la saluèrent, sans remarquer son visage marqué par la souffrance et les larmes.

Elle avait réussi à ne plus laisser couler son chagrin, cependant, tous ses efforts volèrent en éclat lorsque le professeur McGonagall se leva de sa chaise, à la table des professeurs. Cette dernière, le dos légèrement voûté, annonça l'exclusion de Neville, sans rentrer dans les détails et Hermione se mit à pleurer en silence, la tête baissée, les yeux fixant ses mains posées sur ses jambes.

Et comme si cela ne suffisait pas, elle se dit qu'elle allait perdre un deuxième ami, et pas n'importe lequel : Ron. Comment pourrait-il accepter ce qu'elle avait fait ? Elle ne pourrait jamais réparer les choses entre eux, c'était une certitude. Un sanglot. Puis deux. Plus fort. Jusqu'à ce que la salle se fasse silencieuse.

Une main douce et chaude vint se poser sur son épaule droite. La jeune femme n'osa pas lever les yeux vers cette personne inconnue. Celle-ci lui prit la main et l'obligea à la suivre. Elle ne résista pas, ne voulant pas affronter le regard de tous et surtout de ses amis. Elle espérait juste que ce n'était pas Harry. Il voudrait savoir ce qu'avait fait Neville et elle ne se sentait absolument pas prête pour lui révéler quelque chose qui allait également l'ébranler. Mais cette main ne lui ressemblait pas.

Avec une confiance aveugle qui éveilla un peu sa curiosité, elle suivit cette personne. Au fond d'elle, la cadence de ses pas lui était familière. L'espoir et la peur lui étreignirent la gorge.

- Je ne peux pas supporter de te voir comme ça, Hermione…

- Ron…je te demande…

- Non. Je refuse que tu t'excuses pour ce que tu as fait. Ne t'inquiète pas pour moi, je ne pourrai jamais t'en vouloir vraiment. Je ne sais pas si ce que tu as fait était la bonne solution, mais je sais au moins à quel ça a dû être dur pour toi de faire ça. Moi je n'aurais jamais pu. Je t'admire beaucoup, tu le sais ?

-…

- De nous trois, ça toujours été toi la meilleure et la plus intelligente.

- Je suis tellement désolée de t'avoir traité d'imbécile tant de fois, réussit à dire Hermione d'une voix cassée et pleine de remords.

- Ne t'en fais pas je t'ai dit. Je sais qui je suis et qui tu es. On ne changera pas. Tu continueras à me le dire et je continuerais à agir comme un gosse entêté. Mais tout ça, ce n'est qu'un détail. Je sais que je ne peux pas te voir pleurer…

Ils marchèrent ensemble, main dans la main, sans que cela ne les gêne. Ils étaient bien trop émus par tous ce qu'ils avaient vécu pour agir de manière puérile comme ils l'avaient toujours fait. Au fond d'eux, ils savaient que ce n'était pas un signe d'amitié, pas entre eux. Plus maintenant. C'était bien plus, tellement plus.

Hermione osa enfin regarder le jeune homme qu'elle avait toujours aimé.

- Merci, Ron.

Le jeune homme détailla son visage fatigué. Ils se sourirent légèrement avant de regarder droit devant eux. Leurs pas les menèrent dehors et ils s'éloignèrent du château, tournant le dos au lac.

- Où va-t-on ? demanda Hermione tout d'un coup.

Ron repéra une colline où un arbre semblait s'être allongé dessus. Il sourit et pointa de son index vers le petit monticule de terre recouvert d'herbe sur leur gauche.

- Juste là ! Si ça te convient bien sûr.

- Ça me va, oui…

Inconsciemment, leurs doigts s'enlacèrent et leur sourire s'accentuèrent. Hermione avait momentanément oublié ses tourments et seule la sensation agréable qui bourgeonnait dans le creux de son estomac lui faisait tourner la tête. Elle attendait cela depuis si longtemps…

Dans la Grande Salle, il régnait un silence de mort. Le malaise était évident. Neville était exclu et Hermione avait pleuré comme si elle en savait plus que tous. Personne n'osa poser de question et chacun se contenta de mâchonner sa nourriture avec autant d'entrain qu'une tortue sur sa salade. Harry s'était installé quelques minutes avant l'arrivée de Drago. Inconsciemment, Drago s'assit en face du Gryffondor. Seamus, Jack et Cormac le fixèrent avec insistance pendant un moment avant de baisser la tête et de l'ignorer.

Drago trempa ses lèvres dans un bol de lait chocolaté, se brûlant la bouche et la gorge au passage du liquide dans son corps. Cette brûlure le figea sur place. Il pensa à la nuit précédente et à la brûlure fraîche qui devait se trouver sur son avant-bras. Cependant, sa peau ne le tiraillait pas comme après chaque brûlure. Le miracle se serait-il produit à nouveau ? Drago prit une grande inspiration et glissa son bras gauche sous la table, à l'abri des regards indiscrets. Il releva sa manche et jeta un rapide coup d'œil.

Rien.

Le Serpentard expira bruyamment. Malgré son soulagement, il ne pouvait s'empêcher de penser que cela cachait quelque chose d'important. Son salut temporaire dépendait de cette marque et pourtant, il n'arrivait à comprendre son fonctionnement. La frustration n'en était que plus forte. Il mordit dans un croissant avec hargne.

Il n'avait personne à qui en parler. Se confier à Harry aurait été une bien mauvaise idée. Même s'ils s'étaient réconfortés quelques heures auparavant, il était évident que chacun resterait dans son camp. Leurs rencontres n'avaient rien de logique et répandaient à chaque fois un goût d'interdit.

Drago se sentit seul et glacé jusqu'à la moelle de ses os. Un frisson lui parcourut l'échine et il posa instinctivement sa main sur son cœur. C'est à ce moment qu'il se rendit compte que Baltus n'était pas sous ses vêtements. Il l'avait complètement oublié depuis la veille. Il leva la tête vers Harry. Ce dernier le fixait et d'un geste qui imitait le sien, il lui fit comprendre que l'animal était avec lui. Le Gryffondor sourit discrètement face au regard incrédule du Serpentard.

Des bruits de battement d'ailes leur firent lever la tête. C'était l'heure du courrier et les chouettes et autres créatures de la nuit s'affairaient à délivrer les lettres et les paquets. La Gazette du Sorcier tomba du bec d'Hedwige. Drago retint son souffle à la réalisation que ses activités de la nuit dernière devaient faire la première page. Il n'y avait pas pensé, mais Harry allait tout savoir.

Le Serpentard serra les poings et la mâchoire en voyant les yeux verts du Gryffondor se plisser pendant sa lecture. Drago se sentait suffoquer en entendant des voix paniquées s'élever dans toute la Salle à la lumière des évènements terrifiants qui s'étaient produits. Les yeux de Harry se braquèrent sur lui quelques instants plus tard. La colère et l'incompréhension bouillonnaient dans son regard.

N'y tenant plus, Drago se leva et quitta les lieux d'un pas félin. Harry fit de même. Personne n'avait rien remarqué, bien trop occupé à lire et débattre avec les autres. Une fois passé la porte, Harry se précipita à la suite du Serpentard qui venait de tourner dans un couloir. Il n'eut aucun mal à le stopper.

Le dos du Serpentard percuta violemment le mur et sa respiration se bloqua un moment. Cependant, Harry était bien trop furax pour s'en soucier. Ce dernier pressa ses deux poings avec encore plus de force contre les épaules de Drago, faisant grimacer le Serpentard.

- C'est quoi ton problème, Potter ?

- Et c'est quoi ton problème, Malefoy ? Tuer des enfants ? As-tu perdu l'esprit ?

- Tu en doutes encore ? Ton innocence et ta naïveté m'étonneront toujours, Potter, se força à ricaner Drago, même s'il n'avait aucune envie d'être sarcastique avec lui.

- Arrête ça, s'il te plaît…

- Mais qu'est-ce tu veux que je dise, hein ? Tu croyais que je faisais quoi hier soir ?

- Je…je ne pensais pas qu'on t'obligerait à tuer…

- Eh bien réveille-toi, par Merlin ! Je suis un putain de Mangemort ! éclata Drago, ce qui décontenança momentanément le Gryffondor.

- Drago, ce que tu as fait est monstrueux…

- Je sais, je suis un monstre.

- Non, ce n'est pas ce que j'ai dit et…

- Mais tu l'as dit le jour de la rentrée, coupa Drago.

- Bon sang, laisse-moi finir ! Ce que tu as fait est monstrueux, mais je ne pense pas que tu sois un monstre. Si tu étais un Mangemort, tu aurais pris plaisir à tuer. Je suis sûr du contraire. Tu n'es pas comme eux, tu m'entends ?

- Arrête.

Drago se pinça l'arête du nez. Harry empêchait son cœur et son âme de se transformer en pierre. Cela rendait les choses tellement plus difficiles.

- Je t'en prie, laisse-moi t'aider avant qu'il ne soit trop tard ! Rogue pourrait te donner un coup de main…

Drago dévisagea Harry avant d'éclater d'un rire sans joie.

- Rogue ? Tu te moques de moi, c'est ça ?

- Non, on m'a juré que c'était un homme de confiance, murmura Harry en repensant à la lettre de Dumbledore. Il fallait qu'il y croie car c'était sa dernière chance d'aider le Serpentard.

Drago semblait hésiter à parler pendant plusieurs minutes qui semblèrent interminables pour Harry. Il espérait que le Serpentard allait accepter son aide. Il se décida finalement à parler.

- C'est un Mangemort. Je doute qu'il veuille faire quoi que ce soit pour me sortir de cette situation.

Harry s'était figé sous le choc.

- Oui, Harry. Tu as bien entendu. Il n'a jamais cessé de servir Tu-Sais-Qui.

-…

- Tu comprends enfin ? Je suis déjà perdu, Harry.

Le Gryffondor ferma les yeux et secoua la tête.

- Tu ne me sauveras pas et d'ailleurs, je n'ai jamais réclamé ton aide. Je veux juste que tu me laisses.

- Ce n'est pas ce que tu disais hier soir…

- Arrête ça ! Hier fait partie du passé et ce que j'ai pu te dire ne signifie rien. J'ai été faible et cela ne se reproduira plus.

Harry rouvrit ses yeux et fixa le Serpentard avec intensité. Drago serra les dents et soutint son regard avec défiance.

- Tu mens, décida Harry au bout d'un moment. Hier, j'ai vu l'homme sous la carapace de mensonges que tu t'es forgé. Tu as besoin de mon aide.

- Prends pas tes rêves pour la réalité, Potter. Je n'ai besoin de personne et certainement pas de toi. Tu veux quoi ? Que je fuis comme un lâche et que je les laisse torturer et tuer ma mère ? C'est ça l'avenir radieux que tu me proposes ?

- Tu sais quoi ? Je préfèrerais encore que tu aies le courage de te suicider…tuer des enfants…tu n'es qu'une pourriture. Ta vie n'a aucune valeur ! cracha Harry sans pouvoir se retenir.

Drago encaissa les paroles du Gryffondor sans vaciller même si son âme se morcela encore plus. Harry avait raison mais ça ne changerait rien. Il continuerait de tuer. Bébés, enfants, adultes, vieillards, handicapés…cela n'avait plus d'importance. Il était un Mangemort. Que cela plaise au Gryffondor ou pas.

Drago releva la tête en entendant un reniflement. Harry pleurait de rage, mais ce qu'il ignorait, c'est qu'Harry regrettait ses dernières paroles. Il aurait voulu s'excuser mais aucun son ne pouvait sortir de sa gorge serrée. L'impuissance lui rongeait vicieusement les nerfs et son esprit recommençait à dérailler. Drago le sentit et ne put s'empêcher de s'inquiéter pour lui. Le jeune homme posa ses mains sur celles du Gryffondor avec douceur mais fermeté, puis il les ramena le long de son corps avant de les libérer.

- Tu devrais aller prendre l'air, Harry.

- Et toi tu devrais venir avec moi, murmura le Gryffondor d'un air désolé.

Harry recula d'un pas et glissa sa main sous son pull. Il décrocha Baltus avec délicatesse et la laissa se mettre en boule dans le creux de sa paume. Il la regarda sans rien dire et tendit le bras vers Drago.

Etrangement, le Serpentard se sentait très ému. Il avait l'impression qu'Harry lui rendait son cœur, ce petit être fragile qui battait des ailes au rythme des pulsations de son cœur. Drago déglutit douloureusement et prit l'animal dans ses deux mains. Baltus cligna des paupières, la vision encore brouillée par le sommeil et son maître l'embrassa sur la tête avant de la poser sur son épaule. Elle jeta un coup d'oeil vers Harry et ce dernier lui sourit tristement.

La chauve-souris se faufila ensuite sous les vêtements du Serpentard, ravie de retrouver la chaleur de son corps. Harry perdit son sourire et courba l'échine. Drago avait envie de le prendre dans ses bras mais il savait qu'il ne pouvait plus faire ça. Il avait Baltus et il devait se contenter de ce petit bonheur. Il ne voulait pas qu'Harry souffre à cause de lui. S'éloigner était la seule solution.

- Prends soin de toi, Harry, murmura Drago avant de s'en aller.


Salut !

Peut-être que je posterai un seconde chapitre dans la soirée. On verra.

J'espère que vous aimerez celui-là !

Merci encore pour toutes vos reviews !

Bisous.