- Prends soin de toi, Harry, murmura Drago avant de s'en aller.

C'est en se retrouvant seul que Drago ressentit les martèlements de la douleur dans son avant-bras. Ils étaient là depuis son altercation avec le Gryffondor, mais le jeune homme avait été bien trop absorbé par leur discussion pour remarquer ça. Le Serpentard essuya la sueur qui commençait à perler sur son front et continua de marcher en direction de son dortoir pour récupérer sa mallette de cours. Il refusait de s'effondrer pour si peu…

De son côté, Harry savait aussi qu'il devait continuer à avancer. Une journée très difficile l'attendait et il craignait déjà la réaction qu'il allait avoir face à Rogue. En effet, son entraînement avec le professeur de potions allait débuter dans moins d'un quart d'heure. Ainsi l'avait décrété Dumbledore sans lui demander son avis. La confrontation avec le Mangemort était inévitable et l'envie de le faire souffrir était irrépressible. Tout cela allait mal finir…

Dehors, à mille lieux des préoccupations de leur ami, Hermione et Ron jubilaient de cet arrêt dans le temps. D'un commun accord, ils avaient décidé de ne pas aller en cours de toute la journée ce qui était un véritable exploit pour Hermione. Même si elle se doutait que McGonagall allait être compréhensive à leur égard, elle devait lutter contre ce réflexe de bon élève qui lui disait que sa place était en cours et non au côté de Ron, allongée dans l'herbe. Enfin, lutter était peut-être un peu fort pour qualifier ce qu'elle ressentait. Ron était un très bon argument pour se laisser aller et passer une des plus belles journées de sa vie.

Son cœur n'avait jamais battu si fort. Il battait pour quelqu'un. Sans retenu, sans barrière. Un torrent d'émotions. Un tourbillon de papillons. Un ouragan de bonheur et d'exaltation. C'est ce que ressentait la lionne alors qu'ils étaient simplement collés l'un à l'autre à regarder les nuages cotonneux passer dans le ciel.

Aucun mot n'avait besoin d'être partagé. Le silence était si agréable entre eux, ce qui ne fut pas toujours le cas dans le passé. Hermione osa poser sa tête dans le creux de son cou et son estomac fit un looping lorsqu'il l'embrassa tendrement sur le front. Elle soupira d'aise en sentant la main de l'homme qu'elle aimait exercer une légère pression dans son dos.

- Ron…susurra-t-elle d'une voix étrange.

- Oui ?

Leur regard se mêlèrent pour ne plus se détacher. Les yeux de Ron bouillaient d'un feu sauvage tandis que ceux d'Hermione étaient vitreux, comme si l'intérieur de son corps s'était liquéfié. Pris d'une vague de désir incontrôlable, la belle lionne se redressa sur ses coudes au-dessus de Ron.

- Embrasse-moi…

Cela faisait déjà cinq minutes qu'Harry aurait dû entrer dans la Salle sur Demande. Rogue se trouvait de l'autre côté et le jeune homme restait paralysé devant la porte sans savoir s'il devait s'enfuir, l'affronter seul ou bien faire comme s'il ne savait rien de son statut de Mangemort.

Devait-il faire confiance à Dumbledore ? Le vieillard pouvait-il se tromper sur quelque chose d'aussi important ? Drago n'était-il pas mieux placé pour savoir qui était Mangemort et qui ne l'était pas ? Et si Rogue jouait un double jeu ? Et s'il était comme Drago, pris au piège ?

Avait-il encore foi en Dumbledore ? Oui.

Croyait-il en la bonne foi de Drago ? Oui.

Pouvaient-ils se tromper tous les deux ? Oui…

Harry expira pour se donner du courage et sa main se referma sur la poignée. Il pénétra dans la pièce avant que la porte de bois ne disparaisse derrière lui. L'endroit était plongé dans le noir absolu et le jeune homme essaya de ne pas paniquer.

- Professeur ?

Harry n'entendait que le murmure de sa respiration haletante et sa peau frissonna de peur et de froid. L'endroit était glacé, tout semblait mort. Harry se plaqua contre la porte pour se rappeler qu'il était encore possible de fuir.

- Professeur ? Vous êtes là ?

Un silence oppressant.

Rogue pouvait être partout. Il pouvait aussi ne pas être là. Se cachait-il pour mieux le surprendre dans l'intérêt de son entraînement ? Pourtant, il n'était question que de duel dans les règles de l'art. Etait-ce un piège ? Y avait-il d'autres Mangemorts prêts à l'accueillir ?

Fallait-il fuir ?

Harry serra les dents.

Non. Ni maintenant, ni jamais. C'était son destin.

Il pointa sa baguette devant lui et fit quelques pas hésitants sur la droite. Rassemblant tout son courage, il avança droit devant lui dans la néant. Il ferma les yeux pour se concentrer au maximum sur ses autres sens. Il s'accroupit sur le sol et se tint immobile.

Un froissement de tissus droit devant.

- EXPELLIARMUS !

- PROTEGO !

Harry se jeta en arrière lorsqu'une lumière verte apparut sur sa gauche.

- PROTEGO ! hurla-t-il à son tour.

L'autre voix qui venait d'en face appartenait à Rogue. Mais quelqu'un d'autre était dans la pièce. Ses tripes se nouèrent de terreur. Oui, il avait peur de mourir. Seul. Dans les ténèbres. Son corps et son âme à la merci des Mangemorts.

- Si vous voulez me tuer, il vous faudra plus que ça ! Montrez-vous bande de lâches !

Un sort venant de derrière le toucha. Harry sentit une corde s'enrouler autour de lui. Il se débattit de toutes ses forces avec rage, tenta de se dégager, de se relever, mais ses mouvements désordonnés ne le menaient nulle part.

Un ricanement sinistre.

- Entêté, stupide et incapable…c'est tout ce que vous savez faire, Potter ? Vous n'avez décidément aucune chance contre le Lord Noir.

- Espèce de…

- Néanmoins, coupa Rogue, je pourrais essayer d'arranger cela. Après tout, vous n'êtes qu'un gamin.

- C'est quoi cette plaisanterie ? Détachez-moi immédiatement ! Si votre objectif est de me démoraliser, autant vous dire que je n'ai pas besoin de vous pour ça. Je le fais très bien tout seul, comme un grand. Laissez-moi partir ! Maintenant !

- Croyez-moi, Potter, je n'ai aucun plaisir à perdre mon temps avec vous ici. Je suis là uniquement parce que le vieux directeur sénile me l'a demandé. Et inutile de me poser des questions à ce sujet, je ne répondrai pas !

- On est au moins d'accord sur un point, il est devenu fou ! Pourquoi vous demander ça ? Et puis, qui pourrait sincèrement croire que j'aie la moindre chance !

- En tout cas, si vous n'avez même pas foi en vous, il est certain que c'est la défaite qui nous attend.

- Sauf pour ceux qui savent retourner leur veste lorsque la chance passe dans l'autre camp, n'est-ce pas ? Ce procédé ne vous est pas inconnu…

- Gardez vos jugements pour quelqu'un d'autre, Potter. Vous ne savez rien de moi.

- Oh détrompez-vous, j'ai appris certaines choses à votre sujet…

- Je vous le répète, sale petit avorton, vous ne savez rien !

- En tout cas, si Dumbledore ne gardait pas toutes les informations capitales pour lui, je n'en serais pas là! Je ne comprends pas pourquoi il me tient à l'écart.

- Et pourquoi vous raconterait-il quelque chose ? Vous agissez impulsivement et stupidement. Nous perdrions cette guerre en vous mettant dans la confidence.

- Si je comprends bien, il vous raconte tout ?

- C'est une affaire qui ne vous concerne pas, Potter. Maintenant, passons à autre chose.

- Je ne suis pas stupide, grogna Harry. Si Dumbledore veut que je m'entraîne, c'est pour me maintenir dans l'illusion qu'il reste toujours un espoir, pour que je ne devienne pas fou avant la fin, pour que je ne m'enfuis pas, pour que je ne me suicide pas, pour que je reste jusqu'à la fin et que je me sacrifie afin de sauver ce monde !

- Oh, s'il vous plaît ! Arrêtez de geindre, Potter ! Votre vie est misérable parce que vous avez décidé de la voir ainsi ! Que croyez-vous ? Que vous êtes le seul à souffrir sur cette planète ? Que vous êtes le seul à devoir prendre des décisions difficiles ? Que vous êtes le seul à devoir vous sacrifier ?

- Je sais bien que non, me prenez pas pour un égocentrique !

- Alors cessez de vous comporter comme tel ! Essayez plutôt de vous dégager vous-même de cette corde. Elle ne doit pas être trop serrée.

Soudain, l'illusion de fenêtres apparut sur tous les murs de la salle, permettant à la lumière du jour d'entrer dans la pièce. Harry fut momentanément ébloui par les rayons de soleil et cligna plusieurs fois des paupières, le temps de s'y acclimater. En regardant autour de lui, il constata qu'il n'y avait que le professeur de potions dans une salle dénuée de meuble.

- Vous êtes seul ?

- Oui.

- Mais, comment avez-vous fait pour vous déplacer aussi vite ?

- Plus tard, je vous expliquerai. D'abord enlevez-moi cette corde.

Il fit alors ce qu'on lui demandait après avoir longuement expiré. A son grand étonnement, la corde se défit toute seule et il se mit immédiatement debout.

- Comment est-ce possible ? La corde était vraiment serrée tout à l'heure ! J'en suis certain !

- Laissez-moi vous enseigner la première chose : c'est un sort de magie noire couramment utilisé chez les jeunes Mangemorts. Il envoie une corde sur la personne désirée et celle-ci se serre autour d'elle. Si la personne panique, elle se resserrera jusqu'à l'étouffement. Si vous ne paniquez pas, elle vous relâche. C'est une technique pratique pour neutraliser quelqu'un et le tuer quand on n'a pas encore la force nécessaire pour lancer un « Avada Kedavra ».

- Pourtant, je croyais qu'il suffisait de vouloir vraiment tuer la personne pour que cela fonctionne.

- L'envie de tuer, oui. La haine et la colère permettent de canaliser toute l'énergie qu'on doit libérer pour jeter ce sortilège. Mais cette canalisation n'est pas évidente, même pour un sorcier adulte.

- …mais tous les Mangemorts sont majeurs ou presque, non ?

- Autrefois, oui.

- Et maintenant ? demanda Harry, même s'il se doutait de la réponse.

- Les choses sont en train de changer…

- A quel point ?

- Le Seigneur des Ténèbres a l'intention de recruter de jeunes enfants. Cela faciliterait certaines opérations puisque personne n'irait imaginer qu'on puisse utiliser des enfants pour accomplir des atrocités. Tous les moyens sont bons pour déstabiliser ses adversaires.

- C'est ignoble, souffla l'Elu, écoeuré de ce qu'il venait d'apprendre.

- C'est la vie, Potter. Faudra vous y faire un jour.

- Si c'est pour devenir insensible comme vous, je préfère ne pas m'y faire ! Dites-moi une chose : si cela vous fait ni chaud ni froid, alors pourquoi vous m'aidez à tuer Voldemort ?

Le professeur de potions grimaça inconsciemment et tourna le dos à Harry.

- La réponse ne vous intéresserait pas, Potter, répondit Rogue calmement.

- C'est trop facile. Je devrais vous faire aveuglément confiance et vous laisser l'opportunité de me tuer lorsque j'aurais le dos tourné, c'est ça ? Je n'ai aucune preuve que vous êtes du côté de la Lumière.

- Personne vous demande d'avoir confiance en moi, Potter. Faites ce que je vous dis et écoutez ce que j'ai à vous enseigner sur la magie noire. Faites confiance au jugement de Dumbledore, un point c'est tout.

- Super. Je n'aurais jamais les réponses que je veux.

- C'est ça.

Harry soupira longuement.

- Personne ne me prend au sérieux.

- Vous recommencez à geindre, Potter ! Vous allez me faire vomir ou pleurer, j'hésite encore, ironisa le professeur d'un sourire narquois.

- Vous arrivez toujours à vous détacher aussi facilement des situations ? marmonna Harry.

- Toujours. C'est une question de volonté.

- Oui, j'ai déjà entendu ça quelque part, grogna l'Elu en pensant à Drago.

- Bon, le quart d'heure des questions existentielles est enfin terminé ? On peut maintenant se concentrer sur notre travail ?

- Je suppose…

- Parfait, alors commençons.

Pendant que Harry se battait en duel contre Rogue, que Ron et Hermione écrivaient la première page de leur histoire, Drago essuyait une nouvelle journée de cours, seul. Ses résolutions l'avaient amené à faire profil bas. Ainsi, il comptait rattraper son retard scolaire pour ne pas inquiéter les professeurs par une baisse vertigineuse de ses notes.

Plus les jours passaient, plus il retrouvait l'attention qu'il avait perdue en cours et aussi le plaisir d'apprendre. Drago avait toujours aimé découvrir de nouvelles choses, même s'il ne l'aurait jamais avoué aux autres Serpentard. Il avait maintenant une échappatoire à ses malheurs. Le déni, le mensonge, c'était bien tout ce qu'il pouvait s'autoriser. L'amitié était trop douloureuse, trop dangereuse et c'était un choix tellement égoïste.

Harry ne méritait pas de souffrir par sa faute. Il ne fallait plus qu'il s'inquiète pour quelqu'un comme lui. Il était pourri jusqu'à la moelle. Il n'était qu'un virus pour le Gryffondor. Il avait fait le bon choix et il le savait bien. Cette décision de prendre ses distances avec l'Elu lui permettait d'être fort au quotidien. Harry allait mieux, il le voyait chaque jour aux repas. Le Gryffondor souriait de nouveau avec ses amis. Il riait même parfois.

Drago avait appris comme tous les autres qu'Harry n'assisterait plus aux cours commun mais qu'il suivrait désormais des cours particuliers avec le professeur Rogue. La raison ne les concernait apparemment pas et Harry était resté muet comme une tombe lorsqu'on lui posait des questions sur ce qu'il faisait. La rumeur disait qu'il avait eu une altercation avec le professeur de potions si violente qu'il avait été puni de cette manière. Drago n'était pas dupe. Il savait que cela avait un rapport avec la guerre. Il aurait voulu demander la vérité au Gryffondor mais il se contenta simplement d'imaginer leur conversation.

Quelque chose d'autre avait changé et cela devait en partie expliquer la bonne humeur de l'Elu: le rouquin et Hermione était enfin ensemble. Cela remontait à trois mois maintenant. Drago se souvenait de ce fameux soir où le trio était entré dans la Grande Salle pour dîner. Tous souriaient à s'en fendre le visage en deux. Jamais ils n'avaient eu l'air aussi stupides, mais il fallait reconnaître qu'ils rayonnaient de bonheur et cela faisait beaucoup de bien de se souvenir qu'un visage pouvait aussi exprimer la joie.

Ron et Hermione se tenaient discrètement la main, le rouge aux joues et Harry marchait tranquillement à droite d'Hermione. Ce dernier paraissait avoir retrouvé cet air enfantin qu'il arborait encore lors de sa première année à Poudlard.

Drago avait senti le coin de ses lèvres trembler. Il avait eu envie de sourire, mais il se reprit aussitôt. C'était leur bonheur, pas le sien. Alors il avait détourné la tête et s'était remis à manger, seul.

Une semaine après cette fameuse soirée, Drago avait reçu une nouvelle lettre du Mage Noir. Deux jours après, il s'était rendu au manoir à minuit précise et il avait remplit sa première mission. Sans surprise, il avait dû ôter la vie d'une vingtaine de sorciers. Le rôle de Drago était d'éliminer les sorciers qui ne voulaient pas faire partie de l'armée du Lord Noir. Il n'était plus question d'allégeance. Apparemment, les choses étaient en train de s'accélérer. Si Voldemort constituait une armée, c'était pour une bonne raison: les grandes batailles allaient bientôt commencer. La fin s'approchait à grand pas.

Deux fois par semaine, Drago devait tuer. Les gestes étaient les mêmes. MacNair sondait leur esprit en pointant sa baguette vers leur tempe et Pansy faisait le tri. Seul l'âge des sorciers changeait. Plus le temps passait, plus ils étaient jeunes. Drago ne voulait pas se souvenir de leur visage, mais il ne pouvait rien faire contre ça. Toutes les nuits, ils venaient le hanter. Chaque retour de mission, Drago voyait leurs yeux luire dans le ciel comme des étoiles. Il se sentait surveillé, jugé. Cette sensation était désagréable et s'accentuait avec le temps.

Mais heureusement pour lui, sa marque des Ténèbres ne se couvrait de cloques qu'une fois rentré à Poudlard. La souffrance était épouvantable le lendemain matin et s'estompait en fin d'après-midi. Et juste avant d'entrer au manoir, une bouffée familière d'euphorie l'engloutissait tout entier. Il avait appris à l'accepter sans plus chercher à comprendre. Il était simplement soulagé lorsqu'elle était enfin là. Il en était même arrivé à l'attendre avec impatience, légèrement tremblant et fébrile. C'était son autre plaisir de la semaine, en plus des moments qu'il partageait avec Baltus et les cours qui lui prenaient le reste de son temps.

C'était maintenant ce à quoi ressemblait sa vie, son quotidien, son vide…


Bonsoir tout le monde !

J'espère que ce chapitre vous plaira et surtout la confrontation entre Harry et Rogue ! C'est toujours un plaisir d'imaginer leurs disputes. :p

Merci encore pour votre soutien sans faille et petite dédicace à ma très chère Alice, fan de slash lol ! C'est génial de pouvoir partager ce passe-temps (passion - addicton :p) avec toi !

Bisous !