C'était maintenant ce à quoi ressemblait sa vie, son quotidien, son vide…
Un mois de plus venait de s'écouler. Drago était épuisé mais il tenait bon. Chaque jour passé était une petite victoire à savourer, même si celle-ci gardait inexorablement un goût amer.
Le jeune homme était étendu sur son lit, sa petite chauve-souris posée sur son ventre. Drago lui caressait les ailes en respirant lentement et profondément. Il se préparait mentalement pour une nouvelle nuit de mission.
Depuis deux semaines, ses mains n'arrêtaient plus de trembler. C'était assez gênant et Drago le cachait tant bien que mal en glissant ses mains sous la table le plus souvent possible. Il ne voulait pas se l'avouer mais son état s'empirait de jour en jour sans qu'il n'ait d'explication à cela. Pourtant, il ne faisait rien de spécial. Cela n'avait aucun sens.
Le Serpentard soupira et Baltus releva la tête. Il lui sourit tendrement puis se leva. Il traversa le dortoir où dormait quelques Serpentard et ouvrit une des fenêtres près de la porte.
- Vole, ma belle.
Drago l'embrassa sur la tête et la petite bête ailée s'envola dans les airs. Il referma la fenêtre et prit ses affaires avant de quitter le dortoir. Il se glissa sous la cape d'invisibilité et marcha silencieusement en direction de la sortie. En tournant dans un couloir, Drago entendit soudain un faible gémissement provenir d'une porte fermée. Intrigué, le jeune homme s'arrêta de marcher et tendit l'oreille. Silence. En observant mieux la porte, il réalisa qu'il se trouvait devant le bureau du professeur Rogue. Il s'approcha un peu.
Des pas se firent entendre, mais ils provenaient du couloir. Drago regarda tout autour de lui et c'est un Rogue au visage marqué d'inquiétude et de gravité qui surgit du fond du couloir. Il avançait à grands pas, la main gauche tenant une petite fiole de liquide verdâtre et Drago recula discrètement pour le laisser passer.
Le professeur de potions ouvrit la porte et s'engouffra dans la pièce éclairée d'une vieille lampe à huile. Un nouveau gémissement se fit entendre et Drago tendit le cou pour voir à l'intérieur. La mâchoire du jeune homme tomba en découvrant la personne souffrante.
- Severus…souffla le directeur de Poudlard d'une faible voix.
Il était recroquevillé sur le sol et sa main droite cramponnait son avant-bras gauche avec fermeté. Son corps entier tremblait de douleur et de fatigue. Rogue referma la porte et Drago resta devant, paralysé dans la même position. Que faisait Dumbledore à Poudlard ? Probablement, il avait dû écourter son « voyage » car il n'allait pas bien du tout et le Serpentard ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour le vieillard mais aussi pour Harry. Si le directeur de Poudlard n'était plus capable de faire barrage au Seigneur des Ténèbres, ce dernier n'hésiterait plus à lancer une attaque sur l'école pour tuer le Gryffondor de sa propre baguette.
- Apparemment, c'est pas le bon moment…murmura une voix familière.
Drago se retourna et tomba nez à nez avec Pansy. Il s'écarta le plus discrètement possible pour la laisser passer. Son visage était aussi empreint d'inquiétude et Drago se demanda ce que ses mots signifiaient. La jeune femme accéléra le pas en secouant la tête et disparut au tournant du couloir. Le Serpentard se rappela alors qu'il n'était pas là pour rien et il se remit en marche.
Une fois dehors, il enleva sa cape d'invisibilité et enjamba son balai. Avant de décoller dans les airs, il vit la silhouette de Pansy au loin, timidement éclairée par la pleine lune. Il resserra ses mains frissonnantes autour du manche de son balai et s'éleva enfin dans les airs.
Un trajet de plus dans les cieux ténébreux tachetés d'étoiles. Ces petits yeux scrutant Drago dans son voyage. Le chemin était le même. La destination aussi. Un abattoir aux allures de manoir…Une mort en bonne et due forme.
Drago se rendit compte qu'il n'avait plus de chez-lui. Voldemort lui avait sali les lieux de son enfance, même si ces derniers ne renfermaient pas vraiment de beaux souvenirs, c'était son passé, son identité. Il soupira et baissa la tête, laissant ses mains guider son balai.
Arrivé devant le manoir, Drago ferma les yeux et attendit que la sensation d'euphorie s'infiltre en lui. Elle se fit sentir comme prévue, chaude et intense à la fois. Drago entra.
Etrangement, il n'y avait pas de bruit, pas de sanglot, pas de gémissement, pas de cri. Pansy n'était toujours pas arrivée alors qu'elle était partie avant lui. C'était anormal mais Drago n'arrivait pas à s'en inquiéter. Il ouvrit la porte de la salle de réception pour découvrir une pièce vide. Il la traversa calmement et passa par la porte ouverte à l'autre bout de la salle.
Dans le salon, il entendit enfin quelque chose qui ressemblait à un bruit de froissement de tissus. Il regarda autour de lui mais ne vit rien. La grande salle était éclairée par plusieurs chandeliers anciens, ce qui rendait l'atmosphère oppressante. Cependant, le jeune Serpentard se sentait calme. L'euphorie s'était déjà dissipée quelques minutes après s'être faite sentir, emportant au moins avec elle ses angoisses et sa douleur. Cela était devenue une habitude depuis deux semaines. Les effets de l'euphorie s'en allaient de plus en plus vite.
Le bruit se répéta et cette fois-ci, Drago leva les yeux vers le plafond et vit des berceaux flotter dans les airs, faisant des petits mouvements de balancement de droite à gauche. Ils étaient tous identiques, en bois usés et recouverts de draps blancs en dentelles. Il fronça les sourcils, son cœur s'accélérant un peu.
Il ne l'avait pas remarqué mais quelqu'un se trouvait assis dans le sofa qui était placé sur sa gauche. Le dossier faisait face à Drago et seule la tête nue du sorcier était visible.
- Bonsoir, Drago.
Le jeune homme arrêta de respirer et son sang se glaça en entendant la voix faussement douce de son maître. Voldemort se leva gracieusement et contourna le sofa pour se mettre face à Drago. Ce dernier s'empressa de s'agenouiller sur le sol et il se prosterna devant le Mage Noir.
- Maître, c'est un honneur.
- Relève-toi.
Drago fit ce qu'on attendait de lui et Voldemort ne perdit pas une seconde pour relever sa manche et regarder l'état de sa marque. Un sourire de satisfaction étira ses lèvres fines transparentes.
- C'est bien, mon fidèle Mangemort.
Drago resta la tête basse, ne se sentant pas capable de supporter son regard démoniaque couleur sang.
- Où est Pansy ? demanda le Seigneur des Ténèbres.
- Je l'ignore, murmura Drago la voix légèrement tremblante.
Pansy tournait en rond depuis un bon quart d'heure. Elle savait qu'elle arriverait un peu retard, mais elle était incapable de s'en inquiéter. En revanche, savoir qu'elle venait de perdre sa petite poupée de chiffon était catastrophique.
- Quelle idiote, tu fais, mais quelle idiote !
Pour la énième fois, Pansy fit demi-tour sur son balai et scanna de ses yeux perçants l'eau trouble qui s'étendait sous ses pieds. Elle avait fait tomber sa poupée dans la rivière à un endroit où le courant était fort et aucun de ses « accio » n'avait réussi à ramener le bout de chiffon.
- Bon sang ! Comment tu vas faire, Drago ? Tu ne tiendras jamais !
Pansy sentit la panique monter en elle. Elle alla se poser sur le bord de l'eau et jeta son balai à terre. D'une main tremblante, elle sortit de sa poche une poupée de chiffon et une seringue dont le bout était encapuchonné. A l'aide de ses dents, elle enleva le capuchon et injecta le liquide translucide au niveau du cœur de la poupée. Celle-ci n'avait rien de particulier. Elle était en chiffon marron clair et ses cheveux étaient aussi noirs que ceux de Pansy.
La jeune femme sentie aussitôt la sensation familière et euphorisante s'écouler dans ses veines. Ses mains arrêtèrent de trembler et Pansy sentit son corps se détendre. Elle se remit en route et fila à toute vitesse.
- Avec un peu de chance, tu survivras, murmura la jeune femme.
Drago perdait peu à peu le contrôle. Ses mains s'étaient remises à trembler quelques minutes plus tôt et son cœur s'emballait inexplicablement. Voldemort commençait à s'agiter en attendant Pansy et MacNair. Il tournait en rond, les mains dans le dos, et son attitude rendait le jeune homme encore plus nerveux.
La porte d'entrée du manoir claqua enfin et MacNair entra dans le salon, suivi de peu par une Pansy essoufflée.
- Vous êtes en retard, mes chers Mangemorts, siffla le Mage Noir.
- Pardonnez-moi, Maître, répondirent MacNair et Pansy en cœur.
- Bref, passons aux choses sérieuses. MacNair, as-tu trouvé le cyanure ?
- Oui, Maître. Il était à l'endroit où vous me l'avez indiqué.
Le Mangemort déposa deux flacons en verre sur une table basse, ainsi que deux cuillers à café.
- Pansy et Drago, ce soir, je veux vous voir à l'œuvre. Je ne le ferais qu'une seule fois par manque de temps, alors profitez de ma présence. Il y a un mois de cela, j'ai menacé les couples de sangs impurs de ne plus procréer. La presse n'a pas pris cette menace au sérieux. J'ignore pourquoi, mais certains s'entêtent à penser que je ne suis pas prêt à tout pour les voir disparaître. Je veux donc leur remettre du plomb dans la cervelle !
Voldemort prit les cuillers ainsi que les deux flacons du liquide toxique incolore et les tendit aux deux Serpentard.
- Une cuillerée suffira à tuer ces chers petits. Ce qui rend les choses intéressantes, c'est qu'on les ramènera chez leurs parents aussi discrètement qu'on est venu les chercher. Personne ne se doutera de rien. Ces petits auront simplement l'air endormi, ricana-t-il.
Le bras de Drago s'enflamma. Ses dents attrapèrent la muqueuse de ses joues et s'y enfoncèrent jusqu'à que le goût métallique du sang ne se répande dans sa bouche. La sueur se mit à perler sur son front et ses jambes devinrent faibles. Drago avait envie de le tuer, de lui arracher son sourire de sadique. Il baissa les yeux et fixa son regard sur les dalles noires et blanches. Il fallait qu'il se reprenne.
- Mon ordre est simple : tuez-les proprement. Il faut qu'ils aient l'air endormi, c'est clair ?
- Oui, Maître.
- Allez-y, commencez.
MacNair déposa délicatement les berceaux sur le sol d'un coup de baguette. Les cercueils de bois continuaient de se dandiner sur le carrelage du salon dans un léger grincement de bois fatigué. Pansy frôla délibérément la main de Drago pour le réveiller de sa torpeur et ce dernier releva la tête. Elle se mit face au premier berceau alors que MacNair et Voldemort s'installèrent confortablement dans le sofa pour mieux apprécier le spectacle.
Drago s'avança courageusement vers le deuxième berceau, les mains parcourus de frissons incontrôlables. Ses yeux s'agrandirent d'horreur en voyant le nouveau-né enveloppé dans sa couverture. Son petit crâne était recouvert d'un duvet blond en guise de cheveux et Drago crut se voir lui-même. Quelques cloques éclatèrent sous la pression du sang en ébullition dans son bras. Pansy lui donna un léger coup de coude qui passa inaperçu aux yeux des deux sorciers assis en retrait sur leur gauche.
Pansy et Drago dévissèrent le couvercle de leur flacon en même temps et versèrent le liquide dans la cuiller. Voldemort tendit le cou pour ne rien rater de l'évènement, comme un enfant regardant avidement un spectacle de marionnettes, l'œil vif et brillant. Drago sentit une boule se former dans sa gorge. Les larmes de détresse et de rage se préparaient à dévaler ses joues creuses, mais il arrivait encore à les contenir.
- Allez Drago, murmura Pansy, ensemble…
Pansy tendit son bras et Drago trouva la force de copier son geste. Avec une extrême précision, elle glissa la cuiller entre les lèvres du nourrisson et inclina sa main. Le liquide disparut. Par réflexe, le petit être déglutit. Drago ferma les yeux.
Comment avaient-ils pu tomber aussi bas ?
Une main frôla son dos. Il rouvrit les yeux et constata que Pansy était déjà passée à un autre berceau. Il regarda le petit d'homme en face de lui et comprit qu'il était déjà mort. Une larme s'écrasa sur la couverture blanche.
- Drago, reprends-toi, supplia la jeune femme dans un murmure quasi inaudible.
Rassemblant toutes ses forces, Drago passa au berceau suivant. Le cyanure fit à nouveau son œuvre. Et une fois de plus. Et encore une fois. Le Serpentard n'en pouvait plus. Il voulait hurler toute sa douleur. Il voulait détruire ce manoir et les monstres qu'elle protégeait.
- Faut reconnaître que c'est pas bien excitant, grogna MacNair, clairement ennuyé.
- Très bien les enfants, continuez. Je dois discuter de certains projets avec MacNair.
Drago expira bruyamment lorsque les deux sorciers eurent quitté la pièce.
- C'est pas le moment de se relâcher ! Terminons cette besogne une bonne fois pour toute ! ordonna Pansy en s'avançant vers l'avant-dernier berceau.
Drago acquiesça faiblement et se pencha au-dessus du dernier berceau. Plus qu'une fois.
Le nourrisson avait les joues roses et rondes. Ses petites lèvres charnues glissaient l'une sur l'autre dans un rêve de tétée. Drago serra les dents et approcha la cuiller de sa bouche, les doigts tremblants.
Soudain, le bébé ouvrit ses grands yeux bleus et Drago renversa le cyanure sur les draps. La cuiller glissa à son tour sur le tissu brodé. Le nourrisson tendit son petit bras et agrippa l'index du jeune homme. Sa marque s'enflamma doublement et sa peau brûla par vagues, répandant une coulée de lave dans ses nerfs.
N'en pouvant plus, Drago vacilla et tomba à genoux. Le bébé porta le doigt du Serpentard à sa bouche et commença à le téter doucement. Cette fois-ci, le jeune homme ne put contenir sa tristesse. Les larmes se mirent à glisser librement sur sa peau brûlante.
Quelques secondes plus tard, le petit d'homme réalisa qu'il ne connaissait ni le goût ni l'odeur de cette peau. Il se mit crier et relâcha le doigt du Serpentard. Pansy regarda dans leur direction d'un air paniqué.
- Fais-le taire, par Salazar !
Drago ne pouvait rien faire tant il était paralysé par la douleur et l'épuisement physique et moral.
- Tue-le, bon sang, Drago ! Tue-le !
- Tais-toi bébé, sanglota le jeune homme à bout de souffle.
Pansy jeta un œil terrifié vers la salle de réception où se trouvait Voldemort et MacNair. Des pas semblaient se rapprocher de la porte séparant le salon de la salle.
- Seigneur, murmura-t-elle paniquée en avançant vers Drago.
Pris d'une impulsion, Drago se surprit à prendre l'enfant dans ses bras et il recula. Le nouveau-né continuait de s'arracher les cordes vocales pendant que Drago le serrait fort contre sa poitrine.
- Drago, donne-le moi ou fais-le, mais ne reste pas comme ça, je t'en supplie ! Il va nous tuer !
Le jeune homme tremblait de tous ses membres. Il voulait sauver ce bébé. C'était absurde après avoir tué tous les autres, mais il voulait s'enfuir maintenant, avec lui, sans plus chercher à raisonner les choses. Et tant pis pour sa mère, tant pis pour tous ses sacrifices.
Il essaya de reculer vers la porte mais la douleur dans son bras tripla d'intensité et Drago sentit ses jambes se plier sous son poids. Pansy les rattrapa à temps.
- Drago, tu vas mourir de douleur si tu franchis cette porte avec ce bébé ou tu seras tué par Voldemort si tu persistes à le laisser en vie. Je suis tellement désolée…
- Non, ce bébé va vivre ! Il faut que j'essaie. Il le faut !
- Ne sois pas stupide ! Ça ne ramènera pas les autres et ta culpabilité sera la même.
Drago essaya de se relever mais n'y arriva pas. La souffrance était telle que sa vue se brouilla. L'odeur de chair calcinée remonta dans ses narines, sa propre chair…Ne pouvant même plus soutenir sa tête, Drago la posa sur l'épaule de Pansy. Le nourrisson n'arrêtait pas de pleurer et la jeune femme enlaça Drago, écrasant ainsi le bébé entre eux.
- …pas ça…je t'en supplie…ne l'étouffe pas…
- Je suis désolée, tellement désolée, murmura Pansy dont la voix était devenue chevrotante.
Les cris du bébé furent étouffés, ainsi que la prophétie du professeur de divination l'avait redouté des mois auparavant. Drago sentit la vie partir de ce petit être pressé contre lui. A peine était-il né qu'il repartait, comme si sa vie avait été aussi éphémère que celle d'un papillon. Ce fut le meurtre de trop.
La douleur se calma un peu et Drago put enfin trouver la force de se relever. Le nourrisson se trouvait toujours dans ses bras crispés. Drago laissa échapper un sanglot d'impuissance et alla le déposer délicatement dans son berceau. Il le recouvrit de sa petite couverture, comme s'il pouvait encore craindre le froid et embrassa son front, libérant en même temps un autre sanglot douloureux. Il se retourna alors brusquement et le regard baigné de larmes, il se précipita vers la porte de sortie.
- Drago, non ! Ne pars pas !
Elle essaya de le retenir mais il la poussa violemment vers le sol. La jeune femme perdit l'équilibre et chuta. Drago en profita pour s'enfuir. Il enfourcha son balai et s'éleva dans les airs.
Les larmes dévalaient sur son visage glacé. Les sanglots se succédaient sans qu'il ne puisse les arrêter. Il était allé trop loin cette nuit et tout était devenu insupportable. Penser à Baltus ne suffisait plus. Penser à sa mère, à Harry, plus rien ne lui donnait envie de continuer. Et la sensation d'euphorie ne l'avait même pas soutenu. C'était la fin. Il ne voulait plus tuer. Il ne voulait plus vivre.
Drago vit un gigantesque pont de pierre qui reliait deux monticules de terre séparés par une large rivière. Il n'hésita pas et plongea dans cette direction. Arrivé sur la plus haute arcade du pont, il posa son balai et enleva sa robe de Mangemort. Il s'approcha alors du bord et regarda en bas. Une vague de vertige le prit en voyant à quel point la rivière était loin.
- Oh mon dieu, j'ai peur…sanglota-t-il en fermant les yeux.
Il hoqueta violemment et avança encore jusqu'à ce que le bout de ses chaussures soit dans le vide. Il leva la tête vers le ciel, regardant une dernière fois ces petits yeux d'enfants luire dans le ciel.
- Pardon, pardon, gémit-t-il en s'accrochant à un poteau pour se pencher en avant sans tomber.
Il resta dans cette position pendant quelques secondes, le temps de sentir son cœur battre, le temps de sentir sa marque des Ténèbres brûler, le temps de sentir les larmes glisser le long de ses joues, le temps de sentir qu'il restait encore un peu d'humanité en lui.
- Je vous demande pardon, dit-il une dernière fois en pensant à tous ceux qu'il avait tués.
Puis Drago lâcha prise et se laissa happer par le vide…
Le vent fouettait ses cheveux contre son visage. Son corps tourbillonna un peu avant qu'il ne se retrouve dans une position où il faisait face au ciel. Les visages de tous ceux qu'il avait tués face à lui, sans expression, l'attendant simplement.
Drago tombait silencieusement. Il entrouvrit les bras, sentant le vent essayer de ralentir sa chute. A cet instant, il se sentit si léger et si lourd à la fois. Il savait qu'il allait bientôt ne plus souffrir, à moins que tous ces enfants l'attendaient pour le torturer une éternité. Les larmes continuaient de dévaler ses joues, sans interruption. Il ne voulait plus avoir mal mais d'un autre côté, il savait qu'il ne méritait que ça. Rien n'excusait le meurtre d'innocents et Drago en prenait pleinement conscience cette nuit-là. Ses actes étaient impardonnables.
- Vite, souffla-t-il en fermant les yeux.
Et soudain, Drago percuta un rocher dont la pointe devait émerger de l'eau. Son cou manqua de se briser alors que quelque chose s'était intercalée au niveau de son cou. Le choc lui vida l'air de ses poumons et le jeune homme perdit connaissance…
Voilà pour aujourd'hui !
J'espère de tout coeur que ce chapitre vous plaira bien qu'il soit émotionnellement assez diffcile. En tout cas, à écrire, cela n'était pas toujours évident mais j'ai adoré le faire ! Je pense que c'est un de mes préférés.
Le titre de ce chapitre fait référence au film "La ligne verte" dont la B.O m'avait beaucoup inspirée pour écrire ce chapitre. Voilà !
A bientôt !
