Chapitre 1
Ouvrir les yeux ne devrait pas être une telle source de douleur. Mais en même temps, la main qu'il porta à son crâne rencontra ce qu'il présuma être du sang séché. La chute avait dû être rude.
Puis les événements lui revinrent. La fille. Le Tardis. Le blackout.
Se relevant immédiatement, il scanna la pièce du regard mais tout était calme et vide. Pendant combien de temps était-il resté inconscient ?
Son esprit tournant à cent à l'heure, il se pressa de rejoindre la porte du Tardis et l'ouvrit, prêt à en découdre. Mais à peine eut-il passé la tête qu'il sut où il se trouvait et quand.
Et cela n'avait aucun sens.
Il s'assura d'un deuxième coup d'œil qu'il ne se trompait pas, puis rentra à nouveau. Il resta un long moment adossé à la porte, les yeux dans le vide, essayant de trouver une explication.
De tous les choix possible, pourquoi Londres et le début du 21ème siècle ? Pourquoi quelqu'un pouvant entrer en son absence, qui possède un tournevis sonique et qui de plus sait faire fonctionner le Tardis choisirait une destination aussi...peu importante ?
Ne trouvant pas de réponses, le Docteur porta ses deux mains à ses cheveux et les ébouriffa de plus belle avant de lancer un cri de douleur en touchant à la bosse qui s'était formée.
"Imbécile !"
Mise à part sa tête, aucun mal n'était sorti de cette rencontre pour le moins surprenante. Il se demanda même un instant s'il n'avait pas plutôt rêvé tout cela après sa fuite in extremis. A vrai dire, cela semblait une explication bien plus probable que de découvrir une inconnue équipée d'un tournevis sonique à l'intérieur du Tardis et sachant le piloter.
A bien y réfléchir, c'était même complètement absurde. Peut-être voyageait-il seul depuis trop longtemps ?
Secouant vaguement la tête pour s'éclaircir les idées, il revint vers la console et activa quelques boutons.
Et rien ne se produisit.
Incrédule, il relança la manœuvre en ajoutant quelques pressions de boutons. Mais le résultat était toujours le même. Le Tardis ne répondait pas.
D'un geste vif, il ramena l'écran de contrôle à lui, sûr d'y découvrir une alerte qui lui expliquerait le problème. Mais tout y scintillait d'un éclat habituel, ne lui donnant qu'une information. Tout était normal.
Niveau d'énergie: Ok.
Bouclier: Ok.
Tout était normal. Normal, si ce n'est que le Tardis ne marchait pas.
A deux doigts maintenant de la panique, le docteur activa frénétiquement les leviers et boutons tout en revenant constamment vers l'écran, désespérant d'obtenir une réponse, une réaction, une alerte.
"Oh ! Allez ! Dis quelque chose !"
Frappant du poing, il jura lorsque la douleur se fit sentir et prit un pas de recul pour fixer ses yeux sous la plate-forme.
C'était à n'y rien comprendre. Le Tardis était en état de marche. Il pourrait le vérifier manuellement mais il le voyait bien. Non, il n'y avait qu'une explication, aussi ridicule soit elle :
Il n'avait pas inventé la fille. Et elle avait fait quelque chose au Tardis. Il fallait donc la retrouver. Mais comment faire dans une métropole comme Londres ? Et qui sait combien d'heures elle avait sur lui ?
Il se précipita hors du Tardis et se mit à courir. Mais à peine eut-il fait une dizaine de mètres qu'il fit demi-tour et revint à l'intérieur sous les yeux ébahis des passants.
"Évidemment. Au lieu de partir à l'inconnu, il te faut une trace, quelque chose à suivre. Réfléchis ! Réfléchis !"
Ponctuant son injonction de léger coups de sa main sur son crâne, il remonta la passerelle d'un pas lent.
"Ah ! Allez !"
Puis, une illumination se fit:
"Bien sûr ! Son tournevis a dû laisser une empreinte que je pourrai suivre ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt !"
Et immédiatement, il se mit à chercher son précieux indice mais la seule trace qu'il perçu les premières minutes de sa recherche fut celle du Tardis, bien que faiblement.
Quand enfin, un résidu d'activation fut relevé. Peut être y avait-il une chance. Dans un temps qui lui paru une éternité, l'enregistrement de la trace fut sécurisé. Par excès de prudence, il le contrôla plusieurs fois avant de s'exclamer:
"Et bien voilà ! Il n'y a plus qu'à se mettre en chasse."
Il s'arrêta un instant, incapable de décider si cette phrase était d'aussi mauvais goût qu'elle lui avait sembler au premier abord avant de hausser les épaules et de sortir dans Londres à la recherche de son inconnue.
Londres, 21ème siècle. Rien n'étonnait plus les passants. Ou presque.
La silhouette d'un homme accrochait en particulier les regards et personne ne savait s'il fallait sourire ou détourner les yeux. S'il fallait être méfiant ou se moquer.
En effet, si le costume d'un bleu éclatant était quelque peu étrange, l'expression dure et le regard fou qu'il gardait rivés sur un drôle d'instrument qu'il ne cessait d'agiter en tout sens le rendait quelque peu inquiétant.
Car dans ce moment crucial, le docteur - égal à lui-même - oubliait le monde et les gens qui l'entourait.
Sans compagnon pour le rappeler à l'ordre, son monologue à priori incohérent se perdait dans les oreilles de parfaits inconnus. Et quand il se prenait à regarder par dessus son épaule, il ne croisait que des visages contractés par l'incompréhension.
Ce n'est qu'une fois arrivé au bout de sa patience, et alors qu'il venait de reconnaître encore une fois une ombre du passé dans la foule qu'il s'obligea à s'arrêter et inspira quelques instants.
Alors il releva la tête et tâcha d'identifier l'endroit où il se trouvait.
Westminster Bridge. Encore.
Des souvenirs qu'il tentait toujours aussi vainement d'enfouir refirent surface contre son gré. Big Ben détruit par le vaisseau Slitheen. Le 10 Downing Street. Et bien sûr...
Laissant éclater sa frustration, le docteur regarda autour de lui, un cri de rage au bord des lèvres. Le signal était plus for ici. Elle ne pouvait pas être bien loin. Mais la foule se pressait en masse dans les parages. On était sans doute un dimanche. Il détestait les dimanches. Et les guides relataient de manière totalement fantaisiste des événements dont ils ignoraient tout :
"Des aliens aussi grands que 3 hommes, dont les bras possédaient pas moins de trois articulations et qui pouvaient..."
"Des sources sûres certifient que les services secrets auraient organiser tout cela afin de stabiliser les conflits au nord de..."
"Le feu alien ravageait tout ! Même les eaux de la Tamise brûlaient !"
Incapable d'en écouter d'avantage, il se coupa du monde extérieur et escalada le parapet afin d'avoir un meilleur point de vue de l'endroit. Se suspendant à moitié au dessus du fleuve en enroulant un bras autour d'un lampadaire, il se remit à la recherche de la jeune fille parmi les badauds. De sa main libre, il brandissait son tournevis sonique pour orienter ses recherches et son regard se porta sur les visages des passants qui le fixaient de plus en plus. Il lui fallu une bonne minute avant de se rendre compte que les expressions qu'affichaient les gens sur le pont traduisait une inquiétude, voire une terreur certaine quand ils le regardaient. Soudain perplexe, il allait interrompre sa recherche quand enfin il crut apercevoir quelqu'un qui correspondait au signalement de la jeune fille qui s'éloignait et allait descendre sur les quais. C'est environ à ce moment également qu'une paire de bras l'enserra au niveau des jambes, les déséquilibrant à moitié.
Arquant un sourcil, il se concentra à nouveau sur les bruits qui l'entourait pour s'apercevoir que le silence s'était fait autour de lui.
"Monsieur, je vous en prie, ne faites pas cela. Je vais vous demander de descendre."
Alors, la lumière se fit dans l'esprit du docteur. L'absurdité de la situation le fit sourire à pleines dents.
"Oh, vraiment ? Me jeter dans la Tamise ? Vous autres humains avaient toujours des idées parfaitement amusantes."
Descendant de son promontoire, il défroissa la veste du policier du revers de la main tout en rangeant son tournevis sonique de l'autre dans la poche intérieur de son propre manteau...
Avant de s'enfuir à toutes jambes à travers la foule de curieux en direction de l'endroit où il lui semblait avoir vu son inconnue.
Une fois sur les quais, il se glissa dans les ombres sous le pont afin de s'assurer qu'il n'était pas suivi. La voix du policier sembla s'approcher un instant, se répercutant sous la voûte de pierre de la structure lorsqu'il se pencha par dessus la rambarde de l'escalier pour jeter un œil rapide mais passa la position du Docteur sans le voir. Les bruits s'éloignèrent avec lui après qu'il se fut engagé sur la route qui le mènerait à l'abbaye de Westminster.
Profitant de ce répit, il reprit sa recherche en fouillant l'espace de son tournevis sonique. Le signal s'affaiblissait dans la mémoire de l'appareil, il allait falloir faire vite. Il pivotait lentement sur ses talons, les yeux rivés sur les diodes indiquant la direction de la source pour ne rien rater pour finalement tomber presque littéralement nez à nez avec la jeune fille qui attendait patiemment qu'il la remarque.
"Ne vous a-t-on jamais appris qu'il était profondément malpoli de suivre une jeune fille jusque chez elle ?"
Un instant décontenancé par le ton frivole qu'elle utilisait, il rangea en silence le tournevis dans la poche intérieur de sa veste dans un mouvement qu'il garda délibérément lent.
Cela lui permit d'étudier la situation plus clairement. Elle ne semblait pas vraiment surprise de le voir. Elle s'attendait donc à ce qu'il la suive. Peut-être même comptait-elle dessus. Mais comment s'assurer qu'il la retrouverait ? Il fallait lui laisser un indice qu'il serait sûr de trouver.
Mais bien sûr ! C'était l'évidence même ! Son tournevis sonique ! Pourquoi l'utiliser pour actionner le Tardis alors qu'elle était clairement en mesure de le faire manuellement ? Pour lui laisser une empreinte à suivre !
Cette conclusion ne faisait que le rendre plus perplexe et méfiant. Elle savait apparement qui il était si elle l'avait effectivement invité à la suivre. Mais dans quel but ? Elle devait se douter que son petit numéro le laisserait...mécontent. Il tâcha de garder son ton de voix plaisant mais son regard s'était fait de glace.
"Partir sans même me laisser votre nom après un tel...coup de foudre."
Il frotta un instant son crâne où la bosse lui rappelait encore la chute douloureuse qu'il avait faite lors de leur rencontre.
"Et vous avez laissé une telle impression de vide dans mon vaisseau que je vais me voir obligé de vous y ramener."
Pendant quelques instants, une expression de choc marqua les traits de l'inconnue. Mais à nouveau, ses traits s'adoucirent et sa voix prit l'intonation d'une mère maternant un enfant.
"Je ne peux pas. Vous comprenez ? J'ai quelque chose à faire ici. Il m'est impossible de repartir avant d'en avoir fini.
- Non, je crois que c'est vous qui ne comprenez pas la situation. Je ne suis pas en train de vous donner un choix. Vous venez avec moi.
- Ou sinon quoi...Docteur ?"
Décidément, cette jeune fille allait de surprise en surprise. Et il sentait au fond de lui que sa curiosité en était piquée : elle connaissait son nom. Et son ton impliquait qu'elle savait qu'il n'avait aucune menace à mettre à exécution.
"Miss...?
- Jenny."
Il passa outre les pincements aux cœurs.
"Miss Jenny. J'ignore pour le moment qui vous êtes ou ce que vous faites ici. Et très honnêtement, je n'en pas grand chose à faire. Mais ayant cassé mon vaisseau, je ne peux pas vous laisser vaquer à vos occupations. Je ne le peux tout simplement pas."
Elle eut un soupir et regarda un instant le mur du pont, les yeux dans le vague.
"Très bien, dit-elle en rivant à nouveau les yeux sur lui, nous irons au Tardis. Mais venez-moi en aide après."
Ce fut au tour du Docteur de la fixer intensément. Il était sûr de ne jamais avoir prononcé le nom du Tardis. Il sentait que sa curiosité l'emportait. Il ne pouvait pas rester sans réponse aux questions qu'il se posait à son sujet. Et il pouvait difficilement résister à une demande à l'aide venant d'une inconnue comme elle. Plusieurs théories se formaient dans son esprit et soit il lui viendrait effectivement en aide, soit il la stopperait. Par tous les moyens.
Le retour vers le Tardis s'était fait presque dans le silence le plus absolu. Après quelques centaines de mètres, elle avait pris son bras avec le sien et s'était rapproché de lui. Mal à l'aise, il avait tenté de se dégager mais elle avait répliqué :
"Allons ! Au moins, vous êtes sûr que je ne m'échapperai pas !"
Il avait acquiescé dans un soupir. Il se prit quelques instants à imaginer que c'était Rose qui se tenait à ses côtés. Il enfonça ses mains dans les poches de son long manteau et le silence confortable dans lequel ils marchèrent lui convint tout à fait.
Lorsqu'enfin ils arrivèrent au Tardis, elle se décrocha et alla regarder la console de plus près.
"Alors ? Montrez-moi donc cette vilaine panne."
A son tour, il remonta la passerelle et jeta un œil à l'écran de contrôle qui indiquait toujours la plus grande normalité. Sûr de lui et désinvolte, il actionna le levier d'un mouvement habile du poignet.
Et à la plus grande surprise, le Tardis se mit en route.
Ne s'attendant pas à ce résultat, il ne s'était pas tenu prêt aux secousses et ce fut Jenny qui l'empêcha de tomber.
Cependant, abruptement, tout s'arrêta.
"Oh non. Non, non, non, non, non. Pas encore."
Mais cette fois, l'écran donna une information : [ Coordonnées spatio-temporelles verrouillées].
Le Tardis ne partirait pas tant qu'il n'aurait pas résolu une crise actuellement en cours.
"Vous voyez ? Rien de cassé."
Il répondit en marmonnant :
"Si on veut..."
Quelque chose lui échappait, très clairement. Et c'était probablement sous son nez.
"Maintenant que vous êtes rassuré, pourrait-on revenir à la situation présente ?"
Pour rejeter de son esprit le problème que lui posait le Tardis, le Docteur se retourna et alla prendre appui sur la rambarde, avec une nonchalance feinte et posa sa tête dans ses mains. Tournant un instant son visage vers elle, il lui lança :
"Allons-y alors. Je vous écoute Jenny, dites-moi tout."
Elle eut un sourire en coin qu'il interpréta comme un simple "Vraiment?" moqueur.
"Il y a cet appel. Et je dois y répondre.
- Un appel ?
- Constamment. C'est obsédant. D'ordinaire, je peux en faire relativement abstraction. Mais celui-ci est très étrange. Je n'ai jamais rien entendu de tel. C'est comme s'il fallait vraiment que ce soit moi. Je n'arrive pas à l'ignorer. Je dois absolument aller voir. Sinon je crois que je pourrai devenir folle."
Se détournant à nouveau d'elle, il fronça les sourcils et réfléchit un instant.
"Si je vous dis que je peux entendre cet appel si vous m'ouvrez votre esprit, me laisserez-vous faire ?"
Il n'y eut pas une seconde ni une inflexion d'hésitation dans sa réponse.
"Oui."
Il se retourna alors et lui fit face.
"Vous n'avez pas l'air très inquiète ni même surprise que je puisse pénétrer votre esprit.
- Oh, tant que vous n'essayez pas de forcer les portes que je fermerai devant vous."
Il pencha légèrement la tête sur le côté, seul mouvement qui trahissait l'augmentation de son intérêt quand elle utilisa son analogie favorite des portes.
"Bien, alors asseyons-nous."
Et joignant le geste à la parole, il s'installa sur le sol, en tailleur et attendit qu'elle en fasse de même en face de lui.
Dans un mouvement fluide, elle le rejoint et délia les muscles de sa nuque d'un petit mouvement de tête avant de poser ses mains délicatement sur ses genoux à lui avant d'approcher légèrement son visage de lui.
Elle riva son regard dans le sien et avec un léger sourire, se pinça les lèvres avant de fermer les yeux.
Il se demanda un instant si elle ne se moquait pas de lui puis se concentra à nouveau sur la tâche qui l'attendait.
Il leva les mains et, de quelques coups de poignets, les assouplis avant de venir les poser sur les tempes de Jenny. Il ne perçut au début qu'un bruit lointain. Comme si une trop grande distance le séparait de cet appel, ou comme si elle le gardait consciemment éloigné. Il décida alors d'accoler leurs fronts afin d'augmenter le lien télépathique.
Il fut alors comme aspirer par l'appel et se retrouva au cœur d'un gigantesque maelstrom de voix, de bruits et de couleurs.
Autour de lui, cette tempête faisait rage et il prit conscience qu'il était au cœur même de l'appel qu'entendait Jenny.
"C'est impossible ! Aucun être humain ne peut résister à une telle cacophonie !"
Des fragments d'images, trop fugace pour qu'il puisse réellement discerner quoi que ce soit dansaient sur les courants des vents psychiques.
Au delà de la beauté et de la férocité de la situation, il réalisa également la dangerosité que ce phénomène comportait également pour lui. Il ne devait pas y rester trop longtemps exposé. Sinon, son esprit n'y résisterait pas et se fragmenterait.
Il jeta un dernier coup d'œil afin d'en imprimer le souvenir dans sa mémoire le plus distinctement possible. Il ne put s'empêcher de noter que quelque chose ici lui semblait familier mais il fut dans l'incapacité de trouver de quoi il s'agissait.
Une fois cela fait, il brisa le lien mental afin de revenir à la réalité.
Mais rien ne se produisit.
Dans un rare instant de panique, il comprit que l'appel qui l'entourait l'isolait totalement du monde extérieur.
Il était prisonnier !
Le spectacle eût tôt fait de perdre de sa superbe lorsqu'il prit conscience de la situation. Ce message, d'une nature et d'une origine inconnue, semblait presque vivant et visiblement furieux de sa présence.
Le docteur tenta de voir au-delà des vents tourbillonnants mais rien n'était visible que les couleurs et les flashs fugaces qui composaient cette tempête. Il pensa un instant à son tournevis sonique mais dans ce monde immatériel, il n'était qu'une projection psychique de sa conscience. Et en tant que tel, il n'avait accès à rien.
Tout tourbillonnait et il avait la désagréable sensation que cela s'accélérait. Il tenta de fermer les yeux afin de calmer cette impression de mal de mer qui montait mais le bruit seul se révéla encore pire avec les voix qui chuchotaient presque à son oreille des mots qui n'arrivaient pas à saisir mais le glaçait d'effroi. Il ouvrit à nouveau les yeux et tourna légèrement sur lui-même cherchant...quelque chose, n'importe quoi qui pourrait le sortir de là. Mais il n'y avait rien. Le visage contracté par la frustration que générait son incapacité à agir, il regarda vers le haut quelques secondes, puis, risquant le tout pour le tout, il se précipita directement dans la tempête.
Il fut immédiatement soulevé de terre et emporté par la furie des vents.
Maintenant qu'il était projeté au sein même de l'appel, les voix ne se contentèrent plus de chuchoter mais hurlèrent sans cohérence et la douleur que cela provoqua chez lui fit qu'il joignit sa propre voix au chœur par ses propres hurlements incontrôlés.
Il tourbillonna ce qui lui sembla être une éternité et il sentait sa conscience se fragiliser sous les effets répétés de l'appel. Cependant, il crut commencer à distinguer un motif dans le tourbillon qui une minute plus tôt lui paraissait totalement incompréhensible. Le problème ensuite venait du fait qu'il commençait à avoir des difficultés à raisonner suffisamment clairement mais la conclusion s'imposait clairement à son esprit : d'où que vienne ce message, il était généré par une machine. Peut-être toute cette histoire n'avait été qu'une nouvelle machination pour le piéger.
Et quel piège. Malmenée, sa forme psychique perdait petit à petit sa forme et bientôt, il se dissiperait dans le néant.
S'il parvenait à atteindre le sommet du courant, il pourrait s'en échapper. A court d'autres idées, il tenta de contrôler ses déplacements et de se stabiliser. Son corps se déforma un peu plus, faisant prendre à ses membres des courbures étranges. Et s'il pouvait utiliser cela à son avantage afin de se diriger vers son but...alors peut-être...peut-être...Mais son esprit commençait à l'abandonner petit à petit face à cette réalité totalement impossible.
Il cria alors aussi fort qu'il le pouvait afin de couvrir les voix autour de lui et pour se donner du courage autant que possible alors qu'il poursuivait son ascension. Et au plus il montait, au plus il perdait pied avec le réel. Il crut voir dans les vents des images de son passé. Le vortex du temps, Rose, le Maître, Donna...Et il s'aperçut alors que des larmes coulaient librement sur ses joues. Lui qui croyait ne plus en avoir à verser. Peut-être la perspective d'une mort finale les avait libérées.
Enfin, il parvint au sommet et tenta de s'extraire du maelstrom. Mais la vélocité qu'il avait acquise durant la montée ne lui suffit qu'à s'élever quelques mètres au-dessus de la tourmente.
Un instant, il flotta paisiblement et le bruit sous lui crut s'arrêter comme retenant son souffle. Mais le momentum ne pouvait s'éterniser au-delà de ces quelques secondes, et la chute commença. Laissant sa forme psychique tomber librement, il ferma les yeux et se prépara à sa fin. Car sans espoir de sortir de là, seul, il ne lui restait qu'à attendre.
Combien de temps cela allait-il prendre ?
Quelques secondes ?
Quelques minutes ?
Plus encore ?
Il n'arrivait même plus à évaluer ce genre de choses.
Il sentit alors le sol contre son dos et se sut revenu au cœur même du Maelstrom. Au moins serait-il dans un calme relatif. Il se ferma alors au monde extérieur et là, au plus profond de lui-même, se plongea dans des pensées qui n'appartenaient qu'à lui.
Rien ne bougeait plus dans l'œil du cyclone. Les voix n'avaient plus personne pour les entendre mais continuaient leurs chuchotements incessants. Les vents n'avaient plus rien à porter mais continuaient à battre l'espace continuellement. Les couleurs n'avaient plus d'yeux à éblouir mais continuaient à projeter leurs chatoiements sur la forme comme endormi du docteur.
Rien ne bougeait plus au milieu de la tourmente. Si ce n'était un coin de l'espace qui se mit un court instant à onduler.
Dans le silence des tréfonds de son âme, le docteur crut percevoir une vibration. Comme des vagues qui perturberaient le vide autour de lui. Il rassembla ce qui restait de sa conscience et tâcha de se concentrer.
Un son ? La vibration semblait être un son qui percutait son esprit par deux fois chaque qu'il se produisait.
Bom-bom.
Bom-bom.
Mais le son lui-même, il n'arrivait pas à le distinguer. Comment entendait-on ? Il lui fallut faire un effort surhumain pour s'en souvenir et réussir à comprendre ce qu'on lui disait.
"Docteur !"
Ouvrant grands les yeux, il regarda sur sa droite et vit l'espace onduler de plus en plus fort pour finalement se déchirer. Une main émergea alors ainsi que le cri, répété :
"Docteur !"
Sans hésiter, il tendit son bras et saisit l'aide qu'on lui apportait. Il sentit alors qu'on le tirait hors de là.
Puis ce fut le noir total.
