Chapitre 5
"Hamilton, j'ai besoin de votre aide pour la suite."
Tirant le scientifique de son passé, le Docteur lui fit signe de l'accompagner vers la machine Dalek qui continuait de générer l'appel qui avait attiré Jenny jusqu'ici. Le silence qui l'entourait malgré la masse que devaient représenter les sphères tourbillonnantes rendaient l'ensemble toujours aussi hypnotisant.
Les deux hommes restèrent un instant dans une contemplation qui tirait malgré tout vers l'horreur que leur inspirait le plan des Daleks.
Hamilton fut le premier à reprendre la parole:
"J'ai bien compris que vous voulez sauver la situation. Et je vois bien que vous avez besoin de mon aide. Mais il va bien falloir que vous m'expliquiez de quoi il retourne."
Le Docteur se tourna, interpellé, vers le professeur:
"J'ai pourtant déjà commencé à vous dire ce qu'il se passe ici. Mais soit. Voyez-vous, cette machine génère une anomalie temporaire qui a fait venir la matrice de mon Tardis sous forme humaine afin de pouvoir régler cette anomalie qu'elle a jugé trop importante pour me laisser m'en charger. Le but de la manipulation pour les Daleks était de l'amener ici afin de la capturer et l'emprisonner dans une sorte de prison temporelle qui leur servirait ensuite à extraire son énergie. Cette énergie alimenterait la phase finale de leur plan qui se résume à une simple instruction visant à amener ici et maintenant les Daleks bloqués dans une guerre qu'il serait trop long de vous expliquer. Ils ont par contre omis de protéger l'élément central de leur plan qui n'était autre que l'unité de stockage de cette instruction.
J'ai donc pu altérer celle-ci pour inverser ses effets et revenir à un espace-temps où ils n'auraient jamais fait leur entrée en plein Londres. C'est pour cela que les Daleks comme votre ancien ami près des cellules sont mes préférés. Ils négligent toujours un point essentiel dans leur plan."
Le Docteur eut un sourire se voulant encourageant pour son compagnon mais l'expression de celui-ci restait quelque peu dépassée.
"Toujours est-il que ce qu'il nous faut faire à présent est pour le moins délicat. Nous devons parvenir à sortir Jenny de là où elle se trouve. Certes son énergie n'alimente plus une invasion Dalek mais comme cette énergie est extraite sans but, elle s'accumule et risque à tout moment d'exploser. Vu qu'elle est une matrice servant à voyager à travers le temps et l'espace, je vous laisse le soin d'imaginer la puissance d'une telle déflagration et ses conséquences."
Il s'arrêta quelques secondes le temps de se représenter le feu d'artifice que pouvait devenir la galaxie entière s'il ne faisait rien. Et si une partie de lui s'émerveillait du spectacle, sa conscience et son instinct de survie se chargèrent de le ramener à la réalité.
"Nous pouvons toutefois empêcher cela, mais j'ai besoin de votre aide, comme je vous le disais. Il va falloi_r que je trouve le moyen d'outrepasser le Timelock afin d'en sortir Jenny. A ce moment précis, vous devrez arrêter la machine. Le timing sera ici essentiel. Si vous l'arrêtez avant que je n'ai réussi à la sortir, elle se dématérialisera dans le Timelock et sera siphonner. Je vous laisse en déduire la suite. Si vous le faites trop tard, la transition de sortie du Timelock réduira son enveloppe corporelle en cendre.
- Comment pourrais-je savoir quel sera ce moment ?
- C'est là que je vais avoir besoin de cet électroencéphalogramme donc je vous parlais. Le pic d'activité sera votre signal. Quand à la dernière étape, je m'en charge. J'ai déjà tout ce qu'il me faut. Préparez votre machine et calibrez-la. Je vais, de mon côté, m'occuper de la première étape de notre plan."
Hamilton partit donc du côté des machine reliées à sa fille, où il savait pouvoir trouver ce que le Docteur lui demandait. L'ordinateur devant traiter les données se trouvait raccorder à la console qui monitorait en permanence l'état de sa fille.
Il eut une instant d'hésitation et ne put la regarder alors qu'il débranchait le tout. Quand bien même il ne faisait qu'enlever un outil de surveillance, il avait la sensation de l'abandonner encore, de l'isoler un peu plus du monde.
Il récupéra également le casque qu'il devrait fixer sur le crâne du Docteur et qui capterait l'électricité qu'émettaient ses neurones. Il dut d'ailleurs nettoyer l'instrument qui servirait aux mesures et qui n'avait pas servi depuis le calibrage qu'il avait effectué il y avait de ça quinze ans maintenant. Depuis, la machine avait travaillé sur les mesures faites directement dans le liquide de la cuve.
Ainsi équipé, il poussa son fardeau au travers du laboratoire jusqu'à l'endroit qu'avait choisi le Docteur pour l'exécution de son plan. Il s'était installé au pied de la machine et semblait...méditer.
Lorsque Hamilton l'eut rejoint, il ouvrit les yeux et se leva immédiatement pour se jeter sur la machine.
"Quelles ondes comptez-vous capter ?
- Les phi.
- Les ondes...mais elles n'existent pas !
- Détrompez-vous. Ce sont notamment celles des activités télépathiques."
Hamilton en avait maintenant assez vu et entendu pour ne plus questionner les étranges déclarations de l'homme qui lui faisait face.
"Bien ! Hamilton, nous voilà prêt. Il ne nous reste plus qu'à nous lancer."
Un hochement de tête résolu fut la réponse qu'il obtint.
"Alors, allons-y !"
Alors qu'Hamilton fixait le casque sur le crâne du Docteur, celui-ci avait repris sa position au sol et avait de nouveau fermé les yeux. Dans sa main droite, il tenait le tournevis sonique de Jenny. Le sien était posé devant lui, sur les dalles du laboratoire. Il attendait son heure.
Hamilton entendit l'ordinateur commencer son travail lorsqu'il eut branché la dernière électrode. L'activité des ondes phi restait pour le moment très faible. Le niveau d'alerte ne serait pas atteint tout de suite. Il allait falloir s'armer de patience, et garder son calme.
Le Docteur, quand à lui, tâchait de se remémorer ce qu'il s'était passé avec Jenny lorsqu'il s'était retrouvé pris au piège par l'appel. Il espérait pour réaliser la même prouesse à présent. A deux détails près : il n'était pas une matrice de Tardis et ils n'étaient pas non plus en contact physique direct. Il espérait sincèrement que le tournevis sonique que s'était créé Jenny serait suffisamment proche d'elle psychiquement. Après tout, n'avait-elle pas fabriquer tous les autres tournevis qu'il avait utilisé jusqu'alors ?
Par contre, pour réussir à ouvrir une brèche dans un espace-temps bloqué, il n'avait pas encore la moindre idée de comment il allait procéder. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était essayer.
Il tenta tant bien que mal de se représenter les traits de la jeune fille. Sa coiffure, son regard, la forme de son visage. Mais plus il se concentrait , et plus l'image devenait flou pour se changer en d'autres personnes familières : les yeux de Rose, le sourire de Martha, les cheveux de Donna. Il ne put s'empêcher d'entendre cette dernière l'invectiver comme elle avait pu le faire à de nombreuses reprises par le passé.
Enfin, ses ombres s'estompèrent, le laissant à nouveau seul dans les ténèbres.
La panique l'envahit quelques instants, incapable de se souvenir précisément de l'apparence de sa plus vieille amie.
Au loin, cependant, un son perça doucement le silence. Ce bruit lui était aussi familier que son propre visage. C'était même bien plus que ça. Depuis toutes ses années, tous ces sièches, lui avait changé d'apparence à maintes reprises. Alors que cette vibration qui résonnait au plus profond de son être n'avait jamais variée, n'avait jamais modulée et se répercutait, claire, au sein de l'espace, des espaces même car le Docteur avait immédiatement reconnue la musique si caractéristique de son Tardis en vol.
Bien sûr, quel idiotie de sa part que d'essayer de se souvenir du visage de Jenny alors que celui-ci n'était jamais qu'une image empruntée. Il pouvait en revanche se représenter sans problème la vraie nature de celle-ci. Depuis le temps qu'ils voyageaient ensemble elle et lui, il pouvait presque sentir sous ses doigts le bois de la police box, et le noir se teinta bientôt d'un bleu profond. Le bruit qu'il aimait tant et qui résumait à lui seul la majeure partie de sa vie et de ce qu'il était s'amplifia jusqu'à tout envahir.
Le Docteur eut alors la conviction qu'il n'était plus seul. De son côté, malgré la douleur et la terreur, Jenny se battait également et tentait de le rejoindre de toutes ses forces. S'il pouvait établir une connexion entre eux, alors il pourrait certainement l'atteindre. Il serra le point à s'en faire blanchir les articulations. Il avait envie de hurler sa frustration mais préféra n'en rien faire de peur de briser sa concentration.
Il tâcha alors de ne plus écouter que le son toujours omniprésent, de ne plus voir que cette couleur bleue qu'il aimait tant, de ne plus sentir que le bois sous ses doigts.
Rendre palpable sa présence, remonter le fil de sa conscience, traverser le vide qui les séparait et enfin, la retrouver et la sauver. Cette unique pensée l'obsédait à présent au point de le rendre fou. Il sentait qu'il se rapprochait de son but et su que l'ordinateur d'Hamilton devait commencer à s'affoler. Mais le seuil d'alerte n'était pas encore atteint. Il espérait que le scientifique saurait identifier le bon moment.
Quand soudain, au milieu du bleu uniforme de l'espace, une légère zébrure, à peine une fêlure, apparue devant lui. La lumière irradiait de l'autre côté avec une incandescence aveuglante qui tranchait avec la semi-obscurité ambiante.
Le Docteur se sentit plonger vers elle et agrippa afin de tenter d'en forcer l'ouverture. Mais il avait beau se battre, la force brute n'était visiblement pas une solution et rien n'y faisait.
Alors, au creux de sa main, la sensation froide du métal se rappela à lui et le tournevis de Jenny se matérialisa.
Le Docteur comprit que le pouvoir de la matrice du Tardis commençait à filtrer et avait rendu ce petit miracle possible.
Immédiatement, il s'éloigna de la faille et pointa dessus l'instrument qui se mit au travail. Rapidement, la simple lézarde commença à s'étendre et à grossir jusqu'à atteindre la taille d'un homme. La lumière éblouissante venant de l'autre côté l'empêchait de voir s'il avait réussi mais tout à coup, le silence de l'espace en face de lui se brisa et un cri surpassant en puissant le son de son Tardis bien-aimé déchira l'air :
"Docteur !"
"Docteur !"
Aucune doute sur l'origine de la voix, c'était bel et bien Jenny. Il n'eut aucune hésitation au moment de franchir la faille et se jeta à l'intérieur.
La traversée lui sembla durer une éternité. Et pendant ce laps de temps, il eut la sensation de chuter, chuter, toujours et encore. Cela ne lui rappela que trop ce qu'il avait vécu au cœur du maelstrom.
Il s'accrochait au tournevis sonique comme à une bouée de sauvetage, serrant les dents et espérant qu'il le mènerait à destination.
Et soudain, un sol sous ses pieds. Et autour de lui, un chaos total.
Une tempête d'une puissance infiniment supérieur à celle qui avait failli le tuer, au milieu de laquelle se trouvait Jenny. Mais ici, aucun appel ne résonnait, alors que pouvaient bien être les vents furieux qu'il avait sous les yeux.
Quand il eut compris, ses pupilles se dilatèrent et l'adrénaline monta d'un cran. Sans attendre un instant de plus que cesse son sentiment nauséeux dû au passage dans la faille, il se précipita vers Jenny afin d'empêcher la réaction en chaîne. L'énergie extraite de la matrice alimentait la tornade qui crépitait tant elle avait engrangée une quantité importante d'énergie. La masse critique était sur le point d'être atteinte et l'explosion devait être imminente.
Le Docteur n'était plus qu'à quelques pas de la jeune fille qui se tenait prostrée au milieu de tout cela, les traits tendus, la bouche ouverte en un cri constant.
Sans hésiter, il lui saisit la main et la plaqua contre lui. La soulevant du sol, il n'attendit pas qu'elle réagisse et se retourna vers la sortie pour s'y rendre aussi vite que son fardeau le lui permettait. Il s'aperçut avec horreur que sans l'action du sonique, la faille se refermait doucement sur elle-même. Puisant dans ses dernières ressources mentales, il accéléra à nouveau et se jeta de l'autre côté, espérant que l'énergie finirait par se dissiper. Il pensa aussi à Hamilton, priant que celui-ci ait bien identifié le signal et que la machine allait s'arrêter à temps.
Et alors que la chute l'emmenait une nouvelle fois vers un espace-temps différent, il sentit Jenny passer ses bras autour de son cou avant de murmurer un simple "merci". A cet instant précis, le lien mental qui les liait fut rompu. Le silence se fit total, le bleu se teinta de noir et le sonique qu'il serrait toujours dans sa main disparut.
Craignant que quelque chose ne se soit mal passé, il sortit le plus vite possible de sa transe télépathique.
De retour sur le sol du laboratoire, il arracha le câble du casque ECG, se releva, non s'en ramasser son propre sonique, et se retrouva debout, légèrement désorienté.
Hamilton bredouilla :
"Docteur, dépêchez-vous, il y a eu un bruit étrange provenant de là-bas."
Aussitôt, le Docteur se remit à courir vers la position qu'avait occupé Jenny. Désormais, seul une masse lumineuse commençant lentement à se dissiper restait. Il pointa immédiatement son tournevis sonique sur elle et s'empressa de l'uploader dans la nouvelle mémoire qu'il avait greffé.
"Allez, Jenny, un dernier effort, ne me lâche pas maintenant !"
Il voyait la jauge verte du modulateur de cristaux se charger d'un signal fort.
Dès l'opération terminée, il se mit à courir sans même jeter un regard en arrière vers Hamilton. Il ne vit pas non plus qu'une partie de l'énergie de sa matrice s'était détachée du reste avant qu'il n'arrive et flottait doucement dans le laboratoire.
Le Docteur courut au travers des couloirs, comme dément. Il passa d'un bond le mur creux de l'entrée avant de remonter les escaliers menant au pont de Westminster.
Sa course effrénée ne l'empêcha pas de remarquer que le cours de la vie avait bel et bien reprit à Londres ce qui eut pour effet de le rendre euphorique. Et finalement, le Tardis, son Tardis était en vue. Il entra presque littérallement en collision avec la porte qui s'ouvrit avec fracas sur la salle des commandes. Les lumières étaint à une intensité minimale et seuls les écrans continuaient à diffuser un doux vrombissement tout en affichant le même message que la dernière fois qu'il les avait quittés.
Mais il n'avait d'yeux que pour le terminal externe où il appliqua son sonique de la même manière que Jenny quelques heures plus tôt.
Lorsque le signal se fut éteint sur son instrument, rien ne se passa. Aucune trace du retour de la matrice au sein du Tardis. Rien.
"Oh, allez, Jenny, ne me laisse pas tomber maintenant !"
Et comme pour répondre à sa demande, les lumières se rallumèrent, les écrans changèrent d'affichage et le moteur du Tardis lui-même se mit en route dans un boucan qui sembla la plus douce des musiques pour le Docteur.
"Brave fille. Tu l'as fait. Tu as réussi."
Il s'assit, une expression satisfaite sur le visage sans se soucier un seul instant de la destination où l'emmener son très cher Tardis.
