Le visage du rouquin se décomposa en voyant les yeux d'Harry regarder soudain dans le vide, comme si un voile s'était posé sur eux. Son corps se raidit, sa respiration devint haletante et irrégulière. C'est alors que Ron comprit.

- H…Harry ? bredouilla Ron, les yeux écarquillés d'horreur.

- Qu'est-ce que t'as fait, Weasley ?

Ron se tourna en direction de la voix et au lieu de découvrir une personne, il en vit deux se précipiter dans sa direction. Deux Mangemorts. Ron se redressa et sortit sa baguette à toute vitesse.

- Ne bougez pas ou je vous descends, sales Mangemorts ! hurla Ron, malgré la terreur qui tenaillait son estomac.

- Silencio, murmura l'un des deux en pointant sa baguette sur le rouquin.

Aussitôt, l'écho de sa voix disparut et Ron recula d'un pas. Les deux serviteurs du Lord Noir firent disparaître leur masque et poussèrent Ron sur le côté pour s'agenouiller près du corps d'Harry. Pansy et Drago s'étaient apprêtés à quitter le château pour une énième nuit de mission lorsqu'ils avaient entendu la bagarre des deux Gryffondor. Drago avait immédiatement reconnu la voix de l'Elu et il n'était pas envisageable pour lui de le laisser se débrouiller seul. Il n'aurait pu se concentrer sur sa mission sans savoir si Harry allait bien. Sans protester, Pansy l'avait suivi dans les dédalles de couloir, en direction des bruits de lutte. Après seulement quatre changements de couloir, ils virent les deux Gryffondor. Drago et Pansy retirèrent la cape qui les rendait invisible et le jeune Malefoy interpella Ron.

A présent, Drago secouait vigoureusement l'Elu par les épaules, tandis que Pansy passait sa main devant ses yeux verts qui étaient maintenant pétrifiés d'horreur.

- Harry ! Qu'est-ce qui t'arrive ? Harry ! s'époumona Drago à bout de nerfs.

- Drago, j'entends des bruits de pas qui s'approchent de nous, prévint Pansy à voix basse. Il faut qu'on file d'ici.

Ron secoua Drago par le bras pour que celui-ci le regarde. Le rouquin pointa sa bouche avec insistance et le Mangemort jeta un « Finite » sur lui avant de prendre le corps d'Harry dans ses bras et de se mettre debout.

- Il faut le stupéfixer, s'empressa d'expliquer Ron. Ne me demandez pas pourquoi mais faites-le.

Des voix se mêlèrent maintenant aux bruits de pas, faisant battre le cœur de Drago encore plus vite. Pouvait-il laisser Harry tout seul, dans cet état ? Devait-il le laisser là pour que quelqu'un l'amène à l'infirmerie ? Une chose était sure : lui et Pansy ne devaient pas être vus là, à cette heure tardive, habillés en Mangemorts, à côté d'Harry qui était si mal en point. Les conclusions auraient été hâtives et les conséquences dramatiques pour tous. Ils avaient encore quelques minutes devant eux avant d'être certains d'arriver en retard pour leur mission. Mais il fallait se décider immédiatement.

Sans un mot, Drago posa les jambes du Gryffondor sur le sol et sortit sa baguette. Il stupéfixa Harry et puis il rangea sa baguette et reprit Harry dans ses bras avant de se mettre aux côtés de Pansy. Cette dernière les recouvrit de la cape d'invisibilité sous l'œil effaré de Ron.

- D'où vous sortez ça ? Et où est-ce que vous allez avec Harry ?

- On va l'emmener dans notre appartement et essayer de réparer tes conneries, siffla Drago avant quitter les lieux.

Ron retourna discrètement dans le dortoir des Gryffondor pour éviter de prendre une punition pour avoir été dans les couloirs à l'heure du couvre-feu. Une fois glissé sous les draps de son lit, Ron se permit enfin de souffler. Les évènements de la nuit l'avaient totalement dépassé et même s'il réfléchissait à une manière de convaincre Hermione de revenir vers lui, une autre partie de son esprit ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son meilleur ami. Harry avait-il finalement une raison valable de s'éloigner de lui et d'Hermione? Une fois la colère passée, Ron pouvait admettre qu'Harry n'était pas un égoïste, bien au contraire. Il avait toujours tout fait au détriment de ses envies et de ses rêves. Sa vie n'était qu'une succession de sacrifices et Ron commençait à comprendre à quel point il avait été injuste de le traiter d'égoïste.

Néanmoins, il n'excusait pas tout à Harry. Si Hermione et lui souffraient ces derniers temps, c'était à cause du silence d'Harry et de la fausse excuse qu'il leur avait donné pour s'éloigner d'eux. Il considérait qu'il leur devait au moins la vérité.

Apparemment, beaucoup de choses avaient changé dans sa vie. Il savait que Pansy et Drago partageaient une nouvelle complicité avec Harry. Il avait pu le constater le jour où Hermione avait posé un ultimatum à Harry pour qu'il leur raconte tout. Ce jour-là, il avait compris que Drago avait pris sa place et Pansy celle d'Hermione. Enfin, peut-être pas exactement. Si Harry avait réagi si violemment à ses paroles, c'était peut-être quand même parce que leur amitié existait toujours et qu'Harry n'était pas indifférent à ce que Ron pouvait penser de lui.

Il y avait peut-être encore quelque chose à sauver de cette tragédie. Mais Ron ne sentait pas encore prêt à s'excuser et à pardonner. Par ailleurs, sa priorité était Hermione. Il fallait qu'il trouve un moyen de la faire revenir. L'idée même de lui avoir faite mal, physiquement et émotionnellement, était intolérable. Il fallait qu'elle le pardonne.

Ron s'endormit sur cette pensée tandis que Drago et Pansy installèrent Harry sur le lit de leur chambre dont les draps étaient défaits et torsadés dans tous les sens. Pansy enleva les chaussures du Gryffondor et Drago s'assit au bord du lit, contemplant gravement le visage pétrifié de l'Elu.

- Que fait-on maintenant ? demanda Pansy d'une voix douce. On le laisse dans cet état pendant notre absence ou on annule le sort, au risque de le retrouver comme tout à l'heure ?

- Je pense qu'on devrait voir comment il va maintenant. Je m'en occupe, décida le Mangemort en pointant sa baguette sur le Gryffondor.

A peine libéré de l'effet du sort, Harry laissa échapper un sanglot et couvrit sa bouche de ses mains, les yeux se remplissant instantanément de larmes. Drago posa sa main contre une joue d'Harry et se pencha au-dessus de lui pour que leurs yeux soient au même niveau.

- C'est fini, Harry. C'est fini.

- Oh mon dieu, Drago…

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Raconte-moi.

C'était tellement atroce ! Oh comme j'aimerais pouvoir effacer ce que j'ai vu ! Je ne veux pas que ça arrive !

- De quoi parles-tu ?

- Il a forcé des images dans ma tête pour me punir d'avoir vu son plan ! Des images tellement…tellement…

- Harry, tu es incompréhensible. S'il te plaît, essaye de reprendre tes esprits.

- Est-ce qu'on peut réduire des gens en cendres ?

Drago ne put s'empêcher de tourner la tête pour échanger un regard avec Pansy qui était restée en retrait, comme si elle leur laissait un peu d'intimité. Le Mangemort se retourna vers Harry et caressa doucement son visage.

- Oui, c'est possible. Pourquoi le demandes-tu ?

- C'est ce qu'il a promis de faire à Hermione et à Ron si je persiste à l'espionner.

- Tu parles de Voldemort, c'est ça ?

- Oui, nous sommes connectés d'une certaine manière, expliqua Harry avant de se redresser. Je dois absolument parler à Rogue. Je viens de découvrir ce que ce salopard projette de faire demain.

- Oh du calme ! Tu ne vas nulle part après la frayeur que tu m'as faite. Toi tu te reposes et moi je vais lui dire ce qu'il doit savoir.

- Je ne voudrais pas être chiante, intervint Pansy pour la première fois, mais j'aimerais bien comprendre ce que ça change qu'on le mette au courant ou pas. Je veux bien croire qu'il soit de notre côté mais il n'a aucun pouvoir pour contrecarrer les plans de Voldemort, si?

- Rogue fait partie d'une organisation secrète qui rassemble des Aurors, des politiciens de confiance et des jeunes volontaires. Il pourra les mettre au courant. J'ignore le but sous-jacent de ce massacre mais gagner du temps nous permettra de sauver des vies et peut-être de contrer son plan.

- Drago, on n'a vraiment plus beaucoup de temps, rappela Pansy.

- Allez-y, je vais bien maintenant. Moi je vais aller prévenir Rogue.

Drago regarda sa montre et comprit qu'il était vraiment l'heure de partir. Soupirant longuement, il se mit debout et posa une main sur l'épaule d'Harry.

- Très bien, mais après reviens ici, d'accord ? Après ta dispute avec Ron, je n'ai aucune envie que tu dormes dans la même pièce que ce crétin.

- Euh, je ne pense pas que ça convienne à tout le monde…fit prudemment remarquer l'Elu en observant Pansy du coin de l'œil.

- Non, c'est ok, dit-elle en regardant ailleurs. Tu peux rester dormir avec nous.

- Merci, c'est vraiment gentil de votre part. Et merci aussi pour tout à l'heure. J'ignore qui m'a stupéfixé mais en tout cas, ça a eu l'effet que j'espérais.

- Tu veux dire que ça a coupé la connexion que tu avais avec Voldemort ?

- Oui, c'est ça. Allez maintenant, il est temps pour vous de partir.

- A plus, Potter, dit Pansy en prenant la main de Drago avant de quitter leur appartement.

Harry alla donc raconter ce qu'il avait découvert à un Rogue en pyjama noir et à la mauvaise humeur. Le Gryffondor était surpris de constater que le professeur de potions pouvait être encore plus grincheux qu'il ne l'était déjà en plein jour. Apparemment, il n'appréciait pas beaucoup que quelqu'un se permette d'interrompre son sommeil réparateur.

- Donc, vous dites que Voldemort retient les représentants d'état qui devaient assister à la réunion organisée par Monsieur Cabot et qu'il compte les faire exécuter dans leur pays respectif ?

- C'est exact. Ça se passera dans une ville située à la frontière du pays. Voldemort annoncera le lieu et l'heure à laquelle il compte le faire. Cette annonce sera faite publiquement dans les journaux et Voldemort promettra de les laisser partir, ainsi que tous les prisonniers civils qu'ils ont faits, en échange d'une proclamation de sa victoire et de l'annonce d'un partenariat entre les membres du gouvernement actuel et de Voldemort lui-même.

- Pourtant, vous m'avez expliqué qu'une précédente vision de son esprit vous avez laissé croire que ces gens-là étaient tous morts.

- Oui, quelqu'un a dit à Voldemort qu'ils étaient tous morts et j'ai senti une bouffée d'euphorie monter en lui. Mais je n'ai jamais vu les corps. J'ai dû me tromper.

- Et si Voldemort essayait de vous duper avec votre dernière vision ? Et s'ils étaient déjà morts ?

- C'est possible mais qu'est-ce que ça change ? Nous devons tenter quelque chose si c'est vraiment ce qui va arriver.

- Certes.

- En Angleterre, il compte aussi faire du chantage avec les prisonniers civils. Même si Cabot a déjà refusé une alliance, Voldemort espère que cette fois-ci sera la bonne. Ce qui m'inquiète, c'est que la population soit au courant. Les familles dont un proche a disparu vont probablement tenter de les retrouver. Il risque d'y avoir beaucoup de civils aux lieux de rendez-vous.

- Oui, il va nous falloir beaucoup de monde pour sécuriser les lieux et pour protéger la foule.

- Qu'allez-vous faire ?

- Je vais contacter Fol'œil, c'est tout ce que je peux faire. L'Ordre prendra les mesures nécessaires. Et maintenant, dégagez d'ici, Potter ! Ce n'est pas un salon de thé, c'est mon bureau ! Et vous êtes assis dans mon fauteuil ! se plaignit Rogue franchement irrité par la présence de l'Elu.

- Ho lala, qu'est-ce que vous êtes chiant ! On dirait un bébé qui n'a pas fait sa nuit, se moqua Harry.

- Allez allez, foutez le camp !

- Et en plus vous devenez grossier ? Et ensuite vous allez vous transformer en loup-garou ?

- Si vous avez envie de vous faire bouffer, allez voir Lupin, grommela Rogue en claquant la porte devant le nez d'Harry.

Le Gryffondor retourna dans l'appartement des deux Serpentard, non sans avoir hésité un instant. Etait-ce réellement une bonne idée ? Ne risquerait-il pas de compliquer les choses ? Allait-il pouvoir se tenir au côté de Drago ?

Même si le sommeil commençait à alourdir ses paupières, Harry n'alla pas se coucher. Il s'installa sur le canapé où se trouvait Baltus.

- Salut Baltus, murmura Harry le sourire aux lèvres. Désolé de ne pas être venu te dire bonsoir tout à l'heure. C'est que j'avais des choses super importantes à faire. Tu vois, j'essaye de sauuuvveeer le moooonnnde ! dit-il dramatiquement en levant son poing dans l'air comme s'il était en train de faire un discours de campagne politique. Baltus redressa sa petite tête tandis que le poing dressé d'Harry se mit à tournoyer avec conviction. Le Gryffondor gloussa doucement en imaginant à quel point il devait paraître ridicule en cet instant. Baltus lui adressa un regard perplexe.

- Faut pas m'en vouloir, tu sais. Je perds un peu la tête avec tout ce qui m'arrive, soupira le Gryffondor. C'est juste que je voudrais pouvoir rire de temps en temps de ma situation. Tu comprends ?

La chauve-souris rampa vers Harry et se hissa à la force de ses ailes jusqu'à son épaule. De là, elle tendit le cou et se mit à lécher la joue d'Harry. Ce dernier se mit à rire sous les chatouilles de la langue râpeuse. La bête ailée s'arrêta au bout d'un moment, les yeux pétillants de malice.

- Je retrouve enfin la Baltus que j'adore, dit Harry le regard plein de tendresse.

Le Gryffondor s'arrêta de sourire en entendant un bruit qui provenait de la chambre à coucher. Il se leva en faisant attention que la chauve-souris ne se décroche pas de son épaule et alla dans la chambre. Son sourire revint en apercevant Balthazar qui grattait la vitre de ses griffes acérées.

- Regarde Baltus, dit-il en ouvrant la fenêtre, voilà ton homme.

Balthazar entra dans la pièce tandis que le Gryffondor riait en pensant à ce qu'il venait de dire.

- Par Merlin, je dois être fatigué pour raconter ce genre d'idiotie. Je ferais bien d'aller me coucher. AAAARRGGHHH !

Harry sauta sur le lit en voyant Balthazar cracher des gros insectes à moitié morts sur le tapis rouge de la chambre. Baltus s'envola aussitôt de son épaule et vint partager le dîner avec Balthazar.

- Eurk ! Je vous trouvais plus mignons quand vous mangiez des fruits, dit Harry en faisant une grimace de dégoût. En plus, je t'ai laissé me lécher la joue ! s'écria-t-il en se frottant le visage.

Imperturbables, les deux chauves-souris mangèrent avec appétit avant de se nettoyer le pelage et les ailes. Harry les regarda en souriant avant d'aller se glisser sous les draps. Il se sentait un peu gêné d'être dans un lit qui n'était pas le sien mais bien vite le sommeil fit disparaître toutes ses inquiétudes. Baltus et Balthazar allèrent également se coucher sur leur fauteuil favori, blottis l'un contre l'autre.

Deux heures s'étaient écoulées depuis qu'Harry s'était assoupi. C'est alors que la porte d'entrée s'ouvrit sans faire le moindre bruit. Pansy et Drago apparurent de dessous la cape d'invisibilité et ils se dirigèrent dans leur chambre. Ils fermèrent la porte derrière eux et se mirent ensuite en pyjama. Drago vérifia qu'Harry était bien endormi avant de rejoindre Pansy. Cette dernière ouvrit un tiroir de leur commode et en sortit deux cachets d'antiémétique pendant que Drago versa de l'eau dans deux verres. Sans un mot, ils avalèrent leur cachet à l'aide de l'eau et allèrent s'asseoir sur le lit.

- J'ai envie d'une clope, murmura Pansy.

Des bruits de draps qui se froissent leur firent tourner la tête vers Harry. Ce dernier bailla à s'en décrocher la mâchoire et finit par ouvrir les yeux.

- Charmant, commenta la jeune femme d'une voix moqueuse.

- Tu as bien dormi ? demanda Drago en souriant à Pansy d'un air complice.

- Super bien. Votre lit est tellement large qu'on se sent un peu petit, mais à part ça, c'est génial.

- Mais tu es petit, Potty, ricana Pansy.

- Autant que toi, espèce de naine, rétorqua Harry dans un rictus amusé.

- Une clope alors, ça vous dit ? insista Pansy.

- Pourquoi pas ? C'est pas ce qui va nous tuer de toute façon, répondit Harry avant de partir dans un fou rire avec les deux Serpentard.


Salut tout le monde !

Je ne fais que déposer ce chapitre avant de repartir travailler. J'espère que ça vous plaira même si c'est plus court que d'habitude.

La suite devrait vous écoeurer ou vous laisser sur le c** lol !

Merci pour vos reviews et à bientôt !

DarkPotter