- Je dois dire que ça fait du bien de cogner sur un Mangemort, ricana Fol'oeil satisfait avant quitter le bureau du maître de potions.
Sous sa cape d'invisibilité, Harry avançait dans le couloir sombre. En voyant l'Auror sortir du bureau de Rogue en se massant le poing droit, le Gryffondor s'immobilisa, les sourcils froncés. Fol'Oeil paraissait à la fois ravie et énervé. Cela n'augurait rien de bon, pensa Harry. Pour rendre la situation encore plus étrange, le visage de l'Auror se décomposa et ses jambes firent demi-tours en direction du bureau de Rogue. Harry se dépêcha de le suivre pour pouvoir glisser dans la pièce sans que l'Auror ne se doute de rien. Rogue se retourna pour faire face à Fol'Oeil, le regard noir.
- Qu'y a-t-il encore ? râla le professeur de potions, les bras bien croisés sur sa poitrine.
- Juste une idée qui vient surgir dans mon esprit. Permettez…
Le poing de l'Auror atteignit une seconde fois la figure du Mangemort et ce dernier se serait étalé sur le sol si une âme charitable ne l'avait pas secouru à temps…Le Gryffondor possédait maintenant une musculature d'homme qui lui permettait de supporter le poids de son mentor sans difficulté. Il n'avait eu qu'à se placer derrière lui et à ouvrir les bras pour accueillir le corps de Rogue contre son torse. Le Mangemort se redressa vite et Harry se dépêcha de retirer sa cape pour éviter que l'Auror ne lui jette un sort dessus par précaution.
- Par Merlin, Harry Potter ! s'exclama l'Auror. Tu fais bien de montrer ta petite tête. Je suis d'humeur à jeter des sorts cette nuit. Oh, tant que je suis là, je vais t'annoncer la « bonne » nouvelle…
- On a perdu, je sais, coupa Harry.
- Mais c'est génial ! Tout le monde s'en fout à ce que je vois !
- Vous comptez discuter dans mon bureau encore longtemps ? enchaîna Rogue d'une voix glaciale. Je peux sortir si vous préférez…
- C'est bon, je me tire d'ici, grommela l'Auror. Je tenais juste à vous informer que je peux cogner des Mangemorts sans avoir de problème avec cette foutue marque sur mon bras. Sur ce, bonne nuit…
Fol'Oeil quitta la pièce sous le regard consterné de l'Elu.
- De quoi il parle ? demanda Harry au professeur de potions.
- Cet imbécile s'est fait marqué de la même manière que Drago Malefoy. En réalité, il semble que ces marques soient légèrement différentes. Celle de Fol'Oeil autorise les mauvaises pensées envers Voldemort, ce qui n'est pas le cas des anciennes marques. Les gens venus aux rendez-vous ont également été marqués.
Harry se couvrit le visage de ses mains et se frotta énergiquement la peau comme s'il essayait de se réveiller d'un cauchemar.
- Si je comprends bien, toutes ces marques ont un point commun, continua Rogue. Tout ce qui est moldu n'est pas interdit. Cela signifie qu'on peut utiliser des armes moldues ou se battre à mains nues.
- Voldemort pense vraiment que les Moldus sont si inférieurs que ça ? soupira Harry même si c'était une bonne nouvelle pour leur camp.
- J'ose espérer que vous n'attendez pas une réponse de ma part, défia Rogue sans oublier de percher un sourcil pour ajouter du poids à sa provocation.
- Je me demande ce qui est plus rapide entre un coup de feu et jeter un sort ? se demanda Harry, imperturbable.
Le professeur de potions retint une moue de déception et se dirigea vers la porte de sa chambre à coucher.
- Attendez ! s'exclama le Gryffondor en voyant que le Mangemort s'apprêtait à aller dormir. J'étais venu pour vous poser une question.
- Vraiment ? Ce n'était pas pour jouir de mon agréable compagnie ?
- Ça va votre joue ?
- Impeccable.
- Et votre cerveau ? Pas trop secoué ? Faut dire que vous êtes tellement aimable en ce moment que je suis en droit de me poser la question.
- Allez vous faire voir, Potter.
- Répondez à ma question et je vous laisse tranquille. Où en est le professeur Dumbledore ? Combien de temps me reste-t-il à votre avis ?
- Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il ne lui reste plus qu'un Horcruxe à récupérer. Dès qu'il le fera, il reviendra ici ou me préviendra s'il ne peut pas rentrer à Poudlard. Je vous avertirai rapidement, vous avez ma parole.
- Merci, dit le Gryffondor avec gratitude. Au fait, est-il au courant qu'il ne doit pas transplaner ?
- Non, j'ai préféré garder cette information pour moi…
- Oh ça va ! On a compris que vous étiez de mauvaise humeur !
- Mettez-vous seulement à ma place : je passe mes journées à essuyer les plaintes, les pleurnicheries et les questions idiotes.
- C'est bon, vous avez gagné. Je vous laisse.
- Que Merlin soit loué…
Cette nuit-là fut bien trop courte au goût de tout le monde. Harry quitta le lit des Serpentard le visage marqué d'horribles cernes marrons. Le soleil n'était pas encore visible dehors, caché par les monts environnants. Tandis que le Gryffondor était allé rejoindre le professeur McGonagall dans son bureau, Pansy et Drago étaient encore allongés dans le lit.
- Ton visage est très pâle, constata Drago les sourcils froncés. Est-ce que ça va ?
- J'ai mal au ventre, expliqua Pansy entre ses dents. Tu peux me filer un antiémétique, s'il te plaît ?
D'un hochement de tête, Drago se leva et sortit de la chambre. Il alla dans la salle de bain pour remplir un verre d'eau, puis il prit un comprimé qui se trouvait dans un petit flacon au bord de l'évier. Malheureusement, il ne fut pas assez rapide. Pansy déboula soudain dans la salle de bain et déversa le contenu de son estomac dans les toilettes. Tandis que Pansy avait toujours la tête dans la cuvette, Drago s'agenouilla derrière elle et lui caressa le dos avec douceur.
- Fait chier, grogna la jeune femme. Je crois que j'ai la trouille.
- Je sais. Moi aussi, se contenta de répondre le Serpentard d'une voix étonnamment calme.
De son côté, Harry avait réussi à convaincre le professeur McGonagall qu'il ne fallait pas rester les bras croisés. Le Gryffondor avait l'intention de prévenir la population sorcière que l'école de Poudlard était prête à accueillir toute personne refusant de se soumettre à Voldemort. Il voulait que le Seigneur des Ténèbres sache qu'il n'avait pas peur de lui faire résistance et qu'il restait encore de nombreux sorciers capables de lui tenir tête.
Même si Harry avait envie d'entraîner tout ce monde au combat, il savait que des Mangemorts se dissimulaient parmi les rangs d'élèves et qu'il aurait été imprudent de leur montrer leurs stratégies de défense.
Néanmoins, les professeurs se réunirent ce matin-là pour décider de renforcer les moyens de protection autour du château. Pendant ce temps, Harry avait envoyé un communiqué au Chicaneur et à des stations de radios indépendantes. Pour cela, il avait demandé de l'aide à Luna Lovegood. Il l'avait trouvée dans la serre de Mme Chourave, en compagnie de Neville. Ce dernier avait maintenant un laboratoire d'expérience bien à lui, dans un coin de la serre.
Harry avait l'impression de voir deux savants fous, avec leurs éprouvettes et leurs lunettes en plastique pour se protéger les yeux des projections de substances toxiques. Intrigué par leurs activités, le Gryffondor était revenu dans la serre après avoir transmis les parchemins à Hedwige.
- Qu'est-ce que vous faites exactement ? demanda Harry en s'asseyant sur un tabouret derrière le couple.
- Des tas de potions à vrai dire, expliqua Neville les yeux brillants d'excitation. Celle-ci, dit-il en montrant une fiole de couleur orange, ce sera pour accélérer la croissance des arbres et des arbustes de plus de trois cents pour cent. Celle-là, il suffit de la jeter sur l'ennemi pour qu'il se mette à pousser des lianes étrangleuses. Et cette potion-là, dit-il en pointant du doigt un flacon bleu, c'est ma préférée. Tu mets un goutte de ton sang dans le mélange, tu secoues bien, et il ne te suffit plus qu'à choisir l'arbre ou la plante carnivore que tu as envie de contrôler. Tu deviens maître de ses mouvements pendant deux heures d'affilée. C'est pas génial ?
- Neville est un géni, affirma Luna dans un léger sourire. Tu veux nous aider, Harry ?
- Non merci, Luna. Mais je dois dire que pour une fois, le monde des plantes m'intéresse.
- Ravi de l'apprendre, dit Neville sans se détourner de ses manipulations.
- J'imagine que vous préparez tout ça au cas où il faille se battre à Poudlard ?
- Que veux-tu dire ? demanda Neville en faisant face à Harry.
- Eh bien, Voldemort ne sera pas content de voir que l'école lui tient tête. Je pense qu'il s'en prendra à nous quoiqu'il arrive, d'autant plus que Dumbledore a toujours expliqué que ce château abriterait tout sorcier qui ne veut pas abdiquer devant Voldemort et qui recherche protection.
- Harry, si je suis ici, c'est pour protéger ce château, je te l'ai déjà dit. Si d'autres personnes veulent apprendre à utiliser ces potions, je veux bien, mais tu devras t'assurer que ce ne sont pas des Mangemorts infiltrés. En clair, aucun Serpentard, notamment Malefoy, termina-t-il dans une grimace de dégoût.
- Tu ne regrettes donc toujours pas tes actes ? demanda Harry en serrant les poings.
- Pourquoi le devrais-je ? Rien n'a changé si ce n'est que je ne peux plus rien faire contre lui. Mon désir de vengeance n'en est pas moins présent. Qu'est-ce que ça peut te faire de toute façon ? Ça ne te concerne pas, Harry.
- Tu as failli le tuer alors qu'il ne fait qu'insulter…
Harry s'arrêta en milieu de phrase. Il se rendit compte qu'un mensonge allait sortir de sa bouche. Non, Drago avait fait bien plus que ça. Il n'avait rien d'un saint homme même s'il l'avait fait pour de bonnes raisons. Un meurtre restait un meurtre, notamment lorsqu'il s'agissait d'enfants et de nourrissons innocents. Le Gryffondor secoua la tête, écoeuré d'être assailli par ces horribles pensées.
- C'est un Mangemort. Il fait bien plus qu'insulter, Harry. D'ailleurs, tu veux que je te dise, ce type est vraiment dangereux parce qu'il tue même les siens, ricana Neville d'une voix caverneuse. Tu seras gentil de n'en parler à personne.
- De quoi tu parles ? demanda Harry, une boule se formant lentement dans sa gorge.
- J'aurais pu le dénoncer mais je me suis dit que je préfère l'avoir ici. Et puis s'il tue les siens, ça ne me gêne pas. C'est toujours une pourriture de moins.
- Bon dieu, mais de qui tu parles ? s'impatienta Harry.
- De Marcus Flint, bien sûr.
Harry dissimula son choc et resta immobile, le temps d'assimiler la nouvelle.
- La haine est vraiment partout, commenta Luna en regardant le plafond d'un air pensif. Mais les choses peuvent toujours changer et aller mieux. J'ai confiance.
- Bon, je vais vous laisser travailler, réussit à articuler Harry d'une voix légèrement vacillante.
Le cœur battant, il rejoignit l'appartement des Serpentard. Il fallait qu'il discute avec Drago et tout de suite. La colère et l'incompréhension se mêlaient dans son esprit, lui faisant tourner la tête. En entrant dans le salon, il entendit des voix dans la chambre à coucher. Il rentra sans hésiter. Pansy était allongée sur le lit, toujours habillée en pyjama et Drago se trouvait tout près d'elle sur le lit. En voyant le visage crispé d'Harry, le Serpentard fronça les sourcils.
- Qu'y -a-t-il, Harry ?
- Il faut qu'on parle, maintenant, dit le Gryffondor d'une voix tremblante d'émotions contenues.
- Pansy ne se sent vraiment pas bien aujourd'hui alors je préfère qu'on discute ici. Je ne veux pas qu'elle reste seule.
- Ne sois pas ridicule, je ne suis pas mourante quand même. Dégage de là, dit la jeune femme avec humour, bien que la douleur soit perceptible dans sa voix.
- OK, mais si tu as besoin de moi, n'hésite pas à m'appeler.
Harry serra les dents de colère et suivit Drago dans le salon. Le Gryffondor ferma la porte derrière eux et jeta un sort sur la pièce pour que personne n'entende leur discussion.
- J'ai besoin de savoir une chose : es-tu responsable de la mort de Marcus Flint ?
Le visage de Drago s'était décomposé en une fraction de seconde, devenant plus pâle que la mort. Harry n'avait pas besoin de mots pour comprendre ce que cela signifiait.
- Oh merde, Drago, murmura Harry en posant ses mains sur ses tempes. Pourquoi tu as fait ça ?
- Baltus a été torturé par ce salaud, expliqua Drago en croisant les bras sur son torse. J'ai fait ce que j'aurais dû faire depuis longtemps et je ne regrette rien.
Les yeux du Serpentard étaient d'un gris effrayant. Harry pouvait deviner le regard d'un meurtrier, même s'il avait agi pour des raisons valables. Drago avait toujours tué pour protéger les siens. Mais cette fois-ci, la situation était différente. Drago avait pris cette décision de son propre chef et non sous la contrainte. Un frisson d'effroi remonta le long de son dos.
- Comment as-tu pu faire tout ça, construire une mise en scène pour qu'on croie à un suicide et puis nous mentir ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
- C'était mon affaire et je savais que tu aurais voulu m'en empêcher. Personne n'a le droit de toucher à ceux que j'aime.
- Tu me fais peur, Drago. Comment peux-tu te résoudre au meurtre avec une telle facilité ?
- J'ai tué un Mangemort qui était hors de contrôle, Harry. J'ai aussi tué des gens qui ne m'avaient rien fait. Si tu veux me haïr maintenant, fais-le pour eux et non pour Flint.
- Je ne te hais pas, affirma Harry sans hésiter. Mais aussi pourri qu'ait été Flint, tu aurais dû trouver une autre solution. Tu risques d'avoir de gros ennuis, dans un camp comme dans l'autre.
- Tu crois qu'un meurtre de plus changera la donne ? Je te l'ai déjà dit, mon âme est morcelée à jamais. Autrefois, je ne me serais jamais pensé capable de prendre la vie de quelqu'un. Je suis différent aujourd'hui. Tu devras bien l'accepter un jour. Je ne suis pas parfait, loin de là.
- Tu n'aurais pas dû faire ça.
- Je compte bien me retourner contres les « miens » quand Voldemort aura décidé d'attaquer Poudlard. Je tuerai encore.
Harry était horrifié par sa manière de banaliser l'un des pires actes qu'un être humain puisse commettre. Il n'y avait pas l'ombre d'un remord dans ses yeux froids.
- Sais-tu encore mesurer l'importance de la vie ?
- Ne me juge pas, Harry. Pas sur ce que j'ai fait à Flint.
- Tu sais, je garde l'espoir qu'il reste toujours quelque chose de bien en chaque homme, même chez ceux qui se croient devenus inhumains.
- Là c'est Dumbledore qui parle. Pas toi.
- Tu devrais t'en vouloir d'avoir choisi la facilité. Un point c'est tout.
- Dis-moi, si tu tombais nez à nez avec ma tante Bellatrix, tu hésiterais à la tuer ?
Drago savait qu'il touchait un sujet de conversation très sensible. Cela ne pouvait qu'envenimer la situation mais le jeune homme était aussi têtu que le Gryffondor. Chacun voulait avoir raison.
- Tu essayes de me prouver que j'ai tord ? demanda Harry pour éviter de répondre à la question.
- Et Voldemort ? Ce n'est pas toi qui t'évertues à répéter à qui veut l'entendre que tu es prêt à le tuer ?
- On ne parle pas de moi là.
- Oui, bien sûr. C'est tellement plus simple de juger les actes des autres que les siens. Ouvre les yeux. Tu es également prêt à tuer pour la même raison que moi. Tu veux protéger ceux que tu aimes.
Il y avait du vrai dans ses mots, bien que le Gryffondor était prêt à mourir pour protéger les siens et non tuer. Mais s'il avait dû se battre contre Voldemort et le tuer, il savait qu'il aurait essayé. Néanmoins, Harry n'était pas froid comme Drago. Et cela faisait une grande différence à ses yeux.
- En d'autres circonstances, j'aurais rompu avec toi, ici et maintenant. Mais je ne peux pas te détester, Drago. L'amour, ça rend vraiment con.
Drago se détendit à sa dernière phrase. Il avança vers Harry, plongeant son regard droit dans le sien. Le Serpentard posa ses mains sur les joues d'Harry et il l'embrassa sans hésiter, malgré la mâchoire serrée du Gryffondor. Au bout d'un moment, Harry entoura la taille du Mangemort et Drago pressa son corps entier contre celui du Gryffondor.
Alors que les deux hommes se laissèrent tomber sur le canapé, occupés à s'embrasser et se toucher avec passion, Pansy déboula comme un diable dans le salon. Drago quitta immédiatement l'étreinte du Gryffondor pour se précipiter dans la salle de bain où la jeune femme était allée. Harry put entendre le bruit caractéristique de quelqu'un qui vomissait. Il eut une grimace de dégoût mais il rejoignit malgré tout le couple. Drago tenait les cheveux noirs de la jeune femme qui était au-dessus des toilettes, tremblante et gémissante de douleur.
- Quelque chose ne va vraiment pas, dit le Serpentard avec gravité. Harry, va chercher Rogue.
Salut tout le monde !
Bon, ce chapitre s'est fait attendre, donc désolée ! Je suis en stage ce mois de juillet mais à mi-temps donc je peux encore écrire. J'ai mis beaucoup de temps à poster ce chapitre parce que j'ai hésité un long moment sur les actions et les réactions des personnages dans cette partie. Je voulais secouer Drago mais je crois qu'il est toujours aussi mou lol ! Vous me direz si c'est le cas.
J'espère à biêntôt et pas dans un mois !
Bisous.
