- Quelque chose ne va vraiment pas, dit le Serpentard avec gravité. Harry, va chercher Rogue.
Ledit Rogue arriva vite, bien que ses chaussures raclaient le sol comme un vieux papi pantouflard. Harry retrouva Drago dans la salle de bain. Pansy avait fini par se poser dans un coin de la pièce, recroquevillée sur elle-même, le teint grisâtre. De temps en temps, un grognement guttural faisait vibrer sa gorge, faisant grimacer les trois sorciers d'un dégoût peu discret.
- Vous avez qu'à bouger vos culs de là si ça vous écoeure, bande de chochottes ! cracha Pansy avec l'articulation d'une personne qui aurait bu un coup de trop.
Harry ne put retenir un gloussement face à sa prononciation hasardeuse mais Drago le remit immédiatement à sa place d'un regard assassin. Le Gryffondor se confondit en excuses tandis que le professeur de potions roula des yeux.
- Bon, Potter, contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas votre domestique. Et j'ai d'autres affaires urgentes à régler alors pressons. En quoi puis-je me rendre utile ?
- Il vous faut des lunettes ou quoi ? Vous voyez bien que Pansy est dans un sale état.
- Et alors ? Je ne vois pas ce qu'il y a d'étonnant à ça. Avec tout ce que vous vous envoyez comme substances dans les veines. A moins que ce ne soit une intoxication alimentaire.
- C'est absurde ! s'emporta Drago. Si Pansy était malade à cause de la GHB, je le serais aussi. Nous prenons exactement la même dose. Et nous avons pris le même repas hier soir. Il y a clairement autre chose qui ne passe pas.
- Bon, vous nous aidez ou pas ? demanda Harry, face à un professeur de potions nullement réactif.
Dans un soupir d'ennui, Rogue dégaina sa baguette et il la fit glisser sur le corps de Pansy de la tête au pied. La surprise se peigna lentement sur son visage.
- Eh bien, dit-il en se redressant, les félicitations s'imposent. Vous êtes enceinte.
Et comme s'il ne venait pas de lâcher une bombe dans la pièce, Rogue quitta l'appartement d'un pas tranquille. Ni Pansy, ni Drago, et encore moins Harry n'étaient capable d'aligner deux mots. Pansy resta bouche bée, les mains posées sur son ventre tandis que Drago ne pouvait détourner son regard de l'abdomen de sa petite-amie, une expression incrédule figée sur son visage. Quant à Harry, il se grattait nerveusement la tête, les sourcils froncés. Au bout de quelques minutes marquées par un interminable silence de plomb, Pansy frappa le sol de son poing.
- Bordel de merde, dis-moi que c'est un cauchemar ! Je ne peux pas être en cloque, Drago ! J'ai une contraception orale et je suis sure de ne jamais l'avoir oubliée !
- Si c'est une pilule moldue, osa intervenir Harry, j'ai entendu dire qu'on n'est jamais protégé à cent pour cent.
- Toi la ferme ! s'écria la jeune femme, les joues de plus en plus rouges. Je t'ai rien demandé !
- Oh, tu passes pas tes nerfs sur moi, dérèglement hormonal ou pas ! répondit le Gryffondor sur un coup de tête.
- Je vais te tuer, Potter de merde ! explosa Pansy en se précipitant vers l'Elu qui prit ses jambes à son cou.
Drago eut juste le temps de s'interposer entre eux dans le salon avant que Pansy ne tente de réaliser son rêve de voir Harry découpé en rondelles bien fines. Drago agrippa fermement les épaules de la Serpentard et d'un simple regard, il lui fit passer l'envie de s'en prendre à l'Elu.
- On va tous essayer de se calmer, d'accord ? Ce n'est pas en s'entretuant qu'on trouvera une solution.
- Mais la solution, je l'ai déjà ! Je vais avorter qu'est-ce que tu crois ?
- Pardon ? Tu n'es pas sérieuse j'espère ? demanda Drago en relâchant ses épaules, le visage déconfit.
- Tu ne comprends pas ! gémit-elle. Si je garde cette chose, je suis condamnée à mourir ! Et je t'entraînerai dans ma chute.
- Cette chose comme tu le dis, c'est notre enfant ! s'écria Drago avec fureur.
- Pour le moment, ce n'est rien ! Et avec tous les poisons que je m'injecte dans le corps, tu peux être sûr qu'il ne survivra pas ou qu'il sera malformé ! Je préfère le perdre maintenant, comme s'il n'avait jamais été là.
- Arrête de parler comme ça ! cracha Drago avec dégoût. Ce n'est pas rien ! Il faut que tu arrêtes de te droguer, dès aujourd'hui ! Cet enfant verra le jour. On se battra pour ça !
- Non Drago, murmura la jeune femme d'une voix tremblante, tu sais bien que je ne peux pas abandonner la drogue. Si je le faisais, je ne pourrais pas feindre l'euphorie pendant toute la durée d'une mission et la marque des ténèbres me tuerait. C'est cela que tu veux ? Voir tout ce qu'on avait entrepris s'effondrer pour défendre une vie qui ne verra certainement pas le jour ? Et en supposant que ce bébé vienne au monde, tu penses qu'on sera là pour s'occuper de lui ? Tu es certain qu'il ne sera pas orphelin ? Et si Voldemort découvrait tout ? Ce ne sera qu'un être de plus pour faire pression sur nous. Je ne veux pas de ça.
- Pansy, soupira Drago, la réelle question qui se pose c'est de savoir si nous désirons cet enfant. En ce qui me concerne, même si je me sens pris de court, je sais que je ne veux pas tuer ce qui sera peut-être la seule preuve que nous ayons existé et que nous nous sommes aimés. J'ignore si je suis fait pour être père, mais je sais que je veux essayer. Rien que d'y penser, cela me remplit d'espoir, avoua Drago dans un léger sourire.
En silence, Harry observait leurs joutes verbales, ne sachant pas trop dans quel camp se placer. La logique aurait voulu qu'il soutienne Drago, mais Harry pouvait comprendre le point de vue de la jeune femme. Pouvaient-ils vraiment se permettre une telle complication ? Cet enfant n'allait-il pas causer leur perte à tous ?
- Je suis désolée mais nous n'avons pas le choix, souffla Pansy la gorge serrée. Faut que j'aille prendre l'air, seule.
- On a toujours le choix ! s'écria Drago tandis que Pansy refermait la porte derrière elle. Harry, faut que je trouve une solution. Je suis sûr qu'on peut y arriver.
Harry s'affala dans un fauteuil, en face du canapé où s'était installé Drago. Le Serpentard glissa une main nerveuse dans ses cheveux blonds. Le Gryffondor se mordit la langue, ne sachant pas quoi dire. Il voyait bien que Drago se triturait les méninges pour trouver un moyen de rendre cette grossesse possible. Harry voulait bien l'aider mais il avait peur de dire une bêtise qui ferait exploser le Serpentard de colère.
Finalement, Harry trouvait que Pansy avait raison. Ils avaient toujours la possibilité de fonder une famille plus tard, en espérant qu'ils ne meurent pas et que Voldemort soit définitivement mis hors jeu. Ce n'était pas le moment de se rendre plus vulnérable. Et n'étaient-ils pas trop jeunes pour être parents ? Il était vrai que la situation actuelle les faisait mûrir plus vite, comme s'ils avaient tous vieilli d'années en années et non de jours en jours. C'est vrai, Harry avait l'impression d'être un esprit de vieillard dans un corps de jeune homme. L'impression d'en avoir trop vu et trop vécu. L'impression que la mort était le remède à tout ce mal, à toute cette souffrance.
De son côté, Pansy essayait de ne plus penser à rien. Elle errait dans le château, complètement déboussolée. Ses yeux noirs n'étincelaient plus de vie comme à leur habitude. De temps à autre, un frisson faisait trembler son corps tout entier mais Pansy n'y prêtait même pas attention. Sa robe de nuit n'était faite que d'un fin tissu blanc et le froid n'hésitait pas à s'infiltrer entre les mailles pour mordre sa chair tendre. Bien qu'elle haïssait ce qui poussait déjà dans son ventre, ses mains n'arrêtaient jamais de caresser son ventre, comme si elle essayait, à son insu, d'apprivoiser cette petite chose fragile. Le cœur lourd, la Serpentard se laissa glisser le long d'un mur et dans un soupir, elle ramena ses jambes contre sa poitrine.
En silence, la jeune femme laissa couler son chagrin. Cette situation était tellement cruelle. Qu'aurait-elle pu espérer de plus dans sa vie que de pouvoir fonder une famille avec Drago? Une rêve idiot de petite fille. Et pourtant, ce rêve était en train de germer dans ses entrailles. Mais pourquoi maintenant ? Pansy ne pouvait s'empêcher de s'imaginer qu'un dieu était à l'origine de cette nouvelle épreuve. Qu'avait-elle fait de si mal pour être punie de la sorte ?
Des éclats de voix résonnèrent soudain au bout du couloir. Ron apparut bien vite, suivi d'une Hermione Granger en furie. Cette dernière s'était munie d'un gros livre pour taper sur la tête de son compagnon qui lui tentait de s'échapper à reculons. Pansy se fit une joie de ricaner discrètement en les voyant approcher. Elle essuya vite ses larmes pour mieux profiter du spectacle.
- Mais au moins c'est de la magie blanche ! s'exclama Ron en esquivant un coup de livre.
- Tu n'es qu'un crétin, Ronald Weasley ! Comment peux-tu faire confiance à des gens que tu ne connais pas ? Surtout quand ça implique de donner à quelqu'un une partie de soi pour toujours ! Et surtout, surtout, quand tu sais qu'on peut en mourir ou rester coincé dans le pendentif si le sort n'est pas annulé à temps ! explosa Hermione en abattant un coin de livre sur la tête de Ron.
- Mais faut croire que j'avais raison de lui faire confiance ! Cette dame ne m'a pas menti comme tu vois. Je ne comprends pas pourquoi tu t'énerves maintenant qu'on a trouvé un livre qui parle de cette pierre magique.
- Parce que je sais maintenant que tout est vrai et que tu ne pourras jamais reprendre cette partie de toi !
- Mais c'est un cadeau que j'ai voulu te faire. Accepte-le, c'est tout. Ça ne te plaît pas de pouvoir me sentir en toi ? dit-il en faisant un d'œil et un sourire bêta.
Hermione asséna un dernier coup de livre sur le crâne du rouquin avant de s'éloigner d'un pas énergique. Pansy pouffa de rire en entendant Ron crier de douleur. Ce n'est qu'à ce moment que le Gryffondor constata qu'ils avaient du public. Ron s'avança vers elle de quelques pas, puis il s'arrêta, laissant un bon mètre entre eux par précaution.
- Comment va Harry ? demanda le rouquin sans préambule.
- Tu n'as qu'à lui poser directement la question. J'ai d'autres problèmes à régler, dit la jeune femme en se mettant debout.
- Tu pourrais au moins lui dire que je suis désolé et que j'attends toujours qu'il revienne vers nous ? Hermione et moi je veux dire.
- D'accord, s'impatienta la jeune femme. Mais n'oublie pas que les choses ne seront plus comme avant. Votre trio, c'est du passé.
Pansy s'apprêtait à s'éloigner du rouquin quand la main de ce dernier vint agripper son coude avec violence. Ron la força à lui faire face à nouveau.
- Je te préviens, menaça le Gryffondor les yeux flamboyants de colère, ne te mêle pas de ce qui ne te concerne pas. Je ne sais pas à quoi tu joues, mais tu n'as pas intérêt à le corrompre avec ta langue de vipère. Harry est un Gryffondor et sa place est avec Hermione et moi. J'espère que tu ne joues pas un double jeu pour piéger Harry, sinon je te jure que tu auras affaire à moi.
- Oh la la que j'ai peur ! ricana Pansy en forçant Ron à retirer sa main. Tu es pathétique, Weasmoche, si tu penses vraiment que j'ai l'intention de lui faire du mal. Maintenant dégage de mon chemin.
- Au fait, tu es au courant que tu te promènes dans le château en robe de nuit ?
Sans rien dire, Pansy quitta le rouquin et refit le chemin en sens inverse pour retrouver Drago et Harry. Après que le chevalier du Catogan se soit caché les yeux de sa main, scandalisé de la voir si peu vêtue pour la deuxième fois de la journée, la jeune femme pénétra dans le salon.
- Il faut qu'on discute. Viens, assieds-toi, Pansy.
La jeune femme soupira mais fit ce que Drago lui demandait. Elle s'installa à côté de lui sur le canapé tandis que le Gryffondor se trouvait sur le fauteuil en face. Baltus et Balthazar se trouvaient sur ses genoux et tous deux profitaient des caresses prodiguées par l'Elu. Ce dernier souriait innocemment, tel un enfant devant un cadeau de Noël.
- Je sais ce qu'on peut faire, commença Drago d'une voix posée.
- Vraiment ? fit la jeune femme incrédule.
- Il y a une solution, mais avant, je dois savoir si tu désires cet enfant. Si nous étions en temps de paix, aurais-tu voulu le garder ?
- Cette solution n'est pas sans risque, n'est-ce pas ? demanda Pansy, un sourire triste s'étirant progressivement sur son visage.
- Bien sûr que non, mais nos vies ne seront jamais sans risque. Si nous voulons essayer de vivre, c'est maintenant. Il ne faut pas attendre des jours meilleurs parce qu'il n'y en aura peut-être pas. Tu l'as dit toi-même. Nous sommes tous d'accord sur ce point.
- Vu comme ça…murmura Pansy en penchant la tête sur le côté comme un chien.
- Nous devrons bien mentir, ce que nous savons faire, continua Drago, les yeux brillants de conviction. Tout d'abord, on devra annoncer à nos familles que nous voulons nous marier au plus vite. On expliquera ensuite à Voldemort que tu es enceinte et que tu es constamment malade. On lui demandera donc de te laisser tranquille toute la durée de la grossesse parce que tu es très affaiblie par ton état. On pourra faire en sorte que tu aies l'air encore plus mal que maintenant.
- Tu rêves ! s'exclama Pansy. Jamais il ne m'autorisera à ne rien faire ! On risque peut-être même notre peau en le lui demandant.
- Ecoute, je suis sûr qu'on sera convainquant. Je leur dirai que je ne veux pas que tu te mettes en danger pendant les missions et que tu ne peux t'exposer à des moments de stress intenses dans ton état, sinon cela pourrait entraîner une fausse-couche.
- J'admets que c'est une brillante idée. Mais il reste quand même un problème : qu'est-ce que tu vas faire pendant ce temps ? Parce que notre plan ne fonctionne qu'à deux. Tu seras de nouveau un simple exécuteur.
Harry serra la mâchoire mais il s'abstint de tout commentaire. Ses doigts continuaient de parcourir le pelage de Baltus avec affection. Cette dernière exposa un peu plus son flanc gauche au Gryffondor.
- Je lui demanderai une promotion ou en tout cas de faire autre chose. Avec un peu de chance, ce ne sera pas pire que ce qu'il nous demande déjà de faire. J'accepterai n'importe quoi. Cela m'importe peu, tant que tu es en sécurité.
- J'espère que tu ne te trompes pas, Drago, parce que tous ces changements vont attirer l'attention sur nous.
- Veux-tu de ce bébé, Pansy ?
Pansy inspira profondément et ferma les yeux un long moment. De sa décision, beaucoup d'évènements allaient découler.
- Oui.
- Alors nous ferons tout ce qu'il faut pour que cet enfant vienne au monde, conclut Drago en prenant Pansy dans ses bras.
Harry baissa la tête. Cette fois-ci, c'était lui qui se sentait mis à l'écart. Tout d'un coup, Drago et Pansy venait de faire un bond gigantesque dans l'évolution de leur relation alors que lui en était resté au même stade avec le Gryffondor. Même s'il aurait dû être heureux pour Drago qui semblait maintenant rayonner de fierté paternelle, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'ils allaient bientôt se fracasser contre un mur de béton.
- Harry ? Tu m'écoutes ? demanda Drago qui faisait des signes de la main pour capter son attention.
- Pardon, j'étais perdu dans mes pensées.
- Je vois ça, dit le Serpentard en venant s'asseoir sur l'accoudoir droit du fauteuil où se trouvait Harry. Drago l'embrassa avec passion, puis il recula son visage de celui du Gryffondor pour pouvoir l'observer de près.
- Cesse de t'inquiéter pour nous, d'accord ? J'ai besoin que tu sois à mes côtés, Harry, que tu me soutiennes. Je serai bientôt père !
- Félicitations alors. Et merde, vraiment.
- Tu peux le dire, enchaîna Pansy. Parce qu'on va en avoir grandement besoin. C'est vraiment de la folie, dit-elle en secouant la tête. Bon, je vais aller m'allonger. Je sens que les nausées reviennent.
Pansy disparut dans la chambre à coucher et Drago quitta le confortable fauteuil pour s'installer au bureau du salon. Tandis que le Serpentard se dépêchait d'écrire trois parchemins à l'intention des parents de Pansy, des siens et du Seigneur des Ténèbres, Harry s'amusait à laisser passer les deux chauves-souris sous sa chemise, ce qui le faisait rire aux éclats suite au passage des petites griffes chatouilleuses sur sa peau.
Au bout de quelques minutes, Drago en eut marre de ne pas pouvoir se concentrer et il ordonna à Harry d'aller surveiller Pansy plutôt que de faire l'idiot. Vexé, le Gryffondor quitta la pièce sans un regard derrière lui. Loin d'être pris de remords, le Serpentard continua de gratter sa plume d'oie sur le parchemin.
A la fin de la matinée, les parchemins furent distribués aux deux chauves-souris qui se pressèrent d'apporter les morceaux de papier à leurs destinataires. Ce n'est que le soir que les deux bêtes ailées rentrèrent à Poudlard avec plusieurs parchemins enserrés dans leurs griffes.
Salut à tous,
Pour faire court, je vais juste dire que je compte poster un chapitre à la fin de chaque semaine et que j'espère que la tournure des évènements se vous dégoûtera pas à tout jamais de cette fiction lol ! Merci à tous ceux qui ont pris la peine de reviewer sans se connecter même si je ne peux pas leur répondre individuellement comme je le voudrais. Merci aussi à tous les autres qui lisent et commentent.
Un dernier mot pour route, juste pour dire que le dernier HP m'a inspirée tant je l'ai trouvé réussi. Beaucoup d'émotions et d'actions et une magnifique image. Franchement, je n'ai pas été déçue.
Bisous et à bientôt !
