Ce n'est que le soir que les deux bêtes ailées rentrèrent à Poudlard avec plusieurs parchemins enserrés dans leurs griffes.
Harry laissa entrer les deux animaux par la fenêtre de la chambre à coucher. Ces dernières déposèrent au vol les morceaux de papier roulés sur le lit avant de se jeter sur un large plat de fruits qui les attendait sur le sol. Les pauvres bêtes étaient exténuées après un si long voyage et Drago avait tenu à les récompenser correctement.
Harry n'osa toucher aux parchemins même si l'envie lui démangeait les doigts. Il se contenta donc de s'asseoir à côté du jeune Malefoy qui était déjà en train de dérouler un morceau de papier marqué du sceau des Malefoy. Pansy se redressa dans le lit pour faire face à Drago et Harry qui se trouvaient assis à l'autre bout du matelas.
- Tu peux me la lire, s'il te plaît ? demanda Pansy d'une voix tendue.
- Cher fils, ta mère et moi sommes surpris d'une telle demande mais nous sommes néanmoins satisfaits de ton choix. La famille Parkinson est à la hauteur de la notre et cet arrangement me paraît donc une bonne chose. Nous avons proposé pour demain une réunion aux parents de Pansy, pour le dîner à vingt heures. Votre présence à tous les deux est bien entendu indispensable pour que tout soit fait dans le respect de nos traditions. Si nous ne pouvez pas venir demain, arrange-toi pour nous prévenir au plus vite. A bientôt. Ton père.
- Bon, pour le moment, ça s'annonce bien, déclara Pansy d'une voix plus assurée.
Harry serra les dents en baissant la tête pour cacher les sentiments qui faisaient surface en lui. Toujours cette impression d'être mis de côté, que ce combat n'était pas le sien, et une pointe de jalousie peut-être.
- Ça c'est une lettre de tes parents, expliqua Drago avant de lire son contenu. Ma chère Pansy, ma chère fille, ton père et moi sommes si heureux d'apprendre une telle nouvelle ! M. et Mrs Malefoy nous ont invités à prendre le dîner chez eux, demain soir. Ce sera l'occasion d'en discuter avec vous autour d'un bon repas. La famille Malefoy est un très bon parti, surtout à l'heure actuelle…Le mélange de nos sang pur sera un bon investissement pour l'avenir de nos deux familles. J'ai hâte de te revoir, ma fille. A demain. Ta mère qui t'aime.
- Que d'amour, ne put s'empêcher Harry de marmonner avec amertume.
- Tu as un problème, Potter ? demanda Pansy sur la défensive.
- Ton père est-il aussi aimant que ta mère ? Tant de messages d'amour, ça frise l'incompréhensible quand on sait que tes parents sont des pourris de Mangemorts.
- Je t'interdis d'insulter ma mère, pauvre connard ! explosa la jeune femme. Oui c'est une Mangemort, mais ça ne l'empêche pas de m'aimer sincèrement.
- Harry, nos mères font ce qu'elles peuvent avec le peu de liberté qu'elles ont, expliqua Drago. Elles ne sont pas heureuses, contrairement à ce que ces lettres semblent prétendre, mais elles font ce qu'on attend d'elles. J'espère qu'un jour, elles pourront dire tout haut et sans peur que ce système les révolte autant que nous. Tu sais, je ne suis pas plus courageux qu'elles. Je ne suis pas comme toi, Harry. Je ne suis pas de ceux qui crie sur les toits qu'ils ne sont pas d'accord.
- Eh bien, peut-être que tu devrais. Peut-être qu'il est temps d'assumer tes convictions, provoqua Harry de plus en plus agité.
- C'est quoi ton problème à la fin ? ! s'écria Pansy. Tu veux qu'on crève ou quoi ? ! En plus, tu sais très bien qu'on est plus efficace dans l'ombre, là où on est. C'est notre place, tu comprends ?
Harry ne répondit rien et s'obstina à fixer le dernier parchemin qui se trouvait toujours entre eux sur le lit. Drago soupira longuement avant de s'attaquer au message du Lord Noir. Une fois de plus, il le lut à haute voix.
- Un mariage consumé avant même la célébration ? Je trouve cela fort amusant bien que cet imprévu me fait perdre temporairement un membre important de mon armée. Je dois dire que ce côté anti-conformiste sous couvert d'un semblant de conformisme en dit long sur votre personnalité. En cela, vous faites honneur à Salazar Serpentard ! Nous devrions nous rencontrer pour discuter de votre lettre. Rendez-vous au Ministère de la Magie dans deux jours, à vingt-trois heures. Vous passerez par le réseau de cheminée. Indiquez le bureau du Premier Ministre et vous serez directement dans la bonne salle. L.V
- Vous êtes inconscients, soupira Harry dans un frisson. Parano comme il est, vous lui donnez-là une raison de douter de votre capacité de soumission et de respect des ordres.
- Pour le moment, nous avons effectué toutes les tâches qu'il nous a demandées, répondit Drago les sourcils froncés. Alors il n'a pas grand-chose à nous reprocher et puis, de toute manière, Voldemort n'accorde sa confiance à personne. Cela ne changera rien.
- Si tu le dis, Drago, marmonna Harry en se levant.
- Où vas-tu ? demanda le Serpentard.
- Je vais aller voir Neville et Luna. Ça te pose un problème ? provoqua Harry.
- Non, finit par répondre le jeune Malefoy avant de serrer la mâchoire de toutes ses forces.
Ce n'est que très tard dans la nuit que le Gryffondor regagna l'appartement des Serpentard. Son sentiment de colère ne s'était pourtant pas apaisé avec les heures. Toutes ses émotions lui donnaient l'impression d'avoir un cactus à l'intérieur de son ventre dont les épines aiguisées prenaient un malin plaisir à lui piquer ses entrailles. Malgré tout, Harry se glissa sous les draps après avoir retiré ses vêtements. Il tourna le dos au couple endormi et finit par s'assoupir.
Le jour suivant ressembla au précédent. Les professeurs surveillaient l'enceinte du château de leurs yeux inquiets tandis que les élèves restants tentaient de s'occuper comme ils pouvaient en attendant l'arrivée de leur famille par le Poudlard Express ou par d'autres moyens de transports. A la fin de la journée, une dizaine de famille avaient réussi à atteindre le château sans se faire attaquer par une bande de Mangemorts.
Par chance pour Pansy et Drago, personne ne réclamait leur aide en tant que sous-préfets, et cela parce que Dumbledore et Rogue n'avaient pas justifié aux autres professeurs la raison de leur transfert dans cet appartement. Les deux Serpentard avaient donc la possibilité de vaquer à leurs occupations comme bon leur semblait.
Ce soir-là, il était donc question d'un dîner familial au manoir Malefoy. Pansy et Drago quittèrent donc le château en douce. Heureusement, il était encore possible de sortir de l'enceinte de Poudlard sans être coincé par un quelconque sortilège de protection des lieux. Mais les deux Serpentard savaient bien que ce n'était qu'une question de temps avant que la situation ne se complique.
Une heure plus tard, Pansy et Drago se trouvaient enfin devant la porte du sinistre manoir. La nuit venait tout juste de tomber et Pansy frissonna violemment lorsqu'une bourrasque de vent vint tourbillonner dans leur dos. Pansy s'était armée de plusieurs comprimés d'antiémétique qui heureusement n'étaient pas contre-indiqués pendant la grossesse. L'envie de se piquer une seringue de GHB dans le bras était très intense mais elle pouvait encore dissimuler les tremblements de ses mains et essuyer régulièrement la transpiration de son visage. Il fallait juste qu'elle tienne deux jours.
La grande porte d'entrée s'ouvrit soudain, laissant la lumière des immenses chandeliers éclairer leur visage. En face d'eux se trouvait Narcissa Malefoy, toujours aussi gracieuse, toujours aussi belle, toujours aussi bien habillée. Le sourire qu'arborait son visage semblait être l'origine de toute cette lumière.
- Drago, murmura-t-elle la gorge serrée par l'émotion.
D'un pas synchrone, mère et fils se retrouvèrent nez à nez et Narcissa vint déposer ses lèvres sur la joue de son fils avec une telle retenue que ce dernier n'était pas sûr de les avoir senties sur sa peau froide.
Ce baiser fut à l'image de ce repas. Tout en retenu. La soirée se déroula dans les formes, dans la tradition. Les discussions suivaient un script précis et chacun s'appliquait à ne pas faire d'écart. Une date fut arrêtée pour mariage. Le 9 Mai, donc dans moins d'une semaine. La situation politique étant particulière, les deux familles de Serpentard choisirent d'envoyer des invitations aux autres familles de Mangemorts ainsi qu'au Seigneur des Ténèbres lui-même. L'idée était de pouvoir célébrer ensemble cette nouvelle ère au travers de cet évènement heureux. Cela n'enchantait guère Pansy et Drago mais ils s'y étaient déjà préparés.
A la fin du repas, Narcissa insista pour que son fils la suive dans sa chambre pendant que les autres faisaient leurs adieux. Drago referma la porte derrière lui et attendit que sa mère ne parle.
- Comment vas-tu, mon fils ? demanda-t-elle à voix basse.
- Bien, mère. Je suis heureux.
Narcissa sourit avec sincérité tandis qu'elle échangeait un regard complice avec son fils unique. Elle finit par lui tourner le dos puis elle s'éloigna dans le fond de l'immense chambre. Son dos se courba un instant au-dessus de sa table de nuit et un tintement de porcelaine se fit entendre. Narcissa s'approcha de nouveau de son fils, un petit objet dans la main. Sans un mot, Drago comprit et présenta la paume de sa main à sa mère. Narcissa y déposa une magnifique bague en argent qui était ornée au centre d'une petite émeraude. La pierre était tenue par deux petits filaments d'argent qui représentaient deux serpents enlacés l'un dans l'autre.
- Tu la donneras à Pansy en guise de bague de fiançailles, d'accord ?
Drago hocha de la tête dans un sourire avant de reprendre une expression neutre.
- Et vous, mère, comment allez-vous ?
- Je vais bien, Drago. Ne t'en fais pas pour moi.
Le Serpentard acquiesça avant de rejoindre Pansy qui l'attendait dehors. En bonne comédienne, la jeune femme gardait la tête haute et ses mains se trouvaient dans ses poches. Elle semblait nonchalante et assurée mais Drago n'était pas dupe. Il savait bien qu'elle souffrait en ce moment même et que l'envie de fuir les lieux devait lui broyer l'estomac. Sans un mot, ils enfourchèrent leur balai et rentrèrent à Poudlard.
A bout de force, Pansy se traîna jusqu'à la chambre à coucher où se trouvait déjà Harry. Ce dernier s'était glissé sous les draps et faisait semblant de dormir. Il leur présentait le dos et Drago pouvait voir ses côtes s'élever et s'abaisser irrégulièrement. Toujours en silence, les deux Serpentard se déshabillèrent en vitesse avant de s'écrouler dans le lit. Une fois dans le noir, Drago s'approcha d'Harry jusqu'à ce que ses lèvres se posent sur sa nuque. Le Gryffondor se crispa sensiblement.
- Laisse-moi tranquille.
Drago fut frappé par le ton bougon de l'Elu. Pour éviter de le pousser à bout, le Serpentard préféra le laisser mijoter dans son coin. Il se tourna dans le lit pour voir comment allait sa future femme. Il pouvait sentir la chaleur irradier de son corps sans même poser la main sur sa peau. Ses sourcils se froncèrent d'inquiétude.
- Pansy ? Je peux faire quelque chose ? murmura-t-il en lui caressant le dos.
- J'ai envie de gerber. Je crois que je vais aller dormir dans la salle de bain, histoire d'être plus près des toilettes. Tu veux bien me préparer un nid douillet pour que je dorme là-bas ?
Drago se dépêcha de tout installer (il dupliqua plusieurs oreillers, un petit matelas et un drap) puis il porta Pansy dans la salle de bain et la déposa sur le matelas. Le jeune Malefoy posa la main sur son front et il constata avec horreur qu'elle était brûlante de fièvre.
- Pansy, tu dois avoir de la fièvre. Tu ferais mieux de t'allonger sur le carrelage.
La jeune femme ne protesta pas et se laissa déplacer sur le sol. Un frisson violent la fit trembler de la tête aux pieds. Drago humidifia un gant de toilette et le déposa sur le front de Pansy.
- Tu vas voir, je vais prendre soin de toi, dit-il d'une voix apaisante.
La Mangemort cligna lentement des yeux pour montrer qu'elle avait confiance en lui. Ses paupières se fermèrent un moment pour s'ouvrir soudain tandis qu'un petit cri de douleur s'échappa de sa bouche.
- J'ai une crampe au mollet droit !
Les trois premières heures de la nuit furent rythmées par les différentes crampes musculaires qui assaillaient son corps. Drago ne savait plus dans quelle position l'installer pour éviter ces fichues contractions involontaires.
Mais le reste de la nuit fut encore pire. Drago commençait à se demander si Pansy allait pouvoir survivre entre les nausées matinales dues à la grossesse et les effets épouvantables du sevrage qui devaient durer vingt jours dans le pire des cas.
Pansy était maintenant en proie à des visions angoissantes. Elle était persuadée que toutes les personnes qu'ils avaient exécutées se trouvaient derrière la porte de la salle de bain et qu'ils voulaient tous se venger. Drago essayait de la calmer, de lui dire que c'étaient des hallucinations, que la drogue était la cause de ses visions mais rien ne semblait l'apaiser.
- Harry ! Viens m'aider ! cria le Serpentard tandis qu'il plaquait Pansy contre le sol.
Le Gryffondor ne se posa pas de question et se précipita dans la salle de bain. Pansy gesticulait comme un diable et hurla de terreur en voyant Harry ouvrir la porte.
- C'est quoi ce délire ? ! lâcha l'Elu dans un mouvement de recul.
- Ferme la porte ! cria Pansy, les yeux agrandis d'horreur. Ils vont tous nous réduire en poussière !
- Ils sont dans ta tête, Pansy. Ce n'est pas réel.
- Ils veulent te torturer aussi, Drago ! Ils nous attendent dans l'au-delà !
- Harry ! Aide-moi à la tenir !
Le Gryffondor sortit sa baguette et la pointa vers Pansy.
- Immobilis.
La jeune femme s'arrêta soudain de se débattre et Drago soupira de soulagement. Cela n'empêchait pas Pansy de paraître terrifiée. Harry dévisagea le couple avant de quitter la pièce sans un mot. Drago embrassa la jeune femme et ses mains se posèrent doucement sur son ventre.
- On va s'en sortir, tu verras, murmura-t-il en fermant les yeux. Je t'aime.
Pendant ce temps, Harry s'était glissé hors du château pour une énième promenade nocturne. Rien n'allait ce soir-là pour le Gryffondor. Bien que cela ne se voyait pas, Harry se sentait mal, très mal. Les émotions remontaient maintenant à la surface telles des bulles de champagne. Le poison de la colère s'était distillé en lui à petite dose mais avec rapidité, jusqu'à ce que la coupe soit pleine.
Sous sa cape d'invisibilité, Harry contemplait le ciel avec rage. Une rage qui ne lui appartenait pas. Et soudain, le Gryffondor se retrouvait de nouveau en connexion avec Voldemort.
- Comment oses-tu me défier, Harry ? ! Te crois-tu réellement mon égal ? ! Tu n'es qu'un minable gamin et je t'écraserai comme une merde de chien sous ma semelle !
- C'est ce qu'on verra, Tom, provoqua le Gryffondor avec délectation.
- Oh comme tu regretteras de m'avoir appelé ainsi…
- C'est pourtant ce que vous êtes, Tom Jedusor, un minable sang-mêlé. D'après vos critères, je suis même supérieur à vous, étant sang-pur…
- Je te ferai payer chacune de ces paroles, Harry, par le sang…
L'Elu tomba à genoux lorsque la connexion s'interrompit. Voilà qu'il jouait à provoquer le Lord Noir. Harry laissa échapper un rire maniaque. C'était presque amusant de jouer avec la mort. Il ne savait plus vraiment s'il avait envie de pleurer ou de rire ou peut-être même les deux en même temps. Plus rien n'avait de sens à ses yeux. Pourquoi vivre ? Pourquoi mourir ? Pourquoi aimer ? Pourquoi pleurer ? Pourquoi rire ? Pourquoi pardonner ? Le contexte de la guerre remettait tant de valeurs en question.
De son côté, Voldemort savait exactement vers quels objectifs il tendait. Les feuilles de journaux furent jetées dans les quatre coins du bureau de Michael Cabot tandis que le Seigneur des Ténèbres fulminait de rage. Le Premier Ministre se trouvait quant à lui sagement assis en bout de table, le visage neutre, sous contrôle du sortilège Imperium. Voldemort faisait de sorte à ce que toute sa cour de Mangemorts puisse le voir en compagnie d'un Michael Cabot parfaitement docile.
- Alors comme ça, il pense vraiment que je suis inférieur à lui ? ! S'il pense être le seul à pouvoir manipuler les médias, je ferais bien de lui montrer que je peux également le rendre impopulaire. Oh ils vont finir par te détester, Harry.
Voldemort sortit précipitamment de son bureau à la recherche d'un Mangemort digne de sa nouvelle mission.
- McNair ! Par ici !
Une fois dans le bureau, le Seigneur des Ténèbres exposa sa nouvelle idée au Mangemort.
- Donc vous voulez que j'intercepte quelques sorciers qui ont l'intention de se réfugier à Poudlard et que je les exécute en chemin. Ensuite, Michael Cabot fera un joli cliché des cadavres et vous écrirez un article dans la Gazette, photos à l'appui, comme quoi Harry Potter invite la population à se rendre à Poudlard pour être protégé mais il n'a même pas pensé à sécuriser leur voyage. Il passera pour un con ! C'est brillant, mon Maître !
- Choisis les Mangemorts que tu veux pour cette mission. Fais ce que je t'ai demandé et tu seras récompensé, McNair.
- Merci, mon Maître.
Le Mangemort entra dans la cheminée du bureau et disparut dans les flammes vertes après avoir indiqué le département des affaires internes. Voldemort fit face au Premier Ministre dans un sourire sadique.
- Je vais réduire l'espoir de tes concitoyens en cendres. Plus personne ne prendra le risque de fuir sa maison après ça. Je leur ferai passer l'envie de croire les paroles d'un jeune fou noyé d'idéaux…
Bonjour à tous !
Voici un chapitre qui me laisse indécise. Dois-je continuer ainsi ou trouvez-vous que ce chapitre est bâclé ? J'hésite à trop développer les scènes, de peur de ralentir le rythme de l'histoire. A vous de me dire si cela vous convient.
A bientôt...
