- Excusez-moi, monsieur, je m'appelle Hermione Granger. Je suis la petite-amie de Ron Weasley. J'ai entendu ce que vous avez dit tout à l'heure, mais puis-je vous demander ce que vous en pensez vraiment ? Quels sont ses réelles chances de se réveiller ? Avez-vous des statistiques ? S'il vous plaît, supplia la jeune femme.

- Si vous vous voulez vraiment mon avis : vous êtes encore jeune, s'impatienta le guérisseur. Partez avant que la situation ne vous ronge jusqu'à l'os. Il ne se réveillera pas…


Alors que la Gryffondor sombrait dans le désespoir et la solitude, Harry et Drago vivaient égoïstement l'un des plus beaux moments de leur existence. Au-delà du chagrin causé par la mort de Pansy, les deux sorciers ne pouvaient s'empêcher d'être heureux. Devenir père était au-delà de toutes leurs espérances. Jade était un cadeau du ciel, un fardeau à protéger à tout prix.

Drago avait fait couler de l'eau tiède dans une sorte de bassine et après avoir vérifié la température de l'eau en plongeant la pointe d'un thermomètre dans le liquide, il déposa Jade dans le récipient en plastique, les mains tremblantes. La petite fille se mit à pleurer au contact de l'eau ce qui inquiéta le Gryffondor.

- L'eau n'est pas trop chaude ? osa demander Harry, les yeux écarquillés.

- On a vérifié la température, alors il n'y a pas de raison de paniquer. Elle doit avoir faim, c'est tout.

Rassuré par les propos du Serpentard, Harry se mit à sourire et caressa le sommet du crâne de la petite fille qui était parsemé de fins cheveux blonds. Les pleurs de Jade redoublèrent comme si elle était furieuse. Le Gryffondor retira vite sa main lorsque Drago lui adressa un regard noir.

- Au lieu d'énerver ta fille, tu ferais mieux de lui sortir une serviette molletonnée, râla Drago entre ses dents pour ne pas effrayer Jade.

Harry s'exécuta en silence, un léger sourire planant sur son visage. Drago était quelqu'un de très protecteur envers ses proches et le Gryffondor appréciait cette qualité. Mais s'il souriait, c'était en partie parce qu'il trouvait que Drago avait tendance à dramatiser. A partir de là, il était difficile de le prendre au sérieux. L'adorable bouille de Jade était également responsable de son état euphorique.

L'intuition du Serpentard se confirma lorsque la petite fille put goûter à son premier biberon. Aussitôt, Jade retrouva son calme, sous le regard émerveillé de ses parents. Ses paupières se mirent à papillonner tandis que sa petite langue repoussa la tétine du biberon.

- C'est magique, murmura le Gryffondor avec innocence.

Ce fut au tour du Serpentard de sourire de la candeur d'Harry. Après avoir posé le biberon sur la table, le bras du Mangemort s'allongea en direction du Gryffondor qui était un peu en retrait. Drago agrippa sa nuque dans une invitation muette à s'approcher de lui et de la petite fille qui s'était maintenant assoupie dans ses bras de Mangemort. Harry s'approcha jusqu'à ce que son front entre en contact avec celui du Serpentard. Les grands yeux verts du Gryffondor scrutèrent le nouveau-né comme si c'était la huitième merveille du monde. Drago embrassa la tempe d'Harry et déposa Jade dans ses bras.

- Je la tiens correctement comme ça ? demanda le Gryffondor avec une pointe d'inquiétude.

- Oui, c'est bien. Tu dois toujours penser à soutenir sa tête.

- Entendu.

Harry ajusta un peu le corps du bébé dans ses bras tandis que le Serpentard alla dans la salle de bain pour humidifier un gant de toilette. Il revint dans la petite cuisine et chuchota au Gryffondor de le suivre dans la chambre à coucher. Harry eut un mouvement de recul en voyant le grand lit aux draps défaits. Les murs étaient décorés de nombreuses photos encadrées mettant en scène le couple de Serpentard. Cette chambre respirait Pansy. Une boule se logea à nouveau dans la gorge du Gryffondor. Le gant de toilette en main, Drago s'était également immobilisé devant le lit.

- M'en voudrais-tu si je ne changeais pas les draps ?

- Non, répondit le Gryffondor après un temps de silence. Je comprends, Drago.

- C'est tellement surréaliste, soupira le Serpentard. Je n'arrive pas à croire qu'elle ne dormira plus ici.

- Je suis vraiment désolé. J'ai un peu l'impression de voler sa place, avoua le Gryffondor en baissant la tête.

- Tu ne devrais pas te sentir comme ça. Il n'a jamais été question d'évincer l'un de vous. Mais qui sait ? Je suis peut-être puni pour avoir voulu trop de choses, pour ne pas avoir choisi entre vous.

- Ne dis pas de bêtise.

- Regarde où cela nous a mené, continua Drago, Pansy est morte par ma faute. Ma mère a été assassinée. La mère de Pansy également.

- Et tu as une merveilleuse fille, rappela Harry avec conviction. Et tu m'as moi. Nous avons gagné notre liberté et nous devons en profiter au maximum. A Poudlard, tu parlais de profiter du moment présent sans se prendre la tête avec plein de questions. J'ai envie de vivre comme ça, Drago. On pourrait être heureux, loin de tout.

Drago dévisagea Harry de son regard perçant.

- Je sais que tu as raison, concéda le Serpentard, mais je ne peux m'empêcher de penser à tout ça. J'aimerais comprendre pourquoi tout cela arrive. J'aimerais mettre du sens sur toute cette folie, tu comprends ?

- Bien sûr. Tu sais, j'ai passé la moitié de ma vie à essayer de comprendre pourquoi le monde ne tourne pas rond, pourquoi Tom Jedusor est devenu Voldemort. Mais aujourd'hui, j'en ai marre de me poser des questions et de me soumettre à la volonté des autres. Je veux vivre comme un homme simple. Je pense avoir gagné ce droit et je me dis que toi aussi. On a assez payé comme ça. Je ne veux plus qu'on parle de Poudlard, de magie ou de Voldemort. Laissons le passé derrière nous, d'accord ?

- Attends, tu es en train de dire que tu veux faire table rase de notre passé ?

- C'est à peu près ça. Autant que possible, je voudrais éviter que nous utilisions la magie ou que nous en parlions. Je n'oublierai pas les personnes que nous avons connues à Poudlard, mais je préfère qu'on évite d'en parler un maximum, d'accord ?

- Es-tu sûr de vouloir couper les ponts avec tout le monde ? Ne veux-tu pas garder le contact avec Hermione, Ron ou Rogue ?

- Non, je ne préfère pas, reconnut le Gryffondor, le regard fuyant.

- Très bien. Si tu penses que c'est la meilleure chose à faire, je respecterai ton choix, répondit Drago en quittant la pièce.

Le cœur lourd, Harry s'assit sur le bord du lit en soupirant longuement. Sa décision était si égoïste. Il ne savait même pas comment allait Ron. Et qu'allait-il advenir de Severus Rogue ? Harry chassa ses pensées en posant son regard sur la petite Jade qui dormait innocemment dans ses bras. Son avenir s'orientait désormais vers un autre chemin. Harry avait changé son destin lui-même. Par amour. Il en était sûr. Son amour pour Drago avait tout changé. C'est à ce moment précis qu'Harry comprit : Dumbledore s'était égaré de chemin. Le vieux sorcier qui avait toujours prôné l'amour de son prochain et par-dessus tout le pardon n'avait pas choisi la meilleure solution.

Harry se souvenait des derniers mots du directeur de Poudlard. Il avait reconnu qu'il se trompait peut-être et qu'il était envisageable de supposer qu'une meilleure solution existait. Le Gryffondor était sûr d'avoir pris la bonne décision. S'il n'avait pas écouté Pansy, Jade aurait été orpheline, dans le meilleur des cas. Harry en était certain, tuer n'était jamais la solution mais que faire lorsqu'une personne n'a plus une once d'humanité en elle ? Ou lorsqu'elle croit incarner le mal absolu ?

Harry tenait à ses convictions : un enfant couvé d'amour ne pouvait pas se transformer en monstre. Alors était-il juste de punir cette personne lorsque celle-ci avait fini par se convaincre qu'elle n'était pas digne d'amour et qu'elle avait cru comprendre qu'elle était un monstre ? Harry en revenait alors toujours à ces mêmes questions : que faire lorsque l'enfant s'est transformé en monstre ? Comment le ramener dans le droit chemin ? Etait-ce seulement possible ? Dumbledore avait semblé croire que Tom Jedusor avait eu sa chance et qu'il avait pleinement choisi d'explorer le monde des ténèbres. Dumbledore l'avait cru irrécupérable. Etait-ce vraiment la réalité ?

- Pour quelqu'un qui ne veut plus ruminer le passé, tu sembles franchement perdu dans tes souvenirs…

- Je ne rumine pas le passé, articula le Gryffondor, les sourcils froncés. Je réfléchis…

- A quoi ? questionna Drago en posant le berceau de Jade dans un angle dans la chambre.

- Au futur. Au destin. Aux choix que nous faisons dans la vie. Les choix qui changent tout. Au gens qui empruntent les mauvaises voies…

_ Je vois…Je ne suis pas la meilleure personne pour parler de ça, alors il vaut mieux qu'on ne continue pas cette conversation. Tu installes Jade dans son berceau, s'il te plaît ?

Harry glissa le petit être sous les draps. Les deux sorciers l'observèrent un moment, pensifs. Un bruit de grattement les sortit de leur rêverie. Drago jura discrètement avant de se presser à ouvrir la fenêtre. A peine avait-il désuni les deux battants de bois qui faisaient office de volets que deux chauves-souris s'engouffrèrent dans la fente.

- Bon sang, comment ai-je pu vous oublier ? soupira Drago en tendant le bras vers Baltus. Viens-là ma belle.

La bête ailée couina plaintivement et vint se réfugier dans la paume de main de son maître qui la porta à ses lèvres. Balthazar, qui s'était posé sur l'abat-jour de la lampe de chevet, reconnut Harry et s'envola dans les airs avant de se poser sur l'épaule du Gryffondor.

- Comment vas-tu Balthazar ? demanda Harry en souriant. Je suis content de te revoir.

Le Gryffondor caressa le museau de la chauve-souris qui en profita pour lui renifler la main. De son côté, Drago voulut installer Baltus sur son perchoir, à l'autre bout de la pièce, mais celle-ci émit un cri strident et s'envola peu après par la fenêtre. Surpris, les deux sorciers s'approchèrent de l'ouverture. Ils comprirent que Baltus les mettaient en garde en volant au-dessus des balais qui jonchaient sur l'herbe.

- Elle a raison, avoua le Gryffondor. On ne peut pas laisser nos balais dehors à la vue de tout le monde. On devrait même protéger notre terrain d'une coupole invisible.

- Ce n'est pas une bonne idée, remarqua Drago. Ça nous empêcherait de fuir jusqu'à ce que nos ennemis trouvent le moyen de passer au travers. Baltus et Balthazar ont une très bonne ouïe. Ils nous préviendront discrètement d'un danger. A partir de là, on trouvera un moyen de filer en douce.

Harry grogna, peu convaincu. Le Serpentard quitta la chambre sans rien ajouter et alla ramasser leur balai pour les ranger dans le placard près de la porte d'entrée. En revenant dans la chambre à coucher, Drago constata que Baltus était rentrée et qu'elle s'était installée sur son perchoir, à côté de Balthazar. Les deux chauves-souris faisaient leur toilette. Quant à Harry, il se trouvait assis au bord du lit, l'air passablement hébété. La fatigue était revenue en force dans son organisme, faisant taire la moindre pensée.

Drago récupéra le gant de toilette qu'il avait posé sur la table de nuit, puis il vint s'asseoir tout près d'Harry. Ce dernier ferma les yeux dès le premier passage du tissu humide sur son visage. Le Serpentard effaça les traces de sang séchées sur sa tempe. Il délogea la boue qui s'était incrustée dans les cicatrices de son visage puis de ses mains.

- Merci, murmura le Gryffondor en ouvrant les yeux.

A son tour, Harry prit le gant de toilette et rendit la pareille au Mangemort. Exténués, les deux hommes finirent par se déchausser et leur corps s'écroulèrent sur le lit. Le sommeil les emporta quasi instantanément. Un sommeil sans rêve.

Plusieurs heures défilèrent. Jusqu'à ce que les cris plaintifs de la petite Jade ne réveillent ses parents. Comme des ombres flottantes et molles, les deux sorciers se débrouillèrent pour lui donner un second biberon. Toujours à moitié endormis, Harry et Drago se recouchèrent en silence. Les heures filèrent à nouveau jusqu'au prochain réveil de Jade. S'en suivit la même routine jusqu'à ce que la nuit ne tombe. Les sorciers durent se lever deux fois pour nourrir Jade avant de pouvoir fermer l'œil jusqu'au premières lueurs du jour.

Alors que Drago commençait à émerger de son marathon de sommeil, il sentit tout d'un coup la larve se mouvoir dans son ventre. Ses yeux s'ouvrirent grands, les pupilles dilatées par le danger. A côté de lui, le corps du Gryffondor fut parcouru d'un seul spasme violent, puis ses yeux verts s'ouvrirent tout aussi grands, la même expression d'horreur figée sur le visage.

A présent, Harry pouvait pleinement sentir la présence de Voldemort. C'était comme s'il pouvait sentir le corps du Mage Noir en lui, comme s'il n'était plus qu'un gant dans lequel Voldemort avait pris place. Harry pouvait sentir chaque frémissement de muscles provoqué par le Seigneur des Ténèbres. Mais peut-être pire encore, Harry sentait leur esprit en connexion. Il pouvait sentir la confusion qui régnait dans l'esprit de Voldemort, mais aussi sa peur, son cœur qui battait à s'en rompre l'aorte. Il pouvait même sentir les yeux de Voldemort qui scrutaient la chambre à travers ses propres yeux verts.

- Pauvre fou. Qu'as-tu fait de moi ?

Le visage du Gryffondor se décomposa en entendant la voix menaçante du Mage Noir siffler dans sa tête…


Chère lectrice,

Encore un chapitre posté en retard et cette fois-ci la paresse en est l'unique responsable. Je m'en excuse. Je ne perds pas espoir et compte bien retrouver le rythme d'un chapitre par semaine.

J'espère que celui-là ne vous endormira pas trop. Il faut bien présenter les nouvelles situations de chaque personnages avant de les torturer à nouveau. :p

Allez, je vous dis à bientôt !

Bisous

DarkPotter.