Les deux Aurors se précipitèrent en entendant des bruits de lutte et des hurlements en provenance de l'étage supérieur...


La porte de la cellule de Drago Malefoy se trouvait grande ouverte. Les deux Aurors pénétrèrent dans la petite pièce sombre et marquèrent un temps d'arrêt pour analyser la situation.

- Tout va bien, expliqua le plus calme des trois sorciers chargés d'interroger Malefoy. Tout est sous contrôle.

L'homme se tenait debout face à eux, comme s'il tentait maladroitement de dissimuler la scène dérangeante qui était en train de se dérouler dans le fond de la cellule.

- On peut savoir ce qui se passe ici ? ! s'écria Fol'Oeil sous le déluge de cris incessants.

Le regard du maître de potions s'assombrit en voyant Malefoy gesticuler dans tous les sens, la peau luisante de sueur, le visage emprunt d'une expression désespérée. Au-dessus de lui s'acharnaient les deux autres Aurors. Le plus colérique le maintenait au sol, un genou enfoncé dans son omoplate gauche, une main agrippant ses cheveux blonds avec fermeté. Le plus discret était assis sur les jambes du Mangemort tandis qu'il sortait sa baguette magique avec l'intention de l'immobiliser pour de bon.

- On était venu le chercher pour continuer l'interrogatoire quand il m'a littéralement sauté à la gorge, l'enfoiré, grommela le plus colérique en tirant sur les cheveux du Mangemort d'un coup sec.

- Fletcher ! s'écria le plus calme d'une voix étonnamment autoritaire. Cela suffit maintenant. Lâche-le ou tu seras suspendu pour la journée...

- Oh putain, ça va ! Si j'avais vraiment voulu lui faire mal, je m'y serais pris autrement. Je me contiens, crois-moi, Seal !

Le maître des potions s'avança vers le Mangemort et s'accroupit lentement. Leurs yeux se rencontrèrent et le silence fit soudainement place aux hurlements. A travers ses visions délirantes, Drago réussit enfin à s'accrocher à un regard compatissant et inquiet. Un regard qu'il connaissait bien sans pour autant pouvoir y rattacher un nom.

- Pitié, murmura le Mangemort, les paupières mi-closes.

Fletcher, le plus colérique des trois Aurors, eut un mouvement de recul en entendant une telle supplique sortir de la bouche du jeune Mangemort.

- Il est fiévreux et désorienté. Il faut faire chuter sa température. Vous avez des douches dans le bâtiment ? demanda Rogue en se tournant vers le plus calme des Aurors.

Deux minutes plus tard, les cinq Aurors se retrouvèrent dans la salle des douches aménagée pour les détenus. Rogue déposa le Mangemort avec délicatesse sur le carrelage gelé, puis il ouvrit le robinet à pleine pression. L'eau froide s'écrasa sur la peau du jeune Malefoy avec la violence d'un martinet. Les yeux exorbités, la bouche grande ouverte, Drago se contracta de la tête aux pieds tout en avalant une goulée d'air.

Le maître des potions ne recula pas, bien au contraire. Sa robe de sorcier était déjà partiellement noyée sous le jet d'eau, mais l'homme ne s'en rendait même pas compte. Ses yeux noirs restèrent braqués sur le jeune Serpentard, son regard chargé de questions informulées. Ses prunelles ne purent s'empêcher de parcourir les différentes cicatrices de son visage, ainsi que l'armoirie des Gryffondor mordant les chairs de sa hanche. Ses sourcils se froncèrent d'incompréhension. Il fallait qu'il sache. La vie de Potter était en jeu.

- Qu'avez-vous fait de Voldemort ? demanda-t-il au jeune Malefoy à voix basse, de sorte que personne d'autre ne puisse l'entendre.

A moitié hagard, le corps broyé de spasmes douloureux, Drago ne put se concentrer sur la question de l'Auror. Ses yeux se fermèrent lentement, son esprit alors obnubilé par le désir de lâcher prise et de se laisser mourir.

- Malefoy ! insista Rogue en haussant le ton un bref instant. Malefoy, qu'est devenu Voldemort ? Et comment vous êtes vous fait ces cicatrices au visage ? Tout est lié n'est-ce pas ?

La voix de l'Auror réussit finalement à prendre sens dans sa tête. Sans prendre la peine d'ouvrir les yeux, Drago leva une main tremblante vers son cou et d'un geste fluet, ses doigts en esquissèrent le pourtour à sa base. Rogue leva un sourcil d'incompréhension.

- Que fait-il ? demanda Seal en s'approchant davantage. Que lui avez-vous dit ?

- Je lui ai simplement demandé de me montrer où il avait le plus mal, mentit le maître des potions. Evitez de lui tordre le cou à l'avenir, ajouta-t-il, le ton glacial.

Fletcher grommela lorsque tous les Aurors lui adressèrent un regard lourd de reproches.

- Bon, il est pas en état de causer. Y a plus qu'à repartir, conclut Fol'Oeil en se grattant nerveusement la tête.

Le maître de potions retira sa robe de sorcier et enveloppa le corps dénudé du Mangemort. Il le ramena ensuite dans sa cellule et l'allongea sur son lit. Le jeune homme se recroquevilla d'instinct, le visage déformé par la douleur.

- Tenez bon, murmura Rogue à son oreille avant sortir de la pièce.

Il referma la porte devant le nez des Aurors, la mine sombre et pensive.

- Je suis sûr qu'il simule ! éructa Fletcher tout d'un coup. Ils sont capables de tout pour ne pas se faire interroger !

- Je vous conseille de le faire surveiller par un médecin, enchaîna Rogue d'une voix trahissant sa lassitude. Monsieur Malefoy est en plein sevrage. S'il se déshydrate trop, c'est la mort qui l'attend...

- Il n'aura que ce qu'il mérite...

- C'est bon Fletcher ! s'écria Seal, les joues rouges d'exaspération. Si tu ne peux pas te contrôler, c'est l'affaire que je te retire ! Tu sais, tu n'es pas le seul à avoir perdu des proches dans cette guerre !

- C'est bon, pas la peine d'en arriver là. Je me tiens tranquille...

Toujours accompagné de Fol'Oeil, le maître de potions transplana en direction de l'hôpital. A peine arriva-t-il à l'étage où était hospitalisé l'Elu qu'Isabel se trouvait déjà à ses côtés, une main discrète enroulée autour de son bras. L'estomac du Mangemort ne put s'empêcher de faire un looping dans son ventre.

- Les médecins disent que son état s'est soudainement amélioré, expliqua Isabel sans préambule. Quelque chose semble l'avoir apaisé tout d'un coup...Tu as trouvé quelque chose de ton côté ?

- Peut-être, répondit Rogue, la mine songeuse.

Le trio s'arrêta devant le hublot d'où l'on pouvait apercevoir la silhouette alitée du Gryffondor. De part et d'autre du lit se trouvaient Hermione et Ginny. Hermione leur tournait le dos. Assise sur une chaise inconfortable d'hôpital, la jeune femme était voûtée au-dessus du lit, une main posée sur celle de son meilleur ami. Ginny, quant à elle, avait les yeux rouges et le teint plus livide que d'habitude.

Sans un mot, Rogue entra dans la chambre, laissant Isabel et Fol'Oeil discuter dans le couloir. Ginny essuya discrètement les larmes de son visage et se moucha le nez avant d'oser regarder le maître de potions. Hermione tourna également la tête dans sa direction, le visage tout aussi marqué par la tristesse.

- Il semble qu'il aille mieux, expliqua-t-elle d'une voix éraillée. Mais les Médicomages ne sont pas plus optimistes.

Rogue s'apprêtait à lui demander des précisions lorsque son attention se focalisa sur le cou du Gryffondor. A cet instant précis, le geste énigmatique du jeune Malefoy prit sens lorsque le regard du Mangemort fut capté par la chaînette qui se trouvait autour du cou de l'Elu. Dans son souvenir, Harry n'avait jamais porté de collier. Rogue savait que tout venait de là. Il le sentait à son état de fébrilité et son instinct ne le trompait que rarement.

- Je retourne voir Ron, expliqua Ginny à Hermione en se levant de sa chaise dans une grimace. A plus tard...

Lorsque la rouquine referma la porte, Rogue s'avança tout près de la tête du lit. A cette distance, il pouvait constater que le processus de vieillissement avait encore accéléré, d'où l'inquiétude croissante des Médicomages. Quelques cheveux blancs parsemaient déjà l'ensemble de sa chevelure noire et l'ossature de son visage avait quelque peu changé. Le Mangemort serra la mâchoire de colère, une colère qu'il retournait à nouveau contre lui. Puis, il ressentit de la stupéfaction en remarquant plusieurs cicatrices étranges sur son visage. Elles étaient identiques à celles qu'il avait vues sur le visage du Serpentard. Tout était lié il en était intimement convaincu. Sa main, plus que jamais en quête de réponses, s'avança lentement mais sûrement vers le cou du Gryffondor.

- NON ! s'écria soudain Hermione, en repoussant violemment la main du maître de potions lorsqu'elle réalisa son intention.

Ce geste brusque les décontenança tous les deux. Ils s'observèrent, la bouche entrouverte, le regard sauvage et inquisiteur. Les yeux de Hermione se remplirent peu à peu de larmes, comme s'ils étaient en train de déborder de culpabilité. Rogue fronça les sourcils.

- Expliquez-moi tout, lui ordonna-t-il avec fermeté.

- Oh mais qu'est-ce que j'ai fait ? ! gémit-elle, la voix nouée de remords, le visage blotti dans le creux de ses mains. J'ai cru agir pour le mieux, mais en réalité, je les ai condamnés tous les deux ! Ron ne se réveillera pas ! J'aurais dû lui laisser le collier. C'était sa seule chance de s'en sortir !

- Parlez-moi de ce collier, précisa Rogue, quel que peu ennuyé par les chemins tortueux que la jeune femme empruntait pour lui expliquer la situation.

La jeune femme soupira longuement avant de découvrir son visage. La tête basse, la gorge nouée, Hermione ferma les yeux avant de se lancer.

- Le pendentif de ce collier était appelé autrefois « La Pierre des Coeurs ». Je n'ai trouvé que peu d'informations sur son histoire. Tout ce que je sais, c'est que cette pierre est très rare et que peu de colliers ont été mis en circulation dans le monde. Pour une raison que je commence à saisir, ces colliers ne sont plus autorisés à la vente. Leurs propriétés sont mal connues et peuvent être dangereuses si la pierre est détournée de son usage premier, à savoir de lier deux personnes qui s'aiment pour toute la vie, deux personnes réellement compatibles...

Le Maître de potions se pinça l'arête du nez en comprenant où la jeune femme voulait en venir. Mais Hermione ne s'arrêta pas là. Elle poursuivit son récit d'une traite, à la fois en transe et soulagée de pouvoir partager ce secret avec quelqu'un.

- J'ignore si le hasard nous a mis ce collier entre les mains ou si tout était déjà écrit, mais il se trouve que Ron et moi étions détenteurs de l'un d'eux. Ron m'avait prouvé son amour en m'offrant une petite partie de ce qu'il était. Il l'avait emprisonnée dans le pendentif par une simple formule magique. Mais le plus incroyable, c'est que la pierre nous reliait, dans nos sensations, dans nos émotions. C'était tellement fort, se rappela-t-elle, très émue, le regard perdu au lointain.

- Il ne vous est alors jamais venu à l'esprit qu'il serait dangereux d'enfermer son pire ennemi dans ce maudit caillou ? gronda le Mangemort, la voix suintante de reproches. Le voilà maintenant qui vieillit tellement vite qu'il sera probablement mort à la fin du mois, si ce n'est plus tôt ! Et que se passera-t-il à ce moment-là ? Voldemort sera libéré, n'est-ce pas ? ! Pourquoi ne l'avez-vous pas dissuadé d'une telle folie ? !

- Vous aviez une meilleure idée peut-être ? ! répondit Hermione avec aplomb, les sourcils froncés.

- Oui, il devait suivre le plan du professeur Dumbledore, un point c'est tout !

- Quel plan ? demanda-t-elle après un instant d'hésitation.

Les yeux du Mangemort s'assombrirent considérablement avant qu'il ne détourne son regard de la jeune femme.

- Mourir de la main de Voldemort pour qu'il puisse devenir mortel...

- Quoi ? ! s'écria la Gryffondor, les yeux exorbités. Je... je ne comprends pas...

- Pour faire simple, disons que vous n'êtes pas la seule à avoir expérimenté la fragmentation du corps ou de l'âme. Voldemort avait séparé son âme en plusieurs morceaux qu'il avait placés dans des objets divers afin de se protéger et ainsi devenir immortel. Nous avions retrouvé ces objets, ces Horcruxes, mais, sans le vouloir, Voldemort avait créé un énième Horcruxe : Potter en personne.

- Oh mon Dieu, murmura-t-elle en couvrant Harry d'un regard désolé.

Sa main se plaça sur celle du Gryffondor, tandis que ses yeux se noyaient à nouveau de larmes. Jamais n'aurait-elle cru pouvoir pleurer autant de fois en si peu de temps. A présent, elle entendait la voix du Mangemort en bruit de fond, tel un ronronnement de chat qui l'abrutissait avec douceur.

- J'imagine que vous comprenez maintenant. J'ai détruit les Horcruxes avec l'aide de Potter le soir de la Bataille Finale. Ne restait plus que son ultime sacrifice pour avoir une chance de tuer Voldemort. J'ignore pourquoi le professeur Dumbledore voulait que Potter meure de la main du Seigneur des Ténèbres. Cela ne faisait pas grande différence au final. Potter devait mourir, c'était tout ce qui importait et il le savait bien.

- Vous...vous voulez dire qu'il le savait depuis longtemps ? demanda Hermione, totalement horrifiée.

- Oui, je l'avais mis au courant des mois plus tôt pour qu'il puisse s'y préparer et vivre ses derniers jours comme il en avait envie.

Hermione éclata en sanglots tandis que les dernières pièces du puzzle se mettaient en place dans sa tête. La réalité était tellement pire que ce qu'elle avait envisagé. A présent, elle comprenait pleinement le comportement de son meilleur ami, de la barrière qu'il avait érigé entre eux. Harry n'avait pas pris cette décision en se basant sur des hypothèses mais sur des réalités, sur des plans bien établis.

Le Mangemort eut un mouvement de recul face à l'attitude démonstrative de la jeune femme. Il avait toujours détesté cela, ne sachant pas comment réagir. L'homme se contenta d'un rictus de dégoût avant de poursuivre.

- Potter était prêt. Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Pourquoi a-t-il changé de plan ?

- Comment pouvez-vous tenir un tel discours ? ! Harry est si jeune ! Vous ne pouvez pas le condamner comme ça ! Il a le droit de vivre ! hurla-t-elle à plein poumons. Une autre solution doit bien exister...

- Eh bien il faut croire que c'est ce que Potter a pensé pour faire une chose aussi idiote...

-Idiote ou pas, cette solution lui a permis de gagner du temps. Je ne le laisserai pas mourir, expliqua la jeune femme en effaçant ses larmes avec détermination. Je trouverai une autre solution. Et toute aide sera la bienvenue..., ajouta-t-elle plus doucement, une lueur d'espoir brillant au fond de ses prunelles.

Dans un silence chargé d'émotions diverses, de crainte, de rage et d'euphorie, leurs yeux se rencontrèrent. Ils se détaillèrent longuement. La conviction contre le doute. L'espoir contre la lassitude. Le défi contre la culpabilité. Dans une lutte silencieuse, Hermione fit tomber chaque barrière défensive du Mangemort jusqu'à ce que celui-ci puisse reconnaître son envie d'aider l'Elu.

- Très bien, voyons si nous pouvons déjouer les coups du sort… Mais autant mettre les choses au clair : c'est une course contre la montre et nos chances de sortir Potter de cette situation sont quasi nulles. Je vous demande donc de rester réaliste, raisonnable et de garder votre sang-froid quoiqu'il arrive. Je me fais bien comprendre ?

- Merci, professeur. Merci…

-Pour commencer, nous devrions approfondir vos recherches sur cette « Pierre des Coeurs », voir s'il n'est pas possible de stopper le processus de vieillissement du porteur du collier…


Bonsoir à tous,

J'espère que vous allez bien et que je n'ai pas fini par vous convaincre que cette fanfiction était abandonnée comme tant d'autres le sont. Ma vie a été très mouvementée récemment, entre changement de travail, changement de région, j'ai de quoi faire !

Ce chapitre est honteusement court mais m'arrêter là me semblait être le bon moment avant la toute dernière ligne droite… J'espère terminer cette histoire avant la fin de l'année… C'est une affaire de quelques chapitres comme j'ai déjà pu le dire. Mais je ne bâclerai rien, promis.

En vous disant bon weekend end et à bientôt…

DarkPotter