Elle ne pouvait se résoudre à accepter la mort de Ron...
J – 3
Tôt dans la matinée,
Avant que Ginny et Hermione ne se rendent au chevet de Harry...
- Salut Georges, dit Hermione en entrant dans la chambre d'hôpital de Ron. Comment s'est passée la nuit ?
Les deux jumeaux s'étaient relayés pendant plusieurs heures pour tenir compagnie à leur frère et convaincre Hermione d'aller dormir un peu au Terrier. La jeune femme avait eu du mal à s'endormir. Sa crainte était de ne pas pouvoir se rendre à temps à l'hôpital si l'état de Ron s'empirait. L'inverse était également vrai : elle ne voulait surtout pas que Ron se réveille et constate qu'elle n'était pas présente dans la pièce. Cette idée lui faisait horreur.
Ginny venait également tous les jours, ainsi que Monsieur et Madame Weasley. Cette dernière serait restée chaque seconde auprès de son fils si les jumeaux n'avaient pas insisté pour qu'elle rentre tous les jours au Terrier, dans l'espoir de se reposer un peu. Quant à Fred et Georges, ils se faisaient moins présents, ce qui ne les empêchait pas de surveiller chaque personne gravitant autour de Ron avec une sincère bienveillance.
Cependant, chaque samedi matin, la famille se réunissait au complet dans la chambre de Ron. Le rituel s'était mis en place naturellement, sans que personne ne le propose. Les parents amenaient le thé et le chocolat chaud dans des thermos tandis que les jumeaux arrivaient toujours avec plusieurs poches de viennoiseries. Ginny apportait serviettes, tasses et soucoupes. Quant à Hermione, elle se contentait d'amener le journal et les dernières nouvelles à propos de l'état de Harry.
La discussion tournait d'abord autour de l'état de Ron, puis de Harry, pour finalement dériver vers les sujets d'actualité : les résultats des élections pour la formation du nouveau gouvernement britannique, les réformes politiques établies en urgence, les énièmes condamnations de Mangemorts et les nouvelles dates de jugement.
L'arrestation de Drago Malefoy avait fait les gros titres quelques jours plus tôt. A vrai dire, le Serpentard avait partagé les premières pages des journaux avec l'Elu. La dernière rumeur en date accusait Drago Malefoy d'avoir piégé Harry Potter avec un philtre d'amour avant de l'avoir empoisonné. De nouvelles rumeurs émergeaient continuellement dans la communauté sorcière, mais celle-ci s'était profondément encrée dans l'esprit des gens, telle une tique avide de sang, telle une vérité immuable.
L'état critique de l'Elu avait soulevé mille et une interrogations parmi les sorciers. L'émoi était palpable. La justice réclamée avec une rage particulièrement virulente. La foule avait soif de sang et de vengeance. Le fils Malefoy devait mourir aux yeux de la majorité.
Cependant, quelques voix opposantes s'élevaient depuis peu, écoeurées par ce brassage de rumeurs et d'émotions brutes, s'inquiétant de cette précipitation irréfléchie, force motrice si caractéristique d'une foule sans visage. Ces appels au calme et au respect des principes fondamentaux de la justice provenaient de quelques combattants de la Bataille Finale et d'un petit cercle d'intellectuels connus pour leur sagesse et leurs réflexions allant généralement à contre-courant des idées partagées par la masse. Leur étentard avait pris la forme de ceintures blanches, afin de soutenir Drago et rappeler ce qu'il avait accompli dans l'ombre. Il ne s'agissait pas de vengeance. Il s'agissait de juger le Mangemort en ayant toutes les pièces du puzzle en main.
Ces quelques voix tentaient de se faire entendre, malgré la cacophonie générale qui régnait depuis son arrestation. Avec l'annonce de son procès, ce déséquilibre ne fit que s'accentuer. Aveuglés par la haine, beaucoup de sorciers avaient l'intention d'assister à l'évènement pour déstabiliser le Serpentard et surtout s'assurer qu'il n'en sorte pas vivant.
Hermione se pencha au-dessus du lit et déposa un baiser furtif sur le front de Ron avant de s'asseoir à côté de Georges, le journal posée sur ses cuisses.
- Bien, répondit Georges, si ce n'est que les Médicomages n'ont pas arrêté de faire des examens à Ron. Ils ont fini par lui ficher la paix au petit matin.
- Ils t'ont dit pourquoi ils ont fait tout ça ? demanda Ginny qui était entrée dans la pièce quelques secondes plus tôt.
- Non, mais tu sais comment ils sont ici...
- Je n'aime pas ça, marmonna Hermione dans un froncement de sourcils.
- Salut la compagnie ! s'exclama Fred en entrant à son tour, suivi de peu par Monsieur et Madame Weasley.
Chacun se trouva une place et se servit une tasse de thé fumant. Les poches de viennoiseries passaient de main en main, tandis qu'une bonne odeur de beurre s'élevait dans les airs. L'état de Ron était à nouveau au centre des discussions.
- Je trouve que sa peau est plus froide que d'habitude, remarqua Ginny avec gravité. Après je me trompe peut-être...
- Euh, à vrai dire, je partage ton impression, avoua Hermione, la gorge nouée par l'inquiétude. Il me semble que cela fait déjà plusieurs jours qu'il est comme ça.
- Tu en as parlé aux Médicomages au moins ? questionna Mme Weasley, le visage crispé, un sous-entendu de reproche maladroitement déguisé.
Oui, avant-hier, mais ils m'ont dit que ce n'était rien alors je n'ai pas voulu vous inquiéter inutilement.
La discussion suivit son cours. Les tasses furent vidées de leur contenu et les poches de viennoiseries furent jetées à la poubelle. Il ne fallut que quelques minutes supplémentaires pour qu'un grain de sable ne vienne entraver le bon déroulement de leur rencontre.
Quelqu'un frappa à la porte. Monsieur Weasley fit un signe de tête et la porte s'ouvrit. Trois Médicomages entrèrent dans la pièce, la mine sombre et embarrassée. Hermione joignit ses mains et entremêla ses doigts avec frénésie. Ils restèrent debout, près de l'entrée, comme s'ils se tenaient prêts à déguerpir en vitesse. Silencieux.
- Vous ne voulez pas vous asseoir ? demanda Monsieur Weasley dans un sourire poli mais figé.
- Non merci. Hum, je crains que nous n'ayons pas de bonnes nouvelles à vous apporter. (Tous retinrent leur souffle en attendant l'inévitable.) L'état de Ron se dégrade depuis quelques jours. Nous le stabilisons tant bien que mal avec la magie mais cela ne change rien au fait qu'il va passer du coma à un état de mort cérébrale. Son organisme est en train de perdre toute cohérence dans son fonctionnement. Ce n'est plus qu'une question de semaines avant que son corps ne commence à se décomposer...
- Arrêtez ! Arrêtez de dire ça ! hurla Molly Weasley en s'accrochant à son mari.
Ginny se mit à pleurer, blotti dans les bras de Fred. Les yeux noyés de larmes, Georges se tourna vers Hermione. Il entoura ses mains jointes de la sienne.
- Nous sommes vraiment désolé, poursuivit un autre, nous aurions voulu faire tellement plus. Malheureusement, il y a un moment où il faut accepter notre impuissance et ce moment est arrivé. Il vous appartient maintenant de décider de sa fin...
Molly Weasley se mit soudain à crier en secouant son mari avec rage, les larmes inondant son visage. Elle voulut se lever pour rejoindre son plus jeune fils mais ses jambes ne la soutinrent pas et elle perdit connaissance, s'effondrant sur le sol comme une poupée de chiffon.
- Maman ! s'écria Georges et Fred en même temps.
Les jumeaux se précipitèrent au sol et aidèrent leur mère à retrouver petit à petit connaissance. Arthur Weasley, quant à lui, était apathique. Son regard, à priori vide, sondait le visage de son fils, à l'affût de la moindre réaction.
- Monsieur Weasley, pardonnez-moi, mais je me dois de vous informer des choix dont vous disposez à ce stade. Vous pouvez laisser faire la nature et dans ce cas, nous arrêterions tous les soins. Son décès serait quasi immédiat. Vous pouvez aussi choisir de prolonger sa vie aussi longtemps que possible, mais je vous le déconseille car vous assisteriez à sa déchéance physique.
- Vous avez réellement tout tenté ? demanda-t-il sans lâcher son fils du regard. Il ne reste vraiment plus aucun espoir ?
- Non, les examens que nous avons réalisés cette nuit le confirment. Ron a perdu son énergie vitale, sa magie. Un sorcier ne peut vivre sans cette force. C'est pour cette raison que son organisme perd toute cohérence et qu'il commence à s'autodétruire.
- Je crois que nous avons besoin d'y réfléchir entre nous avant de prendre une décision, répondit sombrement Arthur Weasley après un moment de silence.
- Bien sûr, prenez votre temps. Faites-nous signe lorsque vous serez sûrs...
J – 3
Fin de journée,
Tribunal Extraordinaire de Londres, Salle d'interrogatoire N°4...
Le Mangemort avait les mains liées dans le dos par des menottes qui lui mordaient les chairs au moindre mouvement. Sa gorge était rêche, au point de lui donner l'impression d'avaler des aiguilles à chaque déglutition. Ses paupières, quant à elles, se fermaient involontairement pendant plusieurs secondes avec la même rigueur qu'un métronome.
Le jeune Malefoy était exténué, assommé par leurs questions, leurs insinuations et leurs provocations. Il aurait été si simple de tout avouer et même de rajouter des crimes qu'il n'avait pas commis pour qu'ils le laissent tranquille, mais Drago refusait de leur faire ce plaisir. Ce n'était pas de cette façon qu'il voulait mourir. Il s'était toujours juré de mourir en homme libre, au moment, à l'endroit, et de la manière qu'il aurait choisis.
Alors Drago ne décrocha pas un mot. La plupart du temps, il se contentait de regarder dans leur direction, tantôt avec mépris, tantôt avec lassitude. Il ne les écoutait pas vraiment, se concentrant plutôt sur la manière de se suicider dans sa cellule, repassant chaque objet, chaque élément dans sa mémoire, réfléchissant à la plus rapide des méthodes. Drago n'avait pas peur d'avoir mal. Il avait dépassé ce stade depuis si longtemps. Une part de lui savait qu'il méritait un châtiment long et douloureux. Mais, à cet instant, sa seule préoccupation était de mourir rapidement afin de leur échapper pour de bon.
Une part de lui se sentait égoïste mais Drago avait toujours essayé d'assumer ce sentiment. Il voulait seulement ne plus souffrir, ne plus avoir à affronter cette réalité qui lui faisait horreur, celle qu'il avait perdu toutes les personnes qu'il aimait, qu'il était seul face à son destin et qu'il ne pourrait plus jamais retrouver sa fille. Chaque être humain a ses limites à la souffrance Drago avait à nouveau franchi la ligne verte.
- Tu nous écoutes seulement ? demanda Seal dans un soupir ennuyé.
- Si tu crois que ça t'aidera de ne rien dire, tu te trompes, Mangemort, ajouta Fletcher en souriant victorieusement. Tu nous cracheras tout, que tu le veuilles ou non. De toute façon, quoi que tu fasses, tu es fini. Ne l'oublie jamais. Mais attends ? C'est peut-être ce que tu te dis ? ! Oh le pauvre, il est sous le choc ! ricana l'Auror, sous le regard réprobateur de Seal.
Drago réagit d'un frémissement de sourcil. Le jeune Malefoy n'avait ni l'envie, ni la force de le soulever dans une attitude provocante. Son regard éteint croisa celui de l'Auror Seal.
- Bon, cela suffit. Fletcher, Richardson, faites une longue pause. Je vais parler avec Malefoy. Seul à seul, précisa le chef des Aurors.
- Comme tu veux, grommela Fletcher avant de quitter la pièce, suivi de l'autre Auror.
La porte se referma et Seal s'autorisa un long soupir avant de détailler le Mangemort d'un regard indéchiffrable. Drago ne baissa pas les yeux. L'Auror semblait indécis. Sa bouche s'ouvrit à plusieurs reprises avant qu'il ne trouve le courage de se lancer d'une voix faussement tranquille.
- Je ne t'ai encore jamais posé cette question, mais je vais le faire maintenant qu'on est que tous les deux. Le père que je suis s'inquiète de ne pas savoir où se trouve ton enfant. Alors je te pose la question : quelqu'un s'occupe-t-il de lui en ce moment ?
Drago aurait voulu ne rien ressentir, mais la question semblait l'avoir atteint avec la violence d'une flèche décochée en plein coeur. Habile stratégie pour le faire parler ou sincère inquiétude de parent, cela ne faisait pas grande différence. Drago se sentit envahi par une vague de tristesse et de culpabilité.
Ils avaient espéré. Voici la force caractéristique de la jeunesse. Même dans un monde en ruines, elle peut encore se convaincre que la vie est devant elle, que tout est encore possible, que toutes les erreurs peuvent se rattraper. Mais aujourd'hui, Drago était vieux, sans illusions, dépouillé de ses rêves, réduit à l'essence même de l'être humain : ce noyau éphémère, fragile, inconsistant, fait de sensations, d'émotions, de pensées, de souvenirs douloureux et amers.
Drago ne voulait plus ressentir. Qu'il puisse encore réagir était une défaite de plus, un pas de plus en avant qui l'éloignait davantage de ceux qu'il chérissait. Ceux qui étaient déjà tombés. Drago se sentait coupable d'être encore vivant, d'avoir des réactions humaines. A cette culpabilité se rajoutait celle de ne plus avoir la force de se battre pour sa fille, de la priver de ses parents, de laisser des questions sans réponse pour seul héritage. De meurtrir son âme d'enfant par le manque, par son absence, par son égoïsme. Comment pourrait-elle comprendre leur abandon ? Comment pourrait-elle savoir qu'elle avait été tant aimée par ses parents ? Comment pourrait-elle comprendre que cet abandon était une preuve d'amour absolue ? Une marque de protection avant toute chose ? Et aussi, Drago devait le reconnaître, une marque de son égoïsme maintenant qu'il s'apprêtait à se donner la mort.
Mais quels autres choix lui restait-il vraiment ? Drago était persuadé que le baiser du Détraqueur allait être sa condamnation quoiqu'il puisse dire ou tenter pour se défendre. D'ailleurs, comment pouvait-on excuser tous ces meurtres ? A ses yeux, il aurait été indécent d'essayer de les justifier.
- Malefoy, insista l'Auror pour le ramener dans l'instant présent. Dis-moi qu'il n'est pas livré à lui-même.
- C'est un peu tard pour poser la question, répondit le Mangemort d'une voix ternie par l'amertume.
- Je vais être honnête avec toi, je ne t'apprécie pas du tout. Mais je pense pouvoir comprendre tes agissements. Je crois que tu n'es pas seulement égoïste et que tu as commis tous ces crimes pour protéger les tiens, ou plutôt ceux que tu aimes. Je peux comprendre ça, même si cela n'excuse pas tes actes. Alors, si j'étais toi, je pense que j'aurais tout mis en oeuvre pour mettre mon enfant à l'abri du danger. Je t'imagine mal l'abandonner pour te sauver. Et je suis convaincu que tu ne pourrais pas rester calme comme tu l'es maintenant si tu le savais livré à lui-même. Donc, quelque part, je pense que tu t'autorises à baisser les bras parce que tu sais que ton enfant est maintenant en sécurité. Tu crois que tu as tout perdu et que tu ne pourras plus le revoir, mais tu te trompes.
Drago fixa l'Auror avec intensité, cherchant la moindre trace de mensonge sur son visage. Il n'en trouva aucune. Une ride de lion se creusa entre les sourcils du Mangemort. Le jeune homme fut sincèrement surpris par la clairvoyance de l'Auror. Mais pouvait-il seulement lui faire confiance ? Le doute se souleva en lui telle une tempête de sable. Il déglutit maladroitement, avalant une énième poignée d'aiguilles rouillées.
- Vous pensez réellement que je vais vous croire ? Et d'abord, pourquoi vous voudriez que je me m'en sorte ? questionna Drago d'une voix qu'il ne reconnaissait plus tant cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas entendu parler.
- Je ne tiens pas spécialement à ce que tu t'en sortes, rectifia Seal. Je veux juste que tu sois jugé pour ce que tu as fait et non pour ce qu'on pense de toi. Je tiens à une justice équitable. Et je pense que les enfants n'ont pas à payer pour les crimes de leurs parents.
- C'est tout à votre honneur, murmura Drago pour lui-même, le regard perdu dans le vide.
- Ton enfant a besoin de toi, continua l'Auror avec conviction. Il ne mérite en rien de se retrouver sans parent. Tu devrais te battre pour éviter le baiser du Détraqueur.
- Vous pensez sérieusement que j'ai encore une chance de rester en vie ? demanda Drago après un moment d'hésitation, les sourcils froncés, la voix menaçante.
- Oui, parce que tu es mineur. Plus précisément, tu l'étais au moment des faits. Et jusqu'à maintenant, nous nous sommes toujours interdits de condamner un enfant ou un adolescent à la peine de mort. Ceux qui sont considérés comme irrécupérables sont jugés à la prison à vie.
L'Auror marqua un temps de pause, l'intensité de son regard dévoilant déjà la mesure d'exception promulguée à son encontre.
- Mais face à ton rôle de bourreau pendant la guerre, il nous a été difficile de ne pas assouplir cette règle. La pression qu'exerce la population sorcière est juste indescriptible à ce stade de la procédure. Cependant, je sais que c'est la rage qui les anime et la rage est aveugle. Comme je te l'ai dit, je tiens à une justice équitable et je trouve cela injuste de changer les règles quand cela nous arrange. Donc, malgré tout ce que tu as pu faire, je pense qu'on ne devrait pas te condamner à mort, mais à la prison à vie.
- Vraiment ? Vous n'auriez pas envie que je meure ? provoqua Drago afin de cerner les réelles intentions de l'Auror.
Un courant électrique passa entre les deux hommes. Le temps d'un bref moment de vulnérabilité, l'Auror laissa entrevoir le terrain marécageux dans lequel il tentait d'embourber sa haine afin de garder son self-control.
- Il ne s'agit pas de ce que je ressens, de ce dont j'ai envie, rappela Seal dans un murmure.
- Dommage pour moi que vous semblez être le seul Auror à concevoir la justice de cette façon. A vrai dire, je n'en veux même pas à tous ceux qui souhaitent me faire la peau. Je serais à leur place, je réagirais probablement de la même façon... Quoi que je puisse dire, je suis fini.
- Bon, écoute-moi attentivement. Nous pouvons proposer un arrangement aux juges. La prison à vie avec possibilité de visites en échange de tes aveux complets. S'ils acceptent, tu auras la garantie d'avoir la vie sauve avant même de passer au tribunal.
Drago n'arrivait pas y croire. Pouvait-il lui faire confiance ? Cette question ne cessait de tournoyer dans son esprit, telle une mise en garde. Etait-ce une ruse pour le faire parler ? Pouvait-il encore échapper à l'appel du néant ? En avait-il seulement encore la force ? Penser au suicide était tellement facile. Penser à sa fille tellement douloureux. Drago ne voulait plus remettre son destin en question. La Mort avait toujours été présente à ses côtés, depuis son plus jeune âge. Elle l'appelait dans ses songes, tel un chant de sirène soufflé dans l'oreille d'un marin. Combien de temps lui restait-il avant que son navire ne se fracasse contre les rochers escarpés ?
Drago ferma les yeux et courba l'échine.
- Je ne pense pas vouloir de cet arrangement, avoua le Mangemort, la gorge nouée par la tristesse. Je suis désolé, ajouta-t-il dans un souffle, en pensant à Jade, à Pansy, à Harry.
L'Auror voulut insister, mais en voyant des larmes rouler sur les joues du jeune homme, les mots se perdirent dans sa bouche. Il ne s'attendait pas à une telle réaction. C'était le premier Mangemort qu'il voyait pleurer et refuser un arrangement. L'Auror ne savait plus quoi dire.
Le silence s'étira entre eux pendant de longues minutes. Les larmes de capitulation se mêlaient aux larmes de tristesse. Les larmes de tristesse se mêlaient aux larmes de honte. Les larmes de honte se mêlaient aux larmes de remords. Oui, Drago pouvait à présent le reconnaître : il regrettait sincèrement ses actes. Si sa vie avait été à refaire, il était certain qu'il aurait choisi la voie du suicide. Lui et Blaise se seraient suicidés avant que tout ne commence à déraper. Drago n'était pas courageux. Drago était lâche et égoïste. Mais lui et Blaise n'avaient jamais voulu faire de mal aux autres. Jamais. Ils voulaient seulement avoir une vie ordinaire, une belle carrière, une famille, de l'amour, être respectés. Faire partie d'un système ne les intéressait pas.
- Malefoy...
Drago renifla bruyamment, mais ne releva pas la tête.
- Malefoy, insista Seal avec douceur.
Cette fois-ci le Mangemort se redressa. Ses paupières s'ouvrirent lentement, dévoilant un regard tourmenté par le désespoir.
- On va s'arrêter là pour aujourd'hui. Repose-toi un peu. Prends le temps de bien réfléchir. Pense à ton enfant. Et tu me donneras ta décision finale demain matin. Allez, je te raccompagne à ta cellule...
Bonjour à tous,
Musiques d'inspiration : la B.O du film « Defiance » (les Insurgés), la B.O du film « Elle s'appelait Sarah », « Only the Winds » et « This place was a shelter » d'Olafur Arnalds.
Merci à tous ceux qui laissent des commentaires et des messages d'encouragement. Cela m'aide toujours beaucoup.
Je vous dis à bientôt,
DarkPotter
