- Pas comme ça, Mangemort. Tu devras trouver un moyen de convaincre les juges qu'il est trop dangereux de te laisser en vie... Je ne suis pas le seul à vouloir que tu payes. Eux aussi ont droit à leur revanche...
Sur ces paroles, Fletcher quitta la cellule, la mine sombre, le souvenir de la dépouille de son fils envahissant son esprit...
J – 1 :
Au petit matin,
Salle de classe de Poudlard
- Lui amener sa chouette était une bonne idée, ronchonna le professeur Rogue. Il s'est réveillé deux fois pendant la nuit et tout ce qui a attiré son attention, c'est sa bestiole.
- C'est bien à l'image de l'estime qu'il vous porte, commenta malicieusement Fol'Oeil, son visage bourru illuminé d'un sourire satisfait.
Les deux hommes avaient passé la nuit à l'hôpital. De retour à Poudlard, ils s'assirent chacun dans un fauteuil, un peu en retrait du feu qui réchauffait la marmite de potion. Isabel, également assise dans un vieux fauteuil en cuir, leur faisait face. Mais elle n'avait d'yeux que pour le professeur de potions avec qui elle partagea un sourire énigmatique. Bien concentrée, Hermione s'appliqua à glisser deux cheveux d'Harry dans la préparation avant d'augmenter l'ouverture du feu sous la marmite. Une volute de fumée verdâtre en forme de champignon s'échappa dans un « pop » du gros récipient.
- Par Merlin, qu'est-ce que ça pue ! Plus qu'un jour comme ça, hein ? C'est toujours un jour de trop, se plaignit Fol'Oeil, le nez fourré dans la manche de son épais manteau.
- C'est bon signe, rappela Isabel, alors mettez votre sensibilité de côté. Un « grand » Auror comme vous ne devrait pas être perturbé pour si peu.
- Correction ma jolie, je ne suis perturbé par rien. Je suis dans un pays libre, alors je m'exprime. Je me bats assez durement pour ça, non ? Et j'ai autre chose à ajouter : on va être dans la merde si on se limite à ce plan. Ne jamais se fier aux plans qui puent, conclut l'Auror avant de ricaner grassement, fier de son jeu de mots.
- Vous êtes vraiment pénible, soupira Isabel en s'étirant dans son fauteuil avec la souplesse élastique d'un chat.
- Si nous avons élaboré ce plan, c'est parce que nous n'avons rien trouvé d'autre, enchaîna gravement Hermione. Mais j'avoue que vous avez probablement raison. Vous auriez peut-être une idée à nous proposer ? demanda-t-elle sans quitter la potion des yeux.
- Je déteste les compromis, surtout lorsqu'il est question de fous furieux. C'est dangereux. Garder Voldemort comme ça, dans cette « Pierre des Coeurs », c'est lui donner une chance de s'échapper un jour. Depuis le temps qu'on tourne autour du pot... Je serais donc pour une solution radicale : libérer Voldemort de la pierre et l'exécuter sur le champ. De cette façon, il est probable qu'on règle aussi le problème de vieillissement accéléré de Potter. Et voilà ! Le tour est joué !
- Mais ce serait aller à l'encontre des idées du professeur Dumbledore, intervint Rogue, la mine sombre. Si notre intention est de détruire définitivement le Lord Noir, nous devrions suivre ses instructions. Bien que j'en ignore la raison, il a toujours insisté pour que la part de Voldemort vivant dans le corps de Potter soit détruite par Voldemort en personne avant que Voldemort lui-même soit détruit. Drago étant également devenu un Horcruxe, cela suppose que nous devions l'inclure dans cette équation, quelque part entre Potter et Voldemort. Nous pourrions contrôler le Seigneur des Ténèbres par Imperium et le forcer à jeter le sortilège de mort sur Potter puis sur Malefoy, mais ce serait alors très probablement les condamner à mort, quoique... Dumbledore avait peut-être espéré que Potter puisse s'en sortir de cette façon-là. Concrètement, nous ne savons pas ce que cela fait de se retourner contre soi-même.
- Putain de bordel. Vous allez me filer la migraine avec vos hypothèses vaseuses, gémit Fol'Oeil, la paupière plissée sur son oeil valide. Nous devons penser simplement parce que nous n'aurons pas le temps de vérifier ces hypothèses et il me semble que le but, c'est de permettre à Potter d'avoir une vie décente, tout en neutralisant efficacement Voldemort. Donc jeter un sortilège de mort sur le gosse, je crois que c'est l'idée la plus conne que vous n'ayez jamais eue, cher professeur. Nous avons besoin de solutions dont nous pourrons connaître les effets.
- Je suis plutôt d'accord avec vous, dit Hermione en dissipant d'un revers de main énergique la vapeur odorante qui lui chatouillait désagréablement les narines. Je pense que ce plan est bien trop risqué. Par contre, si nous échouons avec cette potion, je crois que nous n'aurons pas le choix. Il faudra faire sortir Voldemort de la pierre et le tuer. Il restera toujours les morceaux de son âme piégés dans le corps d'Harry et dans celui de Drago, mais je pense que nous sommes les seuls à le savoir. Si j'ai bien compris, Voldemort ne disait rien à personne, pas même à ses plus proches Mangemorts. Dans son camp, il devait donc être le seul à connaître l'existence de ces Horcruxes. On peut alors espérer que ces morceaux de Voldemort ne puissent jamais trouver un moyen de se libérer. Harry a vécu dans ces conditions pendant plusieurs années. Il n'y a pas de raison qu'il n'y arrive plus aujourd'hui.
- Juste une chose que nous oublions peut-être, remarqua Isabel en fronçant les sourcils, c'est que Drago sera jugé demain et que ses chances d'éviter le baiser du Détraqueur sont, j'en ai peur, quasi nulle. Le plan de Dumbledore tombe de toute façon à l'eau, Severus.
- J'ai déjà fait une déposition en faveur de Drago, expliqua le professeur de potion dans un long soupir découragé. Je devrais peut-être aller voir les juges pour insister encore. S'il reste en vie, même en prison, tout est encore possible.
- Par Merlin, arrêtez votre délire ! éructa Fol'Oeil en se levant brusquement de son fauteuil. (L'Auror se pencha au-dessus de Rogue, posant ses grosses mains sur les accoudoirs.) Malefoy est foutu ! Quand est-ce que vous finirez par vous le mettre dans la caboche ? ! Pensez simplement et arrêtez de perdre du temps en vous baladant au tribunal ! On ne peut pas gérer toutes les tragédies du monde en même temps ! On ne peut pas empêcher les morts de tomber ! Si vous continuez à vous entêter à vouloir sauver tout le monde, vous perdrez aussi Potter ! Vous perdrez tout le monde ! C'est ce que vous voulez ? !
- Cela suffit ! hurla Isabel en se mettant debout, comprenant que l'Auror n'avait pas l'intention de s'arrêter là. Non mais qu'est-ce qui vous prend, Fol'Oeil ? ! Vous feriez bien d'aller faire un tour et de vous changer les idées !
- Je vais faire mieux que ça : je vous laisse vous démerder ! déclara l'homme en clopinant déjà vers la sortie, totalement excédé. De toute façon, je ne vous sers à rien et cela ne m'intéresse pas. Je vais vous dire le fond de ma pensée : vous ne pourrez pas déjouer le destin éternellement. A ce jeu-là, on est toujours perdant, croyez-moi... Faut arrêter de se voiler la face : Potter et Malefoy sont destinés à mourir jeunes. Vous échouerez... et je n'assisterai pas à ça... ça non...
J – 2 :
Après l'interrogatoire,
Tribunal Extraordinaire de Londres, Cellule N°7
Drago aurait pu s'écrouler de fatigue et tenter d'oublier son interrogatoire au sérum de vérité. Cependant, la menace de Fletcher ne cessait de tournoyer dans son esprit, tel un vautour décrivant des cercles morbides et silencieux au-dessus d'un animal mourant, se tenant prêt à fondre sur lui. Drago l'avait compris : tout allait se jouer lors de son procès.
Le Serpentard y avait réfléchi toute l'après-midi, puis toute la soirée. A la nuit tombée, le jeune homme avait enfin pris une décision. Une décision qui l'amenait à espérer qu'Harry ne se réveille jamais et que sa fille grandisse dans le monde moldu, à l'abri de ses origines, pour qu'elle n'apprenne jamais les mensonges qu'il allait proférer lors de son jugement.
Drago mangea son dîner, mais il le rendit dans les toilettes quelques minutes plus tard, malade à l'idée de ce qu'il avait l'intention de faire. Attiser la haine. Pour convaincre les juges qu'il était profondément mauvais et dangereux. Une dernière fois, Drago allait devoir porter le masque : celui que les gens avaient toujours voulu qu'il porte. Pour ne pas ébranler les croyances et les certitudes. Le Bien d'un côté. Le Mal de l'autre.
Assis au bord du lit, le jeune homme blottit son visage contrit dans le creux de ses paumes desséchées.
- Blaise, murmura-t-il doucement. Tu vois que j'avais raison. Les gens ne changeront jamais. Ils aiment juger ce qu'ils ne peuvent pas comprendre. C'est facile. C'est rassurant parce que chaque chose semble à sa place. Les Bons d'un côté. Les Mauvais de l'autre. Ils ne tiennent pas à ce que cela change. Ils se fichent bien de la justice. Ils se fichent bien de comprendre, pour la plupart en tout cas. Ils se fichent bien de savoir qui nous sommes réellement. On avait perdu avant même d'avoir commencé. L'issue a toujours été la même pour toi comme pour moi. J'ai juste pris plus de temps que toi pour atteindre le bout du chemin. A quoi bon tous ces efforts ? Je vais laisser une orpheline derrière moi. Tu crois que ça en valait la peine ? Elle me haïra sans doute pour l'avoir abandonnée. Tu te rends compte ? Tout ce que je laisserai derrière moi, ce sera de la haine. Aimer aurait dû faire la différence, mais non. Tu ce qui restera, c'est la haine. Tu vois que j'avais raison. Je regrette. Si seulement tu savais à quel point je regrette. Je n'aurais pas dû t'écouter. Je sais que tu voulais bien faire en me donnant de l'espoir, mais cela n'a fait qu'aggraver les choses. Je n'ai jamais voulu vivre tout ça. Je te demande pardon. Tout s'achèvera bientôt.
Vacillant, l'homme lâcha une quinte de toux avant de se laisser tomber en arrière, s'écroulant sans cérémonie sur le matelas. Ses yeux se fermèrent et, pendant un long moment, Drago pria pour ne jamais voir l'aube prochaine.
J – 1 :
En fin de matinée,
Tribunal Extraordinaire de Londres, Cellule N°7
La nuit défila telle une longue torture, apportant son lot de spectres et d'abominations. Au réveil, le Mangemort constata qu'il se sentait encore plus fatigué qu'au moment de s'endormir. Sa gorge était si sèche, chaque déglutition douloureuse. Le jeune homme se mit lentement debout, craignant de tomber tant ses jambes étaient faibles et tremblantes. Sa main se posa un instant contre le mur le plus proche, chaque mouvement ralenti et décomposé. Sa vue se brouilla tandis que l'intérieur de son crâne était martelé par de petits insectes rongeurs. Drago attendit patiemment de retrouver l'usage de ses yeux avant d'avancer vers le lavabo, les bras tendus devant lui, à l'image d'un homme progressant laborieusement dans le noir.
Arrivé à destination, le jeune Malefoy ouvrit le robinet, passa une main sous le jet d'eau et avala une gorgée du liquide glacé. Ses yeux rencontrèrent son reflet dans le miroir. Une vague nauséeuse lui donna envie de vomir l'eau qu'il venait tout juste d'avaler. Drago reporta son regard vers le liquide translucide qui coulait toujours du robinet. Sa main repassa sous le jet et vint asperger son visage. L'homme frissonna de la tête aux pieds tant l'eau était froide, puis, dans un long soupir, il ferma le robinet, fit marche-arrière et revint s'asseoir sur son lit, chancelant et voûté tel un vieillard.
La porte de sa cellule s'ouvrit une heure plus tard. Seal apparut sur le seuil, vêtu tout de blanc, ses cheveux châtains courts parfaitement coiffés. L'homme entra et ferma la porte derrière lui. Il avança de quelques pas vers le Mangemort qui était toujours assis sur le matelas, quelque peu hagard.
- J'ai parlé aux juges, commença l'Auror sans préambule, le regard déterminé. Comme je te l'ai déjà dit, je pense que tu as toutes tes chances d'échapper au Baiser du Détraqueur. Ils n'ont pas voulu me donner de garantie mais cela ne change rien au fait que je suis certain de les avoir convaincus de ne pas te traiter différemment que les autres. Je te conseille de réfléchir à un discours où tu pourras dire que tu avais agi sous la pression de tes parents et que tu regrettes tous les crimes que tu as commis. On te donnera la parole après avoir relaté tes crimes et dévoilé le contenu de ton interrogatoire au sérum de vérité. La déposition de chaque témoin sera également lue pour ne pas perdre de temps à réinterroger tout le monde. Il n'y aura pas d'avocat. Tu verras que ça ira très vite. Voilà. Je viendrai te chercher demain, à 9 h, avec Richardson et Fletcher et on t'emmènera au rez-de-chaussée, dans la salle principale du tribunal. Je te préviens, il y a aura beaucoup de monde. Ton procès sera ouvert au public. Des questions ?
Drago fronça les sourcils de concentration. L'Auror attendit patiemment que le Mangemort organise ses pensées.
- Pourrais-je m'habiller à mon avantage ?
- Bonne idée. Je t'amènerai plusieurs robes de sorciers noires de différentes tailles. Autre chose ?
- Je fais peur à voir. J'aurais sans doute plus de chance à convaincre les juges si mon visage ressemble à celui d'un être humain en bonne santé. Serait-il possible de voir la Médicomage pour qu'elle m'aide à dissimuler les marques de fatigue de mon visage ?
- C'est d'accord. Je te l'envoie dès que possible. En tout cas, je suis satisfait de voir que tu me crois enfin et que tu fais tout pour t'en sortir. Tu verras que cela en vaut la peine. Tu pourras voir ta fille grandir. Rien n'est plus important que cela, n'est-ce pas ?
- Oui, répondit le Mangemort d'une petite voix, le regard perdu dans le néant.
- A demain alors. Tout se passera bien, tu verras...
J – 1 :
Début d'après-midi,
Sainte Mangouste, Chambre de Ron Weasley
- Tiens, Hermione ! s'écria Fred en souriant tandis que la Gryffondor était en train d'ouvrir la porte. On a de bonnes nouvelles à l'étage... Harry est apparemment réveillé depuis quelques minutes. Ginny et Georges sont montés le voir. C'est la deuxième fois qu'il se réveille aujourd'hui. Les Médicomages sont de moins en moins coincés alors je pense que c'est vraiment bon signe.
- Oh, ça fait vraiment plaisir à entendre... et pour Ron ? demanda-t-elle après un instant d'hésitation.
Le sourire s'effaça lentement du visage de Fred. Mal à l'aise, la jeune femme détourna son regard vers Ron qui semblait dormir paisiblement sous les draps immaculés de son lit. Elle avança dans la chambre, jusqu'à ce que ses jambes entre en contact avec le bord gauche du lit de Ron.
- Toujours ces variations de température, sinon rien de nouveau. Maman s'obstine à ne pas vouloir parler de Ron. Quelle tête de mule. J'espère que papa finira par lui faire entendre raison.
- Je l'espère aussi, soupira Hermione avant de caresser les cheveux de Ron avec tendresse.
Les yeux de la jeune femme étaient tourmentés, reflétant la bataille intérieure qui faisait rage dans sa tête. Malgré sa réponse, malgré sa raison qui lui criait d'abdiquer, Hermione n'arrivait pas à accepter la réalité. Jamais n'avait-elle dû baisser les bras. Ses lèvres se tordirent de tristesse tandis qu'elle l'embrassait sur le front avec dévotion.
- Je t'aime, Ron. Je reviens vite, murmura-t-elle dans son oreille avant de quitter la chambre pour monter voir Harry.
La Gryffondor marchait lentement, perdue dans ses pensées, happée par le souvenir de cette éprouvante matinée. Tous furent décontenancés par la sortie théâtrale de Fol'Oeil. Ils en discutèrent entre eux, se demandant s'ils devaient le laisser faire ou tenter de le convaincre que sa présence faisait la différence. Au final, tous s'accordèrent sur l'idée de le laisser partir.
En y réfléchissant, Hermione comprenait sa réaction. L'homme avait perdu toutes les personnes qu'il chérissait. Tant de désillusions pour une seule personne. L'illusion de la sécurité. L'illusion de la permanence des repères. Tant de liens d'amour rompus. Se risquer à vouloir protéger quelqu'un à nouveau, c'était aussi le risque d'échouer et de porter la culpabilité qui découle d'une promesse qu'on n'a pas pu tenir. Avait-il seulement encore confiance en ses capacités ? En plus d'avoir perdu sa famille, beaucoup de sorciers étaient morts sous sa responsabilité pendant la guerre. Hermione se demandait comment l'Auror avait fait pour ne pas sombrer dans la folie.
Ses interrogations s'estompèrent lorsqu'elle poussa la porte de la chambre d'Harry et que son regard fut piégé par les prunelles de son meilleur ami. Tant d'émotions défilèrent dans ses orbes verts. Hermione avança lentement dans la pièce tandis que Ginny et Georges faisaient marche-arrière. Ils se saluèrent rapidement, puis, une fois seule avec Harry, Hermione s'approcha de la tête du lit, fébrile à l'idée de ce qu'ils allaient pouvoir se dire enfin. Elle s'assit sur la chaise la plus proche du lit et attrapa la main que le Gryffondor était en train de tendre vers elle. Hermione sentit sa gorge se serrer en voyant les larmes apparaître au coin des yeux de son meilleur ami.
- Si tu savais à quel point je suis heureuse de te voir éveillé. Tu m'as tellement manqué, Harry avoua-t-elle, la voix secouée de trémolos.
- Je ne mérite pas ton pardon, gémit l'Elu dans un souffle. Je viens d'apprendre pour Ron...
La voix du Gryffondor mourut dans un sanglot à demi-étouffé. Le jeune homme retira brusquement sa main et couvrit son visage pour dissimuler sa souffrance. Prise de court, Hermione fut incapable de répondre. Submergée par une vague de tristesse, elle se risqua à étreindre son meilleur ami et elle laissa couler son chagrin en silence, se contentant d'accueillir les sanglots que ce dernier n'arrivait plus à contenir.
Harry ne la repoussait plus. Bien au contraire. Il l'entoura soudainement de ses bras et la serra fort contre lui. Le Gryffondor s'ouvrait à nouveau à elle et, enfin, ils pouvaient partager un moment, qu'il soit douloureux ou non. Hermione sentit une résistance lâcher en elle. Leurs sanglots se mêlèrent alors, parfois ondulant avec harmonie tel un poisson dans l'eau, et parfois s'entrechoquant avec la violence d'un séisme venant fracasser la terre. Malgré la souffrance inouïe qu'elle ressentait en cet instant, Hermione se sentait surtout soulagée. Harry était là. Enfin.
- Pourquoi Ron ? Pourquoi ? J'aurais dû mourir à votre place. C'était le plan, articula Harry avec difficulté, la voix entrecoupée de hoquets douloureux.
Hermione se redressa légèrement, de sorte à placer son visage juste au-dessus de celui du Gryffondor. Les sourcils froncés de gravité, elle prit le visage de son meilleur ami en coupe afin de s'assurer qu'elle ait toute son attention.
- Ecoute-moi bien, Harry. Personne n'avait à mourir. Mais cela arrive. C'est comme ça et tu dois accepter que cela n'a rien avoir avec toi. Tu n'y peux rien et tu ne peux rien y faire. Ce n'est pas de ta faute, Harry. Ron est mort à cause de l'explosion. Il n'est pas mort parce que tu n'as pas suivi ce stupide plan. Par Merlin, tu as le droit de vivre, Harry.
Cette discussion avait quelque chose de familier pour le Gryffondor. Il avait été à la place d'Hermione, avec Drago... Il avait essayé de le consoler à la mort de Pansy, lui expliquer que rien n'était de sa faute. A présent, il comprenait pleinement ce que Drago avait pu ressentir, l'obsession du « pourquoi » quand on perd un être cher. Un « pourquoi » émotionnel, un « pourquoi absurde et irrationnel » qu'on ne peut s'empêcher de penser. Un « pourquoi » qui fait bouillir de rage, la rage de l'impuissance et de la désillusion. En repensant à Drago, Harry sentit ses entrailles se tordre d'appréhension. Où était-il ? Le Gryffondor tenta de se rassurer en se disant qu'il ne l'avait pas accompagné à l'hôpital pour ne pas se mettre en danger et pour s'occuper de Jade en attendant son retour. Harry n'avait pas le courage de demander des explications à Hermione, de peur que les nouvelles soient mauvaises. Harry sentait qu'il ne pouvait accueillir qu'un drame à la fois. Par ailleurs, il savait bien que ce n'était pas le moment d'en parler. Alors, il chassa la pensée de Drago et se força à revenir dans l'instant présent.
- Je te demande pardon, Hermione. Je t'ai abandonnée. C'était tellement égoïste de ma part. Je croyais pouvoir oublier le passé, faire comme si je n'avais jamais vécu tout ça, comme si je ne vous avais jamais connu. Je regrette d'être parti comme ça. Je te le jure.
- J'étais en colère quand tu es partie, je l'avoue. Je me suis sentie seule. J'avais besoin de toi. Et puis je n'étais pas certaine de comprendre ton attitude quand on était à Poudlard. Je me disais bien que tu voulais nous épargner tes inquiétudes et que tu avais peur de mourir et de nous imposer ta perte. Le professeur Rogue a fini par tout m'expliquer et là j'ai été en colère contre ce plan, contre Dumbledore et contre Rogue. J'ai trouvé ça tellement injuste pour toi. J'ai mieux compris cette distance que tu avais placée entre nous. Et j'ai fini par accepter ton absence après la guerre. J'espérais simplement que tu réussisses à être heureux et à retrouver une certaine insouciance.
- Je te demande pardon, répéta Harry en regardant Hermione droit dans les yeux, ses mains se posant spontanément sur celles de sa meilleure amie.
- Oh, Harry, je t'ai déjà pardonné depuis longtemps, soupira Hermione, avant de l'embrasser sur le front.
Quelques minutes plus tard, Harry avait à nouveau sombré dans le pays des songes. La jeune femme l'observa longuement, horrifiée par l'apparence du Gryffondor. Si elle n'avait pas pu le lui dire, elle ne pouvait cependant ignorer que l'annonce de la mort de Ron avait provoqué une accélération momentanée mais remarquable de son vieillissement cellulaire. Ses cheveux étaient nettement plus gris, voire blancs par endroits son ossature était encore plus masculine sa peau semblait moins souple et commençait à se rider. Harry avait déjà l'apparence d'un homme d'une cinquantaine d'années.
- Tu verras, tout va s'arranger, murmura-t-elle pour se rassurer et s'encourager.
J – 1 :
L'après-midi,
Salle de classe de Poudlard
Après être retournée voir Ron, Hermione utilisa le réseau de cheminée pour rentrer à Poudlard. Le professeur Rogue avait réussi à convaincre les Médicomages de leur laisser une cheminée de l'hôpital à disposition, afin que la jeune femme puisse être plus autonome dans ses déplacements.
C'est recouverte de poudre de cheminette qu'Hermione atterrit dans la grosse cheminée de la salle de classe. Isabel lui adressa un sourire tandis qu'elle se trouvait tout près de Rogue. Ce dernier était en train d'incorporer le dernier ingrédient dans la marmite : le cheveu d'Harry réduit à l'état de poudre.
- La potion est maintenant complète, commenta Rogue à voix basse. Il faut la laisser mijoter à feu doux pendant une semaine et un jour à partir de maintenant. La minuterie sonnera dès qu'elle sera prête.
- Nous devons maintenant trouver un moyen de modifier la potion pour annuler ses effets sur la mémoire, se rappela Isabel en frôlant le bras de Rogue de sa main avant d'aller s'asseoir dans un fauteuil.
Comprenant le message implicite, Rogue quitta son poste derrière la marmite pour rejoindre la jeune femme dans le coin salon improvisé. Hermione les rejoignit, le visage quelque peu livide. L'infirmière s'en rendit compte et fronça les sourcils.
- Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle doucement.
- Harry sait maintenant pour Ron. Le choc a été rude. Il a vieilli d'un coup de plusieurs années. Je crains sa réaction lorsqu'il saura pour son état de santé et surtout pour Drago. Le connaissant, il voudra quitter l'hôpital dès qu'il apprendra que Drago est en prison. Harry se battra pour lui.
- Alors peut-être devrions-nous lui mentir, le temps du procès, proposa Rogue, le regard perdu dans le vide. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour Drago. Si les juges décident de l'exécuter, nous ne pourrons rien faire et il en serait de même pour Harry. Fol'Oeil n'avait pas tord. On ne pourra pas les sauver tous les deux. Concentrons-nous sur Harry et sur la potion.
- Je suis d'accord avec toi, Severus, approuva Isabel dans un soupir impuissant. Tu devrais rester avec Harry demain matin. Pendant ce temps, je m'occuperai de la potion.
- Quant à moi, j'assisterai au procès, expliqua Hermione, le visage marqué par la tristesse et l'appréhension. Je tiens à être là, pour le soutenir de ma présence.
- Faites attention à vous dans ce cas. Les gens seront certainement très agressifs. Si cela dégénère, quittez le tribunal au plus vite, c'est clair ? Ne jouez pas aux héroïnes, grommela le professeur de potions, la mine sombre.
Malgré leurs résolutions, chacun paraissait tiraillé. L'impression de ne pas en faire assez marquée au fer rouge dans leur conscience. Au bout de quelques minutes, Rogue se leva et quitta la salle de classe, les épaules rentrées, l'air soucieux.
- Tu veux bien surveiller la potion, s'il te plaît ? demanda Isabel dans un sourire poli. Je vais le rejoindre un instant.
- Bien sûr, vas-y, répondit Hermione, la voix tout aussi mélodieuse que celle de l'infirmière.
Isabel n'eut aucun mal à trouver le Mangemort. Ce dernier marchait lentement entre les arbres qui longeaient le lac de Poudlard. La jeune femme accéléra le pas, faisant attention de ne pas déraper sur la pente neigeuse. Sans avoir besoin de se retourner, Rogue devina la présence de l'infirmière dans son dos. Pour autant, il ne s'arrêta pas d'avancer.
Arrivée à sa hauteur, Isabel glissa sa main gelée dans celle plus rugueuse du Mangemort. Ce dernier ne dit rien mais exerça une légère pression de sa main pour lui signifier qu'il ne l'ignorait pas. Le couple marcha calmement pendant plusieurs mètres, écoutant simplement le crissement de la neige sous leurs pieds.
Puis, Isabel se mit à parler doucement.
- Il compte vraiment pour toi, n'est-ce pas ?
Rogue savait bien qu'elle parlait d'Harry. Il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle avait deviné que son malaise était surtout lié au fait de mentir à Harry, de trahir sa confiance, et qu'il lui reproche peut-être ensuite de ne rien avoir tenté pour Drago.
Le Mangemort déglutit, les yeux débordant de culpabilité. Il serait finalement responsable du malheur d'Harry, malgré toutes ses tentatives pour déjouer cette malédiction. Son destin le poussait à la trahison et à annoncer les mauvaises nouvelles. Il devait en être ainsi.
- Ce gamin a peut-être beaucoup de défauts mais il mérite tellement mieux que cette vie-là. Je pensais pouvoir l'aider mais je crois que personne ne lui fera plus de mal que moi. Il ne me pardonnera jamais cette trahison.
- Severus, je sais que tu prends cette décision parce que tu tiens à lui. Au risque qu'il t'en veuille. Cela montre à quel point tu es attaché à lui. Tu es prêt à le perdre pour le sauver. Je crois que c'est la décision la plus dure à prendre pour protéger ceux qu'on aime et je suis certaine qu'Harry le comprendra un jour ou l'autre. Tu prends la bonne décision.
Leur discussion s'arrêta là. Cela suffisait. Le couple poursuivit sa promenade avec lenteur, se délectant de la quiétude de ce moment. Du calme avant la tempête...
J – 1 :
Début de soirée,
Tribunal Extraordinaire de Londres, Cellule N°7
- Bonsoir Monsieur Malefoy. On m'a dit que vous vouliez me voir ?
- En effet, Madame. Je souhaiterais pouvoir retrouver mes forces ou tout du moins paraître en forme.
- Je vois, dit la Médicomage en fouillant dans son sac de soin, sa baguette calée sous le bras. Je vais vous donner plusieurs potions à avaler : une pour vous réhydrater, une pour vous donner des nutriments et une pour bien dormir. Les voilà. Buvez-les d'une traite et allongez-vous. Le sommeil arrivera quasi instantanément. C'est tout ce que je peux faire pour vous.
- C'est bien suffisant. Merci... pour votre gentillesse...
La Médicomage se figea un instant, les yeux ronds, puis l'expression consternée de son visage se dissipa et elle s'autorisa un sourire sincère avant de quitter la cellule du Mangemort qui se précipita d'avaler le contenu des fioles avant de se blottir dans un coin de son lit, prêt à affronter ce lendemain qui ne pouvait être que son dernier...
Salut la communauté de fanfic readers ! :D
C'est bientôt le jour J !
J'espère que ce chapitre vous aura plu.
Lana del Rey m'a encore inspirée pour ce chapitre, notamment avec « Pretty when you cry », « Sad girl » et « Million dollar man ».
Je vous dis donc à bientôt pour le dernier (vraiment ?) coup d'éclat de cette fanfiction (il y aura ensuite quelques chapitres pour épiloguer) !
Ciao ! )
