La Médicomage se figea un instant, les yeux ronds, puis l'expression consternée de son visage se dissipa et elle s'autorisa un sourire sincère avant de quitter la cellule du Mangemort qui se précipita d'avaler le contenu des fioles avant de se blottir dans un coin de son lit, prêt à affronter ce lendemain qui ne pouvait être que son dernier...


Jour J :

A l'aube,

Sainte Mangouste, Chambre d'Harry Potter

Harry ne s'était pas réveillé de la nuit, ce qui arrangeait le professeur de potions. Ce dernier l'avait veillé dès la tombée de la nuit jusqu'au lever du soleil, incapable de se poser et de trouver le sommeil. Il espérait quelque part que le Gryffondor se réveille après le procès, de sorte à ce qu'il n'ait pas à lui mentir. Il ne savait même pas s'il en avait la force. Harry avait tellement souffert des mensonges de Dumbledore. Comment pouvait-il reprendre le flambeau alors qu'il avait précisément reproché au directeur de Poudlard de lui dissimuler des informations ?

Trop nerveux pour rester en place, le Mangemort se leva une énième fois de son fauteuil et se mit à faire les cent pas dans l'espace réduit de la chambre de l'Elu. Passant d'un côté à l'autre de son lit, il ne pouvait s'empêcher d'observer la dégradation de son état physique et, à chaque fois, son visage se déformait dans une grimace de désolation. Ses paupières se fermaient toujours une fraction de seconde tandis qu'il tentait d'accepter la réalité de son âge, puis, après avoir inspiré profondément et expiré de frustration, ses jambes se remettaient en marche avec toujours plus de vigueur.

La vieille horloge murale indiquait déjà 8 h du matin. Plus qu'une heure avant le début du procès...

Jour J :

Au même instant,

Tribunal Extraordinaire de Londres, Cellule N°7

Le jeune Mangemort se réveilla dans un violent sursaut, comme un plongeur remontant à la surface après une longue période d'apnée sous l'eau, le coeur battant à tout rompre, la sueur perlant de son front. Drago haletait si fort qu'il avait l'impression que sa bouche était collée à ses oreilles. Pétrifié dans son lit, comme si son corps pesait une tonne, l'homme se sentait étouffer lentement. Ses yeux écarquillés par la panique filaient d'un bout à l'autre de la cellule, à la recherche désespérée d'un point rassurant à fixer. Mais tout était inerte et misérable dans cet endroit. Drago eut l'horrible impression d'être enfermé dans un caveau de cimetière. A cette pensée, sa poitrine se comprima et le Mangemort crut faire une crise cardiaque. Ses poings se refermèrent sur les draps rêches de son lit et Drago lâcha un râle d'agonie en s'imaginant piégé sous terre.

Dans son état de panique, le jeune homme réussit malgré tout à entendre le sifflement joyeux d'un oiseau au-dehors. Son regard effarouché se braqua instantanément vers le ciel. Plusieurs oiseaux s'amusaient dans les bourrasques de vent, battant furieusement des ailes pour prendre de l'altitude, avant de se laisser emporter par un courant d'air latéral. Drago les suivit de son regard, s'imaginant sur son balai, se rappelant du sentiment de plénitude que l'on ressent dans les airs. Etre libre et léger. S'accrochant de toutes ses forces à ces souvenirs agréables, le jeune homme réussit à se calmer un peu, au bout de longues et pénibles minutes.

Son souffle redevint régulier et Drago blottit son visage dans ses mains.

- Tu n'as pas le droit de faillir, se rappela-t-il gravement. Encore quelques heures et tu pourras enfin tout lâcher...

Le Mangemort inspira profondément et laissa ses mains retomber mollement sur le matelas. Ses yeux captèrent alors la lueur de ce matin et Drago comprit qu'il lui fallait bientôt se préparer. Pendant un moment, il observa le magnifique crépuscule qui se déployait et se métamorphosait au-dehors. Embrassant le ciel de son regard, Drago s'assura de graver cette mosaïque de tâches pourpres, roses et oranges dans sa mémoire, comme on brûle parfois ses rétines en fixant le soleil, symbole de la vie et du bonheur, comme on grave le dernier témoignage de la beauté de ce monde avant de s'évanouir dans le néant et l'oubli.

Le Mangemort se redressa avec précaution lorsqu'il eut suffisamment de force pour effectuer ce changement de position. Il constata avec soulagement qu'il se sentait en fait reposé et moins faible que d'habitude. Les potions avaient fait leur oeuvre.

Drago se mit debout avec aisance et traversa la pièce pour se placer face au miroir. Le jeune homme était prêt à affronter son expression, à façonner son masque de froideur et de mépris. Il s'observa un long moment, ses traits se durcissant peu à peu, puis, lentement, il approcha son visage de la glace, le regard menaçant.

- Allez tous crever en enfer..., articula-t-il distinctement en se regardant droit dans les yeux.

Le Mangemort figea son expression pour de bon avant de s'activer dans la cellule. Vêtue d'une belle robe noire, Drago se plaça au centre de la pièce, face à la porte. Ses doigts vinrent discipliner ses cheveux pendant un instant, puis tout son corps s'immobilisa dans une posture rigide d'aristocrate. Drago fronça les sourcils, pleinement concentré. Son regard reptilien prêt à accueillir les trois Aurors...

Jour J :

Au même instant,

A quelques pas de l'entrée du Tribunal Extraordinaire de Londres

La peur au ventre et gelée jusqu'au os, Hermione resserra le col de son manteau marron foncé autour de son cou. Cela faisait trois heures déjà qu'elle patientait dans la foule, bien décidée à entrer dans le tribunal.

La jeune femme se retourna un instant, le temps de constater que l'immense place était noire de monde. Les gens criaient déjà des slogans haineux. Personne n'était là par curiosité, réalisa-t-elle. La majorité était venue pour s'assurer que Drago reçoive la punition qu'il méritait à leurs yeux. Des centaines de petits groupes faisaient également acte de présence, munis de ceintures blanches. Pourtant discrets, simplement là pour rappeler que la justice se devait d'être impartiale et juste, ces quelques sorciers étaient déjà la cible de critiques plus ou moins virulentes.

Hermione se remit face à la porte du tribunal, tentant d'ignorer les « A mort ! » que la foule scandait avec toujours plus d'intensité dans son dos. Tous voulaient entrer. Hermione sentait la pression qu'exerçait cette marée humaine derrière elle. Dans un tel contexte, les mises en garde du professeur de potions ne cessaient de lui marteler l'esprit, l'amenant à réaliser à quel point il était dangereux de se trouver là.

La respiration courte, Hermione n'eut d'autre choix que d'écraser le dos de la sorcière qui se trouvait devant elle avec ses deux mains, dans l'espoir de retrouver un peu d'espace pour pouvoir mieux respirer.

Un cri déchira soudain l'atmosphère électrique de cette matinée glaciale. Tous les poils de son corps se dressèrent d'effroi en sentant un vent de panique balayer la foule dans des sens contraires. La jeune femme se retrouva tout d'un coup prise dans un étau mobile qui l'amenait à tournoyer sur elle-même, broyée de toute part. Croisant des visages terrorisés à quelques centimètres du sien, Hermione ferma les yeux pour ne pas laisser la peur la paralyser. Elle essaya d'attraper sa baguette magique mais en vain. Quelques sorciers choisirent de perdre leur place dans la foule et transplanèrent pour fuir le danger.

Hermione commençait à étouffer tant la pression qui entourait son thorax était considérable. Ses pieds ne touchaient même plus le sol. Son corps penchait de plus en plus vers la droite... Hermione savait qu'elle ne devait pas tomber. Tomber signifiait être piétinée et mourir asphyxiée. La jeune femme s'arma de courage et s'agrippa de toutes ses forces aux vêtements, aux bras, aux épaules à sa portée afin de retrouver un semblant d'équilibre.

Puis, soudain, tout se figea et le silence reprit ses droits sur les cris de panique. Tous ensemble, les Aurors venaient de suspendre le temps et de réduire chaque sorcier au silence. Ces derniers apparurent sur les toits des bâtiments alentours, leurs baguettes magiques pointées avec autorité vers le public situé en contrebas. Le vent glacial ne cessait de fouetter leurs robes blanches, leurs silhouettes dessinées d'un halot de lumière matinale.

- Que tout le monde se calme ! s'écria l'Auror Seal, du toit du tribunal, le bout de sa baguette pointée sur sa gorge afin d'amplifier le volume de sa voix. Une femme est blessée parmi vous. Nous allons l'emmener à l'hôpital pour s'assurer que ce n'est rien de grave. Elle est tombée parce que vous vous poussez les uns les autres. Je sais que vous voulez tous entrer mais cela ne sera pas possible. Vous êtes bien trop nombreux. C'est pour cette raison que nous allons installer un écran géant sur la façade du tribunal. Vous pourrez ainsi tous assister au procès. Nous allons maintenant annuler les sortilèges qui vous maintiennent en place. Je vous invite alors à reculer un peu et à vous espacer les uns des autres et ce dans le calme. Merci !

De loin, Hermione constata que l'Auror continuait à parler mais avec un homme qui se tenait à côté de lui. La discussion semblait très agitée. L'Auror semblait hors de lui. Son interlocuteur était vêtu d'un costume bleu marine, d'une large cape noire et d'un chapeau haut de forme. Un homme « important », un politicien devina la Gryffondor. L'homme semblait imperméable au discours enflammé de l'Auror en chef. Il finit même par transplaner, ce que fit l'Auror un instant plus tard.

Libérée de ses chaînes invisibles, la foule s'aéra petit à petit, un murmure inquiet enveloppant la scène. Hermione soupira de soulagement et secoua ses bras pour se dégourdir les muscles.

A l'intérieur du tribunal, les Aurors Seal, Richardson et Fletcher progressaient dans le dernier couloir qui menait aux cellules. Une seule était encore hantée par son prisonnier, la cellule N°7.

- Quel sale con ! vociféra Seal, les pommettes gorgées d'un afflux de sang. Il laisse les gens enrager librement et après il demande qu'on intervienne ? ! Tout ça pour montrer qu'on gère la situation et pour dorer son image de nouveau premier ministre ? ! Merde ! Ce procès ne devrait même pas être public ! Drago Malefoy doit rendre des comptes à la justice, pas à la population ! Et cette situation ne fait que conforter les gens dans leur haine et dans leur envie de se faire justice eux-mêmes !

- Prends garde, Seal, ou tu vas te transformer en disque rayé, provoqua Fletcher d'une voix glaciale, le visage étrangement crispé et livide.

Seal lui jeta un regard noir mais il garda le silence. Lointain était le temps où les deux hommes brandissaient leur amitié comme une armure efficace face aux forces du Mal. Autrefois jeunes et bercés d'illusions, Seal réalisa en cet instant les dégâts du temps et des épreuves sur leur relation.

Cependant, une part de lui restait encore profondément attachée à la notion d'espoir. Il voulait croire en Fletcher, croire en la force de leur amitié, lui prouver que la vie valait encore la peine d'être vécue, qu'il avait encore sa place. Il savait que Fletcher avait perdu son fils, ce dernier ayant été enlevé et exécuté du fait de sa position d'Auror, et que sa femme avait sombré dans la dépression peu de temps après. Seal aurait pu le considérer inapte au travail, bien trop affecté par le rôle de bourreau de Drago Malefoy pour se conduire en professionnel. Il aurait pu l'obliger à prendre du temps pour faire son deuil, mais qui n'avait pas perdu un proche dans la guerre ? Seal avait perdu une tante et un frère. Par ailleurs, l'Auror redoutait la réaction de son ami. En l'arrêtant, Seal avait peur que Fletcher lui en veuille au point de perdre son amitié pour toujours. Rien n'était simple, mais il avait fallu prendre une décision. Seal avait choisi de lui faire confiance.

Les trois Aurors pénétrèrent dans la cellule pour se figer quelques secondes plus tard. Drago Malefoy leur faisait face, parfaitement droit et immobile. Le teint laiteux, les yeux de plomb. L'Auror Richardson déglutit bruyamment, clairement estomaqué par la métamorphose du Mangemort.

- Je te préviens, ça va être survolté, expliqua Seal en menottant le jeune homme qui se laissait faire docilement. Ne t'énerve pas et par pitié, évite les réponses sarcastiques. Mes hommes vont d'abord faire entrer le public dans le tribunal. Tu seras assis dans un siège légèrement en hauteur pour que la foule puisse bien te voir. Moi je serai assis à ta droite, Fletcher et Richardson seront derrière toi. Les juges seront assis encore plus en hauteur, dans l'angle gauche de la salle. Tu resteras menotté dans le dos toute la durée du procès. Des questions ?

- C'est très clair. Merci, se contenta de répondre Drago en le regardant droit dans les yeux.

Le Mangemort resta impassible lorsque les trois Aurors le poussèrent hors de sa cellule avec fermeté. Drago s'empêcha de penser. Sa concentration était focalisée sur sa respiration et sur les battements de son coeur. Le jeune homme maîtrisait chaque souffle, chaque battement, pour maintenir l'illusion d'une assurance en réalité dissoute depuis longtemps. Drago n'était plus qu'une coquille vide, dépouillée de toute substance vitale, mais une coquille qui ne devait pas se fendiller.

Drago ignora la vague d'insultes qui s'écrasa sur lui dès qu'il apparut dans l'encadrement d'une des multiples portes du tribunal, tout au fond de la salle.

- Sale meurtriers !

- Pourriture de Mangemort ! On va te faire la peau !

- Monstre ! Sois maudit pour l'éternité !

- Bourreau ! Tueur d'enfants ! Sadique !

- A mort ! A mort !

- Mais qu'on le tue à l'instant ! hurla une femme, le visage noyé de larmes d'hystérie.

Son cri raisonnait encore dans le tribunal lorsque plusieurs jets de lumières de multiples couleurs traversèrent la pièce en direction du Mangemort. Les cris d'indignation et de rage se mêlèrent alors aux couinements de surprise. Figé sur place, Drago sentit les poils de ses bras se dresser face au danger imminent. Pour autant, le jeune homme n'eut aucun réflexe de protection. Ses yeux dénués de la moindre émotion se contentèrent de suivre la course effrénée de ces sillons lumineux qui pointaient tous dans sa direction.

Personne n'intervint et pour cause : une bonne vingtaine de boucliers magiques séparaient le public du Mangemort, assurant ainsi une protection maximale pour ce dernier. Chaque sort fut ralentit et fragilisé au fur et à mesure de sa progression au travers des boucliers, jusqu'à être neutralisé par le dernier bouclier invisible.

Un silence oppressant se déploya l'instant d'après par ondes de choc, son point d'origine matérialisé par le Mangemort. Tel un arrêt sur image, tout fut figé dans le temps et l'espace. Non par la magie mais par la consternation. Drago avait regardé sa propre mort sans détour, sans peur, sans la moindre réaction apparente.

Hermione, qui se trouvait depuis peu au fond du tribunal à l'avant-dernier banc, s'était dressée sur des jambes tremblantes de tensions lorsqu'elle avait vu différents sorciers se lever pour jeter des sortilèges en même temps. Impuissante, la Gryffondor n'avait eu que le temps de crier « non », tout en étouffant le son strident qui était sorti de sa bouche en écrasant ses lèvres de ses mains.

En voyant Drago ainsi, aussi pale et rigide qu'un mort, le regard figé devant lui, Hermione réalisa alors avec une immense culpabilité que le jeune homme qu'elle avait connu s'était déjà envolé. Le Mal avait vaincu et cette victoire ne lui était pas étrangère. Fol'Oeil, Rogue, Isabel, elle-même, tous avaient choisi de sauver Harry au détriment de Drago, et ce depuis le début de leur arrangement. La jeune femme se rassit lentement, le visage décomposé par le remord et la tristesse. Puis, en regardant le Mangemort s'asseoir dans son siège, guidé par Fletcher, elle se rappela la raison de sa venue : soutenir Drago de sa présence et espérer avec lui d'une issue plus clémente que celle qui planait au-dessus de lui telle une ombre de mauvaise augure.

Elle pensa un moment que Drago la verrait dans le public et qu'il comprendrait qu'il n'était plus seul, même si elle ne pouvait rien faire pour l'aider. Mais le jeune Serpentard semblait taillé dans la pierre. Ses yeux ne regardaient rien. Ses paupières ne semblaient jamais cligner. Sa poitrine ne semblait jamais se soulever. Hermione soupira de frustration.

La voix de Seal s'éleva alors dans les airs, ferme et puissante.

- Il faut croire que vous n'avez rien compris. Sachez que se faire justice soi-même est répréhensible par la loi des sorciers. Tout débordement sera sanctionné proportionnellement à la gravité de la transgression. Ne pensez pas quitter ce tribunal sans recevoir de convocation pour votre propre jugement. (Un brouhaha de mécontentement vint tambouriner dans les oreilles de l'Auror en chef.) Et cessez ce raffut, par Merlin, ou je vais finir par mettre dehors tous ceux qui perturberont ce procès ! Taisez-vous maintenant !

L'homme politique contre qui l'Auror s'était énervé, gratifia son discours d'une moue désapprobatrice. Du coin de l'oeil, Seal s'en aperçut. Il tourna brusquement la tête, marqua un temps d'arrêt, défiant l'homme politique de le contredire avant d'orienter son regard vers les juges pour leur laisser la parole. Un homme âgé aux cheveux blancs et aux yeux pales se dressa lentement de toute sa hauteur, vêtu d'une robe bleu marine. Ses prunelles balayèrent l'assemblée avec calme. Son aura de sagesse et d'intelligence réussit quelque peu à apaiser les âmes les plus tourmentées. Hermione retint son souffle en comprenant que le procès allait enfin débuter.

- Bien, bonjour à tous. Je m'appelle Gregor Lee Howard et, aujourd'hui, c'est moi qui présiderai ce procès. Nous savons tous que ce jour est particulier. C'est la première fois que nous avons à juger un jeune garçon ayant été à la fois au service du Seigneur des Ténèbres et membre clé de la Résistance. C'est également un Mangemort qui a exécuté plusieurs centaines de sorciers. Des questions se sont alors imposées à nous : Drago Malefoy est-il maintenant du côté des Ténèbres ou du côté de la Lumière ? A-t-il choisi de servir le Lord Noir ou a-t-il été contraint ? Etant mineur, nous aurions dû envisager la prison à vie comme peine maximale. Cependant, plusieurs débats ont eu lieu au sein du nouveau gouvernement et parmi nous autres, les juges. Un vote a fini par clore le débat. Comme vous le savez tous, étant donné le nombre de victimes dont Drago Malefoy est responsable, la majorité a choisi la mise en place d'une mesure d'exception. Drago Malefoy risque aujourd'hui le Baiser du Détraqueur.

Quelques murmures de satisfaction se firent entendre de part et d'autre de la salle. Seal se contenta d'un froncement de sourcils pour ramener le silence.

- Il ne s'agit pas de se venger, poursuivit le juge, impassible, mais que Drago Malefoy paye la dette qu'il doit à la société. Nous devons juger ce jeune garçon en fonction de la Loi, avec le plus d'impartialité et d'intelligence possible, afin que nous puissions tous avancer en paix, victimes comme accusés. Nous devons chacun montrer l'exemple, pour les générations futures, pour que cesse enfin la barbarie. Nous devons comprendre comment tout cela a pu arriver.

Hermione ne put s'empêcher d'approuver ses dernières paroles, bien qu'elle n'acceptait pas cette mesure d'exception qui, d'après elle, allait à l'encontre de cette idée d'impartialité. La formulation du juge lui permit néanmoins de deviner que ce dernier n'avait pas voté en faveur de cette mesure. La Gryffondor ne ressentit alors aucune colère envers cet homme, bien au contraire.

- Nous vous avons permis d'assister à ce procès afin que chacun puisse comprendre et que s'il s'avère que Drago Malefoy ait été contraint de devenir Mangemort, que vous respectiez la condamnation qui s'impose. Quoi qu'il en soit, Drago Malefoy doit rendre des comptes à la société sorcière et ce par le biais de la justice. Comme vous le savez certainement, Drago Malefoy est le fils unique de Narcissa et Lucius Malefoy, tous deux aujourd'hui décédés. La famille Malefoy est une riche et ancienne lignée de Sang-Purs. Il a été prouvé que Narcissa et Lucius Malefoy étaient des partisans du Seigneur des Ténèbres. Tous deux ont porté la Marque. Nous savons que Drago Malefoy a été marqué le 31 août l996, tard dans la soirée. Nous avons plus de témoins qu'il n'en faut pour attester des évènements qui se sont déroulés lors de cette cérémonie et lors des nuits de missions qui ont suivies. Chaque information a été vérifiée par des interrogatoires au Sérum de Vérité. La liste des témoins étant tellement longue, nous avons décidé de nous concentrer sur les témoignages les plus importants lors de ce procès, sans divulguer les noms par mesure de sécurité. Cependant, l'intégralité de ces informations est consultable sur demande particulière dans le compte-rendu écrit que voici. (Un juge en arrière-plan souleva son exemplaire qui faisait au moins quatre mille pages). Sachez que nous engageons tous notre réputation et notre responsabilité en ce qui concerne la fiabilité de ces preuves.

- Si je puis me permettre, intervint l'Auror Richardson, nous n'avons pas seulement interrogé des Mangemorts qui étaient présents lorsque Drago Malefoy est passé à l'acte, mais nous avons aussi interrogé des Survivants, des professeurs de Poudlard dont notamment Severus Rogue. Nous avons également tenu compte de la lettre d'Albus Dumbledore qui a été rendue publique après sa mort.

En entendant le nom du professeur de potions, le jeune Serpentard fronça les sourcils une fraction de seconde, suffisamment longtemps pour que Hermione s'en rende compte. La Gryffondor mima sa réaction inconsciemment, se demandant ce qui pouvait bien se passer dans sa tête.

- Merci pour votre précision, poursuivit le juge Howard. Drago Malefoy a 16 ans lorsque Voldemort lui appose la Marque sur le bras. Nous savons alors que, cette même nuit, Drago Malefoy exécute ses premières victimes sous les ordres de son maître. Ce sont des jeunes sorciers de son âge que Voldemort juge comme des partisans de la Lumière.

- Assassins ! s'écrièrent brièvement plusieurs voix au fond de la salle.

- S'il vous plaît, réagit l'Auror Richardson dans une attitude apaisante.

- Puis, c'est la rentrée de classe et chaque Mangemort se trouve assigné d'une mission. A la demande de Lucius Malefoy, qui espère endurcir son fils, Voldemort ordonne à Drago Malefoy de devenir l'un de ses exécutants. Plusieurs nuits par mois, c'est donc ce qu'il fait, au manoir des Malefoy. Pansy Parkinson est alors sa principale partenaire de mission.

- Salope !

Hermione manqua d'avaler sa salive de travers en voyant l'expression neutre du Mangemort se métamorphoser en une fraction de seconde. Un regard flamboyant de haine fut adressé au sorcier injurieux, ce qui sidéra la salle pendant un instant. Tous virent la lueur meurtrière briller au fond des prunelles grises du Serpentard.

- Pansy Parkinson est alors complice de ses meurtres mais n'exécute pas elle-même. Au total, Drago Malefoy a tué 426 innocents sous les ordres de Voldemort, sans compter le meurtre de son propre père.

Ivre de rage, le public se mit à vociférer des insultes dans tous les sens, s'agitant comme des pantins désarticulés, tandis que Drago Malefoy fixait un point invisible à l'autre bout du tribunal, le regard de nouveau éteint.

- Oh Drago, mais qu'est-ce que tu as fait ? murmura Hermione, la main plaquée sur sa bouche, la gorge serrée par la tristesse et la compassion, une compassion qu'elle était surprise de ressentir face à l'horreur de la situation.

- Il serait si simple de l'exécuter à notre tour, sur le champ, poursuivit le juge en élevant la voix, mais, comme je l'ai dit tout à l'heure, nous avons le devoir de comprendre. Nous nous devons de comprendre Drago Malefoy, même si c'est difficile et douloureux, je vous le concède. N'allez pas croire que cela a été facile pour nous. Nous sommes tous des êtres humains doués de sentiments. Il en va de même pour nous, les Auros et les juges, expliqua Howard en souriant avec bienveillance.

Par ces quelques mots, le juge réussit à ramener le calme dans la foule et à capter l'attention de chaque sorcier.

- Croyez-moi, il n'a pas été facile d'apprendre que Drago Malefoy n'a jamais voulu devenir Mangemort mais qu'il s'est arrangé pour que tout le monde en soit convaincu. Vous vous demandez certainement ce qui l'a conduit à emprunter ce chemin plutôt que de se placer ouvertement du côté de la Lumière. Il me paraît pertinent de vous rappeler que ses parents étaient des Mangemorts et que la famille Malefoy a toujours été proche du Lord Noir, notamment lors de sa première ascension. Refuser un tel héritage suppose la mort ou la fuite dans l'autre camp. Mais, en un sens, la fuite entraîne également la mort : celle d'un proche. La mort devient alors une punition. Dans le cas de Drago Malefoy, il était question de sa mère. Nous avons découvert que Drago Malefoy a tout fait pour protéger ceux qu'il aimait. C'est paradoxalement un sorcier profondément égoïste qui a choisi de tuer des innocents pour pouvoir vivre, même si cela signifiait plonger dans les ténèbres et le mensonge. Mais dois-je vous rappeler que Drago Malefoy était et est encore mineur ? Par définition, la loi considère le mineur comme une personne immature qui n'a pas assez d'expérience et de recul pour prendre les bonnes décisions le concernant et concernant son entourage. Il incombe donc aux parents de protéger leurs enfants et de les guider dans la bonne direction. Mais à qui la faute lorsque les parents ne montrent pas le bon exemple ? N'est-il pas injuste de condamner les enfants qui ne font que reproduire ce qu'ils ont vu ? Je pense que oui. Cependant, dans le cas de Drago Malefoy, il ne s'agit pas de reproduction par mimétisme. Il ne s'agit pas non plus de manipulation mentale. Drago Malefoy était tout à fait conscient de la gravité de ses actes et c'est en cela qu'il devient condamnable. Mais est-il facile de choisir entre sa propre mort et la mort de ceux qu'on aime ? Prenez un instant pour vous poser la question, pour vous mettre à sa place. Quand on a toute la vie devant soi, quand on a un tel désir de vivre, est-il facile de choisir la voie de l'intégrité ? Quand vous savez que toute rébellion signifie la mort ?

- On a tous risqué la mort pour rester dans la Lumière ! C'est le prix de l'intégrité ! C'est ainsi ! Ce pourri doit payer pour le mal qu'il a causé ! Vengeons nos morts ! s'égosilla une sorcière, les yeux exorbités de fureur.

- Ouais, c'est bien dit !

- Et puis c'est n'importe quoi ! Bien sûr qu'il voulait devenir Mangemort ! C'est dans son sang ! Vous n'avez aucune preuve de ce que vous racontez !

- Imbécile, murmura Hermione en secouant la tête, totalement scandalisée par ce qu'elle venait d'entendre.

- Mais vous rendez-vous compte de la gravité de vos propos ? ! s'insurgea un homme vêtu d'une ceinture blanche. Vous êtes en train de reprendre l'idéologie de Voldemort !

- Vous la ferme ! rétorqua une sorcière à l'autre bout du tribunal. Comment pouvez-vous soutenir un Mangemort ? ! Vous n'avez pas honte de porter cette ceinture blanche ?

- CELA SUFFIT ! ! explosa Seal en se mettant debout. Fichez-moi ces perturbateurs hors de ce tribunal, ordonna l'Auror à l'un de ses hommes qui était posté près de la porte d'entrée principale. Et n'oubliez pas de leur donner une convocation pour leur propre jugement.

- Allons, c'est inutile d'en arriver là, intervint soudainement le Premier Ministre. Accompagnez-les simplement vers la sortie. C'est un ordre, précisa le politicien en constatant que l'Auror ne bougeait pas, visiblement déstabilisé par son initiative.

Bouillonnant de rage et impuissant, Seal vit la machination se mettre à nouveau en place. Le politicien avait attendu le moment opportun pour réagir et s'immiscer dans son travail, se fichant pas mal de piétiner son autorité. Le politicien atteint son objectif en obtenant une pluie d'applaudissements tandis que les perturbateurs étaient mis dehors sans convocation. L'homme venait de gagner l'adhésion de son peuple.


Coucou !

J'espère que vous allez bien et que vous allez aimer ce chapitre parce que, comme vous avez pu le constater, j'y ai mis du temps et du coeur.

Vous avez de la chance, la seconde partie est bientôt en ligne !

Les musiques d'inspiration : "My body is a cage" d'Arcade Fire, "Chandelier" de Sia, la version accoustique, "The hanging Tree" de la B.O du dernier Hunger Games.

Oh my god, je suis justement allée voir Hunger Games et je le trouve tellement parfait, encore mieux que le livre, c'est pour dire ! Si vous ne l'avez pas vu, vous passez à côté de quelque chose !

Ciao !