Le politicien atteint son objectif en obtenant une pluie d'applaudissements tandis que les perturbateurs étaient mis dehors sans convocation. L'homme venait de gagner l'adhésion de son peuple.
De son côté, le juge Howard se contenta d'adresser un regard sévère au Premier Ministre, telle une mise en garde muette, avant de reprendre la parole, déterminé à ne pas perdre le fil.
- L'un d'entre vous a parlé de preuves et bien entendu, nous allons vous en faire part. Contrairement à ce que la plupart d'entre vous semblent croire, nous avons toutes les preuves qu'il faut pour affirmer que Drago Malefoy n'a jamais adhéré à l'idéologie du Seigneur des Ténèbres. Nous pouvons également prouver qu'il s'est senti contraint à devenir Mangemort et qu'il l'est devenu sous la pression de ses parents et sous la menace de Voldemort. Je pourrais me contenter de vous citer ses propres mots, lors de son interrogatoire au sérum de vérité : « Je n'avais pas le choix. Je voulais vivre. Je voulais protéger ma mère. ». (Le juge marqua un temps d'arrêt afin que le silence puisse s'ancrer dans la salle.) Mais je vais aller plus loin et vous présenter une preuve capitale : un parchemin écrit de la main de Blaise Zabini qui fut le meilleur ami de Drago Malefoy mais qui fut aussi l'une de ses premières victimes. (Le visage du Mangemort se décomposa lorsqu'il entendit le nom de son ami et lorsqu'il comprit que son dernier parchemin avait été retrouvé.). C'est en fouillant le manoir des Malefoy que nous avons découvert des cendres de papier dans la cheminée de sa chambre. En reconstituant magiquement le parchemin, voici ce que nous avons pu lire : « J'espère que tu recevras cette lettre avant la cérémonie, mais quelque chose me dit que tes parents t'ont informé de la nouvelle aussi tardivement que les miens. Je suppose que c'est un ordre de Tu-Sais-Qui. Il ne voudrait certainement pas nous laisser une chance de nous enfuir... J'ai pu t'envoyer cette lettre avec la certitude qu'elle ne tombera pas entre de mauvaises mains, comme celles de tes parents... Je vais être tué ce soir. Nous savons tous les deux que l'occlumencie, c'est pas mon fort. Cependant, je te fais la promesse de mettre tout en oeuvre pour cacher les paroles que tu m'as dites au sujet de Tu-Sais-Qui. De toute façon, je suppose qu'il ne se focalisera que sur ce que je pense moi... Serre les dents comme tu sais bien le faire. N'attire pas l'attention sur toi en te comportant différemment lorsque tu seras de retour à Poudlard... Je t'en conjure, ne fais rien d'absurde pour tenter de me protéger. Tu ne seras pas lâche. Je te demande juste de ne pas être stupide. Protège-toi, c'est tout... N'oublie pas, tu es le frère que je n'ai jamais eu. Je te souhaite un jour de pouvoir goûter aux plaisirs de la liberté, parce que tu le mérites comme n'importe qui. Je t'aime fort, Drago. Adieu.».
Personne n'osa bouger. Personne n'ouvrit la bouche. Les paroles de Blaise Zabini flottaient étrangement dans la salle, accentuant le malaise qui régnait déjà de part et d'autre du tribunal. Le visage du Mangemort se déforma légèrement de tristesse tandis que ses mâchoires se serraient l'une contre l'autre avec vigueur. Drago ne s'était pas préparé à entendre les mots de Blaise. Ces derniers mots d'amitié venaient de lui être arrachés. Le jeune homme ne put s'empêcher de se sentir dépouillé, souillé, violé.
- Ce jeune garçon parle d'occlumencie, poursuivit calmement le juge Howard. Comme vous avez dû le deviner, Voldemort avait pour habitude d'entrer dans l'esprit de ses Mangemorts afin de s'assurer de leur loyauté. En s'appuyant sur cette lettre, nous avons compris que Drago Malefoy et Blaise Zabini avaient dû s'entrainer à l'occlumencie afin que Voldemort ne détectent rien de compromettant dans leur esprit. Mais comme l'explique lui-même Blaise Zabini, ce dernier n'a jamais réussi à maîtriser cette technique et Drago Malefoy a dû l'exécuter sous les ordres du Lord Noir, non sans difficultés d'après les témoignages.
- Et le Seigneur des Ténèbres ne s'est pas contenté de sonder leur esprit, compléta Seal. Il s'est arrangé pour que la Marque des Ténèbres surveille elle-même chaque Mangemort. Le simple fait de maudire Voldemort par la pensée suffisait à être puni par la Marque. Un acte de trahison était encore plus sévèrement puni et pouvait conduire à la mort par hyperthermie et brûlures, comme cela a été le cas pour Pansy Parkinson. Oui, Pansy Parkinson a fait partie de la Résistance. Je dirais même que rien n'aurait été possible sans son ingéniosité puisque c'est elle qui a tout imaginé. Pour en revenir à Drago Malefoy, nous avons eu le témoignage d'élèves de première année de l'école Poudlard qui se sont souvenus que Drago Malefoy les avait mis en garde sur l'avenir incertain des Sangs-Mêlés et des Nés-Moldus le jour de la rentrée, juste avant leur arrivée en train à l'école Poudlard. Ces trois enfants se souviennent que son avant-bras gauche s'était mis à le faire souffrir terriblement et qu'il leur avait demandé de garder cette discussion pour eux.
- Et même si tout ça était vrai, s'éleva une voix d'homme dans le public (calme mais grave), il y a quelque chose qui ne colle pas dans votre histoire. Si la Marque des Ténèbres détecte les sorciers qui n'adhèrent pas aux idées de Voldemort, alors comment ils ont pu le trahir sans se faire démasquer et sans se faire punir par la Marque ? Pourquoi Parkinson est morte le soir de la Bataille Finale et pas avant ? Et comment Malefoy a pu s'en sortir comme ça ?
- Ce sont des remarques pertinentes, Monsieur, reconnut le juge Howard dans un sourire énigmatique. Vous avez raison. Ils seraient morts depuis longtemps si Pansy Parkinson n'avait pas trouvé une solution pour flouer la Marque. Je me permets donc de vous lire certains passages de l'interrogatoire de Drago Malefoy au sérum de vérité afin que vous puissiez tout comprendre. « A chaque fois que je tuais quelqu'un, je pensais à Voldemort. Je m'imaginais qu'il était en face de moi. C'était insupportable. J'ai essayé de me suicider assez rapidement. Mais Pansy m'en a empêché et m'a apporté deux solutions : la drogue et un plan de génie pour arrêter de tuer et se retourner contre Voldemort. Pansy avait découvert que Voldemort ne s'était pas protégé contre les méthodes moldues. Nous avons utilisé des drogues moldues pour nous sentir mieux. La marque des Ténèbres a cru que nous étions heureux d'être Mangemorts. Elle n'a pas perçu nos plans de rébellion puisqu'elle se base sur ce qu'on ressent. A chaque fois que je ressentais de la haine pour Voldemort, ma marque des Ténèbres me punissait en me brûlant l'avant-bras. Et quand je me sentais mieux, tout rentrait dans l'ordre. Ma peau retrouvait son aspect d'origine. La drogue m'a permis de me sentir mieux, d'oublier parfois ce que j'avais fait et elle permettait de tromper la marque des Ténèbres. ». En ce qui concerne leur rôle dans la Résistance, voici ce qu'il a expliqué : « C'est grâce à l'aide d'Albus Dumbledore que nous avons pu créer une armée au sein de Poudlard. Dumbledore nous a fourni des portoloins pour que nous puissions déplacer un grand nombre de sorciers du lieu d'exécution à la Salle sur Demande de Poudlard. Pansy devait me présenter les personnes à tuer. Elle les tenait face à moi. Pour que notre machination passe inaperçue aux yeux des autres Mangemorts, nous avons activé le Portoloin au moment de jeter magiquement de la poussière sur la personne. Cela donnait l'illusion qu'elle s'était désintégrée sur place. De cette façon, nous avons constitué une armée. Pansy, moi, Harry et le professeur Rogue, nous les avons entraînés au combat au cas où l'école serait attaquée (Des murmures incrédules agitaient petit à petit l'assemblée de sorciers). Voldemort a tout découvert en entrant dans mon esprit... le soir de la Bataille Finale, Harry, Rogue et moi nous étions mis d'accord pour le combattre et le détruire... Harry était persuadé qu'il allait mourir et moi je pensais m'en sortir aux côtés de Pansy... rien ne s'est passé comme prévu... Voldemort s'est vengé en tuant ma mère... Pansy est morte d'hyperthermie à cause de la Marque des Ténèbres... après avoir neutralisé Voldemort, Harry et moi avions décidé de laisser le passé derrière nous. J'aimais Harry, comme j'aimais Pansy. Je voulais juste vivre ma vie et être heureux. Je le jure. Je n'ai jamais voulu tuer tous ces pauvres gens. Ils ne m'avaient rien fait. Je regrette. J'ai été égoïste. J'aurais dû me suicider depuis si longtemps. C'était la voie de la dignité. Vous auriez dû me laisser faire. »
- C'est n'importe quoi ! Harry Potter a été empoisonné par ce pourri ! Tout le monde le sait ! Bien sûr qu'il ne l'aimait pas !
- Inutile de vous énerver, continua le juge dans un soupir de lassitude. Vous ne pouvez pas contester un interrogatoire au sérum de vérité. Alors oui, Monsieur Malefoy a commis l'irréparable de nombreuses fois. Il l'a fait par peur, par égoïsme mais aussi par amour et par envie de vivre. N'ayant jamais perdu son humanité, Drago Malefoy était conscient de la gravité de ses actes et pour cette raison, notre sanction sera des plus sévères mais juste. Nous ne pouvons oublier le fait que Drago Malefoy n'a jamais voulu devenir Mangemort et qu'il a joué un rôle capital dans la Résistance, même si cela dérange notre vision tranchée du conflit. Avant de rendre notre verdict, je donne l'autorisation à Monsieur Malefoy de s'exprimer s'il le souhaite.
Tous les yeux se tournèrent vers le Mangemort tel un seul homme. Plus personne n'osa respirer, fébrile à l'idée d'entendre le Serpentard parler, enfin. Hermione se tenait droite comme un I, son regard cherchant à croiser celui du jeune homme qui semblait lentement prendre conscience. Ses yeux se focalisèrent soudain sur une personne au premier rang. Celle-ci ne put empêcher un hoquet de surprise face à l'intensité de son regard, regard qui aurait pu être aussi tranchant qu'une lame de couteau fraîchement affûtée. Un frisson d'effroi traversa le corps d'Hermione des pieds à la tête. La jeune femme, qui avait pourtant retrouvé un élan d'espoir avec le discours du juge Howard, avait à présent un pressentiment des plus pessimistes face aux réactions du Mangemort. En le voyant se mettre lentement debout, les mains menottées, à la surprise générale, son impression n'en fut que renforcée. Le regard acéré du Serpentard se porta sur une autre personne, puis une autre, puis encore une autre. Le jeune homme balayait le public de ses yeux avec défiance et mépris. Etrangement, aucun sorcier ne fut en capacité de réagir, comme si Drago les avait hypnotisés et paralysés de son regard reptilien.
- La crédulité des juges dépasse l'entendement, débuta Drago dans un reniflement dédaigneux. Et vous ? Croyez-vous réellement que le Veritaserum est un gage de fiabilité ? Laissez-moi vous épargner le suspens, cela fait bien longtemps que je sais contourner les effets de cette potion. Rien ni personne n'aura jamais le pouvoir de me faire dire ce que je pense. Je suis mon propre maître. Je ne suis que les lois que je me suis fixé et ce n'est pas cette pauvre et ridicule assemblée d'incompétents qui me fera plier. (Estomaqués, l'Auror Seal et le juge Howard restèrent figés, la mâchoire inférieure pendante.) Et vous, s'écria-t-il en s'adressant toujours au public, vous ne pourrez rien y changer ! Je suis invincible ! Qui pourrait prétendre le contraire ? ! J'ai floué Voldemort et je l'ai vaincu quand j'en ai eu l'occasion. J'ai également manipulé Blaise Zabini, Pansy Parkinson, Albus Dumbledore et Harry Potter pour parvenir à mes fins. Alors ? Vous pensez vraiment que je devrais avoir peur ? C'est vous qui devriez craindre pour vos vies ! Attaquez-moi et je vous tuerai comme j'ai tué toutes ces personnes pathétiques qui n'étaient rien de plus que des obstacles sur le chemin de ma liberté. Vous pensez être libres ? ! Réveillez-vous, bon sang ! Ce gouvernement vous berce de mensonges depuis trop longtemps ! Vous pensez qu'ils sont là pour rétablir la justice ? Posez-vous plutôt la question de ce que ce jugement leur apportera. Un ridicule sentiment de cohésion et votre soumission aveugle. Pourquoi je regretterais tous ces morts ? Je suis libre aujourd'hui, contrairement à vous ! Libre d'esprit et bientôt libre de corps. Oui, je vais quitter ce tribunal et vous allez m'aider à ça si vous ne voulez pas d'un bain de sang. Je sortirai de toute façon. Le mouvement est déjà en marche... Coopérez ou mourrez !
Sorti de son état de sidération, Seal attrapa le bras du Mangemort avec fureur.
- Par Merlin, mais qu'est-ce que tu racontes, Malefoy ? ! chuchota Seal dans l'oreille du Mangemort, les ongles enfoncés dans son biceps droit.
- J'en étais sûr ! vociféra un homme en se retournant, le visage marbré de plaques rouges, bras tendu devant lui, l'index pointé vers le fond du tribunal. « Les Ceintures blanches » sont des partisans de ce pourri ! Ils sont venus pour le libérer ! On ne va pas les laisser faire !
Tandis que les juges échangeaient des regards circonspects et que le politicien choisit ce moment pour se lever de son siège et s'approcher du juge Howard, ce dernier se redressa avec vigueur, sentant la situation sur le point de dégénérer.
Un vent de panique s'élevait dans le tribunal autant du côté des « Ceintures blanches » que des Aurors et juges qui se mettaient à présent à hurler des ordres dans tous les sens. Figé, Drago observait la scène avec ce qu'Hermione devina être de l'écoeurement. Le jeune homme ne s'attendait pas à ce que les gens fassent un rapprochement entre les « Ceintures blanches » et d'éventuels partisans venus pour le libérer. Hermione, quant à elle, était ébranlée par le discours du Serpentard et dépassée par la tournure des évènements.
C'est à ce moment précis que leurs regards se rencontrèrent enfin, dans un mélange de surprise, d'incompréhension mais aussi de complicité et de rage impuissante. Comme extérieurs à la scène, hermétiques au chaos pendant quelque secondes, Drago et Hermione se dévisagèrent sans cligner des yeux, parfaitement immobiles dans ce court moment d'éternité. Tous deux savaient que c'était la fin. Démunie et désespérée, Hermione laissa les larmes rouler sur ses joues sans la moindre retenue. C'était un adieu. D'un simple regard, Drago lui transmit sa gratitude avant de tourner la tête vers le juge Howard, mettant fin à cet échange silencieux et douloureux.
- Que tout le monde garde son calme ! Tout ceci est un tissu de mensonges ! Personne n'est venu le libérer ! s'écria Howard avec autorité en voyant les sorciers quitter leur siège de toute part, fermement décidés à prendre les choses en main.
- Annoncez l'exécution de Malefoy, maintenant ! ordonna le politicien au juge Howard avec précipitation. C'est le seul moyen de garder le contrôle.
L'Auror Seal étouffa un juron en entendant les mots du politicien.
- Ne faites pas ça ! interféra l'Auror en chef, totalement excédé. Et vous, la ferme ! ajouta-t-il à l'adresse du politicien. Malefoy a raison, vous manipulez cette assemblée pour obtenir l'adhésion du peuple ! Vous n'avez rien à faire ici !
- C'était votre dernière mission d'Auror en chef, décréta froidement le politicien.
Seal lui jeta les parchemins du procès à la figure, sous le regard médusé du public qui s'était figé devant la scène.
- Comment ce gouvernement a pu vous choisir comme « digne successeur de Michael Cabot » ? ! Vous n'êtes qu'un sale égocentrique et un opportuniste. Vous n'en n'avez que faire du sort de votre peuple... Soyez maudit...
- Je vous le répète, exécutez-le ou ces gens seront incontrôlables. Les Aurors ne sont pas assez nombreux pour maintenir l'ordre, affirma le politicien, ignorant les paroles venimeuses de l'ancien Auror en chef qui se tenait à présent debout, ce dernier observant l'agitation qui avait repris dans la salle, les yeux aussi vifs que ceux d'un félin en chasse.
Le juge Howard fronça les sourcils, tiraillé entre ses valeurs et la réalité du moment. Il échangea un regard inquiet avec ses confrères juges qui hochèrent la tête puis reporta son regard vers le public survolté. Il ne mit pas longtemps à comprendre que le politicien avait malheureusement raison. Les Aurors dispersés dans la salle se retrouvèrent rapidement débordés. Le juge Howard ferma les yeux une fraction de seconde avant de s'adresser à la foule haineuse.
- Compte tenu des paroles menaçantes de Drago Malefoy et du danger permanent qu'il représente manifestement pour la société sorcière, nous ne pouvons que nous prononcer en faveur de la peine la plus lourde : le Baiser du Détraqueur plongera Drago Malefoy dans un état végétatif permanent. Tel est notre verdict. (Les cris victorieux remplacèrent manifestations de colère et couinements paniqués.) Celui-ci prend effet à cet instant. Emmenez-le, décréta le juge en voyant l'Auror Fletcher se lever et s'approcher du Mangemort.
- Malefoy, je suis désolé, dit l'Auror Seal à voix basse, sincèrement affecté par la tournure des évènements. Cela n'aurait pas dû se finir comme ça. Dis-moi au moins que ton enfant est en sécurité.
- Maintenant, oui, répondit brièvement le Mangemort dans un souffle, avant que l'Auror Fletcher ne l'attrape par le bras pour le guider vers une porte capitonnée située juste derrière eux.
- Oh Drago, que Merlin me pardonne, sanglota Hermione en voyant le Mangemort disparaître dans un long couloir sombre tandis que la porte capitonnée se refermait lentement sur lui et l'Auror.
- Cela ne suffit pas ! Ces gens doivent également payer ! C'est évident que les « Ceintures blanches » ont déjà tué pour ce monstre !
- Prévenez les renforts, qu'on leur fasse la peau ! hurla un sorcier avant de se faire neutraliser par un Auror qui à son tour se fit neutraliser par un autre homme.
- De grâce, ne vous laissez pas emporter par la haine ! hurla une femme vêtue d'une ceinture blanche. Réfléchissez ! Nous sommes des pacifistes et non des partisans !
Un sortilège atteignit la jeune femme en plein visage. Cette dernière s'écroula sur le sol, le visage en sang. Des cris de terreur fusaient du côté des « Ceintures blanches ». Prise dans les mouvements de foule, Hermione n'eut d'autre choix que de quitter sa place et reculer vers la sortie, bousculée de toute part. La jeune femme repensa aux paroles du professeur de potions et se dit qu'il n'y avait rien d'autre à faire que fuir cet endroit même si cette idée lui faisait horreur. Comment avait-elle pu laisser partir Drago sans se battre pour lui ? Où était passée sa détermination ? Une part d'elle voulait rester là et se laisser engloutir par la folie de ces sorciers. Jamais n'avait-elle été si pessimiste quant à l'avenir du monde sorcier qui semblait vouloir répéter les erreurs du passé à l'infini. Hermione était fatiguée d'être forte, de s'élever contre l'injustice, de se battre pour ceux qu'elle aimait. En perdant Drago, Hermione se surprit à envisager une idée qu'elle ne se serait jamais permis de penser quelques mois plus tôt : baisser les bras et se laisser mourir.
Les sorts fusaient tout autour d'elle. Les « Ceintures blanches » avaient fini par sortir leur baguette. Certains ripostaient, appliquant les conseils et les positions de combat appris à Poudlard. Les « Somno alta » résonnaient dans les oreilles de la Gryffondor telle une litanie désespérée. D'autres se contentaient de se protéger en bloquant les sortilèges des assaillants. Quant aux Aurors, le peu qui restait encore debout tentait d'arrêter les sorciers les plus virulents dans une désorganisation totale.
- Arrêtez cette folie ! s'égosilla le juge Howard tandis que le politicien choisit ce moment pour quitter la salle.
- Il faut faire évacuer le tribunal ! s'exclama l'Auror Seal à l'intention des juges et des Aurors. (Une idée lui vint alors à l'esprit.) Accio ceintures blanches !
Telles des étoiles filantes, les ceintures traversèrent la grande salle en arc de cercle et atterrirent aux pieds de l'ancien Auror en chef. Des dizaines de visage déformés par la haine se tournèrent alors vers l'Auror Seal qui se contenta de déglutir en comprenant ce qu'il venait de faire.
- C'est toi qu'on va lyncher, sale partisan de Mangemort ! cracha un sorcier en jetant un couteau à travers le tribunal.
L'Auror Seal esquiva l'arme blanche de justesse et se retourna vers les juges qui n'avaient pas bougé de leur siège, totalement paralysés par l'effroi.
- Allez vous mettre à l'abri ! Passez par cette porte-là et transplanez !
- Je n'aurais jamais dû accepter les conditions de ce procès, murmura le juge Howard avec désolation.
- Partez ou ils vous tueront ! insista Seal avant de s'élancer vers son destin.
La porte principale s'ouvrit soudainement et un Auror s'écroula à l'entrée, un couteau planté dans le dos. C'est à ce moment que le juge Howard comprit l'ampleur du désastre. Des scènes d'apocalypse se déroulaient au-dehors du tribunal, sur l'immense place qui était déjà recouverte de sang et de cadavres mutilés. Se sentant coupable de ce carnage, le juge s'arrêta dans sa fuite et fit demi-tour. Le visage livide, le vieillard s'approcha des boucliers de protection, murmura les différentes formules pour passer au-travers et, une fois de l'autre côté, il attendit que la vague meurtrière ne l'emporte.
De son côté, l'Auror Seal réussit à se faufiler vers la sortie, non sans mal. Il observa rapidement la situation, cherchant les Aurors et les « Ceinture blanches » dans la foule hystérique. Le sorcier n'hésita pas et lança plusieurs fois le sortilège « accio » afin de noyer les pacifistes dans cette marée humaine. En voyant des groupuscules de sorciers à chaque entrée de la place, debout et immobiles, l'Auror comprit pourquoi les « Ceintures blanches » n'avaient pas pu transplaner et s'enfuir : ces sorciers avaient discrètement installé une coupole anti-transplanage pendant le procès. L'Auror réalisa avec horreur que tous ces gens étaient vraiment venus avec l'intention de se faire justice. Ils avaient tout planifié et ce gouvernement avait encouragé cette folie.
- Aurors ! hurla Seal à l'intention de ses hommes. Neutralisez ces sorciers à chaque entrée de la place ! C'est eux qui maintiennent une coupole anti-transplanage au-dessus de nos têtes ! Allez ! Tous avec moi !
A l'intérieur, Hermione était à présent coincée dans un angle du tribunal, témoin horrifié des massacres. La jeune femme semblait invisible. Personne ne s'intéressait à elle, comme si elle était déjà morte. Les larmes d'impuissance et de désespoir continuaient à glisser sur ses joues. Ses yeux allaient d'un meurtre à un autre avant de se reporter sur la porte capitonnée.
- Drago, murmura-t-elle.
De l'autre côté de la porte capitonnée, à l'autre bout du couloir sombre, se trouvait une pièce carré sans fenêtre, sans issue, faite de pierres grises. Trois torches éclairaient la cellule, éclairaient la scène. Les Détraqueurs flottaient dans les airs, leur visage informe tourné vers Drago qui était sanglé sur une chaise en bois dans le coin droit de la pièce. Les créatures attendaient le moment où la barrière magique serait retirée par l'Auror, avides d'aspirer les dernières miettes de vie du Mangemort.
Fletcher se tenait debout, à la limite entre le couloir et la salle d'exécution. Les deux sorciers se dévisageaient dans un silence pesant. Drago tremblait et respirait vite. Il essayait de ne pas regarder ces ombres lugubres en face de lui, ces ombres qui ressemblaient à des hommes pendus accrochés au bout de leur corde.
- Le monde se déchire de l'autre côté de cette porte, dit finalement l'Auror d'une voix éteinte. Tu as réussi. Nous sommes quittes à présent...
Et Fletcher avança la barrière de protection jusque devant son visage, de sorte à ce que Drago se retrouve dans le même espace que les Détraqueurs. Le Mangemort inhala bruyamment en voyant fondre ces ombres sur lui. Leurs bouches s'approchèrent de son visage et commencèrent à aspirer avec ardeur dans un bruit intenable de succion. Drago ne put empêcher le hurlement grave qui sortit de ses lèvres alors que son cerveau était assaillit de messages douloureux et de souvenirs malheureux. Les Détraqueurs s'écharnèrent sur leur proie, essayant de s'emparer du moindre souvenir heureux qui se logeait dans sa mémoire.
Nauséeux et pris de vertiges, Fletcher s'appuya contre le mur du couloir tandis que des larmes de tristesse s'échappaient de ses yeux.
- Maintenant nous sommes quittes, répéta-il en sanglotant.
Fletcher attendit, envahi par cette vision d'horreur, hanté par les cris du Mangemort jusqu'à ce que les yeux de ce dernier se ferment et que sa tête roule lentement sur le côté. Les Détraqueurs eurent comme un mouvement de recul et tournèrent leur tête dans sa direction.
Le visage maculé de larmes, l'Auror fit alors marche arrière, trébuchant ça et là vers la sortie, passant alors d'un tableau macabre à un autre...
Bon voici la 2ème partie.
Vous pouvez me lyncher maintenant.
Sur ce, bonne soirée...
