Le visage maculé de larmes, l'Auror fit alors marche arrière, trébuchant ça et là vers la sortie, passant alors d'un tableau macabre à un autre...


Jour J :

Peu avant le commencement du procès,

Sainte Mangouste, Chambre d'Harry Potter

Une sensation d'oppression à la poitrine mit fin au marathon de sommeil du Gryffondor. Le visage crispé, l'Elu ouvrit les yeux tout en se massant le torse d'une main. Le professeur de potions stoppa brusquement sa marche solitaire, réalisant que le Gryffondor avait tourné la tête dans sa direction, un léger sourire étirant ses lèvres.

- Comme un lapin dans les phares d'une voiture, se moqua Harry avant de perdre son sourire. Qu'est-ce qui vous préoccupe comme ça ?

- Qu'est-ce qui vous dit que je suis préoccupé ?

- Depuis le temps, j'ai appris à vous connaître, Rogue.

Le Mangemort réfléchit, cherchant la réplique qui amènerait l'Elu à faire marche-arrière.

- Je pensais à votre ami Weasley, mentit le professeur de potions en regardant son élève droit dans les yeux.

- Oh..., répondit le Gryffondor dans un souffle, le regard soudainement assombri par la culpabilité et la tristesse.

Les sourcils froncés, Harry baissa les yeux, laissant son échine se courber légèrement. Le Mangemort se mordit l'intérieur des joues et détourna son regard vers l'horloge de la chambre. Le procès venait tout juste de commencer.

- J'aimerais le voir, poursuivit l'Elu à voix basse, les yeux à nouveau braqués sur le Mangemort.

- Pas question. Vous n'êtes pas en état.

- Bien sûr que si. Avec toutes ces heures de sommeil, je sens que je retrouve mes forces.

- Vous n'avez vraiment rien remarqué d'inhabituel ? Toujours aussi observateur, Potter...

- Quoi ? Venez-en au fait, s'impatienta l'Elu qui était à présent assis au bord du lit.

- Regardez vos mains, imbécile. Ecoutez votre voix de ténor. Rien de nouveau ? Vous en êtes certain ?

Harry jeta un regard meurtrier au Mangemort avant de placer ses mains devant son visage. Le Gryffondor les inspecta attentivement, les sourcils de plus en plus déformés par l'incompréhension. Le professeur de potions soupira longuement et se remit à marcher dans la chambre.

- On dirait que mes mains ont pris un coup de vieux...

- Malheureusement, il ne s'agit pas seulement que d'une impression. Vous avez vieilli et il n'est pas uniquement question de vos mains.

- Quand est-ce arrivé ? Et puis, comment est-ce possible ? ! Par Merlin, cessez de vous agiter comme ça et répondez-moi ! ! ordonna l'Elu qui se sentait à cet instant totalement éveillé.

Le professeur de potions s'immobilisa devant la fenêtre dans un long soupir. Son regard ténébreux se perdit au loin.

- Votre plan génial ne l'était finalement pas tant que ça. Pour faire simple, on va dire que votre corps n'est pas fait pour accueillir deux âmes en conflit et qu'il est en train de s'autodétruire. Vous vieillissez vite, Potter, très vite. Et, semble-t-il, surtout lorsque vous ressentez des émotions fortes. Si nous ne trouvons pas un moyen de ralentir le vieillissement de vos cellules...

Le Mangemort sentit tout d'un coup la présence du Gryffondor derrière lui. Un frisson de culpabilité le traversa tandis que l'Elu lui coupa la parole pour aller droit au but.

- Combien de temps me reste-t-il ?

Le professeur de potions se retourna lentement. Le souffle momentanément coupé, le Serpentard détailla le visage masculin du Gryffondor de ses yeux brillants et tourmentés. Harry reconnut ce regard. Une boule se formait dans sa gorge tandis que le souvenir de cette douloureuse nuit se matérialisait dans son esprit. La nuit où il avait fait ses adieux à Drago, aux côtés de Severus Rogue. Ce dernier avait ouvertement laissé transparaître ses émotions, pour la première fois. Ce regard n'augurait rien de bon.

- Un mois. Dans le meilleur des cas. C'est pour cette raison que vous devez vous reposer autant que possible et ne rien faire de stupide comme aller voir Weasley. Si son état se dégrade, vous avez ma parole que je vous laisserai faire.

L'Elu soupira de mécontentement et vint blottir son visage dans ses mains. Le Mangemort jeta un nouveau coup d'oeil à l'horloge avant de reporter son regard sur Harry. Le Gryffondor déglutit plusieurs fois avant de découvrir lentement ses yeux. Les deux hommes se regardèrent longuement dans un silence intime et douloureux. Le Mangemort pouvait s'entendre respirer et sentir la transpiration s'accumuler sur son front. Les prunelles du Gryffondor étaient d'un vert bouleversant qui semblait transpercer son âme. Les yeux d'Harry continuaient à poser des questions. Les jambes du Mangemort se mirent à trembler d'anticipation. L'idée de lui mentir lui faisait autant horreur que de le perdre.

- Je suis désolé, ne put s'empêcher de murmurer le professeur de potions. Désolé..., répéta-t-il en fermant les yeux sous le poids de la culpabilité.

- Pourquoi ? demanda l'Elu à voix basse, quelque peu déstabilisé par l'attitude vulnérable du Mangemort.

Le Serpentard rouvrit les yeux et regarda en l'air pendant un instant avant d'affronter le regard de son élève une énième fois. Sentant qu'il était sur le point de perdre Harry, que ce soit à cause du mensonge et de la colère ou à cause de la mort, le professeur de potions lâcha prise et osa se confier dans un élan de détresse absolue.

- Je suis fatigué, Potter. Je suis écoeuré et lassé. J'aurais voulu faire tellement plus pour vous et tellement mieux. Croyez-le ou non mais je n'ai jamais souhaité votre malheur et encore moins votre mort. Si ma vie avait pu valoir la vôtre, je vous l'aurais offerte sans la moindre hésitation pour vous libérer de cet enfer. J'aurais tellement voulu vous protéger. Vous êtes le fils de Lily. Vous êtes... à la hauteur de son courage, à la hauteur de sa générosité. Et j'ai failli. Je n'ai pu protéger votre mère. Et j'ai appris à vivre avec ma culpabilité. J'ai appris à tolérer la douleur et même à l'apprécier parce qu'elle est le dernier lien qu'il me reste avec Lily. Je préfère la douleur au vide. Lily aura toujours sa place dans mon coeur. J'ai failli et je ne peux changer le passé. Mais je ne pourrai pas faillir à nouveau avec vous. Je le dois à votre mère. Je vous le dois à vous, Potter. Vous méritez tellement mieux que cette vie de martyr. Lorsque je ne ressens pas du dégoût pour la vie, c'est une immense tristesse qui me submerge. Je ne veux pas que vous suiviez mes traces, Potter. Vous gâcheriez votre vie. Ce serait vous abaisser à mon niveau. Vous valez déjà tellement mieux que moi.

- Vous me faites peur, Rogue. Qu'est-ce qui se passe ? Vous me faites des adieux ou quoi ? l'interrompit le Gryffondor, les yeux agrandis par un sentiment de panique.

- Je veux juste que vous n'oubliez jamais ce que vous représentez réellement pour moi. Tout ce que je fais, c'est pour vous protéger. Sachez qu'on ne baisse pas les bras. Votre amie Granger se démène pour trouver des solutions. Nous allons tout mettre en oeuvre pour vous sauver.

- Répondez-moi. Il se passe autre chose, n'est-ce pas ? Jamais vous ne m'avez parlé ainsi. Et jamais vous ne m'avez parlé de ma mère. Je ne suis pas sûr de comprendre...

Le Mangemort expira bruyamment de frustration avant de se remettre à tourner en rond dans la chambre comme un animal en cage. L'Elu ne le quitta pas des yeux. Le professeur de potions finit par jeter un coup d'oeil furtif à l'horloge, ce que ne manqua pas de relever le Gryffondor.

- Rogue, je vous le redemande : que se passe-t-il ?

- Vous me faites confiance, Potter ? demanda soudainement le Mangemort en s'immobilisant dans la pièce.

- Oui.

- Alors ne me posez plus cette question. Je vous le dirai lorsque le moment sera venu.

- ...D'accord.

- Reposez-vous maintenant. Je veillerai sur vous.

- Je n'ai pas sommeil. Parlez-moi de ma mère. J'aimerais comprendre...

- Je vous ai dit ce que vous deviez savoir, Potter.

- Alors c'est vrai ? insista l'Elu, le coeur battant à tout rompre. Vous avez... aimé ma mère, c'est bien ça ? Waouh, c'est... inattendu. J'ai du mal à y croire.

- Risible, n'est-ce pas ? Servilus, l'amoureux transi...

- Ne vous moquez pas de vous. Je ne me moque pas de vos sentiments, Rogue. Permettez-moi simplement d'être surpris par cette nouvelle. Vous êtes tellement secret. Vous n'avez jamais rien laissé transparaître. Et puis, c'est difficile d'imaginer ma mère sans mon père. Et par Merlin, cessez de vous nommer comme ça. Je déteste ce surnom.

- Rassurez-vous, c'était un amour à sens unique. Il ne s'est jamais rien passé. Votre salaud de père n'a jamais eu à être inquiété et votre mère n'a jamais su ce qu'elle représentait pour moi, fort heureusement.

- ... Je trouve cela... triste. Alors vous n'avez jamais rien tenté ? Je comprends mieux votre amertume à présent.

- Lily était tellement..., débuta le Mangemort, la gorge serrée, le regard absent. Je voulais qu'elle soit heureuse. Je voulais qu'elle soit heureuse grâce à moi. Je la voulais pour moi tout seul. Avant d'entrer à Poudlard, tout était simple. J'avais trouvé la paix à ses côtés. La colère, la tristesse, tout s'évanouissait lorsqu'elle était près de moi. C'était comme une sorte de chaleur qui s'épanouissait dans mon corps. Lily avait la force du soleil et la douceur de la lune...

- Attendez, vous voulez dire que vous étiez des amis d'enfance ? ! s'exclama Harry, les yeux exorbités.

Le Mangemort s'assit au bord du lit, un sourire nostalgique étirant ses lèvres. La mine déconfite, le Gryffondor s'installa à ses côtés.

- La seule que je n'ai jamais eue et votre connard de père a tout détruit.

- Cessez de vous en prendre à lui, soupira l'Elu. Je sais qu'il n'était pas parfait mais vous ne l'êtes pas non plus. Vous ne pouvez pas lui attribuer tous vos échecs.

- Je vous emmerde, Potter.

- Moi d'abord.

Un silence étrange mais apaisant reliait à présent les deux hommes. La parenthèse venait de se refermer. Tous deux savaient qu'ils ne reprendraient jamais cette discussion. C'était ainsi entre eux.

Une bourrasque de vent vint soudainement tambouriner contre la fenêtre, amenant quelques flocons de neige à s'écraser contre la vitre. L'Elu eut un pincement au coeur en pensant à Drago et à Jade. C'est alors qu'il ressentit une tension dans son corps et deux coeurs accélérer leur rythme. Une sensation de malaise s'installa progressivement en lui. L'inquiétude était en train de le gagner. Harry prit une profonde inspiration avant de parler à voix basse.

- Que s'est-il passé après que je me sois évanoui ? J'aimerais savoir où est Drago.

Le Mangemort ferma les yeux un bref instant avant de braquer son regard loin devant lui. Le moment qu'il redoutait tant était là. L'homme était paralysé par l'hésitation, tiraillé par tant d'émotions. Harry s'en rendit compte et fronça les sourcils.

- Rogue ? Qu'y a-t-il ? Rogue ?

Le Mangemort se mit à nouveau debout et reprit sa marche infernale. Harry sentit un mélange de colère et de panique le submerger lorsque le Serpentard adressa un regard coupable à l'horloge. L'Elu bondit sur ses pieds, avança vers le Mangemort et agrippa fermement ses épaules pour le maintenir en place. Le professeur de potions le regardait tel un animal sauvage.

- Putain, qu'est-ce que vous ne me dites pas ? ! Cela a un rapport avec Drago, n'est-ce pas ? ! Ne me mentez pas, Rogue ! Pas vous !

Cela finit d'achever les bonnes résolutions du Mangemort qui secoua la tête d'impuissance et de désolation.

- Drago a été arrêté par les Aurors. J'ai tout fait pour le défendre. J'ai témoigné en sa faveur...

- Bordel, il est en prison, c'est ça ? ! hurla le Gryffondor, le visage déformé par la fureur.

- Tu t'attendais à quoi, Harry ? ricana Voldemort dans sa tête. Bien sûr qu'il est en prison. Ils l'ont torturé de questions au Veritaserum. Ils l'ont dépouillé de toute dignité. Ils l'ont laissé délirer quand il n'avait plus de poison moldu dans le sang. Ils l'ont malmené physiquement et psychologiquement. Drago vient d'être reconnu coupable de meurtres et tu ne pourras rien faire pour le sauver. Il est trop tard. Tous ceux que tu aimes finissent toujours par mourir. Tout est de ta faute, Harry. Tu les as tués en les aimants. Ils sont morts en se sacrifiant pour toi. Ton père, ta mère, ton ami Weasley, Pansy Parkinson et maintenant Drago. Et bientôt, ce sera ton amie Granger. Si tu la voyais s'abandonner à la mort... Moi je le vois au travers des yeux de celui que tu aimes tant...

- Non... non, répéta Harry en fermant les yeux.

- Harry ? ! Qu'y a-t-il ? ! demanda Severus Rogue, le regard noyé d'inquiétude.

- Harry, je ne te dis pas cela pour te faire souffrir. Je veux que tu ouvres les yeux. Je suis le seul à pouvoir t'aider. Si tu me libères, je t'aiderai à faire diversion et alors tu pourras libérer Drago. Oui, en réalité, il n'est pas trop tard. Mais il faut agir maintenant. Drago vient d'entrer dans la salle d'exécution. Il va recevoir le Baiser du Détraqueur. Je te promets de t'aider en échange de ma liberté. Je te promets de te laisser vivre en paix avec les tiens. Vois ma tolérance. Je suis prêt à accepter ta vision étriquée de l'amour bien que tu sois dans l'erreur. Tôt ou tard, l'amour causera ta perte et celle des tiens. Nous pourrions être invincibles ensemble. Peut-être qu'un jour, tu le comprendras.

- Harry ! Regardez-moi ! s'écria le Mangemort.

- Nous devons le sauver. Il est encore temps, expliqua le Gryffondor dans un souffle.

- Je ne veux pas prendre le risque de vous perdre.

- Vous n'avez pas le droit de m'en empêcher ! C'est ma vie ! Et je choisis de prendre le risque ! Maintenant aidez-moi, Rogue ! Je sais que je peux vous faire confiance !

- Mauvais choix, Harry...

- Vous n'êtes qu'un inconscient, Potter, maugréa le professeur de potions après quelques secondes de résistance.

Le Mangemort attrapa Harry par la manche et le traina sans cérémonie hors de la chambre en direction de la zone de transplanage située dans une autre pièce de l'étage.

- Merci, Rogue, murmura l'Elu tandis que ce dernier l'entoura de ses bras dans une attitude protectrice.

Les deux sorciers transplanèrent à quelques pas de la place, dans une ruelle saturée d'échos de cris de rage et de pas précipités. Harry chancela dans les bras du Mangemort avant de se redresser lentement. Le Gryffondor échangea un regard de détresse avec le Serpentard, puis il se tourna et quitta totalement son étreinte. Horrifié par la scène qui se déroulait devant lui, l'Elu fut incapable de se précipiter vers le tribunal à la recherche de Drago.

Au contraire, Harry avançait lentement et péniblement, la bouche bée, les bras ballants, les yeux progressivement noyés de larmes. A chaque pas, à chaque cri, à chaque coup, à chaque mort, Harry se sentait vieillir et mourir un peu plus.

Le Mangemort marchait laborieusement derrière le Gryffondor. En voyant chacun de ses cheveux devenir totalement gris puis blancs par endroits, Severus Rogue comprit que ce voyage n'aurait probablement pas de retour.

- Potter, nous devons partir d'ici. Il est trop tard, supplia le Mangemort dans une tentative désespérée.

L'Elu se plia tout d'un coup en deux, la respiration coupée, puis, quelques secondes plus tard, un hurlement de douleur sortit de sa bouche.

- DRAGO ! ! NON ! !

- Potter !

- Je t'avais dit que tu avais besoin de mon aide ! C'est ta dernière chance, Harry ! Libère-moi ou tu auras la mort de Drago sur ta conscience ! Libère-moi ! Maintenant !

Le Mangemort réceptionna l'Elu de justesse et l'aida à se redresser. Harry lâcha un râle d'agonie en écrasant sa main sur le haut de son torse. Les larmes dévalaient à présent ses joues.

- Drago, gémit le Gryffondor en agrippant le pendentif qui se trouvait autour de son cou.

- Je vais vous ramener à l'hôpital, déclara Severus Rogue, le teint livide.

A bout de souffle, l'Elu tourna son visage vers le Mangemort et secoua la tête.

- Vous savez bien que non, murmura Harry. Je dois retrouver Drago...

Severus Rogue saisit le double sens. Sa gorge se serra. Ses bras se mirent à trembler autour du Gryffondor.

- N'abandonnez pas, Potter. Je vous le demande.

- C'est vous qui avez abandonné. Vous l'avez abandonné, sanglota Harry en regardant la pierre sombre qui était dans sa main. Etrangement, la pierre était devenue grise, comme si les filaments de pierre blanche s'étaient mêlés à la pierre noire pour ne former plus qu'une couleur homogène.

La sensation insoutenable de déchirement venait de disparaître. Retrouvant quelques forces, Harry repoussa le Mangemort lentement mais fermement. Les yeux du Mangemort imploraient le pardon.

- Potter...

- Honte à toi ! Drago vient de recevoir le Baiser du Détraqueur. Tu aurais pu le sauver, Harry. Quand finiras-tu par comprendre que tu ne prends que de mauvaises décisions ? Je peux encore t'aider à trouver le bon chemin. Si tu veux retrouver les tiens, il ne te reste qu'une seule solution, un dernier acte de courage : le suicide, Harry. Le suicide effacera toutes tes erreurs. La mort te permettra d'accéder au pardon. Tu renaîtras, Harry. Tu seras en paix. Tout sera oublié. Les erreurs. La souffrance. La solitude. La peur. La haine. Je sais que tu m'écoutes, Harry. J'ai confiance en toi. Je suis certain que tu prendras la bonne décision. Il te suffit de rejoindre Drago dans la salle d'exécution...

Glacé par l'effroi, Harry eut l'impression que toute émotion avait quitté son corps. Seuls les derniers mots du Lord Noir avaient réussi à se frayer un chemin dans sa conscience. D'une démarche fantomatique, le Gryffondor se remit à marcher en direction de l'imposante place qui à présent était plongée dans un silence de mort.

Tous les yeux étaient tournés vers Harry.

L'Elu avançait lentement, sans faire le moindre bruit, Severus Rogue sur ses talons. Telle une procession funèbre, les deux sorciers avançaient et les gens s'écartaient à leur passage. Avec précaution, Harry contournait les cadavres qui jonchaient le sol, le coeur de plus en plus lourd, la tristesse retrouvant progressivement sa source.

En accrochant quelques regards consternés, Harry finit par s'immobiliser en plein coeur de la foule.

Tous retinrent leur souffle.

Harry observa chaque sorcier qui se trouvait dans son champ de vision. Un sourire triste se dessina sur son visage. L'Elu tendit le bras et posa une main réconfortante sur le poignet d'un homme qui était resté figé en position d'attaque, sa baguette magique pointée vers un autre homme.

Harry leur adressa un regard dénué de haine. Un regard de compassion. Harry se connectait à leur tristesse.

L'homme baissa sa baguette de lui-même, comme hypnotisé par le regard du Gryffondor. Pour être entendu de tous, l'Elu ramassa une baguette qui se trouvait à ses pieds et plaça la pointe de celle-ci contre son cou.

- La vengeance n'apaisera jamais vos coeurs, expliqua Harry avec tristesse. Pleurez la disparition de vos proches. Il n'y a que ça à faire. Et continuez à vivre. Continuez à tout faire pour qu'ils soient fiers de vous. Et chérissez chaque moment de bonheur avec ceux qui sont encore là et qui ont besoin de vous. Et par-dessus tout, aimez vos enfants. Je vous souhaite à tous d'être heureux comme je l'ai été. J'ai eu tellement de chance de vivre tout cela. De connaître Sirius Black, Albus Dumbledore, Hermione, Ron, Drago, Jade, Severus Rogue, tous. Je n'aurais jamais été ce que je suis sans eux. Soyez heureux, c'est tout ce que je vous souhaite...

Un sanglot vint ébranler la foule. La haine avait disparu. Ne restaient que des larmes sur le visage des gens. Harry pleurait. Sevreus pleurait. Tous pleuraient. L'Elu avait toujours su toucher les gens au plus profond d'eux-mêmes. Il avait toujours su trouver les mots pour atteindre les blessures de l'âme.

- J'aimais Drago. J'aimais l'homme qu'il était. J'admirais le père qu'il était. C'était un homme protecteur, discret, sensible, à fleur-de-peau. Ce masque de mépris et de froideur n'était rien d'autre qu'un leurre et qu'une protection. J'ai appris à voir l'homme qui se cachait derrière. Au contact de Drago, j'ai appris à aimer, à pardonner et à comprendre qu'il faut se méfier des apparences. J'ai appris à ne plus juger. Nous étions des enfants. Nous n'aurions jamais dû vivre tout cela. C'est pourquoi, je vous demande aujourd'hui le pardon. Pardonnez-moi d'avoir su, pardonnez Drago d'avoir subi, pardonnez-vous d'avoir cédé à la vengeance, pardonnez tous ceux qui prennent de mauvaises décisions, pardonnez tous ceux qui ne comprennent pas. Ce seront les derniers mots de l'Elu : quittez cet endroit et soyez heureux...

Personne ne discuta. Personne ne contesta ses mots. Personne ne questionna son apparence. Tous s'exécutèrent, ramassèrent leurs morts et disparurent une fois que la coupole anti-transplanage fut retirée. Ne restaient plus que le Gryffondor et le Serpentard. Ou plus précisément, c'est ce qu'ils croyaient. Des bruits de pas derrière eux vinrent interrompre la quiétude de ce moment. Les deux sorciers se retournèrent.

- Il n'y a pas de doute. Vous êtes vraiment l'Elu, dit l'Auror Seal à voix basse, le visage illuminé par la fascination.

L'Auror serra la main du Gryffondor.

- Où est Drago ? demanda Harry d'une voix éteinte.

- Je vais vous y conduire, répondit Seal dans un souffle.

Dans un silence pesant, les trois hommes traversèrent la place vide. La porte du tribunal était ouverte, comme une évidence. Le Mangemort permit au Gryffondor de s'agripper à son bras pour monter les quelques marches qui le séparaient de l'entrée.

Quelques morts jonchaient le sol. La plupart des bancs avaient été renversés dans la bataille. Des baguettes et des couteaux tapissaient également les dalles de pierre. En tournant la tête sur la gauche, Harry aperçut Hermione qui était accroupie dans l'angle de la salle, les mains plaquées de part et d'autre de son visage, l'air hagard.

- Hermione, murmura le Gryffondor.

La jeune femme hoqueta violemment en constatant que son ami avait le corps d'un homme de soixante-dix ans. Sa voix avait également muté, se faisant plus grésillante. Mais Hermione reconnaissait parfaitement ses yeux et leur expression.

- Pardonne-moi, Harry. Je n'ai rien pu faire. C'était impossible. Drago s'est battu pour mourir. Il s'est battu ! sanglota la jeune femme en se réfugiant dans les bras de son meilleur ami.

Harry la serra fort contre lui à s'en faire mal aux côtes.

- Je veux le ramener à la maison. Sa place n'est pas ici. C'est tout ce que je veux.

Serrés l'un contre l'autre, Harry et Hermione passèrent la porte capitonnée, suivis de Severus Rogue et de l'Auror Seal. Le corps de Drago avait légèrement glissé dans la chaise, comme si l'homme n'était plus qu'un tas de chair informe. Les sanglots s'entrechoquèrent dans la gorge du Gryffondor lorsque ses yeux se posèrent sur le Mangemort. Hermione l'aida à glisser au sol et à appuyer son dos contre le mur.

- Pardon, Harry. Je te demande pardon, gémit la jeune femme, le visage enfoui dans le cou du Gryffondor.

Harry repensa à Pansy et à Jade. Une douleur lui tordit le coeur. Le visage déformé par une grimace, l'Elu regarda ses mains. Elles s'étaient encore enlaidies de tâches brunes, de rides, d'os saillants et de veines boursoufflées. Harry comprit qu'il n'en n'avait plus pour longtemps.

- Hermione, en fait, je voudrais deux autre choses, réalisa-t-il. Je voudrais que tu t'occupes de Jade, notre fille. Tu la trouveras chez Miss Bellamy, ma voisine la plus proche. Rogue saura t'y emmener. Ils nous ont arrêtés non loin de chez nous. Et je voudrais reposer avec Drago, à côté de la tombe de Pansy qui se trouve au pied du cerisier de notre jardin, derrière la maison. Je te fais confiance, tu sauras reprendre le dessus et tu sauras t'occuper d'elle.

- Harry, je t'en prie, ne fais pas ça. J'ai besoin de toi. Je ne pourrai pas supporter de te perdre et de perdre Ron. C'est trop dur ! On trouvera une solution !

- Promets-le-moi.

Hermione, qui faisait face à Harry, lui caressa le visage avec affection, effaçant les larmes qui coulaient sur son visage. Elle déposa un baiser sur son front et posa son front contre le sien, les paupières fermées.

- D'accord, Harry. Je te le promets.

- Je t'aime, Hermione.

- Je t'aime, Harry...


Bonjour à tous,

Ce chapitre arrive plus tôt que prévu. L'inspiration me vient d'une série sublissime : « Broadchurch », la B.O étant d'Olafur Arnalds, le Dieu de l'ambiance mélancolique.

La seconde raison est qu'il faut absolument que je finisse cette histoire avant juillet, vu que je prendrai certainement l'avion à ce moment-là et que je ne supporterai pas l'idée de m'écraser en avion sans avoir pu finir cette histoire !

J'espère que vous aurez aimé ce chapitre malgré tout ce qui s'y passe.

A bientôt pour la fin !

DarkPotter