- Je t'aime, Hermione.
- Je t'aime, Harry...
Au fil des secondes écoulées, la respiration du Gryffondor se fit de plus en plus faible et paisible. La lueur de vie qui brillait habituellement dans ses yeux verts était en train s'éteindre doucement. Harry n'avait jamais envisagé de partir de cette façon. Quelque part, il se dit qu'il avait de la chance de mourir entouré de ceux qu'il aimait. Il se dit aussi qu'il pouvait s'estimer heureux de pouvoir partir tranquillement et non brutalement, de la main de Voldemort. En sentant Hermione trembler de désarroi contre lui, le Gryffondor tenta de l'apaiser en posant une main réconfortante sur la sienne.
Hermione l'étreignit en sanglotant, une part de son être se refusant à le laisser partir.
- Oh Harry, je t'en supplie ! N'abandonne pas ! Ne m'abandonne pas ! Cela ne peut pas se finir comme ça ! Après tout ce qu'on a vécu ! Ce n'est pas juste ! Je les déteste ! Je les déteste tous ! ! Tu vaux tellement mieux que tous ces gens ! C'est eux qui mériteraient de mourir ! C'est pas des humains ! C'est des sauvages ! Des imbéciles ! Ils ne méritent pas la paix ! cracha Hermione en se reculant de l'Elu.
Le vieillard avait la tête appuyée contre le mur, les paupières mi-closes. Son regard éteint se posa sur Severus Rogue.
- Ce n'est pas possible...Que lui arrive-t-il ? Est-ce un maléfice ? osa demander l'Auror Seal au professeur de potions qui se tenait à côté de lui, le teint blafard. Ne pouvons-nous rien faire pour le stopper ? Harry Potter ne peut pas mourir...
Harry fixa longuement le Mangemort, d'un regard qui racontait leur histoire. Le visage de ce dernier, déjà blafard, continuait à se décomposer et à pâlir. Severus Rogue savait qu'il ne se remettrait jamais de la mort du fils de Lily. L'évidence s'imposait à lui. Harry représentait tellement de choses pour lui. Il était son passé. Il était son présent. Il était son futur. Harry n'était plus uniquement le fils de Lily. Il était Harry, simplement Harry, la personne qui comptait le plus dans sa vie la première personne qu'il avait appris à supporter, à tolérer, à respecter, à apprécier et à aimer. Harry était devenu ce qu'il y avait de meilleur en lui. Alors, chaque grain de sa peau réagissait à l'inacceptable. Une réaction épidermique. Une peau qui s'assèche de son sang. Le professeur de potions se sentait défaillir.
Puis, lentement, Harry ferma les paupières.
- N...non, bafouilla Hermione, à mi-chemin entre l'étouffement et le sanglot.
C'est à ce moment que la rage se mit à brûler les entrailles du professeur de potions avec une fulgurance inouïe, tel un dernier élan vital. L'animal qui tente un dernier bond des griffes de son prédateur avant de s'abandonner à son funeste destin. Une dernière tentative qui, parfois, peut faire toute la différence...
L'homme expira violemment tandis que la sueur se mettait à perler sur son front. Dans un état second, Severus Rogue fit ce qu'il n'avait quasiment jamais fait de sa vie : il cessa de penser et écouta son coeur. L'homme brandit sa baguette magique et se précipita sur Harry. Il poussa maladroitement Hermione sur le côté qui perdit l'équilibre dans un couinement et arracha la chaîne qui se trouvait autour du cou du Gryffondor. Dans un vacarme assourdissant, Voldemort se matérialisa comme une nappe élastique et informe propulsée hors du pendentif. Le Lord Noir s'écrasa au sol en position de chien de fusil, dévêtu et vulnérable, dans une confusion totale. Ses yeux balayaient frénétiquement la scène.
- Putain ! jura l'Auror Seal en dégainant sa baguette en direction du Seigneur des Ténèbres.
Et là, plusieurs évènements se produisirent en même temps.
La porte s'ouvrit avec fracas et la silhouette trapue de Fol'Oeil apparue dans l'encadrement. L'homme étouffa un chapelet de jurons en voyant Voldemort. Ses mains lâchèrent un livre énorme qui alla s'écraser au sol de tout son poids, puis elles allèrent chercher la baguette magique qui crépitait déjà d'anticipation au fond de la poche de son manteau. Hermione fit de même après s'être reculée contre le mur qui se trouvait dans son dos.
Tout en gardant Voldemort dans son champ de vision, Fol'Oeil s'avança et se décala sur le côté, ce qui lui permit d'apercevoir le corps inerte de Drago au bout de l'impasse et le pendentif qui se trouvait à côté d'Harry. Ne perdant pas le Nord, Fol'Oeil fit ce pourquoi il était venu.
- Qui ne tente rien n'a rien, dit-il en serrant les dents... Anima autem et corpus liberat...
Fol'Oeil pointa sa baguette sur Drago.
Dépassée par les évènements, Hermione se contenta de suivre le flux magique lumineux qui serpenta lentement dans le couloir. Ses yeux s'agrandirent de stupéfaction en voyant ce flux se transformer en filaments magiques qui allèrent relier Harry à la pierre et la pierre à Drago. La connexion s'arrêta aussi vite qu'elle était apparue et des mouvements improbables virent animer le corps du Mangemort. Un gémissement éraillé et masculin s'échappa de ses lèvres tandis qu'il reprenait conscience.
- Bordel de merde, ce bouquin à la con disait vrai, maugréa Fol'Oeil avec incrédulité.
- DRAGO ! ! hurla Hermione sans pouvoir contenir sa joie.
Laborieusement, Harry ouvrit les yeux en entendant le cri d'Hermione.
- Drago, murmura le Gryffondor dans un souffle d'espoir, sa tête se tournant lentement vers le Serpentard.
Voyant le Mangemort s'agiter dans la chaise de bois, les Détraqueurs réagirent vite et plongèrent à nouveau sur leur victime.
- MALEFOY ! s'écria l'Auror Seal en se précipitant vers l'autre bout du couloir.
Le Seigneur des Ténèbres se recroquevilla étrangement au passage de l'Auror, protégeant son visage de ses bras osseux. Bien décidé à sauver Harry, le professeur de potions braqua sa baguette sur le Lord Noir, prêt à l'exécuter au sol.
- Avada Kedav...
- NON ! éructa l'Elu d'une voix autoritaire.
Le professeur de potions lui adressa un regard effarouché, le visage dégoulinant de transpiration. Le souffle irrégulier et court, Harry observa Voldemort. Ce dernier découvrit lentement son visage et se risqua à tourner la tête vers le Gryffondor. Les deux sorciers se fixèrent longuement dans une atmosphère électrique.
- Harry..., implora Voldemort d'une voix inhabituelle et pathétique.
Sans le quitter des yeux, le Gryffondor présenta sa paume de main à Hermione qui finit par lui donner sa baguette, après un instant d'hésitation.
- Somno Alta..., murmura-t-il, le bras tendu vers Voldemort.
Le sort toucha Voldemort de plein fouet. Interloqués, Hermione et Severus Rogue restèrent quelques instants bouche bée, à regarder le Lord Noir plonger dans un profond sommeil. L'instant d'après, Hermione avait réalisé une chose qui faisait toute la différence : elle avait retrouvé l'envie de se battre. Voldemort étant neutralisé, elle se mit debout et alla aider l'Auror Seal à délivrer Drago.
Pendant que l'Auror retenait les Détraqueurs dans un angle de la pièce avec son Patronus en forme de panthère (l'animal enragé leur soufflait dessus, toutes griffes dehors, la queue fouettant l'air de gauche à droite), Hermione se précipita vers Drago et se dépêcha de défaire les liens de cuir qui le retenaient à la chaise. Le Mangemort lui adressa un regard angoissé et désorienté.
- Je ne suis pas mort ? prononça-t-il avec difficulté.
- La chance nous sourit enfin, Malefoy ! Tu vas voir, on va tous s'en sortir ! s'exclama Hermione avec euphorie, le visage illuminé d'un grand sourire.
De son côté, ignorant Fol'Oeil qui s'approchait lentement de Voldemort avec la méfiance d'un homme qui s'attend à une mauvaise blague, Severus Rogue fixait l'Elu d'un regard meurtrier, des bouffées de chaleur venant colorer ses joues d'une teinte rosée.
- Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez vous, Potter ? ! éclata le professeur de potions. Vous n'en avez pas assez de cette situation sans fin ? ! C'est le moment ou jamais de cesser cette folie !
Plongé dans ses réflexions, Harry ne remarquait pas qu'il se sentait progressivement mieux, que ses poumons retrouvaient leur force. L'homme resta silencieux, sentant que le moment était crucial. Il avait tellement réfléchi à ces questions : comment cesser cette folie ? Comment ramener Voldemort dans le droit chemin ? Harry se refusait de croire que la mort était la solution à encore plus de morts. Lorsqu'il avait parlé à cette foule de sorciers, il y avait cru du plus profond de son être. La haine, la rancoeur, cela ne servait à rien si ce n'était à se faire du mal et à se perdre toujours plus loin dans les ténèbres. Tuer Voldemort, c'était retomber encore dans ce raisonnement simpliste, qu'il existait le clan des méchants et des gentils, qu'il n'y avait qu'un seul coupable à désigner. Harry comprit qu'il ne devait pas raisonner en termes de responsabilité. La vie de Tom Jedusor avait été sombre, triste et injuste. Mais en rencontrant Dumbledore, il avait eu l'opportunité de revenir dans la Lumière. En ce sens, Tom Jedusor avait eu le choix. Il était responsable de ce désastre humain. Pour autant, serait-il forcément devenu Voldemort en grandissant dans une famille aimante ?
Alors Harry comprit. Voldemort était bel et bien perdu. Mais il pouvait encore penser à l'enfant, à Tom Jedusor. La solution avait toujours été dans les mots bienveillants du directeur de Poudlard. L'amour. L'amour que l'on peut donner à un enfant afin qu'il ait toutes les chances de prendre les bonnes décisions dans la vie. Et le pardon. Harry était prêt à pardonner Tom Jedusor et à lui donner une nouvelle chance. En effaçant tout et en recommençant tout...
Le coeur gonflé par l'espoir, Harry s'adressa calmement au professeur de potions.
- J'ai eu tord de penser que c'était fini. J'avais oublié la chance extraordinaire que j'avais de vous avoir à mes côtés. Je sais maintenant ce que je dois faire. Grâce à vous, Rogue. Nous ne donnerons pas la mort mais la vie... Je vais lui effacer la mémoire et ensuite, nous trouverons un moyen de transformer son apparence pour qu'il puisse ressembler à un enfant. Je l'élèverai comme mon fils si je vis assez longtemps pour cela. Voilà ce que je vais faire. En un sens je tuerai Voldemort. C'est ce que nous voulons tous.
- Bordel, le gamin est devenu sénile, marmonna Fol'Oeil derrière Severus Rogue.
- Vous pensez vraiment pouvoir l'élever dans votre état ? Et surtout en sachant qui il est réellement ? Je vous rappelle qu'il a tué vos parents...
- Voldemort a tué mes parents. Moi je veux donner une chance à Tom Jedusor, enfin pas exactement. Il a un peu de moi et de Drago maintenant. Regardez-le. Son visage a changé. Il semble plus humain. En l'aimant comme mon fils, je suis certain que tout sera différent.
- Et si ce n'était pas le cas, Potter, enchaîna Fol'Oeil, que ferez-vous ? Serez-vous prêt à tuer un enfant ou un homme que vous aurez aimé comme votre fils ?
- Maugrey a raison, approuva Rogue. Vous connaissant, vous seriez incapable de le tuer. Si déjà maintenant vous refusez, comment pourriez-vous le faire en étant attaché à lui ? Pire encore, je vous crois capable de le défendre si ce cas de figure se produit.
- Si je ne peux plus m'occuper de lui ou si je n'ai pas la force de réagir dans le cas où la situation s'envenimerait, je sais que vous serez là pour moi. Ma décision est prise. Je sais que c'est la bonne.
- De nous deux, je crois que c'est moi qui prend les meilleurs décisions, ronchonna le professeur de potions. Il me semble que je viens de vous sauver la vie. Vous avez l'air d'aller mieux, constata le Mangemort en s'agenouillant près d'Harry afin d'inspecter son visage avec minutie.
- Ma décision est prise, répéta Harry avec conviction, même si vous n'avez pas tord. Je me sens mieux, c'est vrai, termina-t-il en fronçant les sourcils, une main posée sur le bras de Severus Rogue. Merci...
Hermione, Seal et Drago approchèrent. Le Mangemort était pitoyablement voûté et soutenu de part et d'autre, ses bras posés sur leurs épaules. Ses yeux s'arrêtèrent sur Voldemort puis sur Harry. L'Elu tourna la tête vers Drago. Leurs regards s'entremêlèrent avec la même intensité. Le Gryffondor eut un soupir de soulagement.
- J'ai cru t'avoir perdu pour de bon, avoua le Gryffondor à voix basse.
Le Serpentard fronça les sourcils en détaillant l'apparence du vieillard qui était en train de se mettre debout avec l'aide de Severus Rogue.
- C'est vraiment toi, Harry ? articula lentement le Serpentard. Mais qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Qu'est-ce que vous avez fait ?
- Ne t'inquiète pas, Drago. On pourra discuter plus tard, dit Hermione d'une voix maternelle. Pour le moment, nous ferions mieux de quitter cet endroit sordide.
- C'est moi le héros du jour et tout le monde s'en fout. J'ai vraiment chié mon entrée, marmonna Fol'Oeil en rebroussant chemin vers la sortie.
L'Auror boiteux ramassa le gros livre qu'il avait laissé tomber par terre et donna un coup de poing dans la porte afin qu'elle s'ouvre en grand.
- Transplanons compagnons et ensuite je vous raconterai une histoire qui vous laissera sur le cul, poursuivit l'Auror avec satisfaction. Finalement, je ne suis pas encore prêt à raccrocher. Faut croire que je suis vraiment accro à la connerie humaine.
En d'autres circonstances, Rogue et Harry auraient réagi, à mi-chemin entre rictus amusé et ricanement. Mais la fatigue avait eu raison de leur humour. Etrangement, c'est Hermione qui se montra réceptive. La jeune femme échangea un sourire complice avec l'Auror avant de retrouver une expression grave en sortant du couloir. Derrière eux, l'Auror Seal retira sa robe blanche et couvrit entièrement le corps du Lord Noir afin que personne ne puisse le reconnaître une fois sorti du tribunal. L'Auror le fit léviter dans l'air juste devant lui. Quant à Harry et Drago, les deux hommes se soutenaient mutuellement et Rogue fermait la marche, comme si sa place avait toujours été celle du veilleur, du protecteur.
Une fois dehors, le groupe s'immobilisa.
- Je vais vous laisser, expliqua l'Auror Seal en inclinant sa tête vers l'avant. J'ignore ce que tout cela signifie vraiment, mais je vais prendre le risque de vous faire confiance et je vais vous laisser faire. De toute façon, je ne suis plus Auror à ce jour... Bon courage à vous tous. Nous en aurons besoin pour reconstruire ce monde...
- Merci, répondit Harry et Hermione de concert.
Malefoy échangea un regard appuyé avec l'Auror avant que celui-ci ne rebrousse chemin.
Agglutinés les uns aux autres, le petit groupe transplana, unis par un but commun : détruire Voldemort pour de bon.
De retour dans le château de Poudlard, Drago et Harry vacillèrent sur leurs jambes tremblantes de fatigue, leurs souffles courts et leurs têtes assaillies de vertiges. Les deux hommes se faisaient face tandis que chacun s'éloignait du couple pour leur laisser un peu d'intimité.
Leurs fronts se touchèrent. Leurs yeux se fermèrent tandis que leurs mains se posèrent respectivement sur les joues de l'autre.
- Ce n'est pas possible. Ce n'est pas réel, murmura Drago en secouant légèrement la tête.
- Par Merlin, vous voilà de retour ! s'écria Isabel de la salle de classe.
La jeune femme ouvrit la porte à la volée, le visage marqué à la fois par le soulagement et une inquiétude dévorante.
- Par Merlin, vous êtes tous là ! explosa-t-elle de joie. Je n'arrive pas à le croire ! Drago ! Quel bonheur de vous voir tous... Oh Harry..., termina Isabel d'une toute petite voix.
- Qui est-ce ? demanda Harry à Hermione en fronçant des sourcils.
- C'est Isabel, l'infirmière du professeur Rogue.
- Vraiment... ? dit le Gryffondor, incapable de ne pas adresser un sourire à la fois complice et moqueur au professeur qui lui jeta un regard menaçant.
- Ne vous inquiétez pas, enchaîna Rogue à l'adresse de l'infirmière. Cet imbécile est maintenant hors de danger. Que feriez-vous sans moi, Potter ?
Pendant ce temps, comme hors de la scène, Drago regardait tout autour de lui, les yeux vifs, l'expression sauvage. Son estomac se tordit douloureusement lorsqu'il se rappela des menaces de Fletcher. La panique se déversa alors dans sa conscience tel un torrent d'eau destructeur.
- Mais qu'est-ce qu'on fait à Poudlard ? ! s'agita Drago lorsqu'il réalisa pleinement qu'ils n'étaient pas de retour chez eux.
Tous les yeux se tournèrent vers lui.
Drago agrippa les épaules du Gryffondor et s'adressa à lui avec précipitation.
- Jade. Elle n'est plus en sécurité chez Miss Bellamy. Nous devons aller la chercher. Maintenant. Tu comprends ce que je te dis ? !
- Comment ça, elle n'est plus en sécurité ? demanda Harry avec grande inquiétude.
- Ne discute pas. Aide-moi ! Aidez-moi ! Réagissez ! paniqua Drago.
- Très bien, je vais vous aider à transplaner, dit calmement le professeur de potions en s'avançant vers Drago. Potter, vous restez là et vous vous reposez. C'est clair ?
Harry ne contesta pas la décision du professeur de potions. Il se contenta de hocher gravement la tête. L'instant d'après Drago et Rogue avaient disparu.
Les deux sorciers atterrirent dans la clairière où Mangemorts et Aurors s'étaient battus pour la dernière fois. Où Harry avait sombré dans le coma. Où Drago avait été arrêté.
Drago se figea aussi raide qu'un bout de bois en voyant les traces d'affrontements au sol, en repérant l'immense cratère qu'avait créé Harry contre sa volonté. Tout était si présent dans sa tête, chaque détail aussi étincelant qu'un soleil. Comme si Drago n'avait jamais quitté cet endroit.
L'homme tituba quelques secondes avant de se précipiter dans la bonne direction, les yeux agrandis par un sentiment de panique. Chaque ombre semblait fondre sur lui. Chaque bruissement de feuille le faisait tourner la tête. Drago était devenu un animal traqué.
- Tout va bien, Drago. Nous sommes seuls, affirma le professeur de potions, dans l'espoir vain de rassurer le Serpentard.
Mais rien n'y fit. Drago se mit à courir à s'en arracher les tendons et à s'en brûler les poumons. La petite maison en pierre apparut au loin, perdue au milieu de nulle part. Une voiture rouge était garée devant, à côté de la vieille voiture noire de l'octogénaire. Drago se rappela que Miss Bellamy avait une fille.
Hors d'haleine, les deux sorciers atteignirent la clôture et passèrent le petit portillon rouillé. Drago se laissa tomber à genoux après avoir toqué frénétiquement à la porte. Rogue se tint debout à ses côtés, une main appuyée sur son ventre.
La porte s'ouvrit légèrement. Une belle femme âgée d'une trentaine d'année passa la tête. Ses yeux détaillèrent les deux hommes avec méfiance.
- Oui ?
- Pardonnez-moi. Je suis Drago, un ami de...
- Oh alors c'est vous ! Cela ne va pas bien de déposer un bébé comme ça ? ! Ma grand-mère est bien trop âgée pour s'occuper d'un bébé. Si ça ne tenait qu'à moi, je vous aurais dénoncé aux services sociaux !
- Cela suffit. Laisse-le entrer, Sally.
La jeune femme ouvrit complètement la porte et s'écarta, non sans marmonner, laissant passer les deux sorciers. Drago se rua dans le salon et s'immobilisa brusquement lorsqu'il découvrit Jade, installée sur un tapis de toutes les couleurs, en train mâchouiller un anneau bleu en plastic. La petite fille avait grandi. Miss Bellamy la surveillait de son fauteuil, emmitouflée dans une couverture en laine bien chaude.
La vieille dame tourna la tête vers le Serpentard.
- Drago, j'étais très inquiète. Qu'est-ce qui vous est arrivé ?
- Pardonnez-moi. Je ne voulais pas vous causer d'ennuis. Je ne pensais pas que cela se passerait comme ça...
- J'espère simplement qu'Harry et toi avez réussi à régler vos problèmes.
- Je ne pourrai jamais vous remercier assez pour ce que vous avez fait. Vraiment, merci. Merci, Miss Bellamy, répondit nerveusement Drago en jetant des coups d'oeil à travers les différentes fenêtres du salon.
- Jade est une petite fille adorable.
- Je suis désolé mais je vais devoir la reprendre maintenant. Pardonnez-moi de ne pouvoir m'expliquer...
- Non mais franchement, vous vous moquez du monde, pesta Sally en contournant Drago pour se poster entre lui et Jade, les mains sur les hanches. J'espère pour vous que c'est la première et la dernière fois que vous faites cela parce que je n'hésiterai pas à contacter les services sociaux si cette situation se reproduit. Jade a mal vécu votre départ. Vous ne pouvez pas l'abandonner comme ça sous prétexte de que vous avez des problèmes à régler.
- Sally, je t'en prie. Je les connais suffisamment pour savoir qu'il a dû se passer quelque chose de grave. Harry et Drago n'ont d'yeux que pour leur fille. Ils me l'ont confiée parce que c'était sans doute la meilleure solution pour Jade.
N'en pouvant plus, Drago força le passage et attrapa Jade sans cérémonie qui se mit à crier de surprise.
- Non mais arrêtez ! s'écria Sally totalement hors d'elle. Vous lui faites peur ! Et vous lui faites mal !
- Pardon mais on s'en va ! dit le Mangemort en s'enfuyant vers la sortie, la petite Jade hurlant dans ses bras.
Severus Rogue s'excusa et se lança à la poursuite du Serpentard.
- Drago, vous devez vous calmer !
Mais le Mangemort n'écoutait plus. Tout ce qui l'importait était de mettre Jade à l'abri. Le jeune homme n'avait qu'une idée en tête : rentrer à la maison. Ce qu'il fit, au terme d'une interminable course.
Exténué, Drago poussa la porte d'entrée qui n'était pas verrouillée et se laissa tomber dans un coin sombre du salon, les yeux figés par l'effroi. Jade hurlait toujours de mécontentement dans ses bras, mais le jeune homme ne semblait même pas s'en rendre compte.
Le professeur de potions clopina en montant les quelques marches qui le séparaient de la porte d'entrée. Il fit la moue lorsqu'il réalisa que son genou était à nouveau en sang.
- Bon, maintenant vous restez là, ordonna Severus Rogue, à bout de souffle. Je vais sécuriser le terrain en plaçant plusieurs sortilèges de brouillage sur votre maison. Après ça, je ramènerai tout le monde pour qu'on puisse discuter calmement.
Drago ferma les yeux. Ses bras maintenaient toujours fermement la petite fille en place. Le professeur de potion le détailla avec inquiétude avant de faire marche-arrière. Totalement abruti par la fatigue et les cris de Jade, Drago resserra son étreinte autour d'elle comme pour se raccrocher à quelque chose. La respiration de la petite fille se bloqua soudainement, dans un silence macabre.
Drago sursauta et relâcha aussitôt son étreinte, le visage décomposé par ce qu'il venait de faire. Le souvenir du nourrisson que Pansy avait étouffé contre son torse fit brusquement irruption dans sa conscience et Drago hoqueta d'horreur. Il posa rapidement Jade à côté de lui et la laissa hurler de plus belle, les joues barbouillées de larmes.
Incapable de rassurer sa fille ou de se rassurer lui-même, Drago se recroquevilla contre le mur et ferma les yeux. L'homme était en train de perdre toute lucidité.
Un frôlement d'ailes suivi d'un couinement familier se fit entendre quelques minutes plus tard. Baltus se posa sur son épaule, ses petits yeux brillants braqués attentivement sur son maître. Balthazar se posa quant à lui tout près de Jade. La petite fille arrêta de sangloter et observa l'animal avec grand intérêt. Une main timide fut tendue dans sa direction.
De son côté, Baltus couina plaintivement lorsqu'elle comprit que Drago n'avait pas l'intention de bouger. La chauve-souris renifla sa robe avant de disparaître sous le tissu pour se blottir contre la peau de son maître. Les lèvres du Serpentard tremblèrent. Ses paupières se crispèrent. Drago n'arrivait plus à se raccrocher à une idée saine.
Focalisé sur leur discussion, le groupe de sorciers ne se rendit pas réellement compte de la détresse du Serpentard lorsqu'ils s'installèrent dans le salon. L'homme semblait se reposer dans son coin et personne ne vint le déranger, mise à part Harry.
Jade s'amusait à déplier les ailes de Balthazar qui se laissait faire. La petite fille se risqua à articuler quelques mots incompréhensibles, visiblement amusée par l'apparence comique de l'animal. Harry s'approcha d'elle et de Drago, glissa une main réconfortante sur le visage du Mangemort qui tourna les yeux vers lui, l'expression indéchiffrable, puis il prit Jade dans ses bras et lui écrasa un bisou sur la joue. La petite fille gloussa et rendit le bisou au Gryffondor sur son nez, la bouche grande ouverte et baveuse. Harry éclata de rire et s'assit avec le groupe de sorcier, à côté d'Hermione qui ne pouvait s'empêcher de sourire en découvrant la petite Jade et en voyant Harry aussi joyeux. Ce moment était à graver précieusement dans sa mémoire.
Pendant ce temps, Fol'Oeil poursuivait son monologue avec animation.
- ...donc je suis retourné à la source, expliqua-t-il. J'ai trouvé ce bouquin dans une ville paumée d'Islande, enfin c'est plutôt toute l'Islande qui est paumée. Je me demande bien ce qu'ils fichent toute la journée, à part pêcher et compter les îles. Enfin, passons, compléta-t-il les yeux pétillants de malice en voyant la patience de chacun fondre comme neige au soleil. Ce livre est le tout premier recueil mentionnant la découverte de cette pierre. Apparemment, elle aurait été créée suite à l'éruption de deux volcans voisins, il y a six cent ans de ça. Les laves se seraient magiquement mélangées quand elles ont coulé dans un périmètre fortement chargé en énergies magiques. C'est un couple de vieux sorciers originaires de cette ville qui auraient trouvé cette pierre et qui l'auraient baptisée la « Pierre des Coeurs » lorsqu'ils ont découvert ses propriétés magiques. La pierre peut fusionner magiquement avec des morceaux d'âmes et de corps. Lorsque ces morceaux sont compatibles ensemble, dans le cas notamment d'un amour véritable, la fusion est stable dans la durée, à condition que la pierre reste physiquement en contact ou très proche d'une des personnes du couple par exemple. Ce couple de vieux justement s'est amusé à expérimenter et ils se sont rendu compte qu'ils pouvaient ressentir des sensations venant de l'autre, grâce à ce caillou. Ils ont également découvert autre chose : la pierre protège l'être aimé grâce à cette fusion. On peut mourir de mort naturelle comme ça a été le cas pour la mamie du couple, mais lorsqu'on est attaqué par un ennemi par exemple, la pierre protège le corps comme l'âme de la personne en le plongeant dans un état proche du coma ou disons plutôt proche de la mort. Autrement dit, on est immortel, figé dans cet état tant que l'enchantement de protection n'est pas retiré. Techniquement, on peut dire que la pierre transfère pleinement le lien entre les deux personnes sur celle qui est en danger de mort. Le lien agit alors comme un bouclier de protection qui devient indépendant de la pierre, ce qui explique pourquoi Drago n'est pas mort lorsque notre Elu national a été dépouillé de son collier.
- Un coma ? ! s'exclama Hermione en agrippant le genou d'Harry. Oh bon sang, Ron... Cela signifie qu'il est encore en vie ? !
Les deux Gryffondor échangèrent un regard interloqué.
- J'allais y venir, Miss Granger. Votre ami Weasley n'est pas mort parce qu'il était sous l'influence de la pierre lorsqu'il y a eu cette explosion (Hermione étouffa un cri de joie et se mit debout). Il est simplement figé dans un état particulier que seule la formule magique que j'ai récitée pour Malefoy permet de modifier. Ces imbéciles de Médicomages n'ont manifestement rien compris. Comme quoi les diplômes...
- Il n'y a pas une minute à perdre ! glapit la jeune femme. Allons le réveiller ! Oh, c'est juste impossible. Je dois être en train de rêver... Fol'Oeil, vous êtes un géni ! ! Jamais plus je ne vous critiquerai ! Vous êtes incroyable ! Merci, merci merci ! !
Sans demander l'avis de l'Auror, Hermione l'étreignit avec une joie immense. L'Auror se raidit visiblement, le visage marqué par la consternation, tandis que le Gryffondor riait de bon coeur. Harry confia Jade à Isabel et enlaça Hermione à son tour.
- Allons-y, lui dit-il en souriant.
- Eh, Harry ! Tu es en train de rajeunir ! Regardez tous ! Il rajeunit ! Tu rajeunis, Harry ! ! s'écria Hermione en présentant la tête du Gryffondor à l'assemblée en la tenant de ses deux mains.
Harry gloussa silencieusement et se dégagea doucement de ses doigts.
- On a réussi, Hermione. On a changé notre destin...
- Allons réveiller Ron !
- Je vais vous emmener à l'hôpital, proposa Fol'Oeil. Mais un jour, faudra quand même que vous appreniez à transplaner vous-mêmes, les mioches. Ah oui. Et n'oubliez pas de prendre le collier. On a besoin de sa présence pour défaire l'enchantement. Quel bordel, je vous jure...
Les trois sorciers transplanèrent donc. Par mesure de précaution, ils ne prévinrent pas la famille Weasley de leur intention au cas où ils se seraient trompés. Harry leur demanda de quitter la chambre de Ron afin de pouvoir se recueillir un moment tout seul auprès de son ami.
- Cette fois-ci, ça y est, dit-il à voix basse en fermant la porte.
Fol'Oeil était posté devant la chambre afin de s'assurer que personne ne vienne interrompre le désenchantement. Harry rejoignit Hermione qui avait pris la main de Ron dans la sienne. Harry, qui n'avait pas encore eu l'occasion de voir Ron, ressentit à nouveau une vague de tristesse mêlée de culpabilité. Hermione avait enduré la mort de son petit-ami et avait été confrontée à la perte imminente de son meilleur ami. Le Gryffondor se pencha lentement vers elle et lui déposa un léger baiser sur sa joue. Hermione échangea un regard complice avec lui avant de sortir sa baguette magique de sa poche. Le Gryffondor sortit le collier de la sienne, observant un instant la pierre étrange qui avait retrouvé son aspect hétérogène : une pierre noire et quelques filaments blancs.
- La pierre a retrouvé son aspect d'origine, remarqua Harry. Elle était devenue parfaitement grise lorsque Drago s'est fait attaquer par les Détraqueurs.
Hermione scruta attentivement la pierre et secoua la tête.
- Elle avait davantage de filaments blancs avant que Ron ne perde connaissance. J'aurais dû m'en rendre compte avant. Cela nous aurait évité bien des souffrances... Prêt ?
- Vas-y, Hermione.
- Anima autem et corpus liberat...
Le déroulement des évènements fut le même que pour Drago. Fascinés, les deux amis virent les faisceaux lumineux relier Hermione à la pierre, puis la pierre à Ron. L'instant d'après, tout était fini, mais Ron ne se réveillait pas. Le visage des deux Gryffondor se décomposait lentement.
- Allez Ron, murmura Harry pour encourager son meilleur ami. Tu peux le faire.
Sans rien dire, Hermione détacha le collier qu'elle avait autour du cou. Elle échangea les pendentifs et attacha la pierre à son cou.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je vais lui donner un coup de pouce... Et je vais continuer à le protéger, toute la vie. C'est le plus beau cadeau qu'il ne m'ait jamais fait et jamais plus je ne retirerai ce collier. Nous deux, c'est pour toujours.
Harry s'éloigna du couple afin que la pierre n'aspire que des morceaux d'âme et de corps d'Hermione. La Gryffondor attendit quelques secondes avant de refermer la pierre, emprisonnant leur lien pour toujours. Harry se plaça de l'autre côté du lit. Sa main se posa spontanément sur l'avant-bras de son ami.
- Allez Ron, murmura Hermione en fermant les yeux. Respire avec moi... Respire... Respire... Respire... Allez, serre ma main maintenant. Et ouvre les yeux...
- Vas-y, Ron. On est là, avec toi, l'encouragea Harry d'une voix douce.
Et Ron ouvrit les yeux.
Hermione expira bruyamment et laissa le haut de son corps s'affaisser sur le lit. Des larmes de soulagement roulèrent sur ses joues devant la tournure inespérée des dernières heures. Très ému, Harry posa une main compatissante sur son dos et resserra sa prise autour de l'avant-bras de son ami.
Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient pas retrouvés tous les trois. L'instant était à la fois un début et une fin. Une boucle semblait s'être bouclée à l'instant. Telle l'oeuvre d'un retourneur de temps. Une rétropulsion au point zéro tel un big bang miniature. Le point de chute un jour J. Harry ressentit une pointe de nostalgie en repensant à ce qu'avaient représenté leurs amitiés pendant toutes ces années. Leurs liens avaient toujours été si forts. Harry espéra de tout son être que ces derniers mois ne laisseraient aucune trace sur leurs relations.
Hermione prit le temps de rassurer Ron et de tout lui expliquer. Abasourdi, le rouquin se contenta de relever les sourcils par moment et de ponctuer les phrases de la jeune femme de « oh... » qui en disait long. Ron finit par tourner la tête vers Harry. Ce dernier déglutit, craignant d'éventuels reproches du rouquin.
- Il aura fallu que je frôle la mort pour que tu reviennes vers nous ? Attends que je me remette pour t'en coller une... Et après, on sera quittes...
La chambre s'illumina finalement d'éclats de rire. Puis elle fut secouée de cris et de larmes lorsque la famille Weasley regagna la chambre. Le trio choisit de ne pas parler de la « Pierre des Coeurs » et se contenta de mettre en avant la force de caractère de Ron et son envie de vivre. Les Weasley furent peu convaincus par leurs discours mais ils ne cherchèrent pas à savoir.
Quelques heures plus tard, Hermione et Harry s'éclipsèrent à contre-coeur, non sans avoir récupéré Hedwige qui se morfondait seule à l'étage supérieur. Fol'Oeil les aidèrent à transplaner une fois de plus, insistant sur le fait que ce serait la dernière fois.
De retour dans le salon, Harry s'installa à côté de Drago qui avait migré sur le canapé. Isabel jouait au sol avec Jade à des jeux de constructions. Le regard du Serpentard traduisait son hébétude. Harry lui prit la main.
- Est-ce que ça va ?
Drago ne répondit rien. Il se contenta de froncer les sourcils, l'air totalement ailleurs. Harry n'insista pas, mais il enlaça leurs doigts ensemble.
- Bon, reprit Fol'Oeil en se grattant la tête, je vais vous raconter la fin de mon histoire. Figurez-vous que des petits malins s'étaient amusés à utiliser la pierre pour se « débarrasser » d'un ennemi ou de quelqu'un d'encombrant. Des histoires d'héritages et de gros sous, enfin vous voyez le genre. Sauf que le lien était instable puisque ces gens n'étaient pas faits pour partager leurs corps et leurs âmes, sans compter leurs énergies magiques. C'est aussi souvent arrivé lorsque des sorciers amoureux pensaient être destinés à l'autre alors qu'ils étaient totalement incompatibles (Fol'Oeil s'autorisa un ricanement moqueur). Bref, ces gens se sont rendus compte...
- ...qu'ils vieillissaient prématurément, termina Harry d'une voix grave.
- Exact. Cela a créé des situations plutôt marrantes à vrai dire. Mais bon, certains se sont acharnés pour ne pas perdre ces morceaux d'âmes et de corps en défaisant le lien et ils ont fini par mourir en pensant qu'ils avaient encore le temps de trouver une solution. Faut vraiment être crétin. Enfin. Vous pouvez imaginer qu'ils ont fait comme nous. Ils ont testé différentes formules et potions et devinez quoi ? Celle qui est en train de maturer dans la pièce d'à côté ne nous aurait servi à rien. Elle a déjà été testée dans le passé et elle ne fait que déstabiliser davantage le lien déjà fragile qui existe. En clair, Harry aurait rajeuni pour vieillir encore plus vite. C'est pour ça que l'utilisation de cette pierre a été interdite.
- Vous étiez en train de préparer une potion qui permet de rajeunir ? demanda Harry en levant les sourcils.
Le Gryffondor échangea un regard familier avec le professeur de potions.
- Pensez-vous à ce que je pense, Potter ?
- Oh que oui. Utilisons-là pour transformer l'apparence de Jedusor. C'est encore mieux que ce que j'avais prévu. Il pourra réellement rajeunir.
- Attendez, mais de quoi parlez-vous ? ! intervint Hermione, tout d'un coup livide.
- J'ai trouvé comment détruire Voldemort sans tuer Tom Jedusor, expliqua patiemment Harry. On va utiliser cette potion pour qu'il rajeunisse jusqu'à ce qu'il redevienne un bébé. Je vais l'élever et lui donner toutes les chances qu'il n'a pas eues pour devenir quelqu'un de bien.
- Vous êtes sûr de vous, Harry ? demanda Isabel. Cette décision n'est pas à prendre à la légère...
- Croyez-moi, j'en mesure l'importance.
- Tu as perdu la tête, gronda la voix tourmentée du Serpentard qui regardait par terre, les sourcils froncés. Dumbledore a vraiment réussi à te laver le cerveau avec ses belles théories.
- Drago...
- Jedusor a eu sa chance. Pourquoi te sens-tu investi d'une mission aussi lourde que celle de changer le destin d'un homme ? Ne vois-tu pas qu'il est trop tard ? Tôt ou tard, le destin te rattrapera. Tu fais erreur si tu crois que tout est fini...
- Drago, je te demande de me faire confiance. Je sais que c'est la meilleure solution pour nous tous.
- Je ne me battrai pas contre toi. Je n'en ai plus la force. Mais si tu décides de m'imposer une telle décision, sache que je n'hésiterai pas à tuer cet enfant s'il se montre menaçant envers Jade. Tu es prévenu..., termina le Serpentard en quittant la pièce.
L'ambiance était devenue glaciale, mais les yeux verts d'Harry flamboyaient de détermination.
- Tu devrais peut-être aller lui parler, suggéra Hermione à voix basse, mais son ami rejeta l'idée en secouant vigoureusement la tête.
- Ma décision est prise. Drago devra s'en accommoder. On aura toute la vie pour s'y faire.
- La potion doit maturer encore quelques jours mais on peut aussi l'utiliser maintenant. Elle est déjà efficace mais il faudra que Jedusor boive la potion en plus grande quantité, expliqua Hermione.
- Par injection, ce sera plus facile, proposa Isabel.
- Alors, allons-y, décida le Gryffondor. Finissons-en...
De son côté, Drago déambulait dans le jardin, les bras ballants, le regard terne. Ses pas le menèrent à la tombe de Pansy. Le Serpentard soupira longuement et ferma les yeux. La jeune femme lui manquait. Cette sensation de manque ne le quittait jamais. Elle était toujours là, tapie dans les méandres de ses entrailles, baignant dans l'acide de son estomac, tirant les ficelles de son coeur, salant les quelques larmes qu'il avait pu libérer depuis son décès. A vrai dire, il n'avait pas vraiment eu le temps de la pleurer.
La vie semblait toujours reprendre son cours, qu'on le veuille ou non.
Drago avait l'impression d'avoir subi tant de décisions qui ne lui appartenaient pas.
Mais il avait cru trouver la liberté aux côtés de Pansy, puis d'Harry.
Et à présent, c'était au tour d'Harry de lui imposer sa décision.
Une décision qu'il avait en horreur.
Mais une décision qu'il n'avait pas la force de combattre.
Un cri de bébé déchira l'atmosphère.
Drago tomba lentement à genoux.
A cet instant, Drago était tiraillé entre deux pensées : protéger Jade et rejoindre Pansy qui semblait alors plus proche de lui qu'Harry ne l'était.
Au bout de longues minutes, Drago se mit péniblement debout et se résigna à faire demi-tour.
Laissant le destin se charger du déroulement de son histoire.
Une histoire aux multiples épreuves.
Une histoire où l'espoir fugace s'évapore tel le plus mélancolique des parfums...
Bonsoir à tous,
Je suis ravie de vous offrir ce dernier chapitre sur un plateau. Il devrait rester UN épilogue et je vous ferai mes adieux. Nan, je déconne ! Je continuerai d'écrire d'autres fanfictions.
Alors ? Etes-vous surprises des retournements de situation ? Ou vous vous y attendiez quand même ?
J'ai voulu essayer de faire ce que Rowling m'a fait, à savoir finir par me convaincre qu'Harry allait mourir alors que j'avais quand même lu accidentellement sur un forum qu'il allait vivre.
Je n'ai pas arrêté de vous dire que cette fin serait grise. Il n'a jamais été question de deathfic pour Harry et Drago. Voilà, voilà ! Toujours faire confiance à l'auteur ! XD
En tout cas, ça aura été un immense plaisir que de partager ces moments avec vous tous !
Musiques d'inspiration : la B.O du film "The imitation game", "Prepared to do anything" de la B.O de la série Sherlock, "Raise me up" de Corson et "Doomsday Theme" de la série Doctor Who. Vraiment, un plaisir des oreilles tout ça ! :p
Je vous embrasse et vous dis à bientôt...
DarkPotter
