Au bout de longues minutes, Drago se mit péniblement debout et se résigna à faire demi-tour.
Laissant le destin se charger du déroulement de son histoire.
Une histoire aux multiples épreuves.
Une histoire où l'espoir fugace s'évapore tel le plus mélancolique des parfums...
5 ans plus tard...
- Jade, cesse cette comédie ou tu seras en retard ! s'énerva Harry d'une voix qui était montée d'une octave.
- Mais je veux la bleue ! couina la petite fille en sautillant sur place.
- Cette robe n'est pas repassée. Je ne te laisserai pas aller en classe avec des vêtements froissés.
- Je veux la bleue !
- C'est non, Jade. Tu mets cette jolie robe verte et ensuite Isabel vous accompagnera à l'école. Dépêche-toi, maintenant. Tu es grande. Je ne devrais plus avoir à me disputer avec toi pour que tu m'écoutes.
- Mais papa..., gémit la petite fille en faisant une moue adorable.
- Allez mon coeur. Je vais m'occuper de ton frère maintenant.
Harry soupira en fermant la porte derrière lui. Jade était une fille pleine de vie, une copie conforme de sa mère. Elle lui donnait du fil à retordre et Harry avait du mal à ne pas céder à ses caprices. L'idée de priver ou de limiter ses enfants lui était toujours aussi difficile à supporter, mais le jeune homme avait appris à s'appuyer sur l'aide de ses amis : Severus Rogue, Isabel, Hermione et Ron. Sans eux, le Gryffondor n'aurait pu s'en sortir seul...
- 12 minutes de moins. J'avoue que vous progressez, Potter. Un jour, peut-être, votre fille arrivera à l'heure à l'école, se moqua le professeur de potions d'une voix nonchalante.
Harry se retourna pour faire face au Mangemort, un sourire en coin déformant ses lèvres. Les yeux du professeur de potions pétillaient de malice.
- Très drôle, Rogue. Je vous ferais remarquer qu'elle ne vous écoute pas davantage.
- Cette petite fille n'y est pour rien. Vous l'avez très mal éduquée. C'est tout.
- Je fais ce que je peux. Bon, cessez de me faire perdre du temps. Après vous allez dire que c'est de ma faute.
- Vous lisez dans mes pensées, Potter.
- Pas la peine. Vous radotez comme un petit vieux...
- Je vous emmerde, Potter.
- Moi, d'abord..., répondit paresseusement le Gryffondor en entrant dans la chambre de son fils.
Le Gryffondor s'immobilisa net l'instant d'après. Avec des yeux brillants de surprise et de fierté, Harry observa son fils batailler avec le dernier bouton de son petit manteau. C'était la première fois qu'il s'habillait seul. L'enfant était déjà très autonome.
- Tu veux de l'aide, mon grand ? demanda Harry en s'approchant du garçon.
- Non merci, papa, articula calmement l'enfant avec application.
- Allez, Danny. Prends ton cartable et va voir si ta soeur est prête. Aujourd'hui, c'est Isabel qui va vous amener à l'école.
- D'accord, papa.
A peine Harry était-il sorti de la chambre du garçon qu'une tornade blonde et verte se mit à virevolter tout autour de lui en piaillant joyeusement. Les petites mains de Jade s'accrochaient maladroitement à son pantalon, pinçant sa peau par endroits. Les mâchoires du Gryffondor se serrèrent de douleur mais son visage rayonnait d'amusement et de joie.
- Suis prête, papaaaaaaa ! ! ! Regarde, je suis belle ! ! !
- Tu es si jolie, mon coeur. Si jolie, affirma le Gryffondor en écrasant un bisou sur son oreille, après s'être agenouillé. Allez, passe une bonne journée, ma chérie.
- Tu vas voir Papa Dragon ? demanda la petite fille en ouvrant de grands yeux gris curieux.
- Oui, mon coeur. Je vais passer la journée avec Papa Dragon.
- Moi aussi je voir Papa Dragon ! s'écria la petite fille en sautillant d'excitation.
- Pas aujourd'hui. Tu sais, c'est important que tu ailles en classe, expliqua patiemment Harry. Allez ma chérie. En route pour l'école.
La petite Jade bouda un court moment, le temps pour Isabel d'aider son frère à s'installer dans la voiture. En s'éloignant de la maison, sa petite main s'agitait déjà pour dire au revoir à son père, son visage rond illuminé d'un grand sourire.
Le professeur de potions rejoignit le Gryffondor sur les marches de l'entrée, les mains profondément enfoncées dans les poches de son manteau noir moldu. Harry continuait de secouer la main de manière théâtrale afin que la petite Jade puisse bien le voir.
- A quelle l'heure devez-vous y être ? demanda le professeur de potions en regardant sa montre.
- A 9 h. Je ne l'ai pas encore annoncé aux enfants mais Drago sera certainement de retour la semaine prochaine.
- Alors, c'est y est ? Ils l'estiment vraiment prêt à rentrer ? questionna Rogue en fronçant les sourcils de gravité.
- C'est ce qu'on va voir... Merci de me faire transplaner en tout cas. Un jour, peut-être, je passerai mon permis de transplanage et je cesserai de vous embêter.
- On peut toujours rêver...
8 h 50
Dans un hôpital psychiatrique moldu, non loin de Londres...
En passant les portes vitrées de l'établissement moderne et lumineux, Harry ne put s'empêcher de repenser à cette fameuse nuit où tout avait basculé, 4 ans et 10 mois plus tôt...
4 ans et 10 mois plus tôt, en pleine nuit
Maison des Potter Malefoy...
Harry ouvrit de grands yeux. Etendu seul dans le lit, le Gryffondor soupira d'épuisement en entendant des pas précipités dans le salon.
...
Cela faisait un mois maintenant que Drago ne dormait plus dans le lit mais qu'il passait ses nuits à tourner en rond comme un lion en cage dans toute la maison, à l'affût d'un ennemi invisible. A son grand regret, le Mangemort avait retrouvé leurs baguettes magiques piégées dans la terre (tout près du cratère qu'Harry avait créé contre sa volonté) et, depuis ce moment-là, il ne la quittait plus. Drago semblait attendre quelque chose qui ne venait pas mais dont il était intiment convaincu.
Harry en avait conscience : Drago perdait complètement la raison.
Les premières nuits qui suivirent la naissance de Danny furent mouvementées. Harry se levait très régulièrement pour s'occuper de l'enfant tandis que Drago restait allongé dans le lit, la plupart du temps les yeux grands ouverts. Harry avait essayé de lui parler ou de le prendre dans ses bras à plusieurs reprises mais le Serpentard se refusait à toutes discussions et repoussait silencieusement ses étreintes.
Quelque chose de précieux s'était brisée entre eux.
Harry s'était montré patient, inquiet, agacé. Cela ne changeait rien. Drago luttait contre ses propres démons à des milliers de kilomètres de la maison, emprisonné dans un espace-temps dont il était seul à connaître les lois.
Les rares fois où Drago arrivait à s'endormir, il s'était réveillé quelques heures plus tard en hurlant comme si une force essayait d'arracher son âme hors de son corps. Tremblant et livide, il quittait alors la chambre, ignorant les mains du Gryffondor qui essayaient de le retenir et de le rassurer.
Drago avait fini par ne plus venir dormir. Tel un homme en transe, il passait d'une fenêtre à l'autre, scrutant la pénombre avec agitation. Ce n'est qu'aux premières lueurs du jour qu'il finissait par s'écrouler de fatigue dans un angle du salon, tel un prisonnier enchaîné au mur, sa baguette magique plaquée contre sa poitrine.
Le jour, Drago restait silencieux et les rares fois où il prenait Jade dans ses bras, la petite fille se mettait à pleurer, sentant le mal-être de son père. Ses rares étreintes étaient rigides, son corps trop maigre pour être accueillant, son regard trop absent pour être rassurant. Drago s'était résigné à ne plus toucher la petite fille.
Impuissant, Harry constatait sa déchéance chaque jour un peu plus, espérant malgré tout que le temps finirait par panser ses plaies. Les quelques fois où il avait tenté d'engager une conversation à propos de son état, le Serpentard lui avait adressé un regard menaçant, lourd de reproches. Sentant Drago sur le point d'imploser à chaque tentative de discussion, Harry avait fini par ne plus lui adresser la parole, jusqu'à cette fameuse nuit.
...
Excédé par son entêtement, Harry repoussa violemment les couvertures vers le fond du lit et bondit sur ses pieds. Il entrouvrit la porte et se faufila discrètement dans le couloir en direction du salon. En entrant dans la pièce, il ferma la porte derrière lui, pressentant que la discussion risquait d'être houleuse et que les enfants risquaient de se réveiller.
Le visage collé contre une vitre, la baguette magique écrasée dans son poing, Drago surveillait leur jardin qui était éclairé d'une lune pleine. Sa posture se raidit sensiblement lorsqu'il sentit la présence du Gryffondor dans son dos.
- Drago, ça ne peut plus continuer comme ça, débuta Harry sur un ton agressif. Quoi que tu ais pu vivre, le passé c'est le passé. Il va falloir que tu apprennes à lâcher les souvenirs et que tu reviennes à la vie, comme tu as su le faire après le décès de Pansy. Je sais que tu en es capable, termina-t-il plus calmement.
Les yeux flamboyants de rage, Drago fit face au Gryffondor et s'approcha de quelques pas. Harry serra les dents.
- Tu parles, mais tu ne sais rien, siffla le Mangemort à voix basse, ce qui le rendait encore plus effrayant. Potter, l'Elu, décide de tout pour tout le monde, pensant tout savoir de la vie et de la mort. Tu es un inconscient et un irresponsable.
Les narines du Gryffondor se gonflèrent de colère. Ses pieds avancèrent de quelques pas. Les yeux du Serpentard le fusillaient pourtant à distance, mais Harry ne pouvait plus reculer. Il avait déjà trop attendu pour réagir.
- Un irresponsable ? ! cracha le Gryffondor. Et toi ? ! Tu te crois responsable de tes enfants en te comportant comme un animal ? !
- Je n'ai qu'un enfant, répliqua froidement le Serpentard. Cette chose que tu as créée est une abomination et une menace pour nous tous. Mais tu ne m'as pas laissé le choix, n'est-ce pas ?
- Ne parle pas de Danny comme ça. Je te l'interdis.
- Tu as déjà oublié Voldemort ? murmura Drago, le visage déformé d'une grimace mélangeant dégoût et épuisement.
- Il n'existe plus. Mets-toi le dans la caboche, une fois pour toute. On est en sécurité à présent.
- Putain, tu n'as rien compris alors ! Vis dans l'illusion si tu veux mais je ne te suivrai plus dans ce mensonge. Je ne peux plus faire semblant. La vie de Jade en dépend.
- Mais qu'est-ce que tu racontes, Drago ? La guerre est finie. La vie est devant nous.
- TU NE COMPRENDS RIEN, POTTER ! RIEN !
- ALORS EXPLIQUE-MOI, BORDEL !
- J'ai vu ces gens ! Ils n'ont rien de censé dans le crâne ! Voldemort n'est qu'un parmi d'autres ! Et tu sais quoi ? ! Je suis l'un d'eux et toi aussi ! On détruit et on n'apprend rien ! C'est ce que nous faisons tous au final ! Si Voldemort n'est plus, il a réveillé le potentiel de tous ces autres qui n'attendent qu'un signe de vie de ma part pour me massacrer ou pour détruire ceux que j'aime ! Et tu sais quoi ? ! Si j'étais à leur place, je ferais pareil ! Tu ne comprends pas que ça n'arrêtera jamais ? ! J'ai gâché ma vie ! C'est trop tard ! Je suis fini ! La mort était la solution mais, comme d'habitude, tu n'en as fait qu'à ta tête ! Tu m'as enchaîné, Potter ! Toi et ta bande ! Il a fallu que vous interveniez ! Mais putain, Potter, je suis déjà mort ! Tu ne le vois pas ? ! Tu aurais dû me laisser partir ! Tu aurais dû !
Ebranlé par les paroles du Serpentard, Harry garda le silence un moment, le temps de retrouver de la contenance et du calme. Il prit une grande inspiration avant de lui répondre.
- Drago, je sais que la vie peut basculer à nouveau. Je le sais, mais pour le moment, tout va bien. Je veux profiter de la vie. Je veux que nos enfants soient heureux et qu'ils construisent leur avenir sereinement. Et je te veux à mes côtés, parce que j'ai besoin de toi et parce que je t'aime. Si on arrive à leur transmettre des valeurs et à leur montrer tout notre amour, on pourra se dire que cela en valait la peine. Je t'en prie, cesse de vouloir te défendre. Et laisse-moi te protéger et t'aimer... Fais-moi confiance...
- Je ne peux pas, Harry. Je ne peux pas ! Tu vis dans le déni ! Je ne veux pas de ça !
- Fais-moi confiance. On va s'en sortir. Et tu sauras aimer, Danny. Je le sais, termina Harry en avançant encore vers Drago.
- Tu me demandes d'oublier tout ce qu'on a vécu ! Je ne peux pas faire semblant que tout va bien !
- Mais tout va bien...
- Non... NON ! Ne nie pas ce qui s'est passé ! Ne nie pas ce que j'ai fait !
- On avait choisi d'oublier. Rappelle-toi ces moments. On était heureux ici. C'était réel. Tu ne peux pas nier qu'on était heureux. C'est encore possible.
- Potter ! J'ai tué des centaines de personnes ! hurla Drago, les yeux soudainement noyés de larmes. Je ne pourrai jamais les oublier ! Ils sont là ! Ils ont toujours été là, même quand je me refusais à les voir ! Et ils seront toujours là ! Putain, comment je pourrais vivre avec ça ? ! Comment toi tu peux vivre en sachant ça ? ! Mais putain, achève-moi, Potter ! Si tu m'aimes vraiment, achève-moi !
- Je t'en prie, Drago. Ne dis pas ça...
- Laisse-moi partir alors ! La vie de Jade en dépend !
- Tu n'as plus les idées claires, Drago, murmura le Gryffondor en secouant la tête, les yeux écarquillés d'inquiétude. Il faut que tu te calmes...
Le regard finalement dénué de colère, Harry tenta d'enlacer le Serpentard, mais ce dernier le repoussa de toutes ses forces. Harry s'écrasa lourdement au sol, ses poumons privés d'air lorsque son dos percuta le parquet en bois.
- Ne me dis pas de me calmer ! Ne me dis pas ce que je dois faire ! Putain, Potter ! Putain ! hurla le Mangemort en se griffant les cicatrices de ses joues avec rage.
- Arrête de te faire mal, je t'en prie, Drago. Arrête. Arrête !
Harry ne savait plus ce qu'il devait faire. Hors de contrôle, Drago hurlait en envoyant valser dans la pièce tout objet à sa portée. Il renversa la table et les chaises avec une aisance déconcertante étant donné sa maigreur. Ses poings éclatèrent le grand miroir du salon à plusieurs endroits avant que le Gryffondor ne se remette debout et qu'il le plaque au sol avec fermeté. Les pleurs de Jade se firent entendre au bout du couloir.
- Calme-toi, Drago ! s'écria Harry, le visage écarlate et tendu par l'effort.
- Lâche-moi ou je te jure que je te ferai du mal ! Lâche-moi ! vociféra le Serpentard en se débattant comme un diable sous le corps du Gryffondor.
Sans qu'Harry ne comprenne comment, les mains glacées du Serpentard encerclèrent soudainement sa gorge et se mirent à comprimer sa trachée avec fureur. Drago inversa violemment leur position sur le sol et hurla de désespoir à quelques centimètres du visage du Gryffondor qui était déformé par l'asphyxie et la panique, son regard gris noyé de souffrance braqué droit sur ses prunelles. Le cri du Serpentard n'avait plus rien d'humain. Drago était devenu une bête hybride, sourde et aveugle. Harry avait l'impression que Drago vomissait sa douleur sur lui à gorge déployée.
- Laisse-moi partir ! sanglota Drago en relâchant le cou du Gryffondor lorsque ses lèvres devinrent légèrement bleues par manque d'oxygène. C'est la seule solution...
La vision trouble, Harry plissa ses paupières devant ses yeux, se roula en boule et lâcha une quinte de toux. Lorsqu'il ouvrit les yeux l'instant d'après, Drago avait disparu. Un frisson glacial le transperça de part en part en réponse au mauvais pressentiment qui avait émergé dans sa conscience en une fraction de seconde.
Paniqué, Harry tenta d'appeler Drago mais sa gorge en feu empêcha le moindre son de se former. Ses cordes vocales étaient en état de choc. Le Gryffondor toussa violemment, ses bras et ses bras jambes peinant à se coordonner pour lui permettre de se redresser efficacement. Comme un faon qui serait venu au monde, Harry se mit debout sur des jambes tremblantes perfusées à l'adrénaline.
- Drago, dit-il d'une voix éraillée à peine audible. Putain Drago, reviens...
Le pas lourd et maladroit, Harry se dirigea vers le téléphone comme un alcoolique vers sa bouteille, une main massant frénétiquement son cou. Ses doigts composèrent le numéro d'Hermione à l'aveugle.
Un bruit sourd et sec vint secouer ses tympans.
Les pleurs de Jade redoublèrent.
- DRAGO !
Harry se précipita dans le couloir, l'oreille collé contre le téléphone, le bip tranquille et moqueur de l'appareil battant une mesure inappropriée étant donné l'état d'urgence de la situation. Harry me mit à ouvrir les portes du couloir, s'assurant au passage que Jade et Danny n'étaient pas en danger.
- Shhh, ça va aller, murmura Harry d'une voix tremblotante en voyant Jade dans la pénombre, debout dans son lit à barreaux, ses petites mains enroulées autour des cylindres de bois.
Puis, Harry tenta d'ouvrir la porte de la salle de bain, mais celle-ci résista dans un grincement torturé.
- DRAGO ! Ouvre-moi merde !
Harry prit de l'élan et écrasa son épaule dans la porte à plusieurs reprises. Quelques morceaux de bois se désolidarisèrent de l'encadrement de la porte dans un craquement bruyant. Cependant, le verrou ne cédait toujours pas.
- Putain, Drago ! Ne me fais pas ça !
Le Gryffondor reprit de l'élan et enfonça son pied dans le battant de bois. Malgré les tâches blanches qui commençaient à brouiller sa vue, Harry n'arrêta pas jusqu'à ce que le verrou saute et que la porte s'entrouvre laborieusement.
Avec horreur, Harry comprit que Drago était derrière la porte.
- NON DRAGO ! PITIE NON ! s'écria le Gryffondor en voyant Drago pendu à la porte par la ceinture de son peignoir qui était accrochée au solide porte-serviettes en fer.
- Allô ? Allô ? ! Harry ? ! se fit entendre la voix inquiète d'Hermione dans le téléphone.
Le Gryffondor réussit à ne pas lâcher l'appareil mais à le poser sur le rebord du lavabo avant de remettre debout le tabouret que Drago avait renversé sur le sol après être monté dessus pour attacher la ceinture et la passer autour de son cou.
Harry plaça le tabouret sous les pieds de Drago mais ce dernier n'était plus vraiment conscient. Des larmes de peur dévalèrent ses joues en voyant les yeux révulsés et rouges sang du Serpentard.
- Drago ! Pitié, ne me fais pas ça ! Hermione ! Aide-moi ! Drago s'est pendu ! Il est encore en vie, je crois ! termina-t-il dans un gémissement impuissant.
- Oh non... Non. Ok, Harry, J'appelle Isabel et j'arrive.
Harry monta rapidement sur le tabouret et tenta de desserrer la ceinture autour de son cou mais le tissu semblait faire corps avec sa peau. Lâchant un cri de rage, Harry descendit du tabouret d'un bond, ouvrit l'armoire à pharmacie et en sortit une longue paire de ciseaux. Il remonta sur le tabouret et coupa la ceinture sans grande difficulté. Drago s'écrasa sur lui de tout son poids et les deux hommes s'écroulèrent au sol. Harry réussit à protéger la tête du Serpentard en la lovant contre son torse dans leur chute.
- Drago ! Allez, réveille-toi ! Putain, mais qu'est-ce que j'ai fait ?! sanglota Harry incontrôlablement.
Ses mains s'attaquèrent au bout de ceinture qui était toujours serrée autour de son cou tel un boa constrictor. Cette fois-ci, le tissu n'opposa aucune résistance et Harry put le retirer facilement. Ses doigts virent ensuite se poser sur son cou à l'affût d'un pouls. Ses yeux surveillèrent son torse un instant, dans l'espoir de voir sa cage thoracique se soulever doucement et s'abaisser le moment d'après.
Si les premières secondes, Harry ne distinguait rien, il expira de soulagement en sentant son coeur battre faiblement sous ses doigts et en voyant le visage de Drago se crisper lorsqu'il inspira brusquement par saccades avant de tousser violemment comme s'il essayait de cracher ses poumons.
- Drago. Drago..., gémit Harry en prenant Drago dans ses bras. J'ai merdé. Je te demande pardon. J'aurais dû réagir bien plus tôt. On a besoin d'aide. On a vraiment besoin d'aide...
Drago ne répondit rien. Il resta simplement blotti dans ses bras, les yeux mi-clos, le corps flasque et amorphe.
Pleurant silencieusement, Harry se contenta de le bercer doucement, en attendant qu'Hermione et Isabel fassent leur apparition. Mais elles ne vinrent pas seules. Un homme inconnu apparut dans l'encadrement de la porte. Son visage avait quelque chose de familier...
9 h
Hôpital psychiatrique moldu, bureau du Dr. John Granger
- Entrez, je vous prie.
Drago et Harry s'assirent en face du psychiatre qui les suivait depuis l'arrivée de Drago à l'hôpital, 4 ans et 10 mois plus tôt. L'homme se trouvait également être l'oncle paternel d'Hermione. Harry pouvait reconnaître les yeux noisette de la famille Granger. Le psychiatre échangea un sourire avec le Gryffondor avant de reporter son regard sur Drago. Le Serpentard semblait calme. Pour autant, ses mains agrippaient fermement un livre de plusieurs centaines de pages. L'ouvrage à la couverture noire avait attiré l'attention d'Harry. A vrai dire, ce n'était pas la première fois. Drago se déplaçait rarement sans l'ouvrage. Harry aurait pu le questionner à propos du livre des mois auparavant. Mais cela faisait longtemps que le Gryffondor ne posait plus de question à Drago. La plupart du temps, ils partageaient un moment de silence ou ils profitaient des éclats de rire de Jade. Harry n'avait osé emmener Danny en visite que depuis quelques semaines. L'enfant, comme à son habitude, s'était montré réservé et poli, mais ses yeux curieux et intelligents n'avaient cessé d'observer Drago. Ce dernier s'était montré tout aussi prudent et distant. Néanmoins, Harry savait qu'il ne pouvait espérer davantage pour l'instant.
- Bon, messieurs, comme vous le savez déjà, je pense qu'il est temps de faire une tentative de retour à domicile. La psychothérapie a bien progressé et nous avons trouvé le bon dosage de vos médicaments. En parallèle, vous avez appris des techniques de méditation que vous appliquez quotidiennement et vous avez appris à prendre soin de vous. A l'heure actuelle, vous n'êtes plus en état de stress post-traumatique et votre état dépressif est stabilisé. Etant donné ce que vous avez vécu, vos progrès sont inespérés. Cependant, nous devons rester prudents : il vous restera toujours une fragilité psychologique. Le risque de rechute dépressive est une éventualité. Nous devons donc rester vigilants. Ce ne sera pas facile tous les jours et il faudra continuer à se voir pour faire le point sur votre état. Il faut essayer. Si la situation se dégrade, vous n'aurez qu'à m'appeler, d'accord ? N'hésitez surtout pas. Je vous propose une sortie pour lundi prochain. Qu'en pensez-vous ?
- Je suis d'accord. Je pense qu'on est tous prêt, répondit le Gryffondor en jetant un coup d'oeil furtif en direction de Drago.
- Et vous, Monsieur Malefoy ? Partagez-vous également cet avis, questionna le Dr Granger, le regard bienveillant.
Cette fois-ci, Harry osa tourner la tête vers le Serpentard afin de poser ses yeux sur lui. Le visage de l'ancien Mangemort ne laissait transparaître aucune émotion, mais ses yeux troubles ne cessaient de raconter son histoire. Le gris de ses yeux était celui d'un ciel maussade et triste. Mais néanmoins, le relief de la peur et de la colère s'était évaporé de son regard.
- Je ne quitterai l'hôpital qu'à deux conditions, débuta Drago à voix basse, son regard se posant doucement sur Harry. Je veux être sûr que tu veuilles encore de moi à tes côtés et je veux que tu prennes connaissance de ce livre avant que tu ne me répondes.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda finalement Harry en levant les sourcils de curiosité.
Drago déposa délicatement l'ouvrage dans ses mains.
- L'histoire de ma vie. Ma rencontre avec toi, avec Pansy. Notre parcours. La naissance de nos enfants. Tout. Enfin presque. J'ai de nombreuses pages blanches et j'espère que tu les rempliras. Il y a tant de choses que j'ignore de ta vie. Et il y a tant de choses que tu es seul à savoir de Voldemort.
- Je ne tiens pas à revenir sur le passé, marmonna Harry en baissant la tête. Tu le sais bien, Drago.
- Monsieur Potter, je comprends que vous ne souhaitez plus souffrir et que vous voulez aller de l'avant. Mais en faisant comme si le passé n'avait pas existé, vous perdez aussi les moments heureux de cette période d'existence. Vous effacez les évènements qui ont forgés l'homme que vous êtes aujourd'hui. Mais vous savez, le corps se souvient toujours et tout ce qui fait du mal finit par ressortir. Vous portez votre histoire et, que vous le vouliez ou non, vous la transmettez chaque jour à vos enfants comme des messages cryptés. Le problème des enfants, c'est qu'ils n'ont pas la maturité des adultes pour comprendre les non-dits. D'ailleurs, les adultes sont souvent eux-mêmes en difficulté pour se comprendre entre eux. Les enfants sentent les souffrances des adultes mais ils ne les interprètent pas comme des adultes. Ils ne peuvent pas concevoir qu'ils n'y sont pour rien. Ils finissent toujours par se croire coupables. C'est pour cette raison que vous devez transmettre votre histoire avec des mots adaptés à leurs âges. Vous devez les rassurer, mettre des mots sur vos émotions et vous assurer qu'ils ne se culpabilisent pas. La vie n'est pas simple et sans douleur. C'est un enseignement difficile mais essentiel à leur transmettre pour qu'ils soient correctement armés pour survivre dans ce monde. Si Drago a écrit son histoire, c'est parce que je le lui ai conseillé afin d'alléger sa peine et afin de faciliter la transmission de son histoire à vos enfants. Que vous le vouliez ou non, eux aussi sont le produit de votre histoire. C'est pourquoi, ils auront besoin de vous pour la comprendre.
- Je ne veux pas les faire souffrir, soupira Harry, le regard triste.
- C'est en leur mentant sur ce qu'ils sont que vous les ferez souffrir. Ils le vivront comme une trahison de votre part. Vous vous sentez responsable de la souffrance des autres, n'est-ce pas Monsieur Potter ? Même lorsque vous n'y êtes pour rien ?
Harry courba l'échine un peu plus.
- Faites-leur confiance, Monsieur Potter. Depuis la nuit des temps, nous sommes faits pour survivre aux plus terribles des épreuves. Vous n'avez pas besoin d'absorber la souffrance des autres. Faites-leur confiance. Ils seront capables de s'adapter à la réalité et de se protéger eux-mêmes. Montrez-leur qu'on peut vivre en paix avec son histoire. Il faut apprendre à faire avec et non sans. C'est la seule façon de s'en sortir sans se mentir à soi-même et sans mentir aux autres. Cela vous paraît peut-être insurmontable à cet instant, mais vous verrez que cela facilitera votre quotidien avec le temps.
- Etes-vous certain de cela ? Ne seraient-ils pas plus heureux si on les laissait grandir dans l'insouciance et l'innocence ? Ce sont des histoires d'adultes. Ils devraient simplement profiter de leur enfance. Simplement jouer, s'amuser et se sentir aimés.
- L'enfance est une période d'apprentissage, Monsieur Potter. Le jeu est une façon de décrypter la vie des adultes. Mais rien ne remplace les mots. Alors, je vous dirais la même chose que j'ai dite à Monsieur Malefoy : profitez du moment du coucher pour leur raconter votre histoire. Plus tôt ils en entendront parler, plus normal cela leur paraîtra...
...
Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis son passage dans le bureau du Dr. Granger. Harry avait accepté de manger dans le parc de l'hôpital avec Drago afin de réfléchir ensemble à l'avenir. Ils avaient fini par se mettre d'accord : Drago allait se reposer dans sa chambre pendant qu'Harry allait s'installer sur un banc dans le but de survoler les pages du livre que Drago avait écrit de sa main, après quoi, ils allaient prendre leur décision.
Harry dut se faire violence pour débuter sa lecture. Toutes les réponses se trouvaient là, mais le Gryffondor s'était toujours protégé de ces réalités. Une fois que l'on savait, il n'était plus possible de faire marche arrière et cette idée le terrifiait. Et s'il ne pouvait plus regarder Drago en face après sa lecture ? Leur relation était déjà bien distante. Avaient-ils réellement besoin de remuer le couteau dans la plaie ?
Mais lorsque ses yeux s'étaient posés sur la première page, Harry ne put plus arrêter de lire. Sa lecture fut frénétique. Seules les illustrations que Drago avaient dessinées l'avaient ralenti dans sa quête du savoir. Un arrêt sur image qui à chaque fois lui avait glacé le sang. Harry avait pu sentir alors un tremblement venir secouer ses entrailles, comme une vague de froid traversant ses fibres musculaires profondes. Il n'avait jamais ressenti cela auparavant.
Les dessins de Drago étaient d'un réalisme saisissant. Harry avait senti son visage se mouiller de larmes lorsqu'il avait découvert de multiples portraits d'enfants aux visages effrayés que Drago avait représentés en souvenir de sa première nuit de mission. D'autres dessins lui avaient fait retenir son souffle : un portrait de lui souriant paisiblement ou encore la représentation de Pansy, assise contre un arbre, le ventre rond, souriant malicieusement. L'amour, la mort et la peur se disputaient chaque page.
Harry fut horrifié de lire que Drago avait tué son père. Il fut encore plus mal lorsqu'il découvrit que Drago ressentait un manque irrépressible depuis que ses parents étaient morts. Harry ne put s'empêcher de relire un passage, ses yeux avalant chaque mot avec avidité, ses doigts glissant sur l'écriture serrée et frénétique du Serpentard.
« Les haïr aurait été si simple. Mais aujourd'hui, ce n'est pas ce que je ressens au fond de moi. Malgré tout ce que je peux leur reprocher, je dois reconnaître qu'ils m'ont aimé à leur manière. Ou peut-être que non. Il ne s'agit peut-être que de mon fantasme. Du moins, concernant mon père. Etait-il seulement capable d'aimer ? Peu importe. C'était mon père. Il était pour moi un pilier et un modèle inégalable quand j'étais enfant. C'est tellement dur de perdre ses repères. Ils me manquent et je pleure chaque jour leur disparition. Mes larmes sont simplement invisibles. Comment pouvoir expliquer que je pleure leur disparition ? Je ne suis même pas sûr de la raison.
Tout est confusion dans ma tête. J'en arrive à ne plus savoir pourquoi je suis triste, pour qui je ressens de la peine. Il y a eu trop de morts. Blaise me manque affreusement. Pansy me manque tellement. Pourtant, j'oublie parfois qu'elle est morte et j'imagine ce qu'elle me dirait dans certaines situations. Son espièglerie me manque. Notre complicité me manque. Sa force de caractère me manque. Ses étreintes me manquent. Ses regards me manquent. L'amour qu'elle ressentait pour moi me manque tellement. Toutes ces choses d'elles qui s'étaient ancrées en moi n'en étaient que plus évidentes lorsque je ne les avais plus. Dans ces moments-là, j'aurais pu m'arracher le coeur si cela aurait pu me permettre de ne plus souffrir.
Tout effacer d'un coup de baguette magique serait si simple et rapide. J'y ai sérieusement songé, mais je ne peux pas faire ça à Jade et à Harry. Ce serait irrémédiable et je crois que la solution, c'est pour l'instant de trouver par moment la paix de l'esprit le temps de quelques minutes. Une solution limitée dans le temps. Je crois que ça reste le meilleur compromis. De cette façon, je peux tolérer la tristesse qui m'assaille et je peux conserver les bons souvenirs même si les plus douloureux sont toujours très envahissants. J'espère qu'un jour, j'arriverai à vivre en continue avec ma peine et que cette souffrance sera devenue supportable. J'espère que la méditation me le permettra. Mais une chose est certaine : je suis devenu encore plus vulnérable que je ne l'étais déjà. Mon âme a été tellement morcelée. Je devrais être mort. Si je tiens encore, c'est grâce à ceux qui m'entourent et pour qui je ressens tant d'amour. Et je n'oublie pas non plus la dette que j'ai envers toutes ces malheureuses personnes dont j'ai pris la vie. Aujourd'hui, je connais leurs noms et j'ai appris tout ce que je pouvais apprendre d'eux dans les journaux. Baisser les bras serait la pire chose que je puisse leur faire. Je crois que je trouverai le pardon en m'efforçant de vivre chaque instant pleinement, en me rappelant le prix de cette vie et de ce bonheur. En n'oubliant jamais ceux qui sont morts pour moi ou à cause de moi. »
Harry avait englouti son récit en quelques heures.
Ses mains refermèrent le livre doucement et ses lèvres relâchèrent un long soupir. Harry retira ses lunettes et se frictionna le visage.
Quelqu'un s'assit à côté de lui.
- ça va Potter ?
- Je vous emmerde, Rogue, répondit machinalement le Gryffondor.
- Imbécile, je vous pose sérieusement la question.
- Pardon. C'est l'habitude, dit Harry en remettant ses lunettes. Non, ça ne va pas très fort.
- Qu'y a-t-il ?
- Drago tenait à ce que je lise ce livre pour que je comprenne ce qu'il avait vécu. Je crois pouvoir dire que je sais tout à présent. Vous saviez pour l'Auror Fletcher ? Drago ne m'avait jamais parlé de son chantage. J'imagine que ça a rendu Drago encore plus paranoïaque après le procès. Il devait s'attendre à ce que Fletcher débarque à chaque instant et qu'il essaye de tuer Jade.
- L'Auror Fletcher s'est suicidé, annonça Rogue d'une voix ténébreuse.
- Je sais, poursuivit Harry, sincèrement peiné. Drago l'a appris en lisant la Gazette peu après son arrivée à l'hôpital. J'ignorais tout ça comme je m'arrange pour n'être au courant de rien. Enfin, vous le savez ça. Je devrais haïr cet homme pour avoir poussé Drago à se saboter lors de son procès, mais, je ne sais pas, je crois que j'ai vraiment pitié de lui. Savoir que sa femme a failli perdre la vie en mettant leur fils au monde, qu'elle ne pouvait plus enfanter après sa naissance, et que Drago a fini par tuer leur fils unique, c'est juste horrible. Et comme si ce n'était pas suffisant, sa femme sombre dans la dépression et se suicide quelques semaines plus tard. Je comprends la rage qu'a pu ressentir cet homme. Se sentir seul peut nous pousser vers les mauvaises décisions, n'est-ce pas ?
Les deux sorciers échangèrent un long regard.
- En effet, se contenta de répondre le professeur de potions en perdant son regard au loin.
- Je ne savais pas que Drago avait essayé de se suicider plusieurs fois dans sa cellule, poursuivit le Gryffondor en fermant les yeux de douleur. J'ai la nausée rien qu'à l'idée qu'il ait dû passer par de tels moments de solitude et d'impuissance. Tout ce que je veux aujourd'hui, c'est qu'on puisse retrouver une vie normale. Vous pensez qu'on s'en sortira ? demanda Harry en ouvrant de grands yeux.
- Vous ferez de votre mieux et vous devrez vous contenter du résultat, Potter. La réalité l'emporte toujours sur nos désirs. Toujours, Potter...
2 mois plus tard
Maison des Potter Malefoy...
- Je suis une sorcière ! Yahhh ! Papa Dragon est un sorcier ! Yahh ! Danny-ny aussi ! Youpi ! Youpi ! Youpi ! Je veux apprendre à voler sur un balai, maintenant ! piailla la petite tornade blonde en s'accrochant au pantalon d'Harry qui peinait à se concentrer sur la salade de fruits qu'il était en train de mélanger.
Drago, qui était assis à la table en face du Gryffondor, se mordit l'intérieur des joues pour sourire discrètement. Il n'avait pas besoin de lever la tête pour visualiser la scène comique qui se déroulait devant lui. C'était tous les jours la même chanson. Seules les paroles variaient parfois.
- Jade, par pitié, calme-toi ou va embêter Papa Dragon pour changer, proposa le Gryffondor en adressant un rictus provocateur au Serpentard qui était en train de feuilleter le dernier numéro de la Gazette du Sorcier.
Drago se contenta d'un sourire complice avant d'accueillir la petite fille sur ses genoux. Il prit le temps de l'enlacer et de la presser contre lui, profitant de cette occasion pour respirer l'odeur de son shampoing aux fleurs dans ses cheveux. Ses yeux se fermèrent de contentement. Puis, l'instant précieux était passé. Jade se mit à rire et repoussa le Serpentard pour descendre de ses genoux. Elle ramassa le balai magique qui était par terre et se précipita vers la sortie. En pilotage automatique, Baltus et Balthazar s'envolèrent de leur perchoir pour suivre la petite fille au-dehors. Telle était la demande de leur maître. Aucun n'enfant ne sortait de la maison sans surveillance.
- Je vais aller voler ! s'écria la petite Jade en quittant la maison. Baltus va m'apprendre, elle !
Hedwige, qui était accrochée à son perchoir, lança un regard réprobateur à son maître qui se contenta de hausser les épaules, quelque peu dépassé par la situation.
- Alors, les nouvelles ? demanda Harry en plaçant la salade de fruit dans un panier en osier.
- C'est officiel, répondit calmement Drago. Michael Cabot va reprendre ses fonctions de Premier Ministre à l'automne prochain. Et, tiens-toi bien, Seal devrait être son bras droit.
- C'est génial. Je suis certain qu'ils accompliront de grandes choses.
- Et autre nouvelle : Fol'Oeil s'est porté volontaire pour organiser la traque des derniers Mangemorts en liberté...
- J'étais sûr qu'il reprendrait du service ! s'exclama Harry en terminant de préparer leur pique-nique. Ce mec ne s'arrêtera jamais. Au fait, il viendra bien à notre repas ce samedi. Ron et Hermione m'ont assuré qu'ils seraient là. Ne reste plus que Rogue et Isabel et on sera au complet.
- D'accord, répondit mollement le Serpentard qui supportait toujours aussi difficilement les réunions de groupe.
- Tout ira bien. Tu verras, affirma le Gryffondor avec douceur. Allez, viens. On va aller pique-niquer dehors.
Arrivant de nulle part, Danny s'approcha calmement de Harry et tendit ses bras vers le ciel.
- Est-ce que je peux porter le panier, papa ?
- Euh, ça risque d'être un peu lourd. Si tu veux, tu peux prendre la couverture.
- Je peux quand même essayer ? demanda le garçon en écarquillant les yeux.
Drago observa leur échange en ressentant un certain malaise. A chaque fois que Danny se trouvait dans la même pièce que lui, Drago se sentait oppressé, comme si l'enfant le poussait à se sentir de trop. Le Serpentard n'arrivait pas à savoir si ce n'était qu'un ressenti ou si l'enfant ne l'appréciait vraiment pas. Danny ne lui parlait jamais. Il se plaçait d'ailleurs souvent en retrait dans la pièce, de sorte à pouvoir l'observer discrètement.
En entendant le rire strident de sa fille au-dehors, Drago prit la décision de quitter la cuisine sans un bruit. Le Mangemort passa l'encadrement de la porte et descendit les quelques marches qui le séparaient du jardin. Drago expira bruyamment en penchant la tête en arrière. Ses yeux se fermèrent quelques secondes avant de braquer un regard déterminé en direction de sa fille. L'homme avança vers l'enfant qui faisait semblant de voler sur le balai, les deux chauves-souris tourbillonnant autour d'elle pour la chatouiller.
- Tu aimerais que je te t'emmène voler ? demanda le Serpentard sans préambule, le souffle court.
- Oh oui, papa ! S'il te plaît ! S'il te plaît ! hurla la petit Jade en sautillant sur place.
Drago s'agenouilla devant elle, prit son visage en coupe et l'embrassa tendrement sur le front. Quand Drago se recula, il put constater que Jade était rayonnante de bonheur.
- Alors viens, mon coeur.
Drago passa une jambe par-dessus le balai et invita la petite fille à se positionner devant lui sur le bout de bois.
- Accroche-toi fort maintenant.
L'enfant s'exécuta sans discuter, impatiente à l'idée de vivre enfin son premier vol en balai. D'une légère impulsion de ses pieds, Drago prit de l'altitude, savourant les piaillements de joie de sa fille qui était appuyée contre son torse.
- Waouh ! C'est trop bien ! Plus haut, Papa Dragon ! Plus haut !
Un sourire de contentement se dessina sur les lèvres du Mangemort. Là, dans les airs, blotti contre sa fille, Drago se sentait libre et léger. Cela valait toutes les méditations du monde. Cela valait tous les anxiolytiques et tous les antidépresseurs du monde. Drago se sentait simplement bien.
Harry sortit à ce moment de la maison, la couverture à la main. Ses yeux localisèrent instantanément Jade et Drago. Ses pieds s'immobilisèrent sur la marche la plus haute du petit escalier qui séparait la maison du jardin. Danny sortit à son tour, ses bras encerclant le gros panier devant sa poitrine. L'enfant s'immobilisa à son tour et observa longuement le couple voler. Puis, il se tourna vers son père, le regard interrogateur.
- Pourquoi il me fuit ?
Harry adressa un regard émerveillé au garçon. Sa maturité et sa perspicacité étaient déconcertantes.
- Drago essaie de se libérer de beaucoup de choses. Ce n'est pas toi qu'il fuit.
- Pourtant, il s'éloigne toujours quand je m'approche. Il ne s'en rend peut-être pas compte mais moi si. Je ne comprends pas. Je ne lui ai rien fait.
Harry soupira longuement, sentant que le temps des réponses évasives était arrivé à son terme. Drago avait voulu tout expliquer dès son retour à la maison, mais Harry lui avait demandé plus de temps. Drago avait fini par céder, se disant finalement qu'il était peut-être plus judicieux d'attendre un peu, le temps de trouver un nouvel équilibre familial.
Harry se mit à la hauteur du garçon et sourit avec affection. Danny ne lui rendit pas son sourire. Ses sourcils se froncèrent de concentration et de sérieux.
- Il y a beaucoup de choses que tu ignores, Danny. On te racontera tout très bientôt. Je te le promets.
Le garçon réfléchit posément, décidant si la réponse de son père était satisfaisante ou non. Il finit par acquiescer silencieusement avant de se remettre à marcher...
En fin de soirée,
Maison des Potter Malefoy
Harry éteignit la lampe de chevet et se glissa rapidement sous les draps, accueillant avec plaisir la chaleur du Serpentard contre lui. Les volets n'étant pas fermés (Drago avait besoin de voir la lune pour s'endormir sereinement), Harry pouvait distinguer les yeux de Drago qui brillaient dans la pénombre. Face à face, les deux sorciers enlacèrent doucement leurs mains et Harry les pressa contre son coeur. Drago soupira de contentement et posa son front contre celui du Gryffondor.
- Je suis tellement fier de toi et tellement heureux que tu sois près de moi. J'espère que tu le sais, murmura Harry avant d'embrasser les lèvres du Mangemort.
- Je le sais. Moi aussi, je suis heureux d'être à tes côtés. J'ai juste peur d'une chose...
- Quoi ? demanda calmement Harry avant de ponctuer sa question d'un autre baiser.
- J'ai peur de devenir comme du lierre sur un arbre. J'ai peur de t'étouffer pour survivre, pour me restructurer. Sans toi, je pense que je perdrais toute structure et que je serais incapable de survivre. Tu comprends ?
- Je veillerai à ce que cela n'arrive pas. Je sais me protéger et je sais que nous ne sommes pas seuls. D'ailleurs, je crois que nous ne l'avons jamais été. On a de la chance, Drago. Beaucoup de chance. J'ai confiance en l'avenir. Plus que jamais.
Le souvenir de Blaise traversa l'esprit du Serpentard dans un élan de mélancolie et de gratitude. Drago ferma les yeux et captura brièvement les lèvres du Gryffondor.
- J'ai envie d'y croire, Harry. A tes côtés, ça me paraît possible.
- Tu sais, j'ai bien réfléchi et je crois que ton psychiatre a raison : l'avenir dépendra de ce qu'on va expliquer à Jade et Danny. Ils sont prêts à entendre la vérité et surtout, Danny a besoin de réponses. Il ne comprend pas pourquoi tu t'éloignes constamment de lui.
- On pourrait les emmener à Poudlard. Je comptais y aller seul ce jeudi mais après tout, c'est peut-être le bon moment pour y aller ensemble et commencer à leur parler. Il devrait y avoir beaucoup de vent et un peu de brouillard. On devrait être seuls.
- Bonne idée. Jeudi alors...
Bonsoir chers lecteurs,
Bon, il ne s'agit pas de l'épilogue mais du dernier chapitre et cette fois-ci c'est vraiment le cas. L'épilogue est déjà en cours d'écriture et devrait être en ligne bientôt.
C'est à peine croyable.
Au moins, je pourrai prendre l'avion l'esprit tranquille.
J'espère que ce chapitre répondra à vos questions et que l'évolution des personnages vous paraîtra crédible. De mon côté, je suis plutôt satisfaite.
Je vous dis donc à très bientôt !
DarkPotter
