- On pourrait les emmener à Poudlard. Je comptais y aller seul ce jeudi mais après tout, c'est peut-être le bon moment pour y aller ensemble et commencer à leur parler. J'ai vu qu'il y aurait beaucoup de vent et un peu de brouillard. On devrait être seuls.
- Bonne idée. Jeudi alors...
3 jours plus tard,
Dans le parc de Poudlard
La météo avait tenu ses promesses : une épaisse nappe de brouillard flottait paresseusement au-dessus de la campagne britannique et c'est un vent tourbillonnant qui accueillit la petite famille en ce jeudi matin. Drago s'agenouilla en face de Jade pour resserrer l'écharpe qu'elle avait autour du cou. Il embrassa brièvement son front avant de se remettre debout.
Dans une entente silencieuse, Harry s'installa avec Danny sur son balai tandis que Drago invitait Jade à grimper sur le sien. Les deux hommes attachèrent leur cape d'invisibilité autour du cou, puis, après un regard échangé, ils s'élevèrent dans un ciel pâle et stérile, à l'image d'un parfait matin d'hiver.
Le voyage fut lent, silencieux et étrange. Harry ne put s'empêcher de repenser à leur fuite après la Grande Bataille, un vol qu'ils avaient alors fait en sens inverse, sans Danny mais avec Pansy... Harry ne put empêcher la vague de tristesse qui déferla sur lui. Quelques larmes pudiques et paresseuses sillonnèrent ses joues et Harry se surprit à murmurer son nom, comme si la jeune femme était tout près de lui en ce jour symbolique.
Drago fut le premier à poser un pied au sol.
Ses doigts lâchèrent négligemment son balai qui tomba mollement dans l'herbe. Pour la première fois de sa vie, Jade resta près de son père, silencieuse et inquiète devant un tel spectacle...
Le parc de Poudlard avait changé et pour cause : l'endroit était devenu un lieu de souvenirs, un mémorial pour ceux qui avaient défendus la liberté au détriment de leur vie. Les noms et les portraits souriants des disparus flottaient au-dessus du sol, à hauteur des yeux.
Drago déglutit avec culpabilité, le visage tourmenté par la honte et le remords. Beaucoup d'entre eux lui était familier. Les épaules rentrées, Drago se mit à avancer lentement dans cette marée de morts, se forçant à croiser leur regard.
- Papa..., murmura Jade, terrorisée, tandis que son père s'éloignait d'elle.
- Je suis là, mon coeur, répondit Harry en prenant la petite fille dans ses bras.
Jade s'accrocha fermement au Gryffondor, tel un petit singe en quête de chaleur. Sa tête se lova dans le creux de son cou.
- J'ai peur, gémit-elle en reniflant.
- Tu n'as pas à avoir peur. Je connais bien cet endroit. J'ai grandi ici, dans cette école. Elle s'appelle Poudlard. C'est une belle école.
Harry s'assit par terre avec Jade et commença à lui raconter quelques anecdotes de classe, Hermione et Ron ayant à chaque fois le rôle principal. La petite fille se calma et se mit même à sourire d'amusement, oubliant déjà les innombrables visages fantomatiques qu'elle avait vus d'un bout à l'autre du parc.
Silencieux, Danny était resté debout, à côté de son père et de sa soeur. Il adressa un regard sévère au Gryffondor, regard dont ce dernier ne s'aperçut pas, comprenant que son père était en train de faire diversion pour rassurer sa fille.
L'enfant choisit alors de s'éloigner, aussi lentement que Drago l'avait fait. A son tour, il se confronta aux visages lumineux et animés qui flottaient dans les airs, tentant de comprendre comment la magie pouvait créer une illusion si troublante, si proche de la réalité.
La voix du Gryffondor mourut soudainement en milieu de phrase.
A quelques mètres de Danny se trouvait Drago, plié en deux, les mains sur les hanches, la respiration saccadée et douloureuse.
D'abord hésitant, le garçon finit par avancer vers le Mangemort, affrontant avec bravoure sa peur d'être rejetée.
En voyant Drago s'agenouiller par terre et Danny s'asseoir juste à côté de lui, Harry sentit sa gorge comprimée par l'enjeu du moment. Jamais n'avaient-ils été si proches.
Les sourcils relevés d'étonnement, Danny scruta attentivement le visage du Serpentard qui était déformé par la souffrance.
- Pourquoi tu es si triste ? finit-il par demander d'une petite voix.
Drago tourna la tête vers son fils. Son teint était d'un blanc cadavérique, ses yeux noyés de larmes. L'homme mit un certain temps avant de pouvoir lui répondre.
- Parce que j'ai fait beaucoup de mal autour de moi et que je regrette tellement aujourd'hui. Je suis triste parce que je ne pourrai jamais réparer mes erreurs.
- Pourquoi on est ici ? C'est pour voir ces personnes qu'on est venu ?
- Oui, Danny. Je me dois d'être ici, avec vous tous. Tant que je vivrai, je leur demanderai pardon. Je leur montrerai que je n'oublie pas la dette que j'ai envers eux.
- Je ne comprends pas bien. Quelle dette ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Danny, j'ai fait des choses qu'un homme ne devrait jamais faire. J'ai tué ces personnes pour rester en vie. La dette dont je te parle, c'est leur vie. Rembourser cette dette reviendrait à leur donner ma vie en retour. Malheureusement, cela ne fonctionne pas comme ça. J'aurais dû choisir de mourir à la place, mais je n'en ai pas eu la force. C'est ce qui s'appelle ne pas être courageux. J'aurais aimé avoir des parents qui m'apprennent le courage, le courage de s'opposer quand on n'est pas d'accord. J'aurais dû dire non quand on m'a ordonné de tuer tous ces pauvres gens. J'aurais dû mourir.
- Mourir ? Qu'est-ce que c'est exactement ? J'ai posé la question à Papa mais il ne m'explique pas. Il dit que j'ai encore le temps de grandir avant de savoir.
- La mort, c'est la fin de la vie. Toute chose qui vit, grandit, puis vieillit avant de mourir. Quand on meurt, on ne bouge plus on ne pense plus on ne peut plus parler à ceux qu'on aime. Le corps s'abîme quand on meurt. C'est pour ça qu'on le met en terre. C'est ce que je crois savoir de la mort. Peut-être que je me trompe. Mais tu sais, ce qui importe, c'est ce qu'on fait dans la vie. Si, Papa et moi, on peut t'apprendre quelque chose de la vie, c'est bien d'avoir le courage de dire non. Ne laisse jamais personne te forcer à faire quelque chose qui va à l'encontre de tes valeurs. Suis ton coeur. Tu te défendras du mieux que tu peux. C'est ce qui te permettra de mourir en paix, que ce soit dans un futur proche ou dans longtemps. C'est peut-être difficile à comprendre pour l'instant. Tu es si jeune. Mais tu comprendras mieux plus tard.
- Alors tu regrettes d'être en vie ? demanda pensivement le petit garçon.
- J'aurais dû choisir la mort. Ma vie ne vaudra jamais celle de centaines de personnes. Mais le mal est fait. Je ne peux pas revenir en arrière. Tout ce que je peux faire aujourd'hui, c'est demander pardon à ces personnes et m'efforcer de vivre pleinement cette vie, d'apprendre à être heureux tout en me rappelant à chaque instant le prix de cette vie.
- Tu as tué des centaines de personnes ? chuchota l'enfant, la voix légèrement tremblante d'émotions.
- Oui, murmura Drago dans un souffle.
Plusieurs larmes roulèrent sur ses joues. Choqué, Danny hoqueta bruyamment et eut un mouvement de recul. Le Mangemort observa l'enfant. L'enfant observa le Mangemort. En réalisant que Danny avait peur, le Serpentard relâcha un souffle de soulagement. Voldemort n'était qu'une ombre sur le visage de Danny. C'est à ce moment que Drago comprit qu'il pouvait enfin ressentir de l'affection pour son fils.
De nouvelles larmes glissèrent sur ses joues, un savant mélange de tristesse et de tendresse. L'homme se risqua à caresser le visage de l'enfant, un léger sourire étirant ses lèvres.
- Tu as le droit d'avoir peur, Danny. Si tu te sens triste, je ne veux pas que tu caches tes larmes. Si tu es content, je veux que tu oses exprimer ta joie. Il n'y a pas de honte à ressentir des émotions. Je ne veux pas que tu te caches derrière un masque. Montre-toi tel que tu es à l'intérieur. Je veux qu'on apprenne à se connaître et à s'aimer. Tu es mon fils.
Danny ne lâcha pas son père du regard. Ses yeux luisaient d'étonnement et d'interrogations.
- Alors pourquoi tu n'aimes pas quand je m'approche de toi ? Qu'est-ce que j'ai fait de mal ?
- Tu n'as rien fait de mal, Danny. Je m'éloigne parce que lorsque je te vois, je pense à un sorcier qui m'a fait beaucoup de mal. C'est cet homme qui m'a poussé à tuer toutes ces personnes.
- Je ne comprends pas.
- C'est normal. Il y a tellement de choses à te dire. En rentrant, je te promets qu'on te racontera tout. Mais avant qu'on s'en aille, j'ai une chose importante à faire...
Drago fouilla dans sa poche et en sortit une boîte en métal argentée. Avec précaution, il souleva légèrement le couvercle, de sorte à y glisser deux doigts. Curieux Danny se rapprocha de son père. Le Mangemort en sortit un duvet blanc d'oiseau. Il le coinça dans la paume de sa main gauche et ferma les yeux un instant.
- Teddy Branson, murmura-t-il avant d'ouvrir sa main.
Le duvet s'envola immédiatement, emporté par une forte bourrasque de vent. Drago et son fils suivirent la petite plume du regard un long moment avant de se faire face.
- C'est ta façon de leur demander pardon ? questionna l'enfant en écarquillant les yeux.
- C'est ma façon d'honorer leur mémoire et de leur demander pardon. Oui. C'est ma façon de leur dire que je ne les oublie pas. Teddy était un bébé. Je me souviens encore de l'avoir porté dans mes bras. Cette sensation ne me quitte jamais. C'est ma punition pour ne pas avoir réussi à le sauver...
Et ainsi, Drago poursuivit sa tâche sous l'oeil attentif de Danny. Il murmura le nom de chaque victime et libéra une plume à chaque reprise. Harry et Jade finirent par les rejoindre et ils s'assirent tout contre eux. Harry se colla contre le dos du Serpentard et posa sa tête sur l'épaule de ce dernier. Jade, quant à elle, se blottit entre son frère et son père.
De loin, on aurait cru voir un roc, luttant inlassablement contre une armée tourbillonnante de spectres.
Mais les illusions étaient trompeuses. Ce roc n'en était pas moins friable.
Un équilibre précaire dans la tempête.
Une courte respiration dans une symphonie chaotique.
Une illusion de stabilité dans la tourmente.
Pour autant, Drago savait qu'il devait s'en contenter.
Lorsqu'une vie est soumise à tant d'épreuves, on apprend que celle-ci ne tient qu'à un fil. On apprend à accepter la relativité des repères et la fragilité de la vie, mais on apprend aussi à connaître la valeur d'un soutien et la valeur du temps. Mais surtout, on découvre la valeur de cette incroyable force nommée espoir... Cet élan de survie qui peut faire toute la différence entre la vie et la mort...
Que dire ?
Ça y est. C'est fini.
Le vent tourbillonne (réellement) autour de moi et j'ai du mal à sortir de cette fin.
Je me sens triste et vidée à la fois. Ce n'est pas simple de se dire que c'est le point final.
En commençant à écrire cette histoire, cinq ans auparavant, je ne pensais pas du tout qu'il s'agirait d'une fiction sur les thématiques de l'espoir et de la résilience. Drago a parcouru du chemin.
En tout cas, j'espère de tout coeur que cette fanfiction vous aura touchées, d'une façon ou d'une autre.
Pour terminer, je vous mets les paroles de la chanson « So far » de la B.O. de Broadchurch qui a été mon inspiration principale pour l'écriture de cet épilogue. J'ai halluciné quand j'ai vu à quel point les paroles pouvaient refléter l'état d'esprit de Drago tout au long de cette histoire. Ecoutez-la si vous ne connaissez pas. C'est magnifique.
Et sur ce, je vous souhaite plein d'espoir et d'amour dans vos vies !
A bientôt,
Votre fidèle DarkPotter
« So far from who I was.
From who I love.
From who I want to be.
So far from all our dreams.
From all our means.
From you here next to me.
So far from seeing home.
I stand out here alone.
Am I asking for too much?
So far from being free.
A past that's haunting me.
A future I just can't touch.
And if you take my hand,
Please pull me from the dark
And show me hope again.
We'll run side by side.
No secrets left to hide.
Sheltered from the pain. »
