Note : réjouissez-vous ! J'avais annoncé le précédent chapitre comme étant l'avant-dernier, mais c'est finalement devenu l'avant avant dernier. Celui-ci est l'avant dernier ! Et le prochain sera le dernier. C'est donc maintenant un 6+1. Celui-ci réinterprète surtout le passage du film après leur retour de mission, qui m'a donné beaucoup de feels. Les dialogues sont plus ou moins ceux du film.
Je me suis rendu compte en cours de route que j'aurais très bien pu inscrire rigoureusement cette fic dans le canon, mais non. Parce que j'aime mon slash et je fais c'que j'veux. Ah, et en fait des fois je me dis soudainement "j'ai envie de publier un truc !". Du coup j'écris et je publie. C'est pour ça que ça passe pas par ma bêta. Désolé.
Enjoy !
6.
Bien entendu, la discussion dépassait largement le cadre de la relation professionnel amiral-capitaine. Jim avait du mal à respirer. Il se mettait à dos Pike et Spock en l'espace d'une seule entrevue. Peu importe s'il pensait ou non avoir raison. Il y a quelques minutes à peine il trépignait d'excitation à l'idée d'être envoyé en mission longue, tellement persuadé que ses actions ne pouvaient être vu autrement que couronner de succès.
« Et le pire, c'est que tu utilises ce qui relève du pur hasard et de la chance pour justifier tes envies de jouer à Dieu ! »
La déception était marquée partout sur le visage de l'amiral Pike, dans sa posture et dans ses mots, dans son regard accusateur, et Jim avait envie de disparaitre. Plus il essayait de défendre son cas plus il se sentait minable, idiot. Il continuait d'argumenter pourtant, au point où il en était autant maintenir la façade jusqu'au bout.
« Le problème a été rapporté au Général Marcus Jim, il a jugé l'affaire sans que je sois consulté et tu peux facilement deviner ce qui a été convenu. »
Ils se fixèrent, Jim suppliant et Pike, résigné.
« On t'a retiré l'Enterprise. Tu retournes sur les bancs de l'Académie »
Jim avait l'impression qu'on l'avait frappé, et honnêtement il aurait préféré. C'était impossible. Il ne pouvait pas, après tout ce temps et ces efforts, échouer comme ça.
« Amiral écoutez, je peux tout…
-Ça suffit. Pourquoi je t'écouterais ? Tu n'écoutes personne d'autres que toi-même. Ça suffit Jim. »
Pike était plus las qu'en colère maintenant, et c'était bien pire. Il souffrait autant que le garçon de cette dispute, mais il ne pouvait pas laisser glisser, pas cette fois.
« Tu n'obéis pas aux règles, tu ne prends aucune responsabilité et tu ne respectes pas l'uniforme. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu n'es pas prêt pour ça. »
L'expression de Jim et les reflets brillants de ses yeux lui donnèrent envie de tout retirer et d'oublier cette histoire, mais il n'en fit rien, se contentant de rester impassible tandis que le capitaine redevenu officier prenait maladroitement congé en évitant de croiser son regard. La porte de son bureau claqua dans le silence, les laissant tous deux malheureux et très seul.
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Bones eut le tact de ne faire aucun commentaire. Jim avait traversé les derniers jours dans un brouillard opaque qui obstruait ses pensées et, ce qui était plus heureux, l'avait rendu aveugle aux murmures et regards triomphants ou désolés qui l'avait poursuivi dans les couloirs de Starfleet. Tout le monde était au courant bien sûr, Bones comme les autres. Se sachant incapable d'apporter le moindre degré de réconfort à son colocataire déchu, il choisit à la place de lui tenir compagnie en silence sur le canapé du salon. Jim ne parlait pas quand on l'interrogeait. Il fallait attendre qu'il en ressente le besoin.
« Je me suis disputé avec Spock. »
McCoy fut pris de cours. De tous les problèmes auxquels Jim avait fait face depuis leur retour, cela semblait être le plus trivial. Mais c'est peut-être justement pour ça qu'il commençait par cela.
« C'est un peu l'ultime coup de pied dans les couilles de cette histoire. » continua-t-il. Il regardait droit devant lui, comme s'il parlait tout seul.
« Tu me diras, je ne sais pas à quoi ça m'avancerait s'il était là en ce moment. »
Il tenta un rire mais il se brisa dans sa gorge, et il se tut. Il venait justement de se rendre compte de ce que cela changerait si Spock était là avec lui, et McCoy savait que Jim ne prenait pas vraiment la peine de réfléchir à sa relation avec son second. Ce genre d'occasion le prenait toujours par surprise, la révélation de ce que Spock représentait pour lui le frappant à chaque fois avec la même intensité comme si c'était la première fois.
Il ne dit plus rien pendant un moment. Toute tentative de McCoy l'aurait immédiatement braqué, et le docteur était vraiment trop mal à l'aise dans ce genre de situation pour être d'une quelconque utilité. Il se doutait de toute façon que Jim ne tarderait pas à aller régler ses problèmes de la seule manière qu'il connaissait.
« Je sors » dit-il en se levant d'un bond.
Évidemment.
« Où ça ?
-Boire mon poids en alcool au coin de la rue, et non je ne veux pas que tu viennes.
-Très bien » soupira McCoy, défaitiste. Il ne pouvait rien pour son ami : Jim ne voulait pas qu'on l'aide.
« A plus tard » marmonna celui-ci avec une expression presque coupable.
La porte d'entrée claqua dans le silence de l'appartement.
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Le glaçon tomba en clinquant au fond de son verre. La fille à côté de lui faisait les yeux doux et Jim songea avec amertume au fait que, de l'extérieur, il devait avoir l'air en tout point semblable à toutes les fois où il s'était assis à ce même comptoir avec la même boisson. Tout était différent, pourtant, lui, et le monde, ils n'étaient plus les mêmes. Il n'avait envie de voir ni de parler à personne, et surtout pas à une inconnue le trouvant à son gout.
Il lui sourit pourtant, pour se venger de quelque chose, ou pour se faire du mal, il ne savait pas. Et comme un signe, ou une énième affliction, Pike apparut soudainement entre son sourire et celui de la jeune fille.
Jim soupira lourdement. Depuis leur discussion fatidique au retour de Nibiru, ils ne s'étaient, bien sûr, plus adressé la parole. Jim avait du mal à croire à quel point cela lui manquait.
« Nous nous sommes rencontré dans un trou du même genre, tu te souviens ? » demanda tranquillement le vieil homme en faisant un signe au barman. « Tu t'étais fait casser la gueule.
-N'importe quoi.
-Un passage à tabac en règle. Tu avais des serviettes en papier enfoncé dans les narines. »
Ils rirent un peu, de manière rigide et peu naturelle, mais c'était un début.
« Ouais, c'était une bon combat, commenta Jim en fixant son verre.
-Un bon combat hein ? Tu vois, je crois que c'est ça ton problème, Jim. »
La tension remonta aussitôt. Jim ferma les yeux, frustré face à sa propre sensibilité. Il ne voulait pas être aussi touché par les reproches de l'autre homme. Il ne voulait pas se montrer si faible. Pike changea de sujet comme si de rien n'était.
« Ils me l'ont rendu. L'Enterprise. »
La nouvelle lui fit l'effet d'un coup de poing dans la poitrine. C'était pire que tout, et incroyablement cruel. Il fit son possible pour ne rien laisser rien paraitre, cachant comme à son habitude ses émotions sous une bravade.
« Ah. Félicitations. Attention à votre premier officier, » répondit-il, plein d'amertume.
« Spock ne travaillera pas avec moi. Il a été transféré, sur l'USS Bradbury. C'est toi mon premier officier. Marcus a été un peu difficile à convaincre, mais je sais défendre mon cas. »
A cela Jim ne put que tourner vers son mentor des yeux écarquillés. La méfiance se disputait à un timide espoir devant son sourire encourageant.
« Qu'est-ce que vous lui avez dit ?
-La vérité. Que je crois en toi. Que si quelqu'un méritait une seconde chance, c'était bien toi. »
Jim eut toutes les peines du monde à ne pas détourner le regard, à ne pas cacher son visage sans ses mains, à ne pas se laisser aller. Il avait conscience que ses yeux brillaient et que Pike savait très bien pourquoi, mais ils firent tout deux comme s'il n'était pas sur le point de pleurer comme une enfant.
« Je… je ne sais pas quoi dire, » marmonna le jeune homme, à cours de mot.
« C'est bien la première fois. » commenta Pike avec amusement. Il posa une main rassurante sur l'épaule de son jeune officier, le visage empreint d'affection. « Tout ira bien, fils. »
La sonnerie de son téléphone brisa l'instant et les ramena à une réalité plus urgente.
« On est appelé pour une meeting urgent. Aller, action ! » s'exclama Pike en se levant. Jim était reconnaissant de la distraction. Il était épuisé, émotionnellement parlant. Un peu d'action basique et de stratégie militaire ne lui ferait pas de mal. Tandis qu'ils pressaient la pas vers le QG, Pike repris la parole :
« Ne crois pas que nous avons fini d'en discuter. Cette histoire soulève des problèmes que nous devrons adresser. Mais je n'ai jamais regretté de t'avoir confié l'Enterprise, Jim, et je ne le regrette toujours pas. J'espère sincèrement pouvoir te le rendre, mais ça dépend de toi.
-Je ne vous décevrais plus monsieur, » répondit le plus jeune avec détermination. Il marcha encore quelque pas avant de se rendre compte que l'amiral s'était arrêté. Il l'interrogea du regard, surpris. Pike se rapprocha et posa ses deux mains sur ses épaules, le regardant droit dans les yeux pour s'assurer d'être entendu et compris.
« J'ai fait ce que j'avais à faire en tant que ton officier supérieur, Jim. Mais ça ne change rien à notre relation, hors du cadre professionnel. Sache que je te considère… J'ai beaucoup d'affection pour toi. Et ça ne changera pas. »
Comme un fils. Comme un fils, c'est ça qu'il avait été sur le point de dire, et Jim avait un millier de chose à répondre à cela. Un millier de mot d'excuse, de gratitude, d'amour, mais ils se bousculaient tous au bord de ses lèvres sans se décider à s'ordonner et à en sortir, alors il se contenta d'hocher bêtement la tête. Plus tard, se promit-il, ils en reparleraient plus tard, ils règleraient tout ça, Jim se ferait pardonner, et il ne faillirait plus jamais.
« Et parle donc à Spoke. Il a fait ce qu'il croyait devoir faire, et c'est idiot de votre part de vous en tenir mutuellement rigueur » ajouta Pike en reprenant la marche. Jim acquiesça de nouveau et lui emboîta le pas, peinant à retenir un sourire plein de reconnaissance. Plus tard, se promit-il.
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Plus tard, Jim pleurait sur un corps sans vie, et c'était une chose de plus à ajouter à la liste de ses regrets.
:(
