Chapitre 42 : Samuel démasqué
Hodgins entra dans le bureau de l'agence Spencer. Ils étaient réputés dans la ville, et Hodgins espérait qu'ils étaient à la hauteur de cette réputation.
Un homme de 45 ans en veste de cuir arriva. Il s'arrêta à la hauteur de l'entomologiste. Il émanait de lui une forte odeur de cigarette froide, comme s'il avait passé sa vie dans un fumoir.
«Monsieur Hodgins ?
-Oui, c'est moi. Vous êtes Michael Spencer ?
-Tout à fait. Venez dans le bureau, nous y serons mieux pour parler travail.»
Hodgins le suivit. Cet homme avait une voix rocailleuse, comme sortie des entrailles de la Terre, écorchée.
«Alors, qu'est-ce qu'il vous faut ? Une épouse volage, et vous voulez des preuves ? Un collègue que vous aimeriez faire virer ? Un concurrent que vous voulez éliminer ?
-Rien de tout ça. Je voudrais que vous enquêtiez discrètement sur une personne. Je veux savoir si ces hommes sont un danger.»
Il sortit une photo de Green de sa poche, et une liste de quelques noms.
Max et Fred déjeunaient dans un bar. Soudain, Max s'exclama :
«Ça y est ! Je sais.
-Tu sais quoi ? demanda Fred, surpris.
-Ce que j'ai manqué.
-Euh…hein ?
-Samuel m'a appelé. Je sais ce que j'ai raté dans ce qu'il m'a dit. Il m'a donné un indice.»
Max se leva, téléphone en main.
«Je reviens.»
Il sortit du bar, laissant Fred cloué sur place.
«Allô, Angela ? Il faut qu'on se voie. Je peux être là dans vingt minutes. C'est bon pour vous ? Très bien, à tout à l'heure dans ce cas.»
Il revint à l'intérieur, prit son manteau et lança à Fred :
«Je vais au Jefferson, rejoins-moi quand tu peux.»
Angela et Max s'assirent dans le bureau de l'artiste.
«Est-ce que vous savez si ma fille a reçu quelqu'un chez elle ces derniers temps ?
-Euh…pourquoi ? Quel genre de «quelqu'un» ?
-Quelqu'un qui aurait passé la nuit chez elle.
-Oh euh…il y avait son petit ami, Peter. Ils sont restés quelques temps ensemble.
-Qu'est-ce qu'il fait dans la vie ?
-Je ne sais pas. Je crois qu'il est journaliste. Pourquoi ?
-Ils ont rompu ?
-Oui. Qu'est-ce que ça a à voir avec l'affaire ?
-L'autre jour, Samuel m'a appelé. Il a fait allusion à une nuit qu'il aurait passée chez elle, avec elle.
-Ce n'est pas Peter. Brennan aurait reconnu sa voix.
-Un autre homme, qu'elle aurait connu avant ?
-Peut-être…
-Elle connaissait l'un des suspects ?»
Angela ne répondit pas, gênée.
«Euh…franchement, je ne saurais pas dire…»
Devant son air gêné, Max se tut. La lumière se fit dans son esprit.
«Oh euh…il y en a eu beaucoup ?»
Angela acquiesça.
«Il ne faut pas la juger, vous savez. Elle a eu un passage à vide, après…»
Elle baissa les yeux. Max fronça les sourcils.
«Après quoi ?
-Il y a environ un an, commença Angela en déglutissant, l'assistant préféré de Brennan est…il s'est avéré qu'il avait été embrigadé par un tueur cannibale. Il est parti en hôpital psychiatrique, et Brennan…elle l'a très mal supporté. Elle ne voulait plus s'attacher à personne, elle est devenue plus distante avec les autres internes…
-Elle tenait tant que ça à lui ?
-Ils étaient…ils avaient la même façon de rationaliser les choses, ils se comprenaient. Ils aimaient travailler ensemble, ils se ressemblaient. Ça a fait un grand vide dans sa vie.
-Bon…ça a duré combien de temps ?
-Quelques mois à peine. Ensuite, elle a rencontré Peter. Ça a remis un peu de stabilité dans sa vie.
-Je suppose que vous n'avez pas la moindre idée de l'identité de ces hommes ?
-Non, aucune.
-Bon…elle n'a gardé aucune trace de tout cela, n'est-ce pas ?
-Je ne pense pas. Et je doute qu'il y ait encore de l'ADN à son appartement, ou des empreintes.
-Et les caméras ? Peut-être qu'on pourra voir sa tête.
-Oui, je crois qu'ils stockent les vidéos. Il ne manque plus qu'un mandat pour les saisir. J'appelle Garrett.
-On n'a pas le temps pour les formalités juridiques. Où sont stockées ces vidéos ?
-Euh…attendez, je regarde.»
Angela pianota sur son clavier et donna le nom de la société de surveillance à Max, qui se leva et partit rapidement.
Max et Fred regardaient les vidéos depuis une bonne heure déjà. Ils n'avaient aucune idée de par où commencer. La période délimitée par Angela couvrait trois mois, et il y en avait justement pour trois mois de visionnage.
Ils avaient décidé de ne regarder les vidéos que de 20h à minuit, en accéléré, ce qui ne faisait plus qu'une heure par vidéo : ils arrêtaient la vidéo dès qu'ils voyaient Brennan avec un homme.
Au bout d'une dizaine d'heures de visionnage, il était déjà tard, Fred était endormi, mais Max lui tenait bon. Il ne pouvait pas se résoudre à dormir. Il avait les yeux à moitié fermés, et bâillait. Il prit une gorgée de sa sixième tasse de café pour ne pas s'endormir.
Soudain, il sursauta. Il arrêta la vidéo. Il sentait qu'il y avait quelque chose d'important sur cette image. Quelque chose qu'il était en train de rater.
Il repassa les dix secondes plusieurs fois, cherchant en vain sa fille sur ces images. Mais elle n'y était pas. Il y avait plusieurs hommes, certains entraient, d'autres sortaient, mais elle n'était pas là. Alors, quoi ? Qu'était-il en train de rater ?
Spencer soupira. La porte s'ouvrit dans un grincement. Il faisait nuit, il devait dormir. Spencer rangea ses crochets dans sa poche. Ce type était vraiment bizarre. Il y avait des trous dans sa vie, ce n'était pas normal.
Il n'y avait aucun bruit dans la maison. Il décida d'explorer le rez-de-chaussée, et avisa en face de lui le porte-manteau. Pas de manteau. De toute évidence, il était sorti. Cool.
Le salon, la cuisine étaient normaux. Une petite buanderie où pendait du linge qui séchait. Jusque là, rien qui sorte de l'ordinaire.
Il passa à l'étage. La chambre était normale, mais il y avait quelque chose de très étrange. L'étage était beaucoup plus petit que le rez-de-chaussée, alors que vue de l'extérieur la maison semblait assez équilibrée.
L'un des murs de la chambre sonnait creux. Spencer s'y attarda ça cachait sûrement quelque chose. Le jardin secret de cet homme, peut-être ?
Pas de cloison amovible ou pivotante, pas de bouton. Mais le mur était en grande partie caché par une grande bibliothèque pleine de livres. Spencer s'appuya contre pour la faire bouger, et il fut étonné par la facilité avec laquelle le meuble se déplaça. En fait, les livres n'étaient pas des livres, ce qui expliquait la légèreté de la bibliothèque.
Il finit de déplacer la bibliothèque, et il ouvrit des yeux ronds devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Une grande pièce, un écran avec quatre ou cinq fenêtres, un bureau, des murs entiers couverts de photos…il n'y avait plus aucun doute : ce type était un malade.
Spencer s'approcha de l'écran. Les cinq fenêtres affichaient «Déconnecté» en rouge. Rien à apprendre de ce côté-là.
Il se rapprocha du premier mur de photos. Une femme. Plutôt pas mal, d'ailleurs. Devant un bâtiment nommé «Hoover», devant un institut scientifique, devant un immeuble, en train de cuisiner…Spencer s'arrêta sur une photo en particulier. Elle avait été prise de nuit, dans son appartement. Elle dormait. Une autre, dans ce qui semblait être son bureau. Avec son client…
Le détective passa au second mur de photos. Un homme, cette fois. Le même genre de photo, dans la rue, dans sa voiture, avec la femme des autres photos, avec une blonde, avec un enfant, avec une autre blonde…mais il y avait plus de photos de lui avec la femme brune des autres photos. À chaque fois, ils étaient seuls. Certaines photos comportaient des annotations en rouge, des éléments entourés. Le parfait tableau du chasseur.
Spencer passa au bureau. Il y avait plusieurs piles de papiers, et un ordinateur relié à plusieurs machines étranges. Il en connaissait certaines d'autres lui étaient totalement inconnues. Il y avait un transformateur de voix, deux portables basiques, une installation pour recevoir les signaux de micros, et une imprimante. Il saisit l'un des téléphones et regarda son contenu. Des SMS, jamais d'appel. Beaucoup de SMS, échangés durant des années.
Il prit le portable et le mit dans sa poche. Il s'approcha du mur droit de la pièce. Ce mur était recouvert d'un meuble semblable à celui qui cachait la pièce, mais il contenait des cassettes et des dossiers. Sur chaque étagère, une série de cassettes, une boîte en carton et deux gros dossiers, sur lesquels figuraient deux prénoms. Il y avait cinq étagères ainsi remplies. Une sixième portait des cassettes, en plus grand nombre que les autres, mais pas de boîte et pas de dossiers.
Spencer monta sur le tabouret qui se trouvait non loin de là. Il prit une boîte et l'ouvrit. Dedans, il y avait une très grande quantité de photos. Ce n'étaient pas les mêmes personnes que sur les murs. Probablement ses anciennes victimes, qui étaient à présent des «affaires classées» pour lui.
Il en savait assez. Son client serait probablement très content.
Fred ouvrit les yeux. Max, lui, se repassait toujours la même vidéo.
«Alors ? Du nouveau ?» marmonna-t-il en se frottant les yeux.
Max ne répondit pas. Il repassa les dix secondes, une fois de plus.
«Qu'est-ce que tu regardes ?
-Je ne sais pas.
-Alors pourquoi tu le regardes ?
-Il y a quelque chose sur ces images. Quelque chose d'important.»
Fred se tut et se concentra sur les images.
«Là, stop !»
Max arrêta la vidéo.
«Quoi ?
-Là !
-Quoi, là ?
-Ce type, on est allés lui parler !
-Oui, c'est ça…celui dont la copine était morte, après un accident de camion. Qu'est-ce qu'il faisait chez ma fille, celui-là ?
-Elle n'est pas avec lui ?
-Non, elle n'est pas là.
-Avance un peu : elle va peut-être arriver.»
En effet, une heure plus tard, Brennan arrivait. Seule.
«Je ne comprends pas. Pourquoi être allé chez elle alors qu'elle rentrait peu après ?
-Peut-être qu'il l'attendait, suggéra Fred. Ou alors il n'est pas allé chez elle. En tout cas, il a changé depuis le temps, ce pourri.
-Tu crois qu'elle l'a trouvé dans son appartement ?
-Je ne crois pas. Elle aurait appelé la police, elle en aurait parlé.
-Ça fait plusieurs mois. Ils ont peut-être oublié.
-Oui…ou alors elle le connaissait, ce qui est également possible, fit Fred.
-Non, ce n'est pas possible. Elle ne pouvait pas le connaître.
-Ah oui ? Et comment tu peux être sûr de ça ? Samuel peut prendre tous les visages, et c'est un excellent menteur. C'est un très bon comédien, et elle ne se méfiait pas.
-Sûrement. Ah, si je le tenais, je le...
-Du calme, Max. Maintenant qu'on sait qui est ce fumier, on va le retrouver. Appelle ta copine, l'artiste. Dans quelques heures, tout le monde sera sain et sauf.
Spencer entra dans le bureau d'Angela. Hodgins l'y attendait.
«Alors ? Qu'est-ce que vous avez trouvé ?
-Le deuxième type de la liste. Il n'est vraiment pas net. Le premier est clean. Je n'ai pas eu le temps d'enquêter sur le mec de la photo. En tout cas, le deuxième est vraiment très louche.
-Ah oui ?
-J'ai trouvé ça chez lui, fit Spencer en posant le portable devant Hodgins.
-Un portable ? Ah oui vraiment, c'est exceptionnel, répondit l'entomologiste non sans un certain sarcasme.
-Ce n'est pas n'importe quel portable. Il n'a jamais correspondu qu'avec un seul numéro, et toujours par SMS. Et ce n'est pas le plus intéressant. J'ai découvert chez ce type une pièce cachée derrière une bibliothèque. Il y avait deux murs littéralement couverts de photos d'un mec et d'une fille. Oh d'ailleurs, si vous pouviez me donner son numéro…
-Qu'est-ce qui vous fait croire que je la connais ?
-Vous étiez sur plusieurs des photos.
-À quoi elle ressemble, cette femme ?
-Une grande brune, avec des yeux bleus à craquer. Enfin, sur la majorité des photos, elle était avec un autre type, un mec assez commun. Il y avait beaucoup de cassettes, des dossiers…il y en avait un qui portait le nom de «Leslie».
-C'est chez qui que vous avez trouvé tout ça ?» demanda Angela depuis la porte.
Max arriva peu après derrière elle.
Alors ?
Désolée pour cette absence prolongée, elle n'était pas volontaire...
