Vise-versa ne m'appartient pas. Tous les droits reviennent à Disney Pixar.
Riley leur donna la copie en faisant la moue. Elle appréhendait la réaction de ses parents. Son père avisa la note, les sourcils froncés. Sa mère la regarda par-dessus ses lunettes. Riley avait croisé ses mains dans son dos et s'agitait nerveusement.
- « Comment peux-tu expliquer cette note, jeune fille ?, demanda son père.
- Ça va, c'est pas si mauvais...
- Tu as eu 10, déclara son père en montrant la copie. »
- « On a eu 10 !, s'insurgea Colère, le haut de sa tête commençant à crépiter. Il veut quoi ?! Qu'on lui ramène la lune ?! Ces équations à inconnu sont barbantes !
- S'il est inconnu, qu'il le reste, souffla Dégout avec suffisance. Mélanger les chiffres et les lettres c'est n'importe quoi.
- Ce pauvre x abandonné dans cet océan de chiffres me donne envie de pleurer, souffla Tristesse d'une voix trainante.
- Je trouvais ça amusant de cherche la valeur de x, s'enthousiasma Joie, le regard brillant. Mais il a été plus fort que nous.
- En voyant la note, on sait qu'on l'a pas trouvé », répliqua Dégout en se limant les ongles d'un air absorbé.
Peur regardait l'écran avec appréhension. Si Maman était plutôt conciliante, Papa était moins compréhensif. On voyait ses sourcils se froncer de colère.
Le père de Riley continuait de brandir la copie sous le nez de la jeune fille.
- « Tu aurais eu une meilleure note si tu avais travaillé, soutint-il.
- Mais j'ai travaillééééé, insista Riley. Puis même les autres ont pas eu de super notes !
- On s'en fiche des autres. C'est toi qui compte. Si tu n'es pas capable d'avoir de bons résultats scolaires, tu n'ira pas à ton entrainement de hockey vendredi.
- Tu as pas le droit de faire ça !
- Oh que si ! »
La mère de Riley suivait l'échange, fronçant ses sourcils d'incompréhension quant à la sanction que souhaitait mettre en place son mari. Mais Riley et son père ne cessait de se jeter des répliques vives de colère et il lui était impossible de se glisser dans la conversation pour calmer le jeu.
Colère tapa du poing dans un coin du grand tableau de bord. Le sommet de son crâne commençait à se morceler et à virer à de la lave en fusion.
- « Papa a pas le droit de s'attaquer au hockey !
- On est puniiiii !, s'écria Peur en courant partout. Il nous retire le hockey ! »
Dégout s'approche du tableau de bord et pressa quelques boutons d'un œil expert.
- « Alors là, s'il s'attaque au hockey, bientôt ce sera l'ère du brocoli, fit Dégout avec une évidente expression de répulsion.
- Il essaye simplement de se montrer juste, intervint Joie dans une vaine tentative pour temporiser les choses.
- Je vais faire justice moi-même », conclut Colère.
Il poussa les manettes avec force et déclencha la pleine colère de Riley. Emporté, il tambourina le tableau de bord de ses poings en grognant de rage.
- « Va-y, supprime-moi le hockey, le défia Riley en haussant le ton. De toute façon, c'est toi qui a toujours raison.
- Ne me parle pas sur ce ton, la réprimanda son père en agissant son index.
- Tu vas me supprimer le hockey toute ma vie alors ? Bah va-y ! »
Riley partit en courant vers l'escalier. Elle monta les marches et frappa les planches grinçantes de coups de talons virulents. Elle ragea, pesta tout bas puis se reclut dans sa chambre dont elle claqua la porte avec autant de force qu'elle le pouvait. Les murs de la maison tremblèrent et au rez-de chaussée, seul persistait le silence et la rumeur de la colère de Riley.
La femme se tourna vers son mari et haussa un sourcil.
- « Quoi ?, fit-il innocemment.
- La sanction était un peu sévère, tu ne crois pas ?
- Je ne veux pas qu'elle néglige l'école, se défendit le père de Riley.
- Moi non plus, approuva-t-elle, mais en ce moment, elle change.
- Elle ne change pas. »
La mère de Riley rit de sa naïveté et se leva.
« Elle devient une jeune fille maintenant. »
Le père haussa les sourcils incrédule comment sa Riley pouvait-elle déjà grandir ?
Colère faisait vibrer le large tableau de bord et tambourinait de ses poings, enflammée par son sentiment. Il enfonça plusieurs boutons dont un plus imposant que les autres. Colère se calma et la lave au sommet de son crâne disparut.
« Rien de tel qu'une bonne colère pour se détendre », conclut-il serein.
Joie s'avança vers le tableau de bord et pointa de ses petits doigts, le bouton qu'avait enfoncé Colère.
« C'est quoi ce bouton ? » demanda-elle.
Colère suivit son geste du regard puis lui répondit :
« Le bouton est rouge, c'est forcément à moi. Il est gros, ça doit être le nouveau bouton pour la grosse colère. »
Peur contourna Joie pour aviser le bouton du regard. Le violet de sa peau perdit de sa vigueur et il devint blême.
- « Je doute que ce soit à toi, dit-il la voix tremblante.
- Quoi ? » demanda Colère d'un ton sec.
Il poussa Peur et jeta un œil sur le bouton. Dégout et Tristesse les rejoignirent afin de prendre part à la conversation. Le bouton était surmonté d'une petite notification que tous avaient oublié.
- « C'est le puberté !,s'épouvanta Peur en s'arrachant les cheveux. Qu'est-ce que c'est ?! Mais qu'es-ce que c'est ?!
- Ça pourra pas être pire que cette fête végétarienne de dimanche dernier, fit remarquer Dégout.
- On verra bien comment ça se passe, temporisa Joie. Ce bouton en fait peut-être rien... »
Le repas du soir se déroula dans le plus grand des calmes. Tristesse et Peur retinrent Colère qui cherchait encore à s'emparer du tableau de bord pour dire ses quatre vérités à Papa. Joie et Dégout calmèrent la situation et Riley, bien que boudeuse, ne donna plus d'éclats de voix pour la journée. La mère de Riley essaya de décrocher un sourire de sa fille mais ce dernier restait crispé et peu convainquant.
Riley partit se coucher de bonne heure. Elle ferma ses paupières et Peur resta au poste de contrôle pour monter la garde. Dream Productions présenta son programme pour la nuit et remplaça la vision de Riley. Sur l'écran central, le rêve rejouait le souvenir du dernier match de Hockey et Riley revivait son dernier but.
« Ils se sont pas trop embêté pour le rêve de cette nuit... », commenta Peur.
Puis l'équipe adverse changea et des dinosaures entrèrent sur la glace. Ils laissèrent échapper un rire rauque et animal et leurs griffes cliquetaient sur la glace.
« Je savais qu'on aurait pas dû aller voir ce film sur les dinosaures mardi soir... », appréhenda Peur en se tassant sur son siège.
Riley déambulait avec aisance sur le glace et semblait trouver la présence de ces adversaires de l'ère jurassique tout à fait normale et amusante. On l'entendait rire et la foule acclamait ses exploits. Ceci ne rendait pas Peur plus serein.
- Je n'aime pas ce rêve...
-Moi je le trouve chouette. »
Il sursauta et tourna doucement la tête en direction de la provenance de la voix. Il laissa échapper un cri de surprise et se cacha le visage de ses mains avant de se recroqueviller sur son siège dans l'espoir de disparaître. Il écarta ses doigts et détailla l'inconnue qui lui faisait face. Elle ne lui prêtait pas beaucoup d'attention et sirotait bruyamment la boisson de son gobelet, le regard captivé par le rêve de Riley.
La caméra du tête pivota. Riley tourna la tête vers les gradins du stade et agita vivement sa main. Elle regardait un garçon crier son nom. La mèche qui couvrait son visage lui donnait un air mystérieux et son air détendu lui conférait un air cool.
« Ce rêve est clairement le meilleur que j'ai vu » confia l'inconnue.
Peur se redressa. Il déglutit et osa demander :
« Mais qui es-tu ? »
L'inconnue détacha son regard du rêve de Riley et dévisagea Peur. Ses prunelles prirent une teinte violacé qui se mariait au violet vif de ses cheveux et au doux violet de sa peau. Elle avait un visage rond et sympathique, de grands yeux émerveillés et une petite bouche en cœur. Un -shirt et un pantalon blanc l'habillait et sa vêture était quelque peu banale.
L'inconnue passa doucement ses doigts dans ses longs cheveux, gênée par la question.
« Je ne sais pas. Je dois être une nouvelle émotion. »
Les émotions s'agitaient autour de Joie et personne n'avait la moindre identité de cette inconnue. Inconnue qui, justement, s'amusait à sautiller un peu partout. Elle tirait la langue sous l'effet de la concentration et lançait un regard émerveillé à l'écran qui dévoilait la vision du monde de Riley.
- « Tu crois que c'est à cause du bouton ?, souffla Peur, la voix tremblante en se prenant le visage.
- Peut-être que non, nuança Joie. Riley a pu développer une nouvelle émotion sans que nous en soyons la cause...
- On ne sait pas ce qu'elle représente, intervint Dégout.
- C'est trop triste de ne pas savoir qui on est..., soupira Tristesse d'une voix trainante.
- On peut la laisser découvrir son identité, déclara Joie d'une voix claire. Elle va essayer le tableau de bord et on le découvrira bien assez tôt.
- Mais on la prévient de ne plus toucher au bouton 'puberté' », rappela Colère.
Riley partit en courant de chez elle. Elle partit d'une foulée légère en fredonnant la musique qu'elle avait en tête. Elle ralentit l'allure et n'en perdit pas sa bonne humeur. Elle tourna à l'angle de la rue, connaissant parfaitement le chemin. Elle fit signe à la fille qu'elle voyait un peu plus loin. La fille lui rendit son salut.
- « Il y a un film avec des monstres qui passent au cinéma en ce moment.
- Ouais j'ai vu la bande-annonce, répondit Riley le regard brillant. Il a l'air d'être trop bien. »
Dans la tête de Riley, Peur s'était avancé vers le tableau de bord.
- « Les films de monstres sont vraiment horribles et après, Dream Productions ne fait que des cauchemars. Il faut éviter le cinéma !, s'horrifia Peur.
- Pourquoi ? » demanda l'inconnue en s'approchant.
Se faisant, elle appuya par mégarde sur un petit bouton. L'inconnue prit les mêmes teintes que Peur et se fit violette.
- « Elle a fait buguer le système !, s'écria Peur.
- Quoi ?, fit Joie en s'approchant.
- Manquait plus que ça... » bougonna Colère en les rejoignant.
Ils se pressèrent autour du tableau de bord et l'inconnue changea de couleur. Sa peau se fit d'une jaune soleil et ses cheveux bleuirent soudain lorsque Joie la toucha par mégarde et elle vira au rouge pivoine lorsque Colère la frôla.
« C'est qui cette fille ? » demanda l'inconnue à Dégout qui avait plus place sur un canapé en retrait.
L'amie de Riley avait de longs cheveux noirs et un visage souriant et sympathique. Elle était habillée d'un t-shirt d'un vieux rose et d'un jean simple.
- « Mary Gibbs. Elle a-dore les monstres. Elle est bizarre mais dans le sens cool du terme, répondit l'intéressée avec son maniérisme habituel. Joie la trouve géniale. Mais je te dirais de demander le dossier à Peur quand il aura terminé de s'arracher les cheveux. »
Peur était en train de faire voler les différentes feuilles de son dossier qui expliquait de maintes manières en quoi les monstres étaient à éviter.
Riley marchait aux côtés de Mary qui racontait avoir lu un livre sur des monstres qui passaient des portes pour aller divertir les enfants. Cependant, elle ne savait plus s'il s'agissait d'un véritable souvenir ou d'un rêve.
Elles abordèrent ensuite le film et Riley hocha la tête. Elle paraissait enthousiaste à cette perspective.
- « On pourrait inviter les autres aussi, proposa Riley. Ce serait marrant.
- Je les appellerais alors. Puis on pourrait y aller déguiser ! On pourrait y aller le soir et en rentrant on pourrait faire peur au gens ! »
Riley et Mary élaborèrent des plans imaginaires pour leur soirée ou l'idée de surprendre les gens était peut-être plus séduisante encore que le film en lui-même.
Colère et Joie regardait Riley, l'air dubitatif. Peur marmonnait des discours apocalyptiques et maudissait Colère d'avoir pressé ce bouton.
- « Riley va voir un film avec des monstres ?, fit Joie incrédule.
- Je sais ce que c'est mais ça a l'air bien, dit l'inconnue dont la teinte virait au jaune et au bleu électrique. Riley a l'air contente, c'est pas ça qui compte ?
- Même, répliqua Colère en sortant un index accusateur. Tu ne peux pas bidouiller et mettre les émotions sans dessus dessous comme ça.
- Mais elle a l'air contente. » répéta l'inconnue pour sa défense.
Tristesse s'assit à côté du tableau de bord et regarda Riley prendre le chemin de l'école. Le vision du monde se Riley se reflétait dans ses lunettes rondes et Tristesse assistait au bon déroulement de son existence.
« C'est pas grave, se réjouit Joie. On va à l'école maintenant. Une nouvelle année a commencé et on a fait le plus dur l'année dernière. Riley a trouvé ses amies mais j'espère qu'on pourra encore s'en faire plein d'autres ! »
Joie écarta ses bras vers le ciel, accueillant tout le bonheur à venir. Colère ne leva pas le nez de son exemplaire de Cerveau Hebdo. Peur était reparti potasser l'amoncellement conséquent de dossiers répertoriant les dangers divers et variés quoique irréalistes pour la plupart.
L'inconnue trépignait d'impatience aux côtés de Joie. Elle était aussi éclatante que la joie elle-même. Riley arrivait dans sa salle de classe et la petite inconnue dans sa tête découvrait le monde scolaire avec curiosité et enthousiasme.
Riley se pencha vers la table voisine et demanda à Mary :
- « C'est qui lui là-bas ?
- J'sais pas. Il est nouveau. On dit qu'il a déménagé. Il a une chouette maison.
- Et il cause à Cindy ?, grimaça Riley en fronçant le nez. Il sait pas dans quoi il met les pieds. »
Mary rit de la tête de son amie et Riley se redressa, voyant la maîtresse arriver.
Dégout poussa un bouton et appuya sur un autre, savant parfaitement ce qu'elle souhaitait faire. L'inconnue la regardait faire avec intérêt et ses yeux devinrent d'un vert pale et brillant. Sa peau se fit aussi verte que celle de Dégout et ses cheveux perdirent leur couleur bleu, qu'elle tenait de Joie, pour prendre une teinte d'un vert soutenu et foncé.
- « Il a l'air vraiment gentil, commenta l'émotion sans nom.
- Il n'a pas une tête de brocoli mais on attend de voir si c'est quelqu'un avec de l'esprit. On ne fréquente pas n'importe qui ici, répondit Dégout sans quitter l'écran des yeux.
- On pourrait peut-être lui parler... »
Joie s'approcha. L'émotion changea de nouveau de peau. Le nouveau garçon croisa le regard de Riley et lui accorda un sourire crispé et timide. Peur frôla l'inconnue dont la chevelure devint violette des racines jusqu'au bout des pointes. Sa peau resta d'un jaune lumineux. Elle contempla le tableau de bord avec envie et comme Joie, elle pressa un bouton par-ci par-là.
Riley lui fit un sourire tout aussi crispé et gêné et détourna le regard. Elle fit tourner un stylo entre ses doigts et écouta distraitement la maitresse faire les présentations. Elle glissa un regard vers le nouveau qui parlait d'une voix claire. Il disait aimer la pizza et Riley et Mary échangèrent un regard accompagné d'un sourire moqueur : il déchanterait bien vite en voyant la pizzeria du quartier.
Il parla de son ancien quartier, ses anciens amis puis se rassit.
La maitresse lui souhaita la bienvenue puis parcourut sa classe du regard.
« Quelqu'un voudrait bien guider M. Davis pour ses premiers jours ici ? »
Les élèves baissèrent les yeux. Certains se tassaient sur leurs chaises et d'autres gribouillaient le coin de leur cahier d'un air absorbé. La maitresse resta de marbre et attendit encore quelques secondes que quelqu'un se porta volontaire.
Riley se redressa sur sa chaise et s'accouda à sa table. La maitresse s'attarda sur Riley dont elle avait cru voir sa main se lever.
« La maitresses nous regarde !, hurla Peur. La maitresse nous regarde ! »
Il agrippa Colère par le col de sa chemise et entreprit d'agiter la petite brique rouge comme un prunier.
« Ça va tomber sur nous ! », paniqua Peur de plus belle.
Bien qu'étourdi, Colère asséna un coup de poing sur la tête de Peur qui fut suffisamment sonné pour être réduit au silence.
« Ça me rappelle quand on est arrivé ici l'année dernière... » soupira Tristesse en se laissant choir sur le sol.
L'émotion bleu s'abandonna à un état végétatif, loin de l'agitation que pouvait susciter l'écran.
- « Riley a voulu lever la main ?, fit Dégoût avec étonnement. Mais elle déteste être interrogée.
- Choisis Riley, choisis Riley... » pria tout bas l'émotion sans nom.
Elle avait joint ses mains et répétait ces mêmes mots avec espoir et excitation. Dégout regardait l'écran avec des yeux ronds. Riley gesticulait sur sa chaise, nerveuse, semblant hésiter entre lever la main et se raviser comme les autres.
La maitresse fixait à présent Riley, hésitant également de son côté à la désigner.
Peur s'était isolé dans un coin de la tête de Riley et faisait face à une crise de panique. Il avait placé un sac en papier devant sa bouche et inspirait bruyamment avant d'expirer avec bruit. Il répétait le même geste et ceci semblait l'apaiser.
Joie avait posé ses mains sur le rebord du large tableau de commandes. Tous attendaient le verdict de la maitresse avec angoisse... sauf Tristesse qui se chagrinerait quelle que soit la décision prise.
« Riley » dit la maitresse.
Peur s'évanouit. Dégout resta immobile. Colère ragea et des flammes sortirent du sommet de son crâne.
« Oui ! » explosa l'émotion inconnue en pressant un bouton par mégarde.
Elle fit un tour d'honneur dans la tête de Riley en riant et sautillant. Elle jubilait, sous le regard de Joie qui ne savait comment réagir. L'émotion virevoltait dans la pièce, sautillant avec autant d'allégresse que Joie aurait pu le faire.
Riley acquiesça et si ses lèvres ne laissèrent deviner un sourire, ses yeux se plissèrent légèrement de satisfaction.
