CALLING ME

A/N : Voilà un OS Stydia, inspiré par la chanson Calling Me de Charlie Winston (parce qu'elle est vraiment trop belle.)

And now you're losing sleep
With memories, you spend all night playing hide and seek
Replaying how it should've been and could've been
If only they were omens that you could have seen.

« Un Chocolat Chip Frappuccino s'il vous plaît », demanda Stiles d'un ton morne en tendant un billet de cinq dollars au serveur du Starbucks. Il récupéra la monnaie puis quitta le café, sa boisson sans café dans les mains. A maintenant presque trente ans, il se refusait toujours à boire du café, même si son hyperactivité s'était bien calmée depuis l'adolescence. Il marchait dans la rue, sirotant sa boisson, son attaché case dans l'autre main. Il marcha sur quelques pieds, se prit quelques coups d'épaules et arriva au bureau en exactement cinq minutes et trente deux secondes, comme tous les matins depuis qu'il était arrivé à New-York il y avait maintenant sept ans de cela. Il pénétra dans les locaux de l'entreprise de juristes à laquelle il appartenait, « Martin&Stinlinski ». Son père avait été tellement fier à l'époque, quand Lydia et lui avaient créé l'entreprise. Mais aujourd'hui, les choses étaient différentes. Le temps avait passé et comme d'habitude, il avait tout abîmé sur son passage. Son père était dans une chambre d'hôpital persuadé qu'il avait dix ans et que ses parents allaient bientôt venir le chercher pour l'emmener au zoo, comme ils le lui avaient promis. Alzheimer, cette saloperie. Stiles essaya de repousser la vague de tristesse qui s'immisça en lui lorsqu'il repensa à son père et sortit de l'ascenseur. Il se dirigea vers son bureau à grandes enjambées, saluant de la tête le personnel grouillant dans les locaux - ses associés, les secrétaires, les clients, le fourmillement habituel de l'entreprise. Il s'assit à son bureau et sortit les dossiers sur lesquels il travaillait en ce moment là de son attaché case. Il ouvrit le premier, cherchant la page cornée, et reprit sa relecture du contrat. Aucune erreur ne devait lui échapper, aucune clause ne devait être désavantageuse pour son client. Il ne se pardonnerait pas une nouvelle erreur d'inattention.

A midi, il releva la tête et fixa la porte, l'air perdu, attendant désespérément que Lydia entre dans la pièce de son pas énergique, vêtue de ses habituels tailleurs moulants. Il guetta le bruit du claquement de ses talons sur le sol, il attendait qu'elle entre, tirant sur son chignon d'un coup sec tandis que ses cheveux tombaient en une cascade flamboyante sur ses épaules. Ensuite, elle claquerait de la langue et il lui sourirait, elle sortirait les deux sandwiches de son sac et ils déjeuneraient en parlant du bon vieux temps, comme deux bons amis. Mais au bout de cinq minutes d'attente, Stiles fut forcé de revenir à la réalité. Lydia ne viendrait pas. Et pour cause, Lydia avait quitté l'entreprise deux ans auparavant. Elle avait cédé la majorité de ses parts à Stiles et était partie avec un riche entrepreneur islandais fonder une famille quelque part au Canada. Il ne l'avait plus revue depuis. Ils avaient échangé des cartes de vœux à Noël et pour leurs anniversaires respectifs la première année puis avait cessé tout contact durant l'année qui venait de s'écouler. Sachant qu'elle avait été la dernière personne de Beacon Hills avec qui il était en contact, il avait donc définitivement coupé les ponts avec tout ce qui avait trait à son adolescence. Il sortit son sandwiche de son attaché-case – poulet-mayonnaise – comme tous les jours depuis deux ans, et croqua dedans. Après l'avoir fini, il se remit au travail, en silence. Relisant avec attention toutes les clauses du contrat qui permettrait à une certaine Riley Myrus – dernière coqueluche des adolescents – d'empocher un maximum d'argent de ses parents après avoir obtenu son émancipation, non pas qu'il la soutienne dans son projet. Il n'avait pas à mettre son avis en jeu, elle payait une grosse somme pour gagner gros et c'était dans ses intérêts de l'aider, c'était tout.

Vers vingt-et-une heures, il referma le dossier. Il s'étira de tout son long avant de préparer ses affaires pour rentrer chez lui, même si la perspective de passer une énième soirée seul dans son appartement froid et peu convivial de Manhattan. Il avait beau habiter depuis sept ans l'un des coins les plus huppés de la ville, posséder un grand appartement spacieux meublé et décoré à la pointe de la mode, il ne s'y sentait toujours pas chez lui. Il déposa le dossier sur le bureau de sa secrétaire et prit la route de chez lui, réfléchissant à ce qu'il allait bien pouvoir faire de sa soirée. Commander une pizza, boire une bière devant la télévision, regarder un porno peut-être – il allait vraiment falloir qu'il s'occupe de sa vie sentimentale un de ces jours – et se coucher. Lassé par sa vie, il opta plutôt pour la solution aller-boire-dans-un-bar-jusqu'à-ne-plus-se-rappele r-où-l'on-habite, histoire de pimenter son existence et qui sait, peut-être que cela résoudrait aussi le problème de la vie sentimentale – même s'il fallait qu'il se l'avoue, il n'avait pas vraiment envie de résoudre ce problème, c'était encore trop douloureux malgré le temps qui s'était écoulé. Il entra dans le premier bar qu'il croisa sur son chemin – c'était l'avantage de ne pas prendre le métro, on peut s'arrêter dès que cela nous chante – et s'assit au comptoir. Il commanda une bière qu'il commença à boire quand soudain un nom familier se fit entendre à la télévision. Un nom qui sonnait comme dans un rêve, vous savez, ce nom que vous avez sur les lèvres quand vous vous réveillez le matin après l'avoir trop murmuré dans votre sommeil. Un nom que Stiles s'efforçait d'oublier depuis près de deux ans maintenant. Un nom qu'il ne pensait pas entendre à nouveau un jour, elle le lui avait bien fait comprendre. Lydia Martin. Stiles releva la tête pour apercevoir ce visage qu'il ne connaissait que trop bien sur l'écran de télévision. Son visage devint livide et il sentit son cœur se comprimer dans sa poitrine, lui causant des difficultés respiratoires et en moins de trentes secondes il fut transporté à cette fameuse nuit, deux ans auparavant celle qui avait bouleversé sa vie à jamais.

Il était en train de travailler sur un dossier quand Lydia était entrée dans son bureau en courant, un grand sourire sur les lèvres. Elle portait une jupe noire taille haute et une blouse verte pâle, légèrement entrouverte et laissant apparaître le médaillon que Stiles lui avait offert lorsqu'ils avaient fondé leur entreprise elle ne l'avait jamais enlevé depuis, au grand plaisir de Stiles. C'était une habitude de Lydia, de rentrer ainsi, quand elle avait quelque chose à raconter, ou besoin de rire, ou même, ce qui s'était produit assez souvent ces dernières années, d'une épaule pour pleurer. Après tout, Stiles était son meilleur ami. Il avait relevé la tête, un air interrogateur sur le visage, le cœur battant à tout rompre – elle était tellement belle. Il se mordit les lèvres, il s'était promis, des années de ça, de ne plus penser à elle de cette façon. Plusieurs fois, il s'en était fallu de peu pour qu'il ne faille pas à sa promesse. Lorsqu'elle pleurait sur son épaule, contre la méchanceté du monde ou la connerie du dernier type avec qui elle était sortie et qui l'avait laissé pour une autre, il avait plusieurs fois failli rompre sa promesse et lui dire qu'il ne lui ferait jamais de mal, qu'il ferait tout pour qu'elle puisse garder le sourire, lui dire qu'il était encore irrévocablement amoureux d'elle. Ce soir, il comprit, lorsqu'elle agita sous son nez sa main arborant une jolie bague de fiançailles, que l'occasion ne se présenterait plus. Étonné, il ne parvint qu'à bafouiller des félicitations, tandis que son cœur, ou du moins en avait-il la sensation, se brisait en milles morceaux. Il aurait du s'en douter, après tout, les choses étaient redevenues stables entre Lydia et Benjen, son copain de longue date. Mais ce n'était rien comparé à son annonce de partir vivre au Canada avec lui, ceci lui fit l'effet d'une bombe. Pris de panique, la seule chose qui lui était venu en tête avait été de l'attirer dans ses bras et de l'embrasser. Elle l'avait repoussé, l'air désolée et elle avait quitté la salle, tandis que Stiles se rasseyait à son bureau, abattu.

Il jeta de quoi payer sa bière sur le comptoir, attrapa son attaché-case et quitta le bar à grandes enjambées. Toutes ces années, il avait essayé de se persuader qu'il avait fait la bonne chose en la laissant partir. Il avait tenté d'étouffer le doute qui s'était immiscé en lui après cette nuit mais maintenant, maintenant qu'il acceptait de voir la vérité en face, il se rendait compte qu'il avait toujours su. La nouvelle qu'il venait d'entendre l'avait anéanti. Il s'appuya contre un poteau, tentant de reprendre son souffle et de contrôler les larmes qui commençaient à rouler sur ses joues. Morte. Elle ne pouvait pas être morte. Pas Lydia Martin. Pas sa Lydia à lui. Et pourtant, c'est ce qu'il avait vu aux informations.

« Canada : Une jeune femme enceinte assassinée par son mari laisse le pays sous le choc. Lydia Martin, de « Martin&Stilinski », entreprise d'avocats new-yorkaise, avait emménagé avec son mari Benjen Tolskigg, l'entrepeneur, à Toronto il y a deux ans de cela. Le couple semblait mener une vie heureuse, et pourtant... Benjen, actuellement retenu en garde à vue, ne s'est pas expliqué sur les motifs du meurtre, la police, cependant, semble croire qu'il aurait agit ainsi après avoir appris sa grossesse. Enquête à suivre. »

Des bribes de souvenirs envahirent sa mémoire. Lydia qui remettait du fond de teint sur un bleu, sur son bras, dessinant cinq traces de doigts. Lydia qui pleurait et tremblait avant ses rendez-vous avec Benjen. Lydia et ses prières silencieuses à Stiles pour qu'il ne pose pas de question. Et il avait fermé les yeux, parce qu'à chaque fois, ils finissaient par se séparer. Lydia qui lui promettait qu'il avait changé, que tout irait bien cette fois-ci. Il aurait du lui courir après, ce fameux soir, il y a deux ans, mais il avait été trop occupé à gérer la façon dont son cœur se réduisait en poussière dans sa poitrine. Il avait toujours eu raison, il n'avait jamais été un super-héros.

« Pardonne-moi... » murmura-t-il dans la nuit.

Ce soir, il aurait tout donné pour en avoir été un, deux ans plus tôt, lorsqu'il l'avait vu disparaître dans ce couloir.

A/N : Voilà, voilà. Maintenant j'arrête les histoires tristes ! Le prochain c'est un OS Matt/Allison et il est nettement plus fun :). J'espère que ça vous a plus quand même ceci dit !