La jeune femme s'éveille, tout comme la ville qui semble s'être déjà remise des événements de la veille. « C'est une habitude, ici, de toute façon. » Elle se poste devant la fenêtre de sa chambre et observe les gens passer dans les rues, joyeux. Personne n'est alarmé, à croire que quelqu'un leur a effacé la mémoire. Elle aimerait tellement être si libérée qu'ils le paraissent.
Cette nuit, elle a encore fait un cauchemar lui rappelant son passé douloureux, qui se mélangeait à des éléments vécus les derniers jours. Cela devient si fréquent que cela ne la surprend même plus, elle se sent mal en permanence et regrette énormément de choses, mais la mystérieuse sait que le seul moyen de s'en sortir est de mener son plan à bien.
Hershel Layton était déjà prêt depuis une demi-heure lorsque son apprenti émergea de son lit dans la chambre de l'hôtel qu'ils avaient réservé hier soir, après avoir récolté quelques détails sur l'affaire et avoir accepté d'aider Aurelia. Aujourd'hui, il comptait bien interroger certains habitants pour avoir une version différente des faits, mais surtout pour en savoir plus sur la jeune femme qui l'avait appelé à l'aide. « Puisqu'elle refuse d'en dire plus, autant se débrouiller de nos propres moyens » pensait-il.
Luke rejoignit le professeur qui était en train déjà prêt dans la chambre voisine.
« Vous êtes déjà prêt, monsieur Layton ?! demanda-t-il, d'une voix encore endormie.
- Eh oui, Luke, répondit le gentleman, souriant. Mais rassure-toi, tu as le temps de déjeuner et de te préparer, essaie seulement de ne pas trop traîner, j'aimerais commencer l'enquête le plus tôt possible et avec toi.
- D'accord. »
Il ne se le fit pas prier deux fois, et revint dans la chambre une quinzaine de minutes plus tard, prêt à partir.
« Je suis prêt, professeur ! dit-il d'un ton enjoué.
- Alors allons-y. Pour commencer, allons interroger quelques personnes dans la rue, et pourquoi ne pas chercher l'adresse de ce couple dont Aurelia nous a parlé la veille ?
- C'est une bonne idée ! »
Les deux sortirent comme prévu, et approchèrent une femme d'un certain âge qui s'était arrêtée non loin de leur hôtel.
« Excusez-moi, madame ? questionna Layton.
- Oui, qu'est-ce-que vous voulez ? »
Elle ne semblait pas très aimable au premier abord, mais le professeur n'était pas du genre à s'arrêter pour si peu.
« Est-ce que vous auriez entendu parler des enlèvements à répétition dans cette ville ?
- Moi ? Ouais, mais ce n'est guère ce qui m'intéresse. A vrai dire, pour ne pas vous mentir, je m'en fiche.
- Je vois… marmonna le gentleman. Eh bien, est-ce que vous connaissez quelqu'un qui saurait nous renseigner ?
- Je connais les types dans votre genre : toujours à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Enfin, si ça vous intéresse tant que ça, je ne vois pas ce qui m'empêche de vous communiquer le nom du couple qui pourrait répondre à vos questions. Ce sont les Cranston, ils habitent une petite maison de couleur bleue à droite de la mairie, vous ne pouvez pas les rater. »
Layton n'eut pas le temps de la remercier qu'elle fut déjà partie. « Quelle étrange femme », pensa-t-il. Ayant déjà vu la mairie la veille sur la grande place, il se souvint également d'avoir aperçu cette maison en observant les lieux.
Ils y arrivèrent quelques minutes plus tard, et Luke montra du doigt un vieil homme de petite taille et moustachu qui était debout devant l'entrée de cette fameuse maison.
« Professeur, regardez ! C'est peut-être là.
- Nous n'avons qu'à vérifier » répliqua-t-il.
Il alla en effet à sa rencontre, suivi de son jeune apprenti.
« Bonjour, monsieur. Je m'appelle Hershel Layton, je suis professeur d'archéologie à Londres. Pardonnez-moi si je me trompe, mais cette maison appartient bien aux Cranston ?
- Bonjour, vous ! En effet, vous avez raison, qui plus est, je vis ici. Je m'appelle Donald. J'ai l'habitude de me faire questionner par des touristes Je suppose que vous voulez des informations au sujet de ces enlèvements ?
- Eh bien… Oui, j'apprécierais beaucoup, en effet, si vous pouviez nous rendre ce service. »
Hershel n'appréciait pas trop qu'on le compare à un touriste, mais il était prêt à écouter ce que cet homme allait leur dire. Cela pourrait s'avérer très utile pour l'enquête.
« En effet, des événements étranges se passent ici. J'avoue ne pas connaître l'identité du responsable, mais je peux cependant vous dire qu'il s'agit d'une femme. Un soir, je l'ai aperçue dans l'ombre alors que tout le monde s'agitait. Je n'ai pu la voir que de dos.
- Intéressant… s'étonna le professeur, remettant au même instant son chapeau correctement sur sa tête. Savez-vous quelque chose de complémentaire ?
- Je n'en sais pas tant que ce qu'on dit, c'est ma femme qui est au courant de tout, ou presque. Mais comme on se dit tout, j'imagine que je peux bien conclure. Eh bien, elle a aussi appris qu'ils sont tous retenus prisonniers dans un mystérieux sous-sol, dans la ville, presque impossible d'accès, soupira-t-il. Je ne sais rien de plus, mais si j'ai bien compris, vous êtes ici pour mener une enquête et mes informations pourraient bien vous aider.
- C'est le cas. Je vous remercie sincèrement, monsieur.
- Il n'y a pas de quoi. »
Ils se gratifièrent d'un sourire et le professeur prit congé d'elle, retournant à l'écart pour parler avec Luke.
« On n'est pas plus avancés ! s'exclama le jeune garçon.
- Bien au contraire, Luke. Il n'y a sûrement pas beaucoup de sous-sols, ici, il suffit de chercher un peu. Je crois même pouvoir affirmer qu'Aurelia saura répondre à certaines questions, lui assure-t-il.
- D'accord, mais vous savez où la trouver ?
- Pour tout te dire, non. Mais ce ne peut pas être si dur que ça. »
La jeune femme les observait, non loin d'ici, là où ils ne pouvaient pas la voir. « Ils sont déterminés à mener cette enquête sans moi » se dit-elle. C'était peut-être plus dangereux qu'elle ne l'avait pensé, finalement. Il ne fallait pas qu'il apprenne des choses trop tôt, avant le final de cette histoire. Elle avait tout prévu. Elles avaient tout prévu.
Layton s'apprêtait à interroger à nouveau quelqu'un quand il aperçut la jeune blonde au loin qui semblait se diriger vers eux.
« Luke, vois-tu ce que je vois ?
- Eh ! Mais c'est Aurelia.
- Il semblerait qu'elle soit là au bon endroit, au bon moment. Allons à sa rencontre » proposa le gentleman.
Les deux s'exécutèrent et marchèrent dans la direction de la jeune femme qu'ils avaient rencontrée hier. Cela arrangeait beaucoup Hershel de pouvoir lui parler maintenant, peut-être pourrait-il obtenir ce qu'il voulait.
« Bonjour, Aurelia.
- Bonjour, monsieur Layton. Vous me cherchiez ? l'interrogea-t-elle, prétendant l'ignorer.
- En effet. J'ai appris certaines choses, et je pense que vous pouvez m'éclairer encore plus.
- Oh, je vois. Hm, eh bien, je vous écoute… »
La jeune femme espérait qu'il n'avait pas encore compris certaines choses importantes qui pourraient l'empêcher de mener son plan à bien.
« Un homme, sûr de lui, m'a dit que les victimes étaient retenues dans un mystérieux sous-sol, à l'écart de toute l'activité de la ville et très difficile d'accès. J'imagine que vous en savez peut-être plus.
- En effet, je pense que je peux répondre à cette question, dit-elle. Je suis également au courant, tout se passe ensuite en effet dans un sous-sol à l'écart de la ville. »
Il y eut quelques secondes de silence, et Layton regarda longuement la jeune femme. Il semblait avoir compris quelque chose.
« Je vous remercie, vous venez de confirmer ma théorie.
- Excusez-moi ? s'étonna l'intéressée.
- Vous avez bien dit que ce sous-sol était à l'écart, c'est bien cela ?
- Oui.
- Je l'ai en effet mentionné, mais cet homme ne me l'a, lui, jamais confirmé. C'est donc bien ce que je pensais… »
La jeune femme se mordit la lèvre et ne répondit rien. « Mince ! J'ai vraiment sous-estimé ce professeur Layton » pensa-t-elle à cet instant. Il avait employé la bonne technique pour soutirer des informations. Cela avait d'ailleurs toujours payé.
« Laissez-moi continuer. Hier soir, lorsque l'on s'est rencontrés, vous nous avez emmenés près d'une cave éloignée. J'ai remarqué un chemin souterrain qui semblait mener quelques centaines de mètres plus loin, qui paraissait abandonné, et j'ai tout de suite pensé qu'il pouvait avoir une quelconque importance dans l'affaire.
- Vous ne vous êtes pas trompé. J'imagine qu'il est inutile que je continue à mentir sur un point important de cette affaire.
- Que voulez-vous dire ? » questionna le gentleman.
Aurelia hésitait avant de continuer, et cela se voyait. Elle était sur le point de dévoiler quelque chose de difficile, mais surtout de confidentiel, et elle avait peur de trahir quelqu'un si elle le faisait. Mais avait-elle encore le choix ?
« J'ai été captive pendant cinq jours.
- Quoi ? Vous plaisantez ?! s'exclama Luke, avec l'envie soudaine de rejoindre la conversation.
- J'aurais aimé qu'il en soit autrement… Mais je dis la vérité.
- Ecoutez, j'ai vraiment besoin de détails, je sais que je ne cesse de le répéter mais mon intuition ne m'a pas trahi : vous nous cachez des choses encore plus importantes que ce que je sais déjà. Confiez-vous, je vous en prie » reprit Layton.
La jeune femme prit son courage à deux mains et commença son lourd récit.
« C'était terrible. J'étais incapable de bouger, j'étais dans une pièce qui m'était inconnue, seule, enfermée des heures et des heures. J'étais à peine nourrie et la femme qui m'a enlevée ne montrait jamais son visage, ne communiquait jamais directement avec moi. D'autres captifs, les scientifiques dont je vous ai parlé, sont devenus ses sbires et elle faisait passer les ordres grâce à eux. Elle exigeait des informations capitales, dont apparemment j'étais la seule dans cette ville à disposer. J'entendais des bruits très angoissants provenant des pièces voisines sans jamais savoir quelle était leur cause. Je n'ai jamais refusé ses ordres car j'avais peur de ce qu'elle pouvait me faire, et travailler pour elle comme ces pauvres hommes m'effrayait au plus haut point. Et, oh… ! elle arrêta brusquement de parler, comme si une pensée venait de lui effleurer l'esprit et lui redonner sa raison. Je suis désolée, mais je vais devoir vous quitter, j'ai quelque chose de capital à faire.
- Hm, eh bien, je comprends, mademoiselle. Merci mille fois d'avoir bien voulu me livrer ces informations, la remercia Layton.
- C'est mon but après tout. C'est moi qui ai besoin de votre aide, et pour cela, il faut que je vous dise la vérité. Sur ce, à bientôt. »
La mystérieuse s'éloigna à nouveau, sans ajouter quoi que ce soit ni indiquer un endroit où les deux héros pourraient éventuellement la retrouver en cas de nécessité.
« Voilà des révélations pour le moins… intéressantes, dit Layton.
- Oui, professeur ! Je dirais même terrifiantes. C'est affreux, vous ne trouvez pas ? se lamenta Luke.
- Tu as raison, mais elle est saine et sauve, et c'est tout ce qui compte. Bien, que dirais-tu d'aller dîner, à présent ?
- Excellente idée, monsieur Layton ! se réjouit le jeune garçon. Je commençais vraiment à avoir faim.
- Il y a bon nombre de restaurants sur la place, nous n'avons qu'à nous y rendre et en choisir un. »
Luke, heureux à l'idée de manger, s'empressa de suivre le gentleman qui réajustait son haut-de-forme. Cette pause repas leur permettrait de faire le point sur tout ce qu'ils savaient à présent.
La jeune femme n'était pas si fière d'elle, mais c'était son rôle de tout leur raconter, finalement. Elle lui avait fait une promesse et comptait bien la tenir.
Elle prit un raccourci que personne ne connaissait pour la rejoindre. Mais ce soir-là, elle était loin de se douter de ce qu'elle allait découvrir, et de l'ampleur que cette histoire allait prendre.
De toute évidence, ce plan était bien plus que dangereux et elle aurait dû s'en douter bien avant. Pourquoi était-elle si naïve, après toutes ces années ?
Il était quatorze heures, nous étions à l'aube du mois de mai. La journée s'annonçait très ensoleillée, certainement la plus belle pour le moment. Un homme sortait de chez lui, souriant, et se dirigeait vers le centre-ville.
Tout se déroulait dix-neuf ans auparavant. Qui sait, sans ce jour-là, peut-être que rien de tragique serait en train de se produire à Genovia ?
Un homme avait donné rendez-vous à une très charmante femme rencontrée quelques jours plus tôt, il lui avait proposé de passer l'après-midi en sa compagnie lorsqu'elle serait libre. Celle-ci avait accepté son invitation.
Ils se retrouvèrent à quatorze heures dix devant un café. Ils étaient heureux, riaient ensemble, se dévoraient du regard, comme un jeune couple. Pourtant, ce n'étaient que des amis. Du moins, pour le moment.
Après avoir bu leur café et s'être promenés plus de deux heures ensemble à Londres, à discuter de leur vie, de leur métier, de leurs passions, ils décidèrent finalement de se quitter. Mais ils comptaient bien se revoir un jour !
« J'ai été heureuse de passer cette après-midi avec vous, monsieur. C'est vraiment un plaisir de vous connaître, lui dit la jeune femme d'une voix tendre.
- Le plaisir est partagé. Mais pourquoi ne pas nous tutoyer, à présent ?
- C'est une bonne idée. Eh bien, je… je suis enchantée de te connaître, Jean. »
